Chapitre 21 : Reddition.

Je ne vous lâcherai pas señor, argua Diego l'attrapant avec son deuxièmes bras. Puis il le hissa comme il le put, et manqua défaillir. Cependant, il sentit soudain une paire de bras l'encercler à son tour et participer à l'effort.

'Qui ?' S'étonna-t-il remarquant une paire de gants, mais n'osant tourner la tête.

— Gracias De la Vega, lui dit Monastorio une fois sur la terre ferme et s'adressant à Diego. Il n'a alors pas encore vu le second personnage.

— Je vous en prie, rétorque Diego entre deux souffles les yeux clos par la douleur, sentant toujours l'étreinte chaleureuse de l'inconnu. Gracias, souffle-t-il ensuite.

Finalement, la personne derrière-lui le relâche et retourne sur son cheval discrètement. Avec la pluie qui tombe, la fatigue et la douleur, Diego a bien du mal à l'identifier, mais pas Monastorio.

— Gracias señor, répète-t-il souriant.

Le cavalier lui fait un signe de tête et disparaît en silence. Si un jour le jeune De la Vega veut lui parler, il sera là pour l'écouter. D'ici là il pense comprendre son choix et s'y arrête… Puis Monastorio se relève et aide Diego à faire de même.

— Qui était-ce ? Demande Diego grimaçant.

— Un parfait inconnu….. Pourquoi m'avoir sauvé la vie ? Changea-t-il de sujet.

— Vous l'avez dit vous-même… Vous êtes mon meilleur ennemi.

— Je vous raccompagne, vous n'êtes pas en état de chevaucher seul.

'Je rajouterai aussi que vous n'étiez pas en état de combattre.'

— Mon compagnon connait le chemin, ironise Diego malgré sa grimace et sa douleur.

— Arrêtez de faire le malin De la Vega, lui fit remarquer Monastorio l'aidant à grimper sur son cheval avant de monter derrière lui.

Puis il attrapa les rênes de celui de Diego et il hâta sa monture, empêchant Diego de glisser.

— Vous avez présumé de vos forces Don Diego.

— C'est possible, mais avouez que vous vous êtes amusé.

— Vous n'avez pas idée. Ceci dit, vous aussi vous y preniez un malin plaisir.

— Où m'emmenez-vous ? Questionna Diego remarquant que ce n'était pas le chemin le plus direct pour rejoindre l'hacienda.

— Au pueblo ! Vous devez voir un médecin.

— Vous craignez que mon père ne vous en veuille ?

— En un sens oui… Après tout nous sommes ennemis. Comment croyez-vous qu'il réagirait en vous voyant dans cet état et chevauchant avec moi ?

— Il est fort possible qu'il puisse mal interpréter ce tableau… Mais au pueblo vous…

— Je sais ce que je fais Don Diego. Après tout vous l'avez dit vous-même. Je suis un homme intelligent qui peut avoir du bon sens quand je n'ai pas la folie des grandeurs.

— Et j'en reste convaincu.

— Cessez de parler je vous prie… Reposez-vous jusqu'au pueblo.

C'est ce qu'il fit et ce fut en silence que la chevauchée continua. Lorsqu'ils arrivèrent au pueblo de Los Angeles, ils ne croisèrent âme qui vive dans la rue. Il est vrai qu'avec la pluie qui tombait drue, personne n'osait s'aventurer hors de chez soi. Monastorio s'arrêta devant le cuartel dont les portes étaient closes. Il y avait bien un garde à l'abri mais celui-ci était assoupi.

— Don Diego vous êtes réveillé ?

— Si.

— Nous sommes arrivés. Je vais descendre de cheval. Vous sentez-vous la force de rester deux minutes sans mon soutien.

— Oui.

— Bien.

Monastorio descendit alors de cheval et aida Diego à faire de même.

— Voulez-vous vous amuser un peu Don Diego ?

— Je crains de ne pas en avoir la force.

— Ne vous inquiétez pas pour ça… Soldat ! Garde-à-vous, intima Monastorio durement.

Le garde sursauta et s'ordonna

— Allez quérir le Sergent de toute urgence soldat ! Ordonna Monastorio.

Le soldat obéit sans chercher à comprendre faisant sourire Diego.

— Vous êtes incorrigible señor Monastorio.

— Il fallait bien le réveiller.

— Certes.

Peu après les portes s'ouvrirent sur le Sergent Garcia accompagné par le Caporal Reyes.

'Tiens, je ne le connais pas celui-ci.'

— Qui… Don Diego ! S'étonne le Sergent.

— Sergent Garde-à-vous.

— Si Capitãn… Capitãn ? Questionne-t-il d'autant plus relâchant sa position de garde à vous tandis que la pluie diminue.

— Lanc…

— Ce ne sera pas nécessaire Sergent, je vais vous éviter cette peine, l'interrompit Monastorio levant la main droite en un geste d'arrêt.

—… Le Sergent demeure silencieux devant les propos et l'attitude de Monastorio.

— Le jeune De la Vega a besoin de voir un médecin. Son cheval a fait une embardée et l'a désarçonné… J'étais dans le coin et l'ai trouvé inconscient… Il a beaucoup aidé ma nièce ces derniers temps. C'est ma manière de le remercier et de lui rendre la pareille.

— Votre nièce ?

— Si… La señora De la Cruz.

— Oh… C'est votre nièce… 'Je comprends mieux sa réaction.'

— Urgez-vous d'aller chercher un médecin et envoyer quérir son père. J'emmène le jeune De la Vega dans les quartiers du commandante.

— A vos ordres, s'exécuta le Sergent tandis que Monastorio aida Diego à avancer.

— Je ne suis pas si handicapé señor.

— Sand doute Don Diego, mais vous avez suffisamment abusé de vos ressources. Hier je ne savais pas qu'en vous provocant en duel vous en aviez déjà tant fait le matin.

— J'en ai connu d'autres.

— Et il m'est avis que ce n'est pas fini.

— Qu'allez-vous faire maintenant ?

— Quelle question… Je vais me rendre bien évidemment… J'ai, je l'admets, eu tendance à agir égoïstement. Le peu de temps passé en prison, celui passé à la mission et légèrement en votre compagnie m'a fait prendre conscience de beaucoup de choses. Et El Diablo… C'est lui que j'aurai dû blâmer et non… Zorro.

— Pourtant El Diablo n'était pas présent avant.

— J'en suis conscient Don Diego.

— Une fois que le médecin aura fini de m'ausculter je vous l'enverrai. La chute vous a quand même abîmé, physiquement j'entends.

— Je vous remercie de l'attention Don Diego, mais ce ne sera pas nécessaire.

— Regardez-vous dans un miroir, vous comprendrez ce que je veux dire, soutint Diego.

— … Si nos chemins se croisent de nouveau, ce n'est pas vous que je provoquerai en duel, mais votre alter-ego.

— Mon alter-ego ? Fit Diego souriant.

— Arrêtez de jouer les innocents, nous sommes encore seuls. Et confidence pour confidence, Isabella en est elle-même persuadée… C'est de famille que voulez-vous, plaisante-t-il.

— J'avais cru remarqué, ironise Diego.

Les deux hommes continuèrent de discuter un moment puis le Sergent revint.

— Entrez, dirent-ils en même temps alors que l'on toquait à la porte.

— Don Diego, le médecin va arriver et votre père est ici.

— Il peut entrer Sergent.

— Sergent. L'interpella Monastorio tandis que Don Alejandro entrait à son tour.

— Si Capitañ ?

— Baboso ! Arrêtez de m'appeler Capitañ, je ne suis plus votre supérieur.

— Si… Señor ?

— Voilà qui est mieux. Vous pouvez m'arrêter Sergent.

— Je peux ?

— Oui, puisque je vous le dis.

— Gracias. Sourit le Sergent.

— Sergent, fut-il interrompu par Don Diego et Don Alejandro.

— Si señores, dit-il tournant la tête entre les deux hommes.

— Le señor Monastorio est votre prisonnier certes, commença Diego.

— Mais ce n'est pas nécessaire de le mettre en cellule avec les autres prisonniers, rajouta Don Alejandro rejoignant les pensées de son fils.

— Señores De la Vega, je n'ai pas besoin de traitement de faveur.

— Sergent, tenta Diego avec autant de force qu'il le pouvait.

— Je n'en ai pas eu pour le señor Torres, ni pour vous señor De la Vega, dit-il à l'attention de Don Alejandro.

' Il est vrai que…'

— Vous en avez eu envers moi, intervint Diego souriant au souvenir.

— Ce n'était pas la même chose De la Vega… Et c'était momentané, vous y auriez eu droit vous aussi…

— Je peux enfermer le Cap… Le señor Monastorio seul, se rattrapa le Sergent devant le regard menaçant de son ancien Capitañ.

— Et il faudra que le médecin l'ausculte, rajoute Diego remarquant alors que on père était trempé des pieds à la tête, alors qu'il ne pleuvait plus depuis maintenant un bon moment.

'Comment se fait-il…'

— C'est ton dos n'est-ce pas ?

— Si mon compagnon de route a eu peur de l'orage et m'a fait choir, ce qui n'a guère arrangé la situation.

— Je savais que j'aurai dû refuser ta requête. Le temps ne se prêtait pas à la moindre sortie.

— Vous êtes vous-même trempé père.

— Il ne pleut pas au pueblo certes, mais ce ne veut pas dire qu'il ne pleut pas ailleurs.

'Bien éludé señor de la Vega.'

'J'ai la désagréable sensation qu'il ment, mais je préfère ne pas insister.'

— Où est Don Diego ? Questionne le médecin mettant terme à la conversation.

— Mi hijo, nous te laissons, nous sommes à côté.

'Je vais préparer la cellule.' Songe le Sergent ouvrant la porte pour sortir.

— Sergent Garcia !

— Si Capitañ… Si señor Monastorio.

— Merci.

— Je vous en prie, rétorque-t-il sans comprendre.

— Diego a raison, énonce Don Alejandro après le départ du Sergent tandis que le médecin est auprès de son fils dans la pièce d'à côté.

— A quel propos ?

— Votre chute vous a bien abîmé, regardez-vous.

— Ne vous inquiétez pas señor De la Vega, je ne suis pas en sucre.

— J'ai cru comprendre. Mais il ne faudrait pas effrayer la señora De la Cruz si elle vient vous rendre visite.

— Un point pour vous señor, sourit Monastorio. Vous avez bien éludé la question de votre fils, mais pourquoi ?

— Lorsque Diego sera prêt à parler, il parlera. D'ici là je vais continuer à faire semblant moi-aussi.

—… Je pense comprendre votre point de vue. Il m'en aura fallut du temps.

— Vous avez changé señor Monastorio… Vous semblez plus serein.

— Je pense avoir frôlé la mort bien trop souvent… Mais ça ne changera en rien le mal que j'ai déjà fait… A commencer par votre fils.

— Il ne vous en tient pas rigueur. Je vous ai blâmé plus que lui.

— Don Alejandro ?

— Oui, qu'y a-t-il ?

— Venez s'il vous plaît, señor, ne partez pas trop loin.

— Je ne bouge pas d'ici señor… Au pire vous me trouverez en cellule.

Le médecin sourit au commentaire pensant qu'il s'agissait d'une plaisanterie tandis que Don Alejandro retourna près de son fils.