Chapitre 21 : Une mauvaise nouvelle
C'est vraiment un bon comédien, sourit Monastario devant le visage de Diego.
— Pardonnez ma curiosité, mais que faites-vous vêtus ainsi ? questionna le jeune De la Vega.
Détournement de la conversation… volontaire ou non ? pensa Enrique.
— Vous rappelez-vous qu'aujourd'hui le vice-roi devait présenter la situation politique aux citoyens de Los Angeles.
— Oui… Mon père et Salena s'y sont rendus. Je comptais les rejoindre au pueblo… La conférence aurait-elle dégénéré ? demanda-t-il ingénu et cachant une grimace.
Toledano leva un sourcil brièvement.
— Je n'aurais pas choisi meilleur mot, fit-il remarquer le mettant alors mal à l'aise. Un homme s'est révolté contre les propos du vice-roi, le traitant de traître à la couronne… Puis des hommes masqués et armés sont arrivés… Mais ceci vous le savez déjà, murmura Toledano plus pour lui-même.
— Plaît-il ? interrogea Diego qui avait néanmoins entendu.
— Veuillez m'excuser, je pensais tout haut, sourit Toledano.
Le jeu est serré entre les deux hommes, songea Monastario.
— Il y a eu bataille. Zorro est arrivé et a mis à jour le vrai visage de Don Sebastián, continua le capitaine.
— Son vrai visage ?
— Si… El Lobo.
— Ainsi c'est donc lui, affirma Diego. Que s'est-il passé par la suite ?
— Durant la bataille, votre amie, la señorita De Castillos, s'est faite blessée avant d'être enlevée.
— Salena ! s'exclama Diego.
Voulant se mettre debout, il tituba et fut rattrapé par Bernardo et le capitaine Toledano qui s'était levé aussitôt.
— Doucement, Don Diego. Aux dires du médecin votre blessure est assez sérieuse.
— La señorita De Castillos va bien, intervint Monastario, elle est ici à l'hacienda.
Diego retrouva son calme et reprit place sur le sofa.
— Elle est ici ? répéta-t-il dubitatif.
— Si. Après la venue de Zorro à Los Angeles, les bandits ont été mis en déroute par les citoyens qui se sont levés contre eux. Le Renard est alors parti à leur poursuite et nous avons découvert de notre côté la situation du señor Monastario, reprit Toledano.
— C'est-à-dire ? grimaça Diego.
Comme si vous ne le saviez pas, songea Enrique.
— Il vous l'expliquera lorsque vous serez reposé… Le fait est que nous avons été à la cache de Don Sebastián où nous avons appréhendé les bandits et délivrer leurs prisonniers… Aux dires de cet homme, il aurait sérieusement blessé le Renard d'un coup de poignard dans le dos…
—Oh, fit Diego surpris mais cachant bien son malaise.
Don Sebastián n'est pas homme à rester silencieux sur une telle action… pensa-t-il.
— Mais nous n'avons pas vu ce dernier sur les lieux, fit remarquer Monastario. Par contre la señorita De Castillos a eu droit à un traitement de faveur, rajouta-t-il ironique.
Ce fut au tour du capitaine de se retrouver mal à l'aise. Diego cacha un sourire au souvenir et demanda plus d'explication…
— Vous avez eu de la chance qu'elle soit inconsciente, dit Diego avec humour.
— Elle l'était sans doute, mais cela ne la pas empêché de murmurer votre nom. Sans nul doute aurait-elle préféré se retrouver dans vos bras, déclara Toledano.
Diego se racla la gorge et se sentit rougir.
— Je présume qu'à l'heure qu'il est Don Sebastián et ses hommes sont sous les verrous, supposa Diego.
— Exactement. Si tout s'est bien passé pour le sergent Garcia. Une chose m'intrigue cependant… Señor Monastario, comment saviez-vous que Don Diego avait besoin d'aide ?
Diego déglutit et vit Monastario blêmir légèrement.
Le capitaine Toledano est vraiment rusé. Plutôt que de chasser le Renard, il tente de débusquer son meilleur ennemi. Il doit se douter de la vérité, remarqua Diego silencieusement.
— Comment je… balbutia l'ancien capitaine pris de court. Mais je n'en savais rien ! Lorsque je vous ai quitté un peu plus tôt, je venais de voir une silhouette marcher avec difficultés. J'ignorais totalement de qui il s'agissait, expliqua-t-il avec plus de fermeté.
A ces mots, Diego se remémora la suite des événements.
— Vous parlez toujours avec autant d'autorité aux personnes que vous aidez ? demanda-t-il en souriant.
— Voulez-vous retourner sous la pluie, De la Vega ? demanda Monastario âpre.
— Non, gracias. Je crois que vous et moi avons eu notre lot d'eau… Merci pour votre intervention et pardonnez mon impolitesse. Je ne voulais pas vous blesser avec ma remarque.
— Pour avoir eu notre lot d'eau, nous l'avons eu en effet. Vous n'avez pas trouvé mieux que de vous effondrer sous la pluie dans votre patio… Heureusement que votre serviteur nous a vus.
D'ailleurs, l'attendait-il ? se demanda Monastario.
— Une chose est certaine, pour une personne sourde et muette, votre serviteur sait se faire comprendre, souligna Toledano.
— Oui. Bernardo a un don pour ça, affirma Diego avec le sourire avant de grimacer.
La douleur dans l'épaule était lancinante et devenait difficilement supportable.
— Diego…
Au son de cette voix chacun, sauf Bernardo, redressa la tête et se tourna.
Salena. Tant bien que mal, Diego se leva tandis que Salena s'élança vers lui, toute fatigue oubliée.
Isabella, alors à côté de Don Alejandro, lui demanda :
— Que veut dire Diego ?
— A quel propos ? interrogea le vieux don ne sachant pas ce à quoi elle faisait allusion.
— A propos de Doña Salena. Il m'a dit : Je crois que mon père a raison.
— Je pense que nous avons la réponse sous nos yeux, répondit Alejandro avec un ton enjoué.
Surprise, Isabella se tourna vers son ami qui était alors en train d'embrasser tendrement et amoureusement la señorita De Castillos.
— Oh…
En voilà des façons¸ songea Monastario avec le sourire.
Hé bien, hé bien… Toledano détourna le visage, légèrement gêné.
— Diego, murmura Salena se blottissant tout contre lui.
— Tout va bien, douce Salena, tout va bien, dit-il en lui rendant son étreinte.
Le charme fut rompu lorsque l'on frappa soudainement à la porte.
— Entrez, dit Don Alejandro tandis que Diego reprit place sur le sofa, Salena à ses côtés.
Isabella et le petit Diego retournèrent près de l'oncle Monastario. Dans le même temps Don Alejandro alla ouvrir la porte de la bibliothèque et la porte principale s'ouvrit lentement.
— Señor De la Vega ? Il y a un problème ? interrogea Hernando.
— Diego est revenu à lui et l'orage a cessé.
— Déjà ! s'exclama le médecin. Votre fils est beaucoup plus endurant qu'il n'y parait.
Sur le seuil de l'hacienda, le sergent ôta son chapeau, visiblement mal à l'aise et entra avant de refermer la porte derrière lui.
— Sergent Garcia ? s'étonna Toledano.
— Hé bien ! Mon brave Sergent, quelle mine grave vous faites ! fit remarquer Diego en perdant son sourire. Quelque chose clochait, mais quoi ?
— Que se passe-t-il ? demanda Monastario avec gravité.
Le sergent tritura son chapeau, ne sachant pas par où commencer tandis qu'Hernando et Lucinda sortirent de la bibliothèque.
— Voilà, c'est que… Don Sebastián s'est échappé, balbutia-t-il.
— Comment ! s'exclama Toledano en se redressant.
— Baboso ! laissa échapper Monastario en l'imitant.
— Oncle Rique, s'offusqua Isabella les deux mains sur les oreilles du petit Diego qui rigolait.
— Expliquez-vous, Sergent, fit Diego le plus calmement possible.
— Nous étions en route lorsque l'orage nous est tombé dessus. Aux abords d'un ravin, Don Sebastián a chuté, entraînant trois hommes avec lui. Il faisait si sombre, que nous ne pouvions voir les corps. Nous avons donc fini d'emmener les autres brigands à la prison. Puis je suis retourné sur les lieux de l'accident avec d'autres lanciers. Nous avons bien retrouvé les corps des trois brigands, mais…
— Pas celui de Don Sebastián, finit le jeune De la Vega.
— C'est exact, Don Diego… J'ai ordonné aux lanciers de rapatrier les corps des brigands au pueblo, puis je suis venu vous voir directement.
— Où sont le gouverneur et le vice-roi ? s'enquit Toledano.
— Lorsque je suis parti, ils se trouvaient dans les quartiers du commandante et attendaient Don Donatio.
— Même seul, Don Sebastián reste une menace, soulève Diego.
— Fils, tu devrais aller t'allonger dans ta chambre, conseilla Don Alejandro.
— Père, je ne peux rester allonger tranquillement.
— Dans votre état actuel, Don Diego, vous ne pourrez rien faire, souligna Toledano pas plus surpris de l'attitude du jeune don.
— Diego… Votre blessure est profonde, croyez-moi… Vous avez perdu tant de sang, vous devez vous reposer, argumenta Salena en lui attrapant sa main gauche.
— Je ne… Diego fut soudain interrompu par Salena qui l'embrassa tendrement.
Bonne argumentation de la señorita, s'amusa Monastario en souriant.
— Salena, murmura Diego surpris.
— Por favor, amor mio.
Pour toute réponse, Diego sourit et lui fit un baisemain.
— Je me reposerai, c'est entendu, dit-il en regardant Salena droit dans les yeux.
— Gracias.
— Señores, le devoir m'appelle, je retourne à Los Angeles, déclara Toledano. Soyez assuré que je vous tiendrais informé de l'évolution de la situation.
