Ce texte a été écrit pour la vingt-cinquième nuit du Fof en réponse au thème « Paradis »
Disclamer : L'univers Potterien appartient à J.K Rowling
Son : Higher - The Cardigans
OS 21 : Ne fermes plus les yeux
"Les paradis sont faits pour être perdus" Andrei Stoiciu
Il suffit parfois de fermer les yeux pour s'échapper des pires endroits. Fermer les yeux et renoncer à l'emprise du monde, se détacher de tout ce qui est palpable et ne plus vivre qu'avec des souvenirs. Fermer les yeux et vivre en aveugle. Fermer les yeux pour ne garder que le bon... Fermer les yeux et se laisser...
- Fleur ?
La jeune femme sursauta et ouvrit les yeux. La première chose qu'elle vit fut la chevelure rousse de Madame Weasley puis sa vue s'éclaircit et elle distingua mieux les alentours. Elle était toujours dans l'infirmerie de Poudlard, tout était blanc, aseptisé... trop aseptisé. Dans le fond, elle discerna le visage des autres Weasley : Ronald, Ginny, Arthur, Georges et Fred... ils étaient presque tous là. Ne manquait que ce frère ainé dont Bill lui avait tant parlé et l'autre, plus jeune, qui avait abandonné la famille pour un autre horizon. Elle soupira. Plutôt dans la soirée, ils étaient descendus rendre hommage à Dumbledore tandis qu'elle restait là à panser les blessures de son futur époux.
Son futur époux... le mot était si délicat, si doux qu'il lui fit monter les larmes aux yeux. Et Molly qui avait cru qu'elle ne voudrait plus de son fils. Mais son futur époux était plus beau que jamais, portant les marques de son courage, de sa force et de ses convictions. Comme il était beau. Elle n'aurait pas pu rêver mieux, elle n'aurait pas voulu rêver mieux.
- Fleur ?
Elle tâcha de se reconcentrer sur Molly.
- Tu devrais sortir Fleur, faire un tour, aller te rafraichir, manger quelque chose... Madame Pomfresh a dit qu'il ne se réveillerait pas tout de suite.
- Je ne veux pas le laisser.
- Il ne s'en rendra pas compte.
- Je ne le laisserais pas seul ! Elle haussa la voix ! Et je l'épouserais ! Et nous serons heureux ! Et nous aurons...
Sa voix se brisa alors que les larmes lui montait aux yeux. Il était passé si près, si près de la mort que la jeune fille en était tétanisé et s'il l'avait abandonné ? Et s'il était parti sans elle ? Qu'est-ce qu'elle aurait fait sans cette homme qui lui avait appris tant de choses ? Et si... tant de si.
Molly Weasley regardait sa future bru et son air dévasté sans savoir quoi faire, elle avait si longtemps été contre cette union, contre elle, qu'elle ne savait même plus comment se conduire correctement, elle voulait la consoler mais ne savait pas si son geste serait bien reçu. Elle voulait lui montrer qu'elle était là mais ne savait pas comment si prendre... Elle fut sortie de ses pensées par une voix qui chantonnait :
- *Et du rivage, je voyais l'étranger, dans les nuages, c'était ma liberté et qu'un beau jour enfin, ce sera de l'amour...
Fleur avait fermé les yeux à nouveau, elle s'était allongée contre le corps du garçon et avait posé la tête sur son torse pour écouter les battements de son coeur. Il n'y avait plus qu'elle, elle qui chantonnait dans sa langue maternelle, elle qui veillait sur le sommeil de son futur. Il n'y avait plus rien autour d'eux. Les Weasley n'étaient plus qu'un souvenir, la bataille... un acte manqué. Il n'y avait plus qu'une étendue sombre et un bruit sourd : toudoum-toudoum-toudoum qui accompagnait ses pensées.
Elle était sur la plage la main dans la main avec Bill puis à la banque, cachée dans un placard de service dans lequel il s'employait à la rendre folle. Il y avait son regard, ses murmures, ses mains. Souvent ses mains. Il y avait leur rencontre lors de la coupe de feu, les yeux bleus qui revenaient sans cesse sur elle alors qu'elle ne voyait qu'un admirateur de plus. Puis il y avait ses mots, ses mots que personne n'avait dit, qui la renversaient, qui l'empoignaient, qui la faisaient prisonnière du jeune homme.
Fleur était au paradis, il n'y avait plus qu'elle et lui, plus que deux êtres astrales qui s'étreignaient à en mourir, plus que des âmes... et elle est si belle, l'âme de cet homme qui a vu grandir ses frères, qui a protégé sa petite soeur, cet homme qui a aimé sa famille plus que n'importe qui, qui était prêt à tout pour eux. Il n'y avait plus qu'eux, eux et les larmes qui continuaient de rouler sur les joues de Fleur alors qu'elle refuse de rouvrir les yeux. Elle ne voulait pas reprendre contact avec le monde, elle voulait rester là, seulement là, bercée par ce bruit qui se répète à l'infini - toudoum-toudoum-toudoum -
Il y eut un mouvement et Fleur ferma les yeux plus fort, elle ne voulait renoncer à ce paradis de souvenirs pour rien au monde. Une main caressa ses cheveux et la tendresse du geste fit redoubler ses larmes alors que ses mains se crispaient sur la chemise de l'homme qu'elle étreignait comme si sa vie en dépendait. Puis une voix grave retentit près de son oreille, une voix qu'elle aurait pu reconnaître entre milles.
- Fleur ?
Elle se redressa doucement, gardant les yeux fermés et se tourna vers l'origine de la voix. Elle retentit encore une fois et alors seulement, elle se permit d'ouvrir ses paupières. Fleur plongea directement dans un lac bleu qui semblait vouloir l'hypnotiser pour qu'elle ne retourne pas dans son monde fait de souvenirs irréels. Elle voulut cligner des yeux très fort pour vérifier qu'elle ne rêvait pas mais la main glissa sous son menton et la voix rieuse de Bill se fit entendre à nouveau, résonnant dans l'oreille de la jeune fille, il connaissait ses moindres réflexes, il savait pourquoi elle fermait les yeux, mais elle n'avait plus à le faire, il était là, bien réveillé, prêt à veiller sur elle à nouveau...
- Ne fermes plus les yeux.
*La chanson est un extrait de "Je n'embrasse pas" d'Indochine sortie dans l'album Wax de 1996 ( pas d'anachronismes donc)
J'ai beaucoup aimé cet OS, et vous ?
Len
