Nda : Et voici l'avant dernier chapitre avant l'épilogue de cette longue histoire. Est-ce que notre couple va s'en sortir ? La réponse tout de suite !
Bonne lecture !
Merci aux quelques lecteurs qui m'ont laissé une review ! Sachez que votre présence, malgré la longueur de cette histoire, est très importante pour moi. C'était la minute déclaration ! xD
Mémoire oubliée
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Chapitre XX
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Le quartier des Brumes, considéré depuis bien longtemps comme l'un des plus pauvres de la ville, n'avait pourtant jamais eu cet aspect de décrépitude et d'abandon. Désormais, la misère avait atteint des proportions inégalées et les rues autrefois animées par les jeux des enfants, n'abritaient plus que des silhouettes décharnées. Telles des fantômes, elles déambulaient dans les rues, âmes vides en quête du moindre quignon de pain. Des orphelins vivaient en groupe dans les maisons abandonnées par leurs propriétaires tandis que des vieillards fouillaient les poubelles avec minutie… La guerre qui avait entraîné une grave pénurie, réduisait les hommes à une misère sans nom.
Cela faisait maintenant trois semaines que Gray était revenu dans son quartier. Le revoir dans un si piteux état l'attristait. Il se souvenait encore de ses camarades d'école qui jouaient au loup ou au ballon. Même si à cette époque-là non plus le quartier ne baignait pas dans l'opulence, il existait encore un semblant de vie parmi ses habitants. Dorénavant, le peu qu'il croisait semblait avoir perdu tout espoir, et pour cause…
Gray avait bien songé à revendre la maison d'Ul, mais il avait vite compris que ce n'était que pure utopie de croire que quelqu'un accepterait de racheter une bicoque en ruine, qui plus est dans un quartier crasseux et nauséabond où régnait l'insécurité. Alors comme il ne pouvait toujours pas quitter la ville, attendant la sentence de ses supérieurs qui ne venait toujours pas, Gray avait quitté son appartement du centre-ville pour venir s'installer dans la maison de son enfance. Certes, le climat régnant autour n'était pas des plus sains ni des plus sereins, sans compter les mauvais souvenirs qui hantaient encore les murs de la masure. Mais Gray avait ressenti le besoin de retourner là-bas quelques temps pour une raison qu'il ignorait. Peut-être pour se rapprocher du souvenir d'Ul encore omniprésent, ou peut-être était-ce tout simplement pour être au côté de la seule amie qui lui restait…
Quand il avait revu Kana, il l'avait tenue serrée dans ses bras, camouflant son émotion dans sa chevelure ondulée et dense et respirant le parfum de nostalgie qu'elle diffusait. La jeune femme avait au contraire répandu ses sanglots contre son épaule, profitant d'avoir retrouvé enfin le Gray qu'elle avait connu et aimé. Le jeune homme s'était souvent demandé ce qu'elle était devenue après qu'il se soit enfui de chez lui et quitté le quartier. Il aurait souhaité qu'elle le suive à cette époque-là, comme ils l'avaient tous deux décidé. Même si cela n'avait pas été tous les jours facile pour lui de survivre dans la rue, au moins était-il libre. Mais la jeune femme s'était rétractée au dernier moment, en insistant pour que lui poursuive son objectif. Elle l'avait forcé à faire ce choix égoïste et il lui en avait voulu pour ça. Mais il s'en était surtout voulu à lui-même d'être parti sans elle, de l'avoir laissé derrière avec son abominable tante qui la traitait comme une esclave… Mais d'un autre côté, s'il était resté dans cet enfer, aurait-il été encore en vie aujourd'hui ?
Gray était soulagé qu'après tout ce temps sans la voir, Kana ait réussi à s'en sortir malgré tout. La jeune femme avait eu la force de tenir jusque-là, mais elle paraissait résignée. Comme si elle avait renoncé à son bonheur. Ses yeux autrefois pétillants de malice avaient perdu tout leur éclat.
Les deux amis avaient immédiatement renoué les liens qui les unissaient autrefois. Comme si les longues années passées sans se voir avaient été balayées d'un seul revers de main. Et puis une faible lueur était réapparue dans le regard chocolat de Kana, elle était ténue mais bien là.
Les premiers jours dans sa maison d'enfance, Gray les avait passés à ranger et à tout nettoyer. Depuis l'arrestation de Lyon, il n'y était retourné qu'une seule fois, avec Natsu… Désormais, ses souvenirs étaient revenus et si les mauvais traitements de son frère aîné avaient ressurgi dans ses pensées, les moments de bonheur passés avec lui et Ul aussi.
Il fut difficile pour Gray de retourner dans le sous-sol, pénétrer à nouveau dans sa « chambre » mais il devait faire table rase de ce passé qui le hantait pour repartir sur de nouvelles bases. Il l'avait donc vidée, se débarrassant sans regrets, du petit lit métallique sur lequel il s'était vidé de son sang. Il avait lessivé le sol pendant des heures mais n'avait pas réussi à faire disparaître totalement les taches de sang qui l'imprégnait depuis tant d'années. Alors il avait simplement condamné cette pièce maudite en se promettant de ne plus y remettre les pieds.
Comme Lyon avant lui, il n'avait pas touché la chambre d'Ul dans laquelle il ressentait encore sa présence. Parfois, il s'asseyait sur son lit et lui parlait pendant quelques minutes, avant de se reprendre et de se demander s'il n'était pas en train de devenir fou. C'était aussi la seule partie de la maison dans laquelle il avait uniquement des bons souvenirs. Parfois, quand il était enfant et qu'il faisait des cauchemars, Ul le portait et l'emmenait avec elle dans sa chambre. Elle lui caressait doucement les cheveux tout en lui racontant des histoires fabuleuses de fées et de dragons. Il s'endormait ensuite, serré contre elle et ses cauchemars s'envolaient comme par magie. En songeant à cette époque, Gray se rendit compte à quel point il n'avait pas su aimer Ul à sa juste valeur. Désormais, il était trop tard pour rattraper ses erreurs…
Après avoir terminé de remettre en ordre les quelques pièces de la maison, il avait entretenu le petit carré de terre cultivé par son frère et essayait autant que faire se peu, de s'occuper pour ne plus penser. Cela avait fonctionné. Pendant un temps…
Kana quant à elle, venait le voir chaque jour, ils mangeaient ensemble et discutaient pendant des heures dès qu'ils le pouvaient. La jeune femme travaillait au bar du quartier et bien que le client se fasse rare, les quelques poivrots habituels qui usaient leurs fonds de pantalon sur les tabourets du zinc, passaient des heures à se plaindre de leur misérable vie. Elle les écoutait d'une oreille distraite, expliquait-elle à Gray. Mais d'un autre côté, elle savait que ce troquet constituait désormais le seul petit plaisir dans leur vie, même s'ils ne servaient plus que du jus de chaussettes en guise de café et des restes d'eau de vie coupée avec de l'eau. Kana ne gagnait pas grand-chose d'ailleurs et malgré les réserves de nourriture que sa tante faisait depuis des années, les deux femmes avaient bien du mal à vivre surtout depuis que son irascible parente ne sortait quasiment plus de son lit.
Gray écoutait d'une oreille attentive les confidences de son amie qu'elle avait jusque-là gardées pour elle. Malgré le mépris apparent qu'elle éprouvait pour sa tante, la jeune femme ne s'était jamais résolue à l'abandonner. Et maintenant que la vieille femme était malade, elle se devait de rester auprès d'elle. Le jeune homme la trouvait courageuse d'avoir mis ses rêves de côté pour cette raison.
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Gray avait réussi à supporter ce semblant de vie pendant quelques temps. Vivre au jour le jour sans penser au lendemain. Mais un nouveau sentiment s'était peu à peu immiscé dans cette quiétude apparente, se frayant un chemin sinueux vers son cœur qu'il pensait avoir recouvert d'une épaisse couche de glace. Mais celle-ci, constellée de failles, n'avait pas tenu.
Depuis plusieurs jours, il n'avait plus goût à rien et sans s'en rendre compte, il s'était lentement laissé glisser dans un état de profond abattement. Kana n'avait pas vu venir le danger, trop heureuse d'avoir retrouvé son ami d'enfance. Quand elle s'en rendit finalement compte, il était déjà trop tard.
— Gray bouge-toi ! le secoua-t-elle sans ménagement.
Il était prostré depuis des jours dans son ancienne maison, sans mettre ne serait-ce que le nez à l'extérieur. Bien qu'il ait tout fait pour ne pas penser à sa situation et aux souvenirs douloureux qu'il portait en lui, Gray n'avait pas réussi à les empêcher de ressurgir. Tout d'abord, ce fut par les rêves qu'ils se déclenchèrent, malmenant ses nuits qui se firent chaque fois plus agitées. Mais ces cauchemars étaient d'une telle intensité que désormais, ils ne disparaissaient plus une fois le jour venu. Tout se mêlait dans un méli-mélo incompréhensible : ses parents, la mort d'Ul, Lyon, la guerre et les bombes et puis enfin, Natsu. Son ancien amant s'était lui-aussi joint à la danse infernale, ne faisant que le plonger un peu plus dans la dépression. Il lui manquait plus que jamais et ce sentiment était devenu insupportable. S'en rendre compte de cette façon ne faisait qu'ajouter un peu plus à son désarroi.
— Tu fais chier… se désola la jeune femme qui se sentait impuissante.
Kana avait bien essayé de redonner le sourire à son ami d'enfance mais le fait est qu'elle n'était pas la mieux placée pour donner du réconfort à qui que ce soit. Gray avait toujours était là pour elle et ne l'avait jamais laissé tomber. Elle s'en voulait de ne pas pouvoir lui rendre la pareille. Il était tellement fort à cette époque ! Son ami constituait alors son seul refuge alors qu'elle semblait abandonnée de tous. Il était assez solide pour eux deux. La brune avait admiré cette volonté qu'il conservait malgré la mort de ses parents et d'Ul, et en dépit des mauvais traitements que lui infligeait Lyon. Oui, Gray s'était toujours montré fort, se relevant chaque fois plus déterminé que jamais et maintenant qu'il avait plus que jamais besoin de soutien, elle était incapable de l'aider.
— Tu ferais bien d'aller prendre une douche, lui conseilla-t-elle.
Mais sa voix manquait de conviction. Elle aurait pu tout aussi bien lui parler du temps qu'il faisait dehors que ça aurait eu le même impact sur lui.
La jeune femme n'en pouvait plus de le voir aussi léthargique. Où était passé ce jeune garçon qui voulait croquer la vie à pleines dents, la tête remplie de rêves et qui d'une volonté de fer, voulait faire disparaître toute la misère du monde ? Où était passé ce jeune homme qu'elle avait vu épanoui auprès d'un autre homme ? Kana qui s'était pourtant perdue tant de fois dans ses bras, avait été dans un premier temps bouleversée d'apprendre que Gray entretenait une relation homosexuelle avec son ancien médecin. Mais elle l'avait accepté car le sentiment qu'il pourrait être heureux avec lui était d'une évidence criante. Lorsque Kana avait vu Gray à l'hôpital – pourtant couvert de blessures – elle ne l'avait jamais vu aussi heureux et souriant. Et c'était cet homme, Natsu, qui lui avait donné ce sourire si rare, ce même homme qui lui avait ouvert la voie du bonheur. Kana voulait retrouver ce sourire sur le visage de Gray.
— J'te comprends pas. Apparemment tu l'aimes ton doc', sinon tu ne serais pas dans cet état. Alors dis-moi ce que tu fais là ? Va le rejoindre !
— Non ! s'énerva le jeune homme en lui faisant face.
Depuis son retour, Kana avait bien essayé de lui tirer les vers du nez mais Gray n'avait pas changé sur ce point et préférait garder ses sentiments en lui. Malgré tout, jamais elle n'aurait cru qu'ils imploseraient de cette façon.
Elle ne savait toujours pas ce qui l'avait poussé à quitter Natsu mais elle en avait bien une petite idée.
— Pourquoi non ? l'interrogea-t-elle.
Il se redressa complètement sur son séant, offrant à Kana la triste vision de son état plus que pitoyable. Il affichait une barbe de plusieurs jours, ses yeux étaient cernés de traces violacées donnant l'impression qu'il n'avait pas dormi depuis des jours. Il avait pris dix ans d'un seul coup.
La jeune femme bouleversée lui caressa tendrement la joue.
— Pourquoi tu te mets volontairement dans cet état ? On dirait que tu te punis… s'affligea-t-elle.
— Il est mieux sans moi… murmura-t-il en tremblant.
Gray ne se nourrissait presque plus et s'affaiblissait à vue d'œil. Si Kana n'avait pas été là pour s'occuper de lui et le forcer à se nourrir un minimum, elle était persuadée qu'il se serait laissé mourir.
— Qu'est-ce que tu en sais ? rétorqua la jeune femme. Qui te dit qu'il n'est pas dans le même état que toi en ce moment ?
Kana vit des larmes apparaître dans le coin de ses yeux. Le voir aussi démuni, brisé de l'intérieur, lui déchirait le cœur. La jeune femme le serra contre elle et le berça doucement, lui permettant de laisser éclater son chagrin. Il avait besoin que tout ce qu'il enfouissait depuis si longtemps, ne sorte enfin. Peut-être alors pourrait-il aller de l'avant…
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Comme elle l'avait décidé après en avoir parlé avec Jellal, Erza avait réuni ses amies pour discuter de la situation de Natsu et de Gray. Elle n'était pas la seule à s'inquiéter pour eux et d'ailleurs, Wendy était bien placée pour voir que son ami était en train de plonger.
— Est-ce que tu es sûre que tu veux t'en mêler cette fois encore ? demanda Lucy hésitante.
Erza soupira.
— Cet idiot a couché avec Sting après tout ce que ce salaud lui a fait ! leur apprit-elle. Il n'a pas les idées claires et fait n'importe quoi. On ne peut pas laisser faire ça. Et puis, je lui ai fait la promesse de tout faire pour que leur relation perdure.
Les deux jeunes femmes semblaient réfléchir à la relation de Natsu et de Gray qui semblait plutôt compromise au vu des dernières informations.
— Je comprends vos doutes et si vous ne voulez pas vous en mêler, je ne vous oblige pas, précisa Erza sincèrement. Seulement cette fois… j'ai le sentiment que si personne ne fait rien pour eux, ils vont se perdre chacun de leur côté. Si je devais être séparée de Jellal, je ne sais pas si j'en survivrais personnellement…
Elle avait prononcé cette dernière phrase dans un faible murmure mais ses amies l'avaient clairement entendue. Même si Erza semblait indestructible d'un premier abord, ce n'était qu'une armure qu'elle s'était forgée pour ne plus souffrir. Mais son enfance difficile avait laissé des traces indélébiles dans son cœur.
— Erza…
— Je te suis, déclara Wendy d'une voix ferme.
— Si vous pensez vous débarrasser de moi comme ça, c'est mal me connaître ! ajouta Lucy.
Les trois jeunes femmes se mirent d'accord et échafaudèrent un plan pour essayer de réunir à nouveau Gray et Natsu.
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Le lendemain, Erza, Lucy et Wendy prirent le chemin de la maison de Lyon, bien décidées à ramener Gray par la peau des fesses s'il le fallait ! Elles s'étaient mises d'accord pour commencer par lui puisque Natsu avait fait comprendre à Erza de se mêler de ses affaires. Et étant donné la tête de mule qu'il était, ses amies savaient qu'il ne serait pas facile de le convaincre de les écouter. Et puis, comme c'était Gray qui avait pris la décision de partir, c'était par lui-seul que tout pourrait s'arranger entre eux.
Mais encore fallait-il le trouver…
Après être passées à son appartement, elles avaient appris du gardien qu'il s'était installé ailleurs pour quelques temps. Elles espéraient donc qu'il ait emménagé dans la maison de son enfance plutôt que d'avoir quitté la ville, ce qui serait une véritable catastrophe dans ce cas.
Les jeunes femmes se souvenaient amèrement du quartier pour l'avoir découvert quelques mois plus tôt dans l'espoir de sortir Gray des griffes de son frère. Mais il faisait encore nuit à ce moment-là et Erza, Lucy et Wendy n'avaient pas pris toute l'ampleur de la misère qui y régnait.
— Mon dieu… bafouilla la plus jeune en voyant une vieille femme fouiller dans les ordures au coin d'une rue.
Seule Erza ne semblait pas choquée puisque avec son métier de journaliste, elle connaissait très bien la situation de ces quartiers oubliés de tous. Elle avait d'ailleurs à plusieurs reprises, réalisé des reportages sur place visant à dénoncer cette misère qui se répandait à mesure que le conflit durait.
— Cette guerre est en train de tout détruire… jusqu'à la dignité des hommes ! gronda Lucy les poings serrés.
Quand elles arrivèrent non loin de la maison, elles virent Kana en sortir. Vêtue d'un jean troué et d'un unique haut de bikini, la brune se figea en reconnaissant les amies de Natsu. Son regard s'assombrit.
— Bonjour Kana, on est venu voir Gray, lui annonça Erza froidement.
Erza savait que Kana était proche de Gray à l'époque où il vivait encore dans le quartier, et la voir sortir de chez lui, si peu vêtue qui plus est, la rendait particulièrement suspicieuse sur les intentions réelles de la jeune femme.
— Qu'est-ce que vous lui voulez ? demanda Kana méfiante.
Les deux femmes se toisèrent avec défi, faisant planer autour de leurs deux silhouettes, une aura menaçante.
Lucy sentit le moment pour elle d'intervenir en voyant son amie sur le point de laisser évacuer toute sa colère sur la pauvre jeune femme.
— Natsu va très mal depuis son départ et on est persuadé que Gray est dans le même état, n'est-ce pas ?
Le regard de Kana s'adoucit brusquement et la jeune femme laissa échapper un soupir de lassitude. Dans ses prunelles, les jeunes femmes y virent de la tristesse. Elle paressait soudainement désemparée.
— Il est au plus mal… leur apprit-elle finalement. Je ne sais plus quoi faire avec lui et pour être honnête, j'avais dans l'idée d'aller voir Natsu. Je suis contente que vous soyez là pour cette raison, je ne voulais pas qu'il encaisse des reproches alors qu'il se laisse lentement mourir…
— Mourir ? répéta Lucy estomaquée.
La consternation des trois jeunes femmes était d'autant plus considérable qu'elles n'imaginaient pas que Gray puisse être aussi mal en point.
— Quoi que je lui dise, rien n'y fait, ajouta Kana. Il se laisse aller dans sa mélancolie. Vous êtes peut-être les seules à pouvoir le convaincre.
Erza posa une main amicale sur l'épaule de Kana. Encore une fois, elle avait laissé ses sentiments personnels prendre le dessus alors qu'il était évident que l'amie de Gray se faisait énormément de soucis pour lui.
— On va les rabibocher ces deux idiots ! s'exclama-t-elle en souriant à Kana.
La brune lui rendit son sourire. Enfin, elle voyait une petite lueur d'espoir dans le ciel noir de Gray. Il pourrait peut-être être enfin heureux même si ce n'était pas avec elle, ça lui était égal.
La jeune femme invita les amies de Natsu à la suivre dans la maison de Gray. En pénétrant dans la cuisine, les images de cette nuit infernale leur revinrent en mémoire mais heureusement, il n'y en avait plus les traces physiques.
Erza se proposa à aller parler à Gray. Depuis qu'il était sorti de l'hôpital, elle s'était beaucoup rapprochée de lui et le considérait désormais comme son ami. Mais le jour où il avait quitté Natsu, elle l'avait maudit. Non seulement, il avait fait de la peine à son ami mais il avait de plus, nullement songé au mal qu'elle ressentirait aussi en disparaissant ainsi de leur vie.
Gray avait pris l'ancienne chambre de Lyon qui était aussi la sienne jusqu'à la mort d'Ul. Après cela, son aîné l'avait forcé à dormir au sous-sol et l'y attachait quand il ne se comportait pas « correctement » justifiait alors Lyon.
En songeant à l'enfance qu'il avait eue, Erza ne put que ressentir de la compassion pour le jeune homme.
En poussant la porte qui émit un grincement désagréable, elle vit sa silhouette avachie sur le petit lit, surprise de le découvrir dans cet état. Kana les avait bien prévenues pourtant mais elle ne s'était pas attendue à une telle vision pitoyable. Son cœur se serra devant la détresse évidente du jeune homme. Pourquoi restait-il comme cela ? Pourquoi ne revenait-il pas vers Natsu s'il était si malheureux sans lui ? Kana lui avait confié qu'elle le soupçonnait de se punir… Mais qu'avait-il commis de si grave pour s'infliger une telle souffrance ?
— Gray ?
Le jeune homme leva la tête vers la visiteuse. Son regard était vide. La jeune femme s'approcha du lit lentement et s'agenouilla à ses côtés. Elle lui prit la main et la serra affectueusement dans la sienne.
— Tu l'aimes, n'est-ce pas ? lui demanda-t-elle sans préambule.
Le jeune homme lui répondit par un regard chargé de larmes mais détourna la tête avant qu'elles ne dévalent ses joues.
Erza se hissa sur le lit et sans rien dire, elle l'obligea à poser la tête sur son épaule. La jeune femme resta plusieurs heures avec lui, lui confiant ses années passées avec Natsu et lui révélant que malgré ce qu'il pouvait laisser penser par sa joie de vivre quotidienne, il était bien plus fragile et que son départ l'avait anéanti. Erza n'y alla pas par quatre chemin en lui disant que Natsu était en train de se détruire lui-aussi, certes d'une façon différente que Gray mais le résultat au bout du compte serait le même.
— J'étais en colère contre toi Gray ! Alors que j'avais réussi à mettre de côté mes doutes et à te faire confiance, tu as tout balayé en l'abandonnant !
Gray le savait, et il méritait son mépris alors il la laissa dire, sans réagir.
— Mais j'ai réussi à mettre de côté cette colère… poursuivit la jeune femme. En y repensant, ton départ ne tenait pas debout pour moi ! J'étais sûre qu'il y avait autre chose que tu ne disais pas. Et apparemment, j'avais raison, n'est-ce pas ?
Gray ne répondait toujours pas mais qu'importe, elle devait continuer et le convaincre de revenir vers Natsu. Le convaincre qu'ils avaient besoin l'un de l'autre pour se reconstruire ensemble. Le convaincre que Natsu ne s'en sortirait pas sans lui, tout comme lui ne s'en sortirait pas sans Natsu.
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Il était déjà tard quand elle rejoignit ses amies dans la cuisine. Malgré l'attente, Wendy et Lucy avaient attendu patiemment son retour en discutant longuement avec Kana. Grâce à elle, elles en savaient plus sur l'enfance de Gray, sa relation avec Lyon et la décision qu'il avait prise de partir de chez lui pour rejoindre l'armée.
— Alors ? s'enquirent-elles en voyant leur amie les rejoindre.
— Alors la balle est dans son camp, annonça Erza d'un ton las.
Elle semblait épuisée et incertaine que son intervention ait fonctionné.
— Kana… j'espère vraiment que mes mots auront atteint son cœur… Prends bien soin de lui en attendant, la pria-t-elle en se saisissant de ses deux mains.
Même si la rousse paressait peu certaine que Gray n'ait entendu ses paroles, Kana voulait garder espoir. Et puis si besoin, elle en rajouterait une couche jusqu'à ce que cet imbécile se bouge pour rejoindre son docteur !
Les jeunes femmes se quittèrent par des accolades, en se promettant de se revoir prochainement. Pour leurs deux amis respectifs mais aussi pour elles. Malgré la situation de Kana et son allure légèrement vulgaire d'un premier abord, elle était attachante et semblait elle aussi avoir besoin de soutien au quotidien.
— Tu penses qu'il va revenir vers Natsu ? hasarda Wendy une fois dans la rue.
— Aucune idée mais… s'il ne le fait pas, j'ai peur de ce qui pourra arriver.
Les trois amies repartirent en direction de la maison d'Erza pour faire un dernier point ensemble. Ensuite, il leur faudrait attendre que Gray réagisse, en espérant qu'il le fasse.
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Natsu venait de s'occuper de son dernier patient de la journée, il remontait le long couloir aux murs blancs, croisant des blessés et des collègues sans réellement les voir. Son esprit était vide et se reflétait dans ses yeux lesquels avaient perdus leur éclat pétillant.
Le jeune médecin se dirigea vers le tableau des admissions en quête de nouveaux patients. Alors qu'il était devant la longue liste des blessés admis, il sentit une main se poser sur son épaule. Il ne s'était pas rendu compte d'une présence derrière lui et sursauta par réflexe en sentant le contact.
— Le vieux ? s'étonna le jeune homme en se retournant vers le vieillard face à lui.
Ça faisait plusieurs semaines que Natsu n'avait pas croisé le Docteur Dreyar. Son grand âge l'obligeait à plus de repos même si de l'avis du vieil homme, il aurait préféré rester pour garder un œil sur son hôpital.
— Viens dans mon bureau, nous devons parler, l'invita Makarov impérativement.
— Je ne peux pas, j'ai encore des patients à aller voir et…
— C'est faux, le coupa le directeur. Ta journée est terminée et tu devrais être sur le départ.
Sa voix était teintée de reproches et n'offrait aucune échappatoire possible. Natsu n'avait pas le choix et il le savait. Il soupira pour montrer sa désapprobation mais le suivit malgré tout, sans montrer une once d'enthousiasme.
— Dis-moi, Natsu, depuis quand n'as-tu pas dormi ? demanda Dreyar en pénétrant dans son bureau.
— Je viens d'enchaîner quarante-huit heures mais quand j'aurais terminé…
— Je veux dire, quand n'as-tu pas passé une vraie nuit Natsu ? Tu enchaînes les heures supplémentaires et tu refuses les journées de repos qu'on te propose. Pourtant, si tu continues comme ça, ton corps ne tiendra plus et ta tête non plus ! Et à quoi ça servirait d'avoir un urgentiste épuisé, incapable de faire son travail, surtout en ce moment ?
— Je ne suis pas encore au bord de l'épuisement, tu peux être rassuré. Et si quelqu'un se plaint de mon travail qu'il me le dise en face ! s'énerva Natsu les poings crispés.
— Personne ne se plaint de ton travail Natsu… mais on s'inquiète pour toi, se radoucit le vieil homme.
— Vous n'avez pas à vous en faire, je ne suis pas en sucre, répondit le jeune homme piqué au vif en se levant de sa chaise.
— Je te considère comme un fils… et je ne veux que ton bonheur, déclara Makarov d'une voix douce. C'est le cas de tes amis aussi.
Natsu se retourna et sourit légèrement à cet homme qu'il considérait lui-aussi comme un père. Il ne méritait pas qu'il passe ses nerfs sur lui.
— Je sais le vieux… mais t'inquiète pas pour moi, je suis plus solide que j'en ai l'air.
En sortant du bureau, le jeune médecin se dirigea lentement vers la salle de repos pour récupérer ses affaires. Bien qu'il ait assuré Makarov de sa force, il n'avait fait que lui mentir. Il se mentait aussi à lui-même mais depuis quelques temps, il sentait bien qu'à ce rythme il ne tiendrait pas longtemps. Plus le temps passait, plus la douleur s'accentuait et ses forces s'amenuisaient. Pourtant il avait tout fait pour l'oublier.
Natsu avait beau s'acharner à ne plus penser à lui, rien n'y faisait, Gray hantait toujours ses pensées.
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Le jeune homme déambulait dans les rues en réfléchissant. Sur son chemin, il croisait les âmes vides des passants mais il ne les voyait pas, trop occupé à répéter en boucle dans sa tête ce qu'il allait lui dire. Il avait mis quelques jours avant de se décider enfin. Après le départ d'Erza, Gray avait repensé à tout ce qu'elle lui avait dit. Mais son état à ce moment-là ne lui avait pas permis de réfléchir clairement. Pourtant, la venue de la jeune femme lui avait fait beaucoup de bien et avait déclenché comme un électrochoc dans sa tête. Ses mots avaient fait écho en lui mais il n'en avait retenu que l'essentiel, l'état de Natsu… Jamais il n'aurait cru que l'homme qu'il avait connu si joyeux et optimiste puisse être aussi mal depuis son départ. Gray savait bien sûr que cela serait difficile au début pour lui, mais il avait supposé que Natsu finirait par l'oublier et qu'il serait bien mieux sans lui. Le connaissait-il si peu que cela ? Pourtant ce n'était pas faute de savoir que Natsu cachait ses souffrances profondément en lui. Comment avait-il pu seulement imaginer qu'il puisse s'en remettre aussi facilement ? Gray connaissait la réponse. Il ne pensait tout bonnement pas que lui-même, Gray Fullbuster, puisse être aussi important pour qui que ce soit, même pour Natsu qui lui avait pourtant montré toute son affection. Erza lui avait ouvert les yeux, lui montrant qu'il s'était trompé sur toute la ligne. Gray s'en voulait d'avoir était si peu clairvoyant. Réussirait-il à réparer les dégâts qu'il avait causés… encore une fois ?
Il se dirigeait d'un pas lent vers l'hôpital de Fairy Tail. Erza lui avait confié les horaires de Natsu avant de partir. Il était un peu en avance mais il avait besoin de poser ses idées avant de l'affronter. Natsu le rejetterait sans doute après cela mais il devait lui dire ce qu'il avait sur le cœur. Pour lui mais aussi pour Natsu. Mettre toutes les chances de son côté pour essayer de sauver leur avenir à tous les deux.
Gray resta une bonne demi-heure devant l'hôpital à attendre la sortie du jeune médecin. S'était-il trompé d'heure ? A chaque fois que la grande porte vitrée de l'entrée s'ouvrait, son cœur se mettait à tambouriner à tel point qu'il était proche de l'explosion.
Les mains enfoncées dans les poches, il faisait les cent pas en sursautant à chaque mouvement de porte. Alors qu'il commençait à connaître le sol sous ses semelles par cœur, il vit une nouvelle fois la baie s'ouvrir, en se disant qu'une fois de plus il serait déçu. Mais cette fois-ci, il vit apparaître une chevelure désordonnée aux reflets rosés.
Gray stoppa net tout mouvement en reconnaissant la silhouette agile de son ancien médecin. Natsu descendit les escaliers, la tête baissée vers le sol. Il n'avait pas changé mais sa mine était plus sombre, ses yeux froncés avaient perdus leur jovialité. Gray s'avança prudemment, le cœur battant mais décidé.
Quand Natsu croisa son regard, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Le jeune homme ferma les yeux et respira une grande bouffée d'air avant de faire face à Gray.
Le brun s'était rasé mais il n'avait pu effacer les traces de lassitude des dernières semaines, accumulées sur son visage. Les cernes sombres sous ses yeux attestaient des moments difficiles et des nuits blanches qu'il avait enchaînés.
Natsu continua à descendre les marches, plus lentement cette fois-ci. Il s'arrêta à quelques pas de Gray tout en s'efforçant de ne pas faillir devant lui.
— T'as maigri, lui dit-il en l'observant froidement.
Gray se passa une main fébrile dans les cheveux ne sachant pas par où commencer. L'œil affuté de Natsu ne manqua pas de remarquer le tremblement de son bras. Gray donnait l'impression qu'il pourrait s'envoler au moindre coup de vent.
— Qu'est-ce que tu veux ? s'enquit le rose en conservant la même tonalité dans sa voix.
Malgré la colère sourde qui commençait à l'envahir, Natsu avait le cœur qui battait à tout rompre. Différents sentiments commençaient à se mêler les uns aux autres mais il voulait rester de marbre. Ne pas flancher devant lui.
— Je voudrais te parler, répondit le brun.
— Très bien je t'écoute, l'invita le jeune homme sur le même ton cassant.
— Est-ce qu'on peut parler… ailleurs ? hésita Gray.
Natsu commença à avancer mais s'arrêta au bout de quelques mètres et se tourna légèrement.
— On parlera sur le chemin…
Gray, qui n'avait pas bougé attendant la réaction de Natsu, le rejoignit.
Tous deux marchèrent dans le silence pendant de longues minutes. Gray jetait un œil discret sur Natsu qui ne s'était jamais montré aussi silencieux auparavant. Lui aussi avait des cernes et les traits tirés. Depuis combien de temps n'avait-il pas dormi ? Mangeait-il assez ? Le voir ainsi le peinait et de savoir qu'il en était le seul responsable le blessait d'autant plus.
— Je te dois quelques explications, commença-t-il d'un ton hésitant.
— Pourquoi maintenant ? demanda Natsu en se tournant brusquement vers lui. Pourquoi tu te décides à me parler seulement maintenant ?!
Natsu avait du mal à cacher sa colère et serrait les poings pour éviter de craquer, mais le regard désolé que lui offrait Gray ne l'aidait pas à se contenir. Le jeune homme agacé par son silence, le poussa violemment contre le mur de la ruelle dans laquelle ils étaient. Pas un chat à l'horizon.
Gray, plaqué contre le mur, se redressa, passée la surprise. Il ne s'attendait pas à une telle réaction de sa part même si elle se justifiait à ses yeux. Les yeux de Natsu étaient injectés de sang et Gray voyait bien qu'il prenait sur lui pour ne pas lui sauter à la gorge.
— Je comprends ta colère Natsu et si tu as besoin de te défouler sur moi alors vas-y.
— Non Gray ! Tu ne vas pas t'en tirer comme ça ! Je ne te ferais pas ce plaisir, tu m'entends ? Je veux entendre tes… explications, répondit-il dédaigneux.
Gray ne l'avait jamais vu dans cet état de nerfs. Natsu brûlait de rage comme jamais.
Le silence s'installa de nouveau quelques secondes entre les deux hommes, le temps que Gray reprenne la parole devant le regard glacial de Natsu.
— Quand je me suis réveillé… commença le brun, j'ai paniqué. Je… je ne suis pas homosexuel et je…
— Ça je le savais déjà, tu t'es bien fait comprendre la dernière fois, tu te souviens ? le coupa sèchement Natsu agacé que Gray répète les mêmes excuses. Si c'est pour me sortir la même rengaine, ce n'était pas utile que tu te donnes la peine de te déplacer. J'ai parfaitement compris que ta fierté d'hétéro en avait pris un coup !
— Non ce n'est pas ça Natsu…
Bon sang, pourtant il avait répété inlassablement dans sa tête ce qu'il devait lui dire mais avec toute la volonté du monde, Gray ne réussissait pas à formuler clairement avec des mots ce qu'il ressentait. Alors s'il ne pouvait pas lui expliquer par les paroles, peut-être que les actes parleraient d'eux-mêmes ?
Gray s'avança vers Natsu et sans que ce dernier n'ait le temps de comprendre ce qui lui arrivait, Gray se saisit de son visage de ses deux mains et fondit sur ses lèvres tout en le poussant contre le mur derrière lui. Plaquant son corps contre le sien, Gray prit conscience que la chaleur de Natsu lui avait terriblement manqué.
Natsu resta les bras ballants pendant quelques instants alors que les lèvres de Gray étaient toujours plaquées contre les siennes. Il prit brusquement la mesure de ce qui était en train de se passer et après ce bref moment d'absence, Natsu se ressaisit et repoussa violemment Gray qui tomba lourdement sur le sol.
— Tu crois qu'un simple baiser va tout balayer d'un seul coup ! cria-t-il hors de lui.
Gray, sonné par sa chute se redressa doucement sur son séant mais ne se releva pas pour autant. Il replia ses jambes contre son torse et garda la tête baissée.
— Ce n'est pas comme ça que ça marche Gray ! Tu ne peux pas revenir la bouche en cœur comme si rien ne s'était passé ! ajouta Natsu rouge de colère et tremblant.
A sa stupéfaction, Gray se mit à rire tout en se tenant la tête. Natsu n'en était pas complètement sûr car il conservait le visage baissé. Pourtant c'était bien un rire qu'il entendait. Se fichait-il de lui ? Le vrai Gray était-il aussi inhumain que cela ? Des larmes mêlées de rage et de douleur apparurent dans les yeux de Natsu. Il était sur le point de se jeter sur lui pour lui jeter toute sa rage à la figure quand Gray cessa brusquement de rire. Il redressa son visage vers Natsu. Son sourire était triste et ses yeux brillaient de larmes. Le médecin se figea et l'observa un instant.
— Je ne suis qu'un imbécile, se moqua Gray de lui-même. Je croyais me protéger en m'éloignant des personnes que j'aimais, je me disais que comme ça ils ne souffriraient pas à cause de moi. Toute ma vie, depuis la mort de mes parents jusqu'à aujourd'hui, j'ai pensé comme ça. J'étais froid et distant avec mon entourage en pensant qu'il ne s'attacherait pas à moi de cette façon, et qu'il ne souffrirait pas par ma faute. J'ai mis tellement de hargne à repousser ces personnes, à les rejeter de ma vie que maintenant… j'ai l'impression d'avoir perdu la seule chose qui me gardait encore en vie. Je ne m'étais pas rendu compte que c'étaient ces mêmes personnes qui me donnaient une raison de vivre. Ul, Ultear… s'interrompit-il. Mais surtout toi.
Natsu écarquilla les yeux en entendant les confessions de Gray. Alors c'était donc pour cette raison qu'il l'avait quitté ? Pour se protéger et pour le protéger lui-aussi ? Le jeune homme s'agenouilla face à Gray et lui caressa la joue avec son pouce.
— Tu m'as brisé Gray. Tu n'imagines pas à quel point tu m'as détruit, murmura-t-il bouleversé. Et tout ça pourquoi ?
— Je sais, répondit-il en plongeant son regard dans le sien. Je me suis trompé Natsu et je le regrette.
— Tu t'es trompé sur beaucoup de choses et je le regrette aussi, déclara Natsu d'une voix plus douce. Mais…Je ne suis pas sûr d'être capable… de te pardonner.
Le médecin faisait tout pour conserver son calme mais à l'intérieur tout était chamboulé. Il ne se sentait pas la force de souffrir encore et accepter que Gray ne revienne dans sa vie c'était accepter qu'il le fasse souffrir encore et encore.
Gray ressentit une brûlure dans ses entrailles et des sanglots menacèrent de franchir la barrière de ses cils. La fatigue et les émotions qui l'avaient envahies ne l'aidaient pas à se contenir. Il se sentait vidé de toute énergie mais il se devait de faire un effort, pour Natsu. Alors il les retint.
— Je comprends… prononça-t-il dans un murmure.
Natsu se releva et s'éloigna lentement de Gray avant de s'arrêter quelques mètres plus loin.
Il se retourna lentement et marqua une hésitation. Gray était toujours assis sur le bitume, les genoux repliés contre lui. Natsu le contempla un instant et se souvint du jour où il l'avait retrouvé recroquevillé dans sa cave. Terrifié et complètement démuni.
— Je ne travaille pas demain… tu n'as qu'à venir à la maison et on parlera, proposa-t-il d'une voix neutre.
Puis il s'éloigna, les tripes sans dessus dessous mais il ne faillit pas et garda son calme jusqu'à ce qu'il soit assez éloigné de Gray. Se sentant chancelant, Natsu dut s'appuyer quelques instants contre un mur et respirer profondément pour évacuer toute la tension contenue jusque-là. Mais ses tremblements redoublèrent, les émotions qu'il s'était efforcé de refouler éclatèrent en un flot de sanglots. Natsu frappa du poing le mur en face et se laissa glisser sur le sol.
— Pourquoi… pourquoi il a fallu que je sois accro à ce foutu hétéro !
oOoOo
Gray resta de longues minutes, toujours assis sur le sol, comme sonné par l'échange avec Natsu. Jusqu'à ce qu'un orage d'été n'éclate brusquement, le trempant jusqu'aux os en quelques minutes seulement.
Se ressaisissant, il se redressa et se mit à marcher vers son quartier. Il se laissa doucement assommer par les trombes d'eau qui le revivifiaient. Ses larmes salées se mêlèrent à l'ondée. Il puisa l'énergie des gouttes qui s'abattaient sur son visage, pour se reprendre tout à fait.
Natsu lui avait proposé de le rencontrer le lendemain chez lui, cela voulait-il dire qu'il lui restait une chance de tout arranger ? En tout cas, peu importait le temps qui lui faudrait, maintenant qu'il avait compris l'importance de Natsu dans sa vie, il ne voulait pas abandonner. Il ne voulait plus être lâche. Il ne voulait plus souffrir.
oOoOo
Nda : Et voilà pour ce chapitre ! Bon alors, une petite lueur d'espoir pour notre couple, qui sait ? Gray semble en tout cas bien décidé à regagner le cœur de son Natsu !
Le prochain chapitre, qui sera aussi le dernier avant l'épilogue sera peut-être bien plus long. J'essaierais de le poster dans deux semaines, le 8 février, pour que vous n'ayez pas trop longtemps à attendre. Je suis sadique mais pas que ! xD
N'oubliez pas de laisser un petit commentaire, même si ce n'est pas un roman, ça me va quand même ! Mais j'aime aussi les romans, hein ! ;)
Merci pour votre lecture et d'avance pour vos commentaires !
Des bisous et à bientôt ^^
