Disclaimer: Les personnages de Fruits Basket ne m'appartiennent pas.
Rating: T
Notes: J'ai un peu du mal à croire que dans quelques secondes je vais aller cocher la case "complète" dans les paramètres de cette histoire. ça me fend tellement le coeur! Je me rappelle encore du jour où je l'ai commencée... Et j'avais plus ou moins l'âge de Lucy ... et je termine cette histoire en étant plus vieille que l'âge que j'avais donné à Akito. HAHAHA. Je me dis que je suis une vraie lambine.
Bref, voilà c'est terminé.
Je tiens donc évidemment à remercier les personnes qui ont commenté cette fanfiction. Que ce soit ceux du début (qui ne liront probablement jamais ces lignes haha!) à ceux de la fin, qui m'ont motivé à foutre ce PUTAIN DE POINT FINAL, merci à vous. MERCI MERCI MERCI, ce fut un véritable plaisir!
Spéciale dédicace à Elenwe-Milya dont le premier commentaire date de 2011. NOM DE ZEUS! MERCI! merci aussi à Calyspo dont le premier commentaire date de 2012. 2012! C'est complètement dingue, merci! Sans oublier Hellkiss dont le premier date de 2013! MERCI à VOUS trois, Je vous aime, et si je le pouvais, je vous emmènerais au restaurant! Bref, trêve de bavardage, et encore merci!
PS: J'en pouvais plus. Ce chapitre n'est pas corrigé comme il le devrait,mais je pense que c'est soit je le publie maintenant, soit cette fanfiction n'aura jamais de fin. :(donc désolée d'avance!
First Steps
Akito poussa fermement la porte. Il détestait les hôpitaux, les avait toujours tenus en horreur, et ce n'était clairement pas aujourd'hui que ça allait changer. Il entra et se prépara à être accueilli par l'odeur habituelle, celle des médicaments et du désinfectant qui, pour lui, était plutôt synonyme de mort et de souffrance plutôt que de repos et de convalescence. Enfin bref. Il serra involontairement le poing et lança un bref regard circulaire. Évidemment l'hôpital de Sidney était énorme. Heureusement, comme dans tous les bâtiments de ce genre, il était assez facile de repérer l'accueil. Il s'y dirigea, essayant de garder un air fermé et sûr de lui. Il s'était pleinement rendu compte, dans le taxi entre son hôtel et l'hôpital, qu'il n'avait pas grand-chose à y faire. Enfin si, pour toute personne connaissant ce qu'il s'était passé, il avait évidemment toutes les raisons d'y aller. Mais la seule personne étant au courant de « toute l'histoire » en Australie était précisément toujours dans le coma. Il avait donc un peu peur que les médecins et les infirmières ne soient pas tout à fait compréhensifs. Surtout qu'en Australie, il ne possédait pas la réputation et la pseudo-célébrité qui lui permettait –sur le territoire japonais – de faire ce qu'il voulait quand il le voulait. Bref, en d'autres termes, on n'allait sûrement pas le laisser aller voir Lucy.
Et puisqu'elle était toujours dans le coma, il était hors de question qu'elle puisse intervenir en sa faveur. Ça faisait un mois et demi. Et s'il culpabilisait à l'idée de ne pas être venu plus tôt, il n'avait malheureusement pas tellement eu le choix. Entre ses visites à l'hôpital pour divers traitements qui s'étaient avérés être totalement superflus, puisqu'à la surprise totale des médecins (et de lui-même), ils avaient découverts que ses organes reprenaient lentement mais sûrement du poil de la bête, et qu'ils – du coup – recommençaient à pouvoir fonctionner tout seul. Évidemment, ses médecins étaient tous plus interloqués les uns que les autres, et une petite partie d'Akito se demandait si – dans un monde parallèle où il aurait été un clochard plutôt qu'un richissime fils de famille – il se serait fait enfermer dans un laboratoire et disséquer jusqu'à ce que mort s'en suive. Après tout, ça paraissait plausible. Un type malade comme un chien qui du jour au lendemain et sans explication retrouve une santé de cheval, ce n'était pas courant.
Enfin bon, quoi qu'il en soit, il avait dû passer un certain nombre d'examen pour s'assurer que tout allait vraiment bien, avait appris qu'en trois semaines il avait pris plus de dix kilogrammes (ce qui, au final, était une bonne chose : il n'était plus capable de compter ses côtes quand il était torse-nu) et avait constaté avec une bonne dose de surprise que certaines de ses chemises étaient trop courtes. C'était un peu comme si son corps s'était mis en veille à ses seize ans et qu'il décidait maintenant de rattraper le temps perdu, ce qui était un peu bizarre pour les domestiques et les gens qu'il fréquentait parce qu'il semblait grandir et « grossir » un peu plus chaque nuit. Enfin bon. Il s'arrêta devant le comptoir de la réception et, en voyant que la réceptionniste lui accordait son attention déclara :
-Je suis là pour voir Lucy Yekles. »
La femme leva très clairement les yeux au ciel. Ce qui surpris quand même légèrement Akito qui n'était pas habitué à ce genre de réactions – du moins, pas en sa présence.
-Quel est votre nom ? » Répondit-elle sèchement, d'un air qui indiquait assez explicitement qu'elle ne posait la question qu'à cause du protocole et pas parce qu'elle avait l'intuition qu'il aurait le droit d'accéder à la chambre.
-Akito Soma » déclara-t-il, et il fut immédiatement un peu déçu de voir que son nom n'évoquait chez elle pas la moindre étincelle d'un quelconque souvenir. En gros, ce n'était pas ça qui allait l'aider.
-Je suis désolée » répondit-elle d'une voix morne : « vous n'êtes pas sur la liste. »
Ah, il y avait une liste. Ça, il n'était pas au courant. Il prit un air agacé, décidant de tenter le tout pour le tout c'est-à-dire sortir la carte « je ne suis pas n'importe qui »
-évidemment. Je connais Lucy depuis son séjour au Japon. Par conséquent, si ce sont ses parents qui ont établi la liste ils ne peuvent pas savoir que - »
Elle le regarda comme s'il était un abruti fini, ce qui ne lui plut pas particulièrement :
-Bien essayé. Si vous croyez que vous êtes le premier à tenter la carte de « l'ami Japonais » ou du « petit-ami secret » vous êtes vraiment naïf. »
Akito se trouva effectivement naïf. Pas parce qu'il avait pensé que ça marcherait, mais parce qu'évidemment que des journalistes essayaient probablement quotidiennement d'entrer dans la chambre de : «la prodige du piano miraculée. » Et le genre de canards capable d'imprimer des couvertures pareilles devaient sans doute tenter d'entrer dans la chambre en inventant n'importe quoi. N'empêche, il sentit une vague de colère s'abattre sur lui. C'était tellement injuste et ironique, que la fois où il ait réellement besoin d'utiliser les privilèges dont il avait d'habitude, qu'on le rabroue de la sorte. Franchement. Il soupira, adressa un sourire pincé à la réceptionniste et recula. Ça ne servait à rien de rester là, il ne pourrait de toute évidence pas la voir. Merde. Il ne savait absolument pas quelle attitude adopter. D'un côté, il mourrait d'envie d'essayer de s'introduire « illégalement » dans sa chambre, mais il se doutait bien que s'il y avait une « liste » à la réception, il y aurait sans doute un policier devant la chambre.
Fait qui le saoulait vraiment, parce qu'il se souvenait parfaitement de la fois où Lucy s'était introduit dans sa propre chambre d'hôpital pour lui « rendre un CD », alors que les heures de visites étaient terminées. Mais bon, d'un côté, il avait été conscient ce qui n'était pas le cas de Lucy en ce moment, et d'un autre côté il n'y avait eu aucun chien de garde devant sa porte pour l'empêcher de passer. Essayer de monter serait donc complètement débile, il s'en rendait bien compte, mais quand même, c'était terriblement injuste d'être dans le même bâtiment et de ne pas pouvoir ne serait-ce que la voir ! Il y avait forcément un moyen. Le plus simple serait de parvenir à être sur cette foutue liste - or, c'était vraisemblablement ses parents qui choisissaient y figurait ou pas.
Ses parents. Il réfléchit une seconde. C'était une mauvaise idée. Une très mauvaise idée. Mais en même temps, vu qu'elle avait travaillé pour le compte de la famille Soma, elle avait forcément rempli une feuille d'information – et vu qu'elle était mineure, elle avait dû remplir les cases « représentants légaux » etc. En d'autres termes, il avait parfaitement moyen de trouver le numéro de téléphone de ses parents. Bien sûr, il y avait un monstrueux doute quant au fait qu'il le laisse accéder à sa chambre, mais ça valait le coup d'essayer. Il soupira pour la énième fois en cinq minutes et se dirigea vers la sortie. Le fichier sur lequel était écrit les coordonnés de ses employés (ou ex employés) était heureusement disponible sur internet, il suffisait qu'il entre sur son compte d'administrateur. Ce qui, bien entendu, était facile. Ce qui le serait un peu moins, c'était bien sûr la conversation avec ses parents.
Une fois sorti, il se dirigea vers l'un des taxis qui stationnaient devant les portes, franchement, il faisait tellement chaud qu'il éprouva pendant quelque seconde l'intuition que sa chance tournait. S'il y avait un taxi prêt à le tirer de ce foutu temps australien, ça voulait forcément dire que les parents de Lucy allaient parfaitement comprendre pourquoi son ancien patron voudrait soudainement lui payer une visite de courtoisie. Plus il y pensait, plus il se rendait compte que sa tentative risquait d'être prise d'une manière au mieux, bizarre, au pire clairement malveillante. Le trajet entre l'hôpital et son hôtel était de cinq minutes maximum, ce qui ne lui laissa pas vraiment de se perdre en conjectures.
D'accord, il aurait parfaitement pu marcher la distance, mais la chaleur insoutenable était, aux yeux d'Akito, une excuse parfaitement valable pour ne pas devoir utiliser ses jambes. Il avait beau aller beaucoup mieux niveau santé, ce n'était pas demain la veille qu'il ferait une activité physique volontairement. Il arriva donc devant son hôtel et descendit de la voiture. Avec ennui il sentit une certaine dose d'appréhension commencer à naître, et son estomac se tendre. Ok, il n'avait pas du tout envie de parler aux parents de Lucy. Il aurait préféré ne jamais devoir le faire, ou alors dans d'autres circonstances. Arrivé dans le hall d'entrée il se dirigea vers l'ascenseur et, en évitant soigneusement de regarder les gens autour de lui, pressa l'étage de sa chambre. Enfin « chambre », c'était plutôt un appartement. Il se doutait bien qu'il allait rester à Sidney pour un certain temps, et cela supposait donc qu'il passerait un temps assez conséquent dans l'hôtel. Du coup, hors de question qu'il ait une petite chambre – non, il avait pris une suite, ce qui était pratique puisqu'elle était doté d'une cuisine ce qui lui éviterait de devoir manger au restaurant tous les jours. C'était drôle, mais quand il était encore maudit il s'était complètement moqué des finances de sa famille. Il avait même eu plutôt tendance à jeter l'argent par les fenêtres en se réjouissant des possibles conséquences que ça pourrait avoir. Maintenant qu'il se rendait compte qu'il allait rester le chef de famille, et que cette fortune allait un jour appartenir à ses potentiels enfants, qu'il aurait élevé (plutôt que de mourir avant leurs naissances), il était devenu légèrement plus raisonnable. Finalement, il arriva à sa chambre, l'ouvrit, s'empara immédiatement de son ordinateur portable et commença ses recherches. La bonne nouvelle, c'était que le dossier Lucy Yekles était toujours là. Vu que Takana était désormais en haine totale contre lui, il avait eu peur qu'elle ait eu l'idée diabolique de le supprimer. Il secoua la tête : la virer était hors de question bien que tentant. Avec son âge, elle ne trouverait pas d'autre travail et même si elle était insupportable, elle l'avait pratiquement élevé. Son regard s'arrêta sur le téléphone de la maison Yekles. Il sortit son téléphone en tremblant (il ne l'avouerait jamais à qui que ce soit) et composa le numéro : s'il ne faisait pas ça maintenant, il risquait de perdre définitivement son courage. Il inspira un bon coup et appuya sur la fonction « appeler ». Il entendit le premier « bip » caractéristique. Qu'allait-il bien pouvoir leur dire ? Ce qui l'angoissait le plus, c'était l'idée que Lucy ait pu, quand elle avait commencé de travailler pour lui, parler à ses parents de « l'horrible chef de famille qui lui pourrissait la vie ». Si ses parents avaient eu ce genre d'écho à son sujet, il n'y avait pratiquement aucune chance pour qu'il le laisse la voir. Après tout, ça faisait vraiment psychopathe. Le pire, c'était qu'il sentait qu'il avait besoin de la voir. C'était surtout motivé par son envie de s'assurer qu'elle était effectivement bien en vie. Même si un plâtre couvrait la majeur partie de son corps, même si elle était inconsciente et qu'il y avait des dizaines de machines autour d'elle, il voulait s'assurer qu'elle allait se réveiller, et que l'Amikiri ne lui faisait pas une mauvaise blague. C'était irrationnel – bien sûr, mais il faisait quand même des cauchemars une nuit sur quatre. Quelques secondes plus tard, il entendit une voix. La personne, une femme, la maman de Lucy, donc – lui lança un bonjour soupçonneux.
-Bonjour. Je suis Akito Soma. » Répondit-il en essayant de rester le plus calme possible. Il ne faisait absolument rien de mal de toute manière. Elle ne répondit pas. De toute évidence elle attendait une suite : « Lucy travaillait pour moi, au Japon. » Le silence sembla s'éterniser, à l'autre bout de la ligne, avant qu'il n'entende distinctement un « quoi ? » surpris et un peu agressif. Ce qui le perturba un tantinet. Il n'avait pas prévu qu'il devrait plus se présenter que juste dire son nom et sa fonction : « Je suis le chef de la famille Soma, Lucy a travaillé pour moi ces derniers mois-«
-Qu'entendez-vous exactement par-là ? » Il avait vraiment l'impression de s'enfoncer de plus en plus. Qu'est-ce qu'il était censé répondre à ce genre de chose ? Et haha. Lucy n'avait quand même pas gardé sa situation secrète, elle avait une nette tendance à affronter ses problèmes seules, bien sûr, mais pas à ce point …. Quand même… et qu'est-ce qu'il était censé dire quelque chose du genre de « Elle a cassé un vase et j'ai été horrible avec elle pendant un certain temps ? » non, très mauvaise idée. Il soupira et ajouta :
-Mais c'est en tant qu'ami que je vous appelle parce –«
-Attendez une seconde. Vous êtes son patron ou un ami ? »
De pire en pire. «Les deux, écoutez, en tant que chef de la famille Soma, j'ai été son patron, mais nous avons aussi été collègue – nous avons joué ensemble à deux reprises dont une fois juste avant l'accident. Vous avez certainement entendu parler du concert ? »
Nouveau silence. Sa maman était de toute évidence plus que méfiante vis-à-vis de lui. Finalement elle déclara :
-Ah, Akito Soma. Je vois qui vous êtes. » Bravo Sherlock, pensa-t-il avec une pointe d'agacement. Il comprenait bien la méfiance, mais quand même aurait préféré que ça se passe autrement. Il garda le silence quelques secondes dans l'espoir qu'elle ajoute quelque chose. Mais rien.
-Je voulais savoir si je pouvais venir rendre visite à Lucy. » Voilà, c'était dit. Il se rendait évidemment bien compte que ça n'était pas en train de bien se passer. Si seulement sa famille avait été japonaise, à la mention de son nom, ses parents auraient sans doute déployé le tapis rouge. Mais non, il fallait qu'elle soit australienne et que ses parents n'aient pas la moindre idée qu'il était plus qu'un bon parti.
-Écoutez, je ne comprends pas bien. Lucy nous a parlé de ses amis au Japon, et elle ne vous a jamais mentionné. En plus, j'ai un peu du mal à comprendre ce qu'un jeune homme de 23 ans pourrait vouloir à une fille de 17 ans. »
C'était comme si on venait de lui renverser dessus l'équivalent d'une baignoire pleine à ras-bord d'eau glacée. J'ai un peu du mal à comprendre ce qu'un… leur différence d'âge ne lui avait jamais, jamais paru bizarre. Mais apparemment, vu le ton de sa mère, pour elle, c'était une autre paire de manche. Qu'est-ce qu'il était censé répondre à ça ? Sans compter que Lucy n'avait jamais parlé de lui. Ce qui était un peu vexant.
-Je voulais simplement rendre visite à quelqu'un avec qui j'ai passé plus de huit heures par semaines à répéter un morceau de musique. Surtout que j'ai des affaires à faire à Sidney. » (Mensonge !, mais à la guerre comme à la guerre.) «Si vous pouviez lui indiquer que je suis passé quand elle se réveillera je vous serais très reconnaissant. Bonne journée. »
Et il raccrocha. C'était terriblement vexant de se faire traiter comme une espèce de déviant qui vient chercher dieu sait quoi auprès d'une mineure. Ce terme ne lui était même jamais venu à l'esprit. Et pourtant, c'était indubitablement ce qu'était Lucy. Une jeune fille mineure. Pas étonnant que sa mère se braque. Il soupira et se retourna complètement vers son ordinateur. Il allait devoir se trouver une occupation à Sidney.
J - … Res…Pire.
-Lucy ? Est-ce que tu m'entends ? Elle a ouvert les yeux ! Regarde, je suis pas en train de rêver, elle ouvre les yeux ! »
-Lucy ! »
-Nath, laisse respirer ta sœur ! Tu nous entends ma chérie ? On est juste là -»
Olala. Autant dire que c'est la galère totale. Je sais pertinemment que ça fait quelques jours que je passe du sommeil au réveil et vice-versa, et c'est la première fois que je me sens à ce point capable. Ça n'empêche pas que je suis absolument incapable de bouger la moindre partie de mon corps. Et qu'essayer d'ouvrir les yeux est aussi difficile que de lever un lit de quatre tonnes. C'est une sensation plus que bizarre parce que même si j'entends ce qui se passe autour de moi (surtout les bips de ces horribles machines – ça va vraiment me faire devenir barjo). Je n'arrive vraiment pas à interagir avec mes parents (qui sont pratiquement là vingt-quatre heures sur vingt-quatre) ou les docteurs, ou les infirmières. Bon, c'est pas plus mal, étant donné que les infirmier/ères viennent dans ma chambre uniquement pour changer le… changer les sachets…. Dans lesquels … voilà. Je suis contente de ne pas pouvoir les regarder en face. Mais quand même je me réjouis de pouvoir faire tout ça, parce que je n'ai pas encore entendu Akito une seule fois alors qu'il a quand même promis qu'il serait là à mon réveil.
-Lucy, est-ce que tu m'entends ? Est-ce que tu me vois ? »
Si j'étais au top de ma forme, ce qui n'est clairement pas le cas, je ferais une remarque sarcastique soulignant à quel point il serait difficile de ne pas entendre quelqu'un qui vous hurle dans les oreilles, et de ne pas voir quelqu'un qui a son visage à un centimètre du votre. Mais je n'ai de toute évidence pas l'énergie pour me lancer dans ce genres de considérations. Donc je préfère le simple, classique et efficace : « hunhun » (sous-entendu, oui, papa, je te vois et je t'entends.) Il commence littéralement à pleurer, et encore une fois je suis bien contente d'être dans un état qui me permet de pouvoir faire semblant de ne rien reconnaître, et/ou, de ne rien comprendre. Parce que j'ai rarement vu mon père pleurer, et j'aurais sans doute pu m'en passer encore un petit moment.
-Chérie, elle vient de me répondre ! »
La seconde d'après, c'est ma mère qui est au-dessus de moi, l'air tout aussi heureux que mon père. J'avoue que ça me fait quand même assez plaisir. Et dans la périphérie, je vois Nath qui essaye de se faufiler entre mon père et ma mère. S'il savait à quel point je suis heureuse de le voir, celui-là ! Tout à coup, une voix que je ne connais absolument pas, mais qui semble très autoritaire dit à mes parents qu'il « faut me laisser de l'espace, si je suis incapable de comprendre ce qui m'est arrivé, ça peut être une expérience très stressante. » et je suis assez reconnaissante, parce qu'avoir le visage de mes parents à deux centimètres de mon propre visage, c'est une expérience, pour ainsi dire, assez déroutante. (Que je ne recommande pas.) Mais, alors qu'ils s'éloignent pour laisser ce que je suppose être le docteur m'examiner, j'attrape faiblement un bout de ma mère (je ne sais pas si c'est son manteau, robe, pantalon) et déclare d'une voix qui fait pitié : « A…kito ? » Ce con avait promis.
J'essaye encore d'ouvrir les yeux, mais la lumière me fait vraiment super mal. Je suppose que c'est un peu une amélioration, parce que je suis capable de sentir quelque chose, et pas seulement d'avoir quelques idées confuses qui ne m'aident pas spécialement. Si je devais résumer ma situation, ce qui sera extrêmement vite fait étant donné qu'il ne s'est rien passé d'intéressant depuis… Depuis que je me suis évanouie pour la première fois (ça peut faire deux jours comme deux mois, aucune idée !) bon rassemblons les données dont je suis sûre. Je me suis réveillée dans un hôpital, mes parents étaient là. Ok, ça ne semble pas être le cas pour l'instant. Et d'ailleurs, je me sens un peu coupable de penser ça, mais, franchement, heureusement. Je suis évidemment très heureuse de les voir, mais pour l'instant ils se sont surtout montrés un peu trop… On va dire pressants. C'est assez pénible d'être complètement à l'ouest, voire même plutôt complètement dans une autre dimension, et de devoir comprendre quoique ce soit. J'essaye de rouvrir les yeux, et la lumière m'agresse toujours autant. Argh ! À croire qu'ils ont foutu une ampoule juste devant mon visage ! Ou alors je vais être interrogée par le FBI qui me considère responsable du crash d'avion. Ça, ça serait un peu problématique. J'essaye une nouvelle fois et vraiment, je donne tout ce que j'ai pour utiliser mes yeux d'une manière conventionnelle.
Si déjà ça est un problème pareil, alors j'ose même pas imaginer le reste. Du coup je stresse légèrement : est-ce que je vais réussir à marcher ? lever les bras ?. J'ai du mal avec mes yeux. Qu'est-ce que ça va être avec le reste ? Histoire de connaître le fin mot de tout ça, j'essaye de lever le bras. Et évidemment, je n'arrive absolument pas. Bon. C'était peut-être un peu trop optimiste. J'essaye de bouger mes doigts. Mais eux aussi, impossible de les faire ne serait-ce que remuer ! Je commence sérieusement à paniquer. Franchement je pourrais être un cerveau dans un bocal que je serais exactement dans le même état ! Mais quelle horreur, je ne peux strictement rien faire (oui évidemment, j'essaye de bouger les jambes, les doigts de pieds, le genou, impossible !). J'essaye aussi de crier pour appeler à l'aide, histoire qu'on m'explique ce qu'il se passe, parce que j'apprécie moyen cette situation, et je ne suis pas sûre à cent pourcent mais j'ai quand même la sale impression que je ne fais que des petits bruits complètement ridicules qui ne me permettront certainement pas d'appeler quelqu'un. Et comme je ne peux pas lever le bras pour attraper l'interrupteur qui appelle le personnel soignant, autant dire que je suis clairement foutue et que je suis condamnée à paniquer toute seule, sans même pouvoir pleurer pour relâcher la pression. Quoique, je suis peut-être en train de pleurer ! Même ça je suis incapable de le savoir ! J'en suis à peu près là dans mes funestes réflexions quand j'entends le bruit assez distinct de quelque chose qui tombe par terre. Au moins, mon ouïe est toujours aussi efficace, et si je devais deviner ce qui vient de tomber, je dirais… En tout cas, ce qui est complètement certain, c'est que j'ai entendu le bruit d'un liquide tomber par terre. Donc si je me réfère à mes capacités exceptionnelles de détective, je peux en déduire qu'il s'agit d'un récipient type bouteille (je n'ai pas entendu de verre se briser, ce qui écarte tasse et verre en …verre) qui n'était pas fermé. Quelques secondes plus tard, j'entends un : « merde, mon coca » d'une voix qui m'est très familière. Et si franchement je suis un peu affolée quant à l'état possible de mon corps, je dois avouer qu'une vague de soulagement absolument énorme me submerge et me permet de me ressaisir un peu.
J'essaye encore d'ouvrir les yeux en me disant que si j'ai la motivation nécessaire (Akito est dans la pièce) peut-être que mon cher corps sera d'accord de se bouger un peu et de me laisser discerner ne serait-ce qu'un seul foutu objet. Le problème, c'est qu'étant donné que je ne peux simplement pas bouger ma tête, je ne peux pas l'écarter de cette foutue lumière qui me rend vraiment la tâche IMPOSSIBLE. J'entends très clairement qu'Akito se … redresse, il était vraisemblablement assis, c'est dingue comme on est perspicace quand on ne peut plus rien voir, vingt dieux ! Ok, s'il se tire maintenant, je peux décidemment retomber dans le malheur le plus profond. C'est dingue je ne me sens évidemment pas en top forme, mais plus réveillée que jamais et ne littéralement rien pouvoir faire pendant le temps que ça me prendra pour me rendormir risque vraiment de me faire déprimer gravement. Je reprends donc mes tentatives de communication par la parole, et autant dire que ça ressemble plus à un râle de zombie qu'à une merveilleuse voix de princesse qui vient de se réveiller : morale, voilà pourquoi on entend plus Aurore une fois qu'elle se réveille dans la belle au bois dormant, c'est parce qu'elle sait que si elle ne prononce qu'un seul mot elle renverrait le prince d'où il est venu en deux secondes. Voire même pire le prince en entendant sa voix irait faire un massage cardiaque au dragon/Maléfique pour faire en sorte qu'aucune autre pauvre âme ne doive entendre une chose pareille. Bref. Au moins mes gémissements d'outre-tombe auront eu le mérite de le faire s'arrêter, ce qui est bon signe. Mon dieu, ça doit tellement être flippant et bizarre de voir une meuf totalement immobile sur un lit qui fait des bruits chelous. Haha. J'aurais presque envie de rassembler mes forces pour réussir à articuler une phrase complète, phrase qui consisterait en : « s'il vous plait, filmez-moi ». Cela dit, heureusement, heureusement ! Ça marche.
-Lucy ? »
Et quelques secondes plus tard, hallelujah, je sens une main sur mon visage. Première information : j'ai un visage ! Je ne suis pas qu'un cerveau avec des yeux foutus et des oreilles méga-productives ! Après bien sûr, ça n'écarte pas la possibilité que je sois une tête séparée de son corps comme dans Mars Attack. Mais bon. Je reste assez optimiste quant au fait que la médecine n'ait pas fait des progrès à ce point dingue dans l'espace de… Mais c'est vrai que je ne sais toujours pas depuis combien de temps je suis « à côté », si ça se trouve, des décennies se sont écoulées depuis que j'ai « secouru » Akito de son mariage. Mon dieu, ce serait tellement horrible. J'ai peut-être des rides. Peut-être qu'on est déjà allés sur Mars, et moi, j'aurais loupé tout ça ! C'est tellement déprimant !
Du coup, la première chose qu'il me paraît important de mettre au clair c'est si j'ai effectivement encore un corps ou si celui-ci est congelé quelque part (sur Mars, par exemple !)
-..J-j-'arr…iv..e pas à b…bouger »
Évidemment cela ne sort absolument pas d'une manière fluide. Toujours complètement aveugle quoique pas insensible (au moins une bonne nouvelle), j'entends qu'Akito me répond :
-La majeur partie de tes os sont casés, Lucy, tu as des plâtres partout, c'est pour ça que tu ne peux pas bouger. Ne panique pas.»
Ok, j'ai bien entendu qu'il me disait de ne pas paniquer, mais c'est drôle quand le début d'une phrase commence justement par : « tous tes os sont cassés » je pense qu'il est légitime d'avoir une petite envie de paniquer. Enfin je dis ça, ce n'est peut-être que l'avis de quelqu'un d'infiniment privilégié. Allez-savoir. Akito doit remarquer qu'il ne m'a pas tranquillisée parce qu'il ajoute : « Les médecins sont d'ailleurs choqués que rien d'important n'ait été cassé et que toutes ces fractures soient parfaitement propres et soignables. Lucy, vraiment, ça doit être très inconfortable mais pour l'instant il faut que tu arrives à supporter ça. »
Franchement j'ai envie de rire ! Inconfortable ? Vouloir bouger quand on ne peut pas c'est une sensation atroce ! Olala. Je sens une montée de claustrophobie très violente. Olala. C'est pas le moment d'avoir une crise de panique. Surtout que personne ne peut m'aider. Triste pensée, je suis obligée de faire confiance à mes propres compétences, qui, il faut bien l'admettre sont en règle générale plutôt limitées. Ce qui ne laisse pas vraiment supposer un bon pronostique pour la suite. Heureusement, un changement dans la configuration de la pièce me permet de penser à autre chose : quelqu'un vient d'ouvrir la porte et ce n'est pas Akito puisqu'il a – correction – avait sa main sur mon visage.
-M. Yekles. » Je l'entends dire d'une voix… tendue. Ça c'est bien une première. Et c'est mon père qui le tend ! Haha, bien joué papa, tu viens de me prouver que tu avais effectivement un charisme à toute épreuve. Par contre, détail que je remarque et qui me plaît peut-être un peu moins, c'est que mon père ne répond tout simplement pas à la salutation. Ça c'est bizarre. Mon père a toujours été d'un naturel poli. Je sens Akito s'écarter… Enfin j'entends qu'il se relève de la chaise sur laquelle il s'était assis, la chaise stratégiquement placée à mon chevet et qui, je suppose, a dû supporter plus d'une personne éplorée par mon triste sort- bref il se lève et après un enchevêtrement de son plus complexes les uns que les autres (heureusement que je suis une musicienne pour parvenir à déchiffrer ce charabia mélodique - sarcasme), mon père s'assied à sa place. Je me demande s'il se rend compte que je suis consciente. Malheureusement je sens que je ne suis pas capable de mener une autre conversation. Et d'ailleurs qu'il suffit que je me laisse aller pour sentir que je suis prête à me rendormir. Peut-être qu'il y a une bonne dose de morphine dans les tubes qui doivent forcément (je suis dans un hôpital) sortir de mes bras. En même temps je trouve que je suis un peu trop cohérente pour être droguée. À moins que je supporte ça comme une dingue, ce qui pourrait être une information assez utile pour le futur. Si je peux prendre du LSD sans voir des dinosa…
Il s'avère qu'au final, si je revois l'Amikiri un jour, il faudra vraiment que je lui dise merci. Cette perspective me paraît assez absurde, quand on regarde l'étendue de notre relation et surtout son contenu. C'est vrai que je dois avouer qu'à part me torturer, me menacer et m'insulter, il a quand même fait du bon travail. Ouais, ça, je peux clairement pas lui enlever. J'ai un assez vague souvenir d'Akito me disant que mes os étaient cassés proprement. Franchement, c'est le moins qu'on puisse dire. La plupart de mes plâtres ont pu être enlevés ce matin, et, si je n'arrive pas à bouger quoique ce soit (apparemment je n'ai plus un seul muscle en magasin) je pourrai d'ici peu ! (c'est-à-dire d'ici 1 an. Triste vie). Par contre, et je dois avouer que ça me rend un peu triste, je ressemble à un squelette sur lequel on aurait agrafé de la peau. Honnêtement, être un peu plus de deux mois incapable de se nourrir correctement, ça laisse des traces assez choquantes. Non mais vraiment j'ai l'impression qu'on pourrait casser ma cuisse comme une brindille tellement elle est maigre ! (Ok c'est aussi peut-être par contraste par rapport à mon tour de cuisse habituel…. Et que je compte d'ailleurs retrouver le plus vite possible à coup de frites, chips et glaces. Haha. ) C'est triste à dire, mais je crois que je ressemble vraiment à une vieille feuille séchée. Tout le monde me regarde avec pitié et j'ai remarqué qu'ils ont littéralement enlevé le miroir de la salle de bain. (Dans laquelle je suis incapable d'aller toute seule sans aide de la part d'une infirmière. Bonheur ultime. Cela dit, je suis au moins capable d'aller moi-même aux toilettes parce que cela va sans dire que je ne souhaite ces ….poches… à personne.) Heureusement qu'Akito a promis sur sa propre vie que je ne suis pas littéralement défigurée, sinon je pense que j'en serais persuadée. Enfin bref, tout ça pour dire que je suis cantonnée à mon lit mais que je serai bientôt (plus ou moins) capable de reprendre une vie normale, et je m'en réjouis fois mille parce que toutes ces histoires commencent à me saouler. Pour commencer, il s'avère que certains magasines de musique bas de gamme on fait quelques articles sur moi juste après le crash, parce que j'étais « le prodige du piano qui ne pourra jamais faire carrière, quelle tragédie ! » Et que ça c'est quand même bien vendu, après tout je venais littéralement de faire un concert à Tokyo, pauvre de moi, morte au moment même où je touchais le succès ! Pour qu'ensuite elle soit miraculeusement en vie ! Du coup j'ai eu droit à des « portraits » dans des magazines plus réputés etc, ils ont même été demander des infos à des gens que je ne connais même pas (selon Akito) et même si dans le fond c'est plutôt sympa… Enfin dans le sens qu'effectivement je devrais trouver quelque chose à faire de ma vie, notamment grâce à ça, ben ils ont complètement exagéré mon don musical à la base (pour rendre la chose plus tragique) donc ça va être plus que difficile d'être à la hauteur de mon supposé talent. Qui plus est, et cette fois non seulement d'après Akito mais aussi d'après mes parents, des journalistes (et pas que musicaux cette fois) espèrent désespérément obtenir une interview exclusive de la rescapée du crash d'avion etc. Autant dire que je n'ai pas très envie de me rappeler de ce moment précis, qui est loin de figurer dans mon top dix des moments les plus agréables de ma vie, et ensuite ils veulent que je dise quoi ? « C'était horrible, tout le monde criait. Voilà. » 'Fin j'entends, ils doivent forcément s'en douter que ce n'est pas une expérience plaisante ? Bref, du coup j'hésite à jouer la carte de : je ne me rappelle plus, mon cerveau a effacé les données. J'ai juste eu de la chance.
…En même temps c'est pas comme si je pouvais dire la vérité. Haha. À moins de vouloir me faire enfermer dans un asile. Quoique vu mon nouveau statut de « fille qui a survécu » (je savais que j'avais des points communs avec Harry Potter !) j'aurais peut-être une chambre sympa. Du coup je me réjouis de me tirer d'ici et de rentrer chez moi. Bon, il faudra que je trouve une solution rapide à la crise : « mais c'est qui ce garçon il est trop vieux pour toi » qui en est à l'acte IV. D'abord, mes parents ont accepté qu'il entre dans la chambre puisque je le « réclamais » mais ils l'ont fait pour n'avoir rien à se reprocher. Maintenant ils n'osent pas lui dire de ne plus venir, mais ils m'ont fait comprendre plus qu'explicitement qu'il était hors de question qu'il mette les pieds chez nous. Ok, j'admets que la différence d'âge peut faire flipper. J'y avais vraiment jamais trop pensé, mais c'est clair que sachant qu'il a 23 ans, je peux pas complètement en vouloir à ma mère de croire que c'est un malade. Elle n'est évidemment pas au courant de quoique ce soit. Mais quand même, c'est horrible. Parce que maintenant que tout va bien, que plus personne n'est condamné à mourir et que toute intersection paranormale est rompue, ben on se retrouve avec ce genre de problème à la con. Non mais il ne va pas pouvoir entrer chez moi. Mais putain. J'hésite à lui balancer un mensonge, genre que si elle a peur (attention aux guillemets) pour ma « « Fleur » », ben que c'est déjà bien trop tard. C'est pas exactement vrai, mais bordel elle laissait Adam dormir chez nous ! Alors que c'était une menace vachement plus présente dans ma grande opinion. Enfin, la vie est difficile et compliquée et quand c'est pas un démon avec un contrat c'est une mère avec sa surprotection.
Quelqu'un toque à la porte. J'espère que ce n'est pas mes parents parce qu'on va reprendre exactement la même dispute. Enfin on ne peut pas vraiment appeler ça comme ça, parce que comme je suis incapable d'hausser la voix…Autant dire que je ne suis pas très crédible. Et mes parents abusent complètement de mon incapacité à répliquer par la force (vocale, hein ! Je n'ai pas encore passé le cap de lever la main sur mes propres géniteurs). Quoiqu'il en soit, je n'ai pas très envie de devoir les entendre me sermonner pendant des heures sur le fait qu'ils comprennent que je me sois « emmourachée » (ils disent ça avec pitié, les coquinous) d'un garçon plus âgé, que c'est naturel à dix-sept ans, etc. Mais qu'ils trouvent par contre très bizarre et malsain que le gars en question me fasse « marcher ». La porte s'entrouvre et heureusement, heureusement, ce n'est ni mon père ni ma mère, mais Akito. Je suis évidemment plus qu'heureuse de le voir. Mais si mes parents arrivent maintenant, ou dans quelques minutes/quart d'heure (et étant donné qu'on est en début d'après-midi, c'est fort possible), ils vont vraiment être en colère.
-Comment tu vas ? » Me demande Akito avant de s'asseoir à côté de moi. Je dois avouer que sa « fidélité » (c'est-à-dire le fait qu'il vienne me tenir compagnie même s'il sait que mes parents ne sont pas tout à fait heureux quant à sa présence) me fait énormément plaisir. Je me doute aussi bien qu'il a des centaines de choses à faire au Japon, et qu'il ait décidé de rester dans les environs de sa copine décrépie me pince un peu le cœur. Qui aurait cru qu'il était au final, si … si gentil ! Et ça ne s'arrête pas là ! J'ai toujours été une grande appréciatrice de son physique, après tout, il fallait être aveugle pour ne pas le trouver méga canon déjà à l'époque ! Mais, maintenant, maintenant¸ il est encore mieux ! Ok. Peut-être que le fait qu'il ait vraiment l'air en bonne santé y soit pour quelque chose. Mais rien n'a encore été confirmé. Haha. À part ça, c'est dingue. J'ai vraiment l'impression qu'il a grandi. Et il a aussi pris du poids dans le bon sens du terme ! C'est dingue. Ou alors, c'est aussi une possibilité, il a pas changé du tout et c'est le contraste avec moi, qui ressemble à une momie, qui le fait paraître plus grand, plus fort, etc. Mais, je ne crois pas.
-ça va… » Je réponds avec un sourire tendu. Je vais clairement mieux, ça ne fait aucun doute, mais il faut quand même vraiment souligner que je ne peux rien faire physiquement (même pas sourire) sans que ça me fatigue. Je n'ai plus aucun muscle ! Je ne peux même plus faire de doigt d'honneur, quelle tristesse, je ne sais définitivement pas comment je vais pouvoir communiquer si je ne peux même plus insulter les gens avec l'aide de mon majeur !
-Les médecins pensent que tu vas pouvoir rentrer chez toi la semaine prochaine. »
J'en pleurerais presque de joie ! Je me réjouis tellement d'être dans mon propre lit, dans ma propre chambre ! À regarder ma télé ! À ne pas devoir sentir cette odeur de désinfectant en permanence. Bon, bien sûr, c'est pas demain la veille que je pourrai recommencer à gambader dans les champs mais au moins je suppose que c'est un début ! Akito exerce une légère pression sur mon bras. C'est dingue j'ai l'impression qu'il me traite comme si j'étais en porcelaine, ce qui est très ironique puisque jusqu'à présent j'avais plutôt l'impression d'être moi le bulldozer et lui l'œuvre en céramique très fragile haha. Les temps change. C'est dingue comme un gros accident peut changer les gens… Mais oui ! C'était la considération philosophique du soir. De rien. « Par contre », il reprend avec une légère grimace, et je sais qu'il se retient de faire un commentaire acerbe, ce qui ne veut dire qu'une seule et unique chose : il est sur le point de parler de mes parents. C'est marrant parce qu'il essaye de rester poli un maximum (comme un bon japonais bien éduqué, hahaha, ces blagues sont toujours aussi drôles) alors que mes parents le soupçonnent d'être un déviant. Bien que je défende entièrement mes parents, etc., je ne les insulterai jamais (vraiment), etc., c'est quand même mignon qu'il se retienne comme ça. «On ne pourra plus vraiment se voir, parce que je n'ai pas le droit de passer la porte de ta maison. »
-Sérieux ?! » Je réponds avec un air outré. C'est une chose que mes parents soient méfiants, c'en est une, ok. Mais c'en est clairement une autre de … de le traiter comme ça ! Il va vraiment falloir que j'aie une énorme conversation avec eux, parce que de toute évidence ils ont besoin que je leur mette les points sur les « i ».
-Oui. C'est sérieux. » En voyant que je suis de plus en plus contrariée (ça ne doit pas être particulièrement agréable à voir quand on sait à quoi je ressemble en ce moment) il ajoute : « franchement, Lucy, je suis vexé c'est vrai, mais il faut admettre qu'ils ont raison de se méfier. » En voyant le regard que je lui envoie il ajoute : « Dans le sens que notre différence d'âge est bizarre en ce moment. Elle le sera moins dans… » Il baisse la tête « quelques années ». Oui, dans cinq ans, quand j'aurai vingt-deux ans, c'est clair que sortir avec un gars de …
-C'est vrai que c'est bizarre. »
Il hausse les épaules : « Au Japon ça paraît pas si bizarre. C'est assez courant les couples qui ont … autant d'années d'écart. » Il soupire et remet en place une mèche de mes cheveux, qui apparemment n'était pas à sa place. C'est triste à dire mais j'ai l'impression que je ne pourrai plus jamais m'occuper de moi-même, tellement je suis déglinguée. Se coiffer ? Ça me paraît être un concept charmant, mais qui ne me concerne absolument pas. Comme se raser la barbe par exemple, ça à l'air sympa, mais je doute que je doive le faire (ou refaire dans le cas de se coiffer) un jour. « En parlant du Japon, tu as de la visite en plus de moi. Je voulais juste vérifier que tu étais apte à recevoir des gens en plus. Ça te va ? »
J'hoche la tête un peu dubitativement. Ça me fait évidemment très plaisir si des gens ont pris la peine de venir me voir, mais j'ai du mal à comprendre qui ça pourrait être. Aux dernières nouvelles, mes amis ne se souviennent même pas de moi (triste vie.) et je n'étais absolument pas la personne la plus populaire du monde. Akito se lève, ouvre la porte et Tohru apparaît dans le pas de celle-ci. Et franchement je réalise à quel point je dois être immonde, parce que c'est EVIDENT qu'elle avait l'intention de courir dans la chambre et se jeter à mon cou, mais elle préfère plutôt s'arrêter net, et porter une main à son visage, le tout évidemment avec une expression très choquée. Oui, je ne suis pas au top de ma forme, bon sang, il faudra quand même que je me voie une fois dans le miroir parce que ça doit quand même être terrible ! Et c'est encore plus confirmé quand Kyo qui était juste derrière Tohru a un peu près la même réaction. J'ai vraiment l'impression d'être une pauvre chose pitoyable. J'essaye de sourire, et ça fait littéralement LITTERALEMENT chialer Tohru qui s'approche de moi et me prend MEGA délicatement dans ses bras. Merde, je suis pas non plus une statue en sable qui va s'effondrer si on la touche. De toute évidence, je me sens mieux que j'en ai l'air. Elle lève les yeux, plante son regard (larmoyant, donc) dans le mien et commence à me remercier en pleurant. Ok, je comprends le concept, j'ai aussi accessoirement sauvé Kyo d'un triste destin, mais faut pas faire non plus comme si j'étais une héroïne, la sauveuse de la famille, etc. Parce qu'aux dernières nouvelles mon motif était relativement égoïste et du coup je trouve ça vraiment gênant qu'elle essaye de me faire passer pour une martyr qui souffre pour tout le monde.
-Pas de quoi… » Je marmonne en regrettant de ne pas pouvoir lever ma main pour lui tapoter le dos. Olala. Évidemment ça me touche énormément qu'elle et Kyo soient venus. Bien sûr, c'est hyper gentil et trop chou et je suis désormais obligés de leur envoyer des cartes de Noël jusqu'à la fin des temps (et eux aussi ! hahaha ! C'était ça mon motif en fait ! Rendre les gens redevables pour qu'ils m'envoient des cartes postales à chaque occasion !). Heureusement, elle se retire, - elle est toujours aussi prévenante, c'est fou – et me regarde avec gentillesse. Et Kyo est dans le fond de la chambre, un peu mal à l'aise :
-Euh au nom de tous les maudits, euh, ouais, merci. »
Je vois Akito froncer légèrement les sourcils à sa déclaration, et, étant la descendante directe de Sherlock Holmes, j'arrive à comprendre en un clin d'œil que cette réaction veut dire que Kyo ment. Ça ne m'étonne même pas. Je suis sûre qu'ils me détestent encore tous. C'est pas plus mal cela dit, ça fait toujours moins de paperasse à régler pendant les fêtes (ok, il faut que j'arrête avec cette obsession, mais avec toutes ces histoires de coma etc., on est quand même bientôt à Noël). Enfin bon, la situation est très gênante. Je ne sais pas quoi dire, de toute évidence, eux non plus, ils venaient par « devoir » (et je leur en suis reconnaissant qu'ils aient considérés qu'ils devaient me remercier ! Encore une fois j'en attendais pas autant !) Quand la porte s'ouvre énergiquement. Ok, ça j'aurais bien voulu l'éviter. Il n'y a littéralement qu'une seule personne au monde qui ouvre la porte de ma chambre d'hôpital sans la moindre gêne, et c'est ma mère. Aucune intimité. Mon dieu, je pense qu'elle n'arrive pas à accepter que je grandisse… que je m'envole petit à petit tel le jeune oiseau que je suis devenue ! Elle s'arrête net quand elle voit que : non seulement il y a du monde dans ma chambre, mais qu'en plus : Akito fait partie de ces personnes ! Tohru est évidemment la première à réagir avec une politesse exemplaire, elle s'incline rapidement et salue ma mère qui lui répond gentiment (au moins elle est pas fâchée contre le monde entier), avant de leur dire d'une voix assez autoritaire pour être catégorique :
-Je pense que qu'il faut laisser Lucy se reposer, maintenant. »
Je souris d'un air tendu. Il faut que j'aie une conversation avec elle, et c'est l'occasion rêvée. Mais bizarrement, bizarrement, je ne suis pas super enthousiaste. Tohru se tourne une dernière fois vers moi, me serre la main et me dit au revoir. Je suppose qu'ils rentrent les deux au Japon. Kyo me fait un signe de tête, Akito aussi avec un air vraiment tendu et ils quittent les trois la pièce. J'y crois pas, après tout ce qu'il s'est passé cette année, il manquait vraiment que mes parents se mettent à jouer aux parents poules ! Et quand je ne peux même pas bouger toute seule qui plus est ! Mais oui, c'est exactement ce dont j'avais besoin pour parachever ce voyage au Japon. Putain. C'est hyper relou d'être libre pendant quelques mois, de devoir se débrouiller toute seule, et ensuite de retourner dans son pays et d'avoir ses parents qui veulent faire comme si rien ne s'était passé. Désolée maman ! Désolée papa ! Mais j'ai goûté à la liberté !
-Maman. » Je dis d'une voix ferme. (Ok d'une voix pitoyable, c'est bon, franchement si on peut même plus rigoler).
Elle me regarde en souriant :
-C'était des amis à toi ? Que tu t'es fait au Japon ? »
-Oui, mais c'est pas de ça dont je veux parler, maman je… »
Elle fronce les sourcils. Olala. Son instinct de mère voit probablement exactement où je veux en venir et je crois qu'elle n'aime pas du tout ça.
-On en a déjà parlé, Lucy. Je comprends que ce garçon te plaise, mais ni ton père ni moi ne sommes confortable avec l'idée qu'il passe autant de temps vers toi. Chérie c'est un adulte et tu n'es qu'une adolescente, quoique tu puisses penser tu … » elle soupire « ça ne sert à rien de se lancer dans des choses qui sont trop tôt pour toi ! Il y a plein de garçons de ton âge qui te conviendraient beaucoup mieux que celui-ci ! Et franchement je – »
Je pourrais trouver beaucoup d'arguments, lui dire qu'Akito m'a aidée pour le piano, etc, je pourrais vraiment – je suppose – lui faire comprendre que ce n'est pas une lubie d'adolescente en mal de romance malsaine à la twilight, mais, allez savoir pourquoi, alors que je repense à toutes les péripéties qui ont permis à ce qu'Akito et moi on arrive à être ensemble, la seule chose que j'arrive à dire c'est :
-maman, il est gay. »
Merde. Ça, c'était une énorme connerie.
-Tu as dit quoi à ta mère ? » C'est marrant, parce que je connais ce regard-là par cœur. En gros, il veut dire quelque chose comme : « mais qu'est-ce que t'as encore fait, c'est pas vrai mais arrêteras-tu un jour de faire des conneries monumentales ? » Ce que je trouve assez marrant, c'est que ça m'avait un peu manqué. J'entends, avoir Akito à côté de moi qui a l'air extrêmement désolé c'est assez plaisant en soi, mais quand même, je préfère quand il a un minimum de répondant et qu'il n'a pas complètement pitié de moi. Alors le voir s'offusquer d'une de mes bêtises c'est en soit presque réjouissant. Ça me donne même limite envie d'enlever mes habits et de me promener à poil dans le couloir histoire de lui donner une autre raison de me lancer un regard blasé !
-C'était la meilleure chose à faire ! Comme ça, elle ne se méfie absolument plus de toi et tu pourras venir chez moi quand tu veux ! » D'ailleurs c'est officiel je rejoins le ranch familial dans très exactement huit jours. Quel plaisir ça va être d'être au milieu de ma chère famille (et savoir qu'Akito sera dans le tas est un bonus non négligeable !)
-écoute. Franchement, je trouve que c'est un bon plan et une bonne idée. Ça je ne peux clairement pas te l'enlever. Mais Lucy, je sais pas ce qu'il en est pour toi mais » il secoue la tête «j'ai l'intention qu'on » il regarde stratégiquement par la fenêtre « reste ensemble… longtemps. Et je me vois mal expliquer à tes parents dans cinq ans qu'en fait on leur avait menti. Enfin sauf si tu penses que dans cinq ans on ne se verra plus, dans quel cas -»
Je l'interromps poliment et avec beaucoup de grâce :
-Non, mais d'ici qu'ils apprennent la vérité ils auront eu le temps d'accepter… et de changer d'avis à ton sujet quoiqu'ils pensent de toi ! »
Il lève les yeux au ciel :
-Je suis désolé. Je veux bien prétendre être homosexuel dans certaines situations mais pour pouvoir être « illégalement » dans ta maison, je n'ai pas envie de partir sur ce genre de bases. »
Je me tais. Ça veut dire quoi, que je dois expliquer à ma mère que je lui ai menti ? Super pour être punie dans ma chambre pour les cent prochaines années, quelle idée merveilleuse ! Akito se redresse et me regarde fixement :
-Je crois que je vais aller lui dire. »
-Non. Non. Mauvaise idée. Quoique tu lui dises, elle ne va vraiment pas aimer. On ferait mieux de… de profiter du temps qui nous est imparti, comme dirait Gandalf le gris ! »
Il se lève. J'y crois pas, il va vraiment y aller. Olala. « Akito. » je reprends avec une très légère et discrète teinte de panique dans la voix : « Qu'est-ce que tu vas lui dire exactement ? Sérieux, je t'en prie, ne fais pas l'abruti et commence pas à … »
Trop tard il est déjà sorti de la chambre. Dire que je pensais que les ennuis étaient terminés, quand c'est pas une famille, c'est l'autre. Superbe.
PS : j'ai vu ma tête dans un miroir, je comprends la réaction des gens, on dirait qu'on peut manger des céréales dans l'orbite de mes yeux tellement c'est creux, ou couper du pain avec mes os de joues (pas spécialement prononcés à la base …) parce qu'ils ressortent comme deux MONTAGNES dans une plaine. C'est vraiment immonde.
Akito se dirigea d'un pas rapide vers la cafétéria. C'était le genre de choses que Lucy ne savait pas, mais sa mère s'inquiétait tellement à son sujet qu'elle était à l'hôpital littéralement tous les jours entre sept heures du matin et sept heures du soir. Ce qui rendait les visites discrètes difficiles à faire, mais qui, d'un autre côté, la rendait très facile à trouver maintenant qu'il en avait besoin. La conversation allait sans doute très mal se passer. En fait, il ne voyait pas du tout comment elle pourrait bien aller. Il avait l'intention d'être franc, et espérait vraiment ne pas se dégonfler une fois qu'il serait devant la mère de Lucy. C'était dingue comme elles étaient similaires et différentes. Au niveau des similitudes, il était inutile de nier qu'elles se ressemblaient beaucoup. Sauf qu'il y avait dans leurs attitudes quelque chose de fondamentalement différent. La mère de Lucy était extrêmement sûre d'elle : il suffisait qu'elle ouvre la bouche pour que les personnes autour d'elle se rendent compte qu'ils avaient intérêt à la fermer et à faire ce qu'elle disait. Ce qui n'était pas le cas de Lucy qui au contraire se voulait discrète (même si elle y arrivait moyennement bien). Là où Elisabeth était royale et presqu'imposante, Lucy semblait perpétuellement mal à l'aise et inconfortable. À peine entré dans la cafétéria, il la repéra tout de suite. Elle était assise seule à une table, en train de lire un journal. Il sentit son estomac se serrer. C'était ridicule, il avait soumis des gens bien plus effrayant dans sa vie, et il se sentait faible à cause d'une maman ? Bon, évidemment il ne pouvait pas simplement l'insulter et la menacer de détruire sa vie. Pas sûr que ça marche bien pour apaiser les tensions. Il s'approcha d'elle, en essayant de prendre un air confiant. Après tout, il n'avait rien à se reprocher par rapport à Lucy (ok, c'était faux. Il avait pas mal de choses à se reprocher, - surtout quant à la manière dont il s'était comporté avec elle au début…et quand il pensait qu'elle avait perdu la mémoire … et peut être à d'autres moments … - ) bref, elle ne lui en voulait pas, et la plupart de ces anecdotes étaient de l'histoire ancienne de toute façon. Il pouvait aller parler à sa mère la conscience tranquille.
-Akito » déclara-t-elle avec un sourire. Drôle comme son attitude avait changé maintenant qu'elle pensait qu'il était gay. Il répondit à son sourire avec le sien, légèrement plus crispé. Elle ferma le journal qui était posé ouvert devant elle et lui fit signe de s'asseoir. « Lucy m'a un peu parlé de toi et je dois avouer que je suis désolée d'avoir tiré des conclusions un peu hâtives. » Akito avala légèrement de travers. Ok.
-Je suis désolé, Mme Yekles. Je suis venu vous dire que Lucy vous a menti. J'aimerais aussi vous dire » il inspira profondément « que les raisons pour lesquelles vous vous méfiez de moi sont valables. Je suis désolé. Mais j'aimerais aussi que vous soyez conscient que je suis extrêmement sérieux vis-à-vis de votre fille et que si vous ne tolérez pas ma présence je peux l'admettre, mais que vous ne pourrez pas me tenir à l'écart pour toujours, et que ce soit dans six mois ou dans deux ans, j'attendrai toujours votre fille et que -… »
-J'ai du mal à croire que vous osez » elle bouillonnait de colère « venir me dire ce genre de choses alors que vous parlez d'une… d'un enfant. »
Akito senti son visage se contracter en une expression choquée. Certains reproches étaient fondés, ça il ne le niait pas, mais traiter Lucy d'enfant, ça dépassait complètement les bornes :
-Pardon ? Excusez-moi il doit y avoir un malentendu. » il sourit d'un air poli. Mauvais, pensa-t-il, il se sentait vraiment très colère, plus qu'il ne l'avait été depuis très longtemps. « Mais j'ai dû rater une nouvelle conception des enfants. À mon époque on ne retirait pas ses enfants du système scolaire pour les envoyer dans un pays dont ils ne parlent même pas la langue et complètement seuls. »
Elle se releva, au moins aussi furieuse que lui :
-Vous êtes en train de juger la manière dont j'ai éduqué ma fille ? » Heureusement que c'était une femme avec un minimum de dignité et de classe. Parce que bien que ce soit un scandale à échelle relativement grande, elle gardait sa voix calme et lui aussi. Pas la peine de rameuter tout l'hôpital.
-Non, je dis juste que je comprends, et vraiment je comprends que cet accident vous ait bouleversée et je comprends que vous désapprouvez le fait que j'aime votre fille, mais elle n'a pas quatorze ans, et si vous lui donniez une chance vous vous rendriez compte qu'elle est bien plus exceptionnelle et capable que vous ne le pensez. »
Elle inspira un grand coup :
-Je crois que vous vous méprenez quant à l'opinion que j'ai de ma fille. »
-Non, je pense que vous la sous-estimez, ce qui manifestement n'était pas le cas avant, parce que quand je l'ai rencontrée, elle était complètement perdue dans un pays qu'elle ne connaissait pas. Ce qui est en partie grâce à vous, je suppose. Vous aviez confiance en elle, et vous aviez raison, parce que je ne sais pas si vous êtes au courant, mais elle est repartie de ce pays pratiquement en tant que pianiste. »
Elisabeth pinça des lèvres et répliqua d'une manière fière : «Vous avez raison sur certains points. Mais ça ne veut pas dire que j'accepte que vous vous approchiez de ma fille. »
Akito haussa des épaules et se releva. Honnêtement, il ne voyait vraiment pas comment il pourrait arranger la situation. Qu'elle concède qu'il ait un tant soit peu raison était déjà une victoire suffisante selon lui. Essayer de gagner plus de terrain maintenant ne servirait à rien. Elle se leva aussi, et sans un mot s'éloigna à grandes enjambées dans la direction de la sortie. Elle avait sans doute l'intention d'aller engueuler Lucy, ou de lui expliquer que définitivement, non, ça ne servirait à rien de lutter contre l'autorité parentale.
Il y a quand même quelque chose de vraiment ironique dans le fait de réussir à combattre un démon, de survivre à un empalement plus que sévère, à défaire une malédiction, pour se retrouver enfermée par ses parents. Si j'avais besoin d'un bon retour à la réalité, je dois avouer qu'il est assez efficace. Franchement. Je suis retournée chez moi, donc, alors qu'Akito s'est littéralement fait bannir de l'hôpital. Et plus je crisais contre mes parents, plus ils avaient comme image celle d'une gamine pourrie gâtée qui crise parce qu'elle ne peut pas voir son petit-ami lol je V me tué si sa continu. Enfin voilà. Heureusement, ils ne sont pas malades au point de me voler mon téléphone (sinon je pense que je mourrais vraiment d'ennui…) et donc je peux plus ou moins rester en contact et avec Akito et avec le reste de l'humanité. Mon Dieu. Il est reparti au Japon, parce qu'il a beaucoup de choses à régler, ce qui est sans doute vrai, mais ça n'empêche que ça me saoule de savoir qu'il est à des centaines et des centaines de kilomètres. Sinon, je vais mieux. Ce qui est vraiment cool. J'ai repris du poids, et bien que je ne sois pas encore parfaitement satisfaite de ce à quoi je ressemble, au moins je ne ressemble plus à un être dont on aurait aspiré toute la chaire. Voire tous les organes internes. Haha. Je ne suis pas encore tout à fait capable de marcher toute seule (comprenez par-là, je ne peux pas marcher toute seule) mais au moins je peux bouger mes bras, lire, changer la chaîne de la télévision ! Tant de petits plaisirs que je pensais avoir perdus à jamais. Mais bon. Je suis sans Akito, il y a un fossé incroyablement énorme entre mes amis et moi et je me sens vraiment seule. Je suis évidemment très contente de voir Jade, Eva, Alan, mais…comment dire… Ce voyage au Japon n'est pas vraiment racontable. Dans le sens où s'il s'agissait juste d'une vague histoire d'amour entre un type que je détestais et moi, je pourrais sans aucun doute en parler des heures. Mais tout ce que l'Amikiri m'a fait vivre tous ces moments passés à pleurer et à craindre pour ma vie je ne peux en parler avec personne… Ou du moins personne qui est en ce moment en Australie. Évidemment que si Tohru était là ou un autre des maudits, je pense que je ne me gênerais pas pour tout déballer. Y'a aussi ça qui est méga frustrant, c'est que depuis que je me suis réveillée à l'hôpital, je n'ai pas encore eu l'occasion d'en parler et ça me saoule. J'ai pas eu le temps d'expliquer en détail à Akito tout ce qu'il s'est passé, à quel point j'ai été incroyable (oui c'est le cas de le dire !) et je donnerais beaucoup de chose pour pouvoir le faire. En fait, c'est triste à dire, mais je suis bien chez moi, et même si mes parents m'agacent fois mille, voilà je sais que je leur donnerai tort sur le long terme, et en même temps Akito devait retourner au Japon, donc au moins les adieux n'ont pas été trop déchirants… puisqu'il n'y en a pas eu… puisqu'il est parti sans avoir le droit de venir dans ma chambre… (ok, j'ai littéralement pleuré et peut être insulté l'une ou l'autre personne – je n'en suis pas fière). Honnêtement, je trouve ça tellement frustrant de penser qu'après tout ce mal, on en soit là, à être séparés par mes parents. On se croirait dans une série sud-américaine sans budget. Manque plus que je fasse semblant d'être enceinte pour qu'on me laisse le voir, mais c'est à ce moment-là que j'apprendrais qu'il est tombé amoureux d'une autre femme, mais en fait c'est son frère qui s'est réincarné dans son corps et… Ok, je me suis laissée emporter. Ce qui est lourd, c'est que je ne peux vraiment pas avoir de conversation posée avec mes parents. Je sais d'avance comme ça va se finir. Il faut vraiment que je patiente encore quelques mois avant mon anniversaire et je serai libre comme l'air ! « On verra si à dix-huit ans il t'intéressera encore ! » (je cite ma mère), oui maman, scoop de la vie : ce sera le cas ! Purée, si un jour j'ai des enfants, faites que je me souvienne de ces moments et que je ne sois jamais comme ma mère. Enfin voilà. Et si je dois aller aux toilettes je dois sonner une cloche et ma maman arrive toute empruntée « oh Lucy chérie tu dois aller aux toilettes » oui merci Sherlock, je te rappelle qu'on est pas en bon terme, je t'appelle pas pour faire causette.
D'accord, je me rends compte que je suis amère. Mais je suis isolée, telle une princesse dans son château gardé non pas par UN dragon mais par TROIS dragons tous plus féroces les uns que les autres. Oui, en plus de ma mère et de mon père, il y a ma grand-mère qui apparemment a décidé qu'elle allait me pourrir la vie encore plus. Sauf qu'elle va encore plus loin dans ses remontrances, c'est-à-dire qu'elle me sort des trucs du genre : « mais tu es naïve, ma pauvre, qu'est-ce qu'un garçon comme lui ferait avec une fille comme toi ?! » je dois avouer que je me pose parfois la question mais ce n'est certainement pas une raison pour non seulement la formuler à haute voix, mais en plus en public, et en plus pas n'importe lequel, mais mes amis ! Je vous jure, cette vieille est tellement malveillante. Le seul bon côté de tout ça, c'est que ma mère est désormais persuadée que je suis un prodige musical, ce qui n'était pas le cas avant que je parte. Sauf qu'elle ne comprend pas pourquoi je n'arrive pas à jouer de la même manière qu'au Japon, et j'ai bien envie de lui expliquer que d'une part c'était AVANT qu'un avion dans lequel j'avais ma place ne se crash et que d'autre part, que j'avais justement encore des muscles dans la main. Je la fais d'ailleurs bouger devant moi. Je sais pas quand je pourrai rejouer, en tout cas la souplesse c'est carrément pas ça pour l'instant. Ça me fait mal de bouger les doigts trop longtemps, un peu comme quand on recommence à écrire pour prendre des notes à l'école alors qu'on a pas écrit de toutes les vacances. Haha. Ça va revenir – soyons positif pour au moins une chose !
On toque à ma porte. C'est très embêtant d'être obligée de « subir » toutes les interactions sociales du monde. Je ne peux pas me cacher. Sauf sous mes couvertures mais je ne suis pas sûre que ça soit spécialement efficace.
-Entrez » je dis d'une voix morne. Bon dieu, on peut même plus se lamenter tranquillement ! J'avais l'intention de mettre de la musique triste super fort pour que mes parents comprennent le message… Quoique ça fait vraiment fille de quinze ans déprimée et je dois vraiment commencer à me comporter comme une jeune femme de haut standing. Et oui ! Adieu les bêtises, les maladresses et autres désagréments de l'univers, la nouvelle Lucy, qui s'est élevée du crash tel un phénix est désormais une lady ! « Aie » je marmonne alors que mon téléphone me tombe dessus. (moralité, ne pas tenir son téléphone au-dessus de sa tête quand on est dans un lit surtout quand on a l'esprit ailleurs, parce que je risque d'avoir un œil au beurre noir, et si ma m ère voir ça, elle va vouloir que je retourne à l'hôpital pour être surveillée vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
La porte s'ouvre et je sens ma bouche faire le même mouvement (s'ouvrir) en voyant qui est derrière. Ça pour une surprise !
-Lucy-chan ! » Dingue, il y a quelque chose qui a vraiment changé. Je n'arrive pas à savoir ce que c'est, mais l'Amikiri ne ressemble absolument plus à ce que … à ce à quoi il ressemblait la dernière fois que je l'ai vu.
-Bonjour ! » je réponds avec sûrement trop d'enthousiasme. J'aimerais avoir un air tragique, le fusiller du regard pour m'avoir amochée à ce point, j'entends ok, la crédibilité c'est important mais il aurait juste pu faire un peu moins de dégâts ! Mais j'arrive pas, parce qu'au fond, ça me fait vraiment très très très plaisir de voir quelqu'un qui a un « rapport » avec « tout ça », ce qui prouve que je n'ai pas complètement halluciné une histoire rocambolesque dans mon esprit malade. Il entre dans la pièce et je remarque avec une certaine dose d'intérêt qu'il est suivi par le … l'esprit du Maneki Neko ? Ce machin-là. Et tout à coup je comprends pourquoi il a l'air différent. Haha. Il est devenu humain ! Enfin ils sont devenus humains ! Haha, ça veut dire qu'ils ont… Ok, même si j'adorerais m'épancher sur ce terrain Ô combien intéressant, je suis un peu trop frustrée dans mon genre pour être content pour les autres. La seule chose qui me rend vraiment heureuse, du coup, dans cette histoire, c'est que cet abruti soit humain, ce qui veut dire qu'il ne peut plus me torturer.
-Comment ça va, Lucy-chan ? Tu as l'air un peu… malade ? »
Je profite de pouvoir utiliser ma main pour lui faire un splendide doigt d'honneur. L'autre semble complètement à l'ouest comme s'il était drogué. Sincèrement c'est assez drôle. Ils doivent complètement détonner dans la foule ces deux crétins. Oh, mais je les aime quand même. Enfin je ne connais pas spécialement son cher ami,mais l'Amikiri est assez attachant au final… quand il n'est pas en train d'insulter ou de terroriser les plus faibles que lui.
-J'ai connu pire » je dis d'une voix de vétéran, et oui, moi la guerre, les crashs tout ça, je connais par cœur.
Il sourit et s'assied au bord du lit.
-On est content de voir que tu te remets petit à petit » je le fusille du regard. Abruti. « Par contre j'ai appris qu'Aki-chan n'avait pas le droit de te rendre visite ? » Je le fusille une nouvelle fois du regard. Je retire tout ce que j'ai pensé de bien à son sujet. C'est un sale type qui ne veut que le malheur des autres.
-Effectivement. » Je réponds. Merci, je pense à ça littéralement toute la journée, pas besoin de savoir que mes invités me narguent aussi. Cela dit, ça n'explique pas : « Comment vous êtes rentrés ? » je demande, je comprends pas pourquoi Akito n'aurait pas le droit de venir, alors que deux mecs, bien plus louches… non mais l'Amikiri a toujours son petit air malveillant et l'autre ressemble à Luna Lovegood x1000. Franchement ils forment la paire la plus bizarrement assortie de l'univers.
-Je sais pas si tu as remarqué » il a vraiment l'air de jubiler « mais on est pas en trois pièce, carte de visite à la main à faire les mecs importants. »
Je secoue la tête :
-Akito n'a jamais fait ça. » Réplique qui a au moins le mérite de les faire marrer
-Désolée, Lucy-chan, mais Akito ressemble exactement au petit gamin merdeux qu'il est. Il est arrogant et … »
-Ok, ok tout est de sa faute. » je déclare pour abréger. Je crois pas que je puisse convaincre l'Amikiri qu'il a tort et honnêtement je n'ai pas envie de perdre de l'énergie à argumenter en sa défaveur. N'empêche, je trouve ça très triste que ma mère empêche le type que j'aime et qui (aux dernières nouvelles) m'aime aussi d'entrer dans ma chambre, alors qu'elle laisse passer sans aucun problème un vrai psychopathe qui a essayé de me tuer mille fois, le tout en menaçant aussi leur fils au passage. C'est quand même du grand n'importe quoi. « qu'est-ce que vous faites ici, d'ailleurs ? » je finis par rajouter par curiosité.
-En fait, je venais voir comment tu allais, et te dire qu'au final je me suis quand même bien amusé. »
-Super. Merci. »
Il me sourit de son sourire de faux-cul. Au moins les dents de requin ont disparues, ce qui est clairement quelque chose de positif.
-C'était tout ce que j'avais à te dire. Je suis content de voir que tu vas bien.» Il se relève et l'autre pose le livre qu'il avait pris (sans aucune gêne, au passage) sur ma bibliothèque. « Bon, on va y aller ! »
-Vous allez où en fait ? » Je demande sans aucun intérêt (évidemment)
-Partout ! » Je lui lance un regard encore plus blasé que tous les autres que je lui avais déjà envoyé pendant cet édifiant échange. « Non, là on reste un moment en Australie. C'est intéressant de quitter le Japon. » J'hoche la tête. «Au passage, ta mère nous a demandé de t'apporter ça. » Il me tend une lettre.
-Merci » je lui réponds en la prenant. Sûrement encore une demande d'interview ou je ne sais quoi. Ils se sont tous un peu calmés, après que je leur ai fait mon petit numéro de « je me souviens de rien ! » mais il en reste quand même toujours quelques-uns qui sont vraiment acharnés. C'est donc avec très peu d'enthousiasme que j'ouvre (avec bien sûr beaucoup de doigté et de délicatesse) la lettre et que je la déplie.
Oh. Elle vient de la Hochschule für Musik « Hanns Eisler » de Berlin. Ils me proposent de venir y étudier.
-Oui, de toute évidence, je ne peux pas y aller à la seconde ! » Je m'exclame. Bonne nouvelle, je suis debout. Je tiens sur mes jambes. Toute seule. (Ok je suis un peu appuyée discretos sur une chaise) mauvaise nouvelle, mes parents ne sont toujours pas sortis de la phase : « Lucy est une créature fragile qu'il faut protéger par tous les moyens ». Et dernière crise en date (enfin crise qui date depuis que j'ai reçu la lettre du conservatoire, c'est-à-dire quatre semaines) le fait que je veuille aller à Berlin pour étudier le piano. Mes parents trouvent que c'est absurde alors que – juste au passage – ma mère a étudié là-bas aussi. Et leurs arguments sont tous plus bêtes les uns que les autres. « C'est dangereux ! », « l'allemand c'est difficile ! », « tu es trop jeune ! » Alors qu'ils m'ont laissé partir au Japon. Dingue.
-écoute, si dans trois ans tu es toujours convaincue que tu as envie d'y aller, alors nous ne nous y opposerons plus ! »
Si ce n'était pas mon père, je lui lancerais quelque chose dessus (et de préférence quelque chose de lourd) :
-Mais vous avez l'intention de faire quoi de moi, pendant ces trois ans ? Me laisser moisir ici dans ce village à la con ? »
Je vois Nath dans ma périphérie qui jubile. Haha, il est caché – très discrètement – dans l'embrasure de la porte à écouter les parents crier pour la centième fois du mois sur leur fille. Quant à ce qui le fait marrer…Surement le fait que je vienne d'employer un vilain mot.
-Lucy » déclare ma mère d'un ton calme
-Merde ! Franchement vous êtes graves ! Je ne parle pas de partir demain matin, mais en juin ! Si je ne reprends pas activement maintenant mes mains seront peut-être foutues à jamais ! »
-Tu auras tout le temps de réfléchir à ton avenir. Rien ne presse. » Ma mère essaye de toute évidence de se la jouer calme. Ça m'énerve.
-Rien ne presse ? C'est une blague ? Tout le monde finit le lycée maintenant, et tu veux que je sois la seule qui ne fasse rien, parce que mes parents me considèrent comme trop jeune ? »
Ils me font rire, parce qu'ils font semblant de ne rien entendre. Ça c'est un argument qui ne leur plait absolument pas justement parce qu'il est parfaitement valable. C'est quand même fou, je n'aurais jamais pensé qu'ils réagiraient comme ça à cet accident. En voyant qu'ils s'apprêtent à laisser tomber la discussion, ce qui est en passant complètement lâche, parce qu'ils n'admettront jamais que j'ai raison, et du coup ils ne vont plus rien dire jusqu'à ce que le sujet revienne sur le tapis, et là ils repasseront à l'attaque. « De toute façon », je reprends, pas question que je les laisse s'en tirer comme ça. « Je vais passer les examens de fin de lycée et on verra à ce moment-là si je peux partir l'année prochaine. »
Ma mère se retourne, visiblement elle ne s'attendait pas à ça :
-tu vas faire quoi ? »
-Finir ma scolarité ? » Je demande comme si c'était évident. Je ne vais bien sûr pas retourner à l'école, plutôt – MOURIR – mais on peut passer les examens tout seul, et en plus, comme je suis un cas particulier, je ne pense pas que j'aurai de problème à faire valider mon dossier. Et j'ai en tout cas cinq mois où je n'ai rien à faire à part étudier, donc bon. Je vais quand même pas passer tout ce temps à regarder des séries, même si ça pourrait être le rêve, je crois qu'il faut que je me fasse une raison. Commencer une école supérieure sans diplôme, c'est la honte et c'est la bonne chose à faire pour passer pour quelqu'un qui a des traitements de faveur. En tout cas ça a le mérite de leur clouer le bec assez violemment. Je décide que c'est le bon moment pour leur soutirer du matériel : « il faudrait que vous me trouviez les livres que j'aurais dû utiliser en classe, au passage ! » je me redresse et décide de tenter une sortie fière (tenter étant le mot-clef étant donné que j'ai du mal à me déplacer toute seule. Pauvre de moi.) Mais je dois quand même avouer que c'est la première fois depuis l'accident que je vois mes parents avec une expression pareille. Peut-être qu'avec un peu de patience ils réviseront complètement leurs positions ? je peux toujours rêver !
Je bénis l'invention des téléphones portable et celle d'internet. Ça fait littéralement des mois que je n'ai pas vu Akito (merci, papa et maman !) et honnêtement, si ces deux moyens de communication n'existaient pas, ça ferait des mois que je n'aurais pas eu de contact avec lui. Bon sang. Au moins, c'est la seule personne de ma vie qui me soutient complètement en ce moment. Déjà, il est super content pour Berlin, et il trouve que c'est idée fantastique que j'y aille etc., que ça ne pourra que faire du bien à ma manière de jouer, que c'est une expérience de dingue, qu'il est presque même un peu jaloux, etc. Et franchement je lui en suis très reconnaissante, il aurait plus manqué qu'il ne fasse une crise du genre de : « c'est trop loin ! » mais non, il est, comme d'habitude, limite parfait. (je dis limite parce que je laisse toujours une petite marge d'erreur haha.) Et il est aussi très « fier » que je décide d'obtenir un diplôme. Je dois avouer que plus j'y pense plus je me sens débile d'avoir voulu laisser tomber le lycée comme ça. Enfin pas exactement. Je suppose que je pourrais aller à Berlin sans ce foutu papier, mais en même temps étant donné que je ne suis pas persuadée de réussir mes études de piano, ça me paraît bien plus simple d'avoir cette base là, au cas où. Sinon je peux marcher pratiquement normalement, j'arrive même à sortir de la maison ! Gros progrès ! Mais le point le plus important est sans doute le fait que mes dix-huit ans arrivent à grand pas, et dès le moment où j'aurai atteint mon anniversaire je serai libre de faire ce que je veux ! Et même si mes parents utilisent l'argument de : « tu n'as pas d'argent tu es dépendante », je crois qu'ils ont oublié que le mec à qui ils ont demandé de partir est largement capable de m'aider de ce point de vue… J'avoue que je préfèrerais ne pas faire d'emprunt à mon petit-ami, mais aux grands mots les grands remèdes. –Comment il va, ce garçon ? » Je lève lentement la tête (oui j'étais censée être en train de faire des mathématiques, mais j'arrive pas à me concentrer. En même temps je voyais bien ma grand-mère qui avait un air malveillant depuis quelques minutes. Ça n'aide pas la concentration ce genre de choses.) Enfin maintenant je comprends mieux. Honnêtement ça ne m'était même pas venu à l'esprit, mais comme j'ai plus ou moins laissé tomber le sujet « Akito » devant eux, ils doivent penser qu'on ne se parle plus. Donc c'est une tentative de ma grand-mère pour m'humilier. Je secoue la tête et rassemble mes affaires. Il fut un temps où j'aurais sans doute mordu à l'hameçon et où je l'aurais engueulée etc. Mais maintenant que je suis une vraie lady, je ne me préoccupe plus de ce genre de chose. Je décide donc de reprendre ma séance de math intensive (hum) dans ma chambre.
Ma mère pose son sac de course sur la table de la cuisine. Ça se voit à quarante kilomètre qu'elle a envie de me parler. Genre elle me regarde et détourne les yeux tout de suite après, et répétitivement. Niveau discrétion, j'ai clairement connu mieux. Quoique maintenant, je réalise vraiment de qui je tiens pour ce genre de talents. Merci maman ! J'aurais pu être une espionne si tu ne m'avais pas transmis ces gènes pourris ! Voyant que ce petit manège risque de durer un moment si je n'y mets pas fin tout de suite, je décide de prendre les devants. Je lève donc définitivement les yeux du cours de chimie (quelle horreur, tout ce que je déteste condensé dans une matière ! Quelle horreur ! Pourquoi moi !) que j'étais non pas en train de lire mais en train de regarder avec désespoir et lance avec beaucoup de classe et de désinvolture :
-Il y a un problème ? » J'essaye de lui sourire mais je vois parfaitement qu'elle est très tendue et mon charme divin n'a du coup aucun effet sur elle. Bizarre, normalement ça marche à tous les coups (ironie). Finalement elle décide de s'asseoir en face de moi. C'est dingue je vois qu'elle est en train de rassembler son courage.
-Ton père et moi… » Elle semble maintenant mal à l'aise. Dieu sait ce qu'elle va m'annoncer. Oh, mon dieu. Elle est enceinte ? Olala, c'est pas du tout raisonnable, ils ont les deux plus de 45 ans ! Quand leur gosse aura 20 ans ils en auront plus de 65 ! Et je ne suis clairement pas prête à être une sœur pour la deuxième fois, on était très bien avec Nath, pourquoi doivent-ils tout gâcher ! « On aimerait s'excuser. » TELLEMENT SOULAGEE ! Jamais je ne pourrais avoir cette responsabilité ! En plus s'ils devaient avoir encore un enfant, c'est sûr que je devrais m'en occuper tout le temps. Et non merci, les couches, le vomi, les pleurs, très peu pour moi. Cela dit, c'est surprenant ! Ils décident de s'excuser après m'avoir traitée comme une assistée pendant en tout cas 4 mois ! Merci beaucoup ! Je décide de ne pas être clémente et donc de ne pas dire une insanité totale genre : « c'est pas grave ». Non, s'ils veulent mon pardon, ils vont devoir ramper comme des insectes voulant désespérément se reproduire. Je lève donc les sourcils et me recule sur ma chaise. J'ai l'impression d'être une boss de la mafia russe qui entend une proposition de drogue : « mé oui missier Prokoviev, votre coke est d'une kalité ekseption elle. » Voyant que je ne suis pas prête de dire que c'est oublié (elle est gonflée de croire ça ne serait-ce que pour une seconde !) elle reprend : « je sais que ça a dû être pénible pour toi de nous voir te materner comme si tu étais encore un enfant. Mais, Lucy, on a cru qu'on t'avait perdue… et savoir qu'on avait une nouvelle chance avec toi, par réflexe on… on a été sûrement trop étouffant. »
Bon j'avoue que ce qu'elle dit à du sens. N'empêche Akito n'a pas pu mettre un pied dans notre maison, et ça c'est un peu dur à avaler. Elle commence à se relever, et j'espère qu'elle a autre chose à annoncer sinon je pourrai définitivement qualifier ces excuses de pourries. Non mais. «Mais nous avons aussi remarqué que tu avais grandi. Ce qui est ironique puisqu'on espérait presque te retrouver comme avant… C'est-à-dire … » elle hésite. Je rêve où elle est en gros en train de me traiter de gamine ? J'hallucine complètement ! « Tout ça pour dire » reprend-elle, heureusement, « que c'est d'accord pour Berlin. Tu pourras partir en septembre. »
Si j'étais toute seule, je ferais une danse de la joie ! Yes ! Allemagne, me voilà ! Purée, je suis tellement contente de ne pas avoir à fuguer de la maison au beau milieu de la nuit ! Me voilà libre !
-Et au sujet d'Akito ? » Je demande ne essayant de prendre un ton nonchalant.
Son visage se ferme. Ok. Super. Merci, je vois que vous me prenez quand même toujours pour une petite fille manipulable à souhait. « Franchement, si c'était qu'une lubie, comme vous le disiez » j'ajoute rapidement « ça serait passé depuis longtemps. » Elle soutient mon regard et dit d'une manière tendue, et je vois parfaitement que ça lui coûte beaucoup de laisser sortir ces mots de sa bouche : « On verra après tes dix-huit ans. »
Bon, ça pourrait être pire, j'estime ne pas avoir totalement perdu la guerre. Honnêtement, j'ai la main je vais pas me plaindre de pas avoir pu choper le bras en entier.
-Joyeux anniversaire ! »
Je regarde le gâteau d'un air tendu. Franchement, niveau kitsch, on ne peut pas faire pire. C'est en forme de piano. J'adore. Si j'avais voulu être skieuse, ils m'auraient fait un gâteau en forme de ski ? Je souris et regarde le plus petit gâteau que Nath m'a fait exprès pour l'occasion, je dois avouer qu'il est quand même adorable ce gamin. Ok, je retire ce que je viens de dire, il a dessiné un avion. En feu. Comment ma mère a pu le laisser faire ça ? Ok, c'est assez drôle, mais c'est tellement de mauvais goût ! Ok, en fait il s'avère que ma mère n'était pas au courant qu'il allait laisser libre cours à son imagination en rajoutant un avion sur le gâteau. Sacré Nath. Purée, jamais un de mes anniversaires n'a été fêté en aussi grande pompe. C'est même assez dingue puisque l'année passée aucun membre de ma famille n'était là ! C'est drôle comme un accident d'avion peut tout à coup changer la valeur de ce genre de moments. Haha.
Mais bref. Si je suis de si bonne humeur, ce n'est pas tant parce que c'est mon anniversaire (je suis quelqu'un de désormais très mature et ça m'est égal de recevoir des cadeaux, et oui, je suis vraiment une lady… Purée je suis sûre que ma grand-mère va encore m'offrir des couverts en argent, elle pourrait quand même penser à autre chose, surtout que j'ai dix-huit ans, ça n'arrive qu'une seule fois dans une vie !) bref, si je suis de bonne humeur et que je joue le jeu d'être la « reine de la soirée »,- et je tiens à dire que je ne me comporte absolument pas comme une enfant pourrie gâtée depuis ce matin- c'est en parce que (roulement de tambour dramatique) : mes parents ne peuvent plus m'empêcher de voir Akito ! Ce qui veut dire que dès demain je pourrai aller le rejoindre où qu'il soit et que rien ni personne ne pourra m'en empêcher ! Tout à coup, je vois mon père se lever avec hésitation. Non pas qu'il soit gêné, mais ça fait depuis midi qu'il boit du vin, et sachant qu'il est dix heures du soir, je vous laisse imaginer son état d'ébriété.
-Merci à tous d'être venu. » Ouais. Ils sont venus pour « moi ». (Ils sont venus pour voir le phénomène de foire, je vous le dis. Je parle de mes oncles et tantes que je ne vois littéralement jamais et qui ne seraient jamais venus si je n'avais pas fait la une d'un certain nombre de quotidiens à cause de ma « résurrection. » Je fais une grimace en direction d'Eva. Avoir son père bourré en public c'est quand même moyen la classe haha. ) Mon père tangue et se tient à une chaise. Franchement c'est clairement ridicule. J'ai limite honte. Haha. « Je suis très fier de ma fille qui, non seulement fête ses dix-huit ans, mais a aussi réussi ses examens de fin d'école ! » Tout le monde applaudit comme s'ils étaient méga heureux pour moi. Mais purée. Ils s'en contre-foutent ! Je vois juste que mon père est un peu trop ému (je crois voir scintiller une petite larme délicate) et ma mère est clairement en train de pleurer. Bon sang. Heureusement que Nath est à côté en train de manger un des gâteaux (avant tout le monde, le saligaud) avec un air parfaitement ennuyé. « Enfin voilà »…..mon dieu. C'était pas fini. « Bravo, Lucy, on est tellement fiers de toi ! » Et il se rassied, clairement en train de se retenir de sangloter. Cette fois je n'ose même pas regarder Eva. Je pense qu'elle doit être en train de se marrer. J'attrape discrètement une coupe de champagne et la vide pour me donner une contenance. Je crois qu'il faut que je consomme plus d'alcool si je veux survivre à cette soirée sans mourir. J'attrape une deuxième coupe, et la descend – comme une lady, évidemment – avant de la poser sur la table, de roter élégamment, (il y a des bulles, c'est pas ma faute.) et de lever les yeux sur…
Akito. Qui vraisemblablement vient d'arriver. Et dont la première image de moi sera un rot bien crade après avoir bu cul-sec un verre de champagne ! Haha, je savais que je maîtrisais parfaitement le romantisme ! Une situation cruciale dans une vie ? Mais appelez-moi, je gère ça avec des rots, des poils et des pets ! Du coup c'est con mais je suis partagée entre courir dans ses bras ou fondre en larme et m'immoler dans les prochaines secondes. Merde ! J'arrive même pas à être heureuse comme il faut, je suis beaucoup trop déçue par mon comportement ! Ça n'aide pas que ma mère soit en train de se marrer. J'ai envie de lui renverser un verre dessus. Ok, s'il est là c'est sûrement grâce à eux, mais bon sang ! Ils auraient pu me prévenir j'aurais passé cette journée avec un peu plus d'enthousiasme, et je me serais donnée plus de peine niveau préparation (tenue, maquillage et épilation)
J'entends du coin de l'oreille Nath me demander – alors qu'il a la bouche pleine - : Pourquoi tu chiales ? » Et je pleure, debout en plein milieu du salon. Mais purée quel tableau, la meuf qui boit qui rote qui pleure, manquerait plus que je me fasse pipi dessus… et, mais ça pourrait être une idé –
Non. Finalement après ce qu'il me semble être cinq minutes tragiques où une musique constituée uniquement de violon rempli l'espace sonore, mais qui était sûrement deux secondes que personne ne remarque, je m'avance brusquement vers Akito et le serre dans mes bras. Bon sang, ce qu'il m'aura manqué celui-là !
-Je dois t'avouer que c'est un peu un choc de voir que tu ne viens pas d'une famille pauvre. Moi qui croyais que tu étais une version moderne de Cendrillon ! »
Je rigole et glisse la fermeture éclair de mon pull vers le haut.
-J'espère que du coup tu apprécies à sa juste valeur le fait que j'ai essayé de me débrouiller toute seule au Japon alors que j'aurais très bien pu appeler mes parents en pleurant. »
Il regarde l'enclos dans lequel des chevaux broutent tranquille, je sais pas pourquoi ils sont dehors, si un dingo arrive à passer la clôture pendant la nuit la vision d'horreur de demain matin sera digne d'un épisode de Game of Thrones.
-évidemment je trouve ça très noble et très courageux, mais » il tourne le visage vers moi et me regarde avec circonspection « t'es quand même complètement timbrée. »
Difficile de répondre quoique ce soit à ça. Je souris distraitement et prend une gorgée de bière. Oui, on est complètement en train de faire le cliché du couple debout à 4 :00 du matin en train de finir la soirée en buvant dehors sur la terrasse très romantiquement. Ma foi, faut bien que ces clichés arrivent parfois dans la vraie vie, sinon qu'est-ce qu'elle serait fade ! Sans compter que si tout le monde a quitté mon anniversaire (soit parce qu'ils étaient trop ivres (mon père/mes amis) soit parce qu'ils étaient fatigués (ma mère/Nat) soit parce qu'ils se sont rendus compte que j'étais pas si intéressante que ça (le reste), moi je suis ni fatiguée ni trop bourrée !
-Au fait, tu pars quand pour l'Allemagne ? » demande-t-il après quelques secondes de silence (sûrement dues au fait qu'on soit légèrement sous l'emprise de l'alcool).
-Dans un mois » C'est dingue, je me réjouis plus tant que ça au final, haha, mais c'est quand même la deuxième fois de ma vie que je vais devoir apprendre une langue que je ne connais absolument pas, le tout sans préparation ! (bon pour être honnête j'ai commencé à apprendre du vocabulaire, Wunderbach n'est-ce pas ?)
-Je suis vraiment content pour toi. » il me sourit. Quel beau gosse. « Bien sûr j'aurais préféré que ce soit un conservatoire un peu plus près, mais bon. C'est un de meilleurs du monde. Donc voilà, c'est clairement ce qu'il y a de mieux pour toi. » Il s'approche de moi et me prend par la taille. Ce qui est chouette parce que ça montre qu'il ne me considère plus comme étant quelque chose d'extrêmement fragile. « Par contre, je crois que j'ai oublié de te dire, mais la société principale de la famille Soma a décidé de s'implanter en Allemagne ! Dingue comme hasard, non ? »
Je rigole alors qu'il m'embrasse. Alala. Je suis vraiment contente d'être moi.
-ça veut dire que tu devras souvent être à Berlin ? » je demande en essayant de contrôler mon expression pleine d'espoir.
-Une fois tous les deux mois je dirais »
je soupire : « quand tu as dit « deux » j'ai eu un monstrueux faux espoir, j'espérais que tu allais parler de semaines »
-Désolé mais je suis assailli de responsabilité jusqu'à la fin de ma vie ! » Purée je ne l'aurais pas cru si dramatique ce jeune homme.
-Oh non ! » je réponds dans le même ton.
-Mais ne t'inquiète pas, je te réserve une place de choix dans mon emploi du temps tous les six mois ! »
Je secoue la tête : « Et mon emploi du temps, vous y pensez monsieur ? En tant que pianiste renommée, et avec tous mes concerts, je ne pourrai vous voir qu'une fois par an ! Maximum ! »
-Pardonnez-moi, madame. Loin de moi l'idée de minimiser la teneur hautement chronophage de votre profession ! »
-Merci mon cher. Les hommes ne sont que le cadet de mes soucis, je n'ai plus le temps pour ces batifolages ! »
Il rigole, et m'embrasse une nouvelle fois (ok, ce serait plus juste de dire qu'on s'embrasse, ce n'est pas comme si je fais l'effarouchée). Et vraiment, je me sens juste tellement bien, et c'est tellement cool de savoir qu'après toutes ces conneries, il n'y a absolument aucune menace qui plane sur mon ou son avenir ! Fini les malédictions ! Fini les démons enfermés en colère ! Fini la servitude ! Et alors qu'il m'enlace et qu'on se serre mutuellement méga fort dans les bras l'un de l'autre, je me dis qu'à posteriori, ça aura valu le coup.
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Est-ce complètement nul et cliché? OUI! hahahah! Désolée! Ma foi j'ai fait ce que j'ai pu. Bref, merci d'avoir lu cette fanfiction jusque ici, je vous aime! Et si d'aventure vous vouliez laisser un commentaire, ma foi, ça me fera plaisir, même si vous lisez ça en 2026! Hahahah
Merci d'avoir lu, et merci à ceux qui ont commenté!
Réponses aux reviews anonymes du chapitre précédent:
manga-33: merci!
AuroreBlack: Salut! Merci beaucoup pour le commentaire! ça me fait super plaisir! J'espère que cette fin ne t'aura pas trop déçue
