Bonjour mes petits scarabées bleus ! Ravie de vous retrouver sur ce nouveau chapitre, dans lequel il ne se passe pas grand-chose et qui ne répond à aucune de vos questions :D Voila. Parce que je peux vous torturer de bien des manières xD Faire souffrir ses personnages, c'est bien. Faire souffrir ses lecteurs, c'est mieux *Membre du Club des Auteurs Sadiques et fière de l'être, qui ne vous laissera jamais atteindre l'ataraxie* ! :D

RaR des Anonymes :

Tsuki sur le chapitre 19 : Je te confirme, si tu les enfermes dans une pièce, ils s'entretueront et/ou mourront avant de communiquer... Y'a des moyens nettement meilleurs pour parvenir à ses fins :D Mary ne mérite absolument pas ça, non. J'aime Mary, et John est un connard dans cette fic, faut le savoir ! (Et je ne dirais rien parce que voilà je me tais ou je spoile mes intrigues) Merci pour la review ! :)

Morganne-bzh : Mais siiiiii, je mérite des reviews, je suis un ange voyons :3 Et non, je vais pas les épargner, c'est pas drôle. Mais ce chapitre là est gentillet, promis :D Merci de faire des efforts pour supporter mon sadisme et laisser des reviews xD

Werc : Bienvenue sur mes histoires, je suis ravie de rencontrer une nouvelle lectrice ! Je te remercie infiniment pour ta review et tes merveilleux compliments, cela me touche énormément de savoir que mes petits bêtises griffonnées dans mon coin plaisent autant ! Merci du fond du coeur ! (Lis Crabe; si t'as envie. Tu pleureras sans doute au milieu, mais pas (trop) à la fin, je presque promets ! ;p)

Guest : Je suis ravie de le savoir, j'espère que la suite ne te decevra pas :) Merci pour la review !

Bonne lecture !


CHAPITRE 21

Sherlock avait répondu. Le cœur de John battait beaucoup trop fort pour que cela soit innocent. Il avait attendu trois jours, le temps que son courrier soit délivré chez Sherlock. Encore trois jours pour qu'il réponde. Et trois jours pour la réponse lui parvienne. Dix jours plus tard, il avait donc commencé à prendre son courrier frénétiquement dans l'attente d'un retour.

Les premiers jours de vide avaient été d'une cruelle déception. John ne regardait pas souvent sa boîte aux lettres, puisqu'il ne recevait que très peu de courrier. Il n'avait presque pas de factures, pas d'amis connaissant son adresse sur le campus, et l'armée lui envoyait épisodiquement des lettres d'information, mais cela restait rare. Sa boîte était donc plus souvent encombrée de publicités qu'autre choses, et il ne la relevait que pour la vider. En plus, n'ayant pas d'appartement à proprement parler mais une chambre estudiantine dans un bâtiment désaffecté (d'ailleurs, ils avaient commencé des travaux au rez-de-chaussée pour le réaménager), sa boîte était donc située dans le hall, bien alignées avec toutes les autres, s'il y avait eu des locataires. Ouvrir cette boîte perdue au milieu de toutes les autres avait quelque chose de déprimant, justifiant qu'il ne le faisait que très peu.

Mais il attendait une réponse de Sherlock. Une réponse qui n'était jamais venue. Dix jours après l'avoir envoyée, John avait perdu espoir. Ce n'était pas dans les habitudes du jeune étudiant, et John interprétait cela comme un refus.

D'autant que Sherlock continuait de venir en cours comme d'habitude. Il était là tous les matins, lundi et jeudi, l'air un peu hagard, mais présent quand même.

Dire que John ne s'était pas inquiété pour son étudiant durant cette période aurait été un mensonge. Sherlock était là, oui, mais il paraissait néanmoins sonné, distant, perdu dans sa tête. Il distribuait les sujets d'examen de John, alors même que celui-ci avait racheté une canne et qu'il aurait pu essayer de s'en débrouiller, mais il semblait le faire par pure habitude et sans réelle conscience de ce qui se produisait. L'enseignant, une fois qu'il eut compris que son élève était perdu dans sa tête, encore plus que d'habitude, n'avait pas hésité à risquer des fréquents coups d'œil dans sa direction. Lui qui s'était interdit de seulement penser à le regarder durant ses cours, là où c'était le plus sécurisé (quatre cents élèves face à lui, même s'il paraissait un peu trop regarder au même endroit, il ne craignait pas qu'on le découvre) n'arrivait désormais plus à détacher son regard de l'étudiant durant tous ses cours. Il y revenait toutes les cinq minutes, l'inquiétude profondément logée au fond de ses entrailles, pour constater que Sherlock ne le regardait pas, bougeait à peine, semblait agir en tant que robot. Mille fois, il eut envie de tout envoyer valser et d'aller lui parler, l'obliger à réagir, à faire quelque chose.

Mille fois il se retint, le cœur au bord des lèvres, ravalant la bile qui lui brûlait la gorge à l'idée d'être rejeté par un tel génie.

Car c'était bien la seule possibilité. Sherlock ne le regardait pas. Sherlock ne lui parlait pas. Sherlock ne lui souhaitait pas une bonne journée. Sherlock n'agrémentait plus ses copies de commentaires. Sherlock ne répondait pas à ses courriers. Le message n'aurait pas pu être plus clair.


Quinze jours après l'envoi de sa lettre, John n'attendait plus rien. On était vendredi, le mois de mars débutait, et il avait prévu d'emmener Mary sortir dîner, aujourd'hui. Du moins quand il en aurait fini avec le cadavre que Molly avait gracieusement prêté pour qu'il s'entraîne à quelques techniques de chirurgie, dans le cadre de la fin de sa formation.

– Tu vas bien, John ?

Le concerné mit quelques secondes de trop pour réaliser que la question, pourtant claire, s'adressait à lui. Molly avait rangé son dernier cadavre en date, une fillette de cinq ans, d'origine africaine, dont l'excision mal faite avait conduit à une infection mortelle. Les parents avaient abandonné l'enfant qui ne regarderait plus jamais le monde sur les marches d'une église dans un dernier relent de chrétienté, et étaient depuis lors activement recherchés par la police. John avait depuis longtemps préféré détourner les yeux du travail de sa collègue pour se concentrer sur son propre patient. Bon, le sien aussi était mort, et John ne risquait pas grand-chose à l'inciser, ou à essayer de lui diagnostiquer une quelconque maladie, mais l'entraînement des gestes simples de chirurgie générale était absolument nécessaire. Il était complètement rouillé. Et suffisamment immergé dans son travail pour ne pas entendre ce que lui disait la jeune femme.

– Pardon ?

– Je te demandais si tu allais bien, répéta Molly.

– Parfaitement, oui, merci.

Elle soupira, levant les yeux au ciel.

– Ce n'est pas ce que dit Mary.

Le sourire avenant (et légèrement factice, il fallait le reconnaître) de John se fana et il se renfrogna légèrement. Il avait oublié à quel point les deux femmes étaient amies, bien avant qu'il ne débarque dans leurs vies. John sortait avec Mary, travaillant souvent avec Molly, s'entendait très bien avec Mike, parlait rugby avec Greg, au point qu'il en oubliait parfois que à peine six mois plus tôt, il ne les connaissait ni d'Eve ni d'Adam. Mais qu'eux se connaissaient depuis bien plus longtemps que ça.

– Pourquoi Mary te demande de me parler, au juste ? Elle ne peut pas le faire elle-même ? grommela-t-il.

– Ne sois pas injuste. Mary ne m'a pas demandé de te parler. Et lâche la veine aorte de ce pauvre monsieur Riggs, ou tu vas le faire mourir une deuxième fois.

Surpris, John relâcha la pression qu'il exerçait inconsciemment sur l'organe du vieil homme décédé, et referma sommairement le corps, sans refaire les sutures (il devait encore s'entraîner demain, Molly l'ayant assuré que la famille ne viendrait pas chercher le corps avant lundi), avant de le ranger dans son tiroir correspondant.

Molly, dans un air de grâce négligé, s'était assise sur l'une des deux tables d'autopsie de la pièce, ses jambes pendant doucement en l'air, son teint clair rehaussé par la lumière crue et blanche de la pièce, ses longs cheveux bruns en queue de cheval battant l'air dans son dos.

Conscient qu'il n'échapperait pas à la discussion, John ôta ses gants, jeta le matériel sale à usage unique, et plaça ses instruments dans le bac de lavage pour les refaire stériliser. Puis s'appuya contre la deuxième table d'autopsie et regarda Molly.

– Je t'écoute, décréta-t-il.

– Je n'ai rien de particulier à te dire, John. Pourquoi es-tu, après six mois passés avec nous, toujours aussi méfiant et sur la défensive ?

Il serra les dents, encaissa le coup en silence.

– Je suppose que c'est dans ma nature.

– C'est ce que la vie a fait de toi, entre la guerre et ton enfance, corrigea Molly.

John haussa les épaules. Elle n'avait sans doute pas tort, mais il n'avait pas l'intention de le reconnaître.

– Tout ce que je veux dire, reprit Molly, bien décidée à ne pas lâcher l'affaire, c'est que Mary est inquiète à propos de votre relation. Et avant que tu ne dises quoi que ce soit...

John referma la bouche qu'il avait ouverte pour objecter.

– ... Elle ne m'envoie pas te parler. Pas du tout. Je le fais de ma propre initiative, parce que j'aime Mary comme ma sœur, mais je t'aime aussi beaucoup, et je ne veux pas que vous soyez malheureux. Ni l'un ni l'autre. Contrairement à ce que tu sembles penser, je ne prendrais pas nécessairement parti pour Mary si vous veniez à vous séparer. J'apprécierais continuer à travailler avec toi et partager ton amitié.

Le regard sincère de la jeune femme choqua John. Il n'avait pas pensé un jour que quelqu'un l'apprécierait autant. Qu'il aurait de tels amis.

– Mike t'adore aussi, mais ce n'est pas dans sa nature de dire les choses... Et Greg râle quand tu n'es pas là, parce qu'il n'a personne avec qui s'entretenir du tournoi des six nations ! Tu n'es plus tout seul ! Et tu n'es plus non plus sur un champ de bataille à lutter pour ta survie. Alors je veux juste te dire que je n'ai pas l'impression que tu ailles très bien ces derniers temps. Impression renforcée par le fait que Mary s'inquiète pour votre relation. Je te demande donc juste si tu vas bien, pour te rappeler que tu as des amis sur qui compter. Si tu le souhaites.

John avait bien fait de s'appuyer sur la table d'autopsie, parce qu'il aurait probablement chancelé s'il n'avait pas eu un support. Les mots de Molly lui mettaient les larmes aux yeux, et pas seulement parce que la chaleur d'une amitié était quelque chose qu'il avait perdue depuis trop longtemps et qu'il la redécouvrait ; mais surtout parce qu'il culpabilisait de se taire. Il allait mal parce qu'un stupide étudiant aux yeux beaucoup trop bleus et à l'intelligence bien trop développée ne répondait pas à sa lettre, parce qu'il avait couché trois fois avec lui et parce qu'il lui manquait horriblement.

Il ne pouvait décemment pas dire ça à Molly. Même s'il n'avait pas trompé Mary, ce dont elle l'agonirait à coup sûr, il était sûr qu'elle lui reprocherait son aventure avec un étudiant, et elle aurait raison.

– Pourquoi Mary s'inquiète de notre relation ? demanda-t-il à la place.

Molly rougit et détourna le regard.

– Elle a la sensation de ne pas... te satisfaire. Physiquement. Je ne devrais pas te dire ça. Vous devriez en parler entre vous.

– Elle a tort.

Molly soupira.

– Ça ne me regarde pas. Je pense que tu auras compris maintenant à quel point c'était difficile pour elle, n'est-ce pas ? Ne gâche pas tout avec de l'impatience, hein ? Elle fait des efforts. Peut-être pas de la bonne manière, mais ça ne me regarde pas, et je ne juge personne dans cette histoire.

John savait cela. Il n'avait absolument pas besoin qu'on le lui dise. Mais il n'avait pas la possibilité de dire à quiconque qu'importait que ses rapports avec Mary soient peu fréquents, presque trop rapides, toujours dans le noir et sous la couette, ce n'était pas ça qui lui manquait et que son corps désirait malgré lui. Il n'imposait rien à sa compagne, ayant bien conscience des problèmes et des démons qu'elle combattait.

Après cela, John fit de son mieux pour mettre tout de côté ses pensées, et se comporter comme un parfait petit-ami pour Mary, et bien plus encore. Il avait presque réussi à tout oublier lorsque la lettre arriva, le lundi suivant.


Sherlock avait répondu. Il s'était écoulé trois semaines depuis qu'il l'avait envoyé, il n'y croyait plus. En rentrant de son cours du lundi avec son paquet de copies, il l'avait trouvé dans sa boîte aux lettres. Et puis, le cœur tambourinant dans sa poitrine, il n'osait plus l'ouvrir, presque paniqué à l'idée de ce qu'il pourrait y trouver.

Les mains moites, il se résolut néanmoins à le faire, déchirant presque impatiemment l'enveloppe, en retirant une simple feuille avec quelques mots.

« Ok, j'accepte. Je me mets au travail immédiatement. SH ». Tout ça pour ça ? John aurait pu être déçu, puis regarda la date : Sherlock l'avait écrite le 26 février, soit presque une semaine auparavant. Il ne précisait rien de plus, mais John lui avait précisé qu'il devrait lui faire des points d'étape réguliers tous les jeudis, dans le cas où il accepterait.

Pris d'une impulsion subite, il lâcha l'enveloppe et se précipita sur son paquet de copies. Il les fouilla rapidement, avant d'attraper celle numérotée 122, sur laquelle l'écriture si reconnaissable de Sherlock s'étalait.

En haut à gauche, attaché avec un trombone, un papier supplémentaire. John reconnut au premier coup d'œil les petits bonhommes dansants qui constituaient l'alphabet codé qu'ils avaient déchiffré deux mois plus tôt. C'était déjà si loin, et pourtant il s'en souvenait comme si c'était hier. Il décoda le message sans la moindre difficulté : Rendez-vous jeudi 7 - Point d'étape - Votre chambre - SH.

Le cœur de John se mit à taper encore plus fort. Non seulement Sherlock avait accepté l'emploi qu'il lui avait proposé, mais il s'était également mis au travail, avait trouvé le moyen de communiquer à John de la seule manière qui n'attirerait pas l'attention et qu'ils étaient les seuls à comprendre. Et enfin, il respectait les consignes de John de lui donner des nouvelles de l'avancée régulièrement, à partir du moment où il avait des choses intéressantes à dire.

S'il lui donnait rendez-vous, c'était qu'il avait déjà découvert quelque chose. Il n'était pas un génie pour rien. John allait enfin savoir. Jeudi, dans trois jours, il saurait. Jeudi, dans trois jours, il reverrait Sherlock. Jeudi, dans trois jours, il serait seul dans sa chambre avec lui.

Et sans surprise, c'était bien cette dernière possibilité qui lui broyait les entrailles d'un étrange sentiment qu'il refusait de reconnaître.


John pénétra fébrilement dans son amphithéâtre le jeudi. Parce qu'il savait que Sherlock serait là. Parce qu'il savait que dans quelques heures, ils se retrouveraient dans sa chambre pour faire un point sur l'enquête qu'il lui avait confié. Et donc, d'une certaine manière, ils étaient toujours liés. Alors ce matin, en l'apercevant à sa place habituelle de la salle, quatrième rangée, tout au bout à gauche, John se sentait autorisé à le saluer d'un signe de tête. Léger, discret, mais présent. Cela n'avait rien à voir avec l'indifférence parfaitement feinte de ces dernières semaines.

Sherlock réagit si vite et salua son enseignant à son tour que ce fut comme s'il avait attendu cette seconde précise toute sa vie durant.

Ils étaient seuls. Et ce temps qui s'étira à l'infini, durant lequel ils ne prononcèrent pas un mot et se contentèrent de se regarder, chacun à sa place, leur sembla durer l'éternité et n'appartenir qu'à eux.

Bien sûr, le charme fut rompu à l'arrivée des autres élèves, et la vie et le temps reprirent leur cours rapide et saccadé, les percutant avec la violence d'un cheval lancé au galop, mais ils avaient eu cet instant. Et c'était ça qui comptait.

John, galvanisé, annonça le programme du jour et commença son cours.


Sherlock avait été surpris par l'arrivée de John en classe. Ces derniers temps, à force de fuir Sherlock comme la peste, il n'arrivait plus aussi en avance que d'habitude. Alors quand la porte avait grincé en s'ouvrant, il s'était redressé d'un coup, étonné. Et ses yeux étaient tombés droit dans ceux de John qui le regardait.

Cela avait été inattendu, surprenant... et bizarrement agréable. Comme si après des semaines d'exil, il rentrait chez lui. Dans les prunelles compréhensives de son enseignant qui ne le lâcha pas du regard.

Il marcha jusqu'à son bureau, s'y installa et jamais ne rompit le contact visuel avec son élève, Sherlock refusant même de ciller par peur de le perdre.

Il avait passé la nuit dehors, à enquêter, pour lui, et il était légèrement épuisé. Il avait pensé qu'il pourrait dormir en attendant le cours (voire pendant le cours, il pouvait très bien mettre une partie de son cerveau en veille et profiter du repos tout en laissant son inconscient retenir le cours de John et l'écrire), mais cela lui était désormais impossible : il ne voulait pas lâcher du regard son professeur.

Il avait tant de choses à lui dire, et il espérait que ses yeux exprimaient pour lui ce que sa bouche ne pouvait pas formuler. Il était désolé d'avoir paniqué. Il était désolé de ne pas avoir vu la lettre plus tôt. Il était désolé d'avoir mis tant de temps à lui répondre. Il était désolé d'avoir si peu de résultats à lui fournir tout à l'heure.

Il n'était jamais désolé pour quiconque et il ne s'excusait pas en temps normal. Et pourtant quand les yeux bleus de John Watson le regardaient, Sherlock avait envie d'implorer son pardon.


Ils n'avaient pas fixé d'heure de rendez-vous. John, dans son courrier, avait simplement exigé des points réguliers. C'était Sherlock qui avait posé la date. Et il n'avait donné d'heure. Mais si, comme le présumait John, il n'avait pas choisi cette date au hasard, le professeur était certain qu'il se présenterait de lui-même à la porte de son studio à la bonne heure.

En effet, depuis la rentrée de janvier, et depuis que John ne mangeait plus avec Sherlock chez Angelo, il avait prétendu a ses collègues et amis que le rendez-vous hebdomadaire avec sa psy qui l'empêchait de venir à cantine le jeudi était supprimé parce qu'il avait moins besoin de séances (cela, au moins, était vrai, sur les recommandations d'Ella, enthousiaste quant à ses – faux – progrès ils avaient une séance toutes les trois semaines et cela allait bientôt passer à une séance par mois) et qu'elles étaient placé à un autre moment de la semaine, Ella préférant réserver cette plage horaire à ses patients réguliers qui avaient besoin d'un suivi hebdomadaire (ça c'était complètement faux en revanche, mais ça sonnait terriblement juste et tout le monde y croyait).

De fait, le jeudi, John mangeait de nouveau avec la bande des M. Ce qui ravissait Mary, parce qu'ensuite, elle enchaînait trois cours le jeudi après-midi, elle était indisponible durant des heures et voir son petit-ami avant d'attaquer ce rude après-midi était source d'encouragement.

John était sûr que Sherlock le savait. Qu'il savait que John irait manger à la cantine de l'Imperial comme d'habitude. Et qu'il serait de retour à sa chambre entre 13h45 et 14h. C'était à cette heure-là qu'il arriverait. John en était sûr.

– Bonne journée, monsieur Watson.

John était en train de ranger ses affaires après la fin de son cours lorsque la voix lui parvint. Il ne releva pas la tête. Mais sur son visage, un sourire étira sa bouche. Et il était sûr que Sherlock faisait de même en cet instant.


Dire que John était nerveux était un euphémisme. Il avait réussi à garder tout ça pour lui durant le repas, participant activement à la conversation entre Molly et Mike, qui portait cette fois sur le cycle reproducteur du lion et de sa femme. Mary, amusée, avait regardé John essayer de toujours ramener le sujet de l'accouplement sur le tapis, histoire de faire comprendre aux deux autres (avec le même succès frôlant le néant que d'habitude) les liens évidents qui les unissaient et qui n'attendaient plus qu'une concrétisation physique. Peine perdue, les deux scientifiques de génie préféraient débattre du comportement machiste du lion et celui soumise de la lionne, avant de l'extrapoler à la race humaine, et de lentement dériver vers le féminisme, dont John et Mike étaient, heureusement pour leurs testicules, des fervents défenseurs.

On ne fréquentait pas des femmes fortes comme Mary ou Molly, qui s'étaient construites par elles-mêmes dans un milieu masculin et machiste sans une certaine force de caractère.

– Belle tentative, avait conclu Mary à la fin du repas à l'oreille de son amant, tandis que les deux autres s'éloignaient pour débarrasser. Mais toujours un match nul. On se voit ce soir ? Je dois filer.

John avait hoché la tête, distraitement. Dès l'instant où ils s'étaient relevé pour ranger leurs plateaux, il n'avait plus eu que son rendez-vous avec Sherlock en tête.

Il embrassa Mary, par habitude plus que par envie, cachés sans vraiment l'être dans l'angle d'un couloir. Ils ne se cachaient plus vraiment du reste de l'Imperial, et John avait déjà entendu des élèves parler de la « prof de gynéco qui est super bonne et qui avait un mec » (les adolescents étaient tous les mêmes) sans que les élèves en question n'aient conscience que le mec en question dont ils parlaient se trouvait à moins de deux mètres. Pour autant, ils n'étaient pas spécialement flagrants, et les embrassades en public étaient toujours courtes.

Celle-ci ne fit pas exception et dans un dernier signe de la main, il fit demi-tour et s'enfuit en direction de son appartement.


Depuis, il tournait chez lui comme un lion en cage, les mains moites et son cœur battant à tout rompre comme s'il voulait bondir hors de sa cage thoracique, se morigénant de sa stupidité. Ce n'était qu'un rendez-vous. Professionnel. Il n'aurait pas dû respirer aussi fort. Battre son cœur aussi vite. Avoir sa respiration aussi courte.

Le bruit d'une main qui s'abattait contre la cloison le fit sursauter.

– J'arrive ! lança-t-il, un peu bêtement, un peu gauchement.

Après un dernier regard à son appartement pour vérifier qu'il était à peu près rangé (et il eut soudainement honte de l'espace minuscule qu'il pouvait à peine s'offrir), il fit les trois pas qui le séparaient de la porte et l'ouvrit.

Sherlock était là.

Aussi grand, aussi beau et aussi génial qu'il l'avait toujours été. John ressentit pour lui un violent sentiment d'affection qui lui tordit les entrailles et qu'il réfréna aussitôt. Ce n'était pas ce que voulait Sherlock. Et ce n'était pas ce qu'il laisserait apparaître.


Prochain chapitre : 18 juillet ! Une review, si le coeur vous en dit ? :)