Auteure de Because Of A Boy : cutestkidsmom

Traductrice de la version française À cause d'un garçon : Milk40

Merci pour tous vos commentaires, et bonne lecture.

Chapitre Vingt-et-Un : Confessions et révélations

Je me réveille au bourdonnement déplaisant de mon réveille-matin. Je me redresse et je maudis ma gueule de bois. Je peux voir d'après l'heure qu'il est que je dispose de soixante minutes avant que mon père ne m'appelle.

Je fais du café et je saute dans la douche pendant qu'il percole.

Après ma douche, je me sens beaucoup mieux, et je descends au rez-de-chaussée pour boire mon café. Je suis en train de boire ma seconde tasse quand mon téléphone sonne.

« Allô ? »

« Edward, bien, tu es réveillé. Est-ce que tu es prêt ? Devrions-nous y aller maintenant ? » Mon père parle à toute allure.

« Je vais partir dans une dizaine de minutes. Felix va nous conduire là-bas. » J'essaye de garder ma voix calme dans l'espoir que ça le détendra.

« Oh, d'accord, ouais, ça semble assez raisonnable, » dit-il d'une voix tremblotante.

« Tout va bien aller, papa, je le promets. »

« Bien sûr. » Il ne dit rien d'autre. Je sais que ça va être une journée vraiment longue.

ooo

Lorsque nous arrivons au bureau du docteur Young, Carlisle commence à arpenter la pièce, une main sur sa hanche et l'autre pinçant l'arête de son nez et triturant ses cheveux.

Il se met à marmonner. Je ne comprends pas ce qu'il dit, mais c'est quelque chose qu'il a toujours fait pour se calmer. Parfois ce sont des équations, et à d'autres occasions c'est une théorie sur laquelle il travaille.

« Dr Cullen ? » Il se retourne brusquement et aperçoit le Dr Young qui lui adresse un sourire chaleureux.

« Oui ? » Demande-t-il en me regardant, cherchant mon soutien, je crois.

Je me lève et me place entre mon père et le Dr Young. « Où allons-nous faire ceci ? » Je m'enquiers.

« J'ai pensé qu'il serait préférable de faire cette partie de l'étude dans mon bureau. Je sais qu'il est extrêmement important que Dr Cullen se sente à l'aise, et cet environnement lui est familier. »

Je regarde mon père et il hoche la tête.

Elle a baissé les stores et allumé quelques bougies. Le bureau baigne dans un éclairage tamisé. Carlisle s'installe immédiatement sur le canapé le plus près de la porte. Je m'assois à côté de lui.

« Alors, Dr Cullen, j'aimerais procéder par sections. Je sais qu'il y aura des questions très difficiles qui vous seront posées, donc tout au long de l'étude, je vais alterner entre votre passé et votre présent. Cela vous convient-il ? » Demande-t-elle avec des yeux remplis de sympathie et un petit sourire.

« Ouais, sûr, » grommelle-t-il.

« Super. » Elle me regarde. « J'ai du café, du thé ou de l'eau là-bas. » Elle me montre un petit frigo. Il y a une cafetière et une bouilloire pour le thé sur un double brûleur à côté du réfrigérateur.

« Merci. Papa, veux-tu boire quelque chose ? »

Il se contente de secouer la tête. « Je veux en finir au plus vite avec ça. »

« Dr Cullen, ce sera plus facile si vous vous détendez. » Elle pose ses mains sur ses genoux.

« Je ne parviendrai pas à me détendre, alors si c'est ce que vous espériez, enlevez-vous ça de la tête. » Il ne lève pas les yeux en parlant, mais la colère dans sa voix fait légèrement reculer le Dr Young dans son fauteuil.

« Papa. » Je place ma main sur le dessus de la sienne. Il se retourne et ses yeux bleus plongent dans les miens, et tout ce que j'y vois c'est la peur.

« Je ne vais pas te laisser. Je vais rester ici tout le temps, je le promets. »

Quelques minutes plus tard, le Dr Young commence.

« Avez-vous des frères et des sœurs, Dr Cullen ? »

Il secoue la tête. « Non, je suis à peu près certain qu'après moi, mon père a fait subir une hystérectomie à ma mère. »

« Pourquoi pensez-vous cela ? » Interroge-t-elle en griffonnant sur son bloc-notes et en ajustant une petite caméra qu'elle a placée derrière elle.

« J'étais un gros désappointement, et cela dès ma naissance. »

« Est-ce que c'est ce qu'on vous a dit ? »

Il acquiesce. « Souvent. »

« Quelle est votre perception de vous-même maintenant, Dr Cullen ? »

Il hausse les épaules. « Je me considère chanceux, je suppose. »

« Certainement, mais pensez-vous que vous décevez votre femme, ou vos enfants ? »

Il me regarde de biais. « Je ne crois pas, mais je sais que je peux être embarrassant à certains moments. »

Le Dr Young me regarde. Je secoue la tête.

« Je ne pense pas que votre fils le perçoive de cette façon, et votre femme vous aime, cela me paraît très évident. »

« Je sais que j'ai réussi dans toutes les choses que mon père m'avait dit que j'allais échouer. Je suis conscient de toutes mes victoires. » Il prend une grande respiration. « Je n'ai jamais vraiment pensé que j'étais un raté, c'est juste qu'il me disait toujours que c'était le cas. »

« Votre père criait-il beaucoup ? »

Carlisle laisse échapper un petit rire. « Quasiment tout le temps. »

« Comment vous sentez-vous quand vous entendez des cris ? »

« Je déteste ça, ça fait vibrer ma peau, et ma tête palpite. Rien ne semble clair, et je n'arrive pas à réfléchir. » Il tripote le tissu de son pantalon. « Mon esprit est le seul endroit où je peux être moi-même sans craindre les reproches. »

« Alors quand votre père criait, comment cela vous faisait-il vous sentir ? Donnez-moi un mot. »

« Étranger, » dit-il dans un murmure.

Elle hoche la tête et prend d'autres notes.

« Arrive-t-il à votre femme de crier ? »

La commissure des lèvres de mon père se retrousse vers le haut. « Non, jamais. Elle me comprend. »

« Vous m'avez dit une fois qu'elle vous avait sauvé. Que vouliez-vous dire ? »

« J'ai su que j'aimais Esmée dès que je l'ai vue derrière le comptoir de la boutique Hallmark. Quand je l'ai abordée, j'avais tellement peur. Mais elle m'a simplement adressé un sourire radieux, et je l'ai aimée instantanément. » Il regarde le Dr Young avec des yeux brillants.

« Esmée m'a vu. Elle me voit toujours. »

Je peux sentir la boule dans ma gorge. Je la ravale et je plaque un sourire vaillant sur mon visage.

« Alors elle a tout accepté à votre sujet ? »

« Elle savait qu'il y avait un truc à propos de moi, elle m'a forcé à passer des tests. Je lui ai dit que c'était inutile parce que mon père m'avait toujours dit que j'étais un savant dans certains domaines, et un fainéant dans d'autres. »

« Mais votre femme, elle ne vous voyait pas comme ça ? »

Il secoue la tête. « Pas du tout ! »

« Vous dites que votre père vous disait que vous étiez fainéant, que voulait-il dire ? Comment étiez-vous fainéant à ses yeux ? »

Il soupire et ferme les yeux très fort. « Je n'arrive pas à me souvenir de certaines choses. J'ai un problème de mémoire. Si on me demande de faire la vaisselle, de sortir les poubelles et de plier le linge, je vais plier le linge, et c'est tout. »

« Donc vous vous rappelez seulement une tâche à la fois ? » Demande le Dr Young en traversant la pièce pour aller chercher trois bouteilles d'eau.

« Oui. »

« Et votre père attribuait cela à la paresse ? »

« Oui. »

Elle nous tend les bouteilles d'eau, et Carlisle engloutit la moitié de la sienne en cinq secondes.

« Lui arrivait-il de vous punir ? » Questionne-t-elle avec précaution.

Il écrase légèrement la bouteille et arrête subitement de boire.

« Parfois. »

« À quoi ressemblaient ces punitions ? »

Il dépose la bouteille sur la table.

« J'aimais mon piano, je prenais plaisir à dessiner et à m'occuper de Carrington, mon cactus. » Il se racle la gorge. « Je n'avais pas d'amis, donc m'interdire de sortir de la maison aurait été futile. Alors à la place il m'enlevait tout ce que j'aimais. »

« Quand il vous ôtait ces choses, que faisiez-vous ? Qu'est-ce que ça vous faisait ? »

« Au début je me cachais sous mon lit et je pleurais. » Il frémit légèrement à ce souvenir. « Mais j'ai toujours été plus malin que mon père. Je lui ai dit que Carrington était mort et je l'ai caché. Alors chaque fois qu'il m'enlevait autre chose, j'allais dans mon placard avec Carrington. »

« De quoi parliez-vous avec Carrington ? »

Il hausse les épaules. « Parfois je lui parlais d'une théorie sur laquelle je travaillais. À d'autres occasions je lui parlais des questions que je me posais. »

« Les questions que vous vous posiez ? » Demande-t-elle avant de prendre une gorgée de son eau.

Il laisse échapper un soupir. « Oui, je ne comprenais pas mon corps lorsque j'avais treize ans. J'avais ces sentiments étranges. J'interrogeais Carrington. »

« Oh, et comment avez-vous finalement obtenu vos réponses ? »

Il lève les yeux vers moi, puis vers le Dr Young. « Je n'ai pas obtenu ces réponses. »

« Vous les avez trouvées à un certain moment. Comment ? »

« J'ai lu des livres et j'ai regardé des émissions de télévision. »

« Donc personne ne vous a expliqué la sexualité ? »

Il secoue la tête. « Non. »

« Mais vous avez deux enfants. Est-ce qu'Esmée vous a guidé à travers cette partie de votre vie ? »

Chaque fois que le Dr Young mentionne ma mère, Carlisle se détend.

« Oui, elle a été ma première, et il n'y aura toujours qu'elle. »

La thérapeute sourit. « C'est beau et touchant, Dr Cullen. »

Il hausse les épaules une fois de plus. « Vous savez, Dr Young, vous conduisez cette étude pour découvrir comment j'ai triomphé de tous ces obstacles. Comment j'ai défié les probabilités, non ? »

Elle hoche la tête. « Oui. »

« Je n'ai pas besoin d'une étude pour me dire comment j'ai fait ça. Je peux vous faire épargner beaucoup de temps et d'argent, vous savez, » dit-il.

« Oh ? » Elle sourit. « Éclairez-moi, Dr Cullen. »

« Pour venir à bout de l'impossible, il faut d'abord avoir un rêve, et ensuite il faut croire en ce rêve avec tellement de conviction que quand il se présente à nous, il faut s'y accrocher et le laisser nous guider vers la vie pour laquelle nous sommes destinés. »

Je le regarde avec une immense fierté à cet instant-là. Peut-être qu'il ne le savait pas avant d'entrer dans cette pièce, mais il connaît désormais la réponse.

« Et vous avez trouvé votre rêve, Dr Cullen ? »

« Oui. »

« Quel est-il ? »

« Ne me demandez pas quel, demandez-moi qui… Esmée. »

Elle sourit et ses yeux s'agrandissent. « Alors vous dites que compter sur une autre personne est la clé pour survivre à une vie comme la vôtre ? »

« Non. » Il roule des yeux. « La compréhension est la clé. »

« Intéressant, » marmonne-t-elle en écrivant.

« Esmée a été la première personne à avoir jamais tenu tête à mes parents. Ils la détestaient. » Il rit. « Quand elle est venue dîner à la maison une fois, mon père discutait de politique. Esmée était en désaccord avec toute son argumentation. Il lui a dit qu'elle était une petite dame, et qu'elle devrait laisser les grandes réflexions à la gent masculine. » Il secoue la tête.

« Qu'a fait votre femme ? »

« Elle s'est levée et elle a dit à mon père qu'il était un con prétentieux qui ne m'arrivait pas à la cheville, et que s'il n'était pas si 'petit', alors il verrait quelle maison étouffante cela avait dû être pour moi en grandissant. Puis elle a pris ma main et m'a dit de partir avec elle. »

« L'avez-vous fait ? » Demande la thérapeute, assise sur le bord de sa chaise dans l'expectative.

« Oui, et je ne l'ai jamais regretté. J'ai été aux côtés d'Esmée chaque jour depuis. » Il sourit alors qu'il parle de ma mère.

« Vos parents étaient-ils en colère ? »

« Oh oui. Mon père a défoncé mon piano à coups de batte ; il a brûlé tous mes cahiers de notes et mes croquis. Heureusement, Carrington était caché, si bien qu'il ne l'a pas trouvé. Je suis revenu plus tard pour le récupérer. »

« Qu'est-ce que votre épouse a fait à ce moment-là ? »

« Elle s'est rendue dans un magasin de fournitures de bureau et elle m'a acheté des carnets de croquis, des cahiers de notes et de nouveaux stylos. Elle n'avait pas les moyens de m'acheter un piano. Je lui ai dit que ça allait, mais elle est têtue. Elle n'a jamais renoncé. » Il glousse.

« Alors vous l'avez eu, ce piano ? » Demande le Dr Young.

« Cinq ans plus tard, pour mon anniversaire. »

J'acquiesce. Le piano en question est dans leur bibliothèque. Ma mère le fait accorder chaque année et l'époussette quotidiennement. Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi. Ce n'est pas un piano hors de prix ou quoi que ce soit. Mais maintenant, après avoir entendu cette histoire, je me rends compte qu'il est plus précieux que tout autre objet dans cette maison.

« Votre père et votre mère sont décédés ? »

« Oui. »

« Qui est décédé en premier ? » S'enquiert la thérapeute.

« Ma mère, il y a environ douze ans. Elle avait le cancer. »

« Oh, je suis vraiment navrée. » Elle arrête d'écrire et adresse un sourire réconfortant à mon père.

« Ouais, eh bien, elle a beaucoup souffert, elle est en paix maintenant, je suppose. » Il hausse les épaules, roulant imperceptiblement des yeux. Je le remarque, et je pense que le Dr Young le remarque aussi.

« Et votre père ? Quand est-il décédé ? »

« Il y a quatre ans. » Il mord sa lèvre inférieure et son œil tressaille.

« Comment vous sentez-vous au sujet de la mort de votre père ? »

Il hausse les épaules. « Honnêtement ? »

Elle opine. « Bien sûr. »

Il saisit de nouveau la bouteille sur la table et la déforme, provoquant un crépitement. Une minute s'écoule avant qu'il ne réponde.

Cela devrait me surprendre quand il lui répond :

« Soulagé. »

Le Dr Young cesse d'écrire et le regarde. « Soulagé ? »

« Oui, c'était un homme horrible. Je me suis senti mal pour lui pendant un certain temps. Je pensais qu'il n'avait tout simplement jamais éprouvé assez d'amour dans sa vie pour comprendre ce que cela signifiait vraiment. »

« Mais ce n'est plus ainsi que vous vous sentez ? » Demande-t-elle en tournant la page de son bloc-notes.

« Non. »

« Pourquoi ? »

« Parce que s'il m'avait juste laissé l'aimer, s'il m'avait juste aimé en retour… » Sa voix se brise et un léger hoquet s'échappe de sa bouche.

Je saisis sa main et il serre très fort. Il me regarde avec des yeux humides et un visage rougi.

« Vous vouliez juste de l'amour, Dr Cullen, n'est-ce pas ? » Murmure la thérapeute.

Il hoche la tête. « Je ne suffisais pas, je ne cadrais pas. J'étais la pièce molle et gondolée du puzzle. »

« Que voulez-vous dire par là ? »

« Vous savez quand on s'assoit à la table de la salle à manger avec du lait, des biscuits et un puzzle ? »

Elle fait un signe affirmatif.

« Eh bien, on a ce délicieux goûter et on met notre cerveau au défi de faire ce chef-d'œuvre de cent morceaux aux formes bizarres. » Il dégage sa main de la mienne.

« Et là on renverse son lait, et il y a un morceau du casse-tête qui s'imbibe de liquide. On le met de côté et on le laisse sécher jusqu'à ce que ce soit la dernière pièce du puzzle qu'il reste à utiliser. » Son visage devient sérieux.

« Mais quand on vient pour l'utiliser, elle ne s'intercale plus comme il faut. L'espoir de la perfection est brisé par la bizarrerie du morceau gondolé, de l'objet qui veut s'adapter, qui est censé être là. Il était normal jusqu'à ce qu'il soit aspergé de honte. Maintenant il ressort du lot, il fait saillie, se donne des airs. »

Je peux dire par l'expression sur le visage du Dr Young qu'elle a finalement un aperçu des pensées qui occupent l'esprit de mon père.

« Vous sentez-vous encore ainsi, Dr Cullen ? »

« Habituellement non. Ce n'est qu'après le décès de mon père que je me suis senti plus léger, plus… normal. »

Nous prenons une pause de cinq minutes afin que le Dr Young puisse changer la vidéocassette et donner un peu de temps à mon père pour se détendre.

Il repose sa tête sur le dossier du canapé et prend de grandes respirations. Je ne l'interromps pas, je me contente de l'observer, et je ne peux pas m'empêcher d'admirer la force de cet homme étonnant. C'est l'homme à qui j'espère ressembler un jour. Si seulement je peux être aussi chanceux.

« Alors, Dr Cullen, j'aimerais vous poser des questions au sujet de vos enfants. »

Il redresse la tête et sourit quand il entend parler du sujet suivant.

« Edward est le plus vieux, n'est-ce pas ? »

« Oui. » Il me regarde et tapote ma jambe.

« Racontez-moi ce que vous avez ressenti quand votre femme vous a annoncé qu'elle était enceinte. »

Il inspire et émet un petit rire. « Ça faisait un moment que nous essayions de concevoir. Elle était en train de se décourager, mais moi je savais qu'il fallait juste patienter. »

« Donc il a fallu un certain temps ? »

« Oui, mais finalement elle est allée déjeuner avec une amie, et quand elle est rentrée à la maison, elle était pâle, et en sueur, et assez repoussante, à vrai dire. Elle a vomi pendant presque toute la nuit, pensant que c'était une intoxication alimentaire. »

Il commence à frotter ses mains sur le devant de ses jambes, formant un motif avec le mouvement.

« J'avais très peur et je l'ai suppliée d'aller à l'hôpital. » Il regarde la thérapeute dans les yeux. « Je déteste les hôpitaux, mais je ferais tout pour Esmée, alors je suis allé. »

« Était-ce une intoxication alimentaire ? »

« Non, le docteur est revenu et il a dit à Esmée qu'elle était enceinte. Alors nous avons eu la chance de l'apprendre ensemble. »

Le Dr Young rit. « Comment vous êtes-vous senti ? »

« Comme si je volais. » La fierté enjolive son visage quand il parle.

« Est-ce qu'Esmée était sereine pendant sa grossesse, ou s'est-elle transformée en mégère ? » Demande le Dr Young avec humour.

Carlisle fronce les sourcils et lance une expression à son interlocutrice comme si elle venait de lui poser une question obscure.

« Elle était merveilleuse. Elle est toujours calme et pondérée, elle ne perd jamais son sang froid. »

Le Dr Young hoche la tête. « Est-ce qu'il arrive à Esmée de se fâcher ? »

« Bien sûr que si, elle est humaine, » répond Carlisle. Son visage est toujours déformé par la confusion.

« Mais elle ne se met jamais en colère contre vous ? »

Il soupire. « Tout le monde se fâche, Dr Young, même Esmée, et oui, parfois elle se met en colère contre moi. En revanche, elle ne passe pas son temps à me tyranniser. »

« Je vois. Donc elle est sévère mais respectueuse ? »

« Exactement. »

« D'accord, et au sujet de votre fils, comment vous êtes-vous senti lorsqu'il est né ? »

Il adresse un sourire radieux à la thérapeute. « C'était incroyable. Il était tellement beau. » Il me regarde. « Il est encore le plus beau garçon dans le monde. »

Je roule des yeux et je ris.

« Étiez-vous nerveux d'être un père ? »

« Évidemment, mais Esmée était là pour m'aider, me guider. J'ai essayé de faire de mon mieux. Mon père m'a dit de faire attention, cependant. »

Elle penche la tête sur le côté. « Pourquoi ? »

« Il ne voulait pas que ma stupidité déteigne sur lui. » Il hausse les épaules. « Du moins c'est ce qu'il me disait. »

Le Dr Young ne dissimule pas sa colère en entendant cette déclaration. Son visage passe par toutes les nuances de rouge.

« Quelle chose épouvantable à dire à quelqu'un… Qu'est-ce que… Pour qui se… »

Elle est interrompue par le rire de Carlisle. Elle lève les yeux et son visage devient blême.

« Oh, Dr Cullen, je suis tellement désolée. C'était plus qu'inapproprié de ma part. »

Il balaye ses excuses du revers de la main. « Non, votre réaction est tout à fait justifiée. J'ai cru pendant un moment que vous étiez un robot dénué de sentiments. »

Elle émet un petit rire. « Eh bien, je ne suis pas un robot, et vous êtes loin d'être stupide. »

« Je sais, » dit-il.

« Parlez-moi d'Alice ? »

« C'est une vraie boule d'énergie celle-là. Elle est pratiquement sortie toute seule du ventre d'Esmée et s'est mise à donner des ordres aux infirmières. »

Nous rions tous aux dépens d'Alice.

« Elle est très protectrice envers moi. Souvent je ne peux pas l'amener avec moi quand je dois me rendre quelque part parce qu'elle s'emporte dès que quelqu'un me regarde d'une drôle de façon. »

La thérapeute sourit. « Bien, c'est bon d'être aimé autant que ça. »

Carlisle acquiesce. « Ouais, ça l'est. »

« Avez-vous jamais pensé que l'un ou l'autre de vos enfants était atteint d'autisme ? »

Mon père secoue la tête. « Non, ils n'ont jamais montré de signe. Toutefois Alice a un TDAH, et quoi qu'en pense Edward, il se trémousse comme un diable dans l'eau bénite. »

« Pas du tout, » je réplique.

« Vous voyez, » dit-il au Dr Young.

« Ok, Dr Cullen, faites-moi une faveur et résumez-moi votre vie maintenant. »

Carlisle réfléchit pendant un moment avant de répondre.

« Chrysanthèmes, jujubes, hula hoop, espoir, désir, joie, peur et amour. »

« Uhm… Ce n'est pas ce que je voulais dire. Pouvez-vous utiliser des phrases ? »

Il acquiesce. « Ma vie maintenant se résume à humer le parfum des fleurs, manger des jujubes juste parce que j'en ai envie. Jouer au hula hoop avec ma petite-fille jusqu'à ce que je sois pris de vertige. Ressentir l'espoir à cause d'un petit garçon qui est juste comme moi. Éprouver autant de désir pour ma femme aujourd'hui qu'il y a vingt-cinq ans. Trouver la joie dans la gentillesse d'une femme qui a volé le cœur de mon fils. Accepter la peur qui vient avec la vie. Et chérir l'amour que tout le monde a à me donner, et toujours le rendre. »

« Dr Cullen ? » Dit-elle en déposant son bloc-notes.

« Oui, Dr Young ? »

« Je pense que nous sommes allés aussi loin que vous pouviez nous emmener dans cette étude. »

Il la regarde comme si elle avait soudainement trois têtes. « Pourquoi ? »

« Tout ce que nous devons apprendre à votre sujet, et ce qui a fait de vous l'homme exceptionnel que vous êtes aujourd'hui, se trouve dans ces derniers mots. »

« Alors nous avons terminé ? » Questionne-t-il.

« Oui. Merci, Dr Cullen, pour ce que vous m'avez enseigné. »

Il hoche la tête et se lève en lui tendant sa main. « Je vous remercie de m'avoir fait réaliser à quel point ma vie est belle, Dr Young. »

ooo

Lorsque nous revenons à la maison de mon père, je vais dans la cuisine chercher deux verres de lait et une boîte de biscuits. J'entre dans la bibliothèque, où il est occupé à regarder une grande carte sur le mur.

Il se retourne quand il m'entend, lorgnant la collation que j'ai apportée. « C'est quoi, tout ça ? »

Je dépose le tout sur la table et je tire une boîte du dessus de son bureau. Il la regarde.

« Un puzzle d'une carte du monde ? Tu veux faire un puzzle, Edward ? » Demande-t-il.

Je lève un doigt en l'air. J'ouvre la boîte et j'en sors un morceau. Il me regarde avec curiosité. Je prends le morceau de casse-tête et je le trempe dans mon lait. Puis je le mets de côté.

« Qu'est-ce que tu fais ? » S'enquiert-il.

« Maintenant je veux faire ce puzzle avec toi. »

« Mais il est ruiné à présent ; tu as imbibé le morceau de puzzle de lait. Il sera tout bizarre maintenant. »

Je secoue la tête. « Ce n'est pas comme ça que je vois ça. Maintenant il sera parfaitement unique. »

Il se dirige vers moi et s'assoit à côté de moi. Il ramasse la pièce trempée et la regarde fixement.

« Tu as raison. » Il sourit. « Soyons différents. »

Nous passons tout l'après-midi à assembler les pièces du puzzle, et au moment où nous arrivons au dernier morceau, il est encore humide. Nous forçons un peu pour le mettre en place et rions en voyant comment le casse-tête paraît bizarre. Pour nous, cependant, c'est exactement comment cette vie est censée être.