Prisonniers de Poudlard 21

Harry claqua la langue d'agacement. Rien n'avançait. Ils étaient sortis de l'hôpital complètements guéris après trois semaines de soins et ils étaient plus que prêts à reprendre leur travail. La magie avait du bon.

-Tu en penses quoi ? demanda Ron en tendant à son ami un parchemin qu'il venait de recevoir par cheminette. Les Langues de Plomb viennent de nous le faire parvenir.

Le jeune homme aux yeux verts prit le papier et le lut avec grand intérêt.

-Je m'en doutais déjà, dit-il en reposant la feuille sur son bureau, déçu de ne pas y voir un indice important qui aurait pu leur dire pourquoi ils perdaient leur temps à chercher.

-Que dirais-tu d'y retourner ce soir et les autres soirs aussi tant qu'on y est ? Jusqu'à ce qu'on tombe sur notre voleur, interrogea Ronald.

-Je ne voudrai pas te mettre une fois de plus en danger, ta mère ne me le pardonnera pas, souffla Harry en réfléchissant au problème.

-Ma mère n'a rien à dire, on fait notre boulot, je ne lui dis pas comment faire le sien. D'ailleurs pour plus de prudence on n'avertit personne et quand je dis personne, c'est personne.

-C'est clair, sourit Harry.

-Onze heures, tu sais où, on se retrouve là-bas et on y retournera autant de fois que nécessaire.

-Je constate que tu es décidé à mettre la main sur notre homme qui continue ses méfaits ?

-Ouais, je veux reprendre ma revanche sur celui qui a fait tomber le plafond sur nous. On est en super forme, je me sens prêt pour choper notre assassin et crois-moi celui-là je l'aurai.

-Tu as probablement raison ce n'était peut-être pas un accident, approuva Harry qui, subitement, vit la feuille devant lui disparaître à demi puis revenir.

-De plus les vols continuent et la ministre s'énerve, ajouta Ron sans s'apercevoir de rien, obnubilé qu'il était par leur agresseur-fantôme.

-Raison de plus pour qu'on agisse au plus vite, répondit son ami en prenant la feuille qu'il palpa dans tous les sens, croyant que sa vue lui jouait des tours.

-Qu'est-ce que tu as avec ce parchemin à le tripoter sans cesse ?

-Rien, je dois être fatigué, répondit Harry. Cela dit je me demande pourquoi notre voleur fait ça ? Je ne comprends pas, ça ne rime à rien ces vols.

-Récapitule.

-Des parchemins, machines à écrire d'un autre temps, deux armoires, trois strutoscopes, deux lampes, des buvards et même de l'encre et des plumes et ce dans différents départements. Si on y réfléchit bien c'est abracadabrant et j'en reviens au même, c'est inutile, ça ne sert strictement à rien et j'ai beau me creuser les méninges c'est le vide complet. Aucune idée ne me vient.

-Moi aussi je n'y comprends rien, sauf si justement c'était le but, pensa tout haut le rouquin.

-J'y ai déjà pensé, il prend des objets au hasard…un voleur compulsif ? En même temps je ne vois que ça.

-Peut-être.

-Ou notre voleur est idiot ou il a une idée derrière la tête, je ne vois pas son intérêt alors qu'il y a des trucs dans le ministère bien plus intéressant à voler.

-En tout cas il est dangereux, ajouta Ron, on devra être sur nos gardes.

-Ouais, ça aussi, à moins qu'il s'agisse vraiment d'un accident.

A vingt-trois heures pile, aux abords du ministère, deux aurors enveloppés dans de longues capes entrèrent en catimini dans le bâtiment. Le silence était inquiétant, hors sujet dans un lieu si bruyant d'habitude.

-On s'embusque où ? demanda Ronald qui scrutait les couloirs sombres tout en parlant à son partenaire.

-Au département des mystères, c'est là que le voleur vient le plus souvent.

-On prend les escaliers, l'ascenseur fait trop de bruit.

-Oui, répondit Harry dont le regard furetait dans les moindres recoins à la recherche d'une ombre suspecte.

Les deux aurors furent déçus, ils ne trouvèrent personne cette nuit, pas plus que les autres nuits.

-Il ne reviendra plus, soupira Ron que quinze nuits de surveillance avaient mis à plat.

-Ouais, j'en suis certain, acquiesça Harry. Ah, et tant que j'y suis, tu as lu le résumé sur l'effondrement du plafond qu'on nous a déposé ce matin ?

-Pas eu le temps et je ne savais que l'enquête était finie, il dit quoi ce rapport ?

-Il s'avère que c'était un accident, il n'y a eu aucun sortilège malveillant.

-Donc finalement notre homme n'est pas un assassin…

-Apparemment non.

-J'aime mieux ça.

-Cela-dit on ne sait toujours pas pourquoi il a dérobé des documents et des trucs inutilisables.

-On ne le saura peut-être jamais, ricana Ron, cet homme semble malin pour effacer ses traces.

-Oui, trop malin, comme s'il voulait nous occuper ailleurs…..Ron ?

-Oui.

-As-tu toi aussi cette impression de recommencer la journée sans te souvenir de la précédente et de voir des choses disparaître et revenir ?

-Non, mec.

Harry n'insista pas, il devait être trop fatigué semble-t-il, il avait l'impression de perdre la tête.

-La ministre ne va pas être ravie, ajouta-t-il ensuite. Elle ne va pas se satisfaire de cette réponse si on lui dit qu'il ne reviendra plus chaparder. En même temps on ne peut pas lui donner des preuves si on n'en trouve pas, ni même les inventer.

-Je suppose que non, répondit le rouquin en refermant un dossier qu'il déposa ensuite sur le bureau de son ami.

-Je replongerai dedans demain, voir si quelque chose ne nous aurait pas échappé. Pour ce soir ça ira, il est déjà tard, on a du sommeil à rattraper.

Ronald salua Harry et Harry allait le suivre hors du bureau quand il retourna sur ses pas pour prendre des parchemins liés à l'enquête avant de partir chez lui en se disant que rien ne l'empêchait de jeter un coup d'œil dessus pendant que Severus aura le nez collé sur les copies de ses élèves.

Un parfum aux senteurs fleuries et boisées chatouilla l'odorat du jeune sorcier quand il arriva dans ses quartiers. Severus était déjà rentré. Harry retira sa cape puis s'approcha du maître des potions assis derrière son bureau.

-Tu as passé une bonne journée, lui demanda-t-il.

-Avec des cornichons sans cervelles tu veux dire ?

Harry éclata de rire.

L'homme posa sa plume, rangea les devoirs bâclés et corrigés puis se leva pour se servir un whisky pur feu bien mérité.

-Je vais prendre une douche, avertit l'auror, après je demanderais aux elfes de nous porter un plateau, ça te va, Severus ?

-Parfait !

-Que veux-tu manger ?

-Je n'ai pas faim, je te remercie.

-Pas faim ! Mais hier non plus tu n'as pas déjeuner !

-Tu me surveilles maintenant ?

-Mais non, ce n'est pas du tout ça…

-Alors cesse de me poser des questions idiotes.

-Voilà des jours que tu es de mauvaise humeur, qu'est-ce qui t'arrive ? Est-ce que j'ai fait quelque chose qui t'a déplu ?

-Non tu n'es pas en cause, c'est moi…..

-Et plutôt que de m'en parler tu gardes tes problèmes pour toi ! Je suis là, tu sais.

-Tu es là, en effet, soupira Snape.

-Ce qui veut dire ? Je sens comme des reproches dans tes paroles.

-Non, Harry, ce n'est pas ça.

-Quoi alors ?

-J'ai comme l'impression que rien ne va.

-Entre nous tu veux dire ?

-Oui et non, je ne peux pas te l'expliquer, je le sens au fond de moi.

-Quoi ? s'intéressa subitement Harry.

-Cela fait plusieurs jours que j'observe les alentours et ce que je vois ne me plaît pas du tout.

-Genre ?

-Peut-être que j'imagine des choses, avoua le maître des potions.

-Venant de toi ça m'étonnerait ! répondit le jeune homme, intrigué et captivé. De plus Albus s'inquiète pour toi, il m'a dit ce matin que tu es encore fatigué et que tu ne t'es pas remis entièrement de tes blessures, et…

Snape se raidit puis pâlit affreusement avant de regarder Harry avec stupeur. Oui il se souvenait, enfin. Ce monde où il vivait actuellement n'était pas le leur, c'était une illusion, une de plus, paniqua le maître des potions en lâchant son verre qui s'écrasa sur le sol des cachots.

-Albus ? Tu es bien certain de toi, tu l'as vu ce matin même ? s'alarma l'homme.

-Oui, je ne vois pas ce qu'il y a d'étrange vu qu'il est le directeur de cette école, ricana le gryffondor. Tu perds la tête, Sev !

Là c'était certain, pensa Snape, il y avait bien un problème et de taille ! Car aux dernières nouvelles Albus Dumbledore était mort et enfermé dans les bas-fonds de Poudlard, poignardé. Alors la question était : que faisait-il ici ? Ce n'était pas normal. L'homme décida de passer dans son laboratoire et ensuite il devra parler de toute urgence à son ami Lucius, avec un peu de chance il arrivera à lui rendre les idées claires ensuite ils s'occuperont de Harry.

Le potionniste alla farfouiller dans sa réserve et cacha une fiole dans la poche de son pantalon puis arrangea sa robe sorcière avant de prendre deux autres flacons qu'il tint à la main.

-Albus, s'exclama Snape en voyant le vieil homme derrière sa porte. Devait-on se voir ce matin ? joua-t-il en imitant à la perfection l'idiot qui croyait encore à l'illusion qu'Albus avait certainement mis en place pour mieux les manipuler.

-Non, mon cher ami, je venais voir comment vous alliez.

-Très bien, je vous remercie, je suis débordé de travail comme vous pouvez le constater, répondit Severus avec un aplomb digne d'un espion hors pair.

-Pour qui sont ces potions ? demanda avec suspicion le vieil homme.

-Pompom me les a demandé, d'ailleurs je dois y aller, gronda Snape qui n'aimait pas le regard d'Albus qui s'attardait un peu trop longtemps sur lui.

-Bien, bien, tu peux y aller, je ne te retiendrais davantage.

Snape n'attendit pas pour déguerpir à grand pas. Il déposa les fioles qui étaient un faux prétexte à l'infirmerie puis sortit de Poudlard pour se rendre au manoir Malfoy. Il devenait urgent de parler à Lucius.

Snape cligna des yeux plusieurs fois puis il sortit de Poudlard pour la seconde fois et comme la première fois il se retrouva dans les bas-fonds du château. Evidemment, pourquoi il n'y avait pas pensé lui-même ? Ils n'avaient à aucun moment quitté Poudlard, ni Harry, ni Lucius et encore moins lui quand Snape découvrit son ami debout au centre d'une pièce, seul, immobile, le regard fixe et vide.

Ou il perdait la tête ou le fantôme d'Albus était revenu pour hanter les lieux et les punir de leur témérité. En tout cas il devait agir, et vite s'il n'était pas déjà trop tard pour les sortir de là.

Pendant ce temps Harry regardait avec stupeur le salon de Severus. Les murs tremblotaient, disparaissaient et revenaient à une allure démentielle. Ron n'était pas là, il était en retard alors qu'il avait dit qu'il passerait pour vérifier les dossiers avec lui ce soir. Non, Ron avait dit qu'ils avaient du sommeil en retard, alors pourquoi il viendrait ce soir ? Son esprit était embrouillé.

Que ce passait-il ici ? se demanda le survivant. On l'avait drogué ou bien on lui avait jeté un sortilège de confusion ? Si oui, qui ?

Le jeune homme cligna des yeux à son tour, plusieurs fois, et les murs reprirent leur place d'origine pour faire disparaître une pièce semblable à celles qui se trouvaient dans les soubassements des cachots. Mais finalement était-elle bien réelle cette vision du salon où il se trouvait en ce moment ? Il fallait qu'il en parle à Severus qui l'avait lâchement abandonné ce soir. Lui seul pourra lui donner une explication plausible sans le prendre pour un fou.