Je n'ai pas vu James de la journée, à part pour notre cours de Défense pendant lequel je n'ai pas une seule fois ouvert la bouche, trop fatiguée par ma journée de la veille, alors c'est un peu comme une récompense quand j'entre sur le terrain de Quidditch et que ses yeux à moitié surpris, à moitié satisfaits se posent sur moi. Frank accourt vers moi.
« Lily ?! Je n'avais aucune idée que tu venais passer les sélections ! Tu es sûre que... »
Je n'écoute pas la fin de sa phrase parce que j'ai déjà un nœud à l'estomac et que je sais très bien que ce qu'il va me dire ne va pas me rassurer. Il se demande ce que je fais là et il se dit que je vais me planter en beauté. Je ne peux pas le blâmer, c'est un peu ce que je me suis répétée toute la journée. J'essaie de me rassurer comme je peux en me disant que je sais voler et que c'est James qui m'a conseillé de venir, mais une partie de moi se demande quand même si je ne vais pas hurler et me mettre à pleurer comme une fillette si un cognard me frôle d'un peu trop près. Je jette un coup d'œil à mes concurrents. On est une quinzaine, et les trois quarts des postulants font déjà partie de l'équipe en tant que gardien remplaçant, batteur remplaçant, ou attrapeur remplaçant. En gros, je suis vraiment mal barrée.
Je déglutis et je rejoins les autres au centre du terrain. Le professeur McGonagall, attend cinq minutes de plus pour s'assurer que personne n'est en retard avant de nous donner les instructions. J'écoute à peine. Johnson et Potter se sont assis dans les tribunes et ils discutent cordialement. Ça me contrarie un peu.
Je suis le mouvement lorsque le petit groupe va se poser sur le bord du terrain, et McGonagall appelle le premier participant, un dénommé Dany Hodge, qui s'envole en tremblotant des pieds à la tête. Le truc cool, c'est qu'apparemment, nous n'aurons pas à subir les cognards. D'après ce que j'ai entendu, Frank garde les buts et nous avons droit à dix chances pour réussir à marquer. J'entends certains dire que c'est impossible et que Frank est trop fort, qu'on aurait dû avoir droit à quinze essais, et je commence un peu à avoir peur. Cette peur s'intensifie quand Dany Hodge redescend dépité en ayant raté de très loin les trois anneaux. Et cela continue. Personne ne parvient à marquer jusqu'à ce que vienne le tour de Rose Hopkins, une cinquième année qui joue d'habitude à la place de gardien remplaçant. Elle redescend de son balai avec cinq buts en poche. Merlin, je plains la personne qui va passer après elle.
« Lily Evans ! »
Quoi ?! Moi ?! Non, pas après elle ! Je vais me taper la honte de ma vie...
« Allez Evans ! C'est à vous ! Répète le professeur McGonagall, sa feuille de présence à la main. »
Je bondis du banc et j'enfourche mon balai la main légèrement tremblotante. Je donne un coup de pied au sol pour me projeter en air et je retrouve le sourire en même temps que la sensation de bien-être que me procure le vol. Je fais deux tours du terrain à toute vitesse pour m'échauffer, et ça me rappelle la course que James et moi avions faite. Je souffle. Tout va bien. Je m'arrête devant Frank, et il m'envoie le souafle. Il y a une expression de pitié sur son visage qui me dit « je suis désolé Lily ». Il est si persuadé qu'il va m'humilier que je préfère faire volte-face pour ne pas avoir à le regarder. Je reprends un peu d'altitude et de vitesse, et je vise l'un des anneaux. Frank arrête le souafle sans problème. Merde. C'est presque comme si je le lui avais donné gentiment. Je secoue la tête et je rattrape la balle qu'il me lance. Reprends toi ma vieille, je me murmure à moi-même.
Je prends deux secondes pour réfléchir, et je me rappelle que Frank est droitier, et comme tout droitier, il a une petite faiblesse sur son côté gauche. Je fends à nouveau sur lui, et cette fois je vise l'anneau de droite. Bingo. Le souafle passe à travers sans que le gardien n'ait pu faire quoi que ce soit. Je recommence deux fois, puis trois, et à chaque fois je marque. Frank commence à s'énerver, et je sais qu'il va falloir que je trouve une autre astuce. Alors je feinte plusieurs fois, je le déstabilise, je tourne autour des cerceaux, je monte, je descends, et finalement je marque encore. Je redescends avec un score de neuf sur dix, et là je me rends compte que tout le monde est médusé. Je réalise à peine ce que je viens de faire à vrai dire, j'étais tellement concentrée que je n'ai même pas compté mes points, c'est le professeur McGonagall qui l'a annoncé quand mes pieds ont de nouveau foulés le sol. Ceux qui passent après moi n'arrivent pas à dépasser les deux buts, alors j'imagine que j'ai plutôt géré. Je ne risque pas de regard vers James, je ne veux pas donner une occasion de plus à Johnson de faire une remarque sur ma « bizarrerie ».
« Les résultats vous seront communiqués demain matin, nous annonce McGonagall en nous faisant signe de quitter le terrain. »
Tout le monde a l'air dépité. Certains me regardent avec admiration et d'autres, un peu plus déçus, me fusillent sur place. Je ne sais pas pourquoi je paniquais, visiblement j'ai toutes mes chances. Je reprends mon balai et je retourne au château. J'ai bien mérité d'aller me laver dans la salle de bain des préfets ce soir ! Je fais un détour par mon dortoir pour prendre une serviette et des affaires et je reviens sur mes pas pour accéder aux escaliers qui mènent au cinquième étage.
« Hé Evans ! »
Je me retourne pour voir Potter essoufflé en bas des escaliers. Il monte les marches quatre à quatre jusqu'à arriver à mon niveau et je le regarde avec des yeux ronds.
« Bah... vous ne deviez pas délibérer ? Je demande.
_ C'est fait. C'était rapide. Vous m'avez surpris. »
Ah, ce vouvoiement ! Je souris et je continue à monter l'escalier. Il me suit.
« En bien ou en mal, Potter ?
_Vous verrez demain. »
Je hoche la tête et je continue mon chemin. Il reste à côté de moi. Ça me fait du bien, même si c'est juste pour se dire des banalités, même si nous sommes pollués par l'idée que quelqu'un puisse nous entendre ou nous voir et que nous restons à une distance respectable tout en utilisant les formules de politesse de rigueur.
« Où allez-vous, au fait ? Il me demande comme s'il venait de se rendre compte que la Salle Commune de Gryffondor n'était pas au cinquième étage.
_ Et vous, où allez-vous ? Je l'interroge avec un petit sourire moqueur.
_ Moi, Evans, je vous suis parce qu'il est presque 23h et que vous êtes loin de votre Salle Commune alors que vous n'êtes pas supposée traverser le château la nuit. »
Je hausse les sourcils et je m'arrête. Il ne plaisante pas en plus, c'est ça le pire. Combien de fois je suis repartie de son bureau à pas d'heure ? J'ai envie de le lui faire remarquer, mais j'ai beaucoup mieux en tête.
« Je vais dans la Salle de Bain des préfets, monsieur, et si vous voulez me punir, je serais ravie que vous le fassiez là bas, je lui dis à voix basse avant de le planter sur place. »
Je continue mon chemin et passe le tableau de la Salle de bain avec un grand sourire au lèvres, ravie d'avoir pu lui clouer le bec. Bien entendu, il ne me suit pas. Je ne m'étais pas attendue une seule seconde à ce qu'il le fasse, j'avais juste envie de voir ce qu'il pourrait répondre à ça, mais c'est comme s'il n'arrivait pas à gérer mes provocations. A chaque fois que je pars sur ce terrain là, il perd un peu d'assurance, et moi, ça m'amuse.
Le lendemain matin, je suis réveillée par Alice qui me secoue dans tous les sens. Je la pousse en grognant qu'il n'est pas l'heure, qu'il ne peut définitivement pas être l'heure, parce que j'ai l'impression que je viens juste de me coucher, mais elle s'obstine et finalement, elle me tire par une cheville jusqu'à me faire littéralement tomber du lit, et je n'ai d'autre choix que d'ouvrir les yeux rien que pour l'engueuler. Une fois la tempête passée, elle frappe dans ses mains et je vois un sourire rayonnant sur son visage.
« Frank m'a envoyé un hibou ! Tu as été prise !
_ De quoi ? Je dis d'une voix encore ensommeillée.
_ Tu es dans l'équipe Lily ! Tu vas jouer le match contre Serdaigle ! Elle s'exclame en me tendant une affichette. »
Il n'y a qu'une phrase écrite dessus « l'élève retenue pour remplacer Mr Ducray au poste de poursuiveur de l'équipe de Gryffondor est Lily Evans. ». Je la relis plusieurs fois pour être sûre de ne pas rêver, et puis je me mets à sautiller avec Alice dans le dortoir.
« D'après Frank, tu as été extraordinaire... Je suis désolée d'avoir doutée de toi, mais bon, tu ne peux franchement pas m'en vouloir, après t'avoir vu monter sur un balai en première année... Je n'étais pas censée imaginer que tu pourrais vouloir réitérer l'expérience un jour, mais bon j'imagine que tout est bon pour traîner un peu plus avec Potter... Elle me dit en souriant.
_ A vrai dire Alice, je pensais que je serais vraiment nulle moi aussi...
_ Visiblement personne n'a partagé cet avis ! Allez viens, on va célébrer ça avec les autres autour d'un petit dej' ! »
Je me rappelle à ce moment là que nous sommes en weekend. Pas de cours. Ouf. Je n'ai pas du tout la tête à me plonger dans les parchemins, ça tombe bien ! Je prends ma douche et je retrouve Alice dans la Grande Salle. Plusieurs élèves chuchotent sur mon chemin, et je vois Hanson à la table des Serdaigles faire comme si elle m'envoyait un cognard en pleine tête. Je déglutis et je vais m'asseoir à côté des mes amis qui sont tous excités par la nouvelle. Plus que moi, d'ailleurs. Parce que je n'ai jamais volé avec toute une équipe, et je n'ai surtout jamais dû éviter des balles dont le seul et unique but est de me faire dégringoler de quinze mètres. J'avale la moitié de mon verre de jus de citrouille et je le repose négligemment en manquant de le renverser.
« On commence ton entraînement cet après-midi Lily, j'espère que tu es prête ? Me demande Frank. »
Je suis seulement capable d'acquiescer sans un bruit. Je suis définitivement mal à l'aise quand Rose Hopkins vient pour me féliciter. D'autant qu'elle n'a pas du tout l'air de penser un mot qui sort de sa bouche. En repartant, elle bute maladroitement dans mon sac et ma baguette roule sur le sol. Elle s'excuse pendant que je me penche pour la rattraper, et quand je me redresse, elle est déjà partie. Frank, Alice et Peter sont tous les trois pris dans leur discussion et ils ne semblent même plus s'apercevoir que la personne dont ils parlent, moi, est assise juste à côté d'eux.
« Elle a été d'une adresse incroyable ! Dit Frank.
_ Je suis impatient de voir le match contre Serdaigle ! Lance Peter enjoué.
_ Moi aussi. Enfin, c'est surtout que je suis curieuse maintenant, j'ai envie de voir Lily à l'œuvre, poursuit Alice. »
Je mange à peine parce qu'encore une fois, je suis trop stressée pour avaler quoi que ce soit qui ne soit pas liquide. Je reprends mon verre de jus de citrouille rempli à ras bord, et je le termine avant de proposer à Alice de venir avec moi à la bibliothèque. A peine sommes-nous arrivées devant l'immense porte que je suis stoppée par une violente migraine.
« Alice... Je ne me sens pas bien là... Je la préviens en m'appuyant contre le mur.
_ Qu'est ce qu'il y a ? C'est les toasts qui ne sont pas passés ?
_ J'en sais rien... Je crois que je vais vomir... »
Elle me tire par le bras et m'emmène le plus vite possible à l'infirmerie. Je m'échoue sur un lit alors que l'infirmière me pose des tonnes de questions. Elle ne parle pas fort, mais j'ai l'impression qu'une fanfare défile contre mes tempes.
« Vous dîtes que ça vous a pris comme ça, d'un coup ? Elle me demande. »
J'acquiesce et je la supplie d'éteindre ces foutues bougies qui dansent autour de mon lit et dont la lumière me brûle les yeux. Sans prévenir, je me penche par dessus les barreaux du lit et je vomis tout ce que je peux aux pieds de la pauvre infirmière. Alice bondit à la rescousse de mes cheveux, et si je n'étais pas aussi malade, je serais presque émue par cette pure démonstration d'amitié qui consiste à sauver ma tignasse sans émettre le moindre bruit de dégoût face à l'horrible spectacle qui se joue devant elle. Enfin, c'est vrai que moi aussi, j'ai maintes fois sauvé la sienne lorsqu'on allait à des soirées arrosées pendant les vacances d'été, elle me doit bien ça !
« Vous avez bu ou mangé quelque chose de suspect peut-être au petit déjeuner ? M'interroge l'infirmière en nettoyant d'un coup de baguette les dégâts que j'ai fait sur ses chaussures.
_ Désolé. Heu... J'ai juste pris un jus de citrouille.
_ Etrange. Vous avez le tournis ? Comment est votre vision ?
_ Pas de problème de vision. J'ai l'impression qu'on serre ma tête dans un étau, si vous voulez une description précise. Et je vais probablement encore vomir à vos pieds d'ici dix secondes... »
Elle part puis revient avec un bac qu'elle dépose à côté du lit pour éviter que je redécore encore une fois la pièce.
« Cooper voulez-vous bien aller me chercher le verre de Miss Evans dans la Grande Salle s'il vous plaît ? Je voudrais vérifier que personne n'y a mis une potion de migraine aiguë. »
Alice acquiesce et quitte mon chevet. L'infirmière a éteint les bougies et elle est partie en me demandant de me reposer, mais c'est impossible avec ce mal de crâne. C'est comme si ma tête allait exploser. J'ai des palpitations dans les tempes. J'essaie de faire des points de pression dessus avec mon index pour soulager ma douleur mais rien n'y fait. Je crois qu'à ce moment précis, je me dis que le fait de recevoir un cognard en pleine tête me soulagerait peut-être l'espace d'un instant. Ça, ça ferait une sacré pression.
La douleur s'intensifie de minute en minute. J'ai chaud. J'ai froid. J'ai envie de pleurer. J'ai envie d'appeler ma mère parce que c'était toujours elle qui me soignait quand j'étais malade, et qu'il n'y a rien de tel qu'une maman pour s'occuper de nous quand on ne va pas bien, mais la mienne ne peut rien faire d'où elle est. Alors j'ai encore plus envie de pleurer. Finalement, la porte s'ouvre. J'espère voir Alice, mais c'est Potter. Pitié non. Qu'est-ce qu'il fait là ? Je n'ai aucune envie qu'il me voit comme ça. Je suis horrible.
« Je viens de croiser Cooper qui m'a dit que...
_ Non... Pas toi... Pas vous, je veux dire, Potter... Monsieur... »
Je vais tuer Alice. Je vais définitivement tuer Alice. Il se rapproche de moi et je vois qu'il insonorise la pièce. Sûrement parce que comme une conne, je viens de le tutoyer et qu'il ne veut pas que l'infirmière m'entende encore gaffer. Ses pas résonnent dans ma tête comme des gros coups de marteau. Je bascule une nouvelle fois sur le côté de mon lit, fort heureusement, celui où il ne se trouve pas, et je vomis encore sans pouvoir me retenir. Adieu glamour. Adieu séduction. Je n'ai plus qu'à m'enterrer six pieds sous terre. Je sens sa main retenir mes cheveux comme Alice l'a fait précédemment, et ça me fout encore plus mal à l'aise. J'essaie de le repousser pour le faire partir mais il résiste. Merlin. Je suis en train de vomir tout mon être devant l'homme que j'aime. Quel cauchemar. Je me cache la tête sous la couette après cet ultime embarras et il l'enlève.
« Pourquoi Cooper est partie chercher ton verre ?
_ Parce que l'infirmière dit que quelqu'un m'a peut-être fait avaler une potion de machin aigüe, maintenant, laisse moi mourir de honte en paix, je réponds en rabattant la couverture sur mon visage.
_ Tu as mal où ? Il demande en me découvrant une nouvelle fois.
_ A la tête. Et ça s'intensifie à chaque fois que tu me parles et que je suis forcée d'admettre que non, ce n'est pas un cauchemar, je viens de rejeter la moitié de mon repas de la veille devant toi. »
Il m'empêche de me cacher une nouvelle fois et je ne bouge plus quand il pose sa main sur mon front, complètement indifférent à la remarque que je viens de faire. Sa peau sur la mienne... Si seulement j'étais en mesure d'en profiter...
« Tu es super chaude Lily ! Il s'exclame en fronçant les sourcils.
_ Tu aurais pu trouver mieux comme compliment, mais je vais me contenter de celui-ci pour cette fois...
_ Bon, visiblement tu es encore en mesure de plaisanter... C'est rassurant... Il constate en souriant légèrement. »
C'est à ce moment précis qu'Alice se décide à revenir avec mon verre. James se décale un peu de mon lit et sa main quitte mon visage instantanément.
« Ne vous dérangez pas pour moi surtout, elle lance moqueusement en allant rejoindre l'infirmière dans son bureau. »
James la suit, et je suis soulagée. Je n'entends plus que leurs voix lointaines maintenant, mais qui résonnent encore un peu trop fort dans mes oreilles, et finalement, tous les trois reviennent à mon chevet.
« Miss Evans, le professeur Potter et moi avons fait les tests, quelqu'un a bel et bien mis quelque chose dans votre verre.
_ Je pense que c'est Hopkins, dit Alice.
_ Hopkins ? Pourquoi ? Demande James.
_ Elle était dégoûtée que Lily obtienne le poste de poursuiveur. Elle s'y voyait déjà. Les entraînements commencent cet après-midi, si Lily ne s'y présente pas, elle sera remplacée par Rose vu que c'est elle qui s'en est le mieux sortie parmi les candidats déçus, explique Alice.
_ Maintenant que tu le dis... Quand elle est passée pour me féliciter, j'avais déjà bu la moitié de jus de citrouille. Elle a fait tomber ma baguette, alors je me suis penchée pour la ramasser, et quand j'ai repris mon verre, il était plein, je constate.
_ Bon, je vais avoir une petite discussion avec elle. Je file d'abord prévenir le professeur Slughorn il vous concoctera une potion qui vous remettra sur pied d'ici l'entraînement. Cooper, vous restez avec Evans ?
_ Je ne bouge pas, professeur, répond Alice en s'asseyant à côté de moi. »
Je suis à la fois contente et déçue quand je le vois franchir le seuil de la porte. Contente parce que je peux vomir en tout sérénité, et déçue parce que sa présence détournait un peu mon attention de ce mal de crâne abominable. L'infirmière pose un gant de toilette humide sur mon front et retourne dans son bureau pendant qu'Alice s'enfonce un peu plus dans le fauteuil à côté de moi. Je l'engueulerais plus tard pour avoir fait venir Potter ici, pour l'instant, je n'ai même plus la force de m'entendre parler. Le moindre son est pour moi insupportable. Je ne sais pas combien de temps s'écoule avant que le professeur Slughorn ne pénètre dans la pièce avec une coupe remplie d'un liquide rosé qui me fait penser à de la grenadine, mais j'ai l'impression d'avoir souffert pendant des heures entières.
« Me voici Miss Evans ! J'ai entendu dire qu'on vous a fait ingurgiter une potion de migraine aigüe ? Par la barbe de Merlin ! C'est vraiment l'une des pires si vous voulez mon avis. Buvez ceci et vous vous sentirez mieux d'ici une demie heure. Ne me demandez pas ce qu'il y a dedans, le goût n'est acceptable que quand on ne connaît pas les ingrédients. »
Je lui arrache presque la coupe des mains pour me soulager de ces horribles maux de tête et j'avale le liquide sans me poser de question. Ce n'est pas mauvais. Je ne dirais pas non plus que c'est bon, mais comparé à d'autres potions, c'est largement tolérable. Je me laisse retomber péniblement contre le matelas en fixant l'horloge au mur, impatiente que ma dernière demie heure de calvaire s'achève.
« Je vais vous garder ici jusqu'à l'heure de votre entraînement Miss Evans. Je veux être sûre que vous êtes bien reposée et disposée à fournir des efforts physiques, m'explique l'infirmière. »
A vrai dire, je ne suis pas contre. Passé le mal de crâne, je suis un peu choquée qu'Hopkins ait été capable de m'empoisonner juste pour prendre ma place dans une équipe de Quidditch, et pourtant, c'est la seule explication plausible. Je crois que je ne vais pas quitter mon repas des yeux de si tôt maintenant.
