Jour 21

Je ne peux même plus me lever. Je suis prise de vertige et tout le cachot commence à tourner autour de moi. Ça devient insupportable. J'ai des problèmes pour former des phrases. Même ma tête est sans dessus dessous. Je ne peux pas me concentrer. Il y a des millions d'images, de souvenirs, de pensées qui se mélangent dans ma tête.

"Ouch !" Je hurle tandis que le bracelet m'envoie à nouveau un courant électrique.

Les larmes commencent à se former dans mes yeux, ça devient vraiment de plus en plus douloureux.

Ou peut-être est-ce juste mon imagination?

"Granger."

Je me force à regarder dans la direction du Professeur Rogue, mais je ne peux pas le voir clairement.

Ma tête est si lourde, je n'ai qu'une envie, m'allonger sur le matelas, mais je sais que ce serait plus difficile. Quand je suis assise, c'est plus facile. Un peu.

"Q-Quoi ?" lui dis-je d'un ton cassant.

Je sais que je ne devrais pas parler ainsi à mon enseignant, mais je m'en fiche.

Je peux à peine le voir.

Il avance vers moi, puis s'agenouille devant moi, "Miss Granger, depuis combien de temps sommes-nous ici?"

Pourquoi me demande-t-il ça ?

Je commence à réfléchir.

Dix-neuf jours ? Non, vingt. Environ une vingtaine de jours. Non ?

oh bon sang, je ne peux même pas me souvenir depuis combien de temps nous sommes ici.

"Quelle importance ?" je demande en clignant des yeux plusieurs fois.

Il soupire, "Très bien, répondez à ma prochaine question."

"Quelle question?"

"128 moins 31...?"

Des chiffres. Génial.

Qu'essaye-t-il de faire?

128

moins

31

C'est facile.

Mais tandis que j'essaye d'obtenir la réponse, mon esprit explose de chiffres divers.

Je ne peux même pas... me concentrer. Je ne peux même pas...

"Arrêtez !" Je hausse la voix, "Arrêtez de me poser ces questions stupides !"

"Granger," dit-il d'une voix froide, "J'essaye simplement de -"

"Je me fiche de ce que vous essayez de faire."

Je cache mon visage dans mes mains, me forçant à me calmer.

"Granger."

Je lève lentement les yeux vers lui et je me fige, sous le choc.

Tandis que je le fixe, je remarque que son visage commence à changer.

A se transformer.

Est-ce qu'il... sourit ?

On dirait que ses lèvres sont recourbées et qu'il me sourit.

Une horreur pure commence à se former en moi.

"Vous allez bien ?" demande-t-il, mais en me souriant toujours.

"Qu'y a-t-il de si drôle ?" je demande, incapable de détourner les yeux.

Il me fait peur.

Il y a du mal dans ses yeux.

"De drôle ?" demande-t-il.

Je ne peux même plus parler.

Son visage change soudainement, à nouveau. Et il n'est plus le Professeur Rogue. Il est le garde. Le leader. Et il est devant moi, me fixant de son expression répugnante.

Je ne peux pas respirer.

"Eloignez-vous de moi !" Je hurle, en me levant et en courant de l'autre côté du cachot.

Ca ne peut pas arriver.

Il se tourne pour me faire face, et il est à nouveau le Professeur Rogue.

Que se passe-t-il ?

"Que faites-vous ?" je demande d'une voix tremblante.

"Je ne fais rien, Miss Granger," dit-il lentement en avançant vers moi.

"Restez où vous êtes !"

Il s'arrête.

"Ne-Ne vous approchez pas," j'ajoute en me laissant glisser contre le mur.

Je ne peux plus le supporter.

"Je crois que vous avez une crise de panique, ai-je raison ?" demande-t-il calmement.

Après un long moment, je hoche la tête, en clignant des yeux pour faire disparaître mes larmes.

Il continue, "Des hallucinations ?"

"P-Probablement... Je-Je ne sais pas."

Il commence à marcher dans le cachot, "Il est difficile de supporter deux jours sans sommeil. Surtout dans ces conditions..."

Il parle toujours, je peux l'entendre, mais ses paroles n'ont aucun sens. Je ne peux pas me concentrer suffisamment pour l'écouter.

C'est trop.

"... irritabilité, maux de tête..."

Pourquoi parle-t-il toujours ?

Il m'agace, sa voix m'agace ! Pourquoi ne la ferme-t-il pas ? Ce n'est pas comme si ces mots me faisaient du bien.

Je tremble et bouge de façon convulsive.

J'ai en fait envie de... frapper quelque chose. Ou quelqu'un.

"... arrêteront... encore un jour ou deux au moins..."

Fermez-la.

Fermez-la.

Je suis absolument furieuse contre lui.

Il a été inconscient. Il s'est reposé.

Et moi ?

"... vous ne réalisez pas que nous nous jouons de vous..."

Quoi ?

"Que... Que venez-vous de dire ?" je demande, les yeux écarquillés.

Il me regarde, confus.

"Que venez-vous de dire ?" je répète, plus fort.

"J'ai dit que vous ne réalisez pas que nous pouvons nous jouer d'eux."

Non.

Je secoue la tête, "N-Non, vous n'avez pas dit ça."

Il s'approche de moi en plissant les yeux, "Et qu'ai-je dit exactement ?"

Je reste silencieuse, le fixant simplement avec horreur. Ca ne peut pas être une erreur, je l'ai entendu, je sais que je l'ai entendu. C'était si clair.

Je peux toujours l'entendre dans ma tête.

'"...vous ne réalisez pas que nous nous jouons de vous..."'

"Miss Granger ?"

"Arrêtez de m'appeler comme ça !"

Il ne dit rien.

Je me lève lentement, "Vous vous jouez de moi, n'est-ce pas ?"

Il lève les yeux au ciel, "Encore ce sujet de conversation ? Ca commence à devenir fatiguant."

"Vous êtes l'un d'entre eux et vous... vous vous jouez tous de moi, vous jouez avec mon esprit !"

"Vous dites n'importe quoi. Encore une fois."

"Arrêtez de me mentir !" Je hurle, avant que mes jambes ne me trahissent, mais avant que je ne tombe douloureusement au sol, le Professeur Rogue me rattrape, ses mains posées sur ma taille.

Je me débats, "Lâchez-moi !"

"Asseyez-vous et fermez-la," ordonne-t-il en m'aidant à m'asseoir sur la chaise.

Je m'assieds, "Ne me dîtes pas quoi faire !"

"Je vous dirai exactement quoi faire jusqu'à ce que vos arrêtiez de vous comportez comme une idiote."

"Je vous ai entendu tout à l'heure !"

Il inspire profondément pour se calmer, "Et qu'avez-vous entendu exactement ?"

"Je vous ai entendu dire 'vous ne réalisez pas que nous nous jouons de vous'. Je vous ai entendu."

"Pourquoi dirais-je cela ?"

"Je ne sais pas !" Je crie en faisant courir mes mains dans mes cheveux.

Je perds l'esprit.

"Vous devez vous calmer," dit-il.

"C'est facile à dire pour vous."

"Granger, si quelqu'un joue avec vous, c'est votre propre esprit."

"J'ai besoin de dormir... Je..."

Le Professeur Rogue me regarde durement et on dirait qu'il lutte contre les mots, "Il y a... un moyen."

"Oui, je sais. L'inconscience. Mais ils ont placé un sortilège anti-suicide sur le cachot et- et ça signifie que je- je ne peux pas me faire de mal."

"Oui, c'est vrai. Vous ne pouvez probablement pas vous faire de mal."

Oh.

Nos yeux se croisent et maintenant je comprends pourquoi il est si gêné. Il sait ce qui pourrait m'aider, mais il n'est pas capable de le dire à haute voix.

Je me lève immédiatement, "Faites-le !"

"Je pense que nous devrions d'abord en parler."

"N-Non, je ne peux pas... qu'y a-t-il à dire ?" Je secoue la tête, "S'il vous plaît."

Il reste silencieux pendant un long moment, mais je sais qu'il va le faire. Il a juste besoin de temps.

"Je le fais uniquement parce que je sais que vous avez désespérément besoin de sommeil," dit-il comme s'il essayait de s'excuser.

"Je sais, Professeur. Je- Ca ne me gêne pas, s'il vous plaît."

Il se racle la gorge puis s'approche de moi.

Il est nerveux.

"Alors... comment allons-nous faire ?" je demande, impatiente à l'idée de dormir enfin.

Je ferais presque tout.

"J'ai envisagé de nombreuses options et je pense que j'ai trouvé celle qui vous causerait le moins de dommages," explique-t-il.

"Et ?"

J'essaye d'ignorer l'expression de haine sur son visage, de haine envers lui-même. Je sais que je lui en demande trop à nouveau, mais il est le seul à pouvoir m'aider maintenant.

"Un coup sur la tête serait efficace et rapide, mais je ne voudrais pas risquer une blessure à la tête."

Je hausse les épaules, "Et si ça ne marchait pas... du premier coup ?"

L'image du Professeur Rogue me frappant encore et encore sur la tête est horrifiante.

Il se tend, "Ca marcherait, croyez-moi. Mais nous n'allons pas utiliser cette technique."

Je ne sais pas ce que je ressens. Le fait que le Professeur Rogue soit capable d'assommer quelqu'un d'un seul coup est... intéressant et horrible en même temps. Je ne veux pas savoir comment il a acquis cette compétence.

Il reprend enfin la parole, "Je pense... que vous couper l'oxygène serait tout simplement le moyen le plus sûr. C'est, cependant, douloureux, et cela prend du temps."

J'essaye d'absorber cette information, mais tout est si compliqué.

"Et... qu'en est-il des dommages causés au cerveau ?" je demande, en me forçant à me concentrer.

"Il n'est nul besoin de s'en inquiéter," répond-il simplement.

Une fois encore, je suis surprise et terrifiée en même temps. Mais je ne pose pas de questions.

Je hoche rapidement la tête, "D'accord. Faites-le."

Je suis désespérée. Je pourrais le faire moi-même si je le pouvais.

Puis quelque chose retient mon attention, "Et si les gardes entraient pendant que je... dors ?"

"Nous y penserons le moment venu," répond-il, "Pour le moment je suis plus inquiet pour votre santé mentale."

D'accord.

Sans un mot, il se déplace pour venir se tenir derrière moi et mon réflexe est de m'éloigner rapidement, mais je me force à rester. Il lui faut quelques secondes avant de se rapprocher pour que je puisse sentir son corps contre mon dos.

Je commence à paniquer. On dirait que je commence déjà à avoir du mal à respirer.

"Si vous changez d'avis... si vous décidez que vous voulez que j'arrête, tendez simplement vos mains devant vous. Je comprendrai que ça signifie que vous souhaitez arrêter," explique-t-il d'un ton froid.

"P-Pourquoi ne pas simplement saisir votre bras ?"

"Parce que vous le ferez de toute façon."

Je suis terrifiée.

Il bouge lentement, son bras droit s'enroulant autour de mon cou, tandis que l'autre se déplace pour reposer sur ma taille. On dirait que je suis retenue par un serpent.

C'est gênant. Nous n'avons jamais fait ça, du moins pas dans cette position.

"Prête ?" demande-t-il derrière moi.

Je hoche la tête, "O-Oui."

Il resserre sa prise et au début ce n'est pas si mal.

Je peux respirer.

C'est plus difficile, mais je peux le faire.

Puis sa prise se resserre encore et je peux sentir ma gorge se serrer.

Je suis calme.

Puis les secondes s'écoulent.

Je commence à paniquer.

Je ne peux pas respirer.

J'ouvre désespérément la bouche, essayant de reprendre mon souffle, mais c'est inutile.

On dirait que ma tête est sur le point d'exploser.

Mes poumons me font mal, ils réclament de l'oxygène.

Un cri m'échappe et je ne peux m'empêcher de lutter.

Mon corps bouge de lui-même, saisissant les robes du Professeur Rogue, son bras.

J'essaye de m'échapper.

Mais il ne me relâche pas.

Je veux qu'il arrête, mais en même temps je ne le veux pas.

Ma vision commence à s'assombrir.

Je ne peux plus sentir mes jambes. Je serais tombée au sol, s'il ne me tenait pas.

Mes poumons hurlent de douleur.

C'est une telle agonie.

Mes yeux vont sortir de leurs orbites. J'en suis sûre.

Ca fait mal.

Ca fait tellement mal.

Et puis plus rien.

ooo

Je ne peux même pas bouger.

Mon corps est épuisé.

Tout est sombre autour de moi.

Lentement, je commence à me réveiller.

Mais je ne peux pas bouger. Mes bras sont si lourds.

Je parviens tout de même à ouvrir les yeux.

"Miss Granger ?"

Quelqu'un est agenouillé à côté de moi.

Je marmonne quelque chose, bien que je ne sache pas ce que j'essaye de dire.

Je rassemble enfin suffisamment de force pour bouger mon corps.

"Comment vous sentez-vous ?" demande-t-il.

"Ass... Asseoir."

Il comprend et m'aide immédiatement, me relevant tandis que je m'appuie contre le mur en poussant un profond soupir.

Je pensais que je me sentirais mieux. Plus reposée.

"Comment vous sentez-vous?" répète-t-il.

Je hoche la tête, "Comme si j'étais tombée dans un trou sans fin."

"A quoi vous attendiez-vous ?"

Silence.

Je me racle la gorge, "Je vais bien... je vais mieux qu'avant, au moins."

"Vous êtes restée endormie pendant plusieurs heures."

"Et personne n'est venu ?"

Il secoue la tête, "Non."

"On a eu de la chance."

"Prenez votre temps," dit-il avant de se diriger vers sa chaise.

Il n'échappe pas à mon attention qu'il me regarde à peine et qu'il semblerait qu'il ne veuille pas être proche de moi.

Je ferme les yeux et essaye de me ressaisir.

ooo

"Merci."

Il me regarde, puis détourne à nouveau le regard.

Je continue, "Je sais qu'il a dû être difficile de..."

"D'étouffer mon étudiante?" m'interrompt-il, "Eh bien, j'ai fait de nombreuses choses dont j'ai honte et celle-ci ne change rien."

"Ce n'est pas une chose dont vous devriez avoir honte. Vous m'avez aidée."

"Vous ne comprenez pas."

"Non," Je secoue la tête, "Vous ne comprenez pas. Vous m'avez aidée."

Sa mâchoire se serre, mais il ne dit rien. Je peux voir qu'il ne souhaite pas en parler. C'est une chose qu'il veut oublier.

Il peut oublier.

Mais je n'oublierai pas.

Il a fait quelque chose qui le gênait simplement pour m'aider.

Je ne l'oublierai pas.

ooo

Je me surprends à penser à des choses étranges.

Par exemple, les mains du Professeur Rogue.

Et ses lèvres.

Il semblerait que je ne puisse pas oublier la façon dont il m'a embrassée hier.

J'avais le souffle coupé. Littéralement.

C'était si possessif.

Et cela même si ce n'était qu'une comédie.

Je n'avais jamais ressenti une telle chose.

Qu'était-ce?

"Quoi que vous soyez en train de penser, laissez tomber, Granger."

Il m'a brusquement sortie de mes pensées.

"Q-Quoi?" je demande en me forçant à aborder un visage innocent.

"Je peux le voir," répond-il, "Quoi que vous soyez en train de penser, c'est mal."

"Vous avez... lu dans mon esprit?"

"Vous voulez vraiment connaître la réponse?"

Ai-je envie de savoir s'il sait que je rejoue la souvenir du baiser qu'il m'a donné?

Non.

Je n'en n'ai pas envie.

Je secoue rapidement la tête.

"Vous êtes confuse, c'est parfaitement compréhensible," explique-t-il calmement, "Mais... arrêtez."

Je détourne les yeux, un peu honteuse.

Qu'est-ce qui m'a prise?

Est-il vraiment possible que je redevienne normale?

ooo

Un garde entre et fait apparaître deux morceaux et pain et deux verres d'eau.

Je regarde la nourriture et m'humecte inconsciemment les lèvres.

J'ai tellement faim.

Cela semble incroyable que je n'ai presque mangé que cela ces vingt derniers jours.

"Mangez," dit le garde, "Et je suis aussi ici pour vous informer que vous recevrez bientôt une visite spéciale."

"Quelle visite ?" je demande avant d'avoir pu m'en empêcher.

Il me jette simplement un regard noir avant de quitter le cachot.

Le Professeur Rogue et moi échangeons un regard, mais aucun de nous ne dit quoi que ce soit.

ooo

Une heure passe en silence.

Finalement, je ne peux plus le supporter.

"A votre avis, de qui parlait-il ?" je demande, "Qui vont-ils amener ?"

Il soupire, "Combien de fois vais-je devoir vous dire que je ne peux pas prédire l'avenir ?"

"Mais... vous avez des suppositions ?"

"Rien que je partagerai avec vous."

Ma bouche se referme.

Au moins dix minutes s'écoulent.

Puis je reprends la parole, "Pourquoi faites-vous ça ?"

Il pousse un soupir fatigué, "Faire quoi ?"

"Pourquoi ne voulez-vous pas me parler ? Nous sommes ici depuis trop longtemps, j'ai besoin de parler, j'ai besoin de quelque chose pour m'occuper."

Il hausse un sourcil, "Je crois que vous êtes parfaitement capable de vous occuper toute seule."

"Qu'est-ce que ça signifie?"

"Je peux vous suggérer quelques chansons, si vous voulez."

Mes yeux s'écarquillent, "Q-Quoi ?"

"Ne jouez pas les ignorantes. Je vous ai entendue hier. Je ne suis pas sourd."

Oh bon sang.

Je rougis et détourne le regard, "Je-Je pensais que vous dormiez."

"Je l'étais, jusqu'à ce que je vous entende."

"Eh bien, je suis désolée d'avoir troublé votre sommeil."

Je veux juste qu'on arrête d'en parler.

Personne ne m'a jamais entendue chanter. C'est une chose que je fais en privé.

Il plisse les yeux, "Nous avons vécu beaucoup de moments humiliants, et vous avez honte d'avoir été entendue en train de chanter ?"

Je me racle la gorge d'un air gêné, "... Laissons tomber."

Silence.

"J'ai plutôt aimé votre choix de chanson," dit-il après un moment.

Mes yeux se tournent brusquement vers lui, "Vous avez déjà entendu cette chanson ?"

Il répond en levant les yeux au ciel, "Je suis familier avec la plupart des choses Moldues."

Je hoche la tête, "B-Bien."

C'est toujours étrange. J'avais toujours pensé que le Professeur Rogue ne savait absolument pas que les chansons existent.

Je repousse cette pensée.

Avec un peu de chance, il oubliera qu'il m'a entendue chanter.

ooo

Nous n'avons pas à attendre longtemps.

La porte s'ouvre.

Et ce garde entre, le leader.

Une autre garde suit.

Je retiens mon souffle en attendant la troisième personne, mais il n'y a personne.

Étrange.

Pourquoi n'ont-ils pas fermé la porte ?

"Pardonnez-moi," dit le leader, "Mais vous avez une tête affreuse."

Je ne dis rien.

Au moins, je suis plus intelligente qu'au début. Maintenant je sais reconnaître les moments où il ne serait pas intelligent de parler.

Le garde continue, "Je pense qu'on devrait arrêter cette torture. On ne veut pas que vous mourriez, pas encore, du moins."

Mon visage s'illumine d'espoir et de soulagement.

"Demain nous discuterons de la façon dont vous pouvez me remercier," dit-il avec un sourire, "Mais pour aujourd'hui, j'ai une surprise pour vous."

Il regarde l'autre garde et hoche la tête.

L'homme obéit et avance vers moi, me saisissant la main et retirant le bracelet de métal. Il fait la même chose avec le Professeur Rogue, puis retourne se tenir près du leader.

Je regarde mon poignet et sourit presque de soulagement.

Il n'est plus là.

Je n'ai plus à avoir peur d'être électrocutée chaque fois que je ferme les yeux.

C'est fini.

Mais je n'ai pas le temps d'en profiter.

"J'ai quelque chose qui pourrait vous convaincre de rejoindre notre camps," dit le leader.

Je me fiche de ce qu'il a.

Rien ne pourrait jamais me convaincre.

Rien.

Le garde se tourne pour regarder la porte, "Tu peux entrer maintenant."

Je suis en fait très calme.

J'ai vécu pire.

Puis quelqu'un entre dans le cachot.

Quoi ?

Non.

Ca ne peut pas être vrai.

C'est impossible.

C'est le Professeur Lupin.

Et je ne peux même pas réfléchir.

Quoi...?

Clignant des yeux plusieurs fois, j'essaye de me convaincre que ce n'est que mon imagination.

Ce doit être mon imagination.

C'est à cause du manque de sommeil.

"Eh bien," résonne la voix du Professeur Rogue dans le silence, "Je ne peux pas dire que c'est une surprise."

Ca ne peut pas se produire.

Si le Professeur Rogue peut le voir, alors ce n'est pas mon imagination.

Je crois que je vais vomir.

"Hermione," dit le Professeur Lupin, "Je comprends que ce soit un grand choc pour toi. Mais tout n'est pas aussi noir ou blanc que tu le penses."

"Garde ta philosophie de la vie pour toi, Lupin," dit froidement Rogue.

Je-Je ne peux même pas le regarder. Je suis surprise de pouvoir encore tenir debout.

"Hermione, regarde-moi. Je suis toujours cet enseignant, je vois simplement les choses différemment maintenant."

"Comment... avez-vous pu ?" dis-je finalement en retrouvant la parole.

"Je n'ai pas eu le choix et vous ne l'avez pas non plus."

"V-Vous n'avez pas eu le choix ?" je répète, "Il y a toujours un choix."

"La mort n'est pas un choix."

"La mort vaut mieux que la trahison !" je lui hurle, "Comment avez-vous pu ?"

Le garde avance d'un pas, "Il a pris la bonne décision. Vous devriez suivre son exemple."

"Jamais," répond calmement le Professeur Rogue, et je peux sentir le venin dans sa voix.

"C-Comment ?" je parviens à demander, avant de secouer la tête, "Ce n'est pas vrai. Je dois être en train de rêver..."

Lupin soupire, "Tout n'est pas aussi mal que tu le penses. Tu peux passer un accord avec eux."

Un rire m'échappe, "Quel accord ?"

"Si tu rejoins leur camp, ils épargneront la vie des personnes que tu aimes."

Je le regarde, "Leur camp ? Vous ne vouliez pas dire 'notre' camp ?"

"Hermione," commence-t-il, "Tu vas mourir ici. Et je ne veux pas voir ça, tu es la sorcière la plus brillante de ta génération. Ce serait un tel gâchis."

Je veux pleurer.

On dirait que tout s'effondre.

Tout ce en quoi je croyais a disparu.

Je regarde désespérément le Professeur Rogue, recherchant une sorte de réconfort, n'importe quoi. Il est tout ce que j'ai.

Le Professeur Rogue hoche la tête, puis croise le regard de Lupin, "Le seul gâchis ici c'est toi. Tu n'es qu'une perte d'espace. Une perte de temps."

"Personne ne te parle, Servilus."

"J'ai toujours su que tu n'étais rien de plus qu'un animal."

"Oh, regarde qui dit ça -"

"Salaud."

"Ca suffit," interrompt le garde, "Nous sommes ici pour parler de manière civilisée."

Je rassemble enfin le courage de regarder le Professeur Lupin dans les yeux, "Je ne veux pas vous écouter. Je ne veux pas vous voir. Je n'ai rien à vous dire."

"Mais, Hermione, tu dois m'écouter. Si tu écoutais ce qu'ils ont à offrir -"

Je le coupe, "Quoi ? Vous allez m'offrir du chocolat ? Vous pouvez le garder. Je ne veux rien venant de vous."

Sur ces mots, je me détourne.

"Hermione - "

Le Professeur Rogue dit brusquement, "Tu ne l'as pas entendue ? Tu perds ton temps, traître."

Lupin n'ajoute rien.

Je peux entendre quelqu'un sortir du cachot et j'espère que c'est lui.

Ca fait mal de le regarder.

Je lui faisais confiance.

Il était la personne en qui j'avais entièrement confiance.

Bien plus que je n'avais confiance en le Professeur Rogue.

Comment cela a-t-il pu arriver ?

"Eh bien, c'était ta chance," dit le garde, "Je dois admettre que je pensais que tu étais plus intelligente. Je suppose que non. Je reviendrai demain. Soyez prêts."

Puis ils partent tous.

Le silence est si complet.

ooo

Je crois que nous sommes tous les deux choqués.

Le Professeur Rogue ne veut peut-être pas l'admettre, mais je sais que ça l'a surpris. Peu importe combien il éprouve de l'aversion pour Lupin, c'est la dernière chose qu'il attendait venant de lui

Je ne parle pas.

Lui non plus.

Je reviens de la visite aux toilettes.

Quelques minutes plus tard, il revient également.

Et nous ne parlons toujours pas.

Qu'y a-t-il à dire ?

ooo

Il commence à faire sombre.

"Professeur," je commence.

"Oui ?"

"Et si... Et si ce n'était pas lui?"

J'espère, j'espère sincèrement, que c'est le cas.

"C'est possible," répond-il simplement.

"Mais... qu'en pensez-vous ?"

Il lui faut une longue minute pour répondre, "Il ressemblait à Lupin. Il avait la voix de Lupin."

"Je sais," j'admets, "Je n'ai rien remarqué d'étrange chez lui. Enfin, excepté le fait qu'il..."

"Soit un Mangemort."

On dirait que quelqu'un vient de me poignarder.

Lupin travaille avec les Mangemorts.

Cela semble surréaliste.

Même dans ma tête.

"Je ne lui ai jamais fait confiance," continue-t-il, "Mais personne ne m'a jamais écouté."

"N-Nous ne pouvons pas éliminer la possibilité que ce pourrait être quelqu'un d'autre prétendant être le Professeur Lupin ?"

"Vous parlez du Polynectar ?"

Je hoche la tête.

"C'est possible, mais ce pourrait également être Lupin," dit-il.

Ma voix tremble, "En qui pouvons-nous avoir confiance ?"

"Vous ne pouvez faire confiance qu'à vous-même, Miss Granger."

"Pas même à vous ?"

"Pas même à moi."

Je me tends.

Que veut-il dire par là ?

"Si vous voulez survivre, ne faites confiance qu'à vous-même," ajoute-t-il, la voix un peu sombre.

Silence.

Mais je veux lui faire confiance.

Je lui fais confiance.

Enfin, je rassemble suffisamment de courage pour dire quelque chose d'horrible, "Ils ne nous trouverons jamais, n'est-ce pas ? L'Ordre ?"

Je ne veux pas entendre la réponse.

"Miss Granger... Ne faites confiance à personne et ne perdez jamais espoir."

Mais et si je l'avais déjà perdu ?

Il s'est passé tant de choses.

Je ne crois plus aux fins heureuses.

Quelle ironie.

Nous sommes enfin autorisés à dormir, mais aucun de nous ne dort.

Ou ne prévoit de dormir bientôt.