Bêtas/Relectrices : Lereniel qui décèle les fautes à la perfection et Elegentis pour son avis précieux, merci pour votre aide les Bêtas 3 !

Note : Voici les chapitre ! Toujours à la bourre pour ne pas changer mes mauvaises habitudes. Il m'a donné du fil à retordre, mais le voici tout frais un lembas sorti du four.

Encore une chose, je vous adore les pandas ! Quand j'ai vu que j'étais a plus de 100 followers j'étais ouah, ya même pas de mot pour le dire tellement j'étais heureuse. Cela me motive encore plus à vous servir un travail de qualité avec le zeste épicé de passion qu'il faut toujours a une histoire.

Résumé de l'épisode précédent :

Ràvion se souvient de l'entretien qu'il a eu avec la mystérieuse Carnillë, l'elfe qui porte l'anneau d'émeraude et qui lui a effacé la mémoire afin de reproduire la même chose sur son amant Thranduil qui la recherche partout... Eden est contrainte de suivre des cours de protocoles qu'elle n'a aucune envie de suivre, elle est énervée que Thranduil l'évite... Mithrellas lui apprend qu'un bal pour le couronnement d'Amroth aura bientôt lieu... Isil se confie à Eden, elle lui avoue qu'elle ne peut pas avoir d'enfants... Plus tard dans l'après midi, Eden et elle se dispute par rapport à Thranduil car Isil veut prévenir son amie de la dangerosité de son prince, et qu'il partage le goût du pouvoir autant que Ràvion... Isil cache quelque chose à Eden, par rapport à Ràvion... Eden lors d'une promenade près des portes de la ville apprend que Thranduil a aménagé dans la résidence de son père en Lorinand... Elle se perd dans les bois environnants et y rencontre Thranduil qui lui fait l'amour brutalement... Celui ci à quelque chose à lui apprendre et la ramène chez lui, dans le talan que lui a légué son père...

Réponses reviews anonymes :

Bee : Désolé je mets toujours du temps à poster la suite, la voici ! J'espère qu'elle te plaira. Contente que tu adores toujours autant. Gros bisous.

Linwe : Eden connait pas la vie sexuelle des elfes, et oui elle s'imagine qu'elle peut tomber enceinte assez facilement. Je la comprend, faut être prudente. Mais oui, t'as entiérement raison, les elfes n'ont pas la même libido ni la même fertilité que les êtres humains. Eden le saura bien assez tôt. Désolé pour le gourrage avec le nom de l'anneau, il ne s'agit pas de nenya l'anneau de Galadriel, mais de Ninya qui veut dire mien, mienne en Quenya. C'est un autre anneau, mais proche de Nenya, j'en dirait pas plus. Bisous et merci pour la review.

Guest : Merci, je suis ravie que l'histoire te plaise j'espère que ce sera kifkif pour la suite. Des gros bisous.


Ceniril partie III

Les reflets du miroir

Ou

Celebêl

Cuil nîn prestannen,
sui loth ned echuir,
sui sîr neth thrîw,
sui gwilith ab ross.

Ma vie est changée,
comme une fleur au printemps,
comme une rivière en hiver,
comme l'air après la pluie.


Thranduil

Brèves de la couronne.

Rapport royal des audiences de décembre, premier âge du soleil Vertbois le grand à l'attention du prince héritier.

Les greniers d'Aras au Nord du royaume sont presque vides. Les cultures des domaines de la Vertefeuille et du Bouleau blanc ayant brûlés le printemps dernier à cause de l'attaque des orcs du commandant Zagould de Gundabad. Le Haut conseiller Lorgan de la Fleur sollicite l'aide de la Lorinand pour palier à ce manque qui pourrait mener sur une famine. Le 10 décembre, la situation du domaine du Bouleau blanc et de la Vertefeuille s'est améliorée, malgré les destructions et les elfes constructeurs de la guilde des architectes entreprennent de grands travaux.

Le seigneur Aldaron de la Maison du Hêtre, grand argentier du royaume, propose au conseil royal un projet de loi portant sur l'augmentation des impôts du peuple pour remplir les caisses royales dont le trésor est considérablement amoindri par le budget militaire.

En outre, le grand argentier assure que le commerce n'a apporté que 500 000 laeg d'or à la couronne cette année.

Les elfes de la Maison du Hêtre et de la Vertefeuille se disputent encore le contrôle de la rivière enchantée.

A propos de l'Egnor, les sedrym cherchent activement les membres de cette organisation, mais tous sont introuvables. Après la tentative d'enlèvement de dame Vàna de la Vertefeuille et les attentats menés à l'encontre de la Maison du Hêtre, les patrouilles ont été considérablement renforcées et nul ne peut rentrer dans la capitale sans prouver son identité. Au regard de…

- Qui c'est ? , gloussa une voix chantante teintée de malice.

Thranduil lâcha un soupir et écarta les mains qui avaient recouvert ses yeux. Il avait été tant absorbé par son travail qu'il avait occulté le bruit des légers pas derrière lui. Tout en écartant le rouleau de parchemin devant lui, il regarda Eden dont le sourire contrastait avec son actuelle morosité.

- Je savais que c'était toi, Pinig dès le moment où tu as franchi la porte. Comment as-tu réussi à rentrer dans mes appartements privés ? , demanda-t-il en l'attirant vers lui.

Depuis qu'il était rentré des bois avec elle, il s'était plongé dans ses devoirs pour éviter de penser à son dérapage passionnel. Toute la nuit, il avait étudié les nombreux rapports que le son haut conseiller, Lorgan, lui avait envoyé. Cependant, il repensait sans cesse à sa présente situation qui le mettait dans une position des plus inconfortables. Le royaume n'était pas dans son apogée, au contraire. Son peuple terrifié tremblait de ne plus avoir de roi, la noblesse se querellait inutilement et lui, figure royale censée rassurer ses sujets, s'égarait dans un tourbillon d'inconstances.

Lorsqu'il l'avait vue dans les bois jouxtant Caras Galadhon, il avait été assailli par sa rage et son envie de savoir enfin ce qu'elle cachait. Jamais personne n'avait réussi à mentir à des anneaux de pouvoir. Pourtant, Eden leur avait résisté comme il n'aurait jamais pu leur résister lui-même. Elle avait menti pour le protéger quand elle devait d'abord penser à elle. Non qu'il fût mécontent de cela, il aimait la savoir attachée à lui. Il adorait ses sourires, sa présence et son soutien. Seulement, il redoutait de faire une erreur monumentale.

Quand elle avait parlé Quenya à Ràvion, il s'était senti profondément trahi, comme si elle avait partagé avec le noldo quelque chose qu'il ne pouvait pas comprendre, et cela le rendait fou. Le fils de Gil-Galad la connaissait, il avait répondu à ses paroles dans le même Quenya noble que seuls les initiés connaissaient. C'est pourquoi, il l'avait prise violemment, voulant effacer ce court lien qu'elle avait eu avec Ràvion. Après cela, Thranduil s'était bien gardé de révéler toute la vérité à Eden sur ses actes au tribunal. Il voulait en savoir plus, avant de la confronter.

- Je suis allée aux cuisines, j'ai prit un plateau qui t'était destiné et me voici. Content de me revoir ? , s'enquit-elle, visiblement d'humeur taquine en écartant l'une des longues mèches argentées du prince.

- Je t'ai donné une chambre, et je t'avais spécifié que je te manderais lorsque j'aurais terminé. Tu n'écoutes rien.

Toujours assis sur son grand fauteuil de bois d'ébène, il regarda autours de lui.

- Où est mon repas, jeune servante ? , demanda-t-il à son tour sur un ton espiègle.

- Je l'ai posé sur la table à côté de la porte, tu n'auras qu'à le chercher quand tu auras faim, cela te dégourdira les jambes, Thranduil ernil.

Elle rit en logeant ses pupilles ambrées dans les siennes. Valars, elle le rendait fou.

La résidence de son père en Lorinand était un chef d'œuvre, nettement moins beau que le palais de Telperion, mais les appartements privés qu'il occupait désormais étaient la copie exacte de ceux qu'Oropher habitait à Eryn Galen. Perché dans un énorme chêne, vieux de plusieurs centaines d'années, il comportait trois grands salons de réception, une salle de conseil et cinq appartements, où ses vassaux logeaient. A cause de l'attaque dont il avait été victime, la sécurité s'était incroyablement accrue et sa garde était postée jour et nuit autour du talan.

La veille, il avait fait visiter les lieux à Eden qui était restée bouche bée devant chacune des pièces qu'il lui avait montré. D'après ses dires en langue commune : « elle était sur le cul ». Thranduil se jurait de tout faire pour remédier à ses affreuses manières, mais avant cela, il devait lui révéler sa future condition. Il redoutait sa réaction car il la savait indépendante et survoltée. Au retour de leur confrontation osée dans les bois, il n'avait pas voulu une autre dispute et avait préféré une belle soirée à discuter qui s'était soldée par des éclats de rires de la part d'Eden. Encore, il n'avait pas pu s'empêcher de la posséder une fois de plus.

Au départ, elle avait refusé disant qu'elle ne voulait pas tomber enceinte de lui, cela l'avait blessé plus que de mesure. Mais, d'une voix lasse, il l'avait rassurée en lui disant que les elfes devaient avoir leurs fëa liés devant Illùvatar pour pouvoir procréer. Le mariage était la clé qui menait vers la conception d'un héritier. Eden avait ri en se lovant contre lui.

- Autant se marier le plus tard possible, alors…

Un baiser lui avait fermé la bouche, Thranduil voulant la faire taire.

Sans aucun doute, Eden était une elleth au caractère trop libre pour être liée à lui. Mais dompter cette liberté était un défi pour lui dont l'excitation voilait son appréhension. Que faire d'une jeune elleth qui refusait tout devoir ?

Voilà pourquoi il s'était muré avec plus d'acharnement qu'à l'ordinaire dans son travail durant toute la nuit. Son peuple, son royaume, étaient les seules choses qui devaient occuper son esprit à présent. Serrant la pression sur sa taille, fouillant dans son regard, il se jura de s'appliquer à en faire une elleth digne et royale et cela, même si il devait se montrer aussi dur que le roc.

Elle écarta sa main et fronça les sourcils comme pour le rejoindre dans son propre sérieux. Alors qu'il lui caressait doucement les cheveux, il se crispa.

- Tu t'es encore coupée les cheveux, Eden ? Pourquoi ? , gronda-t-il, exaspéré.

- De nous deux, faut bien que quelqu'un porte la culotte , argua-t-elle en langue commune, posant un léger baiser sur sa joue, puis frottant ses doigts contre sa joue imberbe.

- Laisse les pousser à l'avenir. Il n'est pas concevable pour une elfe de se coiffer de la sorte.

Eden arqua un sourcil, sa chevelure qui lui arrivait aux épaules se balançant énergiquement quand elle tourna la tête avec une fausse mine boudeuse. Elle portait un surcot de velours pourpre lacé dans le dos, dont la couleur accentuait la braise de la jeunesse qui brillait dans ses yeux. Sous la manche de celui-ci, Thranduil vit dépasser un pan de la robe verte anis des pupilles de Vert bois le grand.

- Je ne suis pas vraiment une elfe, Thranduil, murmura-t-elle, le regard vague se rappelant surement quelques souvenirs d'une vie lointaine qui était inconnue aux yeux de Thranduil.

Il agrippa son menton, la poussant à le regarder.

- Tu es une elfe, Eden. Ne doute jamais de cela.

Il prit le parchemin sur le bureau d'un geste vif et lui tendit.

- Tu avais cours d'écriture ce matin. Lis moi la suite de ce rapport maintenant. Je dois terminer tout cela avant d'aller au conseil.

Elle grimaça en attrapant le parchemin, se racla la gorge tandis que Thranduil pouvait observer tout le mal qu'elle avait à déchiffrer chaque mot.

- Tellement chiant…, marmonna-t-elle.

Thranduil s'enfonça dans son fauteuil avec une nonchalance royale, sa voix se fit tranchante comme celle qu'il employait avec ses serviteurs quand ils ne mettaient pas assez de cœur dans une tâche qu'il leur donnait. C'était clair, il détestait qu'on rechigne à lui obéir. Cette elleth passait son temps à vouloir le pousser dans les retranchements de sa colère, quand lui avait l'habitude qu'on se courbe devant lui naturellement.

- Ce sont les brèves de la couronne que m'envoie mon premier conseiller, puis il me restera tous les rapports de mes ministres sur chaque domaine allant du militaire à l'économique.

Il désigna de la tête une énorme pile de parchemin. Son bureau, quoique rangé, était jonché de livres et de notes qu'il avait prises durant la nuit.

Eden plissa les lèvres et alla vers le grand lit qui trônait au milieu de la chambre pour s'y s'y assoir. Elle s'allongea, mettant au passage sa chevelure blonde sur le côté. Tout en poussant un gémissement de contentement, elle s'enfonça dans le matelas, tirant le mince couvre lit de soie sur elle :

- Ah un lit King size, le pied total ! Nous pourrions faire une sieste ici tous les deux, ou faire autre chose ?

Elle prit une moue coquine, alors que Thranduil était de plus en plus exaspéré.

- Je ne dors avec personne d'autre que moi-même, trancha-t-il en croisant ses bras musclés contre son torse.

Ne pouvait-elle pas être sérieuse un seul instant ?

Il était encore vêtu, pour le coucher, d'un long manteau d'un fin velours, laissant entrevoir la naissance de ses abdominaux et la rudesse de ses pectoraux. Toute sa personne le dénonçait comme un guerrier, asséché par la discipline militaire dès son plus jeune âge et élevé dans le respect des traditions de son peuple.

Jadis, dans sa jeunesse il aimait désobéir aux plus âgés et son arrogance rendait son père complètement fou, mais à force d'être rabroué et quand la triste expérience des combats l'avait forgé, il avait appris la discipline pour ensuite la faire appliquer avec une rigueur sans pitié aux autres. Eden faisait resurgir ce jeune ellon qu'il s'était tant efforcé d'endormir sous son masque de froideur. Son sourire suffisait à calmer les brûlures de son fëa. Il serra les dents en pensant à tout ce qu'il avait fait ces derniers mois qui ne lui ressemblait absolument pas. Son regard millénaire, aux yeux d'un bleu hivernal qui avaient trop vus d'horreurs, se posa de nouveau sur Eden. Il pesta contre lui-même, car en vérité, il craignait son insouciance et sa spontanéité, qu'elle ne le touche plus qu'il ne l'eût voulut.

Autrefois, il craignait de ressembler un jour à son père et Manwë savait qu'il était pourtant l'ellon qu'il respectait le plus il avait rêvé de partir découvrir le vaste monde. Il était maintenant plus enraciné dans ses habitudes qu'un Nimbrethil. Son port était celui d'un roi comme son père et comme un lointain seigneur de Valinor dont lui et sa famille ne parlait que trop rarement. Son visage aux expressions imperceptibles, où palpitait le désir de ne plus souffrir de ses blessures passées, était pétrifié par le besoin de lui parler avec son cœur. Malheureusement, il avait toujours appris à calculer les moindres de ses paroles.

Il pensa à Galadriel qui voyait leur relation comme impossible, disant qu'Eden venait d'un monde si différent du leur qu'il valait mieux se séparer d'elle tout de suite. Mais, il lui était impossible de la laisser à dame Galadriel. C'est l'une des raisons pour laquelle, il avait fait cette proposition au conseil, afin d'éloigner Eden de l'influence de la dame, même s'il savait qu'elle trouverait le moyen de l'approcher. Que voulait révéler la Dame de lumière à Eden ? Il déglutit. Pire, que voulait dire la Dame à Eden qui vaille la peine de le laisser dans l'ignorance ?

« Je devrais laisser Eden la voir, ainsi Eden m'en apprendrait plus sur ses origines ». Il fronça violemment les sourcils. « Non ! Et si la dame avait le pouvoir de faire rentrer Eden dans son monde ? Pourtant Cirdàn a affirmé qu'elle est âgée de trois siècles… et elle parle Quenya, cela veut donc dire qu'elle appartient à Arda… Je ne peux prendre le risque qu'elle me la prenne. Hors de question ! ».

Il resserra l'accoudoir du fauteuil. « Autant l'amour est aimable dans le cœur des jeunes ellyn, autant il est inconvenant dans celui des puissants. Que faire avec une elleth telle que toi ? ».

Elle était là, à présent assise sur son propre lit, attendant qu'il la rejoigne. Il ne le ferait pas, il resterait le roi que son père voudrait qu'il soit. Le prince qui serait couronné au printemps prochain, mais dont l'hiver avait depuis trop longtemps pétrifié l'âme.

- Quel rabat-joie tu fais…

Elle l'imita en prenant une voix grave, toute en s'éventant avec le parchemin et en faisant la moue:

« Je ne dors avec personne, je suis un vrai mec, moi, même si le coiffeur ça me connait pas et que je dors en pyjama de velours ! »

Elle lui fit un clin d'œil, espiègle.

- T'as peur que je te prenne toute la couverture ? Hier, tu m'as donné la même excuse. Ne me dis pas que tu n'as jamais dormi avec tes anciennes amantes ?

- Jamais. Elles partageaient mes nuits et s'en allaient à ma demande.

- Elles ne tenaient pas à toi si elles n'insistaient pas comme moi je m'apprête à le faire, répliqua-t-elle, le regardant à nouveau dans les yeux de cette façon qui l'excitait tant, mais qui l'énervait aussi.

Depuis quand il l'avait laissé le regarder ainsi ?

- Elles sont trop intelligentes pour oser me contredire, articula-t-il de sa voix grave, vibrante d'une mince lassitude.

- Tu devais bien t'amuser au lit avec elles… Elles devaient te dire : Oui mon prince, je me mets à quatre pattes… Mon prince, votre pénis est énoooorme ! Ernil, vos biceps sont si durs !,dit-elle en riant, regardant un instant la beauté de ses appartements.

Le grand lit drapé de soie rouge encadré par un baldaquin de broquard, le tapis tissé par les vierges elfiques de Doriath depuis longtemps mariées. Le grand tronc du chêne qui transperçait le plancher et dont les branches couraient sur le plafond, sculptées dans le respect de l'arbre par les ébénistes de Lorinand. La tête de cerf accrochée au mur et les vitraux représentant toujours l'habituelle chasse de la biche blanche qui menaient sur une grande terrasse. Elle fit une pause, s'apprêta à dire quelque chose, mais se ravisa.

- Elles avaient aussi une belle qualité, elles se taisaient quand je ne les invitais point à la parole. J'attends, Eden. J'attends toujours, la prévint-t-il, son index tapotant son avant-bras, un sourire s'étendant sur ses lèvres, les étincelles d'une envie fugace transperçant son regard.

Un instant, il eût envie de l'inviter à dormir ce soir à ses côtés, sentir son jeune corps chaud de sommeil contre lui, mais il se rappela pour quelle raison il ne pouvait pas.

- Vraisemblablement, tes anciennes maîtresses n'avaient l'air d'aimer que ta couronne…, le plaignit-elle en minaudant, essayant d'esquiver la lecture du rapport.

- Oui, sans doute, dit-il en un sourire au coin, Et moi, je n'aimais que leur facilité à se mettre sur le dos. Maintenant, obéis !

Eden grimaça, visiblement jalouse, puis poussa un juron et déplia le parchemin :

- L'organisation du couronnement a commencé depuis deux mois déjà, ainsi que le nouvel aménagement des appartements royaux. Les appartements sud du palais, du nom de Laurelin, sont terminés, ainsi que le boudoir de la reine…

Il vit un léger sursaut de ses lèvres roses lorsqu'elle prononça le mot « reine ». A quoi pensait-t-elle ? Elle continua sa lecture butant de temps à autre sur les mots, suivant du bout de son index chaque arabesque d'encre.

- Castamir, fils de Ohtar, de la Maison du bouleau blanc, à atteint ses clinquantes ans et suivra l'entraînement des futurs chevaliers de la couronne. Le nombre des elfing du royaume est passé de trente-neuf à trente-huit. Logique, tu vas me dire, fit-elle remarquer en langue commune.

Elle leva les yeux du parchemin.

- Ouh... à cinquante ans la majorité sexuelle, il doit être content, pouffa-t-elle, J'en ai déjà assez, puis-je m'arrêter ?

- Je me passerai de tes commentaires. Continue, ordonna-t-il de sa voix rauque, penchant sa tête sur le côté.

- Và… Elle releva brusquement les yeux du parchemin. Và… Vàna de la Vertefeuille, fort inquiète du devenir de son royal fiancé, part le rejoindre en Lorinand, et arrivera à l'approche du couronnement d'Amroth, le 25 décembre.

Thranduil entrouvrit les lèvres, ne pouvant cacher sa surprise. Il ne s'attendait pas à ce que cela soit retranscrit dans les brèves. Comment ses conseillers avaient pu omettre de lui en parler ? Surement espéraient-ils encore qu'il ouvre les yeux quand il verrait Vàna. Il était dérangé qu'elle lise cela, surtout qu'il n'avait pas connaissance de ce papier. S'il avait su… Vàna serait bientôt là et il apprendrait à cette elleth si belle qu'elle ne serait pas reine, malgré tous ses efforts et l'amour que lui portait le peuple. Vàna… La belle Vàna Vertefeuille avec qui il chevauchait pendant des jours dans les bois pour les grandes chasses. La talentueuse Vàna, chantant à merveille, dansant avec grâce. L'intelligente Vàna, capable de tenir tête à ses conseillers. Finalement, il choisissait Eden, qui absolument aux antipodes de sa fiancée. En enlevant sa bague de fiançailles, Vàna avait dû le sentir. En outre, sur le chemin menant à la Lorinand, elle avait dû apprendre qu'il avait été gravement blessé.

Il marcha vers le lit avec assurance, et quand Eden voulut se relever, il la fit rassoir de force, prenant ses mains dans les siennes, s'asseyant à ses côtés.

- Nous devons parler, pinig, commença-t-il scrutant la peur qui naissait dans le regard de cidre d'Eden.

- Quoi, « nous devons parler » ? Qu'est-ce que cela signifie ? Je n'aime pas cette phrase Thranduil, car je l'ai déjà prononcée par le passé et cela n'a jamais fait plaisir à mes amants, lui apprit-elle.

- Amants… murmura-t-il en traçant une ligne invisible sur ses lèvres. Tu sembles bien expérimentée, jeune elleth. Ne me parle pas de ces amants que tu as eu dans ton autre monde, ni de ce Thomas dont je serais heureux de trancher la gorge. Je ne veux pas te parler d'amants, je veux te parler de liens encore plus profonds. Ceux du fëa, ceux dont je t'ai fait part la nuit où je me suis fait transpercer par cette flèche fourbe.

- Je ne vois pas où tu veux en venir, souffla-t-elle, Thranduil, accouche, ajouta-t-elle en langue commune, Ne me dis pas que c'est encore au sujet de Ràvion ?

- Oui, il me faudra te parler de ce chien de noldo trop content d'avoir sali mon nom lors de cette audience.

Ràvion, ce noldo dont Eden partageait un lien qu'il n'arrivait pas à cerner.

- Je ne veux plus que tu lui parles, ni que tu le regardes, jamais. M'entends-tu ?

Il avait dit cela sur un ton si terrible qu'Eden sursauta.

- Je ne connais pas ce connard, mais soyons clairs. Je parle avec qui je veux. C'est stupide, arrête de vouloir toujours tout contrôler. On pourrait être si bien tous les deux.

Elle enroula ses bras autours de son cou.

- Comme on dirait chez moi, il ne faut pas se prendre la tête. Juste apprécier le moment présent, vivre au jour le jour. Hein, S'il te plait, Thranduil ? murmura-t-elle, l'espoir dans la voix, en ondulant contre lui, Carpe diem ! Je ne veux pas me disputer avec toi aujourd'hui ni à propos de cette Vàna Vertefeuille et encore moins pour ce terrifiant prince noldo.

Il éclata de rire, pensant que cette elleth était bien stupide de penser qu'elle pourrait l'amadouer ainsi.

- Vivre au jour le jour… Une phrase intéressante, mais ce n'est qu'utopie, même si elle est prononcée par une jolie bouche, dit-il en frottant son nez contre le sien pour ensuite venir caresser ses lèvres contre les siennes.

- Ràvion est dangereux, mais toi aussi tu es tout aussi dangereux.

Elle croisa son regard, tandis qu'il se balançait sur elle, la couchant contre le matelas, son corps pressé contre le sien. Il prit son visage entre ses mains, et elle posa sa main tiède sur son torse.

- Tu ne sais pas à quel point, grogna-t-il.

Il l'embrassa doucement, puis avec plus d'ardeur. Elle pressa sa nuque pour approfondir le baiser. Il se sentait si bien avec elle, mais il savait que ce doux instant ne durerait pas. Elle lui mordilla la lèvre, et il décolla ses lèvres des siennes.

- Tu te sens toujours obligé de te montrer inflexible, mais moi je te dis qu'on peut juste être bien sans toutes ces règles… J'avoue que je suis un peu irrespectueuse par moments, mais dans mon monde tout est si différent. Oh et puis… ne me dis rien de comment tu m'as aidé à ce tribunal, ni comment tu as racheté ma liberté, souffla-t-elle.

Il écarquilla les yeux, étonné par son manque soudain de curiosité.

- Cela n'a pas d'importance, je suis convaincue que je rentrerai chez moi un jour et je ne veux me souvenir que des choses qui en vaillent la peine. Toi tu en vaux la peine, Thranduil ernil, dit-elle en souriant. Je…

Il posa un doigt sur ses lèvres.

- Ma pinig si amusante… Elleth toute petite qui va pourtant devenir mon épouse, annonça-t-il d'un seul coup, sans transition aucune, de sa voix grave, un grain de malice sensuelle sur le mot « épouse ».

Alors, Eden éclata de rire à en pleurer.

- Pardon ?, demanda-t-elle, comme si elle ne l'avait pas bien entendu, La femme de qui ?

Cependant, il sentit qu'il se perdait à nouveau dans cette folie qui habitait son fëa. Se relevant brusquement, il s'assit près d'elle, alors qu'elle était toujours couchée, le visage face au mur. Elle riait toujours, mais elle ne rirait surement pas longtemps.

Il se leva, magnifique, royal, redressant son menton. Son regard d'océan glacé fit mourir le rire d'Eden dans sa gorge. La tempête faisait toujours fureur au dehors, assombrissant le ciel. L'unique lumière qui rougissait la chambre était les flammes de l'âtre qui crépitaient autant que les yeux du souverain. Eden comprit peu à peu que lui ne riait pas. Elle se releva, l'incompréhension sur le visage, et une colère sourde dansant sur la ligne de ses lèvres.

- Là s'arrête la plaisanterie, déclara-t-il en regardant le feu insatiable.

- Je ne comprends pas, Thranduil.

Avec des gestes empreint de lenteur, il enleva sa tenue d'intérieur et posa le vêtement sur une chaise. La couleur du feu dansait maintenant sur son torse rougi par sa chaleur, et ses muscles luisaient dans la pénombre. Ne prenant pas garde à la mine déconfite d'Eden, il enfila une chemise de lin noir et y rajouta un surcot bleu roi. Continuant de se vêtir, il choisit enfin de répondre aux interrogations de la jeune elleth.

- Ràvion savait ce qu'il faisait en racontant que tu étais mon amante, que je t'avais prise la nuit où l'on m'a blessé. Il voulait que j'intervienne et que je lave mon honneur. Son seul désir était me voir assurer mon attachement envers toi devant le conseil et la noblesse de Lorinand présente pour que ma réputation de futur roi soit entachée. Car pour tous, je portais encore l'anneau d'argent qui me liait à Vàna Vertefeuille.

Son ton se modula dans un timbre sombre, et son sérieux tomba sur son visage.

- Eden, j'ai interrompu l'audience et j'ai fait exactement ce que Ràvion voulait que je fasse.

- Quoi ? , demanda Eden.

- Tu vas devenir ma femme, Eden Dilaurentis, dit-il sans détour.

Le visage d'Eden se décomposa brusquement. N'importe quel elleth aurait été folle de joie d'apprendre qu'elle serait à lui, mais il pensa à ce moment que s'il lui avait dit qu'elle serait exécutée, elle aurait réagi de la même manière. Vàna avait été si heureuse qu'elle l'avait embrassé et qu'elle lui avait juré d'être à jamais l'épouse qu'il voulait qu'elle soit, parfaite et dévouée. L'attitude d'Eden était en rien comparable, elle marcha vers lui, furibonde. Elle le regarda un instant, analysant son expression aristocratique où frémissait l'amusement, le dévisageant sans pudeur.

- Oh mon dieu, je n'y crois pas… Il est sérieux, soupira-t-elle pour elle-même. Mais t'es un grand malade, ma parole !

Thranduil imperturbable, se servit un verre de vin. Il se délecta du miruvor autant que de l'annonce qu'il s'apprêtait à faire.

- Ma volonté sera faite que pour que le déshonneur ne tombe pas sur ma maison, et que tu ne sois pas exécutée. Tu auras l'éducation qui sied à une noble dame, tu te feras adoptée par l'une de mes maisons vassales. Ensuite, lorsque je le jugerai bon, tu deviendras ma reine et tu porteras mes fils, tonna-t-il comme si ça allait de soi.

C'était un fait, aussi elle n'avait absolument rien à en redire à part le remercier de sa sollicitude et du grand honneur qui lui faisait.

- Si c'est comme cela que tu as racheté ma liberté auprès de ce tribunal de malheur, je n'en veux pas. Je suis innocente. Grâce aux anneaux ils le savent. Ils ne vont pas m'exécuter, explosa-t-elle, Et puis, moi, « me marier » ?, ajouta-t-elle en se pointant du doigt, Ma plus longue relation a durée deux ans et c'était déjà trop pour mes nerfs. Ici le mariage dure une éternité… Ce n'est même pas : « jusqu'à ce que la mort vous sépare ». La simple idée de coucher avec le même homme jusqu'au bout de l'éternité, ça me déprime, déplora-t-elle en westron, en secouant la tête, décontenancée, Putain de merde… Je tiens à toi, mais ça me fait trop peur… Rien que d'y penser, j'ai la nausée.

- Sedho, silence ! , rugit-il. Tu ne sais pas à quoi tu t'exposes, poursuivit-il en la regardant droit dans les yeux, voulant capter la moindre de ses réactions., Tu ne sais surement pas que lors d'une audience elfique, le code de Thingol interdit toute intervention extérieure, et cela sous peine de voir l'accusé immédiatement jugé coupable. C'est une loi désuète, et fort stupide, malgré tout le respect que je voue au conseil vénérable de Doriath. Ràvion savait cela, il me connait depuis des siècles et des siècles, il a su voir que je te voulais et cela depuis le premier jour où il nous a vu. Il me hait, pour des raisons obscures et veut me voir tomber. Il ne doit plus pouvoir m'atteindre… Il sait qu'il peut t'utiliser pour te retourner contre moi… Et cela, je ne pouvais l'accepter. Je te sauve la vie tout en sauvant mon honneur et de ce fait mon royaume. C'est ainsi, Eden, trancha-t-il d'une voix plus coupante que le fil de son épée.

Eden croisa les bras, et d'une voix blasée, le regard perdu et brillant, elle dit :

- C'est la chose la plus romantique qu'on m'ait jamais dit, ironisa-t-elle.

Ne sachant tout d'un coup plus comment réagir, Thranduil la prit par le poignet et la colla à lui, la dominant de son regard où étincelait la lueur du feu.

- Est-ce si terrible que cela ? , demanda-t-il en prenant sa tête entre ses paumes et en la plaquant contre son torse, Tu auras une bonne éducation, nul ne saura que tu m'es promise par le code de Thingol à part mes conseillers. Je te laisserai vivre comme une pupille commune de Vert bois le grand…

Puis il croisa son regard et susurra d'une voix dangereuse :

- A part que je t'aurai à l'œil. je n'accepterai aucun écart de ta part avec d'autres ellyn… Ou pire… d'autres hommes. Je resterai intransigeant sur ce point.

Elle essaya de se dégager de ses bras, la colère faisant étinceler ses yeux. Une petite biche prise dans le piège du chasseur, voilà ce qu'elle était. Jamais il n'avait rencontré une elleth qui craignait autant le mariage. Son monde devait être terrible, pour qu'elle refuse la protection des épousailles, et les joies qui en découlaient.

- C'est n'importe quoi, Thranduil… Et cette Vàna, tu as songé à ce qu'elle pourra penser ? A sa place, je serais folle de rage et ferais tout pour me venger, et franchement je ne la blâmerais pas. Tu utilises les gens comme bon te semble, c'est toujours le même problème avec toi ! Tu as tellement l'habitude que tout le monde te suce la queue, que tu te comportes comme un véritable salopard ! , termina-t-elle en hurlant.

Voulant s'éloigner de lui, elle fit tomber la bouteille de vin qui alla se briser sur le plancher.

- Je suis ton seigneur. Domine toi lorsque tu me parles ou tu regretteras le confort des prisons de Lorinand.

- Assez avec tes menaces ! Je rentrerai chez moi un jour… , dit-elle, la voix chancelante. Je voulais tant qu'on soit heureux jusque-là tous les deux… Tu gâches tout…

- C'est comme cela, tu veux juste profiter du confort des bras d'un prince et ensuite t'en aller aussi vite que tu es venue… Mais je le refuse, Eden… , avoua-t-il avec douceur sans la lâcher, Cela ne se passera pas ainsi.

Il sentit qu'elle faiblissait dans ses bras. Ses lèvres tremblaient, elle avait l'air encore plus perdue que lorsqu'il l'avait rencontrée sur la plaine de Dagorlad. Lui aussi se sentait faiblir en la voyant si secouée.

- Je parlerai à Vàna et la congédierai dans les honneurs, elle sera récompensée pour ses services à la couronnes si cela peut alléger ta conscience, annonça-t-il pour la calmer sur un ton caressant.

Il lui prit l'épaule.

- Un elfe ne peut être contraint au mariage au risque de se laisser aller en Mandos. J'ai pris cette décision sachant que tu serais frileuse à cette idée, mais pas catégorique, expliqua Thranduil avant d'embrasser ses lèvres, et de l'auréoler de son aura magnétique, Tu n'es pas catégorique, Eden… Je sais cela…

- Ce n'est pas important… Tout ceci, n'a aucune importance. Nous ne nous connaissons pas assez…, hoqueta-t-elle

XxX


Eden

Eden avait la triste impression d'être dans un bouquin à l'eau de rose à la con. Thranduil était le type le plus autoritaire qu'elle avait jamais rencontré. Dans une autre situation, ça aurait pu l'exciter, mais là il s'efforçait encore plus de lui briser les ovaires.

Le mariage de ses parents avait été une catastrophe et Eden et son frère, ainsi que sa petite sœur Alice en avaient fait les frais. Eden s'était alors juré de prendre son temps et de pas se caser avec le premier venu comme sa pauvre mère l'avait fait, subissant ainsi toutes les humiliations de son mari, juste pour le confort d'une belle maison et le toucher agréable d'une Mastercard Gold.

Les hommes qui dominaient les autres naturellement, se complaisaient dans leur soif de puissance et de richesse comme son père le faisait, n'étaient pas des hommes pour elle.

Elles haïssaient ce genre de type…

Alors, pourquoi était-elle tombée amoureuse de l'un deux ?

Pourquoi fallait-il qu'elle aime Thranduil à ce point ?

Eden se serait peut-être bien mariée, mais avec un mec cool et passionné qui aurait un humour mordant. Un mec normal qui l'aimerait, qui serait là pour elle, pas macho pour un sou. Un instant, elle avait songé à Thomas… Thomas, elle l'avait tellement aimé et puis il l'avait trompé.

Partir.

Ce mot lui déchirait la poitrine comme la chatte d'une femme à l'accouchement. Pourtant, elle savait que c'était la seule solution, elle ne pouvait rester si loin de sa famille plus longtemps. Elle avait une vie qu'elle aimait chez elle, des potes fantastiques et des études qui lui plaisaient. L'équilibre de sa famille était bancal, certes, mais elle s'était construite une autre famille, une famille à elle. Elle se mordit la lèvre. Même si elle ne se rappelait plus vraiment bien le visage de ses proches, ils lui manquaient terriblement. Cependant, maintenant... Thranduil faisait aussi partie de sa vie.

Quelque part cela lui faisait énormément plaisir qu'il pense à elle dans ces termes, mais il était hors de question qu'elle se marie. Même si elle se sentait flattée et qu'elle serait bien restée aux côtés de son elfe…

« Mon dieu, je suis bourrée de contradiction. Rester avec lui me ferait du mal parce que je ne verrais plus mes proches… Partir d'ici me ferait du mal car je ne verrais plus Thranduil… Jamais. Comment pourrais-je ne plus jamais le voir ? ».


Thranduil

- On ne peut pas dire que cela… Il la pointa du doigt et se désigna successivement. Ce soit sans importance. Cette attirance, ce besoin de posséder une elleth, je ne l'ai jamais ressenti. Je te veux tout le temps…

Il sourit en la regardant.

- Cependant, tu es chanceuse que je sache dissimuler mes sentiments la plupart du temps.

- Et que feras-tu si je refuse catégoriquement ?

Son regard s'obscurcit, comme le ciel au dehors où se bousculaient les flocons de neige. Le hurlement du vent faisait vibrer les vitraux, et l'âme de Thranduil vibrait à l'unisson avec la fureur des éléments.

- Tu ne veux pas le savoir… , répondit-il d'une voix profonde.

N'importe quel elfe l'aurait laissée partir, et l'aurait confiée aux bons soins de Dame Galadriel. Mais, Thranduil n'était pas le bon Elrond, il savait qu'il était inconcevable pour un elfe de forcer une elleth. Cependant, il avait toujours eu ce qu'il voulait, et le courroux de Namo était loin de lui, de même que Valinor était trop lointaine pour qu'il s'en occupe. La Terre du Milieu avait ses propres règles, et les elfes, qu'ils soient sindar, noldor ou nandor, étaient plus féroces que ceux d'Aman. Thranduil était le futur roi de l'un de ces peuples, il était tout logiquement habité de cette violence latente et encore plus lorsqu'il s'agissait d'une elfe à laquelle il était lié.

Illùvatar l'avait lié à Eden, c'était chose logique qu'il la veuille pour lui.

L'histoire de l'elfe noir Eöl et d'Aredhel Fingolfiniel lui revint en mémoire. Il caressa le bord de son verre resté sur la table à côté de lui. Aredhel était restée toutes ces années avec Eöl et lui avait donné un fils. Si elle avait été forcée au mariage, elle serait partie pour les Cavernes de Mandos dans les premiers temps de leurs noces afin de fuir cette situation. Thranduil avait donc toujours été assez sceptique sur le caractère contraint de ce mariage. La prendre de force pour compagne était très tentant, surtout qu'il était persuadé qu'Eden était liée à lui autant qu'il était lié à elle, de plus ce n'est surement pas cette elleth têtue qui se laisserait mourir de chagrin.

- Nous partons dans trois jours rejoindre les miens à Vertbois le grand, j'ai déjà été assez loin de ma patrie, lui apprit-t-il avec froideur.

Il la lâcha enfin, et but son Dorwinion d'un trait pour poser ensuite son verre dans un cliquetis contrastant avec la mélodie du feu qui dévorait le bois. Si Eden partait, ce serait lui qui serait seul sur ce trône, seul avec ses souvenirs brûlés. Il ferait tout pour la retenir, absolument tout, quitte à ce qu'elle le haïsse. Un éclair de souffrance traversa son regard lorsqu'il pensa à sa vie, aux batailles sanglantes qu'il avait menées, à tous ses camarades morts au combat. Quand, au retour d'une bataille, il se demandait toujours qui serait le prochain à aller en Mandos. Certes, la mort n'avait pas la même signification pour lui que pour les hommes, eux étant destinés à mourir. Cependant, mourir, pour un elfe était contre-nature. Les immortels ne craignaient pas la mort. Ils craignaient la souffrance liée à la perte de la vie qu'ils s'étaient construit. Les premiers nés étaient terrifiés par le changement, au-delà de tout.

Au revenir de chaque bataille du siège de Barad-dûr, il était resté stoïque en entendant les pleurs de ses ellyn et le hurlement des jeunes elfes effrayés par les batailles du lendemain. Dans ces moments, il s'était senti dévoré de l'intérieur par les flammes de son fëa qui brulait son hröa.

Eden baissa les yeux, puis le regarda avec ses beaux yeux rougis par la colère, avant qu'il ne voie la compassion radoucir ses traits. Elle avait su voir cet infime instant de faiblesse.

- Emmène-moi voir Dame Galadriel. Si par malheur je suis condamnée à rester dans ce monde, j'accepterai de te suivre, dit-elle doucement.

Il se tourna vers elle, l'air interrogateur. Sans doute attendait-t-il qu'elle s'énerve comme à son habitude, se débattant dans ses filets, ne se laissant pas faire. Elle dit sans ménagement.

- Quel dommage qu'il y ait cette couronne sur ta tête. Au départ je pensais qu'il y avait deux Thranduil… Thranduil le prince que j'admire parfois, mais qui m'effraie autant que je le déteste : dur et sans pitié pour les sentiments des autres. Et l'autre, le vrai Thranduil, doux et protecteur, enseveli sous toute cette couche de merde royale. Maintenant, je sais que tu es un roi avant tout, que le Thranduil que j'apprécie et le prince sont une seule et même personne. Protecteur et effrayant, doux et dur en même temps.

Elle paraissait encore plus petite dans cette chambre, exacte réplique de celle où il coucherait à Eryn Galen. Ses cheveux brillaient d'un éclat de bronze à la lueur du feu. La tempête si terrible, faisait trembler les vitres, la branche d'un arbre voisin tapant fortement contre elles.

Le coin de la lèvre d'Eden palpitait. Leurs yeux se rencontrèrent avec la même violence. Elle caressa le visage de Thranduil, à la peau lisse et sans défaut.

- J'ai vu tes cicatrices, Thranduil…

Il écarquilla les yeux, un frisson glacé le parcourut, et la honte le pétrifia. C'est ce qu'il craignait, elle les avaient vues.

- Tu veux tout savoir de moi, mais je ne sais rien de toi, poursuivit-elle.

Elle l'embrassa, et il se laissa faire, s'abandonnant pour la première fois aux mains de quelqu'un d'autre, lâchant du bout des doigts ce besoin de tout contrôler. Le baiser se fit plus profond, leurs respirations se mêlant, alors qu'il se sentait ployer sous l'attraction de ces douces lèvres. Il se sentait pris en tenaille entre le froid glacial de la tempête et le feu ardent de l'âtre. Il se sentait blessé, tiraillé, mais pour la première fois il se demanda s'il ne pourrait pas donner sa confiance au moins une fois.

- Thranduil, d'où te viennent ces brûlures ? , chuchota-t-elle à son oreille.

Elle le regarda, un éclat de tristesse dans le regard qu'il prit pour de la pitié.

- Comment est-ce arrivé ?

- Pourquoi veux-tu savoir cela ? , répondit-il froidement.

- Parce que je m'inquiète pour toi ! Cette histoire de mariage est si précipitée… cela ne te ressemble pas de prendre une décision de cette importance sur un coup de tête.

- Cela ne te regarde en rien, dit-il d'une voix orageuse.

Il vit la déception sur son visage.

La branche s'abattit violemment contre l'un des vitraux qui vola en éclats, laissant une bourrasque de neige et de vent glacé de s'engouffrer dans la pièce. Eden poussa un cri, Thranduil, dans un geste protecteur, prit l'elleth dans ses bras. Il put alors mieux juger avec quelle force cognait le cœur d'Eden. Le feu s'éteignit comme on mouche une chandelle. Les cheveux de Thranduil virevoltaient, alors qu'il serrait Eden plus fort contre lui.

Pensant à ses faiblesses, il se sépara d'elle et alla refermer les lourds rideaux qui bordaient les fenêtres.

Comment pouvait-il lui révéler ses faiblesses alors que celles-ci ne surgissaient que lorsque le rideau de la nuit tombait ?

Voilà pourquoi il dormait seul. Quand il s'endormait, ses réminiscences étaient d'une telle violence que son visage se recouvrait totalement des brûlures, et lui hurlait à la mort, gémissant, comme si la nuit dramatique du dragon se déroulait à nouveau. Les blessures de son hröa avaient guéri depuis des milliers d'années, mais pas celle de son fëa qui continuait à saigner quand il s'endormait.

Comment lui dire qu'il était terrifié à l'idée de la blesser ?

- Tu n'iras pas voir Dame Galadriel, ma décision est irrévocable , lança-t-il sèchement.

- Va te faire foutre, Thranduil.

Ils se dévisagèrent un long moment, l'un et l'autre essayant d'imposer leur décision respective. Elle était si charmante avec cette expression de détermination scintillant dans ses yeux, faisant trembler sa belle bouche. Il eut envie d'éteindre toute envie de l'insulter à l'avenir.

Thranduil écarquilla ses yeux de diamant et se détacha du regard d'Eden. La porte de ses appartements s'ouvrait doucement et dans son embrasure se tenait…

- Vàna… articula Thranduil, le regard rivé sur sa fiancée, celle qui aurait dû être reine et dont la rare beauté le touchait toujours autant.


Eden

Elle essayait d'affronter le regard d'acier chauffé à blanc de Thranduil, un regard qui avait dû transpercer maintes fois ses adversaires avant qu'il ne les terrasse de son épée. Pourtant, elle essayerait de faire face, elle voulait que Thranduil cesse de vouloir toujours la brider. Tout ce qu'elle demandait c'est un peu de place auprès de lui pour se sentir réellement son égale et pour cela, il devait lui faire confiance.

Sa proposition était simple : Voir Galadriel et si elle ne pouvait pas la ramener dans son monde, elle accepterait d'être sa femme La Dame lui apprendrait surement quel était l'anneau à l'émeraude qui apparaissait et disparaissait à sa guise à son doigt. Elle devait la voir à tout prix, Thranduil devait la laisser la voir ou elle irait de toute façon.

Quand elle s'était souvenue de la soirée déguisée de son ex Maxime Plantier, une idée avait grandi de son esprit :

Et si elle s'était retrouvée dans le monde du Seigneur des anneaux ?

A vrai dire, dans le cas où Thranduil était d'accord pour qu'elle aille voir Lady Gagadriel, ça lui laisserait alors du temps pour trouver ce magicien Gandalf, s'il existait vraiment, et rentrer chez elle. Oui, elle devait partir avant qu'elle n'en trouve plus la force. Sinon, Thranduil lacérerait ses dernières barrières.

La seule manière d'en être sûre était de demander à la Dame si elle connaissait un mec à la barbe grise au look de clochard répondant au nom de Gandalf. Un nom qu'elle trouvait en passant aussi ridicule que le nom Shrek.

Peut-être que Thranduil le connaissait ? Si Gandalf existait, c'est qu'elle était vraiment dans un beau merdier. Putain, peut-être qu'elle aurait dû regarder ces films ? Elle fronça le nez. Non, pas possible, ça aurait été au-dessus de ses forces de mater ça ! Même si, pendant le visionnage, elle se serait épilée tous les poils des jambes et du maillot à la pince à épiler, elle ne serait pas arrivée au bout, tellement c'était long et soporifique.

Néanmoins, elle pensait qu'elle devait avoir perdu tout espoir pour penser un truc pareil. Ce qui est certain c'est ce que son grand frère Roger, le seigneur des puceaux, aurait été mort de jalousie si il s'avérait qu'elle était bien dans sa bible d'heroïc-fantasy.

Elle braqua ses yeux plus intensément dans ceux du prince et dans un dernier élan de force, elle espéra qu'il accepte enfin. Quand il la regardait comme ça, elle se sentait nue comme au premier jour.

Voulant rompre le silence, en demandant s'il connaissait un certain Gandalf , elle entendit la porte des appartements s'ouvrir et vit le regard de Thranduil passer du feu le plus brûlant à la glace la plus dure. Il avait l'air profondément choqué comme s'il voyait un fantôme. Automatiquement, elle se retourna pour elle aussi voir la personne qui étonnait tant le prince d'Eryn Galen.

L'elleth qu'elle avait sous les yeux était d'une beauté à couper le souffle. Son visage ovale était encadré d'une cascade de cheveux d'un châtain d'automne, sous laquelle brillaient deux yeux d'un vert profond aussi doux qu'un rayon soleil traversant une feuille d'arbre en plein été. Sur les lèvres de l'inconnue flottait un sourire magnifique d'une sérénité incomparable, seules ses pommettes racées durcissait son visage, lui donnait une noblesse qui lui rappela Isil. Sauf qu'Isil, malgré l'embrouille qu'elles avaient eue, était son amie alors que cette pétasse ne lui plaisait pas du tout.

De quel droit regardait-elle son Thranduil de cette manière ? Elle avait cruellement envie de faire bouffer son sourire angélique à cette salope.

- Vàna… , prononça Thranduil sur un ton frôlant l'admiration.

La bouche d'Eden s'entrouvrit, alors qu'elle crut que son cœur se faisait écraser par un boulet de canon. Putain, pour un canon, on pouvait parler d'un canon. Comme l'aurait si bien dit Thomas devant les pubs de Penelope Cruz pour Schweppes, cette fille aurait pu faire bander un mort !

L'elleth à la beauté digne d'une peinture du 16ème ou d'un numéro hors-série de Vice magasine était Vàna Vertefeuille, la promise de Thranduil !

« What did you expect ? C'était d'abord elle, la fiancée de Thranduil. »

Vàna marcha avec grâce vers Thranduil, avec mesure, sans se presser, elle semblait rouler sur le parquet tant sa démarche était fluide. Elle passa à côté d'Eden sans faire attention à elle et son sourire de déesse étincela de plus belle, dévoilant une rangée de dents aussi blanches que des perles.

- J'ai eu si peur pour vous, nîn melleth. Quand j'ai appris, j'ai prié les Valars de me ramener promptement vers vous et c'est chose faite, dit-elle d'une voix caressante. La tristesse éclipsa un instant la joie qu'elle ressentait à la vue de son promis. N'était-il pas heureux de la voir après toutes ces années ? Elle avait tant espéré qu'il rentre vivant de cette guerre, qu'il soit de nouveau devant ses yeux, qu'elle puisse devenir son épouse et fasse ainsi don de sa personne à cet elfe splendide appelé à être un grand roi.

- Grâce à l'habilité du seigneur Elrond et aux pouvoirs de Dame Galadriel, je suis sauf, répondit-il d'une voix noble, Vous avez aussi traversé une dure épreuve, ma dame. N'ayez crainte, Rusco de la Vertefeuille sera puni de son crime.

- Je n'ai qu'un désir… c'est que mon cousin expie ses fautes.

Elle s'appuya contre l'épaule de Thranduil.

- Je ne ressens aucune haine à son égard juste de la pitié. Elle leva ses yeux brillant de larmes. Oh, mon aimé… Je suis si triste de la disparition de notre roi… Je sais que vous serez son digne successeur. Oropher ne pouvait rêver meilleur héritier que vous. Je vous soutiendrai, mon prince… mon roi… Sevidh i velethen, vous avez mon amour.

De son côté, Eden enrageait d'être ignorée à ce point, il était vraiment moins une pour qu'elle pète un câble et mette fin à cette scène d'un romantisme à gerber. Elle tremblait de rage, les poings serrés, le souffle coupé par le malaise grandissant en elle, s'insinuant comme un serpent dans chaque parcelle de son corps. Tout naturellement, les larmes lui vinrent aux yeux malgré ses efforts pour les chasser alors que le sang lui battait les tempes. Depuis quand était-elle devenue aussi sentimentale ?

- Vous pouvez prendre le plateau et vous en aller, servante. Votre prince ne semble pas avoir faim, ordonna Vàna avec froideur, les plis de sa bouche se tordant de manière infime, son sourcil parfaitement dessiné se soulevant avec un dédain raffiné.

Quoi ? Qu'est-ce que cette pétasse venait de dire ? Elle allait lui faire une remarque quand elle sentit son cœur se recroqueviller dans sa poitrine. Thranduil agitait sa main virile en direction de la porte, lui intimant de quitter ses appartements. Son regard était de glace, son port de souverain l'écrasant de sa prestance. Thranduil avait vite repris le contrôle sur lui-même, et l'hiver avait de nouveau eu raison du chaud printemps.

Comme un automate, elle prit le plateau à la volée, faisant tomber au passage tout ce qui reposait dessus. Le bruit de l'assiette se brisant sur le sol, la fit sursauter. Une dernière fois, elle regarda derrière elle. Son annulaire irradiait sur sa main et la voix raisonna en elle comme un écho à ses propres peurs.

« Tu vois, il a seulement voulu s'amuser avec toi et maintenant, il a retrouvé sa fiancée. Tu es toujours aussi sentimentale, Eadun. Si cela continue, tu ne te rendras compte que trop tard que je suis le seul à pouvoir te supporter. »

Elle en était convaincue, c'était l'anneau qui lui parlait à cet instant, sa voix émergeant de cet océan de sentiments qui s'agitaient en elle. Ses paroles l'assassinaient, mais sa voix était douce. Elle regarda Vàna prendre Thranduil chastement dans ses bras. Immédiatement, elle caressa son doigt où elle pouvait sentit la chaleur de l'émeraude qui l'anesthésiait.

- Les servantes sont bien désobéissantes ici, j'ai cru que cette petite allait me sauter à la gorge, rit doucement Vàna.

- Ne prenez pas garde, ce n'est qu'une enfant.

- Toutes tombent sous votre charme, mon prince, dit-elle malicieusement.

- Je sais cela, lança Thranduil, usant de son arrogance habituelle.

- Vous êtes cruel.

Eden vit la belle Vàna poser amoureusement ses lèvres sur celles de Thranduil.

Elle perdait pied.

Elle ne put que sortir en croisant un instant le regard de Thranduil : il était vide et dénué de tout sentiment. Elle poussa la porte et quand elle fut enfin dehors elle courut vers sa chambre comme si le diable était à ses trousses.


Vàna

Vàna s'écroula contre le mur de ses appartements, ses mains plaquées contre sa bouche, son corps secoué par de violents sanglots. Elle ne pouvait plus s'arrêter de pleurer, les larmes coulant d'elles-mêmes le long de ses joues comme elle n'avait encore jamais pleuré. Néanmoins, elle essayait de se contrôler pour que ses dames de compagnie ne l'entendent pas. Elle en mourait de honte.

Thranduil venait de lui avouer qu'il voulait rompre ses fiançailles, que de son côté, il n'y avait plus rien et qu'il avait enlevé la bague d'argent de leur serment.

D'abord, elle ne l'avait pas cru, malgré l'horrible sentiment qui l'avait accompagné durant le voyage jusqu'à la Lorinand. Pourtant, dans les yeux gris bleutés de son aimé, elle avait vu la violence de l'amour. Un amour ardent qu'elle n'avait jamais réussi à allumer dans les yeux de son promis. Au départ, elle avait pensé stupidement que c'était pour elle que ces sentiments allaient, mais Thranduil semblait ailleurs tout du long de leur entretien jusqu'à ce qu'il prononce cette horrible phrase sans sourciller.

- Vàna, je veux rompre nos fiançailles, avait-il dit d'une voix douce, mais ferme, le timbre vibrant d'une affliction factice.

Car oui, elle connaissait son prince comme étant un excellent acteur avec ses sujets. Il manipulait les gens à sa guise avec la dextérité qu'avait jadis possédé son père. Oh par Varda, sans cesse, elle avait pensé à lui durant ses longues années. Elle ne méritait pas pareil châtiment ! Depuis toujours, elle lui avait tout donné avec la soumission qu'une elleth devait à son prince. Bien entendu, elle faisait aussi preuve de caractère et savait qu'elle l'impressionnait par ses talents.

Comment pouvait-il lui faire une chose pareille ? Elle lui avait offert son cœur et il le lui avait brisé devant les yeux, réduisant en poussière tous ses rêves.

A cette question, Thranduil Oropherion était resté muet. Il avait seulement dit en caressant sa joue humide :

- Cela vaut mieux pour nous deux, je ne peux continuer ainsi à mentir à mon fëa.

Elle avait toujours su que Thranduil n'était pas lié à elle, mais elle avait l'espoir de réveiller un jour son amour. Cela n'avait jamais gêné Thranduil de mentir à son fëa pendant toutes ces années, alors pourquoi maintenant, était-il décidé à l'abandonner ? Son couronnement était proche, et il devrait bien épouser un jour une elleth capable de lui donner un héritier. Vàna se mordit le poing. Elle se savait profondément liée à lui, son fëa n'allait que vers lui. Oui, elle était bien capable d'aimer pour deux.

Il lui avait dit qu'elle serait récompensée de l'attention qu'elle lui avait portée et que Thranduil doublerait sa dot, qu'elle trouverait vite un ellon qu'elle aimerait sincèrement.

« Insanités ! »

Depuis quand Thranduil Oropherion parlait-il ouvertement d'amour ? Le Mordor avait changé son prince… Elle le voyait bien, car son visage était plus dur qu'avant, la douleur était profondément inscrite dans ses yeux. Il avait vécu avec la mort pendant une décennie alors comment pouvait-il se soucier d'amour ? Elle s'était attendue à le consoler, à lui rendre sa joie après toutes ces années de guerre, mais il n'avait pas besoin d'elle.

La rage se déversa en elle, tandis que les larmes séchaient sur ses joues. La noble Vàna de la Vertefeuille était une elleth combative qui possédait tous les atouts nécessaires à une reine, alors elle remettrait Thranduil dans le droit chemin et cela à n'importe quel prix.

Elle aurait tant voulu séjourner dans le talan de Thranduil, mais celui-ci avait refusé, spécifiant qu'elle devait aller au palais. La mort dans l'âme, elle avait obéi aux vœux de son prince, ne versant aucune larme devant lui. Tachant d'être digne comme son futur rôle de reine demanderait.

Bientôt, elle devrait faire fondre son anneau de fiançailles en public et sa réputation partirait en fumée. Elle ne pouvait l'accepter.

Elle s'assit contre le mur, son poing s'écrasa sur le sol, les traits de son visage déformés par les pleurs et par la colère. Quelle était la raison du terrible choix de son fiancé ?

Elle serra les dents à s'en briser la mâchoire, quand un horrible sentiment l'envahit. Et si Thranduil s'était lié à une autre elleth qu'elle ? L'incandescence dans le regard jadis toujours de marbre de son promis était-t-elle la conséquence de son amour pour une autre ?

La porte s'ouvrit à la volée, sur le seuil, les bras croisés sur son torse puissant rentrait Ràvion, le haut prince des noldor. Un elfe que Vàna n'appréciait pas du tout car elle savait la haine qu'il vouait à son fiancé. Sa chevelure noire comme le ciel nocturne tombait le long de ses traits taillés dans la pierre. S'étirant sur ses lèvres comme la lame d'une épée, son sourire lui glaça le sang. Cet ellon était la personnification de la démesure, et la dure beauté de son visage ramollissait le cœur de Vàna, alors que goût salé des larmes lui piquait toujours les lèvres.

- Et bien… Que de gâchis que de voir pareille beauté ramper au sol, avança le prince noldo en la toisant avec amusement, regardant au passage le raffinement de la décoration.

Un beau lit gravé d'or, un joli secrétaire d'acajou, une belle malle incrusté de runes elfiques et des élégants rideaux de velours vert. Des appartements dignes de son rang de fiancée d'un prince. Sans invitation, il rentra dans ses appartements.

Dans un élan de pudeur, Vàna essuya ses larmes avec le plat de sa main et, vacillante, se tint au mur, tandis que Ràvion avançait vers elle, le regard allumé d'une joie malsaine.

- Vous n'avez rien à faire ici, prince Ràvion. Je vous prie de quitter les lieux, déclara-t-elle en se redressant complétement, la noblesse faisant tendre son beau corps comme un arc.

- Paix, belle dame. Je viens vous saluer.

Il posa sa main sur son torse en se courbant légèrement, lui souriant toujours.

- Pourquoi, êtes-vous ici ?

- Car je connais la raison de vos larmes, lui révéla le fils de Gil-Galad.

- Que voulez-vous dire ? , s'exclama Vàna. Ce n'était pas possible, que tous soient déjà au courant de son état.

Les yeux de Ràvion étincelèrent, il retira sa lourde cape noire blanchie par la neige et la posa sur la chaise de son petit secrétaire.

- Nos buts sont comme deux rivières, ils peuvent se rejoindre tel un fleuve. Pour être plus spécifique, je crois que je pourrai vous apprendre quelques éléments qui pourraient vous intéresser.

L'elleth hésita quelques instants, puis elle sentit la colère reprendre à nouveaux ses droits. Elle reprendrait Thranduil et cela à n'importe quel prix, son regard d'émeraude se rétrécit, sa bouche ne devînt qu'une mince ligne vrillant ses traits agités par la haine.

- La colère vous sied à merveille, ma dame de la Vertefeuille, la complimenta Ràvion.


Eden

Elle courait vers le précipice, dévorée par des racines, mangée par des buissons de ronces prêts à lui arracher la peau. Depuis trop longtemps, elle courait. L'ellon arriva vers elle, tirant l'épée de ses cauchemars, l'épée de cette engeance royale à vomir. Ces elfes de Doriath avaient toujours été des voleurs et cela depuis le premier âge où naguère ils avaient refusé de rendre le Silmaril à la Maison de Fëanor. L'ellon plaça la grande épée au-dessus de sa tête, la positionnant dans la posture du Faucon.

- Tuer le voleur, tuer le porteur.

Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Les sept branches de l'étoile brillaient comme l'éclat du diamant, sans doute seraient-elles rougies par son sang dans quelques instants.

Elle présenta l'anneau à l'ellon qui fut vite rejoint par sa garde. Tremblante de peur, mais déterminée à ne rien lâcher, elle montra l'anneau à tous.

- Il n'y aura nul autre porteur pour cet anneau ! L'Anneau de la Terre, n'appartiendra jamais à ce royaume !

Trois anneaux pour les Rois Elfes sous le ciel, c'est cela ?

Le quatrième anneau n'a pas besoin d'un Roi elfe, il m'a moi.

Elle s'assit brutalement, respirant bruyamment, essayant de chasser les bribes de ce cauchemar qui hantait chacune de ses nuits.

L'anneau de la Terre...

L'anneau

- Tu veux bien te calmer, la nouvelle ! Nous travaillons toutes demain, s'énerva une elleth qui dormait à ses côtés.

Elle jeta un regard désabusé dans la pénombre de la pièce où s'entassaient la plupart des servantes du Talan. Toutes dormaient les unes à côté des autres, les yeux ouverts comme tous ceux de leur race. Quand elle était arrivée dans sa jolie chambre, Rauros était arrivé la mine ennuyée, lui disant d'un air gêné que le prince voulait qu'elle dorme avec les autres servantes.

Eden avait bien compris que ce revirement de situation était certainement dû à l'arrivée de Vàna Vertefeuille et sans broncher, elle était allée rejoindre les autres ellith. Cela pouvait paraître con, mais Eden se sentait plus à l'aise avec ces filles simples qu'avec les seigneurs dormant dans le grand talan. Mais bon, elle était un peu déprimée alors elle aurait bien voulu dormir seul dans son lit douillet et dans sa belle chambre que Thranduil lui avait fait visiter la veille.

Elle se leva, marchant sans faire exprès sur la jambe d'une elfe qui poussa un hurlement strident. Certaines se réveillèrent et lui lancèrent des regards noirs qu'Eden ignora royalement.

Après quelques instants à éviter les membres engourdis par le sommeil des servantes, Eden passa la porte de bois de la salle et sortit doucement.

Le Talan était plongé dans un sommeil de mort, et Eden marchait seule dans les couloirs, se remémorant les épisodes de cette journée. Dire qu'elle aurait dû aller s'amuser à la soirée d'Amàndil au lieu de devoir aller se coucher avec les poules. Elle aurait bien voulu sortir du Talan sans se faire voir, mais la garde royale surveillait la résidence du prince et jamais elle n'aurait pu aller vers les jardins de la reine de Caras Galadhon et aller au point de rendez-vous sans se perdre à nouveau dans les bois environnants.

- On peut toujours essayer, murmura-t-elle.

Inconsciemment, elle monta les escaliers menant aux appartements royaux. Les gardes ne firent pas attention à elle, la prenant sans doute pour une simple servante vaquant à ses occupations.

Elle toucha son annulaire et songea à son rêve. Cet anneau avait donc un nom : l'Anneau de la Terre. Qu'est-ce que cela pouvait-il bien signifier ? Elle savait que les anneaux Narya et Vilya qu'elle avait aperçu au tribunal étaient prénommés les anneaux du feu et de l'air. Peut-être que tout ça avait un quelconque rapport avec le sien ?

En vrai, toutes ces conneries elfiques lui passaient par-dessus la tête. Elle souffrait terriblement de savoir que tout compte fait Thranduil s'était sans doute joué d'elle et préférait sa Vàna trop parfaite.

L'Anneau avait raison.

Elle devait devenir folle, il y avait pas d'autre solution. Maintenant, elle pensait que cet anneau lui parlait, c'était stupide. Comment un foutu anneau pouvait-il parler ? Elle serra son poing contre son cœur. Ce n'est pas vers Amàndil qu'elle irait, elle irait voir la Dame de Lumière pour voir enfin clair sur cette histoire. Si Thranduil préférait sa fiancée, ce n'était pas une mauvaise chose, cette lubie d'en faire sa reine était complétement insensée. Elle ? Une reine ? C'était la chose la plus ahurissante qu'un type lui avait balancé pour la baratiner.

Sans Thranduil, elle avait encore moins de raisons de rester dans ce monde. Elle marcha plus rapidement, encore toute chose de la douleur qu'elle avait ressenti. Et si Thranduil disait vrai depuis tout ce temps ? Qu'il ne l'avait pas abandonné pour cette Vàna qu'il n'aimait pas, que ferait-elle ?

Elle voulait juste de nouveau ressentir la douceur de sa peau sous ses doigts, sentir de nouveau son parfum mentholé. Tout son corps lui hurlait de lui rendre Thranduil, elle éprouva soudain un tel manque qu'une douleur atroce lui rongea la poitrine.

Jamais, elle ne pourrait laisser son Thranduil dans les bras de cette femme… C'était inconcevable.

Un hurlement déchirant transperça le calme du Talan. Ce cri d'outre-tombe venait des appartements se trouvant derrière la porte où elle venait de s'arrêter. Son souffle s'éteignit dans sa gorge, perdant ses moyens, elle appuya sa main contre le bois verni de la porte. Une porte qu'elle connaissait très bien car elle l'avait franchie quelques heures plus tôt en toute hâte. C'était les appartements de Thranduil ! Pourquoi était-elle venue jusqu'ici ? N'en avait-elle pas assez de cet ellon insupportablement arrogant ?

Elle ouvrit la porte lentement, voyant que seule la lueur de la lune traversait les épais rideaux. Le sol grinçait sous ses pieds sous le couvert des gémissements provenant du large lit trônant au milieu de la chambre. Un nouveau râle empli le silence glacial, faisant sursauter l'elleth. Elle écarta les rideaux de soie bleu nuit du baldaquin, et ce qu'elle vit lui glaça le sang.

Thranduil s'agitait dans son sommeil, ses yeux magnifiques agrandis, révulsés et dilatés par son cauchemar. Les draps étaient enroulés autours de lui, collant contre son corps nu d'une beauté qui aurait arraché des sanglots à un sculpteur. Son visage était tordu par la souffrance et la moitié de son visage était mangée par la grave brûlure qu'il dissimulait habituellement. La blessure noire dévorait les chairs de son visage et grignotait son torse, rampant comme un serpent sur sa peau d'albâtre. Il pleurait, gémissait, son corps se tordant comme un supplicié.

- Je vous en supplie, ne m'amenez pas là-bas, je ne veux pas ! , hurla-t-il, gémissant comme un enfant, Naneth… Ne la tuez pas… J'irai… Je vous la rapporterai… Arrêtez !

Elle s'agenouilla près de lui, caressant doucement le visage convulsé de Thranduil. Paniquant, elle se prit à le secouer, mais l'elfe était trop fort et il la renversa de tout son poids de l'autre côté du lit. Le visage de Thranduil était à quelques centimètres du sien, elle pouvait voir les moindres détails des blessures qui lui dévoraient le corps. Et ses larmes tombant sur son propre visage, cette expression de totale vulnérabilité qu'elle n'avait jamais vue sur le visage de Thranduil lui brisa le cœur. Il semblait être retombé en enfance dans son cauchemar, ou plutôt dans sa réminiscence.

C'était comme il y a quelques mois quand il l'avait presque égorgée pendant son sommeil.

- Ne me demandez pas de faire une telle chose… Je ne veux pas le voir… Pas le voir… Le dragon… Le dragon a tué les deux princes… , sanglota-t-il.

Elle l'attira contre elle, ignorant la brûlure qui continuait de danser sur sa peau comme un tatouage de haine.

- Chut… Thranduil… Réveille-toi…

Elle caressa sa chevelure et vit l'anneau briller dans le noir.

- Réveille-toi… Thranduil, continua-t-elle à répéter d'une voix douce, Ce n'est rien, ce n'est qu'un rêve… Je suis là, moi aussi je peux te protéger contre tes peurs…

L'anneau disparut à nouveau, et le regard de Thranduil se remplit de vie, l'horreur s'endormit en lui et les brûlures remontèrent jusqu'à son œil droit, et se replièrent dans le noir de ses pupilles. Thranduil se redressa, la peur toujours flottante dans ses yeux gelés, l'inquiétude apparente, il prit le visage d'Eden entre ses mains.

- Eden… Par Irmo, que fais-tu dans ma chambre ?

Il la dévisagea, les sourcils froncés.

- Tu n'as rien ? , demanda-t-il, Dis-moi, t'ai-je fait du mal ?

- Non, mais c'est toi qui avait l'air au plus mal, murmura-t-elle.

Elle se mit alors à pleurer, laissant se déverser toute la peine de sa journée.

- J'ai cru que tu n'allais jamais te réveiller… Oh… Je dois partir…

Elle se leva, mais Thranduil lui attrapa le bras. Elle tourna la tête vers lui, rencontrant son regard plein de chaleur, suppliant.

- Reste… Reste auprès de moi, Pinig, demanda-t-il de sa voix rauque.

- Que je reste ? Mais…

- Le prince que je suis se mets à genoux et te demande de rester, nîn melleth.

Un sourire chancelant naquit sur ses lèvres, elle essuya ses larmes avec sa manche en reniflant.

- Bien sûr que je reste.


Ils restèrent un moment l'un contre l'autre, bercés par l'apaisante mélodie de leurs respirations respectives. Thranduil la tenait contre lui, dos à elle, l'entourant de la chaleur de ses bras.

- Tu ne devrais-tu pas être avec ta fiancée ?, s'enquit Eden d'une voix morne, rompant le silence.

- Nos chemins se sont séparés, avoua-t-il de son timbre profond.

Son cœur s'emballa dans sa poitrine. Elle ressentit un soulagement tel qu'elle serra de toutes ses forces la main de Thranduil contre son cœur.

- Tu veux me broyer la main, pinig ? , demanda Thranduil, faussement énervé.

- Si seulement je pouvais… , railla-t-elle.

- Eden, le futur sera difficile, tu n'as pas l'air d'en être consciente. Dès demain, il faudra que tu te comportes comme une servante, puis comme une pupille semblable à toutes les autres. Nul ne doit savoir mes projets te concernant à part mes conseillers et les juges qui étaient présents au tribunal. Malheureusement, Ràvion connait ton identité, alors nous devrons nous montrer d'une extrême prudence. Tu es en danger de mort, car c'est toi qui étais visée par cette flèche, Eden, lui apprit-il avec gravité.

- Cette flèche était pour moi ?

Elle se serra contre lui. Eden pensa de nouveau au rêve qu'elle avait fait et hésita à en parler à Thranduil. Elle n'y arrivait pas. Thranduil avait déjà ses propres soucis avec ses réminiscences. Pour quelle raison voulait-on la tuer ? Elle n'avait rien fait, pourtant !

… A part coucher avec le futur roi.

Cela ne devait pas plaire à certains.

- J'en suis arrivé à cette conclusion, et je suis certain de sa validité. Voilà pourquoi à l'avenir tu devras dissimuler ton identité jusqu'à ce que je découvre qui se cache derrière tout ceci. On a voulu m'abattre pour mieux t'atteindre… Cela doit avoir un lien avec tes origines, à ta résistance aux anneaux de pouvoirs. Visiblement, d'autres en savent mieux sur toi que j'en sais sur toi et je dois remédier à cela.

- Rusco Vertefeuille disait que l'Egnor n'avait rien à voir avec cette histoire…. , déclara Eden, voulant savoir indirectement comment l'elfe sinda se portait.

- Ne te mêle point de cela. Le coupable, j'en fais mon affaire. Et Rusco de la Vertefeuille subira mon courroux. C'est un traître. Il a œuvré pour cette organisation qui n'a qu'un but : me renverser et mettre leur « prince légitime » sur le trône, dit-il d'une voix sifflante.

- Un prince légitime ? C'est quoi, cette histoire, encore ? , demanda-t-elle.

- Le rejeton caché de la famille royale sylvaine qui régnait avant mon père. Ces idiots se sont mis dans la tête de les remettre sur le trône… Cela n'arriva jamais, surtout que « ce prince légitime » oublie que seules les elleths régnaient. Il n'y a donc pas d'héritier possible puisqu'il n'y a aucune héritière…

La colère dans son ton se calma, même si sa voix était toujours sèche.

- Je ne veux parler de cela avec toi, car je ne veux pas que tu t'en mêles. Reste pour l'instant éloignée de ces travers politiques, tu n'es pas encore prête. Dans l'immédiat, tu ne peux que prendre garde.

Les yeux grands ouverts, la peur la sortait peu à peu du doux sommeil qu'elle avait ressenti. La phrase de son rêve retentit à nouveau dans son esprit : Tuer le voleur, tuer le porteur.

- Les elfes ne tuent pas d'autres elfes, voulut se rassurer Eden. C'est un grave crime.

- Notre race est la plus sage de toutes. Née sous les étoiles près des eaux plongées dans la nuit de Cuiviénen, l'âme baignée dans la lumière d'Illùvatar. Mais ici, ici en Terre du Milieu, nous côtoyons trop les ombres. Et parfois les sentiments, l'envie de pouvoir, nous rend plus dangereux que l'Homme mortel.

Les longues mèches du souverain lui chatouillèrent le visage quand il l'embrassa.

- N'ait crainte, je te protégerai, je t'en ai fait la promesse. Je te demande seulement d'être raisonnable et de me suivre à Vertbois le grand… d'accepter que nous ne faisions qu'un, lui susurra-t-il en faisant tomber la bretelle de sa chemise de nuit.

« Nous y voilà ». Thranduil était vraiment un fin manipulateur. Le parfum de menthe poivrée englobait l'espace clos du lit fermé par les rideaux à baldaquin. Chaque endroit où il la touchait, elle pouvait sentir l'empreinte brulante de ses doigts, la dureté de son torse musclé contre son dos et de son imposante érection lui disant qu'il avait encore envie d'elle. Tout en lui l'alarmait, depuis la volupté ardente de son désir jusqu'à la virilité épicée de son odeur.

Tu parles trop, Thranduil… , gémit-elle en s'agitant contre lui, puis en baillant, C'est d'accord si Dame Galadriel ne peut m'amener dans mon monde… Il faut que je lui parle à elle et au magicien Gandalf… , ajouta-elle en s'endormant.

Le magicien Gandalf ? Qui est-ce ? , demanda brusquement le prince en tortillant l'une des mèches de sa nuque.

Il a une longue barbe grise, des vieilles fringues dégueulasses et il embrasse Dame Galadriel parce qu'il aime son ponch au curaçao… ,marmonna-t-elle, tombant de fatigue.

Thranduil considéra Eden avec étonnement.

- Tu racontes n'importe quoi, petite. Et pour Dame Galadriel. Nous en reparlerons.

Il lui embrassa tendrement la joue, tandis que le sommeil l'emportait doucement.

- Thranduil… J'espère que tu vas guérir… , espéra-t-elle en s'enivrant de son odeur, Je ne veux pas te perdre.

Jamais tu ne me perdra, lui assura-t-il, Dors maintenant.


Eden ouvrit les yeux, fixant le plafond du lit, un assemblage de pierres précieuses sur une toile de couleur noir.

- Thranduil ?

Elle se retourna, cherchant la chaleur émanant de son elfe. Elle tâta le couvre lit, cherchant Thranduil dans le pénombre. Il n'était plus là. Où était-il allé ? Elle se redressa, et sentit la pureté froide du vent d'hiver. D'un coup sec, elle ouvrit les rideaux du baldaquin. Les toutes premières lueurs de l'aube illuminaient faiblement la pièce, mais la nuit s'attardait encore. Le soleil hivernal s'épanouissait, éclairant les minuscules grains de poussière voletant dans la pièce, leur donnant l'aspect de paillettes d'or.

- Cund, prince ?

Elle entendit soudain une respiration rauque comme si quelqu'un baisait sauvagement. La porte de l'un des vitraux menant à la terrasse était entrebâillée, et la pâle lueur de l'aube s'infiltrait dans les carreaux. Frissonnant, elle prit un long manteau appartenant à l'elfe et l'enfila. Le mobilier paraissait figé dans le calme matinal. Tout était d'ailleurs d'un calme de monastère à part bien sûr les bruits de coït qui venait de la terrasse.

Elle sortit en serrant le manteau contre elle, et fut aveuglée par la pureté aérienne de la neige. Les flocons tombaient doucement, accompagnés par un vent glacial qui agitait les branches nues des arbres environnants. Au milieu de la blancheur cadavérique de l'atmosphère, du plancher blanc de la terrasse, Thranduil, l'arme à la main, semblait danser avec l'hiver. Il était torse nu, ne portant qu'un pantalon gris et ses jambières. La lumière froide pâlissait sa peau, le faisait paraître pour une statue de glace, mais habité par un feu vivant.

Dans ses yeux brillait le calme d'un guerrier ne faisant qu'un avec son art, réalisant chacun de ses gestes avec un bonheur infini comme si il peignait l'aube rosée avec le fil de son épée.

Ses muscles s'étiraient au rythme des coups qu'il donnait dans le vide et son épée fendait l'air dans un sifflement musical. La lame brillante de l'épée était la continuité de son bras d'une musculature parfaite. L'épée hachait le vent, tandis que Thranduil sautait en l'air puis retombait avec une grâce meurtrière.

Il s'entraînait ou plutôt semblait se délecter de l'habilité et du tranchant de sa lame. La respiration d'Eden s'emballa un peu plus à chaque mouvement du prince. Ils étaient tous d'une telle rapidité qu'elle manquait de les voir et la force avec laquelle il réalisait chaque coup la pétrifia. Pendant des milliers d'années, Thranduil avait manié le fer, ce n'était pas qu'un ellon habile en politique, il était aussi un elfe aguerri au combat capable de se mesurer à n'importe quel adversaire.

Lors d'un entraînement de Rauros à la lance contre Thranduil, lors du voyage jusqu'au Port Ephémère, Cuthalion lui avait glissé d'une voix fier :

- Notre prince est l'un des plus grands combattants de la Terre du Milieu. Rauros est chanceux de l'avoir pour maître.

L'un des plus grands combattants de la Terre du Milieu. Un elfe qui devait devenir roi.

Le soleil illuminait maintenant totalement la Lorinand, et les rayons faisaient étinceler la chevelure de Thranduil comme une torche d'or et d'argent.

Soudain, il s'arrêta et se tourna vers elle. Doucement, il abaissa l'épée une grande lame où Eden put voir distinctement une étoile argentée à sept branches.

« Une étoile à sept branches, une étoile… » ,ses yeux s'écarquillèrent quand l'inévitable lui péta à la figure. Cette épée était celle de son rêve, c'était celle que tenait cet elfe qui la menaçait, lui disant cette phrase dont elle ne comprenait pas le sens : « tuer le voleur, tuer le porteur ». Le porteur de quoi ? Quel voleur ? Alors, elle songea à l'anneau d'émeraude qu'elle avait au doigt. La peur lui vrilla l'estomac. L'elfe de son rêve n'était pas Thranduil, mais l'épée était la même. Cette épée était celle qu'elle craignait à chaque fois qu'elle s'endormait, et elle existait.

- Pinig, tu es enfin réveillée.

Il pointa l'épée vers elle, le reflet de la lame se reflétant dans son regard gris. Un regard où se miroitait le pouvoir.

- Vois cette épée, Eden. C'est l'épée de mon père, Celebêl, l'étoile d'argent, joyau de la famille royale, elle te protègera et son tranchant trouvera la gorge de mes ennemis, dit-il d'une voix grave.

- Ne me pointe pas avec cette chose…, balbutia-t-elle en reculant.

- N'aie crainte, la rassura-t-il en la rangeant d'un coup sec dans le fourreau qui pendait à sa ceinture, J'ai pris ma décision Eden. Va te vêtir convenablement. Tu pars voir Dame Galadriel.

- Vraiment ?, s'exclama-elle, un sourire tremblant naissant sur ses lèvres, louchant toujours sur l'épée reposant dans le fourreau.

Oui, elle t'attend. Pars promptement avant que je ne change d'avis, mais reviens moi, la prévint-il dangereusement en braquant ses pupilles dans les siennes.


Voilà, j'espère que ça vous a plu ! Devinez pourquoi Eden ne pourra jamais rencontrer Gandalf à l'heure actuelle ?La question à 100 000 $ ! Parce que Gandalf n'est même pas encore arrivé en Terre du Milieu. Gandalf dont l'ancien nom est Olorin débarque en Terre du Milieu en environ l'an 1000 du Tiers âge. En gros, Eden devra attendre 1000 ans si elle veut rencontrer, ce qui concorde avec l'arrivée de l'ombre à Vert bois. Mince alors ! haha pauvre meuf qu'est mon Oc, une vrai inculte de la culture fantasy.

Des gros bisous les pandas ! N'empêche dans 4 chapitres la fin de la partie I. Je vais faire de mon mieux pour écrire plus vite et bien suivre mes plans.

Au prochain chapitre Galadriel in da place.