Chapitre XXI :
Je venais de quitter la bibliothèque totalement plongée dans mes pensées. Les quelques paroles échangées avec Severus me trottaient dans la tête, le souvenir de ce qui s'était passé ces quelques semaines auparavant aussi. Je laissai échapper un énième soupir. Tout était si compliqué, trop compliqué ... Machinalement, j'empruntais les grands escaliers qui, comble de malchance se mirent en mouvement au moment précis où je posais le pied dessus. C'était bien ma chance, ces satanées marches de marbre m'éloignèrent de ma destination sous le rire d'un médecin hilare dans un tableau. Je fusillai la peinture du regard, mais déjà le rire du sujet mourut, les escaliers m'en avaient éloignée. Lorsqu'ils daignèrent stopper à un palier, je sautai vivement dans le couloir. J'avais atterri au Septième Etage, l'étage des Bouffondors. J'avançais à grand pas, ne faisant aucun bruit sur les tapis délavés qui recouvraient le parquet craquant. Je n'avais qu'une hâte retrouver la quiétude des cachots et leurs ténèbres salvatrices.
- Tiens, tiens le petit Serpent s'est perdu ?
Je stoppai net et me retournai.
Là, c'était vraiment le bouquet : Black.
- A moins que tu ne m'aies suivi, Kered-Ann ?
J'eus un rire moqueur.
- Te suivre Black ? Mais en quel honneur ?
Lentement, j'avais porté ma main à la poche dans laquelle était rangée ma précieuse baguette. Mais ce simple geste furtif n'avait pas échappé au regard vif du Rouge et Or. Il avait déjà sa baguette dans la main et d'un expelliarmus puissant, il fit jaillir ma baguette jusqu'à lui. Il eut un petit rire mesquin et de mauvais augure. S'il croyait me faire peur parce qu'il avait réussi à prendre ma baguette, il se la fourrait dans l'oeil. Je le fusillai du regard, regrettant que mes yeux ne puissent lancer des avadas.
- Que veux-tu ? Lui crachai-je avec hargne.
Il prit un air innocent et s'avança vers moi. Je ne bougeai pas d'un pouce et s'il avait espéré me faire reculer pour m'acculer contre le mur, c'était peine perdue. Black sourit de nouveau.
- Oh, mais juste parler un peu ...
- Parler ? Dans ce cas, pourquoi m'avoir piqué ma baguette, lui répondis-je du tac au tac.
- Je connais bien les serpents, ils ne savent jamais parler sans utiliser à un moment ou un autre leur baguette.
- Peut-être tout simplement parce que les Bouffons ont toujours un mot de trop ...
Par Merlin, s'il y avait eu un observateur dans ce couloir, il aurait pu croire que la discussion était des plus innocentes et banales ... Pourtant la tension était bien présente, l'atmosphère semblait s'être tout à coup alourdie, comme avant un orage ...
Je croisai mes bras et le toisai avec superbe.
- Eh bien, parlons ! Je t'écoute !
Je n'avais pas le choix, ce triple idiot avait ma baguette. Il eut un sourire satisfait et fit encore un pas. Il était vraiment tout proche, beaucoup trop proche à mon goût.
- Ne sois pas ainsi sur la défensive, murmura-t-il.
- Je ne le suis pas, mentis-je. Alors ? Que veux-tu me dire de si ... important ?
Un petit rire moqueur s'échappa de ma bouche. Sirius ne fit aucune remarque quant à mon éclat de rire.
- Je voulais te proposer d'enterrer la hache de guerre, le temps de travailler ensemble.
Je ne pus retenir l'exclamation de surprise qui jaillit de ma bouche. Je posai ma main dessus, mais le hoquet de surprise était déjà sorti.
- Et tu ne pouvais pas me dire ça dans la bibliothèque ? Marmonnai-je.
Une lueur mesquine éclaira mon regard.
- Pourquoi un tel besoin de travailler dans de bonnes conditions ? Voudrait-on avoir enfin une bonne note pour changer des trolls ? A moins que tu ne veuilles faire plaisir à papa maman ? Oh, c'est vrai j'oubliais, papa maman t'ont mis dehors ... Alors pour qui ? Pour les Potter ? Pour leur montrer qu'ils n'ont pas recueilli un minable ?
Je vis la colère briller dans ses yeux, en même temps que partit sa main pour me gifler. Je sentis la douleur cuisante sur ma joue et j'y portais ma main. Ma peau était brûlante. Je plissai les yeux, une noire colère m'envahit soudain.
- Comment oses-tu lever la main sur moi ? Grondai-je de rage. Tu vas le regretter !
Ce fut à son tour de rire.
- Oh, mais c'est que tu fais peur Kered-Ann ! Que vas-tu me faire sans ta précieuse baguette ? Ne me dis pas que tu vas t'abaisser à te battre à la façon moldue, rit-il hilare.
La seule réponse que je voulus lui apporter fut mon poing dans sa figure mais il fut plus rapide que moi et bloqua mon poignet qu'il serra avec force. Je ne pus réprimer une grimace de douleur. Il en profita pour me repousser avec violence contre le mur que je percutais sans douceur. Les pierres glacées m'arrachèrent une nouvelle grimace. L'hilarité de Black ne fit qu'augmenter.
- Ce qui est amusant avec vous, la supposée élite du monde sorcier au-dessus de tout le monde, c'est que sans baguette vous n'êtes que des moins que rien ! C'est bien beau de décrier les moldus, mais leurs méthodes ont parfois du bon !
Je me débattis, mais Black avait saisi mon autre poignet et m'immobilisai : ma tentative de libération fut un échec.
- Mais vas-y débats-toi Kered-Ann ! Fais moi ce plaisir là !
A ces seules paroles, je stoppai net, ne voulant lui donner satisfaction. Son visage était tout proche du mien, si proche que nos souffles se mêlaient. Il recula soudain de quelques centimètres et me dévisagea avec insistance. Il eut un étrange sourire.
- Quel gâchis, marmonna-t-il.
Mon sang ne fit qu'un tour. Je n'aimais vraiment pas la tournure que prenaient les événements. J'étais dans de sales draps.
Black rit doucement. Je ne le quittais pas des yeux. Malgré ma position plus qu'inconfortable, j'étais prête à lui bondir dessus.
- J'ai appris que la foire annuelle aux bestiaux s'est encore tenue cette année ... commença-t-il.
Je tressaillis avant de comprendre ce qu'il voulait dire.
- Ce genre de choses ne te concerne plus ... Mais je vois que tu restes bien informé ... De regrets peut-être pour un monde auquel tu n'as plus accès ...
Il eut un mouvement de dédain.
- Comme si je pouvais regretter quoique ce soit ... Je ne vois pas quel plaisir on peut tirer de se faire marier de force ... D'un autre côté, à force de faire des mariages consanguins, ils ont fini par comprendre que les rejetons soit disant sang-pur étaient débiles et incapables de trouver par eux-même un bon parti ?
Là, il n'avait pas tout à fait tort pour le mariage forcé, même si je n'étais pas à plaindre ! Loin de là ...
- Alors, continua-t-il avec la même voix mielleuse qui me faisait frissonner de dégoût. Avec qui t'a-t-on casé ?
Ce fut à mon tour de rire.
- Comme si j'allais te le dire ! Ricanai-je.
Black fit mine de réfléchir avec le plus grand sérieux.
- Hum, ça ne doit pas être difficile à trouver ... Voyons voir qui pourrait te convenir dans le groupe des toquards ... Rogue ? Non pas assez riche pour faire partie des heureux élus. Malefoy ? Hum, peut-être quoique, d'après les ragots qui court si c'était le cas, il risquerait de lui arriver un accident ...
Il s'interrompit quelques instants. En moi-même je bouillonnais.
- Mon idiot de frère ? Non trop jeune ... Il ne reste plus que les Lestrange ? Alors celui avec lequel tu as déjà couché ou l'autre ?
Je ne répondis rien et mon visage resta impassible à l'énumération des noms. Sirius éclata alors de rire.
- Il faut quand même que je t'avoue une chose ! J'en ai appris une bien bonne, il n'y a pas si longtemps ...
Je haussai un sourcil, désintéressée. Je n'avais qu'une hâte qu'il en finisse. Mes poignets me faisaient atrocement souffrir et j'étais certaine d'en garder de magnifiques traces ...
- Si j'étais resté un bon petit garçon obéissant aux vieux préceptes bidons des antiques traditions, je me serai marié avec toi !
Je ne pus m'empêcher de sursauter.
- Hein ?
Black sourit satisfait de son petit effet.
- Oh, ne fais pas celle qui n'a rien compris. Tu m'as très bien entendu ! Mes parents s'était rapprochés de ton père pour une éventuelle union.
Je ne le laissai pas continuer.
- Et bien, si cela avait été le cas, je me serai arrangée pour finir veuve très rapidement !
J'avais peine à croire ce qu'il venait de dire. Même si cela était fort possible. Perdue dans mes pensées, je ne vis pas le geste de Black. Sa main s'était avancée vers mon visage et elle se posa sur mes cheveux, les caressant doucement. Je tournai la tête pour me dégager de cette immonde caresse.
- Bas les pattes, Black, grognai-je comme un troll en colère.
- C'est dommage, murmura-t-il presque pour lui même.
Mes yeux s'agrandirent alors d'horreur lorsque je le vis lentement se pencher vers moi. Il n'allait tout de même pas tenter de m'embrasser ? Mais apparemment si ... Mon coeur battait la chamade et la colère, non la haine, grondait en moi. Alors je fis ce que j'aurai dû faire depuis longtemps. Je lui assénai un violent coup de genou à l'entrejambe. La surprise et la douleur le plia en deux. Je crus pouvoir m'échapper, en me glissant sur le côté puisqu'il venait de lâcher mes poignets. Mais il se releva, grimaçant et pleurant presque de douleur. Il agrippa mes cheveux qui volaient derrière moi et réussit à me projeter sur le côté. Je n'atterris non pas au sol mais contre une console de bois. Ma tête se fracassa contre le bois sombre et cette fois, je ne pus réprimer un cri de douleur. Aussitôt je sentis un filet poisseux et chaud dégouliner de ma tempe, tremper ma joue et continuer sa course dans mon cou. Je voulus me relever mais Black ne m'en laissa pas le temps. Un sort puissant m'atteignit et je me retrouvai plaquée de nouveau contre le mur. Un autre éclair me toucha et le stupefix m'immobilisa pour de bon. Impossible pour moi d'esquisser le moindre geste ou d'émettre le moindre son.
Là j'étais vraiment dans une situation catastrophique. J'avais presque envie de voir surgir Rusard ou même le vieux citronné.
Black s'était reculé de quelques pas, histoire de bien profiter de la situation vu la manière dont il me regarda.
Ma tête me lançait et j'espère simplement que la douleur ne me ferait pas perdre connaissance. Le sang continuait toujours à couler et je commençais vraiment à me sentir mal, très mal. Le Bouffondor s'en aperçut et en joua.
- Alors Kered-Ann, on est dans une mauvaise posture ...
Il secoua la tête et émit un petit bruit désagréable avec sa langue.
- Vilain bobo ... commenta-t-il laconiquement avec morgue.
La douleur me vrillait de plus en plus fort la tempe et par moment, il me semblait voir des éclairs passer devant mon regard.
Il se mit à rire et le son bourdonna à mes oreilles de manière insupportable.
- Qu'est-ce qui t'a pris, Kered-Ann ?
Il ouvrit de grands yeux étonnés.
- Par Merlin, tu ne pensais tout de même pas que j'allais t'embrasser ? Toi ?
Il rit de plus belle.
- Allons, allons. Soyons réalistes ! Je ne veux pas me contenter des rebuts de Lestrange ou de je ne sais quel idiot de serpent !
Je n'en pouvais plus. La douleur était intolérable. Il fallait que je fasse quelque chose. Je fermai soudain les yeux, essayant de me concentrer et de me rappeler de quelques leçons de mon père. Mais entre la douleur, ma fierté qui venait d'en prendre un coup c'était difficile. Il fallait pourtant que je fasse quelque chose. D'abord calmer les battements inconsidérés de mon coeur, respirer plus lentement, faire le vide ... Ne penser qu'à l'Elément, le faire sien et oublier tout le reste. Déjà que dans des conditions normales c'était difficile, alors là, c'était quasi-impossible. Je maudis ma stupidité et ma bêtise qui m'avait fait me retrouver dans cette situation.
Black s'était de nouveau rapproché de moi.
Par Merlin, pourquoi les couloirs étaient-ils subitement aussi déserts ? Personne ne venait donc dans le coin ? Même dans le plus profond des cachots, on finissait par croiser quelqu'un à un moment ... J'étais maudite jusqu'au bout !
Je sentis la main de Black se poser sur ma taille et je ne pouvais rien faire, à part lui lancer de vains regards noirs qui ne l'impressionnaient nullement et le faisaient rire. Son autre main vint toucher mon visage, là où le sang n'avait pas coulé. Je fermais les yeux, tentant une nouvelle fois de me concentrer ou tout du moins de ne pas voir ça.
Soudain, plus rien.
J'ouvris grand les yeux. Black était à terre et se relevai péniblement. Je ne pouvais pas avoir réussi à le repousser, c'était impossible. Parmi les brumes douloureuses qui m'avaient saisi je crus entrapercevoir Rabastan.
- Ose encore une fois t'en prendre à Caly, Black et tu vas le regretter amèrement !
C'était bien Rab'. Il avait sorti sa baguette et s'avançait menaçant vers Black.
Un gros poids disparut soudain et je me sentis tout à coup tomber lourdement à terre. Le sort qui m'emprisonnait venait de s'évanouir. Lorsque je touchais le sol, je ne pus réprimer un nouveau cri de douleur. Rab se détourna subitement de Black et vint s'agenouiller à mes côtés. Je suppose que le Bouffondor en profita pour prendre la suite car lorsque le Serpentard se releva avec moi dans les bras le couloir était désert, ma baguette gisait simplement au sol. Il la récupéra en passant à côté.
J'aurai voulu me raccrocher avec force au sorcier mais j'en étais incapable. Je croisai son regard rapidement avant que ma vue ne se brouille. Je sentais ses bras m'enlacer avec force et douceur et sa voix semblait me parvenir de très loin. Je tentais de murmurer son nom, mais ce fut sans grande conviction, juste un souffle. Il me sembla le voir me sourire doucement.
- Reste tranquille, Caly, je t'emmène à l'infirmerie. Je suis là.
Oui, il était là et à cette pensée une douce chaleur m'envahit. Une esquisse de sourire naquit sur mon visage ensanglanté.
Nous arrivâmes à l'infirmerie rapidement. Rabastan poussa la porte du pied pour qu'elle s'ouvre. Elle claqua avec violence contre le mur. Pompom arriva en courant outrée de cette entrée mais les reproches moururent tout aussi vite lorsqu'elle me vit.
- Par Merlin ! Que s'est-il passé ? Demanda-t-elle plus pour la forme.
L'urgence n'était pas là. Je me sentis alors déposée doucement sur un lit. Une sensation de vide me saisit. Malgré la douleur, je tournai la tête vers Rabastan.
- Rab, réussis-je à marmonner. Reste !
Un sourire dans sa voix, il me répondit.
- Plus question que je te laisse toute seule !
- Monsieur Lestrange, votre dévotion est tout à fait louable, mais j'ai les choses en mains ! Vous pouvez disposer ! Le gronda l'infirmière d'un ton sec.
Je ne sais ce qui la fit alors changer d'avis. Elle reprit la parole d'un ton plus doux.
- Cependant si vous voulez rester, installez-vous un peu plus loin le temps que je soigne Miss Kered-Ann.
J'entendis des cliquetis et d'autres bruits étranges dont le glou glou d'une potion qu'on versa. Pompom m'aida alors à m'asseoir et m'enjoignit d'avaler le breuvage qu'elle me tendit. Elle soutint le gobelet tout le temps que j'avale la potion au goût infect qu'il contenait.
- La douleur va s'estomper et vous allez avoir les idées plus claires ! M'expliqua-t-elle. Je vais pouvoir m'occuper de votre blessure à la tempe. Une sacré coupure et un bel hématome.
Je grimaçai lorsqu'elle nettoya le sang avec une compresse qui me parut glacée. En tout cas, la potion agissait déjà. L'étourdissement qui menaçait de me saisir n'était plus qu'un lointain souvenir. Je ne sentais plus qu'une douleur distante sourde.
Les idées plus claires, je cherchai Rabastan du regard. Il était là, assis sur le lit voisin à surveiller le moindre geste de l'infirmière. Cette dernière appliqua sur ma blessure un baume odorant, destiné, expliqua-t-elle à refermer la plaie et à la désinfecter. Elle posa enfin un gros pansement par dessus.
- Bien, je vous garde cette nuit ici. Histoire de vous surveiller et d'attendre que la plaie soit totalement refermée.
Je la vis jeter un coup d'oeil rapide en direction du Serpentard. Elle s'éloigna alors pour retrouver son bureau où elle commença à remplir un registre.
Le dragon un peu plus loin, Rab en profita pour venir s'asseoir à côté de moi, sur mon lit. J'attrapai sa main et la serrai un peu trop fortement.
- Je ... je suis désolée, marmonnai-je vaguement.
Il me regarda avec étonnement.
- Pourquoi t'excuser, tu n'y es pour rien !
Le Vert et Argent bougea alors. Il vient s'installe contre la tête de lit et me prit dans ses bras avec délicatesse. Je laissai reposer ma tête contre son épaule. Pour un peu j'aurais pleuré, mais c'était quelque chose que je ne voulais pas, pas devant Rabastan. Je me devais d'être forte devant lui et pour lui. Il déposa un baiser dans mes cheveux avant de les caresser doucement. Je le sentis soudain se crisper. Surprise, je relevai la tête et je vis briller la haine dans ses yeux si verts. Il se rendit compte alors que je le dévisageai et son expression changea en un éclair, il me sourit. Sourire que je lui rendis.
- Rab, murmurai-je. Ne va pas faire ... n'importe quoi !
Il eut un nouveau sourire, étrange et qui ne laissait rien présager de bon.
- Oh, ne t'en fais pas. Je ne fais jamais n'importe quoi ... me répondit-il avec un faux air innocent.
Il redevint alors sérieux, me serrant un peu plus fortement contre lui. A mon tour, je me collai un peu plus à lui m'enivrant de son odeur pas encore familière.
- Mais tu es à moi ! Et personne n'a le droit de te toucher sans en subir les conséquences !
Sa réplique me fit soudain frissonner : c'était agréablement angoissant à entendre. Rab avait ce côté sournois et vil que n'avait pas Rodolphus. Des deux frères, Rabastan était le pire, celui dont tout le monde se méfiait, celui qui faisait ses coups en douce et qui jamais ne se faisait prendre. Pour preuve la sordide histoire qui s'était déroulée l'an passé, avec la sang-de-bourbe. Oh bien sûr, personne n'avait eu de preuve. Lucius, Rodolphus et Rabastan avaient été montrés du doigt. Je savais que ce n'était pas le style de Lucius, Rodolphus avait un alibi puisqu'il avait passé toute la nuit avec moi, il ne restait que Rabastan qui n'avait jamais rien avoué même à nous ...
Alors oui, ses paroles étaient délicieusement angoissantes. Non pas que je m'inquiète pour Black, je comptais bien lui faire payer moi aussi l'affront qu'il m'avait fait. Mais je ne voulais pas qu'à cause de cette stupide histoire, Rab ait des ennuis.
Un toussotement me fit sortir de ma rêverie. Pompom faisait son grand retour. Elle jeta un regard mauvais au sorcier mais ne dit mot. De toute façon, si elle osait le chasser, je partirai avec lui !
L'infirmière s'était plantée devant le lit que nous occupions, les bras croisés, le regard noir. Rabastan, l'air effronté et insolent ne lui laissa même pas le temps de prendre la parole.
- Si vous comptez me chasser d'ici, c'est peine perdue ! Déclara-t-il avec aplomb. Je ne bougerai pas d'un pouce de ce lit !
Je levai les yeux vers lui et je le vis défier Pompom du regard. La sorcière nous dévisagea à tour de rôle en secouant la tête. Et là, le miracle se produisit, elle capitula sans protester.
- Soit, mais Miss Kered-Ann a besoin de repos. De toute façon, je ne suis pas loin.
D'un petit mouvement de la tête, elle désigna son bureau accolé à une fenêtre, histoire de bien faire comprendre qu'elle nous avait à l'oeil. Puis, elle s'en retourna.
Rab avait repris ses caresses dans mes cheveux.
- Elle a raison, tu dois te reposer, me murmura-t-il à l'oreille. Dors, je veille sur toi.
Je lui répondis par un sourire et fermai les yeux, toujours collée contre lui.
