Obstination.

Marie Laforgue était une personne tout à fait ordinaire.

Voilà ce que l'autre Marie se disait en la regardant.

Après que la sœur du poète soit partie brusquement, les deux poètes, paniqués, avaient tenté (et réussi par ailleurs) de contacter Marie, afin qu'elle les aide à convaincre la sœur de Jules de se calmer, et que celle-ci ne tente rien contre eux.

Ou du moins, qu'elle cesse d'être en colère contre son frère, ce qui n'était pas gagné.

Cette dernière la regardait avec circonspection, et un peu d'agacement, semblant bien se demander ce qu'elle faisait là, et quelle était donc la raison de sa présence.

Cela faisait en fait déjà des heures qu'elles discutaient, et Marie commençait vraiment à être fatiguée de tout cela, et voulait juste en finir avec cette querelle stupide.

Elle soupira.

« Vous avez vraiment l'intention de nous faire chier jusqu'au bout, pas vrai ?

L'autre Marie sursauta.

- Pardon ? S'exclama-t-elle, choquée.

Ah oui, c'est vrai…

- Désolée. Je suis un peu sur les nerfs en ce moment, disons que j'ai autre chose à faire que de tenter de convaincre quelqu'un de laisser son frère vivre sa vie et sa sexualité en paix !

- Ainsi. Vous moquez-vous de moi ?

- Oh non, pas du tout. Personnellement, j'aurais adoré avoir Lautréamont comme beau-frère, marmonna la jeune femme, enfin, celui-là en tout cas. Mais bon, tout le monde n'est pas comme moi…

- C'est immoral ! Fit la jeune femme, à nouveau choquée par ses propos.

- Bordel, je déteste le dix-neuvième siècle et son conservatisme ! »

Puis elle se souvint qu'à son époque, ce n'était pas parfait non plus.

Ça va nous prendre des plombes…

En d'autres circonstances, elle aurait sans aucun doute apprécié de passer plusieurs heures avec la jeune femme, qui paraissait au demeurant fort charmante, mais pas dans ces conditions-là.

Cela relevait plus de la torture que d'autre chose…

« Donc vous ne voulez pas les laisser tranquille ? »

L'autre femme tourna la tête, et Marie soupira encore.

Il fallait qu'elle en finisse avec ces conneries sans aucun sens et sans intérêt…

« Bon, vous savez quoi ? Fit-elle en lui saisissant sa main. J'en ai marre de ces conneries ! Vous allez venir avec moi.

- Quoi ? » Demanda Marie, en tentant de se dégager de son emprise.

Son regard était incrédule, et effaré aussi, alors qu'elle regardait la main de l'autre femme.

Celle-ci roula des yeux, exaspérée par tout cela, une exaspération qui grandissait depuis qu'on l'avait appelée, et qui menaçait de lui provoquer un mal de tête.

« Quoi ! Je vous ai pris la main, et je défends votre frère, du coup, je suis suspecte, c'est ça ? Bon, d'accord, oui, je suis lesbienne, et je vous emmerde cordialement ! Désolée pour ça, mais bon, je commence à vraiment être en colère ! Maintenant, allons-y.

- Où ? »

La sœur du poète tentait toujours de se dégager, mais Marie ne la laissa pas partir.

(Oui, dit comme ça, ça fait très bizarre et malsain.)

Marie sourit.

« Chez moi. »