soirée du 16 août 514


Chen regarde Oshiro s'éloigner et refermer la porte derrière elle. Il a un sourire amer. Ah, si jeunesse savait, si vieillesse pouvait... Mais ça ne sert plus à rien de se morfondre. Ce qui est fait, est fait. Le choix qu'il a devant lui est à présent bien simple, et il implique des conséquences bien compliquées. Il peut très bien lâcher l'affaire, pardonner à Agatha, cesser de harceler Fujii, et faire de son mieux pour garder le laboratoire fonctionnel jusqu'à sa retraite bien méritée. Ou bien il peut prendre les griffes de la dracaufeu, et sortir de terre ce qu'il s'était juré d'y laisser, vingt ans auparavant. Il risque alors de perdre ce qui lui reste de l'amitié de Fujii, ainsi que le respect et l'affection nouvellement retrouvés d'Agatha. Mais aussi son laboratoire, son nom dans la science, ses crédits de recherche, voire sa liberté.

Triste dilemme. Il soupire en secouant la tête. S'il ne prend pas le risque, il ne saura jamais, et l'affaire a l'air bien juteuse... Qui donc peut résister à un pareil mystère ? Une créature qui erre depuis deux décennies, tuant de façon horrible. Une créature qui est apparue dans le laboratoire de l'île d'Oshima où travaillait Fujii. Une créature qui est liée certainement à la Team Rocket. Mais que vient faire le gouvernement là-dedans ? Quel maître d'arène est impliqué ? Comment ? Quel est ce lien avec le Conseil ? Y a-t-il un lien avec le sous-marin, comme la réaction de Fujii le laisse penser ? Et avec Yumi ? Au téléphone, il avait prêché le faux pour savoir le vrai. Et le vrai a toutes les apparences d'un tentinfini étalé à-travers le temps et à-travers le pays.
De toutes façons, il sait qu'il va terminer sa carrière dans la misère. Autant que ça en vaille la peine.


De ses griffes lestes, la dracaufeu a tôt fait d'excaver la vieille caisse de métal, au pied d'un arbre. Presque vingt-et-un ans qu'elle était là. Dans quel état sont les maigres preuves et indices ?


Lorsqu'il revient dans le laboratoire, il retrouve Fujii assis à la table, Oshiro à ses côtés. Le vieil homme se tient la tête à deux mains et répète :
- Non, ce n'est pas lui. Ce n'est pas possible. Cela ne correspond pas à son profil. Ça ne peut pas être lui. Ce n'est pas sa méthode.
- Et bien ? demande Chen.
- Je ne sais pas par quoi ma petite Yumi est passée, mais ce n'est pas son œuvre. Ça a à voir avec sa planque.
- Et que sais-tu de sa planque ?
- Rien. Mais ça devait être quelque chose de gros. Elle n'est pas du genre à reculer, tu sais. Enfin, pas telle que je me la rappelle. Elle avait des pokémons très difficiles ! Et malgré toutes les misères qu'ils lui faisaient, elle parvenait toujours à les faire obéir. Ils n'ont jamais causé la moindre catastrophe.

Oshiro jette un regard suppliant à Chen. Celui-ci secoue la tête. Il pose la caisse et fait signe à ses assistants d'aller passer le reste de la journée et la nuit en ville. Tous les pokémons du parc sont rappelés. Les volets et les portes sont fermés hermétiquement.
- Non, tu ne vas quand même pas... gémit Oshiro.
Il prend fermement appui sur la table, devant Fujii.
- Tu n'es plus rien. Moi, l'âge m'aura mis au placard d'ici cinq ans maximum. Agatha n'est plus qu'un souvenir pour l'opinion publique depuis votre mariage. Nous n'avons plus rien à perdre. Alors autant aller jusqu'au bout.
Fujii proteste faiblement, parce que c'est son fardeau à lui, celui de personne d'autre.
- Écoute, Fujii. J'ai trouvé des trucs qui ne m'ont pas plu. Et je suis bien déterminé à comprendre. Alors si tu ne veux rien dire, très bien, mais je reprends l'étude des quelques preuves que j'ai sous la main.
- Tu n'as quand même pas... ! s'exclame Oshiro.
- Oh que si. J'ai eu la chance d'arriver sur place au moment où les corps étaient évacués, et dans la confusion j'ai pu ramasser quelques trucs intéressants que je suis parvenu à conserver...

Il ouvre le coffre métallique. Fujii tremble de tous ses membres.
- D'abord, ce sont des disquettes qui sont extraites de la boîte que Chen referme aussitôt. Fujii pousse un soupir de soulagement, et se crispe à nouveau lorsque Chen sort d'un tiroir un vieux lecteur de disquettes, qu'il connecte à son ordinateur.
- Chen, je t'en prie... gémit Fujii.
- Sammy, rappelle Oshiro, s'ils découvrent ce que tu as là, ce n'est pas seulement toi qui vas disparaître de la circulation, ce sont aussi tes pokémons, tes assistants, et leurs pokémons. Peut-être même la totalité des pokémons de ce laboratoire. Réfléchis bien à ce que tu fais !
- C'est tout réfléchi, rétorque Chen.
L'appareil se met à ronronner. Fujii cache son visage dans ses mains.

Chen s'impatiente, tripote son clavier et sa souris. Chaque fois qu'il tente de lancer le lecteur, un message d'erreur s'affiche, indiquant qu'il est vide. Le même phénomène se répète avec toutes les disquettes.
- Peut-être qu'elles sont trop vieilles ? suggère Oshiro.
- On va régler ça vite fait, répond Chen. Pixel ! Trois cookies par disquette que tu arrives à lire !
Le porygon2 gazouille et passe à-travers la première disquette. Il en ressort tout bizarre, déformé, semblable à un paquet d'aiguilles colorées orienté entièrement dans une seule direction.
- Champ magnétique, explique Fujii. Les disquettes ont été irrémédiablement effacées par un champ magnétique. C'est pour cela qu'elles ne sont plus détectées, et que l'orientation du porygon est affectée. Il suffit de lui réinstaller sa dernière mise à jour pour le rétablir.
- Tu veux bien m'aider ?

Fujii soupire et se met à bidouiller l'ordinateur.
- Sache que je fais ça uniquement pour le porygon...
- Hum-hum...
- Je n'approuve pas du tout ce que tu fais !
- Hum-hum...
- Enfin Chen, c'est une histoire vieille de vingt ans !
- Hum-hum...
Un silence, puis Fujii finit par admettre :
- Je pense qu'après tout ce temps, j'ai besoin de vider mon sac.


Ils s'asseyent tous les trois autour de la table. Les pokémon de Cerise, curieux, sont venus eux aussi.
Fujii respire un grand coup, puis, soutenu par Oshiro, il se lance de but en blanc :
- Mes recherches portaient principalement sur le clonage humain.
Chen manque de s'étouffer tandis qu'Oshiro lui tapote doucement le bras.
- Le clonage... humain ?! Miséricorde Fujii, qu'as-tu fait !
Fujii soupire.
- J'avais commencé à y réfléchir lorsque ma femme est morte. Puis c'est ma petite Aï qui a été emportée dans cet accident de voiture...
Il essuie quelques larmes.
- Malheureusement, mes clones humains n'ont jamais réussi à vivre très longtemps. Quatre années en éprouvette, c'était le maximum. C'est alors que j'ai été approché par...
Il glisse un regard à Oshiro.

- J'ai confiance en Sammy, l'encourage-t-elle. Tu peux lui dire. De toutes façons, nous sommes déjà tous les trois plongés jusqu'au cou dans cette affaire. Un peu plus, un peu moins...
Fujii acquiesce tout en reniflant.
- J'ai été approché par Giovanni. Le maître d'arène de Numazu. Il y a environ vingt-trois ans.
Il respire un grand coup.
- À ce moment, ça faisait quelques années déjà que je m'étais mis à travailler sur le clonage pokémon. J'avais réussi à faire grandir des pokémons viables en éprouvette, et Giovanni était vivement impressionné par ma méthode de « duplication » de pokémons. Il imaginait déjà la possibilité de fabriquer en chaîne des pokémons à l'infini.
- Mais pourquoi donc ? s'enquiert Chen.
- Parce que... parce que...

Fujii déglutit difficilement. C'est Oshiro qui donne la clef de l'énigme.
- Giovanni est le patron de la Team Rocket.
- COMMENT ?
Chen s'est levé. Il est blanc de rage et de terreur.
- C'est impossible ! Dis-moi que c'est faux ! Agatha ! Dis-moi que ce n'est pas vrai !
Elle soupire.
- Il nous tient tous. Les maîtres d'arènes, le Conseil... Peut-être même les Conseils des autres îles. Cela ne m'étonnerait même pas.
Chen se laisse tomber sur sa chaise. Il est effondré par la révélation.
- Nous sommes tous coincés, gémit-il. Nous allons tous mourir.
- Et encore, ce n'est que le début ! annonce Fujii, lugubre.
Chen respire un grand coup, tentant de se contenir.
- Allez, vas-y Fujii, achève-moi !

- Ce qui intéressait Giovanni au plus haut point, c'était la possibilité de recréer un pokémon à partir d'un morceau de fossile. Il m'a alors confié la moitié d'un étrange caillou luisant, contenant la résonance fossilisée d'un pokémon immortel.
- Bon sang...
- J'ai aussitôt sauté sur l'occasion. Si je parvenais à isoler la résonance propre de ce pokémon, je pourrais peut-être trouver un moyen de faire revivre ma petite Aï !
- Fujii, pauvre fou... murmure Chen. Pauvre, pauvre fou...
- Mais Giovanni ne m'a pas laissé le temps de travailler sur Aï. Je n'ai pas pu la sauver. Quatre années, et à chaque fois elle mourrait. À chaque fois...
Oshiro lui serre le bras en signe de soutien. Elle supplie Chen du regard, pour qu'il ne juge pas.

- Et après ? demande Chen, anxieux.
- Après ? Giovanni m'a demandé de cloner le pokémon fossilisé. Mais le fossile était trop vieux, on a eu du mal à obtenir un spécimen viable. Il fallait compléter les fréquences manquantes. Et compter avec le désir de Giovanni de créer un pokémon surpuissant, le pokémon le plus fort du monde.
Fujii soupire et se cache le visage dans ses mains. Doucement Chen sort de la boîte un cylindre de plexiglas duquel partent des câbles effilochés. Au milieu, tenu bien fermement par des griffes de métal, un morceau de caillou brillant. Fujii sursaute.
- Tu l'as récupéré ?
Ses yeux brillent de gratitude.
- Je ne sais pas si j'aurais supporté de savoir les deux moitiés entre les mains de la Team Rocket.
- Ça a enregistré quel pokémon ? interroge Chen.
- Mew, répond Fujii.

La main de Chen tremble. Il doit poser l'objet sur la table sous peine de le laisser tomber.
- Un enregistrement de Mew ? Le Père de toute vie ? Mew le Premier ?
- On parle bien du même.
- C'est... c'est...
- Sacrilège ?
Les deux hommes se tournent vers Oshiro, qui vient de parler.
- Sacrilège, c'est à ça que tu penses Sammy ?
Elle sourit doucement.
- Tu as toujours été sentimental, Sammy.

- Tu as... cloné Mew ? continue Chen.
- Oui, soupire Fujii. Un seul spécimen est parvenu à maturité. Durant sa croissance dans le milieu nutritif, il était entré en communication avec le dernier clone de Aï. Lorsqu'elle s'est dissoute, il a subi un terrible choc, et nous avons dû le maintenir sous sédatifs durant de nombreuses semaines.
Fujii secoue la tête.
- C'est là que les choses ont commencé à mal tourner. Mewtwo... c'est le nom que nous lui avions donné. Mewtwo s'est mis en colère contre nous. Ses pouvoirs psy... sa télépathie... c'était tellement, tellement... Nous nous sommes laissés emportés par notre enthousiasme. Il n'a pas apprécié. Et a détruit le laboratoire, et il s'est enfui. J'ai été le seul survivant.
Chen secoue la tête. Fujii est accablé par l'ampleur de ses révélations. Oshiro en rajoute une couche :
- Les dernières nouvelles que nous avons eues de Mewtwo, c'est lorsqu'il s'est échappé de l'arène de Numazu où Giovanni le maintenait captif et l'utilisait.

Chen interrompt un instant Oshiro et farfouille dans ses archives à la recherche d'un vieux dossier nommé « M2 ». C'est la déclaration de disparition d'un pokémon de l'arène de Numazu. Fujii observe quelques instants la description de la résonance propre, et acquiesce. C'est bien Mewtwo. Chen est encore plus accablé, d'avoir été utilisé pendant toutes ces années de recherches. Oshiro poursuit son récit.
- À cette époque, pendant quelques mois, Giovanni n'a pas perdu le moindre combat, et nous avons enregistré de nombreuses plaintes concernant le vol des pokémons des dresseurs venus l'affronter. C'est à ce moment que le Conseil a été trempé dedans jusqu'au cou ; nous avons tenté d'intervenir, et nous avons été écrasés puis menacés de mort. J'ai été ensuite affectée à la garde de Fujii, bien qu'à l'époque, avec Mewtwo entre ses mains, je n'aurais jamais pu m'opposer à Giovanni.
- Oui, je me rappelle maintenant... murmure Chen. Régis m'avait dit qu'il avait affronté un étrange pokémon bardé de métal dans l'arène de Numazu. Que tous ses pokémons réunis n'avait pas réussi à l'approcher. C'est effrayant.
- Ses pouvoirs sont désormais sans limites, indique Fujii.

Chen soupire.
- Je parie que ce n'est pas là la fin de l'histoire ?
- Hélas non, soupire Fujii.
- Quelque chose à voir avec les crimes annuels ? interroge Chen. Ils font le lien dans un article du journal local.
- Yumi, à l'époque, enfin quelques mois avant sa disparition, avait rassemblé pour moi des informations concernant ces évènements et d'autres plus anciens. Tous les ans, à la même date, on retrouve une femme déchiquetée comme l'ont été les chercheurs de mon laboratoire. Et comme je l'ai à moitié été.
Il frissonne.
- D'après les dossiers, toutes ces femmes ressemblent à l'une de mes anciennes assistantes. Yumi aussi.

Oshiro étouffe un cri de surprise.
- C'est bien lui qui a attaqué Yumi, mais il l'a fait avant la date, poursuit Fujii. Et pas du tout de la façon habituelle.
- Et il y a cette histoire de sous-marin... complète Chen.
- Je doute que nous puissions obtenir le moindre renseignement, indique Fujii. Lorsque Yumi a tenté d'obtenir les dossiers complets concernant les meurtres, elle n'en a plus retrouvé trace. Un mois plus tard, elle était envoyée en planque, et elle a disparu de la circulation pour trois ans. Lorsqu'elle reparaît, c'est pour changer de vie et faire disparaître l'ancienne.

Fujii agrippe au revers de la veste de Chen.
- La meilleur inspectrice de la police scientifique de la ville de Mito ! Celle que l'on appelait dans les cas les plus désespérés ! Celle qu'on ne voyait jamais, sauf au moment de la résolution des enquêtes ! Mon élève en ancien langage ! Une femme qui était capable de mater le pokémon le plus difficile ! Une femme...
Il s'effondre.
- Chen, si même une femme comme elle, ils ont estimé qu'il valait mieux la retirer de la circulation parce qu'elle fouinait dans ce qui ne la regardait pas, que vont-ils faire de nous ?
- Pas grand-chose, Fujii. Nous ne sommes plus que des vieillards séniles.
Fujii essaye de sourire. Oshiro le réconforte comme elle peut.
- Chen, tu ne sais pas de quoi ce pokémon est capable.

Fujii sort un objet de sa poche, grand comme un pokédex mais deux fois plus fin. L'objet est gris foncé, avec en son centre un large dessin gris clair similaire à une pokéball. Au milieu de la pokéball, une demi-sphère bleu luisante. Apparaît l'image holographique d'une femme vêtue d'une robe rouge à haut col blanc. Elle a un chapeau rouge et un voile blanc. Elle fait la révérence, puis déclame son texte :
- Salutation, dresseur pokémon. Ceci est une invitation. Vous avez été choisi avec d'autres dresseurs pour participer à un tournoi organisé par mon maître, le plus grand dresseur pokémon du monde, dans son palais situé sur l'Île Neuve. Un ferry quittera le port en fin d'après-midi.
L'image de la femme est remplacée par un schéma du port d'Oshima, une série de triangles rouges et l'emplacement d'un îlot. La voix poursuit :
- Seuls les dresseurs qui présenteront cette invitation seront admis à bord. Si vous voulez participer au tournoi, veuillez nous retourner cette carte dans les plus brefs délais. Mon maître vous attend.
L'image de la jeune femme, qui vient de réapparaître, fait la révérence puis disparaît. Le message est terminé.

- Et bien ? demande Chen.
- Et bien ? Yumi a fait quelques recherches discrètes. La femme de l'hologramme est infirmière à Oshima. Elle a disparu pendant un mois, sans donner d'explications, et ne se souvient d'aucun des évènements qui se sont déroulés durant le mois en question. La personne qui m'a remis cette carte a dit l'avoir reçue d'un dracolosse à une date correspondant à la veille de la réapparition de l'infirmière. Personne d'autre n'a souvenir d'avoir reçu une carte similaire. Quelques amoureux du paranormal ont relevé que le même jour, une violente tempête secoua l'île d'Oshima en dépit de la dynamique atmosphérique. Et une bonne centaine de dresseurs se sont retrouvés dans le hall d'attente du port sans plus se souvenir de la raison de leur présence.
- Ça me rappelle... murmure Chen. Redonne-moi la date ?

Il fouille dans ses registres, ouvre tous ses dossiers d'archives. Enfin il retrouve le document en question, portant la fameuse date.
- C'est un résumé d'une conversation vidéo-phonique que j'ai eue avec Sacha, Pierre et Ondine, à l'époque. Sacha trouvait amusant de s'être retrouvé dans le hall d'attente du port d'Oshima sans avoir aucun souvenir de la façon dont il est arrivé. Pareil pour Pierre, pareil pour Ondine, pareil pour tous les dresseurs réfugiés au centre pokémon. Lequel venait tout juste d'accueillir une infirmière dont on n'avait plus de nouvelles depuis un mois, et qui disait être partie en vacances à l'improviste.
Chen se laisse à nouveau tomber sur une chaise. Tout ça a un lien nommé Mewtwo, et il commence à regretter d'avoir tenté d'en savoir plus.


- Tels sont les pouvoirs de Mewtwo, conclut Fujii après un moment de silence.
- Et maintenant, que faisons-nous ? demande Oshiro, anxieuse.
- Sous-marin ? interroge Chen en regardant Fujii.
- Sous-marin, répond Fujii.
Ils soupirent tous en cœur. Dehors, le ciel est déjà noir. Il reste encore quelques « pièces à conviction » dans la caisse métallique, mais Chen ne sait pas si ça vaut la peine de les sortir. Quelques empreintes étranges qu'il a pu relever, discrètement, au milieu de l'agitation des premières heures, quand les premières équipes de police s'occupaient plus des cadavres que des indices concernant les activités du laboratoire.

- Que savons-nous sur ce sous-marin ? interroge Fujii, pour meubler la conversation.
- Un sous-marin de la Team Rocket, répond Chen. Cadavres réduits en charpie. Pas de traces hormis celles des survivants. Sang sec, état de décomposition avancé. C'est tout ce que je me suis aventuré à observer. Je ne voulais pas avoir d'ennuis en laissant des empreintes partout.
- Et il y a des survivants, ajoute Oshiro en considérant l'article du journal.
- Oui, répond Chen, et je me demande bien pourquoi.
- La question est donc : que faisait un sous-marin de la Team Rocket dans les parages, pourquoi Mewtwo l'a attaqué, et aussi pourquoi avoir laissé des survivants, résume Fujii.
- Les survivants, c'était peut-être pour amener le sous-marin ici, suggère Oshiro. L'arène de Numazu n'est pas si loin que ça. Giovanni y vit, et il dirige certainement son organisation depuis Numazu.

- Donc, c'est un message d'avertissement à son ancien maître, murmure Chen.
- Ça ne lui ressemble pas, coupe Fujii. Rappelez-vous, personne ne se souvient de ce qui s'est passé sur l'Île Neuve. L'île même a disparu.
- Personne ne dit qu'il s'agit bien de Mewtwo. C'est peut-être quelqu'un d'autre, indique Oshiro.
- Ça ne nous aide pas, gémit Chen. Bon, supposons que ça soit bien un message pour Giovanni, cette histoire de sous-marin. Pourquoi ne pas l'apporter lui-même ?
- Parce qu'il était trop occupé ? suggère Oshiro.
- Parce que servir de messager serait s'abaisser ? propose Fujii. Rappelez-vous qu'il utilisait un dracolosse pour porter les invitations...
- Et que ces invitations sont peut-être un canular, coupe Chen.
- On avance pas, soupire Oshiro.

Un silence s'installe, lourd, pesant. Oshiro murmure, comme pour elle-même :
- Un message, un message... un message d'où ? Un message de quoi ? Pourquoi ce sous-marin ? Pourquoi pas s'attaquer directement à Giovanni ? Mais d'où vient ce sous-marin ?
Elle soupire.
- Chen, tu parlais d'une île au téléphone... rappelle Fujii. Quelle île ?
- L'île des pokémons préhistoriques ! répond Chen, comme s'il s'agissait d'une évidence. L'île où un homme de la...
Il écarquille les yeux.
- Voilà peut-être le lien !
- Comment ça ?

Il respire un grand coup, souriant largement.
- Quand nous étions sur l'île, le premier jour un de nos hommes d'équipage a capturé des dizaines de pokémons sur la plage. Ensuite un sous-marin noir a emporté les pokémons capturés. Nous avons mis le mousse en question aux fers, et il a disparu une nuit.
Il appuie son front sur ses mains.
- Si c'était bien Mewtwo sur l'île avec Cerise...
- C'était bien lui, coupe Fujii. Je reconnaîtrais ses fréquences entre mille. J'ai étudié le pokédex de Cerise : il l'a reprogrammé pour qu'elle ne puisse pas le détecter. C'était bien lui sur l'île.
- Alors, continue Chen, le sous-marin qu'il a attaqué était peut-être celui qui venait délivrer notre prisonnier. Peut-être même celui qui la première fois était venu capturer les pokémons.
- Pokémons préhistoriques... murmure Oshiro. J'ai l'impression que ça me dit quelque chose, mais quoi ?

Rassemblés autour de l'ordinateur de Chen, ils passent en revue tous les quelques journaux qui traînent encore dans le laboratoire, parce que Chen les a achetés par hasard, mais aussi les articles gratuitement disponibles en ligne. Ça se verrait trop s'ils consultaient les articles payants, et ils ont déjà suffisamment d'ennuis. Ils commencent par chercher dans les rubriques politique et sciences, puis dans la page des sports et la rubrique économique. Ils finissent, par désœuvrement, avec les revues people. Là, enfin, ils découvrent un arrivage, dans les casinos de Tokyo, d'un nombre limité de prix spéciaux. Des prix spéciaux prenant la forme de pokémons préhistoriques.
- Donc c'était bien la Team Rocket, conclut Oshiro.

- Les casinos peuvent aussi être indépendants, ou appartenir aux yakuzas, rappelle le sceptique Chen.
- Non non, réplique Oshiro. Pas ces casinos-là. Ce sont bien ceux de la Team Rocket. On a déjà eu des plaintes concernant les prix qu'ils distribuent. Et Fujii en recueille certains dans son refuge.
- Quels genres de plaintes ? interroge Chen.
- Vaut mieux pas que je te dise dans quel état on recueille certains pokémons, répond Fujii en grimaçant.
- Pars du principe que toute activité de vente de pokémons est fortement susceptible d'appartenir à la Team Rocket, répond Oshiro. Et qu'on ne peut pas dire qu'ils ne respectent pas les pokémons. Pire. Ils ne les regardent même pas comme des créatures sensibles.

Chen secoue la tête. Ça fait beaucoup pour un vieillard, en une seule soirée.
- En d'autres termes, nous avons les mains liées, répète Oshiro.
Soupir général.
- Et sans informations complémentaires concernant le sous-marin, nous ne pouvons pas comprendre pourquoi Mewtwo l'a attaqué, ni pourquoi il a laissé des survivants, ni pourquoi...
Fujii n'achève pas. Il soupire.
- Au moins nous savons que le message était destiné à Giovanni. C'est déjà ça.
- Et pour Cerise ? Enfin, Yumi ? interroge Chen.
- Elle ne veut pas parler ? demande Fujii.
- Tu l'as vue.
- Pourquoi tu l'appelles Cerise, déjà ?
- À cause du ceriflor, évidemment.

Chen désigne Sakura, tranquillement assis sur la tête de Saturnin, tandis que Joey et Céra, serrés l'un contre l'autre, ne perdent pas une miette de la conversation entre les trois humains.
- Une idée de ce qui l'a amenée à se cacher comme cela, même de ses supérieurs ?
- Aucune.
- Ce qui s'est passé sur l'île ?
- J'en sais pas plus que toi.
- Et je suis d'avis de la laisser tranquille, rajoute Oshiro, interrompant les deux hommes. Elle en a déjà vu assez comme cela.
- Et que faisons-nous maintenant ? demande Fujii.
- On peut pas laisser Mewtwo en liberté, soupire Chen.

- Tu veux t'y frotter ? demande Fujii, narquois. Si même la Team Rocket n'a pas pu remettre la main dessus, mieux vaut le laisser là où il est.
- Mais tu as vu de quoi il est capable !
- Oh que oui. Et je pense qu'il est même capable de bien plus.
- Alors, que pouvons-nous faire ? s'inquiète Oshiro.
- Rien, reconnaît Fujii. Jusqu'à présent, il n'avait réclamé « que » une femme par an. C'est un prix peu cher payé, quand on sait que d'une pensée il pourrait anéantir toute l'humanité.
- Une femme par an... mais pourquoi ? demande Chen.
- Va savoir.
- Et cette année ?
- Pas encore. Ce n'est pas encore le jour.
- Et il y a le sous-marin, rappelle Oshiro.
- Ça n'a aucun sens... murmure Chen.
- Avec Mewtwo, c'est pas forcé d'avoir un sens, lance Fujii. Il a sa propre logique. Il vit dans son propre monde. Et rien ni personne ne peut se mettre en-travers de son chemin.


Vers une ou deux heures du matin, ils ne sont pas encore parvenus à une hypothèse valable. La psychologie des pokémons n'est pas leur fort, et pourtant ils ne peuvent pas se permettre d'impliquer encore une autre personne.
- Je vais voir ce que je peux faire, finit par annoncer Oshiro.
- Non, tu ne vas quand même pas... gémit Chen.
- ...aller à la rencontre de Mewtwo ? Non, je ne suis pas assez folle pour cela. Mais je peux tenter de faire jouer le peu d'influence qu'il me reste pour recueillir des informations sur le sous-marin. D'où il vient, le nombre de personnes exécutées, ce qu'on a pu trouver dans l'ordinateur de bord, rapports d'autopsie, résonances enregistrées, et caetera.
- Je viens avec toi !
- Non Sammy, ça attirerait trop l'attention. Toi, occupe-toi de Yumi – enfin, Cerise. Essaye de la garder en-dehors de tout ça. J'irai avec Fujii. Lui aussi a des contacts un peu partout, grâce à son refuge pour pokémons.
- Et j'ai encore autre chose, murmure l'intéressé.

Chen soupire.
- Bon sang, Fujii, tu peux pas tout annoncer d'un seul coup comme les gens normaux ?
- Je viens seulement d'y repenser ! se défend-il. Encore quelque chose où Yumi avait plongé son nez.
Il marque une pause, tentant de rassembler ses souvenirs épars.
- C'était il y a... sept ou huit ans je crois. Environ. J'avais recueilli un pikachu bien étrange. Il ne se laissait pas approcher par les humains, mais il se comportait comme un pokémon apprivoisé.
- C'est-à-dire ?
- La façon dont il faisait sa toilette, par exemple, en se lavant comme le ferait un humain et pas comme le font habituellement les pikachus. Et puis le dessin de ses oreilles aussi, il était différent. En forme de M au lieu d'être oblique. Trois pointes noires au lieu d'une seule.

- Et après ? demande Chen.
- Après ? C'était déjà suffisamment intrigant comme ça. Je l'ai emporté dans mon refuge, j'ai fait les tests habituels...
- Résonance propre, détails physiologiques, ce genre de choses, précise Oshiro à l'attention de Chen.
- Au début je ne comprenais pas les résultats. Je n'avais jamais fait attention à ce genre de choses, lorsque je travaillais encore sur mes clones.
- Abrège, veux-tu ? soupire Chen. J'aimerais pouvoir encore aller au lit avant l'aube.
- Et bien, c'est Yumi qui m'a mis sur la piste. Ce pikachu est un clone. Créé la même année que l'épisode d'amnésie générale à Oshima.
Chen se prend la tête à deux mains.
- Mais bon sang, pourquoi j'ai voulu me mêler de cette histoire !
- Je t'avais prévenu, Sammy, lui dit Oshiro, histoire d'enfoncer encore un peu le clou. Je t'avais mis en garde. Et Fujii aussi t'avait dit de en pas t'en mêler. Mais tu n'écoutes jamais rien.
- Une vraie tête de pioche... sourit Chen.

Encore un instant de silence, puis Chen se lève.
- Bon, je vais changer les draps des lits des garçons. Vous pourrez rester ici jusqu'à demain matin.
- C'est plus prudent si nous rentrons à l'hôtel, répond Oshiro. Et merci encore pour le dîner.
- C'était la moindre des choses.
Tous les trois se disent au-revoir, puis Fujii et Oshiro disparaissent dans la nuit. En fermant la porte derrière eux, Chen est pris à la gorge par un effroyable pressentiment.


Dans les sous-sols de l'arène de Numazu, Giovanni, 55 ans, maître d'arène et chef de la Team Rocket, s'arrache les cheveux. Il se trouve actuellement devant trois problèmes. Le premier, le moindre, est la réapparition soudaine d'une femme qui a fait partie de son organisation. Il a beau consulter tous ses dossiers, il ne parvient pas à s'arrêter sur l'une ou l'autre. Environ vingt-cinq personnes correspondent à la description qui lui a été fournie. Et il ignore complètement où se trouvent actuellement ces vingt-cinq personnes. Le second problème, très important mais pas capital, est l'une de ses activités à Yokohama. Son complexe industriel est attaqué pour pollution de l'environnement résultant en un effet toxique sur les personnes, les pokémons et les écosystèmes. Il sait que ce complexe va être fermé à l'issue du long procès. Aussi est-il en train de l'abandonner. Il fait effacer toutes les traces, mêmes bancaires, qui pourraient permettre de remonter jusqu'à lui. C'est un problème d'envergure, mais il est maîtrisable. Le troisième problème..

Son troisième problème fait deux mètres de haut pour cent vingt kilos, et sa puissance psychique est inimaginable. D'après les estimations de ses spécialistes, Mewtwo est à présent capable de rivaliser avec des divinités comme les Dragons de l'Espace-Temps. Et il vient de massacrer un sous-marin entier plein de membres de son organisation et de leurs pokémons. Trois humains ont survécu, et un miaouss inutile. C'est tout. La police a mis la main sur l'ensemble des preuves, mais il a obtenu une copie des dossiers. Les nouvelles pièces lui sont apportées heure par heure. Les locaux sont étroitement surveillés, pour éviter que des gens viennent fouiner dans ses affaires. Il sait que pour ce genre de choses, il ne peut pas toujours compter sur le Conseil, alors il a acheté des hauts officiers de la police nationale.

Il est parvenu à tirer de paperasses de la police quelques informations intéressantes. Tout d'abord, le sous-marin n'a pas dévié de sa route entre Numazu et les îles Marianne. Aller et retour, dans les temps, sans mettre un orteil hors de la route tracée. Donc Mewtwo se trouvait à un moment donné sur cette ligne. Ensuite, la date de la mort de ses sbires. En couplant les deux informations, il est parvenu à la conclusion que le sous-marin a été attaqué alors qu'il se trouvait aux environs des îles Mariannes, et donc que Mewtwo s'y trouvait. Peut-être même qu'il s'y trouve encore. Puis, il y a les relevés du sonar. Sur l'un d'eux, daté du jour de l'attaque, on peut voir clairement sa silhouette alors qu'il nage aux alentours d'un bateau.

Ces preuves matérielles recoupent parfaitement les témoignages de Jessie, James, leur mouchard, et du miaouss parlant. Cela peut vouloir dire deux choses. La première, c'est que Mewtwo n'a pas effacé la mémoire des survivants comme il l'avait fait à l'Île Neuve et à Oshima. La deuxième, c'est que les pouvoirs de Mewtwo sont tels qu'il est à présent capable de modifier la réalité à sa convenance, reprogrammant les ordinateurs de bord du sous-marin. Il préfèrerait que ça soit la première solution ; la deuxième est trop effrayante.
Et puis, il y a ce que les survivants lui ont dit. Que Mewtwo voulait être laissé tranquille. Qu'ils devaient ne plus jamais s'approcher de son île. Intéressant...

En caressant son persian aux griffes dorées à l'or fin, Giovanni sourit machiavéliquement.
- C'est un défi, bout'chou. Un défi qu'il me lance. Il sait que je ne peux pas déplacer mes troupes à ma convenance, à cause de ma guerre contre les yakuzas. Alors je me déplacerai en personne. Il verra ma nouvelle arme. Il verra...
Sa main se crispe sur une pokéball moitié blanche, moitié violette, marquée d'un M majuscule.
- ... la Masterball!

Il caresse la tête du persian. Il est certain de réussir. Mewtwo ne lui échappera pas. Ça sera inutile de camper en septembre sur l'île d'Oshima, aux alentours du Manoir Pokémon. C'est le nom donné au laboratoire en ruines, désormais abandonné aux pokémons sauvages et à moitié enfouis dans le sol. Là où Mewtwo est né. Là où il revient chaque année à la même date, déposer le cadavre démembré d'une femme.
Giovanni grince des dents. Même en connaissant la date, même en postant des troupes sur place, il n'a jamais plus revu le bout de la queue de son ennemi depuis le jour où il s'est échappé de l'arène en la détruisant à moitié. Comme son original, Mew le Second est un fantôme insaisissable ne laissant derrière lui que l'empreinte de son être. Mais pas cette fois. Il va fermer l'arène, et le retrouver aux Mariannes. Au pire, ça lui fera une promenade de santé pour capturer des pokémons préhistoriques...


Dans un hôtel de Shimoda, dans une chambre aux lits séparés, Fujii va et vient devant Oshiro qui somnole.
- Tu veux bien te coucher ? demande-t-elle d'une voix éteinte. J'aimerais dormir...
- Non, c'est impossible. Pourquoi ce massacre ? Ils ont dû lui faire quelque chose. Ce n'est pas possible autrement. Mais quoi ?
- Fujii, va te coucher.
- Hors de question !
- Tu n'as plus l'âge de faire des nuits blanches. Va te coucher...
Fujii s'assoit sur le bord de son lit.
- Tu ne peux pas comprendre... c'est un peu mon fils ! C'est un peu le frère de ma petite Aï !
- Hum-hum...
- J'ai besoin de savoir !
- Hum-hum...
- Je ne peux pas le laisser comme ça !

Sachant bien qu'il continuera sans discontinuer si elle ne fait pas quelque chose, Oshiro hésite entre sortir son ectoplasma pour endormir Fujii de force, et lui parler de sa décision. Elle opte pour la seconde solution, trop fatiguée pour lever la main vers ses pokéballs.
- Écoute, Fujii. Nous rentrons à Mito pour quelques jours. Puis nous allons à Tokyo sous un prétexte quelconque de préférence romantique. Et la nuit je pénètre dans les locaux où ils gardent tous les dossiers sur le sous-marin. Je fais des microfilms, je reviens ni vue ni connue, et nous étudions tout ça ensemble à tête reposée.
- Mais... comment comptes-tu passer les systèmes de surveillance ?
- J'ai des spectres.
- Ça n'explique pas !

Sachant bien que de toutes façons elle n'aura pas la paix, elle s'assoit, à nouveau réveillée, et fixe Fujii dans les yeux.
- Tu sais que les ectoplasmas voyagent dans les ombres.
- C'est exact.
- Et qu'ils peuvent emporter un objet avec eux.
- Oui ?
- Et bien quand j'étais jeune, c'était moi l'objet que mon ectoplasma emportait. C'est pour ça que j'avais été admise au Conseil.
- Tu ne m'avais jamais raconté cette histoire !

Oshiro soupire.
- J'étais une terreur dans ma jeunesse. On m'a faite entrer au Conseil pour me faire tenir tranquille et aussi pour me surveiller. C'est après, quand je me suis calmée – faire partie du Conseil me prenait tout mon temps – que j'ai rencontré Chen. J'avais vingt-deux ans, il en avait quinze et des rêves plein la tête. J'ai bêtement promis de l'épouser.
Fujii ouvre de grands yeux. Ça remonte à si loin, cette histoire ? Cinquante-cinq ans déjà ! Et Chen n'a pas lâché le morceau pendant tout ce temps !
- Si je calcule bien, j'ai fait partie du Conseil pendant...

Elle compte sur ses doigts en marmonnant.
- Trente-sept ans seulement ? J'avais l'impression de plus.
Elle soupire.
- Quand je suis partie, c'est cette... Marion je crois... qui a pris ma place. La garce !
Elle soupire à nouveau.
- Bien, j'imagine que je ne peux plus changer le passé, maintenant ! J'espère juste qu'Ectoplasma se souvient de nos petites sorties ! Et que je ne suis pas trop vieille pour ce genre de choses !


Fin du chapitre


Chapitre basé sur la chanson Two steps behind de Def Leppard.