OS inspiré des paroles et du clip de la chanson Le Portrait par Calogero, parce qu'à chaque fois que je l'entends, je ne peux pas m'empêcher de penser à Killian.
« Il rêve couché sur un parquet
Dans les bras de sa mère
Dessinée à la craie
Tous les soirs en secret
Ce dessin il le fait
Trait pour trait
A partir d'un portrait. »
Alors qu'au-dehors la nuit était tombée depuis bien longtemps, le jeune Killian Jones, assis sur son lit, regardait le ciel à travers sa fenêtre. Malgré l'heure avancée de la nuit, il n'arrivait pas à s'endormir ; en effet, son sommeil était peuplé d'affreux cauchemars et il n'avait pas le courage de réveiller son frère aîné pour lui faire part de ses peurs afin d'être rassuré. De plus, même si Liam se montrait toujours fort devant lui, le jeune garçon n'était pas dupe : souvent, le soir, il pouvait entendre à travers les murs qui séparaient leurs deux chambres des sanglots étouffés. Il avait beau être le plus grand, lui aussi avait besoin de réconfort, après tout.
Tandis qu'il commençait à se perdre dans ses sombres pensées, le cadet de la famille aperçut une étoile filante passer devant lui, ce qui le fit sourire. A chaque fois qu'il en voyait une, depuis la disparition de sa mère quelques semaines auparavant, il aimait à penser que c'était elle qui venait s'assurer que ses petits anges (c'est ainsi qu'elle avait pris l'habitude de surnommer ses enfants) étaient en parfaite santé. C'est pour cette raison qu'il s'obligeait à tout le temps arborer un rictus heureux sur ses lèvres devant cette vision ; il ne souhaitait pas que la jeune femme sache qu'il était malheureux, il savait qu'elle détestait le voir pleurer.
Après encore un moment à contempler l'horizon, il détourna les yeux et les posa sur un portrait d'elle dessiné sur un morceau de papier et qui n'avait jamais quitté la table de chevet de Killian depuis le triste jour de sa mort. Il se leva et le prit entre ses doigts qu'il laissa glisser le long de ses cheveux puis contre sa joue.
Elle était si belle avec ses longues boucles noires – boucles dont avait hérité Liam, d'ailleurs – et ses irises d'un bleu intense qui avaient le pouvoir de vous transpercer en un regard. Le jeune Jones ne pouvait qu'être fier de posséder les mêmes. Bien entendu, tout ceci ne pouvait se voir à travers le simple dessin mais le doux visage de sa mère restait ancré de manière bien distincte dans la tête de l'enfant. Il priait pour que ce dernier ne s'efface jamais avec le temps.
C'est alors qu'il eut une idée : il décida de reproduire le dessin avec les quelques craies qu'il avait un jour volées à son père pour refaire une image cette fois-ci en couleurs de la jeune femme. De plus, depuis son plus jeune âge, il s'était toujours montré passionné par cet art ; puisqu'il était un garçon de nature très timide et peu sûr de lui, c'était pour lui un échappatoire et excellent moyen d'expression dans lequel il laissait s'évader ses sentiments en toute sérénité. Et, justement, avec les événements des dernières semaines, il en avait grand besoin.
La lumière émise par la lune et les étoiles n'étant pas suffisantes pour qu'il puisse voir correctement ce qu'il faisait, il alluma une petite bougie qu'il positionna à ses côtés pendant qu'il s'agenouillait sur le parquet de bois. Il attrapa une première craie avec laquelle, dans la plus grande concentration, il traça d'abord les contours du visage de sa mère. Il s'appliquait du mieux qu'il pouvait et lançait de nombreux coups d'œil à son image de référence pour que tout soit le plus parfait possible – après tout, le portrait de base avait été réalisé par un professionnel en cadeau de mariage de ses parents.
Il crayonna sa tête ronde, ses grands yeux avec ses longs cils, ses lèvres toujours tournées en un sourire qui ne la quittait jamais, les fossettes de ses joues, son petit nez qui avait tant de fois chatouillé le creux du cou de Killian pour le consoler lorsqu'il s'effondrait en sanglots entre ses bras, les quelques rides de son front, voulant ainsi représenter le plus de détails possible tant qu'il s'en rappelait encore parfaitement. Il ne se contenta pas seulement de cela et continua son dessin avec le haut de son corps, jusqu'à ses mains.
Il fut cependant coupé dans son élan par des bruits de pas qui l'obligèrent à souffler sur sa bougie pour l'éteindre et retint sa respiration un instant. De la lumière reflétait à travers l'entrebâillement de la porte et les pas s'arrêtèrent juste devant celle-ci. Après un temps de silence complet, une petite voix se fit entendre que l'enfant reconnut immédiatement comme celle de son frère aîné :
« Killian, tu dors ? chuchota-t-elle. »
L'intéressé ne répondit pas et se contenta d'attendre. Il savait qu'il se ferait gronder si l'on venait à savoir ce qu'il était en train de manigancer à une heure pareille… Liam en conclut donc que son cadet dormait bel et bien et retourna dans sa propre chambre.
Killian attendit encore quelques minutes afin d'être sûr que l'autre garçon était vraiment reparti se coucher puis reprit son travail où il l'avait abandonné.
A présent que les traits de base avaient été repassés, il changea de craie et commença la pose des couleurs par les cheveux. Pendant qu'il les faisait avec le plus grand soin mèche par mèche, il se rappela, nostalgique, que sa mère lui avait un jour expliqué que, lorsqu'il n'était encore qu'un bébé, il aimait tant laisser ses petites mains s'y perdre dedans et se coincer entre les boucles. Elle lui avait aussi raconté que ce geste la faisait beaucoup rire – suite à cette pensée, il s'imagina son rire cristallin, si doux à l'oreille et qu'il ne se lassait jamais d'entendre. Dans son malheur, il se réjouissait de savoir que la dernière image qu'il avait eu d'elle avant qu'elle ne s'endorme à tout jamais soit son visage serein illuminé par un rictus soulagé, soulagé d'avoir ses deux petits bonhommes à ses côtés pour partir en paix après avoir lutté des jours durant contre la terrible maladie qui au final avait gagné le combat.
Une fois la chevelure terminée, il s'attaqua au bleu de ses yeux. Il était déçu de ne pas pouvoir représenter exactement la bonne couleur car elle était si belle mais il savait que c'était quelque chose qu'il ne risquait pas d'oublier : il lui suffisait de regarder son propre reflet dans un miroir pour les apercevoir ; il possédait, à la nuance de teinte près, les mêmes qu'elle.
Il finit son portrait par quelques petites retouches mais, puisqu'il commençait à se faire réellement tard et que la fatigue prenait de plus en plus part de son corps, il décida qu'il continuerait le lendemain pour changer ce qui ne lui plaisait pas et effacer les quelques défauts restants. De plus, cette esquisse lui avait permis de se calmer et de mettre toutes ses peurs de s'endormir de côté, c'est pourquoi il voulait en profiter pour se reposer quelque peu.
Cependant il ne rejoignit pas son lit. Il se contenta de ranger les craies à leur place et d'éteindre sa bougie avant de se coucher au côté de sa mère dessinée. Il posa sa petite main contre la sienne et crut sentir des doigts venir enserrer les siens – sûrement était-ce son imagination qui lui jouait des tours. Avant de fermer les paupières, il lança un dernier regard en direction du visage souriant et apaisant de la brune. Un triste sourire apparut sur ses lèvres tandis qu'il laissait s'échapper les mots qu'il avait sur le cœur mais qu'il n'avait malheureusement pas assez eu l'occasion de lui prononcer :
« Je t'aime Maman. »
Lorsqu'il retourna la tête pour faire face au plafond, il ajouta, d'un ton presque inaudible et dans un soupir de mélancolie :
« Tu me manques… »
Une seule larme roula le long de sa joue suite à ces mots, puis il s'endormit tout de suite après. Pour la première fois depuis de nombreuses nuits, il ne fit aucun cauchemar ; au contraire, il rêva de sa mère et lui et Liam, tous trois couchés main dans la main sur la plage à contempler les étoiles filantes dans le ciel, bordés par le bruit des vagues de la mer face à eux.
« Je serai toujours là pour veiller sur vous, de quelque manière que ce soit, l'avait-il entendu leur murmurer avant qu'il ne se réveille quelques heures plus tard tout à fait reposé et une lueur nouvelle au fond des yeux. »
Il était déterminé à se relever de cette rude épreuve. Il allait tout faire pour que, d'où elle se trouvait, la jeune femme soit fière de lui et de ce qu'il allait devenir.
(A présent, plus de deux cents ans plus tard, alors qu'elle le contemplait marcher depuis le ciel main dans la main avec sa Swan à travers les rues de Storybrooke et qu'il la faisait rire de bon cœur grâce à ses histoires, elle ne pouvait qu'être réellement fière du chemin qu'il avait parcouru depuis ce triste soir où elle avait été enlevée à lui.)
