Chapitre 21 : Pourquoi il ne faut jamais s'énerver
Alice mit un temps à réagir.
- Vous pouvez répéter ? demanda-t-elle.
- Ils sont morts, c'est pas compliqué, lâcha une voix qu'elle devina être celle de la mère d'Éloïse.
Alice la regarda d'un air pas sympa, puis reporta son attention sur l'homme.
- Et Violette ?
- Quand j'ai vu la fumée, j'étais trop loin pour la protéger, répondit-il. Je suis désolé.
Alice se leva et sentit sa cheville droite, déjà pas très sûre d'habitude, la lâcher complètement. C'est donc sur un pied qu'elle se traîna jusqu'à son amie. Celle-ci était en très mauvais état. Son visage et toute la partie supérieure de son corps étaient noircis par la brûlure. Sa peau s'effrita même un peu quand Alice posa la main dessus.
- Violette, gémit-elle. Violette, non !
Mais elle n'eut aucune réaction. Alice foudroya la femme du regard.
- Pourquoi vous avez fait ça ? cria-t-elle. Pourquoi ?
- Je suis désolée, répondit-elle. J'étais énervée.
- Énervée ? Au point de faire quatre morts ? Ça vous fait rien ?
- Calme-toi, tu dois être fatiguée.
Alice se jeta sur elle.
- Mais vous avez pas de cœur ! S'ils sont morts, ça veut dire qu'ils ne reviendront jamais ! Et Violette ? C'est mon amie, et vous l'avez tuée !
- Je t'ai dit de te calmer !
Elle lui posa un doigt sur le front, mais la jeune fille l'interrompit : un détail lui était revenu soudainement.
- Attendez, vous avez vu Edward ? demanda-t-elle.
- Il est pas mort ? s'étonna Corentin.
- J'espère que non ! Il était là il y a cinq minutes !
Elle se mit à quatre pattes pour le chercher. Sa cheville lui faisait mal et les ronces aussi. Mais pour une raison inconnue, elle s'inquiétait.
- Il a du tomber quand j'me suis cassé la figure, marmonna-t-elle. J'espère qu'il s'est pas fait mal. Edward ? Edward ! T'es où ?
Les autres se regardèrent d'un air surpris.
- C'est vrai qu'il est pas grand, murmura Éloïse à son frère. Mais de là à le cherche à quatre pattes...
Alice poussa soudain un cri de victoire en brandissant Edward.
- Tu disais ? répondit Corentin.
La mère l'observa.
- Il a du s'assommer en tombant, diagnostiqua-t-elle. Rien de grave.
Alice, rassurée, le remit à sa place en s'assurant cette fois qu'il ne tomberait pas. Elle reporta ensuite son attention sur Violette.
- Et pour elle, qu'est-ce qu'on peut faire ? Vous êtes une fée, n'est-ce pas ?
- Je ne peux pas ressusciter les morts. Du moins pas ceux qui meurent de cette façon. Oublie-la, ça ira mieux.
- Oublie-la ? s'insurgea la jeune fille. Mais vous avez quoi dans le crâne ? Vous vous imaginez peut-être que ce serait mon amie si je pouvais l'oublier en claquant des doigts ?
- Je te le répète une dernière fois : calme-toi.
- Tu es dure, dit Antoine. C'est normal qu'elle soit triste.
- Calme-toi ! reprit Alice. Et comment je fais ?
- Tu as bien une photo d'elle...
- Ça la remplacera pas ! Jamais !
Fatiguée de l'entendre crier, elle claqua des doigts et la jeune fille s'effondra.
- Tu vas... appliquer le plan B ? demanda timidement Éloïse.
- Oui, répondit sa mère. J'en suis obligée. Si je ne l'ai pas encore fait, c'est uniquement parce que j'ai encore besoin d'elle.
