Coucou, j'ai changé de pseudo. Il est une heure du matin et je suis fatiguée. Lul. Bonne lecture :D


La neige s'est arrêtée.

C'est la seule pensée qui a traversé mon esprit à l'approche du petit matin. Le soleil s'était levé dans un ciel pratiquement sans nuage. Bleu. La neige brillait comme un million de paillettes étalées au sol. J'ai posé la main sur la vitre. Glacée.

Il devait faire si froid, là-bas.

La fille, assise en face de moi, avait la tête posée contre le verre et les yeux fermés. Nous n'avions pas beaucoup parlé, la veille. Elle ne disait rien, je ne posais pas de questions. J'étais fatigué, mais je ne parvenais pas à dormir. J'ai passé des heures à regarder mon reflet dans la vitre d'un œil hagard, à sonder les ténèbres de la nuit, à attendre quelque chose – quoi ?

Puis le jour s'est levé et les ténèbres ont progressivement laissé place à la neige et au soleil blanc et froid.

Plusieurs fois j'ai fermé les yeux en espérant m'échapper du monde dans lequel je n'avais pas choisi d'être projeté. J'ai échoué. Je n'ai pas pu dormir. C'est normal, non ?

Parce que je ne peux pas dormir s'il ne dort pas lui-même. Et il ne dort pas.

J'avais peur de découvrir que j'avais le droit de tomber dans le sommeil quand je le souhaitais et sans que personne n'ait à me guider. J'avais peur de me réveiller en pensant que rien n'avait changé, que tout était comme avant, pour finalement me rendre compte que c'était terminé et que ça n'avait jamais été un cauchemar. J'avais peur de ressentir la douleur, encore, de me rendre compte que j'étais seul et que personne ne pouvait rien pour moi.

Et, par-dessus tout, j'avais peur de rêver.

Le ciel était clair, désormais. J'ai senti le train ralentir à l'approche d'une petite bourgade perdue dans la campagne. Il ne s'était arrêté que trois fois depuis que nous avions quitté le quai. Il avait roulé pendant des heures, parfois, sans interruption. J'ai cru qu'un contrôleur viendrait nous voir, nous demander ce qu'on faisait ici. Mais personne n'est venu.

Personne n'est entré dans notre wagon.

Le soleil était levé depuis deux bonnes heures quand la fille a ouvert les yeux. Elle m'a dévisagé pendant quelques secondes, comme si elle essayait de se souvenir de qui j'étais et de ce que je faisais là.

Puis elle m'a souri.

Qui était la dernière personne à m'avoir souri ?

« Bonjour, Vanitas. »

Sa voix était plus douce que la veille. J'ai marmonné un vague salut. Mes yeux commençaient à piquer. La fatigue.

« Tu as réussi à dormir ?

– Non. »

Son sourire est devenu triste.

« C'est difficile, hein ? Vivre par soi-même. Je n'ai pas dormi pendant des jours, après ma renaissance. »

Sa renaissance ? Je l'ai observée un long moment. Elle m'avait dit qu'elle était un simili. Si c'était vrai...

« Où est-il ? »

Elle m'a regardée sans comprendre.

« Qui ?

– Celui qui... »

Comment était-on censé les appeler ? L'Organisation les appelait nos maîtres, mais je ne pouvais pas me résoudre à le dire à voix haute.

« Celui dont tu es le simili. C'est lui qui t'a envoyé ici ? »

Une ombre a traversé son regard.

« D'une certaine façon, a-t-elle répondu, on peut dire que c'est lui. Mais ce n'est pas ce que tu penses. Je suis comme toi.

– Comme moi ? »

Lui aussi t'a abandonnée ?

« Peut-être pas tout à fait comme toi. Mais nous sommes des survivants. Nous sommes ceux qui restent.

– Alors il est mort ?

– Oui. »

Elle avait répondu sans émotions mais ses yeux la trahissaient. Elle a regardé au-dehors, silencieuse.

« Comment était-il ? »

Je n'avais pas prévu de demander ça, mais mes mots avaient dépassé ma pensée. J'ai cru qu'elle ne me répondrait pas. Quand elle s'est finalement tournée vers moi, la tristesse avait quitté son regard.

« Gentil, joyeux, un peu idiot sur les bords, mais je l'aimais comme ça. Il était un peu téméraire, mais loyal. Il s'appelait Sora.

– Ah. »

Je n'avais rien à ajouter. Elle semblait plongée dans ses souvenirs.

« Il faisait confiance à l'Organisation, a-t-elle soudain déclaré. Moi aussi. »

Soupir.

« Mais ce n'est pas ton cas. Peut-être est-ce ce qui nous différencie. Je ne sais pas. Tu sais, tu lui ressembles beaucoup. Physiquement, j'entends. »

J'ai haussé un sourcil. Pourquoi aurais-je ressemblé à quelqu'un qu'elle connaissait ? Mon apparence vient de nulle part. C'est le hasard. C'est tout.

« C'est étrange, a-t-elle continué. Je ne t'avais pas vraiment regardé, mais vous avez pratiquement le même visage. Il n'y a que la couleur de vos yeux et de vos cheveux qui change. Mais je me trompe. C'est toi qui lui ressemble, pas l'inverse.

– Pourquoi ?

– Sora avait déjà disparu lorsque tu es venu au monde.

– Ça fait un moment...

– Oui.

– Comment est-ce que je peux lui ressembler ? »

Elle a haussé les épaules.

« Je ne sais pas tout. J'étais en colère. Je n'ai pas vraiment fait attention. J'imagine... que je pensais à lui lorsque Ven a posé la main sur cet arbre. Ça doit avoir déteint sur toi.

– Tu étais là...

– Je te l'ai dit. C'est moi qui t'ai nommé. »

Elle...

La voix de Ven a résonné dans ma tête si soudainement que mon cœur s'est un instant arrêté de battre.

« Il y avait quelqu'un là-bas. Dans la crevasse. J'ai senti une présence. Pendant quelques secondes... J'ai cru que quelqu'un était avec nous. Je ne sais pas trop. »

Une réminiscence.

Mais il ne pouvait pas parler d'elle, si ? Elle ne pouvait pas être restée là-bas depuis si longtemps.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Elle a haussé les épaules.

« C'était stupide et irréfléchi. J'étais en colère contre l'Organisation. J'ai juste essayé de contrarier leurs plans.

– C'est toi qui a transformé la source. »

Ça sonnait comme une évidence. Elle a penché la tête vers la droite et m'a regardé droit dans les yeux. J'ai réalisé que c'était vrai.

Sous le choc, je n'ai rien su ajouter.

« Je ne l'avais pas vraiment planifié. Mais c'était stupide. J'ai fini par m'enfoncer dans les ténèbres. Je n'étais pas capable de m'en sortir seule.

– Mais tu t'en es sortie...

– Oui. »

J'ai dégluti.

« Et Ven... »

Ma voix s'est éteinte. Ven savait-il tout ça ? L'avait-il compris ?

Finalement, j'ai trouvé la solution.

C'était de ça qu'il parlait ?

Mais comment aurait-il pu savoir ? Comment était-il au courant ?

« Il savait ce qu'il avait à faire, et il a fait un choix.

– Il...

– Il a fait un choix. Il était déjà trop tard pour lui quand je m'en suis rendue compte. Il voulait soigner la source, éliminer la haine qui la détruisait à petit feu. Je sais ce que ça fait, Vanitas. Jamais je n'aurais pu infliger ça à quelqu'un d'autre. »

Elle a passé une main sur son visage.

« Je suis désolée pour ça. »

Pas autant que moi.

« Est-ce que... »

Le souffle me manquait. Je me suis éclairci la gorge pour reprendre contenance.

« Est-ce qu'il était au courant ?

– Au courant de quoi ?

– De ce qui allait se passer. Ce qui allait lui arriver. »

Elle m'a souri, et son sourire était le plus triste que j'avais jamais vu.

« Oui, il savait.

– Il ne m'a rien dit.

– Je suis désolée.

– Il...

– Il ne voulait pas te faire de peine. Il savait que tu resterais. S'il te plaît, essaye de ne pas lui en vouloir. Il ne pensait pas à mal. Il voulait simplement... arranger les choses. »

Arranger les choses.

J'ai regardé par la fenêtre.

Il n'avait rien arrangé du tout. Rien.

« Tu es libre grâce à lui. »

Oui, mais ça ne m'a avancé à rien. J'ai fermé les yeux en espérant qu'elle arrêterait de me parler. Mon souhait s'est réalisé.

Pendant plusieurs heures, elle n'a plus rien dit.

xxxxxx

L'air était doux, presque printanier, dans la ville où nous avions finalement atterri.

« N'attire pas l'attention. Reste calme, reste caché. »

Je ne lui répondais plus depuis un moment. Quelque chose tambourinait dans ma tête. Je ne faisais pas attention à ce que je voyais. Je ne savais pas où nous étions, et je m'en fichais. Je ne voulais plus rien savoir, jamais.

Je n'ai pas regardé les rues où elle m'a emmené, je n'ai pas retenu les visages de ceux que j'ai croisés – des centaines de visages, multiples, tous différents, pourtant tous pareils à mes yeux. Des visages humains, le visage de ceux qui ne savaient pas, qui ne connaissaient rien, contre lequel on m'avait mis en garde. Je m'en fichais. Je ne les regardais pas.

Mais l'air, la brise légère et fraîche et le soleil pâle qui réchauffait mes joues, j'étais capable de le sentir. L'air était doux, et il ne me blessait pas.

La fille s'est arrêtée quelque part et a lâché le poignet qu'elle tenait depuis qu'elle avait manqué de me perdre au coin d'une rue. L'endroit était peu fréquenté et relativement calme. Elle a regardé autour de nous, a attendu que les derniers passants aient disparu, puis s'est approchée d'une petite porte en métal peinte dans une couleur passée. Elle a étudié le verrou quelques instants.

« Je sais comment l'ouvrir » a-t-elle dit, mais je ne l'écoutais pas vraiment. Elle m'a secoué l'épaule.

« Tu dois surveiller les environs, le temps que je débloque tout ça. J'avais... Sora avait la clé, mais je l'ai perdue. »

J'ai vaguement hoché la tête. Elle s'est penchée sur le verrou et a joué avec la poignée et les mécanismes intérieurs. Tout semblait rouillé et abandonné.

Le regard vide, je gardais les yeux fixés sur le bout de la rue, sans savoir ce que j'aurais à faire si quelqu'un décidait de se montrer à ce moment-là. Je n'en ai pas eu l'occasion. Le mécanisme a cédé et la fille a poussé la porte avec un sourire.

Elle avait du mal à bouger mais était suffisamment ouverte pour qu'on puisse se faufiler à l'intérieur. J'aurais dû me poser des questions, être méfiant, demander comment elle connaissait cet endroit, comment elle savait que personne ne vivait à l'intérieur, si c'était suffisamment sûr, mais toute curiosité m'avait quitté et je me sentais aussi vide et transparent qu'un fantôme.

« Entre », a-t-elle dit.

Je suis entré, la fille sur mes talons. Une odeur de renfermé et de poussière m'a assailli et je n'ai pas pu m'empêcher de tousser. Devant nous, un escalier sale descendait vers les ténèbres. Les premières marches, seules visibles grâce à la lumière de la ruelle, semblaient humides et glissantes.

« Il doit y avoir un interrupteur quelque part. Regarde à côté de toi. »

Je n'y voyais pas grand chose. J'ai passé ma main sur le mur humide et glacé. Un frisson de dégoût m'a parcouru l'échine.

J'ai finalement touché quelque chose de lisse. J'ai soulevé l'interrupteur. Des lumières blanches et aveuglantes se sont allumées le long des murs jusqu'en bas des escaliers.

« Allons-y. Tu veux que je passe devant ? »

J'ai vaguement hoché la tête sans savoir si je répondais par oui ou par non. Elle m'a dépassé et a descendu les marches avec prudence jusqu'à atteindre une seconde porte, plus loin en bas.

« Fais attention, ça glisse. »

Il n'y avait pas de rampe et chaque pas était plus incertain que le précédent. J'ai finalement réussi à la rejoindre. Elle a hoché la tête, satisfaite.

« Je suppose que tu te demandes où nous sommes », a-t-elle déclaré.

À vrai dire, je m'en fichais.

« Nous sommes dans un poste de secours de l'Organisation. Ils en avaient installé tout un tas, ici. Tous plus ou moins secrets. Je n'en connais que trois. Celui-ci est abandonné. »

Elle a ouvert la deuxième porte, a allumé la lumière.

La pièce était assez petite, sale et semblait à l'abandon depuis des années. Personne n'avait dû y mettre les pieds depuis longtemps. Le sol et le mobilier vétuste et usé étaient recouverts d'une couche épaisse de poussière. Quelques moisissures se promenaient le long des murs et sur le coin d'une table en bois. Je n'avais jamais rien vu d'aussi sale et piteux.

La fille a poussé un soupir.

« Abandonné, c'est confirmé. Il va falloir qu'on remette ça en ordre si on ne veut pas finir asphyxiés. Ça promet. »

Elle a passé une main sur la table.

« Tout tombe en morceau... »

Elle s'est ensuite dirigée vers le vieux canapé, l'a observé quelques secondes pour ensuite appuyer sur les coussins en fronçant les sourcils.

« Ça a l'air d'aller. Mais ça ne m'étonnerait pas que quelques bestioles pas nettes y aient fait leur nid. »

Elle s'y est quand même assise, le plus au bord possible. Elle parcourait l'endroit des yeux, l'air nostalgique. Puis elle a porté son attention sur moi.

« Tu comptes rester là longtemps ? »

J'ai à peine réagi.

« Parle-moi, Vanitas. Si tu ne dis rien, tu finiras par devenir un zombie. Je sais que tu m'en veux, mais ce n'est pas le moment de te complaire dans le désespoir.

– D'accord.

– Bien. Tu veux t'asseoir ? Il y a des chaises pliables, là-bas, si tu préfères. Elles sont en métal, ça devrait aller. »

J'ai déplié une des chaises qu'elle m'avait indiquée d'une main et m'y suis assis, relativement loin d'elle. Il y a eu un long silence. Elle me regardait en fronçant de temps en temps les sourcils.

« Vanitas ? »

J'ai cligné des yeux. J'étais si fatigué.

« Je vais aller chercher de quoi rendre cette nuit moins éprouvante qu'elle ne promet déjà de l'être. Ça fait longtemps, mais je dois pouvoir me repérer. Ça ira pour toi ?

– Oui. »

J'entendais à peine ma voix éteinte. Elle s'est levée et a posé une main sur mon épaule.

« Je reviens bientôt. »

Reviens ou laisse-moi ici, c'est sans importance.

J'ai entendu la porte grincer et se refermer avec un bruit sourd. Et c'était le silence.

Enfin.

Je ne réfléchissais plus. Je ne pensais plus à rien. Mes yeux étaient posés sur le canapé que la fille avait quitté, mais je ne le voyais pas.

Je ne faisais rien à part écouter les battements de mon cœur à travers ma poitrine. Rapides, réguliers. Chaque pulsation me semblait étrangère.

Ce cœur ne m'appartient pas.

C'était un souffle à mon oreille, une intime conviction. Ce cœur n'est pas le mien. Celui que je possédais s'est perdu quelque part là-bas.

J'avais été désespéré, en colère et méfiant, des heures plus tôt. Mais désormais, maintenant que j'étais loin du centre et que j'avais tout le loisir d'écouter mes sentiments, je ne trouvais que du vide. Un vide profond et abyssal dans lequel mes questions coulaient sans trouver de réponse. Comment pouvais-je avoir des sentiments si personne n'était là pour les guider ?

Peut-être ne pourrais-je plus jamais en avoir.

C'était une pensée à la fois sinistre et agréable. Si j'étais définitivement libéré de ce cœur étranger, tout irait pour le mieux.

Ça cesserait peut-être de faire mal.

J'ai fermé les yeux pour écouter le silence.

xxxxxx

C'était étrange.

J'étais enfant. Je vivais dans une grande ville. Une ville qui ressemblait un peu à celle-ci. Elle me rappelait quelque chose. Je ne savais pas quoi.

J'étais dehors, avec d'autres enfants, et je jouais – je ne sais plus à quoi.

Tout le monde était là, autour, et tout le monde courait et riait. Riku, Kairi, Roxas, Xion, lui. Et quelqu'un d'autre. Une fille. Je ne la connaissais pas, mais je l'avais déjà vue. Elle était blonde et elle me regardait souvent. Elle jouait avec lui. Et elle me regardait.

On était dans les rues. Il n'y avait pas beaucoup de monde. J'avais froid. La fille ne me lâchait pas des yeux. Elle m'a tendu son manteau. Je ne l'ai pas pris.

Elle se fichait du froid.

On était là, tous les sept, et on parlait d'un garçon qu'il fallait absolument retrouver, et vite. C'était une question de vie ou de mort. Il avait disparu, depuis longtemps, et il fallait le ramener avant qu'ils ne le rattrapent, avant qu'ils ne le trouvent et ne l'emmènent au loin. Il s'était perdu dans les ruelles de la ville. Nous nous sommes séparés. Nous sommes partis chacun de notre côté, et je me suis retrouvé seul.

Mais je ne cherchais pas. J'étais fatigué. J'étais mal à l'aise. Je savais que ça n'avait aucun sens. Nous ne pouvions pas le retrouver. Ils le savaient tous. Et pourtant, ils étaient partis.

Il faisait froid. Il faisait extrêmement froid.

Le vent s'est levé.

Je me suis mis à marcher, puis à courir. Je savais très bien où aller. Je savais où il était. Nous le savions tous. Mais je devais le retrouver avant les autres. C'était très important. Je courais à travers les rues vides balayées par les vents hivernaux. Je courais mais au fond de moi, j'étais sûr que je ne le retrouverais pas.

Et puis je l'ai trouvé.

La fille était là, elle était à genoux, et ses épaules étaient secouées de sanglots. J'ai senti le malaise grandir encore, la peur s'emparer de moi. J'ai voulu avancer mais je ne pouvais pas. Il faisait trop froid. Trop froid.

Je crois qu'elle l'aimait beaucoup.

Il était allongé au sol. Je ne pouvais pas le voir. Et ensuite elle s'est relevée, et j'ai vu.

J'étais pétrifié.

Je lui ai dit que ce n'était pas lui. Qu'elle ne cherchait pas la bonne personne. Mais elle ne voulait pas me croire. Je lui ai dit qu'il était ailleurs. Elle était censée le savoir. On perdait du temps, mais elle refusait de m'écouter. Les autres sont arrivés, mais personne ne voulait comprendre que ce n'était pas la bonne personne. Ils se sont mis à pleurer. Ils n'écoutaient rien. Ils ne voulaient pas comprendre.

Alors je suis parti.

Quelqu'un manquait toujours à l'appel. Je suis parti le chercher moi-même, pour leur prouver que j'avais raison. Je l'ai trouvé plus loin. Il s'était caché dans une petite rue. Il m'a regardé.

« Vanitas. »

J'ai senti mon sang se glacer.

« Je t'attendais.

– Ils ne cherchaient pas la bonne personne. »

Il a souri.

J'aurais voulu mourir.

« Tu es le seul à courir après un fantôme.

– Non.

– Si. Va-t-en. Tu n'as rien à faire ici. »

Mais je n'avais pas terminé. Je n'avais pas terminé.

Je n'ai pas terminé.

xxxxxx

« Vanitas ? »

Une main me secouait l'épaule et j'ai ouvert les yeux.

« Qui...

– Naminé. Tu te souviens ? »

Ah. Oui.

« Naminé.

– C'est ça. Tu vas bien ? Tu as l'air... »

Elle n'a pas terminé sa phrase et a posé le dos de sa main sur mon front. Je me suis laissé faire. Je ne me sentais pas capable de faire quoi que ce soit.

Elle a laissé tomber sur la table deux gros rouleaux bleu ciel.

« Ce sont des tapis mousses, a-t-elle expliqué. Très inconfortable, mais ça suffira pour la nuit. J'ai réussi à trouver des couvertures, aussi. Et deux ou trois trucs à manger... c'est mieux que rien. »

Elle a déroulé les pseudo-matelas, a repoussé la table près du mur et les a installés au sol.

« Tu dormais », a-t-elle constaté en me regardant.

Je dormais ? Oui. Peut-être.

« Tu as de la chance. Ça veut dire que tu passes au-dessus de tout ça. C'est bien. »

Passer au-dessus de quoi ?

« Tu rêvais ?

– Oui.

– Tu rêvais souvent, avant ?

– Non. Jamais.

– Alors c'est bon signe.

– Je ne sais pas. »

Elle a souri. « Si, c'est bon signe. Crois-moi. Ça ira mieux. Bientôt, tu redeviendras toi-même. Ça ira mieux. »

Je n'en savais rien. Je ne voulais pas y réfléchir. J'ai simplement hoché la tête, comme si je comprenais, comme si j'en avais quelque chose à faire.

« Il est déjà tard. Il vaut mieux qu'on dorme dès maintenant. Nous avons beaucoup à faire, encore. Ça fait longtemps que je ne suis plus venue dans cette ville, et beaucoup de choses ont changé. Nous devons trouver d'autres postes de secours. »

J'ai acquiescé. Je n'ai même pas demandé pourquoi. D'accord, si elle voulait.

« J'espérais retrouver certaines personnes, mais ça prendra plus de temps que prévu », a-t-elle marmonné. Elle s'est assise sur un des matelas de fortune.

« Si seulement on pouvait aérer cet endroit. »

Je me suis couché sur l'autre matelas et ai étalé un plaid sur moi. La fatigue ne s'était pas estompée.

« Bonne nuit, Vanitas.

– Ouais. »

En un instant, j'avais replongé dans le sommeil.

xxxxxx

– Il a dû rêver, dit-elle. Il est à moitié fou. Tu sais qu'on ne peut pas lui faire confiance.

Son partenaire lança à la blonde un regard profondément irrité.

– Comment il aurait pu inventer un truc pareil ? Il s'en souvient à peine ! Il n'a pas pu s'en rappeler d'un coup et décider que c'était l'occasion rêvée d'inventer cette histoire à dormir debout.

– Pourquoi pas ?

– Parce que, c'est...

– Il l'a décrite comme une adolescente.

– Et alors ?

– Alors ce n'est plus une adolescente ! Je te dis qu'il a mal vu. Il a dû la confondre avec quelqu'un d'autre.

– Je ne sais pas. On devrait aller voir par nous-même.

– Parce que tu sais où est cette fille, peut-être ? Si tu la croises, qu'est-ce que tu vas lui dire ? Désolé, mademoiselle, mais un claudo a cru que vous étiez un ancien membre de notre organisation secrète ? C'est ridicule. On a encore plein de boulot, au cas où.

– On le finira à temps. C'est juste l'histoire d'une heure ou deux.

Elle renifla d'un air dédaigneux.

– Une heure ou deux à chasser du vent.

– Tant pis.

– T'es sérieux ? On va vraiment se faire chier à chercher ?

– Oui.

– Bordel.

– Je veux en avoir le cœur net.

La femme se laissa tomber sur une chaise.

– Très bien, comme tu voudras. Ce n'est pas comme si j'avais le choix, de toute façon.

– En effet.

– Arrête de te la péter.

Son partenaire lui offrit un sourire. Elle détourna le regard.

– Allons-nous en d'ici, reprit-elle. Tant qu'à perdre du temps, autant commencer tout de suite.

Elle quitta le poste de secours sans se préoccuper de savoir s'il la suivait ou non.


Merci pour vos reviews, je suis contente de voir qu'il y a encore des gens qui suivent cette histoire :3 Luv luv à vous tous.

Sur ce, je vais dormir. Bluuuh. Gros kiss.