*Passe la tête par la porte* *évite les tomates* Salut...
Désolée (vraiment) pour le délai d'update ! J'ai été assez occupée (haha l'excuse bidon que je sors à chaque fois alors que je passe mes journées à jouer à FF7). Toutes mes apologies, comme diraient nos voisins du pays de la pluie éternelle et des taxis noirs meurtriers et des Benedict Cumberbatch.
Bref ! Avant tout chose, merci infiniment à tous ceux qui ont participé au financement de la web-série ! Le projet est bien lancé, le crowdfunding a atteint la somme fixée à la base, donc ça part sur de très bonnes bases. Mais si vous êtes toujours motivés à dépenser des sous, n'hésitez pas, le crowdfunding est encore ouvert pour quelques jours, vous pouvez encore nous aider ! (Et vos sous ne seront pas perdus, croyez-moi!) En tout cas, encore merci, merci, vous êtes tous adorables, merci de votre soutien même si vous n'aviez pas de sous à dépenser ou que vous n'étiez pas majeur ou quoi que ce soit. J'espère que vous regarderez la web-série quand elle sortira !
Ensuite, je pense avoir répondu à vos reviews, mais comme (vous devez le savoir maintenant), j'ai une nette tendance à tout oublier, je demande pardon si j'ai oublié de répondre à quelqu'un. Pardon !
Pour les anonychous :
Hitsu : Oh, merci, merci, merci... et encore merci ! Harry Potter/Sherlock, c'est un crossover... inattendu (...remarque non en fait, tous ces fanarts que j'ai vus avec Sherlock en Serdaigle et John en Gryffondor...). Bref, ton enthousiasme me va droit au coeur ! Pour les trads, c'est la boîte IDP (ceux qui font les packs de mangas avec abonnement sur internet). Parmi ceux sur lesquels j'ai préféré bosser, "Under The Umbrella With You" de Junko, "Starlike Words" de Junko, "I want to become your bird" de Ken Homerun, "Like the Beast" de Yamamoto Kotetsuko... C'était trop cool de les traduire. (Alors si t'as lu et que t'as bien aimé, dis-le moi *w*) (Et si tu les as pas lus, ils seront en vente à la Japan Expo sur le stand d'IDP huhuhu (moi, faire de la pub ? Jamais.)) Voualà !
Guest : Pas de pseudo ? xD T'inquiète, moi j'ai honte de toujours répondre à la bourre et de ne jamais updater, comme ça on est quittes ! Contente que t'aies aimé !
Voilà mes braves. L'update ne risque pas d'aller plus vite, je pars en vacances dans quinze jours (JAPOOOON) et ensuite encore en vacances (ESPAÑAAAAA) et ensuite je déménage (ADIEU LE NORD) et ensuite y'a la braderie (REBONJOUR LE NORD) et ensuite... faudra rattraper tout le boulot que j'aurai pas fait pendant l'été, haha ! /PAN/
Donc voilà, telle que vous me voyez, j'ai pas trop la foi d'écrire en ce moment (euh je veux dire, le temps... *sifflote*) mais bon, je compte sur vos coups de pieds enthousiastes pour me faire redémarrer, ça marche à chaque fois pendant au moins une semaine (jusqu'à ce que ça ne marche plus, mais bon...)
Par ailleurs, si vous vous demandez pourquoi ce chapitre est plus long que d'habitude, c'est parce que c'est la fin de la partie 3 (haha, en fait c'est parce que j'ai mal découpé mon truc, mais passons).
Note importante : je dois vous avouer que compte-tenu du crossover qui commence à prendre forme, j'ai dû insérer quelques spoilers de la saison 1 de Hannibal (et de la saison 2, dans une moindre mesure), donc si vous tenez vraiment à regarder la série sans vous faire spoiler, faites-le maintenant et revenez dans le coin plus tard ! (De toute façon, je crois que vous aurez largement le temps de vous faire un petit marathon avant que j'update le prochain chapitre huhu).
Par ailleurs, considérant l'apport Hannibal, cette fic devient de plus en plus gore, j'ai l'impression. Je pense pas que ça atteigne le niveau de l'épisode 8 de Game of Thrones, mais je préviens tout de même, la fille au cerf n'est pas la dernière à venir. Toutefois, dans la série, les crimes sont portés au rang d'art, j'espère pouvoir faire pareil dans cette histoire. Ceci étant dit, si vous n'aimez pas les crimes un peu bizarroïdes et le cannibalisme, mieux vaudrait ne pas lire. (Pas pour ce chapitre, notons, mais à partir du suivant, ça va valser.)
Désolée pour cette longue intro, et bonne lecture !
Everything about IOU
Chapitre 21 – Don't want to lose IOU again
xXxXx
Sherlock avait disparu.
La situation ne sembla pas tout de suite catastrophique à John.
- Ça lui arrive, assurait-t-il à Mrs Hudson qui n'arrivait pas à se calmer. Vous savez aussi bien que moi que Sherlock disparaît de temps en temps, quand il a envie d'être tranquille.
- Oui, mais il m'avait dit qu'il reviendrait pour le dîner, insista la logeuse.
- Il a peut-être changé d'avis. Vous savez comment il est, Mrs Hudson. Il suffit qu'il soit sur une enquête pour tout oublier. Peut-être que c'est le cas et qu'il ne s'est plus rappelé qu'il devait rentrer pour le dîner.
- Je suis sûre que non. J'ai l'intuition qu'il est arrivé quelque chose, John !
Pendant une demi-heure, John tenta de la rassurer, mais ce fut l'inverse qui se produisit ; lorsque midi sonna, il était en train de faire les cent pas dans le salon de l'appartement, dévoré d'inquiétude. Effectivement, Sherlock ne semblait pas avoir planifié un départ à long terme : son ordinateur était en veille, et non éteint, la boîte de son violon était ouverte – il la fermait toujours quand il partait pour plus d'une journée – et son long manteau, et même sa veste, étaient posés dans la pièce. Qu'il n'ait pas pris son manteau en partant, c'était compréhensible ; en cette fin du mois d'août, il faisait bien encore vingt-quatre degrés dehors ; mais quant à la veste, il paraissait douteux que Sherlock n'ait pas décidé de la prendre s'il savait qu'il ne reviendrait pas dormir chez lui. De plus, John tombait directement sur son répondeur lorsqu'il décidait de l'appeler.
Tout de même, partir à sa recherche était un peu prématuré, puisqu'il ne savait pas pour quelle raison il était sorti, ni s'il ne reviendrait pas dans une heure, frais comme un gardon, sans se rendre compte que son entourage s'inquiétait pour lui. Il avait déjà eu le tour pendant l'affaire Moran, lorsqu'ils étaient confinés à l'intérieur et que Sherlock était tout de même sorti un matin, et qu'il était revenu quelques heures plus tard comme si de rien n'était. John eut le sourire de l'homme qui s'était déjà fait prendre au piège. Pas cette fois.
Il tenta donc de se concentrer sur autre chose, quitte à parler avec Mrs Hudson des raisons qui le poussaient à revenir ici – la logeuse avait eu l'air triste d'entendre parler de la rupture, mais réellement enchantée qu'il décide de revenir – mais finalement, son esprit tournait en rond sur les mêmes interrogations.
Où était Sherlock ?
Lorsque son portable sonna, John se précipita dessus, mais ce n'était pas la personne qu'il attendait – comme toujours.
- Greg ?
- John, salut. Je… Tu vas bien ?
- Oui oui, merci. Un problème ?
- Écoute, euh… Est-ce que tu es avec Sherlock ?
- Non, il n'est pas à l'appartement… Pourquoi ? demanda John, avec l'impression qu'une main invisible commençait à compresser son cœur.
- Oh euh… C'est probablement rien, mais il était censé m'appeler hier soir et il ne l'a pas fait, alors…
- En fait, il n'est pas rentré à l'appart cette nuit, expliqua John. Tu sais où il était censé aller ?
- C'est bien ce qui m'inquiète, à vrai dire, marmonna Greg, et John pouvait presque le voir se gratter l'arrière de la tête d'un air pensif. Je lui ai demandé de venir au Yard avant-hier pour qu'on parle de cet assassin… tu étais là, tu as vu le crime, ajouta-t-il. Celui de la fille au cerf.
- Oui, je ne risque pas de l'oublier de sitôt, grimaça John. Sherlock était sur la trace du tueur ?
- Oui, répondit Greg. Il n'a pas voulu me dire quoi que ce soit ; tu le connais, toujours à vouloir la jouer en solo… Mais visiblement, il savait où chercher. Il m'a dit hier qu'il était sur une piste et qu'il m'appellerait dans la soirée pour confirmer ses informations, mais il ne l'a pas fait. J'ai essayé de le joindre, ça sonne occupé.
- Je n'ai pas réussi non plus, avoua John, qui commençait à sentir à nouveau l'angoisse le prendre à la gorge.
- Je m'inquiète peut-être pour rien, reprit Lestrade d'une voix pensive, mais on est tout de même à la recherche d'un psychopathe cannibale… Deux précautions valent mieux qu'une.
- Il n'a pas laissé… une liste, quelque chose comme ça, qui puisse nous aiguiller sur sa trace ?
- Pas à moi, en tout cas, répondit Greg avec amertume. Je pensais qu'il t'en aurait peut-être parlé, mais tu n'as pas l'air plus au courant que moi.
- Pas vraiment, non, répondit John.
Il commençait amèrement à regretter de ne pas être avoir accompagné Sherlock lorsque Lestrade lui avait demandé de passer au Yard, deux jours plus tôt. Peut-être que s'il était allé avec lui, ils auraient continué à enquêter ensemble sur le tueur – il ne serait pas parti tout seul, et il n'aurait pas disparu à l'heure actuelle.
Tu ne pouvais pas savoir, dit une petite voix dans sa tête. Et puis, l'ambiance n'était pas particulièrement merveilleuse entre vous deux à ce moment-là.
Oui, mais Sherlock lui avait demandé, pourtant. Il lui avait demandé. Tu veux venir ? Il aurait dû dire oui. Pourquoi avait-il dit non ? Il disait toujours oui à Sherlock. À tout. Pourquoi avait-il fallu qu'il dise non, cette fois ? Sherlock était une tête brûlée. Il n'aurait pas dû le laisser y aller tout seul.
Lestrade tenta malgré tout de le rassurer, tout comme John l'avait fait avec Mrs Hudson un peu plus tôt, ce qui n'eut pas plus d'effet que la première fois.
Où était Sherlock, bon sang ?
John se mit à fouiller le salon à la recherche d'indices, espérant avoir suffisamment appris de Sherlock pour pouvoir mettre en application son don d'observation, mais décidément, Sherlock était Sherlock, et John se sentait pathétique quand il essayait de l'imiter.
Il y avait quelques papiers qui auraient pu se révéler utiles sur la table, comme des photos de la fille au cerf, des livres ouverts, un post-it où Sherlock avait écrit "Mardi, 15h" (la veille, donc), ou une liste de noms, dont certains étaient barrés et d'autres entourés – mais John ne savait pas de quoi il s'agissait.
Il chercha dans l'ordinateur. Sherlock ne prenait jamais la peine de fermer ses onglets, ce qui, généralement, énervait John parce que ça ralentissait l'ordinateur – cette fois, il espérait de toutes ses forces pouvoir en tirer quelque chose.
Le problème de Sherlock, c'était qu'il était brouillon. Il pouvait faire dix recherches en même temps, à passer de sujet en sujet, et au final, une seule d'entre elles pouvait se révéler pertinente. Ce qui ne l'empêchait pas de laisser les neuf autres ouvertes – comme s'il laissait des fausses pistes. John put donc voir qu'il avait cherché des informations sur les bois des cerfs, sur la coagulation du sang humain, sur le taux de fréquence du nom de famille "Morstan" en Grande-Bretagne (John sentit son cœur faire un bond, et ne put s'empêcher de se demander pourquoi Sherlock faisait des recherches sur le nom de famille de sa fiancée – non, pardon, ex-fiancée. Il ne s'y était toujours pas habitué), sur un certain Frederick Chilton, psychiatre aux États-Unis, sur un certain Will Graham, consultant pour le FBI aux États-Unis, sur un certain Hannibal Lecter, psychiatre dans la périphérie londonienne, sur la ville de Baltimore aux États-Unis, sur la Lituanie, sur la partie nord de Londres, sur l'homosexualité, en théorie et en pratique (cette fois-ci, John manqua de s'étrangler – n'eut été le contexte, la découverte l'aurait perturbé pendant quelques jours. Il faudrait vraiment qu'il ait une conversation sérieuse avec Sherlock quand il reviendrait), et enfin les horaires de consultation du cabinet du docteur Lecter.
Combien d'éléments étaient pertinents, dans ces recherches ? Quel était le rapport entre la Lituanie, le docteur Lecter, l'homosexualité ? Si Sherlock avait pris rendez-vous, comme le laissait supposer cette recherche sur les horaires de consultation, y était-il vraiment allé ? Ou est-ce que c'était juste pour s'informer ? Trop de fils, trop d'écheveaux à remonter, trop de données...
À la fin d'une journée passée à analyser les données, John avait quelques théories : Sherlock était sur la trace du docteur Hannibal Lecter. Il ne pouvait pas être certain que ce soit pour le crime de la jeune fille au cerf, mais il avait réussi à relier le Dr. Chilton, l'enquêteur Will Graham, la Lituanie (qui semblait être le pays de naissance du Dr. Lecter), et la recherche sur Londres, où Hannibal Lecter possédait un cabinet de psychiatrie.
Il soupçonnait Sherlock d'être allé voir le docteur (la veille à 15h – le post-it sur la table!) pour rassembler des informations, dans l'espoir de trouver une preuve concrète – et la rencontre se serait mal passée. Selon toutes probabilités, Sherlock pensait que Hannibal était le cannibale. John osait espérer que Sherlock se basait sur autre chose que sur son nom – mais c'était Sherlock. Il ne se laissait pas arrêter par des détails aussi triviaux.
John se leva. Si, comme il le soupçonnait, Sherlock était allé voir Hannibal Lecter et qu'il lui était arrivé quelque chose, ça posait problème. Il ne pouvait pas décemment se pointer chez l'homme et tout détruire sur son passage en disant "rendez-moi mon Sherlock!". Il ne pouvait pas alerter la police parce qu'il n'avait aucun moyen de s'assurer que Hannibal Lecter soit effectivement le cannibale incriminé, et encore moins d'être sûr que Sherlock était là-bas pour de vrai ; et enfin, il ne pouvait pas rester là à ne rien faire pendant que Sherlock était peut-être en danger, peut-être en train de se faire enlever les reins pour qu'ils soient mangés en feuilletés à la viande.
Merci pour les détails, stupide cerveau.
Conclusion : il fallait faire des compromis. Y aller, mais enquêter en douce. Ne surtout pas éveiller l'attention de Hannibal Lecter. Faire appel à Lestrade, et à lui seul – il aurait le pouvoir d'appeler des renforts si le besoin se faisait sentir. Et tout ça, avec le cœur qui battait à cent à l'heure d'angoisse, tout en insultant Sherlock de tous les noms dans sa tête. On n'avait pas idée de partir en mission suicide sans son blogueur ! John aurait préféré se faire capturer avec Sherlock, se faire tuer à ses côtés s'il l'avait fallu, que de le voir mourir sans lui encore une fois.
Il prit son téléphone.
- Lestrade ? J'ai peut-être une piste…
xXxXx
- Tu es sûr qu'il est là ?
- Non.
- Mais qu'il est venu ici ?
- Non.
- Mais alors…
- Greg, je suis venu ici sur la base de ce que j'ai trouvé sur son ordinateur. Je t'avais prévenu que c'était une piste sans doute peu fiable. Mais c'est tout ce qu'on a, et ça méritait qu'on essaie.
Il était vingt heures passées, et John et Lestrade se trouvaient en face de la maison du docteur Lecter, qui en imposait par sa taille et son architecture.
- Riche, en plus, commenta Lestrade. Les riches sont toujours les premiers à perdre la tête.
- Je n'en suis pas certain. La pauvreté aussi pousse les gens à tuer.
- Oui, parce qu'ils sont dans les besoin. Mais les psychopathes, eux, ceux que le crime excite, j'ai l'impression qu'ils se situent plus souvent dans la tranche aisée de la population.
- Je ne sais pas. Je n'ai pas lu d'étude sur le sujet, répondit John d'un ton absent, concentré sur la lumière qui émanait d'une pièce de la maison, masquée par un rideau aux épaisses rayures horizontales dans les tons rouge et crème.
Ils se trouvaient sur le trottoir, à peine masqués par un recoin de rue, et John se tourna vers Lestrade.
- Que fait-on, maintenant ? On ne peut pas entrer. Et vu la maison, si on s'infiltre par effraction, il risque d'y avoir des alarmes. Et on n'est même pas sûrs que Sherlock y soit.
- Oui, mais on ne peut pas rentrer chez nous, pas vrai ? répondit Lestrade. Commençons par le début. Allons demander aux gens du coin s'ils ont vu quelque chose, ça pourra peut-être nous renseigner.
Ils n'eurent pas à aller bien loin pour trouver des informations.
- Un type aux cheveux noirs bouclés et aux yeux très clairs ?
Ils étaient dans le seul café du coin, qui se trouvait pile en face de la maison du docteur Lecter, et John aurait bien vu Sherlock s'y asseoir pour observer les alentours discrètement.
- Maintenant que vous le dites, il y en a eu un, leur répondit le propriétaire du café. Hier après-midi. Il s'est installé là, il a commandé un café et il est resté presque deux heures là, à regarder par la fenêtre. Et puis il m'a posé des questions sur le type de la maison d'en face, et ensuite il est parti. Je l'ai vu traverser la route et entrer dans la maison.
John ne pensait pas obtenir autant d'informations positives en si peu de recherches – mais ce qu'il entendait de la bouche de l'homme était loin, très loin de le rassurer.
- Sherlock y est entré, donc. La question, c'est de savoir s'il en est sorti.
- S'il s'agit effectivement de lui, tempéra Lestrade. On ne peut pas en être sûrs. En tout cas, son portable sonne toujours occupé, je viens de réessayer.
- Merde ! s'exclama John. Quel abruti !
- Tu penses que c'est lui, le cannibale ?
- Je pense que Sherlock le pense.
- Si Sherlock le pense, c'est que c'est sans doute lui, répondit Lestrade avec une foi émouvante.
- Si Sherlock est assez idiot pour se jeter dans la gueule du loup en sachant ce qui l'attend, il ne mérite peut-être pas autant de dévotion de ta part.
- Ce n'est pas de la dévotion. C'est de la rédemption. J'ai trop souvent regretté de l'avoir cru coupable quand tout l'accablait, quand il essayait de nous prouver à tous qu'il était innocent. J'aurais voulu continuer à croire en lui comme tu l'as fait. J'ai douté, et je regrette. Alors maintenant, je ne douterai plus de lui.
John lui jeta un regard, ému. Ils en parlaient très peu, mais Lestrade, tout comme lui, avait souffert de la perte de Sherlock. Il avait un peu trop tendance à l'oublier, s'étant réfugié seul dans son deuil pendant trois ans.
- Bon. Je refuse de perdre Sherlock à nouveau, décida-t-il. Il faut qu'on fasse quelque chose.
- Tu l'as dit toi-même, on ne peut pas entrer par effraction, fit remarquer Lestrade. Et je n'ai pas de quoi demander un mandat de perquisition contre ce type. Le seul moyen, c'est de frapper à sa porte et de lui poser des questions.
- S'il a effectivement enlevé Sherlock, il ne répondra pas à tes questions.
- Le but n'est pas qu'il réponde. Le but, c'est de te faire entrer dans la maison sans qu'il s'en rende compte.
- …Ce qui revient à entrer par effraction, rétorqua John en fronçant les sourcils. Greg, c'est vraiment risqué. On ne sait même pas si Sherlock est vraiment là.
- Tu préfères qu'on attende ? demanda Greg, incrédule.
- Non, bien sûr. Mais ça me paraît dangereux.
- Eh bien, ça ne nous fera pas de mal de sortir de notre petit confort une fois de temps en temps.
- Et si on se fait prendre en entrant par effraction ?
- Tu te feras prendre, nuança Lestrade. Je ferai en sorte de te sortir de là.
- Très bien, soupira John. Allons-y.
Discrètement, ils traversèrent la route, le cœur battant comme un tambour pour John, et se retrouvèrent devant l'allée de l'énorme maison, en retrait derrière un pilier.
- J'ai un mauvais pressentiment, murmura John.
- Je ne suis pas persuadé non plus du bien-fondé de notre entreprise, avoua Lestrade à son tour. Mais c'est pour Sherlock.
- Pour Sherlock, répéta John pour se donner du courage. On a une sorte de plan, au moins ?
- Appelle moi sur mon portable. Mets la conversation en haut-parleur. Tu explores la maison pendant que je parle avec lui. Dès que la conversation se termine, tu sors illico-presto, même si tu n'as pas trouvé Sherlock.
- Et s'il y a des caméras ? Des alarmes ?
- Espérons qu'il n'y en ait pas, répondit Lestrade, fataliste.
- Tu m'es d'un grand secours.
- Il est là, argumenta Greg. Il a peut-être désactivé les alarmes.
- Ou alors il n'est pas là et il a laissé une lumière allumée pour éviter les cambriolages. Courant, dans les maisons de riches.
- On le saura très vite.
- Je passe par où, d'abord ? Vous allez occuper l'entrée…
- Tu ne serais pas entré par devant de toute façon. La maison n'est pas mitoyenne, passe par derrière et regarde. Avec un peu de chance, il y aura une porte arrière qui ne sera pas verrouillée, ou une fenêtre ouverte… C'est l'été, après tout.
- J'ai l'impression qu'on se fie beaucoup à l'improvisation… Je n'aime pas ça.
- Moi non plus, mais si tu as une meilleure solution, n'hésite pas à m'en faire part.
Les deux hommes poussèrent un soupir simultané, avant que John ne retrousse ses manches, prêt à foncer.
- Bon. Surtout, n'évoque pas le meurtre de la fille au cerf. Concentre-toi sur Sherlock qui a disparu, qu'on cherche, et qui a laissé une note chez lui qui disait qu'il avait rendez-vous ici à 15h. Je m'occupe du reste.
- Très bien. En avant !
xXxXx
- Bonsoir, je suis le commissaire divisionnaire Lestrade, de Scotland Yard.
- Bonsoir…?
- J'aurais aimé vous poser quelques questions. Avez-vous un peu de temps à me consacrer ?
- Bien sûr, commissaire. Autant qu'il vous en faudra.
John l'entendait mal, mais la voix était empreinte d'un accent étranger. Quoi qu'il en soit, ça voulait dire que les deux hommes se tenaient devant le pas de la porte d'entrée, et que personne ne surveillait l'arrière, là où John se tenait actuellement. Il n'avait pas repéré de caméras de surveillance à l'extérieur de la maison en faisant le tour sur le côté, ce qui lui semblait déjà de bon augure. Avec précaution, il enleva ses chaussures, qu'il cacha au pied du lierre grimpant au mur extérieur, avant de jeter un coup d'œil à la terrasse arrière, en retrait derrière le coin du mur. L'accès à la terrasse se faisait par une grande porte fenêtre, aux stores relevés, mais fermée.
John risqua un œil par la porte fenêtre. Derrière les vitres, une salle à manger, à en croire la taille de la table qui s'y trouvait – elle prenait presque toute la pièce. Les murs étaient tendus d'un papier peint bleu nuit aux fines rayures horizontales, et il y avait des compositions florales sur la table et les commodes et des tableaux au mur. Sur celui du fond était accroché une tête de cerf, avec ses bois, et John sentit son cœur s'arrêter un bref instant. Ça ne voulait strictement rien dire, mais c'est une étrange coïncidence.
Pendant ce temps, au travers de son téléphone au haut-parleur activé, les deux hommes continuaient à discuter. Lestrade demandait à Hannibal Lecter s'il avait reçu en consultation un homme aux cheveux bruns bouclés et aux yeux clairs. John nota qu'il ne donnait pas son nom, pour éviter de mettre Sherlock dans l'embarras au cas où celui-ci aurait utilisé un nom d'emprunt ; l'instant d'après, il manqua de s'étouffer en entendant Hannibal répondre qu'il avait effectivement reçu un visiteur qui répondait à cette apparence, sous le nom de Harry Morstan.
Harry Morstan ! On pouvait dire que Sherlock ne se foulait pas trop…
- Ce n'est probablement pas lui, répondit Greg, et John manqua de crier.
Si, c'est lui ! C'est lui, bon dieu ! Harry Morstan, ça ne peut être que lui !
Le pourquoi de la recherche internet sur le nom Morstan en Grande-Bretagne s'expliquait, maintenant. (Restait celle sur la théorie et la pratique de l'homosexualité…) Mais Greg ne connaissait ni le nom de sa fiancée (ex-fiancée, bon sang, ex-fiancée!) ni le prénom de sa sœur. Forcément, il ne pouvait pas reconnaître Sherlock sous ce pseudonyme. Mais il donnait des indications à Hannibal Lecter, et c'était un jeu dangereux. John décida qu'il valait mieux prêter un peu moins d'attention à leur conversation et se dépêcher à la place, s'il ne voulait pas se faire pincer en situation compromettante.
Il n'y avait personne dans la salle à manger. John tenta de pousser la porte fenêtre, au cas où, mais elle était bien fermée, et il n'y avait pas de poignée extérieure. Anxieusement, il traversa la terrasse, et jeta un œil à la fenêtre suivante, qui donnait sur une autre pièce : la cuisine, visiblement. Vide, elle aussi, mais dont la fenêtre était entrouverte, cette fois, maintenue en place par un petit ressort intérieur.
Avec une rapidité experte, John fit sauter le loquet avec un couteau, et la fenêtre s'ouvrit complètement. Les battements de son cœur résonnant dans ses tempes, il se hissa sur le rebord, et se laissa tomber le plus discrètement possible sur le carrelage de la cuisine, qui aurait pu rivaliser avec celle de Sherlock en matière d'objets étranges.
De là où il était, il n'entendait la conversation des deux hommes qu'à travers son téléphone portable, mais il fallait qu'il fasse attention de ne pas s'approcher trop près d'eux – le bruit de leur conversation risquait de le faire découvrir.
Par curiosité, il ouvrit le réfrigérateur – on était sur la trace d'un cannibale, après tout. Rien de suspect ne lui sauta aux yeux, à part une viande sous plastique d'une étrange couleur sombre (des reins?) ; mais quel cannibale irait cacher ses trophées dans son frigo "public" ? S'il était réellement ce que Sherlock croyait qu'il était, il devait sans doute cacher dans les tréfonds de sa maison un autre réfrigérateur, au contenu beaucoup plus suspect.
- Vous n'êtes pas sûr qu'il s'agisse de lui ? demandait pendant ce temps Hannibal à Lestrade. Vous ne connaissez pas son nom ?
- Je connais son nom, si. Mais pas les noms d'emprunt qu'il utilise.
Il en disait trop, beaucoup trop ! pensa John, de plus en plus nerveux, tout en explorant la cuisine. Il pouvait presque sentir l'amusement dans la voix de Hannibal, comme s'il se délectait devant une proie qui lui tombait dans la gueule. John avait pris son pistolet, et Lestrade avait le sien, mais il commençait à douter de l'utilité d'une telle arme avec un homme comme Hannibal Lecter – du moins, ce qu'il semblait dégager au travers d'une conversation espionnée.
- Dans ce cas, je peux vous aider, répondit Hannibal, et John sut que la suite ne lui plairait pas du tout. Monsieur Harry Morstan se fait appeler également Sherlock Holmes. Un de vos amis, d'après ce que j'ai cru comprendre. Je m'intéresse beaucoup à son actualité… et tout autant à la vôtre.
Décidément, ça sentait mauvais. Il fallait vite que John finisse son inspection, avant que tout ne parte à vau-l'eau. Lestrade, de l'autre côté du téléphone, semblait avoir perdu le fil de la discussion sous la stupeur. John l'entendit balbutier.
Pas bon du tout.
La cuisine donnait sur un couloir vide, avec plusieurs portes fermées, et de la lumière qui filtrait de l'une d'entre elles, ainsi que des bruits de voix étouffés. C'était là que se trouvaient Lestrade et Hannibal ; il fallait donc qu'il aille de l'autre côté, à tout prix.
La porte de gauche donnait sur la salle à manger qu'il avait vue de l'extérieur. John l'inspecta rapidement, dans l'espoir de découvrir une trappe cachée, un passage – mais rien ne lui sauta au yeux. Du moins, jusqu'au moment où il arriva à la chaise la plus proche de la porte vitrée ; en se penchant en dessous, quelque chose attira son regard – une aspérité dans le plancher en bois. Plus grosse qu'une simple éraflure, il s'agissait réellement d'un éclat dans le bois. John se rapprocha pour l'observer de plus près, et un frisson lui parcourut l'échine lorsqu'il réalisa qu'il y avait un trou : c'était la trace d'une balle de pistolet. Il aurait presque pu y passer son doigt. En levant la tête vers le dessous de la table, il se rendit compte qu'elle avait également une marque, un trou dans le bois, probablement là où la balle s'était fichée. Elle avait été extraite, mais la marque restait.
Ce qui voulait dire, analysa John, que quelqu'un avait tiré une balle depuis la pièce d'en dessous, à en croire les éclats du bois. Pas Hannibal – pourquoi tirerait-il au pistolet chez lui ? Il ne s'appelait pas Sherlock, à tirer des balles dans ses murs. Et si ce n'était pas Hannibal, c'était quelqu'un d'autre, quelqu'un qui s'était manifestement senti en danger. Sherlock ?
Peut-être.
John sortit de sa poche une minuscule lampe torche, qu'il orienta vers le trou dans le bois du plancher, mais bien entendu, il ne vit rien du tout. Qu'est-ce qu'il y avait, sous ses pieds ? Et si Sherlock se trouvait là-dessous ?
Il se pencha tout contre le sol, et murmura au travers du trou :
- Sherlock ? Tu es là ? Sherlock ?
Seule la conversation de Lestrade et Hannibal lui répondit, mais aucun signe de vie depuis l'autre côté du plancher. Sherlock était-il là, inconscient, blessé, mort peut-être ? Selon le docteur Lecter, Sherlock avait quitté son salon en parfaite santé la veille, mais comment croire un homme soupçonné de cannibalisme, un homme dont le plancher de la salle à manger portait des traces de tir au pistolet ?
Le plus silencieusement possible, il sortit de la pièce. Le temps commençait à manquer. Hannibal ayant affirmé que Sherlock était sorti de chez lui sans aucun problème, Lestrade était obligé de trouver d'autres moyens de continuer la conversation. Il demanda au docteur de quoi ils avaient parlé, ce à quoi Hannibal se mit à rire.
- Et le secret professionnel, commissaire ? Je serais un piètre psychiatre si je vous révélais tous les secrets de mon patient.
Néanmoins, la question suscita l'intérêt de John. De quoi pouvait bien avoir parlé Sherlock avec un psychiatre ? Soupçonné de cannibalisme, certes, mais psychiatre tout de même. S'était-il inventé un problème à discuter ? Un jeu dangereux à jouer avec un psychiatre, surtout sous couverture…
John décida de remettre sa réflexion à plus tard. Il fallait qu'il trouve l'entrée de ce sous-sol, et dans ce dédale, ce n'était pas évident. Une autre porte donnait sur une bibliothèque, que John inspecta rapidement, mais sans succès. Une troisième donnait sur un salon. Aucun sous-sol en vue.
Il fallut qu'il revienne sur ses pas, dans la cuisine, pour découvrir une porte cachée par un long rideau qui tombait jusqu'au sol – et malheureusement verrouillée.
Il n'avait pas de quoi la déverrouiller. Il n'était entré dans la maison que parce que la fenêtre de la cuisine était ouverte – par un heureux hasard, en gros. S'il voulait savoir ce qu'il y avait derrière cette porte, il faudrait qu'il revienne avec les outils appropriés. Autrement dit, si Sherlock était là-dessous, il n'y avait aucun moyen de le sauver.
Quoi que. Il était dans une cuisine, après tout ! Il devait sans doute y avoir quelque chose qui puisse l'aider à débloquer cette porte !
- Très bien, docteur Lecter. Merci beaucoup de votre aide.
- J'espère que vous retrouverez votre ami, commissaire Lestrade.
John serra les dents. Il lui fallait encore un peu de temps… Juste encore un peu de temps ! Pourquoi Lestrade n'essayait-il pas d'étirer encore un peu la conversation ? Il avait besoin de plus de temps ! Tout en cherchant de quoi ouvrir cette satanée porte, il entendit au travers du téléphone le bruit d'une autre porte qui se fermait, qui résonna un peu loin dans la maison, et la voix de Lestrade qui ne tarda pas à se faire entendre.
- John, sors tout de suite. Tu m'entends ? Sors tout de suite !
John prit le combiné à la main et murmura dans le micro :
- Impossible. J'ai trouvé quelque chose. Mais il me faut des outils. Je suis dans la cuisine.
- Laisse tomber, John, tu n'as pas le temps ! Je crois qu'il se doute de quelque chose.
- Mais Sherlock est peut-être là, Greg !
- Et si tu restes là, tu vas peut-être le rejoindre toi aussi !
- Chut ! J'entends un bruit.
Un silence religieux s'abattit dans la pièce, ce qui permit à John de très clairement distinguer des bruits de pas sonores dans le couloir qu'il avait exploré quelques minutes auparavant.
- Merde, marmonna-t-il.
Un rush d'adrénaline lui parcourut les veines, et sans attendre, avec bien plus d'agilité qu'il n'espérait de sa part, il se jeta par la fenêtre qu'il avait ouverte un peu plus tôt et atterrit sur la terrasse, heureusement caché par le rebord, au moment précis où la porte de la cuisine s'ouvrait.
S'il restait là, il était mort, et il le savait. Hannibal ne s'était pas dirigé vers la cuisine par hasard – il devait effectivement avoir compris que la manœuvre de Lestrade était destinée à le distraire, et bien entendu, dès le gêneur hors de vue, il s'empressait de se rendre là où il avait le plus de choses à protéger. En voyant la fenêtre grande ouverte, le ressort débloqué, il comprendrait immédiatement que quelqu'un s'était introduit. John eut juste le temps de prendre ses jambes à son cou pendant qu'Hannibal traversait la pièce, et dépassa le coin du mur au moment précis où Hannibal passait la tête par la fenêtre.
Ralentissant à peine pour récupérer ses chaussures au pied du lierre, il courut vers la rue plus vite qu'il n'avait jamais couru, sans s'arrêter ou même se retourner pour voir s'il était poursuivi par Hannibal. Lestrade attendait un peu plus loin sur le trottoir.
- Cours ! s'exclama John, hors d'haleine.
Il descendirent toute la rue à fond de train, empruntant la première à gauche dès qu'ils le purent, et finissant par s'engouffrer dans un dédale de petites rues – avec un John toujours en chaussettes.
Ce ne fut qu'un quart d'heure plus tard qu'ils osèrent s'arrêter, dès qu'ils furent persuadés que Hannibal ne les avait pas suivis – comme des collégiens pris en faute. John remit ses chaussures, plus essoufflé qu'il ne l'avait jamais été de toute sa vie, et Lestrade se tenait les côtes – mais pas de rire. Tout l'inverse.
- Ça s'annonce mal, dit-il lorsqu'il fut capable de placer trois mots. Je crois qu'il se doute de quelque chose, maintenant.
- Enlève le "je crois", répondit John hors d'haleine. On est dans de beaux draps. Et on n'a pas retrouvé Sherlock.
- Qu'est-ce que tu as trouvé, là-bas ?
- Une tête de cerf accrochée au mur. Une porte verrouillée cachée sous un rideau. Et un éclat de balle dans le plancher et dans une table, tirée par en dessous, probablement depuis un sous-sol. Je crois que la porte verrouillée y menait, mais aucun moyen d'en être sûr.
- Il t'a vu ?
- Il s'est précipité à la fenêtre au moment où je tournais à l'angle de la maison. À mon avis, il a vu ma silhouette, mais pas mon visage.
- Je ne pense pas que ça lui prendra bien longtemps pour faire le lien, de toute façon, soupira Lestrade. Il sait que je cherchais Sherlock, et il m'a l'air de quelqu'un d'intelligent : il comprendra vite qu'il s'agissait de toi.
- Il ne reste plus qu'à espérer qu'il ne s'agisse pas d'un cannibale, alors, soupira John.
- Malheureusement, je pense que Sherlock a raison. Tu l'aurais vu… Ses canines acérées... Il m'a foutu des frissons dans le dos.
- Et Sherlock ? Qu'est-ce qu'on fait ?
- Qu'est-ce qu'on peut faire ? On n'a pas de preuve, on n'a pas de mandat. On risque déjà d'avoir des ennuis pour ce qu'on vient de faire… Il faut qu'on attende.
- Et pendant ce temps-là, Sherlock croupit peut-être dans la cave, en attendant d'être mangé !
- Ou peut-être qu'on s'est tous les deux affolés un peu vite et qu'il est juste ailleurs, en train de suivre une piste complètement différente. Alors on va rentrer chez nous, et demain matin, s'il n'est toujours pas rentré, on avisera.
- Tu veux que je rentre chez moi comme ça, sans rien faire ? À me dire qu'il est peut-être en danger mortel ? Peut-être déjà mort ?
- Peut-être parfaitement vivant, insista Lestrade. C'est Sherlock. Combien de fois il nous a fait le coup ? Je commence à me dire qu'on a peut-être paniqué un peu rapidement.
- C'est vrai. Mais je l'ai déjà perdu une fois, je ne veux plus que ça recommence, maugréa John.
- Attendons, John. Juste cette nuit. Demain matin, on repartira à sa recherche.
xXxXx
C'était la mort dans l'âme que John était rentré au 221B Baker Street, ses pensées tournant en boucle sur son ami probablement en danger de mort, à se demander si demain matin, il ne serait pas trop tard, s'il n'était déjà pas trop tard – jusqu'au moment où il passa la porte du salon de l'appartement.
Pas pour la première fois, et pas pour la dernière, John crut qu'il allait le tuer, pour de bon.
- Espèce de…!
Sherlock, tranquillement installé devant son ordinateur, visiblement sain et sauf, releva la tête à l'interjection, et se redressa en voyant John – plus que ce que l'autre n'espérait, compte-tenu de toutes les fois où Sherlock passait son temps à l'ignorer. John ne savait pas s'il devait être flatté ou irrité ; et de toute façon, ça n'avait aucune importance. Une seule chose avait de l'importance : Sherlock était en vie./
L'instant d'après, Sherlock se tenait à ses côtés, avec une lueur d'étonnement dans le regard.
- John ? Tout va bien ?
Un instant, John eut envie de lui crier tout ce qu'il ressentait, sa frustration, sa colère, la peur qu'il avait ressentie – si seulement il pouvait répondre à son putain de téléphone portable, ils n'en seraient pas là ! – mais au lieu de ça, il attira Sherlock contre lui et l'embrassa passionnément, réalisant que c'était la seule chose capable de calmer ce tumulte d'émotions négatives qui bouillonnait en lui.
Correction : c'était la seule chose capable de transformer ce tumulte d'émotions négatives en émotions positives. Parce que le terme "calmer" n'était finalement pas très adapté, songea-t-il confusément alors que leurs bouches se fondaient l'une dans l'autre, que leurs bras s'entremêlaient, que les doigts de John s'enroulaient autour des boucles de Sherlock.
- J'ai cru que t'avais été enlevé, murmura-t-il quand il fut enfin capable de se détacher de ses lèvres, à bout de souffle. J'ai cru que tu étais allé voir ce Hannibal Lecter et que tu étais en danger.
- Et tu avais raison, répondit Sherlock, le souffle de ses mots retombant directement sur les lèvres de John. J'étais effectivement en danger.
Sherlock se glissa hors de ses bras pour aller farfouiller dans les papiers qui jonchaient la table, et John le laissa partir à contrecœur. Il n'était pas encore rassasié de sa présence, il voulait plus – mais l'instant ne s'y prêtait peut-être pas trop. De toute façon, il n'avait pas envie de se prendre la tête sur ce qu'ils étaient l'un pour l'autre, pas en ce moment.
- Hannibal Lecter, reprit Sherlock en brandissant quelques papiers dans sa main droite. Un psychiatre estimé, d'une intelligence incroyable, et hautement suspicieux. Originaire de Lituanie, a obtenu la nationalité française avant de partir habiter aux États-Unis. Collaborant avec le FBI pour une affaire de meurtre en série dont l'auteur était apparemment son partenaire consultant pour le FBI, Will Graham, emprisonné en cellule de haute sécurité. Et pour quoi ? Pour une affaire de cannibalisme. Encore.
- Autrement dit…?
- Autrement dit, je soupçonne le docteur Lecter d'avoir injustement accusé Will Graham et de lui avoir fait porter le chapeau pour ses meurtres. Il n'y a pas eu de preuves, bien sûr. Will Graham a plaidé l'inconscience de ses actes – apparemment, il était atteint d'encéphalite aiguë au moment des faits. Après son procès, Lecter a quitté – pour ne pas dire fui – les États-Unis et est venu s'installer en Angleterre. Et nous voilà une nouvelle affaire de cannibalisme sur les bras.
- Ça ne veut pas dire qu'il s'agit de lui, si ? Il y a des cannibales partout. Enfin, je pense. Du moins, il y a des détraqués partout.
- Oui, mais non, répliqua Sherlock avec impatience. Ce style, ce mode opératoire… Je mettrais ma main à couper qu'il s'agit de lui, John. Il faut juste trouver des preuves. Je suis allé le voir hier…
- Je sais. Et tu n'es pas rentré, coupa John avec amertume. Et ton téléphone était coupé. Et on s'est fait un sang d'encre pendant que tu nous faisais mariner. Pourquoi tu pars toujours en solo, Sherlock ?
- Je t'aurais bien demandé de venir, répondit Sherlock, mais vu les circonstances…
Les circonstances ? Ah, oui. La situation. Le baiser, les sentiments, le "si c'est vraiment du sérieux pour toi, je…", le sms sans réponse, le tout. Finalement, John aurait peut-être préféré continuer la conversation sur le cannibalisme. Mais l'espace d'un instant, il lui avait semblé que tout était redevenu comme avant, détective consultant et son blogueur, et il avait presque oublié tout le reste. Juste l'espace d'un instant. Que Sherlock venait de briser. John détourna le regard, embarrassé, et Sherlock toussa.
- Tu es allé le voir, alors, reprit John. Trouvé quelque chose ?
Et dire qu'il avait tant de choses à lui dire, tant de choses dont il fallait qu'ils parlent – il avait quitté Mary, il revenait habiter ici, du moins si Sherlock était d'accord, et s'il était d'accord, peut-être qu'il était temps de prendre un nouveau départ entre eux… Mais ils auraient tout le temps, plus tard. Une fois qu'ils seraient libéré de la menace urgente d'un cannibale qui se cachait sous les traits d'un psychiatre estimé.
- Rien, répondit Sherlock, l'air préoccupé. Ce type est malin, et surtout très méticuleux. Et pourtant, je suis sûr que c'est lui. Mais j'ai manqué de prudence en allant le voir… Je pensais qu'en me déguisant, il ne me reconnaîtrait pas, mais je l'ai sous-estimé. Il savait tout de suite qui j'étais, même malgré mon apparence et mon nom d'emprunt…
Sherlock se tut, comme embarrassé, et John ajouta :
- Oui, Harry Morstan.
Il avait hésité à le dire, par peur de mettre Sherlock aussi mal à l'aise que lui, mais rien que pour la façon dont il regarda John, ça en valait la peine – son regard était plein d'incrédulité, oscillant entre l'admiration, la méfiance, et – il fallait bien le dire – l'embarras. John eut envie de se moquer de lui. Le grand Sherlock Holmes n'en revenait pas !
- Comment tu le sais ? …John, ne me dis pas que tu es allé là-bas ?
- D'où tu penses que je reviens, à ton avis ?
Cette fois, l'inquiétude naquit sur les traits de Sherlock, et il laissa tomber ses papiers pour prendre John par les épaules.
- Tu es allé chez lui ?
- Oui. Avec Lestrade. On pensait que t'avais été enlevé ! tenta-t-il de se justifier, se sentant vaguement coupable que son inquiétude ait pris de telles proportions.
- C'est pas vrai… Juste ce que je voulais éviter, maugréa Sherlock en le lâchant et en se massant l'arête du nez entre ses doigts. J'ai déjà attiré son attention sur moi, mais maintenant, il sait que Scotland Yard l'a dans ses petits papiers… Et donc ? Comment ça s'est passé ?
- Mal, avoua John. On n'a pas été très subtils. Lestrade est allé l'interroger sur ta disparition pendant que j'inspectais sa maison en rentrant par derrière. J'ai trouvé une trace de balle suspecte et une porte verrouillée, mais Lestrade n'a pas pu le retenir assez longtemps pour que je puisse voir ce qu'il y avait derrière. Il a failli me prendre sur le fait. Je me suis enfui par la fenêtre, je pense qu'il a vu ma silhouette, mais peut-être pas mon visage. Mais comme dit Lestrade, s'il est malin, il sait sans doute que c'est moi.
- Il est malin, appuya Sherlock. Aah, quelle erreur, quelle erreur !
- On pensait que tu avais disparu, se défendit John, en colère. Tu ne peux pas nous en vouloir d'être partis à ta recherche !
- Je ne pensais pas que vous iriez vous jeter dans la gueule du loup. Enfin, puisque c'est fait…
- Qu'est-ce qui te rend aussi péremptoire, d'ailleurs ? ne put s'empêcher de demander John, intrigué. D'habitude, tu assembles les preuves, et ensuite tu accuses.
- Un individu comme lui ne laissera pas de preuve derrière lui, John. Les légistes n'ont rien trouvé sur le corps de la jeune fille qui puisse lancer un début de piste. Tout ce que je peux faire, c'est élaborer des théories, chercher qui correspond au profil, et me lancer à l'aveuglette… Mon instinct me disait que c'était lui parce qu'il correspondait au profil en tous points, mais je ne pouvais pas trop m'y fier sans l'avoir rencontré. Maintenant que je l'ai vu, je crois encore moins qu'il s'agit de quelqu'un d'autre. Mais on ne peut pas accuser sans preuve, voilà ce qu'il faut faire maintenant : trouver des preuves. Le problème, c'est qu'avec ma visite et la vôtre, il va être sur ses gardes.
John haussa les épaules.
- Si c'est vraiment lui, il finira bien par se trahir.
- Pas tout seul. Il faudra l'y pousser.
- Est-ce qu'il y a du danger ? Pour nous, pour nos proches ?
- Dans ce métier, il y en a toujours, répondit Sherlock d'un ton philosophe. Est-ce que ça t'a jamais empêché de participer à mes enquêtes ?
- Non, mais dans les précédentes, il n'y avait pas de psychopathe cannibale.
- Eh bien, c'est parfait, répondit Sherlock avec bonne humeur, ça change un peu.
John fit la moue en s'installant dans son fauteuil, peu convaincu, et Sherlock lui jeta un coup d'œil un peu curieux.
- Pas de couvre-feu, ce soir ?
- Pardon ?
John le fixait sans comprendre ce qu'il voulait dire.
- Mary, répondit Sherlock, rapidement, comme pour se débarrasser du mot, tout en haussant les épaules.
Il fallut un temps à John pour comprendre que Sherlock se demandait pourquoi il s'était installé comme s'il avait l'intention de rester là.
- Tu n'as pas parlé avec Mrs Hudson, aujourd'hui ? demanda John d'une voix lente.
- Elle a peut-être parlé quand je suis rentré. Je crois que ses lèvres bougeaient, mais j'avais coupé le son.
Génial. Une autre nouvelle à lui annoncer lui-même, alors. Pire que ça : une requête. Ce n'était plus "l'appartement de Sherlock Holmes et John Watson", ici, c'était juste "l'appartement de Sherlock Holmes". John n'y était plus qu'un invité.
Bon. Autant y aller une bonne fois pour toutes, comme un sparadrap qu'on arrache.
- J'ai quitté Mary.
Il avait les yeux fixés sur Sherlock, attentifs à sa réaction ; autant dire qu'il en fut pour ses frais. L'expression de Sherlock resta complètement neutre, indéchiffrable – même pas un petit signe d'étonnement. Il regardait John avec un néant absolu dans ses yeux, et John le soupçonna d'avoir recours à un dispositif de protection contre ses sentiments. À quoi pouvait-il bien penser, derrière ce néant ? Rien ne transparaissait. John en était un peu découragé, mais il s'était interdit d'espérer quoi que ce soit, de toute façon.
S'il y avait eu de quoi espérer, Sherlock aurait répondu à son sms, n'est-ce pas ?
- J'ai quitté Mary, reprit-il d'une voix plus lasse, et j'ai quitté l'appartement. Je ne savais pas où dormir… J'ai pensé à rester ici quelques temps, mais si tu n'es pas d'accord, il vaut mieux que tu me le dises.
- Habiter ici ? demanda lentement Sherlock.
- Comme dans le temps, précisa John, en se disant qu'une référence aux bons souvenirs jouerait peut-être en sa faveur.
- Comme dans le temps, répéta Sherlock, l'air préoccupé.
Impossible de ne pas remarquer qu'ils s'aventuraient en terrain glissant, et John se demandait s'il valait mieux tout mettre au clair dès maintenant plutôt que de marcher sur des œufs pendant des jours. Après tout, il lui avait roulé une grosse galoche en entrant dans la pièce. Ça pouvait porter à confusion. Même ça n'avait pas vraiment eu l'air de déranger Sherlock, vu la façon dont celui-ci y avait répondu.
- Sherlock, hum...
- John, coupa Sherlock. Il faut que je te dise quelque chose.
John écarquilla les yeux. Ça ne ressemblait pas vraiment à Sherlock de prendre les devants quand il s'agissait de ce genre de conversation – sauf s'il s'apprêtait à changer de sujet entièrement, ce que John aurait trouvé très déprimant.
- Euh… je suis désolé que tu aies rompu tes fiançailles.
John resta silencieux, attendant la suite – car il y avait forcément une suite, ça ne pouvait pas s'arrêter là. Mais lorsqu'il entendit le premier mot, il décida soudain qu'il n'avait pas envie d'en entendre plus.
- Mais…
Mais. Il détestait les "mais". C'était toujours annonciateur de mauvaises nouvelles. Il faillit lui dire de ne rien ajouter d'autre, et il aurait eu mille fois le temps de le faire, vu que les mots ne semblaient pas décidés à passer les lèvres de Sherlock, mais il jugea finalement qu'il valait mieux mettre les choses à plat tout de suite.
- Mais ?
- Je… Je ne voudrais pas que…
- Je n'attends rien de toi en retour, si ça peut te rassurer.
- Vraiment ?
Le soulagement de Sherlock était tellement palpable qu'il en était douloureux. Un instant, John se demanda pourquoi, au juste, il était attiré par cet homme cruel, cet handicapé des sentiments – tout en sachant qu'il aurait envie de se jeter à ses pieds à son prochain sourire.
- Je n'ai pas quitté Mary pour toi, dit John. Je l'ai surtout quittée pour moi… Ça ne t'engage à rien. Ce n'est pas un ultimatum. C'est un choix personnel qui n'a rien à voir avec toi. Je n'attends rien, insista-t-il. Mais si tu ne veux quand même plus de moi comme colocataire, je comprends.
- Non, répondit rapidement Sherlock. Comme colocataire, ça va. C'est juste que… je ne suis pas capable de plus.
- D'accord. Ça ne fait rien, répondit John avec un faible sourire. Je n'attendais pas plus. Ça me suffit.
Ce n'était pas tout à fait vrai, mais il préférait vivre avec le peu que Sherlock lui donnait, que de vivre sans rien du tout.
Sherlock hocha la tête, l'air un peu perturbé, et contre toute attente, un demi-sourire naquit à la commissure de ses lèvres.
- Quoi ? demanda John, surpris.
- Rien. Je suis juste… content d'avoir retrouvé mon blogueur.
Et voilà. C'était dans ces instants-là que John comprenait ce qui l'attirait chez Sherlock.
Il lui rendit son sourire, bien que légèrement teinté d'amertume.
- Content d'être de retour.
xXxXx
Voilà pour la fin de la partie 3 ! (Jeez, cette fic se terminera-t-elle un jour?)
Bref. Espérons que ce chapitre vous ait plu.
N'oubliez pas que le crowdfunding est toujours ouvert ! ^o^
Et on se dit à dans un an, pour le prochain update ! (Je déconne, j'essaierai d'aller plus vite, promis. Dix mois maxi.)
En attendant, en avant pour la preview !
xXxXx
Chapitre 22 - Someone else for IOU
J.W. : Ok. Le crime a eu lieu au Royal Festival Hall, sur la rive Sud. Lestrade a ordonné qu'on ne touche pas à la scène de crime avant ton arrivée et il est en train de se faire remonter les bretelles pour ça, alors j'espère que tu sauras te montrer reconnaissant envers lui.
IOU : Parfait. Dis-lui que j'amène quelqu'un avec moi.
Il se tourna vers l'homme en question, assis à côté de lui, et lui annonça d'une voix où on discernait clairement l'excitation :
- C'est bon, ils ne touchent pas à la scène de crime. Enfin, je dis ça – ils auront probablement détruit toutes les traces autour, mais c'est déjà bien.
Son voisin se contenta de hocher la tête, et de toute façon, Sherlock ne faisait déjà plus attention à lui, car John venait de lui renvoyer un message.
J.W. : Qui ?
Qui ? Eh bien, qui d'autre qu'un homme qui connaissait à fond Hannibal Lecter ?
