Titre : Porte ouverte

Genre : Aventure, romance, énième variation sur les pérégrinations d'une fille ordinaire en Terre du Milieu.

Disclaimer : Les personnages et l'univers sont la création de Monsieur Tolkien, gloire et cookies sur lui. Le personnage original, par contre, est mon entière propriété. Cette histoire ne me rapporte pas un sou et c'est aussi bien ainsi.

Bonne lecture à vous tous.


I remember you're the reason I have to stay (Within Temptation – Pale – The silent force – 2004)


Depuis mon arrivée en Terre du Milieu, je m'étais parfois demandé ce que je fabriquais là, pourquoi j'y avais débarqué plutôt qu'ailleurs et ce que j'avais bien pu provoquer comme catastrophes dans une vie précédente pour me retrouver face à des situations aussi désagréables. Dans le cas présent, j'avais l'impression de toucher le fond et je regrettais de m'être laissée trimballer depuis Fondcombe jusqu'ici sans protester. Bien évidemment, je serais passée à côté de beaucoup de choses, y compris ma relation avec Legolas, si j'étais restée dans la maison d'Elrond. Mes sentiments pour mon Elfe, si profonds fussent-ils, ne m'empêchaient pourtant pas de me sentir profondément lasse et de souhaiter que tous ces ennuis prennent fin. Je n'en étais pas au point de vouloir regagner le « monde normal » mais la situation actuelle était très pénible.

Les choses se résumaient en une phrase : la Communauté de l'Anneau n'existait plus. Elle avait disparu corps et âme, par petits morceaux. Frodon et Sam étaient partis pour le Mordor. Gandalf avait disparu Dieu seul savait où. Merry et Pippin étaient soit-disant à l'abri dans la forêt de Fangorn. Aragorn et Boromir avaient perdu la vie. Legolas, Gimli et moi nous retrouvions coincés avec un peuple qui n'avait rien à voir avec la quête de départ si ce n'était que Saroumane était notre ennemi commun à tous. Cela dit, à nous trois, nous n'avions guère les moyens d'aider ces gens. Le magicien et le rôdeur avaient été les seuls capables de changer éventuellement les choses. Theoden n'était pas homme à donner du crédit à un Elfe, un Nain et une femme humaine. Il ne nous restait plus qu'à subir et à attendre.

Ces idées moroses m'occupèrent jusqu'à la tombée du jour. Je restais impassible comme d'habitude, ne laissant à personne l'accès à mes pensées, mais je n'en menais pas large au fond de moi. L'ambiance à l'intérieur de la cité troglodyte n'arrangeait rien. Tout le monde savait que l'ennemi finirait bien par attaquer et cette perspective était acceptée avec un mélange d'indifférence et de fatalisme. Aucun regard n'exprimait la moindre combativité et le roi lui-même semblait penser que nous étions tous condamnés. Il passa d'ailleurs la journée enfermé dans une pièce avec ses conseillers et, comme je m'y serais attendue, Legolas, Gimli et moi n'eûmes pas droit de cité. Mes deux compagnons ne semblèrent pas plus étonnés que moi. Eux aussi semblaient atteints par l'apathie ambiante et la perte d'Aragorn n'arrangeait rien. Le Nain semblait imperturbable derrière son épaisse barbe mais je le surpris plusieurs fois en train de loucher. Je le connaissais suffisamment pour savoir que ce mouvement inconscient de l'œil droit était synonyme chez lui d'une grande tristesse. Mon Elfe, quant à lui, semblait abattu. Son regard était terni par le chagrin et le voir dans cet état me faisait encore plus mal que mon propre deuil. Je ne savais quoi dire ni quoi faire et ce sentiment d'inutilité était exécrable. Décidément, depuis le début de cette histoire, je ne servais à rien.

Le soleil se coucha sans que je sache ce qu'il était advenu de cette journée depuis mon arrivée à Fort-le-Cor. Tout était flou dans mon esprit tandis que je m'efforçais de ne pas céder au désespoir, ce qui dans mon cas consistait à me cacher dans un coin en attendant que ça se passe. Debout sur les ramparts, je regardais les plaines désolées au pied des Montagnes Blanches tandis que l'astre du jour disparaissait sous la ligne d'horizon. Le lendemain était un concept abstrait que je n'avais pas hâte de voir arriver. Pourtant, avec la nuit qui tombait, il me faudrait envisager de trouver un endroit pour dormir. J'avais constaté plus tôt dans la soirée qu'il fallait faire avec les moyens du bord et se débrouiller tout seul pour trouver une paillasse, une couverture et un endroit où s'installer. La journée avait été dure et la nuit ne s'annonçait pas sous les meilleures auspices. J'en étais là de mes réflexions quand je sentis l'étreinte familière d'un bras autour de mes épaules. Je tournai la tête et croisai le regard de Legolas qui m'observa avec attention.

« Vous avez peur, dit-il au bout d'un moment. Et vous souffrez.

— Pas autant que vous. »

Mon Elfe secoua la tête avec un sourire triste. Il avait de la peine et ne voulait pas que je m'inquiète pour lui. Me le dire n'était pas nécessaire : son silence était suffisamment bavard. Je l'enlaçai à mon tour.

« Je suis désolée, Legolas, soupirai-je. Vous avez toujours été présent pour moi quand j'en avais besoin. Je suis bien consciente que maintenant, c'est à mon tour de vous soutenir mais je ne sais pas quoi faire. »

Il m'embrassa le sommet de la tête avant de répondre.

« Ce n'est pas la première fois que je perds quelqu'un que j'apprécie, dit-il. J'y suis presque habitué à présent, même si ça n'en est pas moins douloureux. Il me faut gérer cette peine par moi-même et je ne vous demanderai qu'une chose, rester près de moi. Votre présence m'apaise. »

Le panorama en contrebas des ramparts avait presque disparu dans le crépuscule. Je m'en détournai pour faire face à mon Elfe qui me regardait avec un curieux mélange d'affection et de tristesse. Mes bras se nouèrent autour de son cou. La chaleur de son corps contre le mien fit refluer un peu la peur. Le réconfort qu'il m'apportait me surprit une fois de plus mais, ayant vécu seule très longtemps, je ne risquais pas de m'y habituer avant un bon moment, ce qui me semblait aussi bien. Dans notre situation, profiter des choses simples n'était pas un luxe.

« Je resterai avec vous, Legolas, promis-je à voix basse. Autant que vous le voudrez.

— Merci, melethnin », répondit-il sur le même ton.

Nous restâmes enlacés un moment, jusqu'à ce que le ciel devienne d'un noir d'encre. Il faisait froid. Je me sentais plus lasse que jamais et, même si je n'avais pas envie d'aller dormir dans des conditions plus ou moins discutables, il fallait être raisonnable.

« Retournons à l'intérieur », dis-je.

Legolas tourna la tête vers la paroi rocheuse où était aménagée la forteresse mais il faisait trop sombre pour que je puisse voir son expression. Je devinai cependant qu'il était aussi enchanté que moi de dormir là-dedans.

En un sens, cette citadelle construite à l'intérieur de la montagne présentait bien des points communs avec la Moria malgré l'absence de cadavres… pour le moment. Cette pensée me donna des frissons. Je me repris néanmoins et entrai dans le bâtiment troglodyte en serrant les doigts de mon Elfe entre les miens. Des bougies et quelques lampes à huile avaient été allumées, projetant des ombres et une lumière blafarde sur les parois. Ça et là, des gens étaient couchés, enroulés dans des couvertures. Des personnes seules, des couples, des familles entières, les gamins blottis contre leurs parents. Le sommeil n'effaçait pas l'expression d'attente sur les visages. Je jetai un regard à Legolas qui n'accordait aucune attention à ces malheureux, et je réalisai soudain que j'ignorais où il m'emmenait.

« Où est-ce qu'on va ? demandai-je à voix basse pour ne pas réveiller les gens.

— J'ai trouvé un endroit à peu près tranquille pour passer la nuit, répliqua-t-il. Je doute que ce soit confortable mais au moins nous y serons seuls ce n'est pas dans une grotte. »

Il serra brièvement les lèvres comme si l'idée de dormir dans une caverne lui était infiniment déplaisante. Il surprit mon coup d'œil et eut un sourire de travers :

« Je suis un Elfe sylvain. J'ai horreur des grottes, c'est bon pour les Nains.

— Gimli serait ravi de vous entendre.

— Il connaît mon avis sur le sujet et ça le fait beaucoup rire. D'ailleurs il est tout à fait à son aise ici. Il dit que ça lui rappelle les cités naines qu'il a connues toute sa vie. »

Je réalisai à ces mots que je savais bien peu de choses de la vie des Nains. Mes connaissances se limitaient aux récits que j'avais entendus à Fondcombe et qui concernaient l'expédition d'Erebor, cette ancienne colonie naine détruite par un dragon. Je supposais d'ailleurs que Gimli avait vécu là-bas puisque son père, Gloïn, avait participé à cette aventure qui s'était soldée par la mort du monstre et une courte guerre gagnée par une coalition entre Nains, humains et Elfes. Cela dit, si le mode d'existence des Nains m'était étranger, je n'avais moi-même dit que peu de choses du « monde normal » et je ne connaissais les sociétés elfiques que pour y avoir vécu plusieurs semaines. Finalement, peut-être aurait-ce été à moi de poser des questions et à m'intéresser à ce qui m'entoure.

oOØOo

L'endroit qu'avait découvert Legolas pour la nuit était une sorte de placard creusé dans un mur. C'était suffisamment spacieux pour deux mais il fallait s'y déplacer à genoux pour éviter de se cogner la tête. Cet aménagement avait dû servir de cache d'armes ou de garde-manger mais il était inoccupé. Il n'y avait pas de porte, juste un trou pour rentrer et sortir. A dire vrai, ça n'était pas différent d'une grotte même si c'était moins profond. Mon Elfe avait également trouvé une paillasse et une espèce de plaid en laine rêche. Je soupirai intérieurement en rêvant d'un lit confortable avec des oreillers et un édredon en plumes. Il faisait très sombre, la seule lumière venait des bougies à proximité. Cette nuit s'annonçait, comme je l'avais pensé au départ, d'un confort des plus sommaires mais il faudrait nous en contenter. Je poussai mon sac dans un coin, retirai mes bottes et ma cape et m'étendis sous la couverture qui sentait le chien mouillé et qui grattait. Legolas me rejoignit l'instant d'après et m'attira contre lui.

« Je suis navré de ne pas avoir mieux à vous offrir, dit-il.

— Je ferai avec. Ce n'est pas grave, nous n'avons pas le choix et vous avez agi au mieux. »

Je posai ma tête contre son épaule et respirai profondément son odeur en songeant — sans oser le lui dire — que sa présence rendait ces conditions de sommeil nettement moins pénibles… même si les perspectives d'avenir étaient plus sinistres que jamais.

« J'espère que tout cela sera bientôt derrière nous, soupira mon Elfe. Ce n'est pas une vie pour vous et je regrette que vous soyez impliquée dans cette horrible guerre.

— Je l'ai accepté, rectifiai-je. Personne ne m'y a obligée et j'aurais très bien pu rester en Lórien comme c'était prévu au début. Ce la dit, si vous n'étiez pas là, Legolas, je regretterais de ne pas l'avoir fait. »

Il se mit à rire doucement et me serra un peu plus fort.

« Galadriel pensait que c'était mieux pour vous de repartir avec la Communauté. Elle ne pouvait pas vous aider comme elle l'aurait souhaité et elle avait ses raisons de souhaiter que vous repreniez la route.

— Comment le savez-vous ?

— J'ai eu une petite discussion avec elle. »

Je fronçai les sourcils et me redressai sur notre couche improvisée pour regarder Legolas, même si l'obscurité m'empêchait de voir quoi que ce soit. L'idée qu'il ait pu discuter de mon cas avec Galadriel me gênait un peu.

« Ne soyez pas fâchée, Lisbeth. C'était très informel et rien qui ne puisse vous nuire n'a été dit.

— Mais encore ? »

Legolas m'attira à nouveau contre lui et promena ses mains dans mon dos.

« Comme vous l'avez très certainement constaté, la Dame de Lórien a sondé nos esprit à notre arrivée à Caras Galadhon. Le mien y compris. Elle a donc découvert que je nourrissais déjà certains sentiments à votre égard et n'a pas été très étonnée que je vienne la voir pour lui demander si elle tenait vraiment à ce que vous restiez avec elle.

— Vous vouliez que je reparte avec vous ? »

J'étais très surprise. En repensant à ce qui s'était passé à ce moment-là, je me souvins qu'il n'avait pas exprimé grand-chose quand ma participation à la suite de la quête avait été discutée. Il avait dit quelque chose du genre : « si Galadriel en a décidé ainsi, c'est ce qui se passera. » Cela étant, mes sentiments pour Legolas étaient encore très latents et je n'en avais pas encore pris conscience. C'était venu la nuit suivante, quand j'avais fait ce fameux rêve. Mais lui, depuis quand… ?

« Vous m'êtes particulièrement précieuse depuis l'instant où vous vous êtes dite prête à vous sacrifier dans la Moria, dit-il sans que je lui aie posé la question. Peut-être aviez-vous déjà une certaine importance à mes yeux mais c'est à ce moment-là que je l'ai compris. Je ne pouvais donc me résoudre à être séparé de vous même si c'était égoïste de ma part et même si cela vous ferait prendre des risques. Il m'arrive parfois de m'en vouloir mais votre présence à mes côtés rend cette situation un peu moins pénible. »

Ces aveux me touchèrent et m'embarrassèrent à la fois. Une fois de plus, je me demandai ce que Legolas pouvait bien me trouver.

« Quoiqu'il en soit, reprit-il, Galadriel n'avait pas les moyens d'expliquer votre présence en Terre du Milieu. Elle ne pouvait que vous aider à avancer, à échapper aux valeurs malsaines qu'on vous a apprises et selon elle, repartir avec nous était une solution plausible malgré le danger. »

J'étais certaine que mon Elfe ne m'avait pas tout dit de cette discussion mais je ne voulais pas insister et poser davantage de questions. Je me doutais que Galadriel n'avait pas vu d'un très bon œil que Legolas éprouve quelque chose pour moi puisque les amours d'un Elfe et d'un humain finissaient invariablement au cimetière.

« Je ne pense pas qu'elle ait prévu que nous nous retrouvions dans ce pétrin, dis-je.

— Je n'en sais rien… Pour le moment, nous devons attendre que Gandalf revienne et nous aviserons ensuite. Il devrait être là après-demain.

— Espérons que nous ne serons pas attaqués entretemps…

— Nous ferons au mieux. Vous ne devriez pas vous inquiéter outre mesure. »

Je me demandai ce que Gandalf dirait en apprenant la mort d'Aragorn, s'il serait triste ou déçu, mais je chassai cette idée très vite parce que penser au rôdeur était trop douloureux. Je me blottis contre Legolas et sentis à nouveau ses mains caressantes dans mon dos. Ce geste affectueux me fit énormément de bien. Je me sentais propulsée loin de mes peurs, de cet endroit sinistre et des lendemains qui déchanteraient tant que durerait la guerre. Je fermai les yeux et finis par m'endormir, à l'abri de tout dans les bras de mon Elfe.

oOØOo

Je fus réveillée le lendemain matin par la lumière du jour qui passait par l'entrée de notre abri de fortune. Legolas semblait éveillé depuis un bon moment. J'enfilai mes bottes et ramassai mes affaires en silence. Un mauvais présentiment me collait à la peau. Au moment de quitter notre trou, mon Elfe me retint par le poignet.

« J'ai quelque chose à vous demander », dit-il.

Un peu surprise, je constatai qu'il avait l'air triste et embarrassé à la fois. Il fouilla dans la poche de sa tunique et en sortit quelque chose qu'il me fourra dans la main.

« J'aimerais que vous le portiez, dans un premier temps tout du moins. C'est sans doute ce qu'il aurait voulu… en attendant. »

J'écartai les doigts et découvris le collier qu'Aragorn avait porté autour du cou. Ma gorge se serra, je baissai les yeux. A ce moment-là, je n'en menais pas large.

« Vous êtes sûr que c'est ce qu'il aurait souhaité ? Et comment avez-vous récupéré ça ?

— C'est un Orque contre lequel il s'est battu qui le lui a pris. Il faudra le rendre à Arwen à la fin de la guerre mais d'ici là, je pense qu'il aurait aimé que je vous le confie. »

Je secouai la tête, mal à l'aise. À mon sens, je n'étais vraiment pas digne de porter ce bijou mais Legolas semblait y tenir. Par ailleurs, la perspective de le rendre à la fille d'Elrond était très désagréable. Qu'allait-il advenir d'elle quand elle apprendrait que celui qu'elle aimait était mort ? Je préférai ne pas y penser et attachai la chaîne autour de mon cou avant de glisser le pendantif sous mes vêtements. Par un accès de pudeur venu de Dieu savait où, je n'avais pas envie que quelqu'un puisse le voir. Legolas sourit, me prit la main et nous sortîmes de notre abri.

oOØOo

La matinée traîna en longueur. Les civils en attente et les soldats qui se relayaient sur les ramparts ne faisaient que me rappeler que la citadelle pouvait être attaquée à n'importe quel moment. Nous pouvions tous mourir dans quelques heures comme dans quelques jours. Je vis Theoden passer ses troupes en revue d'un air inquiet. Le seul espoir à notre disposition selon moi résidait dans le prochain retour de Gandalf, si possible avec des renforts. J'ignorais combien de monstres Saroumane pourrait envoyer à nos trousses. Ce n'était pas parce que le gouffre de Helm avait protégé les Rohirrim une fois que cela serait systématique. Je m'efforçai cependant de cacher mon pessimisme. Legolas avait raison d'y croire en ce sens où se morfondre et penser au pire ne faisait pas avancer les choses mais ma nature fataliste reprenait le dessus, et voir la mine sinistre des uns et des autres ne m'aidait pas vraiment.

Je restai en compagnie de mon Elfe et de Gimli. Legolas avait refusé de me laisser seule et écouter ses interminables discussions avec le Nain avait le mérite de m'occuper l'esprit. Je vis à quelques reprises passer Eowyn qui transportait d'énormes ballots de provisions dans les grottes aménagées sous la montagne. Elle me souriait de loin mais ses yeux étaient cernés et son regard fatigué. La nuit avait dû être courte. Sans doute craignait-elle l'attaque autant que les autres et j'avais constaté que la mort du rôdeur l'avait dévastée même si elle ne m'en avait rien dit.

Aux environs de midi se produisit un événement des plus inattendus. Il y eut un mouvement dans les ruelles de la cité des bruits de sabots de cheval et des cris résonnèrent. Gimli partit comme une flèche. Legolas me saisit par la main et nous le suivîmes. Il se passait quelque chose et je me pris à espérer que c'était Gandalf qui revenait plus tôt que prévu. Nos pas nous menèrent jusqu'à la salle où le roi Théoden s'était enfermé la veille avec ses conseillers.

Devant la porte, épuisé, couvert de sang et de boue, se tenait Aragorn.

Vivant.

À ses côtés, Gimli souriait d'une oreille à l'autre.

Je lâchai la main de Legolas et me précipitai sur le rôdeur.

« Espèce d'ordure, m'écriai-je avant d'éclater en sanglots. Vous n'avez pas honte de faire des peurs pareilles aux gens ? Je vous casserais la figure si vous n'étiez pas en si mauvais état !

— C'est un plaisir de vous revoir, Lisbeth, répondit Aragorn avec un sourire torve.

— Je vous hais, pleurnichai-je. Je vous hais, je vous déteste mais bon sang, c'est tellement bon de vous revoir vivant ! »

Je nouai mes bras autour de lui et le serrai très fort en arrosant sa chemise de mes larmes.

« Vous me faites mal, grogna-t-il. J'ai deux côtes cassées.

— Vous l'avez pas volé, répliquai-je. »

Il rit, puis se mit à tousser. Je le relâchai et détachai la chaîne autour de mon cou.

« Je crois que c'est à vous, dis-je en lui tendant le bijou.

— Merci beaucoup », répondit-il.

Il se détourna de moi et regarda à nouveau la porte de la pièce où était retranché le roi.

« Il faut que je parle à Theoden, dit-il. Tout de suite. »

J'échangeai un regard avec Gimli et Legolas qui eurent soudain l'air inquiet.

« Que se passe-t-il ? demanda mon Elfe.

— Nous courons à la catastrophe. »

Je sentis alors que mon présentiment allait se réaliser. L'attaque aurait lieu bientôt et avant l'arrivée de Gandalf. Quelque chose me disait que ça ne serait pas une partie de plaisir.

A suivre.