Merci pour vos reviews et vos lectures ! Par contre, c'est dingue, vous avez eu envie de tuer Arthur ou l'auteure (surtout l'auteure, d'ailleurs), mais aucun de vous n'a voulu faire la chose essentielle : consoler Merlin ! J'me dévoue donc pour la bonne cause et fais des câlins à mon sorcier chéri !
A ma lectrice Potiron, nom qui lui va très bien au vu de la taille qu'elle fait prendre à ma tête en me complimentant : Tu fais bien te t'habituer aux souffrances de Merlin, c'est parti pour durer ! ^^ Quant à l'ingéniosité de faire apparaître un magicien… C'est venu tout seul. Les voix dans la tête de Merlin étaient là… et d'un coup, y'avait un sorcier apparu sous mes doigts. Inspiration divine quand tu nous tiens, j'en suis très fière. J'aime beaucoup le chapitre précédent, entre Ganwyn et le sorcier, tous deux pas prévus à la base… C'est l'un des chaps que je préfère.
Encore merci pour les compliments, comme d'habitude ! Je souris comme une idiote quand je les lis, et on me regarde d'un air soupçonneux… (gosh, qu'est-ce que ça va être quand je serais de retour à la fac et que je regardais mes mails et mes reviews entre deux cours ?! J'vais avoir l'air cruche ! Raaah, mes coupains d'amour vont avoir matière à charrier !)(Que ça ne vous empêche pas de m'écrire des gentillesses par review hein ? je devrais survivre aux vannes de mes z'amis ^^)
Bonne lecture !
(une précision : dans ce chapitre, nous sommes début Octobre. Je rappelle que nous avons commencé en février et que ma fic dure un an)
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Chapitre 11 : Où le royaume court à sa perte
Arthur en resta sans voix un court instant. Suffisamment longtemps pour permettre à Merlin de tourner les talons, déverrouiller la porte et quitter la pièce à grands pas. Il craignait que, s'il ne s'éloignait pas immédiatement, sa résolution flanche et il ne retourne se jeter dans les bras du roi.
Lentement mais sûrement, les rouages du cerveau d'Arthur – tant décrié comme inexistant par Merlin – se mirent en marche et il réagit instinctivement : il courut rattraper la silhouette fine qui se hâtait au détour du couloir, indifférent aux regards surpris des gardes, et courroucés des gens qu'il bousculait.
– Merlin ! s'époumona-t-il. Reviens ici, c'est un ordre !
Mais le jeune homme n'avait cure des directives d'Arthur. En le quittant, c'était aussi sa position de servant qu'il abandonnait, et à ce titre, il n'y avait plus lieu d'obéir au roi. Mais finalement, Arthur le rattrapa et lui saisit fortement le bras, l'obligeant à se tourner vers lui, et à se rapprocher. Merlin roula des yeux, effrayé. Il n'avait pas pris la décision de rompre avec Arthur pour risquer de voir leur dangereuse liaison révélée au détour d'un couloir. Comprenant qu'il ne parviendrait pas à se dérober de la douloureuse conversation qui allait suivre, il se dégagea de la poigne d'Arthur et entra dans la pièce la plus proche. Arthur le suivit.
Celle-ci se révéla être une chambre de bonne, petite et misérable, à peine de la place pour vivre dignement. Grandement semblable à la chambre qu'occupait Merlin chez Gaius, celui-ci ne fut donc nullement surpris par le manque de place, mais gêné de la proximité que cela impliquait. Arthur en revanche, semblait découvrir dans quelles conditions vivait son personnel, mais la pensée qu'ils méritaient mieux disparut de son esprit à l'instant où il posa ses yeux sur son valet, son idiot, son amant, son Merlin.
– Je vous quitte, répéta celui-ci fermement. Vous ne pouvez pas simplement me laisser partir ? Il vous faut à ce point du mélodramatique dans toutes vos actions ?
Arthur songea qu'il était culotté de dire ça, surtout de la part de quelqu'un qui s'exprimait la plupart du temps par énigmes et fonçait au devant des ennemis alors qu'il ne savait pas se servir d'une épée. Mais ce n'était pas le propos qui l'occupait et il ne devait surtout pas se laisser distraire. Sans quoi il était assuré qu'il perdrait Merlin. Il essaya de ne pas geindre.
– Mais tu disais que tu ne m'abandonnerais jamais !
C'était raté. De toutes les pensées qui tourbillonnaient dans son esprit en cet instant, toutes ces formulations rationnelles, calmes et adultes qu'il envisageait, aucune ne parvenait à passer la frontière de sa bouche. Il en était réduit à pleurnicher et supplier que ce ne soit qu'une vaste plaisanterie, une taquinerie qui s'achèverait par une réconciliation spectaculaire dans leur chambre. Ou même immédiatement, sur le lit du malheureux serviteur qui vivait ici, malgré le risque d'être découverts.
Il tendit la main pour toucher Merlin, mais celui-ci se déroba à son toucher et s'éloigna un peu plus encore au fond de la pièce. Si Arthur l'avait voulu, il lui aurait suffi de faire quelques pas pour acculer le servant dans un coin de la pièce, et pouvoir ainsi prendre le corps tant désiré dans ses bras. Mais le regard de Merlin l'en empêcha. Il avait déjà lu cette détermination sans faille dans les prunelles océans. Chaque fois qu'ils s'apprêtaient à combattre un monstre particulièrement dangereux, repousser une armée ennemie, chaque fois qu'ils pensaient aller mourir dans l'entreprise, et qu'Arthur s'étonnait de la présence du jeune homme à ses côtés, Merlin avait au fond des yeux cette résolution qui brillait.
Il ne céderait pas, réalisa Arthur. Cela le détruisait de le constater, mais il sut au plus profond de lui-même que la décision était sans appel, quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse. Ce qui ne l'empêcha pas d'essayer.
– Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? gémit-il d'une voix plaintive
Merlin inspira brusquement et ferma les yeux pour répondre, incapable de soutenir le regard humide du roi.
– Ce n'est vous, c'est moi… ça n'a rien à voir avec les sentiments que je vous porte, et qui demeureront. Je sais ce que j'ai dit, mais je ne vous abandonne pas : au contraire, je vous rends votre liberté pour que vous finissiez de vous élever comme le plus grand roi de Camelot.
– Je ne peux pas le devenir sans toi.
– Je vous prive pourtant de quelque chose d'essentiel.
– Laquelle ?
– Un héritier, souffla doucement Merlin à mi-voix, conscient que la proximité de leurs corps suffirait pour que sa voix porte jusqu'aux oreilles d'Arthur.
Ce dernier ne répondit rien. Il n'y avait rien à dire. Il aurait pu contrattaquer sur n'importe lequel des arguments de Merlin. Celui-ci était le seul auquel il ne pouvait s'opposer. Il y avait songé, lui aussi. Il aurait pu bien sûr, dire que ce n'était pas grave et qu'ils s'en accommoderaient. Mais ce ne serait qu'un mensonge et ils le savaient tous deux. Le royaume aurait besoin d'un enfant à aimer comme prince héritier, lui-même aurait besoin d'une descendance. Fermer les yeux sur le problème ne ferait que retarder l'inévitable. Et plus ils attendaient, plus ils en souffriraient. Une fois de plus, Merlin faisait preuve de plus de courage que lui.
Il relâcha la tension de ses épaules, abattu. Il ne bougea pas, n'esquissa pas un geste lorsque Merlin le contourna et se pressa vers la sortie. Sur le pas de la porte, il se retourna un court instant et sembla sur le point de dire quelque chose, mais se ravisa et disparut. Pour de bon. Cette fois, Arthur ne se donna pas en spectacle en lui courant après. Il se laissa simplement glisser au sol et demeura ainsi jusqu'à ce que la faim et d'autres besoins naturels s'emparent de lui et ne le forcent à se relever. Avec un éclair de lucidité, il réalisa la chance qu'il avait eu que le serviteur propriétaire de la chambre ne rentre pas plus tôt. Quel scandale ça aurait été alors. Le roi, prostré à cause du départ d'un simple servant, un homme du peuple. Il se releva et avança comme un automate, incapable de ne penser à rien d'autre qu'à la fin de sa relation, et la douleur qu'il avait dû causer à Guenièvre.
...
Merlin prit un cheval dans les écuries royales en songeant qu'Arthur ne pouvait plus réellement le punir pour ça. Lors de son arrivée à Camelot, il avait fait le chemin à pied et une fois lui avait suffi. C'était bien assez long comme ça. Et si le roi voulait récupérer son étalon, il saurait où venir le chercher. Il avait dit à Arthur qu'il irait « probablement » chez sa mère, mais ce n'était qu'une façon de parler. Ce n'était pas comme s'il avait un autre endroit où se rendre. Depuis plus de sept ans, son foyer était le château. Ça lui faisait mal de revenir à la masure maternelle, mais il n'avait pas le choix. S'il l'avait pu, il aurait aimé profiter de sa nouvelle liberté pour chercher son père. Mais ce dernier était mort, il le savait pertinemment. Désormais, la seule personne sur cette Terre à l'aimer inconditionnellement et à pouvoir le consoler de sa peine était sa mère. En quittant le château, il ne put s'empêcher de lever les yeux en direction de l'office de Gaius. Quitter Arthur lui brisait le cœur bien sûr, mais savoir la peine qu'il faisait au vieil homme qui l'avait accueilli, aimé, écouté et protégé durant toutes ces années sans rien attendre en retour l'attristait tout autant. Il avait choisi avec soin son moment pour rassembler ses affaires et faire ses adieux à Arthur, pour ne pas avoir à croiser le vieil homme. Affronter Gaius, il n'en avait pas trouvé le courage. Il n'avait même pas besoin de voir le médecin pour connaître sa réaction : une petite part de « je vous l'avais bien dit », et surtout une immense peine de le voir malheureux, et de le regarder partir. Gaius partagerait sa douleur, et c'est quelque chose que Merlin refusait de lui faire porter. Son fardeau est bien assez lourd comme ça pour qu'il accepte que quelqu'un d'autre en fasse les frais.
S'il pouvait, Merlin aimerait voyager aussi. Il avait beaucoup chevauché avec Arthur, mais il y avait toujours un but, une quête, une finalité qui empêchait de profiter du paysage. Même s'ils en avaient eu le temps, Arthur n'était pas homme à contempler un paysage, de toute façon. Une part du cerveau de Merlin invoqua, bizarrement, le désir de chercher le lieu où Freya avait vécu, et découvrir le lac qu'elle chérissait tant. Mais il n'avait pas cette possibilité.
Lorsqu'il travaillait à Camelot, une partie de sa solde de valet de pied allait à Gaius, pour l'hébergement, la nourriture, et la chaleur humaine. Il en gardait quelque peu pour ses besoins personnels, et envoyait le reste à sa mère tant que possible. Ealdor était un village pauvre, et désormais seule pour travailler aux champs, sans compter sa vieillesse qui s'installait lentement, Hunith aurait eu du mal à joindre les deux bouts sans l'aide de son fils. La montée de Gwen sur le trône avait d'ailleurs permis à Merlin d'augmenter l'argent envoyé à sa mère, puisque la jeune reine avait fait revaloriser une bonne partie des soldes du personnel à la hausse. Lorsque Merlin avait protesté, elle avait ri en disant qu'il n'avait qu'à considérer cette augmentation comme une récompense du soutien indéfectible qu'il apportait à Arthur, et sa résistance face à sa mauvaise humeur. Arthur n'avait jamais rien su de tout ça, puisqu'il fuyait tous ces détails techniques sur l'intendance du château, et n'avait de toute manière aucune conscience de la réalité de la vie de ses serviteurs.
Désormais Merlin n'avait plus de solde et il devrait alors aider sa mère aux champs et dans la vie du village. Fort heureusement, vivre aux côtés d'Arthur ne lui avait pas couté grand-chose ces derniers temps et il ramenait à la maison une bonne partie de ses économies.
Tout à ses pensées, il finit par arriver au village et rentrer chez lui. Et il se surprit à penser « voilà mon nouveau foyer », preuve que l'endroit où il avait été le plus heureux et qu'il avait fini par considérer comme sa maison était un palace avec trop de couloirs, et trop d'escaliers. Il ne pleura pas en expliquant la situation à sa mère, brièvement et sans s'appesantir sur les détails. Il avait verrouillé son cœur à tout sentiments quelconques, hormis pour Hunith. Il n'y avait plus de larmes en lui. Ou du moins tentait-il de s'en persuader.
...
Trois semaines plus tard, Merlin gelait sur place dans les champs. La terre commençait déjà à se glacer, et elle était dure à travailler. Il souffrait physiquement plus qu'il ne l'avait cru possible. La vie de château l'avait conforté dans une oisiveté et un luxe plus qu'il ne s'en était rendu compte. Son corps lui rappelait avec douleur qu'à part courir derrière Arthur, et servir de cible de temps à autre, il n'avait pratiqué aucune activité sportive. Il était rouillé dans le maniement de la bêche, et ses courbatures, après seulement trois jours de travail, lui firent remonter à la surface des souvenirs de difficultés physiques qu'il songeait éteintes à jamais. Lui qui n'avait jamais été épais, il avait pris du poids à force de manger à la table royale. A celle de sa mère, il fondit comme neige au soleil. Ce qui ne lui assurait absolument aucune protection contre le froid mordant qui s'étendait lentement sur le pays. Il repensait avec tristesse à sa petite chambre, dans l'officine de Gaius, qui était plus chaude que la maison de sa mère. En une semaine, il comprit pourquoi, même jeune et insouciant, il s'était senti tellement décalé dans ce village qu'il lui avait fallu partir. Sa destinée était ailleurs, et il avait abandonné le foyer maternel pour y répondre.
Sauf qu'aujourd'hui, sa destinée était accomplie : Arthur était roi, et Camelot vivait en paix. Un jour, le roi y tolérerait la magie, et ce jour là, il remarcherait vers le château et se présenterait à Arthur, enfin entier. D'ici là, il en avait assez fait pour le futur du royaume. C'était du moins ce qu'il se répétait lorsque sa résolution vacillait et qu'il mourrait d'envie de retourner vivre aux cotés d'Arthur, en suppliant ce dernier de lui pardonner. Et puis surtout étaient revenues dans sa mémoire des paroles d'un autre temps : « Ce que tu t'apprêtes à faire avec Arthur Pendragon sert les intérêts du royaume, mais il faudra y mettre fin ». Il ne voyait pas très bien comment le royaume avait été servi par leur relation, si ce n'est que le bonheur du roi le poussait à la clémence, mais il avait obéi à l'antique animal. Il y avait mis fin. Contre son gré, mais il l'avait fait.
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Sa mère ne lui avait posé aucune question, avec cet instinct et cette fibre maternelle toute particulière qui lui dictait que ce n'était pas la chose à faire. Ce même instinct qui lui soufflait qu'aussi fort soient les efforts qu'elle réalisait, cela n'aiderait jamais son fils. Il était perdu dans une peine bien trop grande pour lui-même, qu'il était incapable de gérer et dont elle ne pouvait l'extraire. La seule chose dont elle était capable actuellement, c'était lui maintenir la tête hors de l'eau. Quand il voudrait sortir de cette mélasse de malheur dans laquelle il se complaisait, il en serait capable. Et la main de sa mère serait là pour l'aider. Mais tant qu'il n'en avait pas la volonté, il n'y avait aucune issue envisageable.
Un jour cependant, elle fit un pas en avant et tenta une nouvelle approche :
– Tu ne crois pas que tu devrais retourner chez toi ? Tu dois leur manquer…
La réponse fut sans appel et Hunith abandonna.
– Chez moi, c'est ici.
Il n'y avait pas lieu d'insister. Toute sa jeunesse, Merlin s'était senti trop grand pour ce petit village qui le brimait, et même s'il ne disait rien pour ne pas la faire souffrir, Hunith savait que le jour où il quitterait le foyer familial, il cesserait de considérer ce lieu comme sa maison. Pour qu'il recommence à penser l'inverse, il avait dû se produire un intense bouleversement dans son cœur. Un bouleversement qu'il n'était pas prêt à lui confier.
De son point de vue, Merlin trouvait qu'il ne s'en sortait pas trop mal. Il avait arrêté de frémir à la moindre évocation du château, ne sentait plus ses yeux s'humidifier lorsqu'il songeait à Arthur. Une fois, une lettre manqua de lui arracher le cœur : Il reconnut l'écriture serrée de Gaius sur la missive que le coursier lui tendit. Fort heureusement, elle portait le nom de sa mère, et il ne sut jamais rien de son contenu. Il n'aurait pas supporté de lire les mots de son mentor.
Et puis, il y eut un jour un messager du château royal. Cela faisait un peu plus de deux mois qu'il avait quitté le château. L'homme, qu'il n'avait jamais vu malgré ses années passées dans la citadelle, paraissait extatique. Il fit se rassembler toute la population autour de lui, gonfla ses poumons d'un air important et débita son message d'une voix puissante, vibrant sous l'émotion de la nouvelle qu'il transmettait.
Alors seulement, le cœur de Merlin déjà brisé se désagrégea en une fine poussière et il se sentit mourir de chagrin.
...
Ce chapitre est plutôt long, mais comme je suis sadique, je termine sur le cœur brisé de Merlin dans cette partie, malgré le décalage en termes de mots des parties. La deuxième est donc plus longue )
Reviews ? (je fête mon n'annizervaire demain, vous me feriez un joli cadeau en en laissant plein ^^)
A samedi
