Bonjour tout le monde,

Que de très bonnes réponses sur le chapitre précédent, dont chacune est un peu ce que je voulais exprimer à travers cette histoire, et ce combat incessant pour la rédemption totale de Regina.

Combat contre la nature humaine en premier lieu, la maladie (horrible, mais parfois salvatrice) et les forces occultes qui ne se gênent pas pour s'en mêler, en lâche comme Gold évidemment.

Toute ma sympathie aux familles touchées de près ou de loin par le drame de Nice, en espérant que tous mes lecteurs sont sains et saufs. L'Amoureuse de la France que je suis, se sent très concernée et vous chéris de tout cœur.

« Je me nourris du bon feu et j'étouffe le mauvais », devise de François Ier, référence à la Salamandre, très visible au Château de Chambord notamment (à visiter absolument si vous en avez l'occasion), et qui correspond si bien à notre Reine -)

Merci aux guests qui ont pris le temps de laisser un mot, ainsi qu'à ma beta-lectrice, toujours assidue, même pendant ses vacances, j'ai beaucoup de chance de l'avoir.


Reposer en paix

David, qui avait assisté au sauvetage héroïque du Granny par le Maire légitime, s'était empressé d'en conter chaque détail à son épouse. Comme ses concitoyens, il avait pensé que ce qui unissait sa fille à l'ancienne Méchante Reine était un amour de substitution : de l'admiration et de l'amitié qui s'étaient transformées avec le temps en plus. Mais cette magie éclatante - de couleur inédite - qui était sortie de Regina attestait qu'il s'agissait d'autre chose entre elles.

- On aurait dit cet ancien mythe oriental, celui dont parlait Auguste dans ses délires, alors que son corps se figeait de plus en plus dans les boiseries inertes de Pinocchio.

- La Tortue et le Dragon ?

David acquiesça et Blanche – Neal dans ses bras – tenta de reconstituer au mieux cet ancien mythe chinois, totalement inconnu dans leur terre natale.

Jadis, les différents pouvoirs se disputaient le trône. Lors d'un affrontement particulièrement violent entre le Bien et le Mal, les piliers qui soutenaient le ciel aux quatre points cardinaux se brisèrent, et la corde qui retenait la terre se rompit de même. Le ciel ne fut plus à sa place et le soleil, la lune et les étoiles se déplacèrent dans la mauvaise direction. La terre dériva à l'opposé et le feu ne cessa de s'étendre sur l'une de ses faces, alors que de l'autre les eaux débordaient de partout.

Les fauves dévoraient les honnêtes gens, et les oiseaux de proie enlevaient vieillards et enfants. Yu - le tyran - s'efforçait de creuser des canaux. Ce faisant, il avait devant lui un dragon qui ouvrait la marche, et, derrière lui, une tortue noire qui portait sur son dos de la terre magique. Mais ce fut insuffisant. Alors Mère Nature fit fondre des pierres de couleurs et avec la pâte qu'elle obtint répara le ciel azuré. Elle trancha les quatre pattes de la grande tortue de mer pour en faire des piliers supportant le ciel aux quatre points cardinaux, et terrassa le dragon noir et le donna en proie aux flammes. Les cendres blanches servirent à juguler les crues. La voûte céleste fut restaurée et à nouveau supportée par quatre solides piliers, les eaux furent domptées, le monde apaisé, les bêtes nuisibles exterminées, et le peuple put enfin vivre en paix. (1)

- Emma et Regina, exprimèrent avec effroi les parents de la Sauveuse, comprenant de loin pas tout, ce que tout ceci pouvait signifier, si ce n'est que la Tortue symbolisait vraisemblablement leur fille et le Dragon noir aux cendres blanches leur meilleure ennemie.

- Doit-on leur dire ?

- Je ne pense pas, mais on devrait peut-être songer à accueillir officiellement Regina dans la famille, suggéra le prince.

- Et tirer définitivement un trait sur le passé et faire enfin la paix, ajouta Blanche.

Ils se rendirent au manoir encore le même soir. Regina ne semblait pas aussi contrariée que d'ordinaire et leur proposa naturellement un verre de son meilleur cidre, alors qu'Emma préférait son éternel bière.

- Regina, commença David en se raclant la gorge, nous savons que tu as eu à traverser beaucoup d'épreuves dans la vie, et que c'est en grande partie de notre faute.

- Disons surtout de la mienne, ajouta Blanche, le petit Neal endormi sur ses genoux.

Emma regarda son père et sa mère d'un regard nouveau : Étaient-ils vraiment en train de faire ça ?

- Ça je le sais, merci, mais où voulez-vous en venir ? S'impatienta Regina, qui préférait sortir les griffes, afin de mieux absorber le choc qui, elle le savait, allait forcément suivre.

- Nous pensions que tu nous avais volé notre destinée, mais depuis qu'Emma a levé la malédiction, nous avons pu voir, combien tout ceci faisait partie intégrante de ce à quoi nous aspirions tous.

- Le cancer inclus j'imagine, menaça de s'emporter la Reine.

- Peut-être, peut-être pas, ce n'est pas le propos. La vérité est que ma faute de jadis s'est transformée en quelque chose d'inédit, puisque notre fille Emma est sans aucun doute possible ton véritable amour, et que tu es assurément le sien, précisa Blanche en se gardant bien de parler de Fin Heureuse.

- Merci, ça je le savais déjà, bougonna encore un peu Regina, d'un sourire entendu que seule Emma semblait voir.

- Tu es de la famille Regina, plus que tu ne l'as jamais été dans la forêt enchantée, et nous aimerions…

- Te demander pardon pour notre passé houleux et faire table rase du passé, termina Blanche les propos de Charmant.

Regina leva les yeux vers sa compagne, totalement incrédule devant ce qu'elle venait d'entendre, avant d'attirer Blanche, qui eut juste le temps de passer le nourrisson à son époux, dans une forte et sincère étreinte.

Au même moment, la dernière part du cœur de Gold succomba aux ténèbres. Belle ne reconnut plus son époux et moins de trois jours plus tard, elle s'enfuit loin de lui.

Pourtant le Ténébreux fut infecté par son hôte et par sa lâcheté, aussi frappa-t-il les habitants avec sournoiserie, leur plantant des poignards dans le dos. Des propriétés furent brûlées, des biens disparurent, des sorts frappèrent humains et animaux dans leur santé, alors que le Maire avait gelé les avoirs de la ville et tuait quiconque osait entrer dans la mairie pour venir se plaindre.

Emma voyait sa compagne s'affaiblir de jour en jour en usant de sa magie, ni noire, ni blanche, mais de nature totalement inconnue, afin d'étendre au mieux sa protection sur les habitants de Storybrooke, ainsi que sur leurs biens.

- A quelle part de toi fais-tu appel pour accéder à ce pouvoir ? demanda Emma un matin, de plus en plus inquiète pour la femme qui partageait sa vie.

Regina vêtue de son pyjama était couchée contre le corps chaud de sa compagne, vêtue elle d'un débardeur et d'un short.

- A vrai dire, je l'ignore. Elle se manifeste quand je fais appel à mon amour pour toi, et je peux alors la transférer sur qui je veux.

- L'amour alors, comme la fois où tu as usé de magie blanche grâce à Henry ?

- Pas tout a fait. En réalité c'est cette part de vide en moi que tu es la seule à avoir su et pu remplir parfaitement. C'est cette partie, qui est toi, qui entre en résonance en moi, et je peux l'utiliser comme bouclier à étendre sur qui ou ce que je veux.

- Je vois, répondit Emma, qui ne voyait pas du tout et Regina le savait.

- Viens par ici, je vais te montrer, l'attira Regina dans une forte étreinte, alors qu'elles étaient toujours allongées sur le lit, les enveloppant toutes deux dans ce nuage d'or.

Être complète, un et indivisible, unie à l'univers, au-delà de l'espace-temps, l'ultime vérité, la seule, l'unique, et la même pièce qu'était Regina résonna à travers tout l'être d'Emma : corps, âmes et esprits ne faisaient qu'un tout. Tout doute, toute crainte, tous disparus pour un temps d'éternité, mis à part, cadeau réservé pour elles deux.

- Mon amour, je t'en prie, ne te cache plus de moi, supplia Emma, alors que Regina défaisait déjà les agrafes qui retenaient son bandage et que la veste du pyjama en soie glissa sur le matelas.

Les yeux émeraude ne se détachèrent point des noirs lui faisant face, transmettant tout son amour, sa confiance et son respect à sa compagne qui ressentant toute cette force que son âme-sœur lui transmettait, trouva enfin le courage de dénuder son corps meurtri.

Allongées ainsi sur le côté, se faisant face, Emma se débarrassa à son tour du tissu qui entravait son corps, prenant garde de ne pas perdre le contact avec les deux perles de Tahiti, tout en caressant machinalement les épaules de sa belle qui vint enlacer ses jambes aux siennes.

Regina approcha son visage de la femme qu'elle aimait plus que la vie elle-même, déposant des tendres baisers sur son front, ses paupières, son nez, ses joues avant de venir enfin se poser sur ses lèvres. Emma gémit de plaisir en attirant Regina fermement, l'embrassant avec un besoin désespéré.

Les mains du shérif hésitèrent de se déplacer à travers le dos de sa Reine pour la plaquer encore davantage contre son corps, mais elle ne voulait pas la brusquer. Regina frissonna à son toucher, puis se retira de quelques centimètres, abaissant le regard, signifiant à son amante de faire de même.

Les yeux verts glissèrent le long de la mâchoire, le cou vers le thorax. C'était étrange, peut-être même bizarre, en conclut Emma, de voir une femme avec en lieu et place de ses seins deux cicatrices rouge cramoisi, mais elle ne détourna pas les yeux, se familiarisant à l'image, l'intégrant dans son esprit, l'acceptant et l'aimant dans son cœur.

Puis Regina était de retour dans ses bras, et le contact de sa peau chaude envoya une vague de passion à travers Emma.

- Je comprendrais Emma, si tu ne veux pas, chuchota Regina fébrilement à l'oreille du shérif.

En réponse, Emma se redressa, afin d'allonger confortablement sa compagne sur les draps, avant de l'embrasser avec ferveur et de lui faire l'amour avec passion et enthousiasme, ses lèvres apprivoisant l'ensemble du corps de sa belle, prenant soin d'être plus tendre le long des cicatrices, mais pour le reste, Emma ne se laissa pas aller à la pitié, uniquement à l'amour qui les maintenait dans cette bulle de félicité et de grâce.

Voyant le désir toujours bien présent dans les pupilles dilatées de son chevalier servant, le cœur royal ne fit qu'un bond dans la poitrine, et la Reine comprit enfin que le corps avait son importance certes, mais qu'il y avait plus important, bien plus important dans une relation d'amour. Ces cicatrices qui l'avaient rendue malade des semaines durant lui parurent presque amicales lorsque les lèvres de son amante se baladèrent le long d'elles. Puis la peau qu'elle pensait insensibilisée à jamais décida de se réveiller à son tour, l'électrisant de part en part, dans une sensation qu'elle n'aurait su décrire autrement que divine.

Emma la sentant frissonner, au bord du précipice, remonta vers ses lèvres, tout en introduisant deux doigts dans son intimité.

- Je t'aime ma Reine, je n'aimerai toujours que toi, murmura-t-elle, alors que l'orgasme déferla à travers sa Majesté et que l'aura dorée s'intensifia encore davantage, les aveuglant pour les maintenir dans cet ailleurs qui n'était ni de ce monde, ni d'aucun autre qu'elles n'avaient jamais connu.

Elles s'endormirent, enlacées, dans une quiétude totale…

… alors qu'au loin, l'ultime bataille se préparait.


1) Récit du déluge, selon la mythologie chinoise.


TBC: