[Apprendre à aimer l'ennemi]

Chapitre 21 : Jalousie

Date de publication : 31 août 2016


Note de l'auteur : Bonjour bonjour !

Je vous souhaite une bonne lecture !


Ils passèrent la porte main dans la main. L'angoisse d'Hermione était presque palpable. Les élèves prenaient leur petit déjeuner affalés sur les bancs de l'école. Comme la première fois, personne ne leur prêta la moindre attention. Soudain, une petite Poufsouffle qui mangeait près de la porte, elle devait être en première ou deuxième année, posa son regard sur le jeune couple. Fronça les sourcils. Baissa la tête sur son assiette. Puis les fixa de nouveau. Elle les dévisagea méticuleusement avant de murmurer frénétiquement à l'oreille de sa voisine. Qui elle aussi leva les yeux sur les deux redoublants afin de vérifier les dires de son amie. Puis passa le mot à son tour. Et ainsi de suite. La rumeur des conversations s'intensifia à la table des jaunes et noirs, ce qui attisa la curiosité des autres tablées.

Hermione se sentait de plus en plus mal à l'aise tandis qu'elle traversait la salle. En voyant les élèves s'agiter, elle avait voulu lâcher Drago mais celui-ci avait serré plus fort sa main dans la sienne. Il accompagna Hermione jusque Harry et Ginny, se mettant tacitement d'accord avec sa bien-aimée : mieux valait ne pas tenter le diable et manger chacun avec sa Maison. La rouquine souriait de toutes ses dents, rayonnante et adressa un clin d'œil au blond qui se sentit à la fois gêné et fier sans pouvoir se l'expliquer. Le Survivant quant à lui, était parfaitement ahuri. Il regarda alternativement sa petite amie, qui beurrait ses tartines le plus tranquillement du monde sans pour autant se départir du léger sourire qui ornait ses lèvres; et sa meilleure amie, qui, à l'évidence, faisait tout ce qu'elle pouvait pour éviter son regard. Harry s'éclaircit bruyamment la gorge et demanda :

- Excusez-moi mais est-ce que quelqu'un pourrait éventuellement m'expliquer ce qu'il se passe ?

Ginny haussa les épaules et répondit :

- Et bien, à l'évidence, Hermione sort avec Drago maintenant.

Celui-qui-a-survécu leva les yeux au ciel.

- Merci, mais je pense que je l'avais compris tout seul, répliqua-t-il avec un sourire dans la voix. Ce que je voudrais savoir, c'est comment en sommes-nous arrivés à cette situation, reprit-il plus sérieusement. Si mes souvenirs sont bons, tu sortais avec Goldstein hier non ?

- Anthony s'est servi de moi, déclara Hermione à voix basse, prenant la parole pour la première fois. Drago l'as entendu le dire à ses amis. Il s'est battu avec lui pour moi. Je l'aime. Il m'aime.

La brunette était anxieuse. Elle avait besoin que son meilleur ami la conseille, la soutienne.

- Si tu l'aimes, dit lentement Harry en baissant la tête, je te souhaite tout le bonheur du monde.

Il acheva sa phrase en se redressant et un énorme sourire lui barrait le visage. Il attrapa la main de la jeune femme et la serra brièvement.

- En revanche s'il n'est pas sincère, je lui casserai la figure, menaça le brun.

- Il l'est, assura Hermione.


Dans le même temps, Drago se dirigeait vers la table des Serpentard. Sa présence fit taire les murmures alentours mais cela n'empêcha pas de jacasser ceux qui se trouvaient loin de lui. Il se posa en face de Blaise et Pansy qui le regardaient avec un sourire narquois.

- C'est ce qu'on appelle une entrée remarquée, sourit la brune.

- Tu aurais dû nous prévenir, on aurait sorti les trompettes, railla Blaise.

- Crétins… marmonna Drago.

- Alors comment ça s'est passé ? Demanda le métis sur le ton de la confidence.

- Qu'est-ce qui s'est passé comment ? Grogna Drago.

- Je ne sais pas, ta déclaration votre baiser… Vous vous êtes embrassés au moins ? Questionna-t-il d'un air sceptique.

Drago leva les yeux au ciel avec un rictus au coin des lèvres. Répondre aux questions de Blaise lorsqu'il était dans cet état était une perte de temps. Il l'avait habilement déduit au bout de sept ans d'amitié. De plus, ses interrogations étaient absolument indiscrètes et totalement personnelles. Son regard se perdit vers l'endroit où se trouvait sa dulcinée… Minute. La dulcinée en question d'était plus là. Il fronça les sourcils et fouilla la salle de ses iris bleu gris. Soudain, il entendit un éclat de voix venant du hall.

- Pourquoi t'es avec lui ?

Il reconnaissait le timbre de cette voix. Il se leva de son banc et se précipita vers la source du bruit. Malheureusement, la question avait tout bonnement était hurlée et le cri avait rameuté une bonne partie des élèves. Drago, suivi de ses deux acolytes firent leur possible pour se rapprocher mais la foule était trop dense. Ils finirent par grimper assez haut sur le grand escalier et parvinrent à avoir une vue dégagée sur la scène qui se déroulait. Ainsi, le Serpentard ne s'était pas trompé. Cette voix appartenait bien à Ronald Weasley et il confrontait Hermione.

- Alors, pourquoi t'es avec cet idiot ?

- Ce n'est pas un idiot ! Et je suis avec lui parce que je l'aime.

Hermione était dans une colère noire. Elle ne semblait pas avoir remarqué que ses paroles venaient de provoquer un brouhaha spectaculaire. Drago, lui, souriait intérieurement. Toute l'école saurait qu'Hermione Granger l'aimait, lui et personne d'autre.

- Ce que tu peux être naïve ma pauvre ! lança Ron avec un sourire goguenard.

- Ça c'est sûr, j'ai dû être sacrément naïve pour te faire confiance !

Le Gryffondor perdit d'un coup son sourire et sa belle assurance.

- Tu ne vois pas qu'il se fiche de toi ? Que tout ce dont il a envie c'est de t'enfoncer encore plus ?

- Tout ce que je vois Ronald, c'est que tu es jaloux. Pourtant, tu as eu ce que tu voulais n'est-ce pas ? Tu as eu Padma, comme tu le souhaitais. Alors laisse-moi. Laisse-moi tranquille, laisse-moi vivre. Je ne supporterais plus que tu gâches ma vie sentimentale.

Hermione planta durement son regard dans celui de son ancien petit ami puis fendit la foule et se dirigea vers le parc. Ginny, qui avait assisté à la scène au premier rang aux côtés d'Harry, la suivit immédiatement, non sans d'abord toiser son frère d'un œil noir. Les derniers mots de la redoublante semblaient avoir ravivé les conversations et Drago profita du tumulte ambiant pour se frayer un chemin parmi les élèves, Blaise et Pansy dans son sillage. Ils descendirent les escaliers dans une grande cavalcade. Ses deux amis se stoppèrent juste à l'orée du cercle qui s'était formé autour de la dispute alors que Drago s'y avança.

- Hé Weasley ! interpella-t-il.

Ron se retourna et le vert et argent lui décocha une droite monumentale. Le rouquin riposta mais le Serpentard, plus rapide, l'esquiva. Il empoigna le rouge et or par col de sa chemise et le bloqua contre un mur.

- Si tu as quelque chose à me reprocher, viens me le dire en face, au lieu de mêler Hermione à tout ça, murmura suavement Drago.

Ses prunelles étaient dures, agressives, meurtrières même, en totale contradiction avec sa voix. Et cela ne faisait que le rendre plus menaçant.

- Oui j'ai quelque chose à te reprocher. Tu m'as volé ma copine ! Eructa Ron.

- Erreur. Ce que tu peux être bête. Je ne t'ai rien volé du tout. Hermione, tu t'es débrouillé pour la perdre tout seul, en batifolant avec ta propre colocataire.

- Hermione m'intéresse toujours ! Tu n'avais aucun droit sur elle.

- Mais toi non plus Weasley, susurra le blond. Tu as perdu le droit d'être avec elle au moment même où tu as posé les yeux sur Patil. Et ce n'est pas parce qu'elle t'intéresse encore que cela fait d'elle ta propriété privée. C'est à elle de choisir.

- Oui et je ne comprends pas pourquoi elle t'a choisi toi plutôt de moi.

- Peut-être parce que tu l'as trahie de la pire manière qui soit ? Ou peut-être parce que je sais la cerner, la comprendre et la consoler mieux que quiconque ne le saura jamais ? Réfléchis à ça Weasley. Et si après y avoir pensé tu crois encore mériter Hermione, retentes ta chance.

Drago relâcha son emprise sur Ron et s'en alla en direction du parc, sans un regard en arrière.


POV Ron :

Je me suis fait publiquement humilié. Deux fois. Ma mâchoire me lance horriblement et les chuchotis qui me suivent me rendent fou. Je me rue vers les appartements que je partage avec Padma. D'ailleurs, celle-ci semble attendre, assise sur le sofa bleu, le visage fermé, les lèvres pincées. J'ai peur de ce que ça peut vouloir dire. Nul doute qu'elle aussi a assisté à l'esclandre qui s'est déroulée dans le grand hall. Un esclandre que j'ai provoqué.

- Salut…, fis-je, hésitant.

Elle ne répond pas, ne me regarde pas. S'obstine à fixer un point imaginaire sur le sol. Mon anxiété monte d'un cran.

- Ron… J'ai à te parler.

Aïe… Une discussion qui commence comme ça ne se termine jamais bien.

- Je t'écoute.

- Ç'a été dur pour moi au début… Tu te souviens ? Tout le monde apprécie Hermione. Moi-même je l'aime beaucoup. Les premières semaines de notre relation, j'ai dû essuyer un nombre impressionnant de remarques et d'insultes. Je suis passée du statut de fille gentille et intelligente à celui de celle-avec-qui-Ron-Weasley-a-trompé-Hermione-Granger. Malgré tout ça, je n'ai pas craqué Ron, parce que je t'aimais. Mais ce matin… Tu n'étais plus le même. Ce que tu as dit à Hermione puis à Malefoy… C'était méchant et d'une bêtise affligeante. De plus depuis quelques semaines j'ai remarqué que notre couple commençait à s'essouffler. Que nous ne nous entendions plus vraiment. Je pensais que ça passerait. Mais tout à l'heure, j'apprends que tu es encore amoureux d'Hermione. Je suis peut-être forte, mais pas assez pour supporter tout ça. Je suis désolée Ronald mais je ne peux plus continuer.

Je suis figé. J'aimerais pouvoir me défendre, affirmer que c'est elle que j'aime, promettre que tout va rentrer dans l'ordre. Mais ma voix reste bloquée dans ma gorge. Elle refuse de coopérer et de proférer de telles choses car elle sait pertinemment que ce sont des mensonges.

- Je… Je comprends.

C'est tout ce que j'arrive à balbutier avant de rejoindre ma chambre en toute hâte et de m'y enfermer. Deux mots. Deux malheureux petits mots, c'est tout ce que j'ai réussi à dire. Pitoyable. Je m'allonge sur mon lit sur le dos, les mains derrière la tête. Et je soupire. Je ne hurle pas, ne peste pas. Je soupire seulement. Au fond, peut-être est-ce parce que je sais que je l'ai mérité ? Voilà ce qui arrive quand on essaye de jouer sur plusieurs tableaux j'imagine. Je réfléchis à ce que m'a dit Malefoy. Suis-je certain de pouvoir encore prétendre devenir le petit ami d'Hermione ? Si je suis parfaitement objectif avec moi-même, la réponse est non. Et je me rends compte que ce crétin de blondinet a raison. Il est bien plus capable de protéger, de comprendre et de se battre pour Hermione que je ne l'ai jamais été.


POV Externe :

Pendant ce temps dans le hall, les élèves se dispersaient lentement. Harry, qui n'avait pas suivi Hermione, avait donc assisté à l'empoignade entre Ron et Drago. Il partit discrètement à la recherche de celui-ci, sous l'œil attentif de Blaise et Pansy.

Le blond était debout sur les rives du lac et regardait au loin. Le Survivant s'approcha aussi doucement que possible. Malgré tous ses efforts, le vert et argent l'entendit arriver.

- Toi aussi tu es venu pour te battre Potter ? lança-t-il sans se retourner.

Harry s'assit a bord de l'eau, songeur.

- Absolument pas, souffla-t-il. Je suis venu te remercier.

Drago le regarda. Une expression de pur ahurissement passa un bref instant sur son visage avant que ce dernier ne redevienne impassible.

- Tu as été tellement plus présent que moi ces derniers temps, poursuivit le brun. Tu as été là pour elle quand elle en avait besoin. C'est toi qui l'as aidée à se relever de sa rupture avec Ron, toi qui lui as offert ton amitié alors qu'elle était seule, toi qui l'as défendue contre Goldstein. Ç'aurait dû être moi. Je n'ai pas été un très bon ami cette année.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le blond avait l'air gêné.

- Tu avais d'autres choses à penser. La guerre, faire ton deuil, tes responsabilités de héro, ta petite amie…

Le Serpentard n'en revenait pas de sa propre attitude. Etait-il vraiment en train de chercher des excuses à Potter ?

Harry se passa la main dans les cheveux, honteux.

- Hermione aurait dû passer avant tout ça. Elle avait plus besoin de moi que Ron.

- Je n'aurais jamais pensé dire ça un jour mais… Tout ça c'est grâce à toi. Si tu avais était plus présent Potter, Hermione et moi n'en serions sûrement pas là aujourd'hui.

- Harry.

- Pardon ?

- Ceux qui veillent sur ceux que j'aime deviennent mes amis. Et mes amis m'appellent par mon prénom.

Harry tendit la main et Drago la serra.


- Est-ce que tu penses que ça veut dire qu'on devra devenir amis avec Celui-qui-a-survécu ? Demanda Blaise à Pansy, qui avait observé la scène depuis le début.

- Je crois bien, sourit Pansy.


Note de fin : J'espère que ce chapitre vous a plu.

A bientôt !