Chapitre 21: Même les meilleurs apprennent l'art de perdre
- Tu ne dois mélanger qu'après avoir ajouté l'essence de trèfle !
- Depuis quand ?
-Depuis toujours !
- La dernière fois qu'on a fait cette connerie, tout s'est renversé !
- Faux ! Ça a toujours parfaitement réussi.
- Ça a toujours parfaitement réussi à nous donner un piètre.
Voici donc en quoi consiste vraiment le partenariat en Potion. Chacun y va de son point de vue. Chacun est persuadé d'avoir une approche différente de la recette qui est censée nous faire gagner du temps pour un résultat meilleur.
Mais le véritable souci, c'est l'existence même de cette manière. En quoi le simple fait de remuer la potion avant d'avoir ajouté cette connerie d'essence de trèfle a-t-il une réelle importance ?
- Très bien. Tu n'as qu'à en faire qu'à ta tête et ruiner notre potion, ça m'est égal !
Kats et moi regardions de loin Angelina qui se laissa tomber sur sa chaise, bras croisés, et visiblement d'une humeur massacrante, alors qu'Alicia dosait d'un œil d'experte l'essence de trèfle.
- Merci de faire équipe avec moi, murmura Katie soulagée.
- Aucun problème, lui assurai-je.
J'étais moi-même plus que satisfaite par la situation. Les Potions n'étaient certainement pas mon point fort. Katie et moi étions de loin les pires élèves de notre année, tandis qu'Angelina et Alicia faisaient partie du peloton de tête. C'est en grande partie pour cela que nous faisions toujours équipe toutes les deux.
En fait, nous avions une manière bien personnelle d'aborder ce cours qui consistait à discuter de tout et de rien et de vaguement suivre les indications de temps en temps. Parfois (comprenez « souvent »), notre chaudron débordait au mieux et dans le pire des cas explosait tout simplement, mais bon : la vie est une question de priorités. Au moins, nous ne passions pas notre temps à nous chamailler comme Angie et Ali.
- Bon, maintenant, nous devons ajouter…, Katie tournait distraitement notre potion en lisant les indications de son livre, sans vraiment tenir compte du fait qu'il fallait faire quatre tours dans le sens des aiguilles d'une montre et un quart de tour dans le sens inverse, et ce, huit fois. Euh… quelque chose.
Je baissai les yeux et passai en revue les ingrédients qu'il nous fallait encore utiliser : nous avions de la poudre d'écailles de dragons, de l'essence de mandragore, des racines d'une plante hongroise, des feuilles d'une autre plante et une poudre bizarre.
L'un de ces ingrédients était forcément le bon non ?
-Am, stram, gram…
- Miss Wiles ! me coupa la voix sèche du professeur Rogue. Soi-disant la plus douée des attrapeuses que cette école ait connues.
Aucun doute, il se moquait de moi.
- Je m'interroge. Il n'a jamais traversé votre esprit étriqué de Gryffondor que peut être : am stram gram, n'était pas des plus efficaces pour choisir l'ingrédient approprié ?
Comme il arrivait derrière nous, j'entendais le son caractéristique de sa cape fouettant l'air tandis qu'il parvenait jusqu'à notre plan de travail.
Je ne pris pas la peine de voiler mon agacement lorsque je répondis :
- Navrée, professeur ! Cela n'arrivera plus.
Sa voix doucereuse m'arracha une grimace dégoûtée quand il rétorqua :
- Pour une raison futile, j'en doute.
J'attendis qu'il s'éloigne vers d'autres étudiants à torturer, puis lorsque je fus parfaitement convaincue qu'il ne me prêtait plus la moindre attention, je repris :
- Am, stram, Gram, pic et pic et colegrame…
J'ai continué ma petite chanson jusqu'au bout et mon doigt s'arrêta sur un petit flacon violet ;
-L'essence de mandragore !
- Parfait, combien de cuillères à café ? me demanda Katie en débouchant la fiole.
- Choisis un nombre entre un et dix.
- D'accord… C'est bon !
- Est -ce... trois ?
- Non.
- Six ?
- Non plus.
- Quatre ?
- Oui !
- Non, la voix sèche et incisive de notre professeur nous fit sursauter.
DÉCIDÉMENT ? Il semblait avoir pris pour décision de nous surveiller de près, ce qui n'arrangeait pas nos affaires.
- Ceci, grogna-t-il en arrachant des mains de Katie la fiole, est une essence Miss Bell. Les essences ne se mesurent pas en cuillères à café, mais en tiret, comme tout troll consanguin des montagnes le sait probablement. De plus, continua-t-il de manière condescendante en posant le flacon pour attraper la petite boite avec les feuilles inconnues. Vous devez ajouter les feuilles de voltiflors avant. J'aurais pu vous indiquer la quantité exacte, mais, vu l'état actuel de votre breuvage, je doute que ça fasse une réelle différence.
Je levais les yeux au ciel, pensant qu'il ne verrait pas ce geste effronté, mais je faisais fausse route :
-Miss Wiles, je pense à un nombre entre un et dix, pourriez-vous deviner lequel ?
- Euh… pas vraiment.
- Essayer.
L'intonation dans sa voix ne laissait aucun doute : je n'avais pas le choix.
- Trois ? proposai-je à tout hasard.
- Non.
- Six ?
- Non.
- Neuf ?
- Je vais vous donner un indice, cela se termine pas : points en moins pour Gryffondor.
- Cinq.
- Très bien, siffla-t-il tel un serpent. Maintenant, remettez-vous au travail, et, si je vous entends encore une fois murmurer votre petite chanson, je veillerais à ce que vous récuriez les chaudrons jusqu'à ce que vous ayez votre diplôme. Si toutefois, bien sûr, vous l'obtenez.
Et sur ces mots, il s'éloigna définitivement.
Quel homme charmant, vraiment ! Enjoué, drôle et tellement souriant.
- Il doit être la personne la plus désagréable que je connaisse, grommela Katie.
- Pour sûr.
En parlant de personne désagréable… je me tournais vers Lee, qui me dévisagea avec une animosité qui ne lui était pas familière, avant de détourner le regard pour se remettre au travail.
Merde ! Mais, c'était quoi son problème à la fin ? Depuis que Katie avait refusé de sortir avec lui, il agissait comme un connard avec moi. Au début, j'avais toléré son attitude, étant celle qui lui avait soufflé l'idée : invite Katie à sortir avec toi !
Mais à présent, c'était tout simplement ridicule ! Cela faisait quatre jours — QUATRE ! Et lui continuait d'agir avec moi comme si je lui avais menti ou l'avais dupé sur les sentiments de Katie, devenant ainsi la cause de ses déboires amoureux.
Je lui avais dit la vérité ! Il devrait le comprendre et agir comme un homme par Merlin ! Qu'il s'y fasse dès maintenant : la vie est difficile.
- Foutu caractère de dragon, murmurai-je.
Katie n'entendant que le dernier mot me tendit la poudre d'écaille de dragon :
- Ici.
-Je ne parlais pas de ça. Je parle de Lee.
Katie sursauta et lâcha la fiole dont le contenu se déversa sur notre plan de travail.
- Oh, par Merlin, désolée !
Elle chercha fébrilement sa baguette et entreprit de lancer un sortilège de nettoyage. Elle dut s'y reprendre à trois fois pour que celui-ci fonctionne correctement.
- Pourquoi suis-je aussi maladroite ?
Inutile de répondre à cette question qui, de toute manière, n'en était pas vraiment une.
Idiote.
Je risquais un nouveau regard vers Lee qui était alerté par les exclamations de Katie l'observait du coin de l'œil. Il semblait pensif et triste, mais, lorsque nos regards se croisèrent à nouveau, il se durcit instantanément.
Par Merlin qui aurait pu croire que derrière ses blagues lourdes et ses sourires de petit plaisantin se cachait un garçon à la rancune aussi tenace. Je n'avais jamais eu à me frotter à ce trait de caractère chez lui, mais je commençais franchement à m'en lasser.
Idiot.
Je lui renvoyais un regard aussi hostile que le sien, puis contemplais notre potion qui était d'un noir goudronneux.
- De quelle couleur est censée être la potion à cette étape ?
Katie relut les explications dans notre manuel puis répondit :
- C'est écrit : « Lilas »
Magnifique. Un nouveau « troll » en perspective. Curieuse, je lançais un regard sur le chaudron d'Angelina et Alicia. Bien sûr, leur potion était d'un violet lumineux à faire baver de jalousie Rogue lui-même.
- Ce cours est une perte de temps.
De légers coups à la porte me sortirent de mes lamentations. Enfin, ces coups furent tellement légers que je ne les avais pas entendus. C'est en fait lorsque Rogue referma fortement son manuel de 11 000 pages que je compris ce qui venait de se passer.
La porte s'ouvrit sur un première année terrifié et tremblant de peur.
- Que voulez-vous ? demanda sèchement notre professeur en détachant chaque mot.
- Le… le pro… professeur Macgonagall… m'a demandé de… de donner ça à vos élèves.
Il tendit une pile de feuilles à Rogue qui s'en saisit et en parcourut la première page rapidement.
- Puis-je savoir ce qui vous fait penser que je serais prêt à interrompre mon cours pour votre infantile et insignifiant banquet de Gryffondor ?
Je compris dans la seconde de quoi il s'agissait — Dubois et moi, nous étions retrouvés la veille afin de rédiger un questionnaire pour les Gryffondors afin d'avoir de nouvelles idées pour le banquet. Notre réunion avait été un peu maladroite et l'on sentait bien que nous avions du mal à agir naturellement l'un envers l'autre, mais, compte tenu de la façon dont s'était achevée celle du lendemain de la fête, ce n'était pas si mal.
Un peu tendu, mais pas si mal.
La réunion programmée cet après-midi en revanche serait un véritable test. Celle d'hier n'avait duré que quinze minutes, mais aujourd'hui elle risquait de s'étirer sur plusieurs heures.
J'espérais vraiment que ça se passerait bien, car l'organisation de ce banquet serait vraiment impossible si nous ne parvenions pas à nous entendre.
-… pouvez dire au professeur McGonagall que si elle veut perdre du temps sur son propre cours pour ces niaiseries, libre à elle, mais ce n'est certainement pas mon cas, ricana Rogue.
Le pauvre élève se balançait nerveusement d'un pied à l'autre et se triturait les doigts en regardant partout autour de lui sans jamais oser poser les yeux sur notre diabolique professeur :
- Elle… elle a dit que vous diriez quelque chose comme ça… et… et qu'elle préférerait éviter d'avoir à reparler de la fête de Noël de 92…
Le visage de Rogue perdit de ses couleurs instantanément et son teint déjà pâle sembla tourner au grisâtre. Un long silence gêné s'installa et s'étira dans la salle, alors que tous les élèves observaient notre professeur avec une attention mêlée d'étonnement.
Rogue reprit son masque de froide indifférence et grimaça :
- Veuillez interrompre ce qui est en cours et m'écouter, ordonna-t-il en scrutant la classe avec son éternel regard sombre. Mais, je suppose que vous êtes tous des Legilimens supérieurement qualifiés, pour avoir cessé votre travail avant que je vous en donne la consigne.
Son sarcasme était d'une totale évidence, et quelques élèves s'activèrent de nouveau sur leurs potions de peur de le fâcher davantage. Sachant que notre cas était désespéré, je continuai de l'écouter silencieusement.
- En ce qui concerne les élèves de Gryffondor, poursuivit-il d'une voix trainante. Votre directrice de maison souhaite vous voir remplir cette enquête au sujet d'un événement « capital » : votre banquet de maison.
Il laissa tomber la pile de parchemins sur la table d'Angelina et Alicia puis avec un mouvement dédaigneux de la main, il ordonna :
- Dépêchez-vous. Vous avez trente secondes. Trente, vingt-neuf, vingt-huit…
- C'est quoi ce… euh… Angelina, s'interrompit pour parcourir l'enquête de son regard vif.
Je me reteins de rire : elle semblait aborder ce questionnaire comme s'il s'agissait d'un examen auquel elle voulait avoir la meilleure note possible.
- C'est quoi ce bordel ?
Évidemment, on pouvait toujours compter sur Alicia pour qu'elle ne s'embarrasse pas de préliminaires.
- Comme il vient de le dire, c'est une enquête, répondis-je en désignant Rogue d'un vague signe de tête.
- Une enquête pour quoi ? demanda Katie en prenant deux feuilles pour nous avant de faire passer la pile aux élèves derrière nous.
- Dubois et moi… on essaye quelque chose de nouveau pour le banquet, expliquai-je.
Je détaillais ma propre feuille. Ce questionnaire semblait être tout ce qu'il y a de plus sérieux et professionnel. Les questions avaient été rédigées avec soin, sans la moindre faute d'orthographe et les espaces entre chacune étaient identiques au millimètre près. En d'autres termes : c'était Dubois qui s'était occupé de faire ces questionnaires.
Mes yeux s'attardèrent sur les questions :
Que pensez-vous du banquet de Gryffondor ?
Pour vous, qu'est-ce que le banquet de Gryffondor ?
Par le passé, qu'est-ce qui vous a déplu dans ces banquets ?
Qu'aimeriez-vous pour cette année ?
Qu'est-ce que Gryffondor signifie pour vous ? (nous sommes sérieux)
Satisfaite, je m'installais sur ma chaise et jetais un coup d'œil autour de moi. Les Gryffondor s'attelaient à leur tâche : certains arboraient une expression de réflexions intenses, d'autres roulaient des yeux et griffonnaient leur réponse rapidement.
- Tu ne remplis pas le tien ? me demanda Katie alors qu'elle plantait visiblement sur la quatrième question.
- Je suis l'une des personnes organisatrices de ce banquet Kats, lui rappelai-je. Je n'ai pas besoin d'un sondage pour que mon opinion soit entendue.
Katie haussa les épaules en réponse, laissant tomber sa main pour écrire quelque chose.
- Vos trente secondes se sont écoulées il y a maintenant sept minutes, nous annonça la voix trainante de Rogue. Comme vous êtes des Gryffondor et par définition : plus lent d'esprit que la moyenne, je vous accorde une minute supplémentaire.
Katie hoqueta d'effroi, elle avait visiblement beaucoup de choses à écrire sur notre sondage et le temps restreint que nous accordait Rogue ne lui permettait pas de détailler ses réponses comme elle l'aurait voulu. Sa main s'agitait sur sa feuille tandis que celle-ci se noircissait peu à peu de son écriture droite et régulière. Mais bientôt, la voix froide de Rogue l'arrêta dans son élan :
- Passez vos feuilles aux premières années bégayant, nous ordonna-t-il tout en déambulant dans la pièce pour inspecter une à une nos potions.
Alicia pesta contre notre professeur tout en faisant allusion à une enfance malheureuse et à un manque flagrant d'hygiène capillaire, alors que de mon côté je mélangeais une ultime fois notre potion. Que l'on y ajoute les derniers ingrédients ou non, je doutais que cela fasse une différence quant au résultat.
- Crois-tu que l'on devrait ajouter quelque chose ? me demanda Katie, faisant écho à mes pensées.
Négligemment, j'attrapais les derniers ingrédients que nous avions prédosés et les jetai mollement dans le chaudron.
Et celui-ci explosa.
- Tous aux abris ! s'écria Katie en se jetant avec moi sous notre bureau.
Quelques cris de mécontentements s'élevèrent alors que notre projet éclaboussait quelques Serdaigles sans méfiance. L'un d'eux en particulier vit sa chemise à moitié brulée par la mixture noire. Katie m'adressa un regard affolé et je ne pus que le lui rendre. Ce fut au bout d'interminables secondes que notre chaudron se figea cessant ainsi ses projections visqueuses.
Mes yeux se posèrent sur le bout d'une paire de chaussures noires éraflées et poussiéreuses qui s'étaient postées juste devant notre bureau.
Lentement, j'émergeais de ma cachette, suivie de Katie, qui paraissait si collée à moi, qu'à s'y méprendre, j'aurais pu penser qu'elle tentait de se cacher derrière moi.
Mon regard remonta des chaussures noires jusqu'au visage de leur propriétaire : Rogue.
Magnifique.
- Am, stram gram, pic et pic et colegram, débuta-t-il d'une voix trainante en détachant chaque syllabe de sa comptine. Dites-moi qui aura le privilège d'être en retenue ce soir.
Il pointa son doigt sur Katie qui retenait son souffle :
- Je…
Son doigt me désigna.
- Pense…
Il se reporta sur Katie.
- Que… ce… sera… Vous deux.
Il ricana de sa petite trouvaille et s'éloigna à grands pas.
Génial, comme si je n'avais pas assez à faire avec ce maudit banquet, voilà que j'aillais passer une soirée entière à récurer les chaudrons.
- Ce n'était pas si terrible, souffla Katie.
- À ta place, je ne parlerais pas si vite, lui murmurai-je en observant les élèves.
Tous lançaient des « récurvite » un peu partout tout en nous lançant des regards noirs.
- On dirait que tout le monde a décidé de jouer les indignés de tout aujourd'hui.
La cloche retentit, signant ainsi la fin de notre calvaire, je fourrais mes livres dans mon sac sans ménagement.
- Ce sont tous des imbéciles, grogna Katie.
Incroyable, la fille la plus optimiste, douce, compréhensive et Peace and Love que je connais, partage mon sentiment ? J'aurais pu lui sauter au cou si une voix bourrue derrière moi ne m'en avait empêché :
- Andy…
Je me retournais et fis face à Lee.
- Je peux te parler une seconde ?
- Euh…
- C'est urgent, alors suis-moi !
Il saisit mon poignet et me tira à sa suite hors de la pièce.
Dès que nous avons été assez loin pour être sûres que personne ne pourrait nous entendre, Lee explosa :
- Je ne sais pas ce qui se passe ! Je me réveille : je pense à elle. Je m'habille : je pense à elle. Je mange : je pense à elle. En cours de métamorphose : je pense à elle. Chaque minute de la journée, je pense à elle. Je vais devenir fou !
Il passa ses mains dans ses cheveux et semblait à deux doigts de se les arracher tant il était énervé.
- Je ne sais pas quoi faire, ça ne m'était encore jamais arrivé !
- Lee, respire, intervins-je surprise de ses paroles.
Mais sa voix frénétique continua :
- Je crois que… oh, Merlin, je pense que je l'aime.
Il se laissa tomber contre un mur, le regard perdu au loin :
- Tu... quoi ?
- Je l'aime... répéta-t-il ? Je suis amoureux et c'est un supplice !
Je n'en croyais pas mes oreilles. Lee Jordan, le garçon allergique au romantisme et à tout autre sentiment que la faim, était en train de m'avouer qu'il était tombé amoureux ?!
- je suis… perdue.
-Tu es perdue. Je suis perdu… ou amoureux, en fait je n'arrive même plus à faire la différence ! s'agaça-t-il en faisant de grands gestes avec ses bras.
- D'accord, je crois qu'il faut vraiment que tu te calmes, tentai-je en levant les paumes en signe d'apaisement. T'angoisser et t'énerver ne résoudra rien. Tu dois aborder ça de façon calme et rationnelle.
- Tu as raison.
Une fois de plus, il passa la main dans ses cheveux, tourmenté.
- Tu as raison, je dois me calmer. Je dois être calme, rationnel, impassible. Hey, je suis Lee, cool et sexy ! Hey je suis Lee, toujours détendu et posé ! Hey, je suis Lee et tout va bien ! Oh, merde, Andy, il faut que tu m'aides !
- Moi ?! Regarde ce qui est arrivé la dernière fois que j'ai joué les cupidons Lee ! m'écriai-je.
-Tu dois m'aider ! Georges et Fred vont finir par se foutre de moi !
- Mais non enfin !
Il me lança un regard incrédule.
- Bon… peut être qu'ils le feront un peu, mais, pourquoi ne pas demander plutôt à Alicia ou Angelina ?
- Parce que tu es celle qui a commencé ce gâchis, répondit-il sèchement en pointant un doigt accusateur sur moi. Tu m'as dit que je lui plaisais, puis tu m'as évité au lieu de me dire clairement qu'elle ne voulait plus de moi et maintenant tu vas régler ça avant que je devienne aussi pathétique que Mimi Geignarde et que je me mette à hanter les toilettes des garçons au sixième étage.
- D'abord : arrête de me crier dessus ! lui ordonnai-je, agacée. Ensuite, je ne t'ai pas dit qu'elle ne voulait plus de toi parce que ce n'est pas le cas.
- Alors tu pourrais juste…, il s'arrêta tout à coup, choqué. Attends, quoi ?
- Elle veut toujours sortir avec toi, lui expliquai-je, irritée.
- Elle... mais... pourquoi ?
- Je ne sais pas Lee, Kats est compliquée, c'est tout ! me plaignis-je en croisant les bras sur ma poitrine.
Derrière moi, la porte de la salle de Potion s'ouvrit et laissa se déverser un flux d'étudiants dans le couloir. Naturellement, je cherchai Katie du regard et ne tardai pas à repérer sa tresse de cheveux bruns qui se balançaient dans son dos. Elle était en pleine discussion avec Alicia et Angelina et toutes trois riaient de bon cœur.
Mon regard s'adoucit. Elle méritait d'être heureuse. Ces derniers jours, elle avait gardé l'apparence d'une jeune fille joyeuse et optimiste, mais j'étais capable de voir au-delà de ce masque et je savais qu'au fond, elle était triste.
Et tout cela, juste parce qu'elle avait repoussé le garçon qu'elle aimait et qui, je venais de l'apprendre, l'aimait aussi.
C'était ridicule.
-Je vais t'aider, murmurai-je avant d'avoir eu le temps de comprendre ce à quoi je m'engageais.
Lee me regarda avec une nouvelle lueur d'espoir dans les yeux :
-Vraiment ?
- Oui, mais par pitié ne me regarde pas comme ça. Je ne te promets rien.
- Bon sang Andy, tu es la meilleure pote qu'un garçon puisse rêver d'avoir ! cria-t-il en m'attirant dans une étreinte d'ours dont il avait le secret.
Il me souleva littéralement dans ses bras et malgré mes protestations il ne desserra pas son étreinte. J'eus beau marteler son dos de mes poings, rien n'y fit. Pourtant il se figea d'un coup et je le sentis se raidir :
— Quoi ? demandai-je
J'entraperçus son visage qui s'était durci et il regarda par-dessus mon épaule pour voir quel était l'objet de sa soudaine saute d'humeur. Je finis par voir le fameux « big dady » de troisième année, alias Jefferson. Il était penché sur Katie avec un regard concupiscent et l'avait prise au piège contre le mur. Son bras était appuyé contre la paroi rocheuse derrière elle et il la lorgnait sans vergogne.
La pauvre Katie ressemblait à une proie qui venait de tomber dans les mailles du filet d'un chasseur à la recherche de chair fraiche.
- Oh mon Dieu.
- Pourquoi il la regarde comme ça ? grogna Lee, qui me laissa retomber sur le sol.
- Il est en troisième année, détends-toi.
- Je me fiche de savoir dans quelle année il est. Il la regarde comme si elle avait été trempée dans du chocolat fondu ! s'insurgea-t-il.
Son regard se fit noir de colère et je vis son corps se tendre comme un arc.
- Je vais y aller et je vais… dire quelque chose.
- Non ! m'écriai-je en le retenant par le bras. Lee, tu ne feras qu'embarrasser Katie.
- Ce gamin la colle ! C'est inapproprié… c'est du harcèlement !
- Dis le gars qui vient de la comparer à une fraise trempée dans du chocolat fondu, répliquai-je avec un sourire en coin.
-Mais je… je ne sais pas, je pense que je devrais dire quelque chose.
- Tu n'es pas son petit ami, donc, tu n'as rien à dire, lui fis-je remarquer. Et puis, de toute façon, Jefferson est inoffensif.
- Jefferson, a-t-il répété tout bas en détachant chaque syllabe. Alors le Diable a un nom.
J'ai presque éclaté de rire. Vraiment, on se serait cru dans un feuilleton moldu, quand le héros prononce le nom de son ennemi de toujours. Lee n'avait vraiment rien à craindre de Jefferson et en temps normal, j'aurais prétendu la même chose pour Jefferson concernant Lee… mais là je n'en étais plus si certaine.
- Le diable est aussi âgé de treize ans et a toute la maturité d'un ver de terre, répondis -je en espérant calmer les pulsions de meurtrière de mon ami.
- Je n'en suis pas si certain…
- Crois-moi Lee. Va-t'en.
- Mais…
- Maintenant Lee.
- Es-tu sûre que…
- Oui ! Aller !
Il jeta un ultime regard à Jefferson et Katie avant de se détourner et de disparaitre dans les dédales de couloirs des cachots.
- … Toi, moi, un pique-nique sous les étoiles et une danse au clair de lune…
- Jefferson, comme c'est agréable de te revoir, intervins-je sèchement en prenant Katie par le bras pour la soustraire à l'emprise de ce gamin saturé de testostérones !
- Salut poupée !
Jefferson accueillit mon arrivée avec un sourire aguicheur et il me détailla de la tête aux pieds. Son regard s'attarda sur l'ourlet de ma jupe et son sourire s'élargit :
- Comme ces jambes m'ont manqué…
J'avais presque oublié à quel point il pouvait être effrayant, malgré le fait qu'il fasse une bonne tête de moins que nous.
- Tu n'es pas censé avoir cours ? demandai-je en désignant la salle de potion d'un vague mouvement de tête où les autres troisièmes années se pressaient.
- Je serais heureux de m'y soustraire pour un cours d'éducation sexuelle.
Merlin ! Ce gosse est un psychopathe en puissance !
- J'aime surtout la pratique. Des heures d'entrainement et de révision en… profondeur, acheva-t-il en lorgnant la poitrine de Katie, qui s'empressa de croiser les bras pour se soustraire à ce regard lubrique.
- Wôw, wôw !
- C'est trop chaud ?
-Je dirais plutôt : trop dégoutant, répondis-je avec un haut-le-cœur.
- Tu es délicieusement fougueuse, ronronna Jefferson en levant la main pour ce qui semblait être une tentative de me caresser le bras, mais il suspendit son geste et sa main resta bien loin de mon corps, à mon plus grand soulagement. Malheureusement, je suis devenu récemment l'homme d'une seule femme.
- Ah ? Vraiment ?
- J'en ai bien peur, répondit-il d'une voix sombre, emplie de regrets. C'est difficile, mais c'était la seule solution pour que Cindy McLaggen accepte de sortir avec moi.
Je dus me mordre la joue pour m'empêcher de rire alors que Katie s'étrangla avec sa propre salive, regardant avec des yeux ahuris le personnage haut en couleur qu'était Jefferson.
- Quoi qu'il en soit, je ferais probablement mieux d'aller en cours. Cindy doit m'attendre, et je me dois d'entretenir le feu de notre passion.
- Amuse-toi bien, dis-je en lui adressant un petit signe de la main en guise d'au revoir.
Il fit demi-tour, mais se retourna à mi-chemin :
- Oh, et Wild Cat ? appela-t-il en reluquant Katie. Peut-être que, le jour où cette connerie de monogamie ne sera plus d'actualité, nous pourrons nous retrouver pour envisager une place de choix pour toi parmi mes favorites…
- Au revoir, Jefferson, le coupa Katie qui enfouit son visage mortifié dans ses mains.
Je pouffais de rire tandis qu'il disparaissait dans la salle de classe. Par Merlin, dire qu'il y avait des personnes forcées de le voir tous les jours. Je me demandais bien comment ils supportaient sa présence.
Pauvres troisièmes années !
- Ce gamin a besoin d'aide.
- Une aide divine, corrigea Katie en secouant la tête, incrédule.
oOoOo
Vingt heures semblèrent arrivées avec une vitesse ahurissante. Je ne dirais pas que je redoutais de retrouver Dubois, ça serait exagérer, j'étais juste… Pas exactement impatiente d'y arriver.
Les choses étaient quelque peu compliquées entre nous même si nous avions convenu de n'être que des amis, mais l'ennui étant que nous n'avions justement JAMAIS été amis.
Par conséquent, je ne savais pas vraiment comment agir en sa présence.
Devrais-je me montrer polie ? Civilisée ? Sociable ?
Comme si je le savais !
Tout ce que je savais, c'est qu'il était presque vingt heures trente et que je m'étais malencontreusement endormie avant le diner, ce qui m'obligeait à présent à faire un sprint dans les couloirs pour me rendre à cette maudite réunion au plus vite avant que Dubois ne se lance dans un monologue sur ma ponctualité. Je n'étais pas d'humeur pour un sermon. J'avais loupé le diner et j'avais faim, ce qui avait tendance à me mettre en rogne.
- Pardon ! haletai-je en ouvrant la porte de la salle de métamorphose.
Mes cheveux emmêlés retombaient sur mon visage et je crois que bien que j'allais recracher mes poumons dans la minute suivante.
- Je me suis endormie. Ce n'était pas intentionnel je suis….
Un léger gloussement me coupa dans mon élan. D'un geste de la main, je balayais les mèches de cheveux qui recouvraient mon visage et fronçais les sourcils.
Dubois était assis à notre table habituelle face à une pile de parchemins, et riait de bon cœur.
- Il faut que tu lises ça, Wiles.
- Tu veux dire que tu ne vas pas me hurler dessus parce que je suis en retard ? demandai-je ahurie.
- Grrrr, tu es en retard, vilaine, me reprocha-t-il d'une voix trainante sans même m'adresser un regard, trop absorbé par sa lecture.
Au bout de quelques secondes, il rejeta la tête en arrière et éclata cette fois de rire.
OK, était-il malade ? Ou bien il y avait quelque chose dans l'air qui l'avait drogué ? Ou était-ce l'eau ?
- Lis ceci, dit-il en me tendant la feuille de parchemin. Et ose me dire que ce n'est pas ton clone qui en est l'auteur.
Encore un peu perplexe, je m'avançais prudemment, puis m'assis face à lui et me saisit du parchemin d'un air méfiant.
Qu'est-ce que le banquet de Gryffondor pour vous ?
Une soirée au cours de laquelle des professeurs sadiques observent leurs élèves se tortiller entre eux sur une piste de danse jusqu'à ce qu'ils meurent de fatigue ou d'ennui.
Qu'est-ce que devrait être pour vous le banquet de Gryffondor ?
Une soirée au cours de laquelle des élèves sadiques observeraient leurs professeurs se tortiller entre eux sur une piste de danse jusqu'à ce qu'ils meurent de fatigue ou d'ennui.
Par le passé, qu'est-ce qui vous a déplu dans ces banquets ?
Leur existence en générale.
Qu'aimeriez-vous pour cette année ?
Qu'il soit annulé.
Qu'est ce que Gryffondor signifie pour vous ? (nous sommes sérieux).
Des banquets de merde. (Je suis sérieux.)
Je me mis à glousser à mon tour.
- J'aime ce gamin.
- J'en étais sûr, répondit Dubois, qui continuait de parcourir les réponses. Jusqu'à présent, j'ai bien rigolé, mais je n'ai pas trouvé d'éléments pouvant nous aider à avancer. La plupart des réponses sont surtout culottées.
Je tendis la main pour prendre une autre feuille au hasard.
Sur celle-ci, toutes les réponses se résumaient à : « Ta mère ».
Très spirituel.
- On va avoir un problème si personne ne s'est vraiment prêté au jeu.
-On finira bien par trouver des réponses sérieuses. Je ne perds pas espoir.
- Espérons-le.
Je jetais le parchemin par terre et en prit un nouveau. Après quelques secondes j'éclatai de rire :
- Par le passé, qu'est-ce qui vous a déplu lors de ces banquets ? Il n'y a jamais de baston.
Le rire de Dubois accompagna le mien puis il cita une réponse de sa propre feuille :
- Qu'aimeriez-vous pour cette année ? Je voudrais voir les Canons battre les Harpies. Même pas en rêve.
- Ça n'arrivera jamais, affirmai-je, catégorique.
- On est bien d'accord. Qu'est-ce que devrait être pour vous le banquet de Gryffondor ? La joie, le bonheur, la paix et l'occasion de vous permettre d'accomplir vos rêves les plus fous. Qui a donné le sondage à un Poufsouffle ?
Je pouffais de rire et nous avons continué ainsi pendant près d'une heure. Et, vous voulez que je vous dise ? Durant tout ce temps, Dubois n'était plus Dubois et je n'étais plus Andy Wiles, nous étions juste deux personnes riant de choses futiles sans que l'un de nous ne soit mal à l'aise.
C'était… différent, mais pas désagréable.
- Huh, murmura Dubois après un moment, la tête légèrement inclinée tandis qu'il lisait attentivement un autre sondage. C'est intéressant.
- Quoi ?
- Cette personne dit qu'elle aimerait que l'emplacement du banquet soit modifié cette année, a-t-il répondu en tapotant sa plume contre sa joue.
- Tu veux dire qu'il ne soit plus dans la grande salle ?
- Oui, il dit qu'il a toujours lieu là-bas et que c'est devenu ringard.
Je fronçai les sourcils et pris en considération cette remarque :
- C'est vrai.
- Oui, je n'avais encore jamais envisagé l'idée de changer de lieu, mais ce serait un excellent moyen de faire bouger les choses.
- Comme une déclaration tonitruante que cette année sera différente, ajoutai-je. Mais où pourrait-on le faire alors ?
- Le terrain de Quidditch ? proposa Dubois.
- Très drôle.
- Je suis sérieux.
Je lui lançai un regard noir.
- Bon, en fait tu as raison... enfin, peut-être pas ! La tour d'astronomie alors ?
- Trop étroit, répondis-je. C'est juste bien pour les petites fêtes, mais pas pour un banquet.
Il a continué à suggérer plusieurs endroits, mais je contredisais chacune de ses idées jusqu'à ce que, impuissant, il pousse un long soupir en signe d'abandon :
- Bon... alors... que nous reste-t-il, Wiles, à part le lac ?
Je lui adressai un regard irrité, mais je me figeai soudain, et mon regard s'illumina :
- Le lac.
Son visage se ferma, de plus en plus perplexe, alors que l'enthousiasme me gagnait :
- Le lac Dubois, c'est génial !
- De quoi parles-tu ?
- Nous allons faire ça sur le lac !
- Tu veux faire ça sur un bateau ?
- Sur un bateau !
- Sur un bateau ?
- Sur un bateau !
- Wiles, regarde-moi : sur un bateau ?
Il avait l'air de ne vraiment pas comprendre mon idée, ou alors il avait peur de l'avoir trop bien comprise.
- Oui !
- Comment veux-tu que… ce projet tienne la route ?
- Eh bien réfléchi : il nous reste de l'argent des années précédentes puisque personne n'a jamais cherché à investir correctement les fonds mis à disposition. Nous pourrions louer un de ces gros navires avec une plateforme ouverte comme piste de danse ! On pourra même s'abriter en cas de mauvais temps à l'intérieur et mettre le buffet à….
- OK, ralentis !
- Ce serait spectaculaire ! m'exclamai-je sans tenir compte de son air incertain. Les élèves pourraient arriver en début de soirée, on replierait l'encre pour faire le tour du lac…
- On dit : lever l'ancre…
- Et puis, à minuit, on regagnerait la rive et ceux qui veulent partir le pourront et les autres pourront rester un peu plus longtemps pour continuer la fête ! m'écriai-je aussi heureuse qu'une enfant de quatre ans le matin de Noël. Ce serait génial ! C'est innovant ! Personne ne l'a encore jamais fait et je suis certaine que tout le monde sera enchanté !
- Je ne sais pas, Wiles.
- Qu'est-ce que tu ne sais pas ?
- Le coût, la responsabilité, la réservation, les autorisations…
Je gémis :
- Papi Dubois peut-il aller faire un tour pour me laisser parler avec le Dubois de dix-sept ans ?
- Il faudrait trouver une compagnie aux références irréprochables et aux prix abordables qui seraient d'accord pour louer un bateau à une bande d'adolescents…
- Oh mince ! Le Dubois de dix-sept ans et papi Dubois sont une seule et même personne.
- Il faudrait une assurance au cas où, Andy. C'est une mauvaise idée.
- Non, ça ne l'est pas, m'obstinai-je en croisant les bras. C'est une excellente idée, c'est juste toi qui compliques tout !
- Je suis juste rationnel ! Il y a une différence.
- Eh bien, ça revient au même : tu es ennuyeux, répliquai-je avec la quintessence de la maturité qui me caractérise.
- Mieux vaut être ennuyeux que d'agir dangereusement.
- Ça n'a rien de dangereux ! C'est une croisière !
- Dis ça aux survivants du Titanic.
À bout de nerfs, je poussai un long soupir :
- Tu es ridicule.
Je sais que je m'étais promis de ne plus me disputer avec lui. Et je sais que j'avais juré de faire des efforts pour essayer d'aborder les choses avec son point de vue, et me mettre un peu à sa place, mais là c'était au-dessus de mes forces : il réagissait comme si j'avais proposé un saut en parachute collectif !
- Peut-être, mais je suis quand même contre.
- Eh bien moi, je suis pour, répondis-je sèchement. Et j'en parlerais à McGonagall.
- Bien.
- Bien.
Il se contenta de hausser les épaules et de s'adosser à son siège avec un petit air arrogant et un sourire railleur. Merlin, avec tout ce qui s'était passé entre nous ces derniers temps, j'avais fini par oublier pourquoi je le haïssais depuis des années, mais ce simple petit intermède me le rappela sans mal.
Il attendit plusieurs minutes avant de reprendre la parole :
- Donc, hormis cette histoire de bateau, quelles autres options avons-nous ?
- Aucune, le bateau est la seule option que je suis prête à accepter.
Il leva les yeux au ciel ;
- Arrête d'être aussi difficile Wiles.
- Être en désaccord avec tes quatre-vingt-cinq ans d'âge mental ne fait pas de moi une personne difficile Dubois, grinçai-je, de plus en plus énervée.
- Il est tard, soupira-t-il en se massant l'arête du nez. Tu as diné ?
- Qu'est-ce que ça a à voir avec…
- Tais-toi et suis-moi !
Il se redressa et se dirigea d'un pas lent vers la porte. Voyant que je ne bougeais pas, il se retourna et insista :
- Aller debout !
J'obtempérai finalement et le rejoignis de mauvaise grâce :
- qu'est-ce que tu comptes faire ?
- Te trouver quelque chose à manger, répondit-il en ouvrant la porte en me faisant signe de le suivre.
Mon estomac applaudit l'idée, mais je restai perplexe :
- Pourquoi ?
- Parce que tu deviens une vache enragée quand tu as faim, et je ne me sens pas d'humeur à traiter avec elle pour l'instant. Alors, tu as faim oui ou non ?
- Non.
Mon estomac protesta bruyamment. Impossible que les grondements de barytons soient passés inaperçus aux oreilles de Dubois.
-Peut être un peu, concédai-je.
- Parfait, alors tu vas arrêter de te plaindre et me suivre, répondit-il en me tenant la porte largement ouverte pour que je puisse sortir.
- Donc on rejoint les cuisines alors ? devinai-je en regardant Dubois par-dessus mon épaule tandis qu'il refermait la porte derrière nous.
- Tu connais ? me demanda-t-il surpris.
-Je suis amie avec les jumeaux Weasley. Évidemment que je connais leur existence.
- Oh... moi qui pensais t'impressionner, c'est raté à ce que je vois.
- La vie est parfois cruelle.
- Je dirais même... injuste.
- Dévastatrice.
- Tragique.
- Révoltante.
- Décevante.
Je lui lançai un coup d'œil. Est-ce qu'il était en train de me défier ? Le sourire à peine visible sur son visage me le confirma et je décidai de rentrer dans son jeu :
- Horrible.
- Vile.
- Cataclysmique.
- Abominable.
- Affreuse.
- Épouvantable.
- Atroce.
- Méprisable.
Cela dura si longtemps que lorsque nous arrivâmes à la corbeille de fruits, nous étions toujours plongés dans notre féroce duel.
- Honteuse !
- Exécrable !
- Absolument misérable !
- On pourrait même aller plus loin et dire que c'est entièrement répréhensible ! énonça Dubois en prenant un fort accent anglais pompeux, qui me fit rire malgré moi.
- Nan, un gros bordel ! Voilà ce que c'est ! lui répondis-je avec un accent écossais bourru.
Il secoua la tête en souriant puis chatouilla la poire
- Tu devrais rouler un peu plus les « r » pour que ton imitation soit vraiment réussite.
Le portrait s'ouvrit largement pour nous laisser entrer et, avant même qu'il se soit refermé derrière nous, deux elfes de maison furent à nos pieds
C'est ce qu'on pourrait appeler : un service rapide.
- Monsieur Dubois ! s'écria de joie le plus grande des deux elfes en embrassant les mains d'Olivier, ivre de bonheur. Vous venez rendre visite à Missy et Pearl !
Je haussai un sourcil, surprise alors qu'il riait et tapota la tête de l'elfe pour qu'elle lui rende sa main :
- Évidemment que je viens vous voir. Je me demandais aussi, si, par hasard, nous pouvions avoir quelque chose à manger pour mon amie ?
Il me désigna et les deux elfes me regardèrent de leurs grands yeux brillants :
- Bien sûr ! Les amis de Monsieur Dubois sont les amis de Missy ! s'exclama joyeusement la plus petite des elfes qui trottina vers le garde-manger et disparue.
La plus grande — Pearl, je présume — était restée avec nous et affichait un air renfrogné.
- Mr Dubois n'a jamais amené de petite amie avec lui avant, observa-t-elle d'un ton de reproche, ses petits poings serrés. Pearl est confuse.
- Oh, je ne suis pas…
- Pearl s'adressait à Monsieur Dubois, me répondit-elle sèchement avec colère avant de se retourner vers Olivier avec un regard d'amoureuse transi.
Je manquai de m'étouffer : Pearl était amoureuse de Olivier ? Mon Dieu.
- Ce n'est pas ma petite amie, Pearl. C'est juste une amie, répondit-il d'une voix apaisante, et je lui lançai un regard incrédule.
- Tu te justifies devant un elfe de maison ?
- Monsieur Dubois parle à Pearl ! claqua une fois de plus la petite créature qui, malgré sa taille m'intimida suffisamment pour que je tente de l'apaiser.
-Désolée. Du calme.
Elle continua de m'observer avec une animosité flagrante jusqu'à ce que Dubois se décide à intervenir :
- Pourrais-tu aller me chercher un verre d'eau Pearl ?
- Comme il plaira à monsieur Dubois, répondit-elle immédiatement avec un sourire épanoui et sincère.
Elle disparut à son tour dans le garde-manger et je m'autorisais un soupir, soulagée :
- quelle charmante amie tu as là !
- Pearl n'est pas méchante elle est juste…
- Psychotique ?
- Possessive, acheva-t-il avant de se diriger vers une grande table autour de laquelle il s'installa.
- Pour moi, c'est la même chose, répondis-je en prenant place en face de lui. Alors Monsieur Dubois, tu viens souvent ici ?
Il haussa les épaules :
- Plusieurs fois par semaines, je suppose.
- Pourquoi si souvent ?
- J'imagine que je suis trop occupé, murmura-t-il en se frottant le menton d'un air pensif. Les entrainements, les devoirs, les ASPICS, et tout ce que je dois gérer encore… ça m'oblige à souvent sauter le diner.
- Ce ne serait pas le cas si tu n'étais pas aussi perfectionniste, le taquinais-je, mais intérieurement, je ne pouvais m'empêcher de penser que s'il cherchait à être aussi occupé, c'était sans doute aussi pour oublier sa vie de famille.
Cette idée me déprima un peu.
- Si j'étais perfectionniste, ma moyenne en Arithmancie serait meilleure, fit-il remarquer avec une moue qui se voulait attristée.
- À ce point-là ?
- Ouais, acquiesça-t-il, puis ses lèvres s'arquèrent en un sourire diabolique. On n'a pas tous la chance d'être la chouchoute de Vector.
Riant aux éclats, je débarrassai mon épaule d'une poussière invisible et répliquai d'un air arrogant :
- Que veux-tu que je te dise ? Ce n'est pas ma faute si mes compétences sont au-dessus de la moyenne.
- Tu ne veux pas m'en donner un peu ? J'aimerais que lorsqu'elle me rend un devoir noté, elle me dise autre chose que « venez me voir à la fin du cours ».
- Voir Vector à la fin des cours en tête à tête n'est-il pas pourtant le rêve de tous les spécimens masculins de la cinquième à la septième année.
- C'est horrible en fait, crois-moi.
- Oh... je t'en prie !
- Quoi ?
- Arrête d'agir comme si tu étais insensible, le priai-je avec un regard incrédule.
- Je n'ai pas fait ça, je dis juste…
- Vector est hyper sexy et tu le sais.
Il arqua un unique sourcil et répondit avec un sourire moqueur :
- mais je n'ai jamais dit le contraire.
- Ben... parce qu'il n'y a rien de plus ennuyeux qu'un garçon qui prétend être au-dessus des autres alors qu'il a les hormones tout autant en ébullition que ses camarades face à une sublime créature du sexe opposé, jetai-je en agitant une main arbitraire. De toute façon, on s'en rend compte quand une fille vous fait saliver alors le moins que vous puissiez faire, c'est vous montrer honnête lorsqu'on vous le fait remarquer. La plupart du temps, on est même d'accord avec vous.
Il eut l'air un peu surpris par ma déclaration, mais après un moment, ses yeux se plissèrent et il devint curieux :
- Intéressant, donc si on suit ta logique, commença-t-il en posant les coudes sur la table pour se pencher légèrement vers moi. Un garçon doit avouer à sa petite amie qu'une autre fille lui plait physiquement.
- S'il veut se faire larguer oui, me moquai-je.
- Là, je ne te suis plus.
- Il y a une différence entre mentir ouvertement à sa copine sur quelque chose qu'elle a remarqué, et lui signaler de lui-même un point qui n'a aucun intérêt à l'être, rétorquai -je en croisant les bras.
- Alors, si elle demande quelque chose de délicat, comme de lui parler d'une vieille histoire au sujet de sa sœur…
- Il faut dire la vérité.
- Mais si cette vérité est vraiment grave ?
- Si le gars ne lui parle pas, elle va imaginer une tonne de scénarios dans sa tête qui n'auront rien à voir avec la réalité.
- Mais peut-être que ses scénarios valent mieux que la réalité ?
- Ça ne fera que renforcer le sentiment d'insécurité de la fille. Elle deviendra paranoïaque, harcèlera son copain pour qu'il lui parle et, de plus, il sera dans une situation tellement délicate puis il finira par rompre avec elle, rétorquai-je à bout de souffle. Est-ce que, tu fais référence à ta propre expérience ou… ?
- Non, j'étais juste curieux de connaitre le fond de ta pensée à ce sujet, répondit-il en plongeant son regard ambré dans le mien.
Soudain, ce fut comme si tout autour de nous disparaissait. Il n'y avait plus que lui et son regard profond qui fit courir un délicieux frisson le long de ma colonne vertébrale.
- Pourquoi ?
Son expression se fit plus intense, et sa voix plus basse encore. Sans détacher son regard du mien, il me demanda d'une voix d'où pointait une note de défi :
- D'après toi, Wiles ?
Heureusement que Missy réapparut avant que la conversation ne dégénère.
- L'eau pour Monsieur Dubois, annonça-t-elle d'une voix triomphante. Et pour l'amie de Monsieur Dubois les restes du dîner.
Elle déposa devant moi un plat largement rempli de spaghettis arrosés d'une sauce aux notes de douces épices.
J'en salivais déjà :
- Voulez-vous un peu de pain mademoiselle ?
Et, avant que j'aie le temps de répondre, elle alla chercher une corbeille de pains de toutes sortes qu'elle déposa sur la table, puis elle trottina et disparut de la pièce.
-Tu avais raison : Missy est charmante.
- Je te l'avais bien dit.
Je souris et dévorais mon plat de spaghetti avec toute la délicatesse d'un hippogriffe et le reste du repas se déroula sans incident si l'on omettait les regards énervés de Pearl.
En fait, tout se déroula parfaitement bien jusqu'à ce que nous retournions à la salle commune de Gryffondor et que je réalise une chose : nous avions passé une soirée sans crise de colère ni d'hystérie qui nous caractérisait pourtant.
Quelques désaccords ici et là, mais dans l'ensemble tout s'était bien passé. Alors naturellement, il fallait que je mette mon grain de sel :
- J'étais très sérieuse au sujet du bateau, annonçai-je alors que nous entrions dans la salle commune et que je balayais l'espace du regard à la recherche d'Angelina, Alicia ou Kat.
- Et moi, j'étais très sérieux quand je t'ai dit être contre, répondit-il avec le même ton décontracté alors qu'il était plongé dans la même évaluation que moi.
Je débattais avec moi-même pour ne pas me laisser submerger par la colère que son intransigeance réveillait en moi.
-Je respecte ça, ajoutai-je d'une voix détendue.
Il étouffa un rire et je rectifiai :
- Bon, pas vraiment en fait, mais une fois que McGonagall aura donné son feu vert, j'espère pouvoir compter sur ton entière collaboration.
Son attention se reporta sur moi :
- Elle ne donnera pas son feu vert, Wiles.
- Si, elle le fera.
- Pas sans mon soutien.
Je le foudroyais à présent du regard :
- tu penses que je ne pourrais pas la convaincre par moi-même ?
- Franchement, non.
- Très bien, alors observe et instruis-toi, grinçai-je.
- Bonne chance, ricana-t-il sombrement alors que je le quittais pour rejoindre le dortoir des filles.
- Je n'ai pas besoin de chance.
En montant l'escalier en colimaçon, je commençais une rédaction mentale de la lettre que j'allais envoyer à McGonnagll dès ce soir. Quelque chose de respectueux, responsable, professionnel comme... le Professeur McGonagall,
Mon binôme est incompétent et sénile et ses idées sont aussi excitantes et prometteuses qu'un tournoi de tennis de table. Pourrions-nous en discuter ?
Cordialement.
Andy.
Dubois n'avait aucune chance.
Bonjour bonjour ! Voilà enfin la suite ! Bonne nouvelle, j'ai un chapitre d'avance, corrigé et près à être posé ! Ouais ! Youpi ! Maintenant, je vous laisse le choix: Soit je le poste avant la fin de la semaine (mais après vous devrez attendre plusieurs semaines que le chapitre suivant ait été relu et corrigé par mes bétas), soit j'attends un quinzaine de jours et vous aurez moins à attendre pour la suite...
Je vous laisse le choix ; -)
De mon côté, sachez que je traduit actuelement le dernier chapitre de cette fiction. J'ai bien avancé car j'ai traduis l'équivalent de trois chapitres en deux semaines ! Trop forte ! Bref, bientôt, mon travail sera achevé et c'est avec un petit pincement au coeur que je repense à tout ce parcours... Bref, je ne vais aps pleurer tout de suite, j'attends de poster le dernier chapitre ;-)
Je remercie tous ceux qui prennent le temps de commenter cette fiction, vos review me motives toujours autant ! Merci à ceux qui nous suivent avec attention et à mes deux béta pour leur incroyable travail !
Moi je vos dis : a très vite, et j'espère que ce chapitre vous aura plut ;-)
Votre délicieusment sucrée, douce et gourmande minichoukette !
