Le chapitre précédent n'ayant pas eu de succès (aucun commentaire) j'espère que celui-là vous satisfera davantage.
Comme chaque semaine depuis de nombreuses décennies, le dimanche était un jour particulier.
En premier lieu, il constituait un jour dépourvu de cours. Aucune retenue ne pouvait y être placée pas plus que les entrainements de Quidditch. Un jour vide, disait-on.
Enfin, c'était la théorie.
- En fin de semaine vous disposerez d'un jour pour finir vos devoirs, en partant du postulat de base que vous les avez commencés. Disait régulièrement la sévère Minerva MacGonagall à ses élèves de première année. Bien évidemment, j'attends de vous que vous ne vous comportiez pas comme une horde de babouins braillards et débraillés.
De fait, passé un certain niveau, le dimanche n'était plus qu'un moyen de venir à bout de l'effrayante masse de travail qui pesait sur les étudiants. Les longues heures de détente devenant ainsi une légende locale.
Pour les rares à avoir eu le courage de finir leurs devoirs avant ce jour si important, leur sérieux les poussait à passer ce temps enfermé en bibliothèque. La rançon du succès.
Du côté professoral, les choses étaient assez analogues. Les cours devaient être préparées pour la semaine suivante, les copies corrigées, les retenues enregistrées. Tacitement le corps professoral se réunissait donc en salle des professeurs, lieu chargé de mystères pour certains élèves du fait de son verrouillage apparemment à toute épreuve. Une salle qui, deux fois par mois, accueillait également des Conseils de classe.
Ces conseils de classe étaient de moindre importance en comparaison de celui de fin d'année qui déterminerait le passage. Ils étaient conçu comme un moyen de garder un œil sur les élèves, permettant aussi une meilleure transmission des informations. Chacun des professeurs se voyant alors informé des faiblesses théoriques ou pratiques de ses élèves dans les autres matières.
Bien entendu, le grand nombre d'élèves rendait impossible un point exhaustif sur l'ensemble. C'était l'intérêt de ces réunions dominicales bimensuelles. Chacune se focalisait sur une partie seulement des élèves. Les premières et secondes années faisaient partie de la première tranche. Il fallait soigner leurs débuts dans le monde magique. Les troisièmes et quatrièmes arrivaient en seconde position. Sans grande surprise, les élèves en BUSE et ASPIC faisaient l'objet d'une étude conjointe. Demeurait alors la dernière année, la sixième.
Elle était distinguée des autres par son aspect charnière. Les élèves disposaient de leurs BUSE et réfléchissaient aux ASPC qu'ils présenteraient. Une charnière des plus nécessaires pour éviter que des projets se perdent entre les deux diplômes faute d'un travail adapté.
En ce dimanche, c'était donc le tour des sixième années. Mais, chose au combien plus surprenante, c'était aussi le premier Conseil du nouveau professeur d'Este. Chacun avait d'ailleurs son avis là-dessus.
- Adien Miranda. Commença le professeur Flitwick. En sortilège je n'ai rien de particulier à lui reprocher. Élève sérieuse, sans doute un peu effacée.
Il avait fallu à peine quelques jours pour que le nouveau venu s'intègre à l'ensemble. Agréable, calme et cultivé, il semblait toujours savoir comment s'adresser à son interlocuteur. Le minuscule professeur avait ainsi rencontré un autre passionné du sorbet à la cerise soda. Rendez-vous avait déjà été pris pour une excursion aux Trois Balais, en dépit du temps atroce.
- Miss Adien fait ce qu'on lui demande. Fit sèchement la professeure de métamorphose. Ni plus ni moins. Sa moyenne tourne autours d'Acceptable. Insuffisant pour ses ambitions de guérisseuse je le crains.
La très stricte Minerva n'était pas quelqu'un à s'extasier sur la nouveauté, phénomène bien trop indéterminable. Mieux, elle avait horreur de tous ces gens qui se pâment pendant des heures ou sont friandes de ragot. Elle respectait la compétence et la droiture ni plus ni moins.
Néanmoins, le nouveau professeur parlait avec un accent écossais relativement prononcé. Le soir même de son arrivée, elle l'avait entendu jouer de la cornemuse dans ses appartements et avec brio.
Ayant une grande affection pour sa patrie, elle avait écouté jusqu'au bout sans même essayer d'entrer pour ne pas déranger. Une première.
Détail important, Balthazar d'Este avait amené avec lui une bonne dizaine de chats qui apparemment vivaient en parfaite harmonie dans le petit espace.
- Alors, Minerva, vous êtes beaucoup trop sévère. S'écria Silvanus Brûlopot. Je n'ai de mon côté strictement rien à lui reprocher. Elle participe activement et se montre toujours d'une politesse esquisse.
- Je n'attends que d'observer cette éclatante preuve de volonté alors. Répondit son interlocutrice avec scepticisme.
Chacun donna son avis avec plus ou moins de réserve. La demoiselle se montrait des plus compétente dans certaines matières et bien moins pour d'autres.
Demeurait un dernier enseignement néanmoins. Et il avait des choses à dire apparemment.
- Miranda souffre d'un incroyable manque de confiance en elle. Au cours de l'été elle s'est rebellée contre sa famille qui attendait d'elle une entrée au Ministère de la Magie. La pression a été de trop et elle a craqué. Imaginez-vous qu'elle ne dort quasiment plus, obligée qu'elle se sent de tenir jusqu'au bout sa ligne de conduite, au mépris de l'assentiment parental. Une volonté farouche de réussir. Partant de là, j'estime sa performance en Défense contre les Forces du Mal des plus impressionnantes bien que je ne l'ai vue que deux fois depuis mon arrivée. Ses arguments sont riches et ouverts.
Toute la salle des professeurs retint son souffle devant cette tirade de Balthazar d'Este.
- Et comment avez-vous appris tout ça ? S'enquit le professeur de potion.
- De la manière la plus simple du monde. Fit l'interpellé en buvant un verre d'un étonnant liquide ambré. Elle est venue m'en parler à la fin de mon cours car elle craignait que je la croie trop faible pour la garder dans mon cours. De fil en aiguille elle en est venue à me confier ce récit.
- Bien bien…sachant cela il faudra voir si sa volonté est suffisante. Déclara le minuscule professeur de Sortilèges en se frottant gaiement les mains. Si nous évoquions maintenant Adoman John ?
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Comme la plupart des dimanches où il n'arrivait pas de catastrophe macabre, Harry se baladait seul dans les couloirs. Son appétit pour le travail scolaire avait disparu en même temps qu'Hermione, une vie auparavant. Sans elle pour le motiver, et l'aider, ça n'avait plus le moindre intérêt.
D'autant que ses pensées l'éloignaient bien loin de la théorie du sortilège de transfert ou de la potion wiggenweld.
Depuis l'arrivée de son nouveau mentor il n'avait pas eu l'occasion de lui parler directement afin de s'enquérir des raisons de sa venue même s'il s'en doutait un peu.
Sans grande surprise, le cours de Défense contre les forces du Mal avaient été très intéressants jusque-là, le professeur se révélant un discoureur habile et pédagogue.
Une haute fenêtre attira son attention en reflétant son visage. Réprimer ses pouvoir rendait ses yeux de plus en plus éméraude tandis que son visage muait petit à petit. Avec un soupir il s'obligea à quelques petites modifications pour que tout demeure normal.
Ses pas l'amenèrent jusque au couloir des enchantements non loin de la tour de Serdaigle. Là, sur un banc, le regard dans le vide se trouvait Camille Delaire. Les quelques élèves qui passaient à côté d'elle lui lançaient des regards effrayés ou dégoutés.
Réprimant le frisson qui lui secoua l'échine, Harry s'assit à côté d'elle sans susciter la moindre réaction de sa voisine. Il doutait d'ailleurs qu'elle l'ait remarqué. La principale raison étant qu'elle n'avait plus aucun contact avec la réalité depuis que le peu de raison lui restant avait été soufflée par l'évasion des Mangemorts.
Alors, comme chaque fois qu'il la rencontrait, il entreprit de monologuer sur des sujets inutiles.
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- Monsieur Black serait beaucoup plus efficace dans ses études s'il se décidait à se concentrer sur l'enseignant plutôt que sur ses voisines.
- Allons Demetrius vous me semblez bien peu concilliant. L'apaisa Flitwick. Ses notes m'ont l'air tout à fait correctes dans l'ensemble des matières. Il tient par ailleurs la dragée haute aux meilleurs de la classe en sortilèges.
- Et puis vous savez comment sont les garçons à cet âge là. Renchérit Balthazar avec un sourire amusé. De jeunes chiens fous toujours prêt à se faire admirer. Puisque le jeune Sirius parvient à concilier de bonnes notes et son admiration de la beauté féminine, autant ne pas le pénaliser.
Le commentaire suscita un certain amusement dans les rangs professoraux.
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- ….et ma tante buvait toujours son thé avec trois rondelles de citron. Alors évidemment ça la faisait grimacer et elle se plaignait. Tu te rends compte cette bêtise crasse ?
Harry fut interrompu dans ses banalités par un groupe de jeunes sorciers venant dans sa direction. De toutes maisons, ils paraissaient se moquer de l'atmosphère oppressante qui alourdissait l'école. Tout du moins ils ne comprenaient apparemment pas la gravité ou la tristesse qui accablait d'autres gens.
Le jeune ex-survivant n'y aurait accordé aucune espèce d'attention si ces derniers ne s'étaient pas arrêtés juste devant eux.
- Pourquoi est-ce que tu discutes avec cette erreur de la nature, Ignotus ? S'enquit l'un d'eux, sorte de grand colosse blond.
Surpris par le ton méprisant l'interpellé haussa un sourcil. « De quoi est-ce que tu parles ? »
D'un geste dédaigneux l'autre désigna Claire. « T'as pas mieux à faire que passer tes journées à côté de cette attardée ? Non mais regarde-la ! Elle ressemble à rien. Elle parle pas. Elle sert à rien du tout et… »
Pendant qu'il parlait, Harry sentait la colère monter en lui. Une terrible colère, plus noire que noire, qui prenait sa source au plus fond de son être. Cela faisait près d'un an et demi maintenant qu'il n'avait plus ressenti cette haine absolue.
Inconscient du danger, le sorcier continuait ses moqueries, prenant ses camarades à témoin.
- Certains disent même qu'elle pisse encore dans son lit. Fit justement un d'entre eux. Tu te rends compte ? C'est Mary qui me l'a dit. Mme Pomfresh est obligée de l'assommer pour qu'elle puisse dormir le soir.
- Quand je pense que Duke voulait sortir avec elle….franchement ça me donne pas envie. Même un troll voudrait pas.
Et ce fut ce ton dégoûté qui acheva de mettre Harry hors de lui.
- Et qui es-tu, toi, pour oser la critiquer ? Cracha-t-il littéralement. Comment te permets-tu de la juger ?
D'un geste souple il se leva, ses iris s'étant étonnamment assombris. Et, alors qu'il allait perdre son sang froid et déchaîner la noirceur de son coeur, il se força à réprimer ses pulsions et les enfermer au plus profond de lui.
Tous ces mois d'entraînement avaient finalement servi. Et il n'allait certainement pas tout faire rater pour si peu.
Rasséréné, il leva un regard glacial sur le groupe d'imbéciles, totalement inconscients du fait qu'ils venaient d'échapper à un sort terrible.
- Vous me faites pitié. Déclara-t-il alors très calmement. Vous n'arrivez pas à la cheville de Claire et ne pourriez jamais ne serait-ce que comprendre la moitié de ce qu'elle a subi, Veracrasses stupides.
Devenant écarlate sous l'insulte, celui qui avait parlé en premier tira sa baguette de sa poche et la pointa droit sur Harry.
- Répète si tu l'oses ! Rugit-il.
Il avait l'habitude d'être le chef dans son groupe d'amis. Aussi c'est avec arrogance qu'il se prépara à attaquer.
Alors, dans un éclair, il fut projeté en arrière sur plusieurs mètres tandis qu'Harry récupérait sa baguette avec sa main gauche. En un instant il avait riposté d'un informulé, surprenant son inexpérimenté adversaire.
Sereinement il s'avança, tandis que le reste du groupe, reculant, laissait leur ami à découvert.
- Je te redis droit dans les yeux que tu es un imbécile, un crétin immature et un pauvre veracrasse dénué d'intelligence. Si tu lui adresses encore la parole une seule fois, si tu la regardes ou si tu l'approches….tu le regretteras amèrement.
Puis avec une voix particulièrement grave tant elle était glaciale « Je croyais que les Poufsouffle privilégiaient les relations sociales entre eux, qu'ils étaient ouverts. Votre Fondatrice aurait honte de vous tous. »
Et quand son regard s'attarda sur les Serdaigle du petit groupe ceux-ci avalèrent leur salive avec difficulté. Leur Capitaine n'était pas quelqu'un à chatouiller trop fort. Et la preuve s'étalait sous leurs yeux.
L'arrivée de Rusard mit fit à cette altercation. Voyant toutes les traces d'un duel il frissonna de joie et convoqua l'ensemble des élèves chez le Directeur.
Harry le suivit, semblant peu concerné par la convocation. En réalité, il repensait à ce qu'il venait de se passer. Durant un instant, juste au moment où il allait perdre son sang froid, il l'avait vue. La Mort. A côté d'eux. Plus proche qu'on ne saurait l'imaginer et aussi macabre qu'elle l'avait toujours été. Durant cette fraction de seconde, leurs regards s'étaient croisés.
Et durant ce même temps, il avait senti une partie de l'horreur qui se déroulait au dehors.
Son seul sentiment était que le pire restait à venir. Et ce n'était pas une bonne nouvelle.
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- Ignotus est un élève brillant. Il réussit ses métamorphoses sans réelle difficulté. Seul le niveau théorique semble lui poser un problème. Il faudra cependant qu'il continue à discipliner son esprit car parfois ses sorts donnent des résultats imprévus, notamment sur la couleur.
- Vous savez que ce jeune homme est toujours dispensé de Botanique et Herboristerie en pratique. Déclara le professeur Chourave avec un accent indéfinissable. Sa présence semble avoir un effet sur certaines plantes. Au niveau écrit, je n'ai pas grand-chose à dire. Il fait ses devoirs mais ne participe pas trop.
Notant un léger sourire sur les lèvres du professeur d'Este, elle lui demanda son avis.
- Harry Ignotus est un garçon très spécial. Répondit ce dernier. Il fait preuve de beaucoup d'enthousiasme dans ce qu'il entreprend. Ses connaissances en duel sont, de ce que j'ai vu, au-delà de la moyenne de ses camarades. Néanmoins, je le crois sujet à quelques emportements.
- Qu'entendez-vous par là ? S'enquit le professeur Flitwick qui appréciait beaucoup son Serdaigle. Le croyez-vous dérangé ou instable ?
- Je n'irai pas jusque-là Filius. Harry est parfaitement stable, j'en suis persuadé. Mais il est particulièrement sensible. Ses émotions sont toujours à fleur de peau. Le contexte extérieur ne fait rien pour améliorer cet état de fait. Je crains qu'il n'ait un besoin constant de se…défouler.
Et tandis qu'il parlait, son regard s'était tourné vers le mur avec une étrange fixité. Comme si quelque chose avait attiré son attention sur ce dernier.
- Votre camarade souffre de profonds traumatismes, monsieur Silverson. Déclara Albus Dumbledore avec sévérité. J'attends donc de vous un peu plus de sollicitude à son égard. J'espère que je me suis bien fait comprendre.
Les élèves devant lui baissèrent la tête. Ils avaient fait perdre une bonne quantité de points.
Seul Harry Ignotus ne baissa pas son regard. Sereinement il observait la bibliothèque. Le sermon sur le fait de ne pas attaquer les camarades dans les couloirs ne semblait pas l'avoir marqué de quelque manière que ce soit.
Quand ils furent congédiés, il se dirigea tranquillement vers la porte.
- Harry, pouvez-vous rester s'il vous plaît ?
Le jeune homme acquiesça d'un signe de tête et s'arrêta d'avancer. Il attendit que le directeur reprenne la parole. Ce que ce dernier fit.
- Pourquoi les avoir attaqué Harry ?
Il écopa d'un regard ennuyé.
- Sauf votre respect professeur, j'ai accompli ma peine puisque vous m'avez enlevé des points et que je me suis excusé. D'un point de vu juridique je suis en règle. Il y a chose jugée comme on dit. Mon action n'est plus susceptible de sanction.
Sans se troubler outre mesure, car il commençait à cerner son élève, Dumbledore ne rentra pas dans son jeu.
- Ce que je me demande c'est ce qui vous a poussé à répondre aussi vertement à leurs remarques. Après tout, cela aurait pu se régler tout seul.
Il cherchait à le provoquer. C'était son meilleur moyen après tout. La dernière fois, il avait révélé plusieurs choses sous le coup de la colère.
Il tomba sur un os. Songeant toujours à sa vision de la Mort, Harry garda son ton morne.
- Un sortilège de désarmement est on ne peut plus anodin à ce que je sache. Il doit s'en passer une dizaine par jour des événements comme ça. Que pensiez-vous que j'allais faire ? Je ne suis pas une bombe à retardement.
- Vous avez des antécédents de violence, Harry. Ça rentre en ligne de compte.
Le garçon eut un pauvre sourire. « Oui. De violence, c'est qu'on me dit souvent. » Dumbledore remarqua à cet instant qu'il ne portait plus son bandeau ni la cicatrice représentant les Reliques de la Mort. Étrange.
- Que voulez-vous vraiment savoir, professeur ? Demanda Harry avec lassitude. Je n'en sais pas plus que vous sur ce qui se passe à l'extérieur.
- En êtes-vous sur ? S'enquit son interlocuteur, un instant interloqué par la perspicacité du jeune homme. Je me dois d'insister. Nous parlons de choses très graves.
- Oh je vous garanti que oui. Fit une voix à l'entrée du bureau.
C'était Balthazar d'Este. Comment avait-il passé la gargouille sans être annoncé, et comment était-il entré dans la pièce sans ouvrir la porte, cela Albus ne le savait pas.
Avec douceur l'étrange professeur s'avança vers eux. Son pas était calme, de même que son visage.
- Vous ne posez pas la bonne question, Albus. Ou plutôt vous ne la posez pas au bon moment. Harry Ignotus ne sait rien qui pourrait vous intéresser. Quant à vous, vous en savez bien assez.
Dumbledore se leva brusquement. « Que faites-vous là, professeur ? N'étiez-vous pas à une réunion professorale ? »
Il ne semblait guère ravi d'être surpris pendant une conversation qu'il espérait importante.
- Elle est terminée depuis une dizaine de minutes maintenant. Rétorqua affablement son interlocuteur Et cherchant ce jeune homme j'en suis arrivé à venir vous voir.
- Monsieur Ignotus et moi étions en train de régler un problème disciplinaire.
- J'en suis convaincu. Dit Balthazar avec un certain amusement. C'est précisément la raison de ma présence. Enfin, se reprit-il, l'une des raisons.
- Que voulez-vous dire ?
- Une chose à la fois, s'il vous plaît. (Il sortit une petite boite de sa poche). Un bonbon au citron ?
Harry étouffa un petit rire devant l'incroyable culot du premier Faucheur. Et encore plus quand le directeur refusa presque avec raideur.
- Venez-en au fait.
- Comme vous le voulez. Le premier élément que j'ai à vous communiquer concerne ce garçon. Vous ne devriez pas l'interroger de la sorte, sinon l'on va finir par penser qu'il subit des pressions et que donc sa sécurité n'est pas optimale. Ce n'est pas bien.
Il y avait dans cette voix une forme de paternalisme légèrement moqueur qui stupéfia proprement le vieillard. Personne ne s'était plus risqué à lui parler de la sorte depuis presque 80 ans.
- Qu'est-ce que…quoi…pardon ? Manqua-t-il de s'étouffer avec le bonbon qu'il avait fini par pendre. Comment pouvez-vous….
- Voyez-vous, le coupa fermement l'autre soudain plus sérieux, il s'avère que je prends les intérêts de mes élèves très à cœur. Et plus particulièrement les siens.
- Quel genre de liens avez-vous ? S'enquit le directeur. Vous vous connaissiez avant Poudlard ?
Balthazar ne répondit pas immédiatement. Il posa une main sur la tête de son élève avant de lâcher sa phrase. Une phrase qui, au jugé, n'était pas dépourvue d'une certaine fierté.
- Harry est mon fils.
L'arrivée de Voldemort, Grindelwald et Mordred dans son bureau sur un cochon volant n'aurait pas entraîné une telle réaction de surprise. C'est à peine si le directeur ne tomba pas de sa chaise, toussant sans pouvoir s'arrêter.
Eut-il été moins choqué qu'il aurait vu que l'expression d'Harry était également perplexe.
- C'est une plaisanterie ? Monsieur Ignotus n'a aucune famille vivante. Il me l'a assuré avant même le début de l'année scolaire.
- Le contexte actuel de crise géopolitique n'est guère propice à ce genre de calembours, Albus. Répliqua Balthazar. J'ose espérer que vous ne me croyez pas capable de venir vous déranger pour le plaisir de vous faire avoir des attaques de nerf.
Il tira une chaise et s'assit à côté d'Harry. « J'ai adopté Harry Ignotus. Le document d'émancipation qui vous a été présenté n'a donc plus qu'une valeur anecdotique. Toutes les procédures ont été réalisées ».
Il lui présenta une liasse de documents. Tout était parfaitement en règle.
- Depuis quand est-ce que…
- Hier. J'ai reçu l'autorisation ministérielle par hibou le matin.
- Mais, vous auriez pu m'avertir de cette opération ? S'indigna le directeur en réalisant que le nombre de décisions ministérielles dont il n'était pas au courant ne cessait de s'accroitre.
- Je vous arrête tout de suite, Albus. Rien dans le règlement intérieur n'interdit à un professeur d'adopter l'un de ses élèves si ce dernier donne son autorisation et que les conditions de forme et de fond sont réunies, d'autant que oui nous nous connaissions depuis….un bon moment.
Albus s'apprêta à répliquer. Las, il n'en eut pas le temps car l'autre lui coupa la chique. « Et ne me parlez pas du fait que je vous ai menti à l'entretien. J'ai expliqué mot pour mot que j'envisageais de me rabattre sur l'adoption dans un futur indéterminé. Ce qui est vrai. »
- Pourtant je…
- Sachant cela, Albus, vous devriez être au fait qu'un élève ayant son ou ses parents dans l'établissement ne peut être convoqué sans l'accord, et la présence de ces derniers. Article 24-6, chapitre troisième, si mes souvenirs sont exacts. Je ne vous ferais pas l'offense de vous le réciter avec la portée qu'il implique.
Le sourire était bienveillant, mais même un homme moins expérimenté qu'Albus Dumbledore aurait ressenti l'avertissement derrière.
Article 24-6 : « Lorsque l'élève tombant sous le coup d'une adoption professorale fait l'objet d'une convocation disciplinaire, le représentant légal doit impérativement être présent à peine d'abus de prérogatives régis par l'article 12 alinéa 1er.
Harry était resté silencieux pendant tout l'échange. Il assistait à l'affrontement verbal, attendant de voir comment tout cela allait se terminer. Quel était le but de Saul en parlant d'adoption à cet instant ?
- Soit. Finit par répondre Albus non sans contrariété. Mais dans ce cas peut-être que vous vous avez un meilleur aperçu de la situation extérieure.
- La situation, ainsi que vous l'appelez, échappe complètement à tout contrôle. En arrivant au château, j'ai été confronté par des Inferii et des Détraqueurs. Croyez-moi Albus, il y a quelque chose qui nous en veut mortellement. Et même Voldemort est menacé, j'en suis convaincu.
Il se leva. « Nous reprendrons cette conversation plus tard, si vous le voulez bien. »
A cet instant en effet, le professeur MacGonagall entra précipitamment dans le bureau.
- Albus, nous avons les représentants du Ministère qui veulent vous voir à l'instant. Ils sont matériellement derrière la porte.
Elle afficha un air pincé devant ce manque de procédure flagrant. Millicent Bagnol ne cessait de la stupéfier.
Sa surprise fut grande de surprendre un directeur crispé, un professeur amusé et un élève impassible.
Ces deux derniers la saluèrent d'ailleurs avant de quitter le bureau.
La porte se referma derrière eux tandis que Minerva prenait place.
Sitôt hors de portée des oreilles indiscrètes, la conversation reprit.
- Pourquoi as-tu dit ça à propos de l'adoption ? S'enquit le plus jeune et de loin.
Balthazar l'observa avec douceur. « Je n'ai pas menti Harry. J'ai effectivement fait la demande, comme je l'avais mentionné il y a un moment. Il y a plusieurs raisons à ça. Nous serons amenés à nous voir régulièrement et il n'est guère envisageable que les autres professeurs en viennent à s'interroger sur tes allées et venues dans mes appartements. La raison suivante, non la moindre, repose sur le fait que tout s'accélère. Le moment se rapproche de plus en plus. La troisième raison est que Dumbledore se doute de la relation qui existe entre toi et les événements extérieurs. Il en sait trop et trop peu. Il veut plus. C'est sa nature. »
- Je ne sais pas trop quoi en penser….Avoua l'ancien Survivant.
Saul lui posa une main sur l'épaule. « Je peux comprendre ton ressenti. Mais toi, ressens-tu aussi ce que j'en pense moi ? »
Harry n'avait pas besoin de tourner les yeux et de se concentrer. Il le savait parfaitement.
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Quelques mois auparavant, dans un lieu introuvable
- C'est dur Harry, mais les James et Lily que tu côtois ne sont pas tes parents. Ils ne peuvent plus l'être. Trop de choses diffèrent. Tu n'es pas un Potter ici, et même si tu essayais de leur expliquer ton histoire, tu ferais face à de l'incompréhension.
C'est alors qu'Harry avait posé sa question. « Pourquoi n'as-tu jamais essayé d'avoir des enfants pendant toute ta vie de Faucheur ? »
Saul avait haussé les épaules.
- Les pouvoirs de Faucheur ne sont pas héréditaires, tout enfant serait mort avant moi. J'aurais probablement du accompagner son âme moi-même sur le Chemin pour ne plus jamais la revoir. De toute façon il y avait un obstacle de taille. Toi et moi sommes stériles. A partir du moment où tu as été réincarné, tu as perdu toute chance d'avoir une descendance.
Il eut une grimace sombre devant la mine complètement défaite d'Harry. « Peut-on attendre de l'incarnation de la Mort qu'elle soit capable de donner la vie de la plus belle des manières ? Évidemment que non. Les hautes instances morbides n'y auraient jamais songé. »
Il sembla éprouver un chagrin prononcé avant de se reprendre.
« Le premier siècle je n'y ait pas pensé. Mes descendants lointains vivaient encore. Je me suis convaincu que j'y trouverais une compensation pour la perte de mes très nombreux enfants. Bien sûr ce fut impossible. Mais j'étais toujours dans une mentalité d'hommes, et de père, aussi sitôt ma mission achevée je me suis retrouvé seul. J'ai alors tenté tous les subterfuges possibles et imaginables pour procréer. Sans résultat.
Durant ces cinq millénaires, je me suis attaché à certaines personnes. Ce n'est qu'une formalité pour un Faucheur que d'inspirer confiance. Tu sais instinctivement quoi dire pour susciter colère, tristesse, admiration. Mais c'était des relations tronquées. Toujours à court terme. Je ne revenais ensuite qu'un ou deux siècles plus tard, afin que nul ne puisse me reconnaître sur ces terres. »
Dans ses paroles, les siècles défilaient comme des semaines. Pour un adolescent de seize ans comme Harry, cela dépassait l'entendement qu'on puisse vivre si longtemps.
- Pourquoi ne pas avoir adopté alors ? Tu aurais pu vivre une vie normale puis disparaître d'une quelconque manière.
- Je l'ai fait. J'ai adopté des enfants romains à une époque reculée où je m'essayais à la philosophie. A peine le temps de réaliser cette joie qu'ils étaient déjà adultes et avait quitté la Domus, la maison. Quand tu as 3000 ans, tu ne vois plus passer douze ans. Ça n'a aucun sens. Alors je me suis résolu. Mais j'aimerais te demander cependant si tu accepterais de vivre dans ce manoir une fois tes études terminées et ta mission achevée ?
Harry n'eut pas besoin d'y réfléchir longtemps. Il avait besoin d'un soutien véritable. De quelqu'un qui pouvait le comprendre mieux que personne. Quelqu'un qui, et c'était effroyablement important, était à l'abri de la chose qui avait rendu Harry seul : la Mort de ses parents.
Deux immortels qui vivraient pour toujours, se soutenant l'un l'autre. Une macabre opportunité.
Alors il acquiesça.
A cet instant il ressentit la joie de Saul comme jamais. Il y avait dans cette âme millénaire un soudain espoir qui s'était rallumé. Une sombre clarté qui illuminait ce regard d'améthyste.
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- Je sais parfaitement ce que tu en penses. Et je n'ai pas changé d'avis.
- Donc tu es favorable à cette adoption ? J'ai quand même du violer la moitié des règles de la Magie pour faire valider cette adoption en une heure et faire l'aller-retour entre deux cours.
Harry eut un sourire amusé. « Oui je suis favorable. Je doute pouvoir espérer un meilleur soutien que celui que tu incarnes. Je ne pourrais probablement jamais te remercier pour tout ça. »
- C'est ce que j'aurais voulu pour moi, mon garçon. Fit Saul, comme il l'avait dit déjà à plusieurs reprises.
Il se reprit.
- Bon et que ce soit parfaitement clair, immortel ou non tu es prié de ne pas faire d'esclandre dans le bureau d'Albus sous des motifs ridicules. J'ai des cours à donner et ça nécessite toute mon attention. Je préfère largement intervenir dans des rencontres plus…dangereuses.
Il y avait dans cette sévérité un grand attachement.
- Oui. Marmonna Harry
- Oui qui ?
- Oui…papa. Fit le garçon avec une certaine hésitation.
Saul qui s'attendait à « Saul » ou « professeur » sur un ton moqueur resta un instant coi.
- Ne te sens pas obligé d'aller jusque là, Harry.
- Non non, ça va. J'ai jamais eu l'occasion de le dire vraiment à quelqu'un. Ça me plait bien. Je peux encaisser.
Il s'esclaffa soudain. « Mes camarades de dortoir se plaignent de ne pas pouvoir boire d'alcool chez eux à cause de leurs parents. Si je leur disais que mon père adoptif insiste pour me faire boire du poison concentré ils en feraient une drôle de tête. »
Saul éclata d'un énorme éclat de rire communicatif. La rigolade se poursuivit un moment, sans discontinuer. C'était vraiment rafraichissant.
Harry, je suis content de voir que malgré toutes ces épreuves tu restes un adolescent. Et je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que ça demeure ainsi….mon fils.
