Bonjour tout le monde!

Voici l'avant dernier chapitre (snif). Un peu plus sombre - on ne s'arrête plus! Merci aux fidèles Tiffvillard, Antig0ne, Shiriliz, Feather Ashes et miss-sawyer pour leurs reviews :)


Chapitre 20 : Comme des grands

Encore une fois, je me retrouve à travailler alors que la salle commune est presque vide. Je fais un effort immense pour extraire les informations de mon cerveau et terminer mon devoir de Runes. Ca commence à devenir difficile, d'autant que je sens Sirius, en face de moi, qui ne tient pas en place. Mes jambes sont emmêlées aux siennes par dessous la table et il les agite nerveusement. Supposant qu'il a quelque chose à dire, je finis par poser ma plume et me redresser :

- Allez, crache le morceau !

Il me regarde un instant, un brin méfiant, avant d'inspirer et se jeter à l'eau :

- C'est vrai que tu as entendu parler d'un truc appelé l'Ordre du Phénix ?

- Et moi qui croyais que Lily serait discrète…

Ann avait raison sur un point, on n'a pas besoin que tout Poudlard soit au courant.

- Lily a été discrète, elle n'en a parlé qu'à James qui…

- Alors James n'a pas été discret !

- …n'en a parlé qu'à Remus, Peter et moi, qui n'en avons parlé à personne.

- Ca fait quand même cinq personnes au courant alors que je n'en ai parlé qu'à une seule, je grogne.

- Justement. Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?

Il a prononcé ces mots lentement, comme s'il avait peur de la réponse et qu'elle revêtait une importance particulière pour lui. Je crois comprendre. Qu'il le veuille ou non, Bellatrix est sa cousine et ça ne doit pas lui plaire de la voir comploter avec Lucius Malefoy. Mais que croyait-il ? Qu'elle allait sagement partir coudre dans son manoir à la fin de l'école ? Pourtant, malgré ce début de réponse, je sens que ce n'est pas ce qu'il veut entendre. Et la vérité, c'est que…

- Euh… Je ne sais pas.

Oui, d'ailleurs, pourquoi je ne lui ai rien raconté ? Bonne question. Je fronce les sourcils, cherchant une réponse à cette interrogation, quand je me rends compte que je la connais déjà. Parce que je ne voulais pas y penser. Oh, j'y pensais malgré moi, ça me pesait, sinon, je n'en aurai pas parlé à Lily. Mais Lily n'est pas Sirius. Lily pense, réfléchit. Sirius aurait foncé. Je savais que lui dire le ferait fouiller plus profondément à la recherche d'informations sur cet Ordre, qu'il aurait voulu y entrer, qu'il aurait provoqué Bellatrix. Et ça, je ne veux pas. Parce que je le trouve suffisamment inconscient comme ça, parce que son comportement m'effraie et que je n'ai pas la même chose en moi. Je n'ai pas ça en moi. Je le traiterai de fou, d'inconscient, d'irresponsable, et il me dirait que je ne comprends pas. Et nous aurions tous les deux raison.

- La vérité c'est que… je fais, hésitante. Je sais comment tu es quand on parle de ta famille et de la guerre et je trouve ça… dangereux.

Il hausse un sourcil, mécontent. Ca ne me surprend pas. Sirius n'aime pas être contrarié. Ca fait partie des habitudes d'aristocrates dont il n'arrive pas à se débarrasser, j'ai l'impression.

- Et donc tu t'es dit qu'en ne m'en parlant pas, je ne risquerai rien ? C'est stupide, Luth. Tu n'es pas la seule personne de mon entourage, tu sais ? McGonagall m'en a parlé pendant mon entretien.

C'est à mon tour d'être surprise.

- Elle a fait ça ? Mais… mais tu es un élève, elle ne peut pas…

- Je suis majeur et c'est la guerre. Ca te surprend ?

Je ne trouve rien à répondre. Mais lui continue :

- De toute façon, elle t'en a parlé aussi, non ?

- Quoi ? Non !

Mais si, elle m'en a parlé, quoique pas aussi franchement qu'à lui. Elle a fait des allusions sur mes choix et leurs conséquences. En voici déjà une.

- Elle a juste dit que le choix de mes relations aurait… des conséquences, je soupire en comprenant que tout arrive bien plus tôt que ce à quoi je m'attendais.

Sirius me regarde, le visage grave.

- Et tu lui as répondu quoi ?

- Que je n'avais pas le choix.

Il n'apprécie pas ma réponse, cela se voit.

- Ravi d'être un boulet pour toi, Luth.

- Tu ne comprends vraiment rien à rien, je m'énerve à mon tour, fatiguée de sa susceptibilité. Je viens de lui faire un compliment, et il prend ça pour une critique !

- Oh si, je comprends très bien. Je te mets en danger parce que je ne vois pas les choses de la même façon que toi, mais tu n'oses pas me le dire alors tu subis en silence. C'est tellement toi. Mais vas-y, part, je ne te retiens pas.

Je reste bouche-bée devant son discours, et le contemple un moment sans savoir quoi dire. Puis je repousse fermement ses jambes sous la table et commence à ranger mes affaires. Moi, je n'ose pas lui dire ? Non, peut-être que je n'ose pas parler de tout avec lui, c'est vrai. Parce qu'il n'est mon petit ami que depuis un mois, qu'il a un foutu caractère et que j'essaye de construire une relation plutôt que d'aborder les sujets qui fâchent. Mais ses propos sont carrément blessants. Je jette mes rouleaux de parchemin les uns sur les autres et dit d'une voix hachée :

- T'as raison, je suis sortie avec toi sur un coup de tête et maintenant je n'ose plus larguer la grand Sirius Black, donc je préfère risquer ma vie en continuant à te fréquenter. Lo-gique.

Mes affaires rassemblées, je me lève et les prend dans mes bras, espérant vaguement que Sirius s'est rendu compte des énormités qu'il vient de proférer. Mais c'est un vain espoir, on parle de Black, là.

- C'est ça, quitte moi. Tu seras tellement mieux avec Remus, puisque vous avez le même avis sur tout !

Je suis tellement ébahie par ce qu'il vient de dire que j'en lâche mes affaires, qui retombent lourdement sur la table. Que vient faire Remus là-dedans ? On parle de la guerre et il ramène une stupide histoire de jalousie sur la table ? Encore une preuve qu'il n'a aucun sens des priorités !

- Tu es jaloux ! Je rêve ! Je ne vois pas ce que Remus vient faire là-dedans !

- Il a tout à voir là-dedans ! Vous êtes toujours à parler ensemble, à être d'accord sur tout.

Je m'appuie sur la table, regardant monsieur l'arrogant qui tente de se donner un air décontracté en se balançant sur sa chaise. Mais c'est un échec, car ses yeux lancent des éclairs et sa mâchoire est contractée. Je ne comprends pas pourquoi il se fait tant d'idées. J'ai pourtant marqué clairement la distance avec Remus depuis que je sors avec lui. Bien sûr, j'avais réalisé avant qu'il ne me plaisait pas, mais je sais Sirius très possessif – Ann et Lily m'ont bien forcée à réaliser son comportement avant tout ça – et je ne voulais pas qu'il y ait d'ambigüité. Et puis de toute façon, comment saurait-il que j'ai été un jour amoureuse de Remus ?

- Et pourquoi tu n'es pas jaloux de Peter, tant qu'on y est ? Il me semble que je m'entends très bien avec lui aussi !

- Parce que tu n'as jamais été amoureuse de Peter !

Il a dit ça d'un ton sec, méprisant et cassant, et… et en fait, je m'en fiche, je répète simplement ma question : comment sait-il que j'ai été amoureuse de Remus ? Il doit voir mon expression ébahie car un rictus mauvais déforme son visage.

- Oh, tu te demandes comment je le sais, hein ? Eh bien, je sais beaucoup de choses, figure-toi.

Il m'énerve. Il m'énerve. Il m'agace. Il m'exaspère, et je vais lui en mettre une. Je rattrape mes parchemins brusquement.

- Tu es exaspérant et paranoïaque. Tu crois vraiment que je sortirais avec toi juste pour te faire plaisir et oublier quelqu'un d'autre ? Merci pour l'estime que tu as de moi.

Je me retourne et rejoint mon dortoir, furieuse. Il est exaspérant.

oOoOo

Cela fait deux jours que je me suis disputée avec Sirius, et je lui adresse toujours à peine la parole. On s'évite, on ne s'assoie plus à côté à table ni en cours, on ne se regarde pas. Pourtant, on s'embrasse toujours pour se dire bonjour le matin. C'est lui qui a fait ça le lendemain de notre dispute. Je n'ai pas refusé le baiser, mais je n'y ai pas répondu non plus, encore trop en colère contre lui. Je suppose qu'il croyait que c'était une excuse suffisante et que ma froideur l'a re-vexé, et qu'il fait maintenant la tête pour ça aussi. Tant pis.

Tout le monde a remarqué notre petit manège, évidemment. Je sens le regard satisfait de Mandy, dont Sirius s'est étrangement rapproché. Et même si j'ai envie de leur coller deux claques à chaque fois que je les vois ricaner ensemble, je fais semblant de ne pas m'en formaliser, étrangement certaine que Sirius ne s'engagera pas sur cette voie. Enfin, certaine… Je tente de l'être.

Je sens aussi les regards interrogateurs des autres sur nous deux. Ceux des filles, d'abord. Ann a bien essayé de me prendre entre quatre yeux pour que je parle, mais j'ai évité la conversation. Parce qu'elle voudrait que je lui raconte tout, et que ça commence par la guerre. Je ne sais que trop bien comment réagit Ann dès qu'on aborde le sujet, et je n'ai pas envie de la voir éluder pour se focaliser juste sur cette histoire de jalousie, parce que pour moi, l'entière conversation a été un problème. Ca m'attriste vraiment de ne pas pouvoir lui en parler. Elle est ma meilleure amie, après tout, et sûrement la mieux qualifiée pour discuter de la question. Mais son refus de parler d'après devient un vrai problème.

Mary ne pose pas de questions, sachant très bien que je ne parlerai que si j'en ai envie, et je reste donc à ses côtés pour avoir la paix. Quant à Lily, j'ai l'étrange impression qu'elle est au courant car elle reste avec moi en guise de soutient et évite Sirius, ce qui m'arrange grandement. A toutes les trois, on forme un trio que je n'aurai pas cru possible en début d'année. Lily et Mary font un effort pour se trouver des points communs et je ne suis que trop heureuse de remplir des conversations. Je ne veux pas céder, ni montrer à mon imbécile de petit copain qu'il m'affecte à ce point.

Le nier est cependant difficile, surtout qu'il n'est pas le seul que j'évite. Je suis arrivée à la conclusion que si Sirius savait que j'en pinçais pour Remus, le principal intéressé devait être lui aussi au courant. Et c'est terriblement gênant de le savoir. Je n'ose plus croiser son regard. Je me demande s'il sait la raison de ma dispute avec son ami. Là encore, je suppose que oui. Lily ne me demandant rien, elle doit savoir et ne peut tenir l'info que de James. Or, si James sait, Remus sait. Tout le monde sait. Youpi.

oOoOo

Au bout du troisième jour, les Serpentards commencent à nous lancer des piques, ce qui ajoute encore à la tension ambiante, mais j'arrive pour le moment à les oublier. Même si je ne bénéficie plus de la protection de Sirius, je ne suis jamais seule et ne me sent donc pas trop en danger. Je finis aussi par rationaliser : ils peuvent peut-être me faire passer un sale quart d'heure, mais guère plus, car ils ne tiennent pas à être renvoyés.

oOoOo

Je me retrouve à côté de Peter en cours de Botanique. Le professeur a terminé le programme et entreprend de nous faire des révisions générales pour les ASPICs. Peter et moi sommes tombés sur une plante plus ennuyeuse que dangereuse. De l'autre côté de la serre, Sirius et Remus font les fous sans se soucier de nous. Je vois bien qu'il leur lance des regards à intervalle régulier, avant de revenir sur moi d'un air gêné. Je crois comprendre pourquoi

- Tu n'étais pas obligé de t'asseoir avec moi, tu sais. Ca ne sert à rien de te mettre Sirius à dos juste pour ça.

Il hausse les épaules d'un air fataliste.

- Il ne risque pas de m'en vouloir à moi.

Sa réponse m'intrigue.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Rien, il répond un peu trop vite avant d'essayer de changer de sujet : tu sais, c'est dommage que vous soyez brouillés. Vous alliez bien ensemble.

Je ne sais pas ce qui me fait le plus tiquer : l'emploi du passé pour parler de notre couple ou l'impression qu'il cache quelque chose. Que voulait-il dire ? Sirius pourrait plutôt être en colère contre moi parce que je suis installée avec l'un de ses amis ? C'est ridicule. Je ne me comporte pas avec Peter comme il se comporte avec Mandy, quand même. Je sais cependant que Peter ne dira rien de plus qui pourrait le compromettre, alors j'accepte son changement de sujet de bonne grâce. Ou presque.

- J'en connais deux autres qui vont bien ensemble, je réponds en désignant Agatha qui se débat avec une étrange plante jaune au premier rang.

Le garçon enfonce la tête dans ses épaules et j'affiche un petit sourire satisfait.

- Vous ne pouvez pas me ficher la paix cinq minutes avec ça ? Est-ce que je me moque de tes disputes avec ton Jules, moi ?

Sa véhémence me surprend.

- Désolée, je ne voulais pas te blesser. Je vous trouve juste mignons tous les deux.

Il hausse à nouveau les épaules et semble se calmer. Après avoir enfoncé quelques mottes de terre dans le pot, il rouvre la bouche.

- C'est rien, c'est juste que… je préfère éviter d'en parler sinon ça peut durer des heures, avec ces trois-là.

Je comprends parfaitement ce qu'il veut dire. L'ennui avec James et Sirius, voire même Remus, c'est qu'une fois qu'ils sont lancés, ils sont incapables de s'arrêter. Et lorsqu'ils dépassent les limites, ils ont du mal à admettre qu'ils aient pu blesser les autres. Peter a bien du courage pour avoir survécu aussi longtemps dans leur dortoir. Si cela ne montre pas qu'il est bien plus solide qu'il n'en a l'air…

- Bah, tu te vengeras le jour où Remus aura une copine aussi.

C'est sûr qu'il est dur de faire taire les deux autres sur le sujet. Ils ont toujours été à l'aise et n'en sont pas à leur première copine. Mais Remus est pire que Peter quant on en vient aux filles.

- Encore faudrait-il que ça arrive…

Peter affiche un air mi désolé, mi exaspéré en disant ça, et je ne comprends pas exactement pourquoi. Pourtant sur le fond, il n'a pas tort. Remus n'a jamais affiché le moindre intérêt pour qui que ce soit, fille ou garçon. Il est même du genre à partir en courant dès qu'on aborde le sujet, alors, franchement, il est mal placé pour se moquer. Je rebondis sur la remarque de Peter et nous passons la fin du cours à imaginer toutes sortes de réactions qui pourraient l'embarrasser. Lorsque le cours se termine, il m'adresse un sourire ravi et s'éloigne seul en direction de la bibliothèque. Pendant que nous nous dirigeons tous vers la classe de Potions, je me surprends à penser que je devrais m'asseoir à ses côtés plus souvent.

oOoOo

Je sors de la douche avec un soupir de bien-être. Ca fait toujours du bien de se changer les idées après une longue journée de révisions. Les professeurs sont de plus en plus exigeants et nous accumulons les devoirs, à croire que nous sommes deux jours avant les ASPICs ! Il nous reste pourtant trois mois, trois longs mois avant ces épreuves fatidiques. Décidée à ne pas me gâcher la fin de journée avec ce sujet qui m'occupe déjà bien l'esprit, je sors de la salle de bain et traverse le dortoir… quasiment désert. Seule Lily, affalée sur son lit, consulte une revue sorcière.

- Où sont-elles toutes passées ? je demande, surprise.

- Mary est sûrement en vadrouille, comme d'habitude…

C'est vrai que ces derniers temps, on la voit de moins en moins. Je ne sais pas ce qu'elle trafique, mais elle deviendrait presque aussi secrète que Peter et Agatha ! « Et si c'était quelque chose dans ce goût là, justement ? » Ah, le neurone de la commère en furie. Ca faisait longtemps.

- Ann est descendue discuter avec Frank, je crois, et Mandy est partie voir Sirius.

« Trahison ! » hurle le neurone de la groupie en furie. Lui aussi, ça faisait longtemps. En réponse à sa réflexion, je pousse un grognement exaspéré que j'espère pas trop bruyant, mais que Lily entend tout de suite. Elle ferme son magasine et se redresse en tailleur, me fixant pendant que je range rageusement mes affaires de toilettes.

- Luth, ça fait cinq jours que Sirius et toi vous faites la tête, ça va durer encore longtemps ?

- Autant de temps qu'il lui faudra pour réaliser les énormes bêtises qu'il a proférées, je réponds sans me retourner.

- Je peux savoir ce que c'est, ces énormes bêtises ?

J'hésite. Parler de la dispute me démange, j'ai envie de vider mon sac et de médire sur mon petit ami, mais je ne suis pas sûre que Lily soit la personne la plus indiquée pour en parler, elle qui est souvent d'accord avec James et Sirius… Je suis étonnée qu'elle me demande pourquoi nous ne nous parlons plus, j'étais persuadée à son comportement qu'elle savait tout. Maintenant que j'y pense, c'est normal que non. Sirius n'a pas pour habitude de se vanter quand il fait quelque chose de stupide, et même si les trois autres semblent avoir un sixième sens pour déchiffrer son attitude, ils ont peut-être fait l'autruche cette fois-ci… Histoire que Sirius et Remus ne se déchirent pas une seconde fois. « Parle ! » conseille le neurone de la groupie en furie. « Comme ça Sirius verra sa stupidité étalée au grand jour, ça lui apprendra ! » Tout à fait d'accord avec ce raisonnement, je me jette à l'eau.

- Au début, on parlait de la guerre et il a mal interprété ma… méfiance vis-à-vis de son comportement. Et puis je ne sais pas comment on en est arrivé là, et il m'a lancée que je n'avais qu'à le quitter pour Remus puisque j'étais amoureuse de lui. Et voilà.

« Hum, dis, tu n'éviterais pas un peu le sujet principal, là ? Tu sais, celui qui fait que tu ne veux pas en parler à Ann ? » J'ignore le neurone qui se permet ce vil commentaire et fait face à Lily.

- Ah… est tout ce qu'elle trouve à dire. Ta méfiance ?

Je soupire.

- Oui, il se demandait pourquoi je ne lui avais pas parlé de Bellatrix à lui et ma réponse ne lui a pas plu.

- Réponse qui était ?

- Que je n'aimais pas la façon dont il réagissait quand on parle de la guerre ou de sa famille… Il est si emporté, si impulsif… si violent.

Lily reste pensive un instant, puis me demande lentement, comme si elle avait pensé à cela mille fois avant d'enfin pouvoir en parler :

- Et tu crois qu'il a tort ?

Je voudrais hausser les épaules, dire non, mais je ne sais en fait pas quoi répondre.

- Tu sais, on en parle beaucoup, avec James, me confie Lily devant mon silence. Nous sommes attaqués, Luth, on ne peut pas se défendre comme Gandhi…

- Comme qui ?

- Laisse tomber. Ce que j'essaie de te dire, c'est que James est moins irrationnel qu'il n'en a l'air, et que c'est probablement pareil pour Sirius.

J'essaie de prendre l'avis de Lily en compte, de regarder la situation objectivement, mais presqu'immédiatement, je sens, je comprends qu'elle a tort. Je repense au portrait de Regulus, caché loin sous la malle de Sirius, et je me rends compte que les différences entre Black et Potter sont trop fortes.

- Ca ne peut pas être pareil, Lily. James n'a pas été renié par sa famille, il n'a pas cette blessure et cette haine que Sirius emmène partout avec lui. Il va affronter son propre sang, là, dehors. Il peut haïr Bellatrix autant qu'il veut, il n'y sera jamais indifférent, c'est sa cousine. Et Regulus, son propre frère.

- Et toi, dans tout ça ?

Je la regarde sans comprendre.

- Et moi ?

- Tu dis que tu n'aimes pas la façon dont Sirius aborde la chose, mais toi, comment tu prends

ça ?

On sent qu'elle attendait cette conversation depuis un moment. Cela fait plusieurs mois maintenant depuis cette fameuse sortie à Pré-au-Lard où elle disait ne pas avoir le choix de se battre, ou je lui ai dit que je comprenais, mais où je n'ai pas dit ce que j'en pensais, moi. Elle s'en est aperçue, évidemment. Elle a vu mon désaccord avec Ann à ce sujet, sentant peut-être que je ne la comprenais pas si bien que ça. Elle a laissé passer le temps, et maintenant elle veut savoir où j'en suis. La question, alors, est : est-ce que je le sais moi-même ?

Depuis novembre, j'ai eu tout le temps d'explorer ma propre peur, mon déni, ma situation, mon ressenti. J'ai fait un long et difficile chemin contre ce mur de terreur qui m'imposait le silence, qui m'empêchait d'envisager après. L'épisode avec ma mère m'a montré que je pouvais avoir de la colère en moi, que je pouvais être aussi entière que Sirius. Simplement, je ne sais pas la diriger et ma peur – ou ma rationalité ? – est plus forte que cette colère. Pourtant, au lieu de m'anéantir, ce qu'il s'est passé en décembre m'a mis les yeux en face des trous. Je n'ai pas reculé, je n'ai pas avancé, je n'ai pas bougé. Je suis restée là, à me tenir au même endroit, profitant du temps que j'avais pour penser… mais pas pour décider.

J'essaie de me replonger dans mes ressentis, dans mes souvenirs, et je me rends finalement compte que j'en suis au même point de Lily lors de notre précédente conversation. Je l'ai dit à Sirius, je l'ai dit au professeur McGonagall, je n'arrive juste pas à l'accepter. Je n'ai pas le choix.

Sauf qu'on l'a toujours, n'est-ce pas ? On peut choisir de fuir, de se cacher, de plier sous le joug. Lily mourrait, mais si je devenais une bonne petite sorcière avec de bonnes fréquentations, j'aurai la paix. Ou alors, on peut choisir d'être fidèle à soi-même, de vivre dans un monde qu'on choisit, qu'on construit. On peut choisir de se battre. Et, je ne sais pas comment j'en suis arrivée-là, mais j'ai pris cette première voie. Je n'ai même pas vu le croisement, la bifurcation qui menait à l'autre.

- J'ai peur, comme toi. Je vois les choses sans le filtre d'inconscience qu'a Sirius et…

- Qui te dit que Sirius est inconscient ? Apparemment, vous n'arrivez pas à parler de ça ensemble. James s'est avéré bien plus mature que je ne le croyais, lorsqu'on a pu avoir une vraie discussion à ce sujet.

Je me tais, incapable de répondre à cela. Lily a raison, bien sûr. Je passe mon temps à me moquer d'elle, à dénigrer l'orgueil de James, mais ils semblent savoir où ils vont, contrairement à Sirius et moi, et ce sur le plan personnel comme dans leur couple. Je soupire, m'éloigne du baldaquin de son lit sur lequel je m'étais appuyée et me laisse tomber sur mon matelas.

- Je suppose qu'il faudra que je fasse un effort pour qu'on aie une vraie discussion… Dommage que ce ne soit pas près d'arriver.

- Oh, tu es exaspérante ! Est-ce si dur d'aller lui parler en premier ? Personne ne te demande de mettre ta fierté à la poubelle, bon sang ! Vous êtes en couple, pas en guerre.

Je lâche un rire à sa remarque tant elle a d'interprétations, mais je m'empresse de la détromper :

- Crois-moi, je n'ai pas envie de perdre Sirius juste parce qu'on a des points de vue différents sur la vie…

Je suis convaincue de ce que je dis. Je l'ai dit au professeur McGonagall, je viens de le réaliser une fois encore, je n'ai plus besoin de convaincre personne, et surtout pas moi-même.

-… en revanche, tant qu'il pensera que je suis amoureuse de Remus, je ne vois pas comment on pourrait avoir une relation saine. Et je ne vois pas comment lui prouver le contraire, j'ajoute comme Lily ouvre la bouche pour dire quelque chose.

Je la vois la refermer sans un mot, et nous restons un moment silencieuses.

- Je me demande bien comment il a pu apprendre ça ! Je ne suis pas si transparente, tout de même !

Je n'ai même pas besoin de regarder mon amie pour savoir qu'elle hausse un sourcil dubitatif. Bon, d'accord, je ne suis pas la meilleure dissimulatrice de l'univers, mais les garçons sont censés être imperméables à ce genre de choses, non ?

- Même si tu étais la reine des menteuses, tu ne peux pas cacher grand-chose aux Maraudeurs, tu le sais bien. Ils sont toujours au courant de tout.

- Il n'y a pas qu'eux, je grogne sans réfléchir, en pensant à ma rencontre avec Rogue à l'infirmerie, et à Remus allongé dans un lit. Un jour, ils vont se faire attraper.

- On croirait entendre Ann !

Elle n'a pas tort, mais je ne démens pas. D'abord parce qu'en dépit de l'éloignement de plus en plus palpable entre ma meilleure amie et moi, je n'ai aucune honte à admettre notre ressemblance et ensuite parce que je pense désormais qu'elle a raison. J'hésite un instant à lui raconter ce que j'ai vu, puis je me souviens de l'état des garçons décrit par Lily l'autre jour. Je suis curieuse, un peu inquiète aussi, et je sais que j'aurai une bonne alliée dans l'affaire.

- Tu sais, j'ai déjà un peu fouiné, je confesse, et elle ferme son magasine pour m'écouter attentivement. L'autre jour, quand ils sont revenus en piteux état, je suis allée à l'infirmerie et j'ai croisé Rogue.

Je narre la suite de notre échange, tentant par égard pour Lily de rendre le personnage moins odieux que je ne le vois. Nous n'avons jamais parlé de Severus ensemble, et notre rapprochement est trop récent pour que je me permette de lui poser des questions. Je sais que c'est douloureux pour elle, et je ne serai bonne qu'à la blesser, car je n'ai jamais apprécié Rogue. Je ne suis jamais allée jusqu'à cautionner les agissements des Maraudeurs qui le prenaient en souffre douleur, mais il n'attirait pas ma compassion non plus. Après mon récit, Lily reste un instant silencieuse. Je sens sa nervosité car elle corne frénétiquement la page de son magasine.

- Rogue n'a sans doute dit ça que pour me faire peur, je tente de la rassurer.

C'est tout à fait le genre de techniques utilisées par les Mangemorts. Faire peur, diviser pour mieux régner, les attaques mesquines et dissuasives…

- C'est sûrement l'une des raisons, mais pas la seule. Severus n'invente jamais rien de toute pièces…

Je vois bien que toute cette histoire la bouleverse et je m'en veux un peu de lui en avoir parlé.

- Mais il a sans doute noirci le tableau. Ils n'ont jamais pu se voir en peinture, ce serait normal qu'il veuille t'éloigner de lui en te faisant croire qu'il trempe dans des trucs pas net…

Même si nous n'avons pas besoin de lui pour savoir que James et ses copains ne respectent pas le règlement.

- Luth, c'est à toi qu'il parlait.

- Il ne faut pas être un génie pour se douter que si j'espionne Sirius, alors j'espionne aussi James et que par conséquent, j'allais t'en parler.

- Donc, tu es en train de me dire que tu as agis exactement comme Severus le voulait ?

- Euh… Ah oui.

Je me sens bête d'avoir énoncé moi-même l'évidence, et j'essaye de me rattraper :

- Mais je t'en aurai parlé même sans ça. Le simple fait d'avoir vu Remus, les griffures de James… Ils ont dû aller dans la Forêt Interdite, et cette fois, ils ne sont pas passés loin de la catastrophe. On a besoin de savoir ce qui les attire là-bas aussi régulièrement, tu ne crois pas ?

- Ah, et comment tu comptes d'y prendre pour leur faire cracher le morceau ? Ils évitent toutes les questions !

Je sens que Lily commence à se détendre et je décide donc de continuer sur ma lancée – qui n'était pas voulu, mais oublions ce détail, ça me fait paraître plus intelligente que je ne le suis.

- Hum, on pourrait…

« Le ligoter et lui infliger des Tarentagella jusqu'à ce qu'il réponde » propose le neurone de la commère en furie. « Excellente idée » réplique celui de la groupie. Je me mords la lèvre pour ne pas rire et rougir à l'idée de cette vision. Que je sois en froid contre Sirius n'enlève rien à son sex appeal, c'est terrible.

- Fouiller leur dortoir ! je propose finalement, jugeant cette proposition plus présentable que l'autre, même si moins plaisante.

Lily me regarde avec de grands yeux.

oOoOo

Je me sens un peu piégée, car j'avais dit ça comme ça. Je ne pensais pas que Lily me prendrait au sérieux et encore moins qu'elle serait partante. A vrai dire, je ne pense pas qu'elle espère trouver des réponses dans leur dortoir, mais que l'idée d'imiter James en se faufilant « illégalement » dans son dortoir la tente. Ca ressemble un peu à une aventure, je dois avouer. Si je n'ai aucun scrupule à aller découvrir leurs petits secrets, j'ai l'impression que je n'en ai pas le droit du fait de ma dispute avec Sirius. Je ne pense pas que nous soyons séparés – du moins, je ne le vis pas comme ça – mais nous ne sommes pas non plus en bons termes… Que se passera-t-il s'ils nous prennent sur le fait ? Ou si nous découvrons effectivement quelque chose ? Si j'apprends que lui voit notre histoire comme terminée depuis l'autre soir ? Après tout, nous ne nous parlons pas depuis une semaine, et il flirte éhontément avec Mandy. Non, il ne fait ça que pour me rendre jalouse. Sirius ne passe pas d'une fille à l'autre comme ça, ce sont des rumeurs. De toute façon, je n'ai pas vraiment le choix, je dois accompagner Lily. Mais ça me met mal à l'aise.

oOoOo

Mettre notre plan à exécution n'étant pas possible dans l'immédiat, (eh oui, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les garçons sont parfois sagement dans leur dortoir), Lily et moi en sommes réduites à attendre le moment propice. Un nouveau jour se lève et il faut bien s'occuper, éviter les Serpentards, aller en cours, éviter les Sirius, réviser les ASPICs.

Levée tôt, je rejoins Ann dans la Grande Salle. Nous tendons à être moins ensemble ces derniers temps, et, de manière surprenante, cela ne me pèse guère. Non pas que j'ai une quelconque raison de ne plus vouloir de sa compagnie. Mais nos priorités ne sont plus les mêmes. Je reste davantage avec Sirius, et, par la force des choses, avec Lily. Je me doutais bien que cela arriverait, étant donné que nos petits amis respectifs sont tout le temps fourrés ensemble, et je craignais un peu cette situation. Il s'avère cependant que Lily et moi avons plus de choses en commun que je ne l'imaginais, et notre relation me semble plus simple que celle que j'entretiens avec Ann. Elle reste ma meilleure amie, je crois, mais en ce moment, ce n'est pas à elle qu'il m'est le plus facile de parler. Elle me manque sans me manquer, c'est un étrange sentiment que celui-ci.

Je m'assoie à ses côtés et attrape une tartine.

- Bien dormi ?

- Mouais, elle répond en trempant sa tartine dans son thé. Vivement la fin des ASPICs.

Il y a un moment de silence, puis elle reprend :

- Tu n'es pas avec Mary ?

Je hausse les épaules.

- Non, je croyais qu'elle était descendue avec toi.

J'étais la dernière dans le dortoir ce matin, et je n'ai pas vraiment fait attention en descendant de la salle commune. Je tourne la tête vers l'entrée de la Grande Salle et je me renfrogne.

- Ah, la voilà ! s'exclame Ann. Tiens, qu'est-ce qu'elle fait avec Caroline ?

J'écoute à peine Ann s'étonner de la discussion entre notre amie et la Serdaigle. Qu'elles semblent parler comme deux vieilles amies alors qu'elles ne se connaissent pas n'est rien face aux personnes qui cheminent à côté d'elle. J'ai fait de mon mieux ces derniers jours pour cacher mon énervement face à Mandy et Sirius, et je crois avoir plutôt bien réussi. Mais il semble avoir décidé de me provoquer. Car à ce moment, c'est lui qui tient Mandy par les épaules, de manière ostensible. Celle-ci a au moins la décence (soudaine et surprenante) de sembler gênée. Passé un moment de choc, je tourne résolument la tête et ignore les Maraudeurs, Mandy et Lily qui s'asseyent à nos côtés. Hors de question que je lui donne satisfaction. Mais j'ai beau me concentrer sur Mary qui fait un timide signe à Caroline avant de s'asseoir et d'éluder les questions d'Ann, je n'arrive pas à faire fuir les images et la colère qui m'habite. Sirius a beau s'être assis à côté de moi et avoir lâché Mandy, rien ne me calme. Même ses gestes hésitants lorsqu'il passe devant moi pour prendre la théière. Tant mieux s'il réalise qu'il a fait une bêtise. Les remords que je pouvais avoir à fouiller sa valise s'évanouissent rapidement.

oOoOo

Trouver un moment pour faire une incursion dans le dortoir des garçons ne prend pas longtemps. Après sept ans de fréquentation, nous avons appris à détecter les signes d'une balade nocturne (et illégale). Lily se paye même le luxe de faire une scène à James.

- Un jour, il va vous arriver des bricoles, à force d'aller dans la forêt interdite !

- Qui te dit qu'on va dans la forêt interdite ? Nous ne sommes pas inconscients à ce point.

Permettez-moi d'en douter ? Engoncée dans le canapé près du feu, je fais mine de ne pas entendre leur dispute, mais je n'en perds pas une miette.

- Oh, si ce n'est pas la forêt, vous vous ferez prendre et vous serez exclu de l'école.

- On a tenu six ans trois-quarts, Lily, on est des experts, fais-nous un peu confiance.

- James Potter, tu es un gamin inconscient et irresponsable ! Va donc marauder et ne viens pas te plaindre après !

Et Lily plante James pour venir s'asseoir à mes côtés. Celui-ci maugrée quelque chose sur les Miss Je-Sais-Tout qui fait rire ses amis, et ils claquent la porte de la salle commune. J'ose alors tourner la tête vers mon amie qui semble très fière d'elle, et nous explosons de rire en même temps.

- Tu as de sacrés talents de comédienne, dis-moi !

- Que veux-tu, six ans trois-quarts de pratique, ça aide…

Sa pique me fait replonger dans mon fou rire et il nous faut encore quelques minutes pour nous calmer. Finalement, je jette un œil à la salle commune encore pleine et me dis que faire fuir les garçons n'était pas le plus difficile. Le problème, c'est qu'on ne peut pas vraiment attendre : on sait quand ils partent, mais jamais quand ils rentrent… Je dirai qu'on a deux bonnes heures devant nous, mais sait-on jamais.

- Comment monter sans se faire repérer ?

- Et pourquoi voudrais-tu que l'on ne se fasse pas repérer ? répond Lily.

Je la regarde avec des yeux ronds.

- Il suffit d'y aller en ayant l'air normal, et personne n'y prêtera attention.

- Lily, tu viens de te disputer avec lui devant la moitié de la maison, et je suis officiellement en froid avec Sirius. Si on monte, tout le monde va le savoir.

- Heureusement que je lui ai emprunté son livre de Métamorphose, alors, dit-elle d'un air malicieux. On va monter le chercher dans notre dortoir et si on ne fait pas trop de bruit en redescendant, personne ne nous verra passer d'un escalier à l'autre. Ca nous fait une excuse si quelqu'un pose des questions, je lui rends son livre, tu m'accompagnes.

- Je vois que tu as tout prévu…

- Que veux-tu, j'ai dû abuser des films.

En théorie, je sais ce qu'est un « film » moldu. En pratique, je ne vois pas en quoi ils ont bien pu inspirer Lily. Les rares que j'ai vu ne parlaient pas de lycéens qui se convertissaient en enquêteurs. Mais bon. Nous décidons de mettre son plan à exécution.

Un quart d'heure plus tard, nous voilà dans le dortoir des garçons. Comme la dernière fois que j'y suis venue, c'est le bazar. Je me demande comment ils font pour garder leurs quatre lits à leur place alors qu'ils semblent être incapables de ranger la moindre chose. Lily fronce le nez en refermant la porte.

- Je ne sais pas comment ils font pour vivre dans ce… chaos permanent. On est cinq et c'est mieux rangé !

- Je suppose qu'ils te répondraient que c'est du bazar organisé…

Je tire sans hésitation la valise de Sirius de sous son lit. Je commence à connaître le dortoir. Non pas que nous y soyons souvent montés ensemble, mais je n'ai jamais craché sur cinq minutes de calme en milieu d'après-midi avec lui. J'ouvre la malle mais je comprends vite que je ne trouverais rien de nouveau dedans. La photo de Regulus est toujours là, sur le dessus même, malgré le verre brisé. Je songe à toutes ces fois, où, depuis la première fois que je l'ai vue, j'ai fait attention aux deux frères lorsqu'ils étaient dans la même pièce. Aux regards qu'ils échangent sans se voir, et où il se reflète plus de souffrance que de colère. Peut-être qu'un jour, lorsque la guerre sera terminée, ils auront l'occasion de… parler, à défaut d'autre chose. Je leur souhaite en tout cas.

Je repose doucement la photo et referme la valise, saisie du même sentiment de malaise qu'avant de monter dans le dortoir. Violer l'intimité de Sirius alors que nous sommes en froid me paraît être déloyal. Une fois l'objet remis à sa place, je me lève et fais le tour du dortoir. Je m'interdis, malgré ma curiosité dévorante, de toucher aux affaires de Remus ou Peter. De son côté, Lily tourne autour du lit de James sans rien trouver. Sa malle est grande ouverte dans un coin, vide.

- Je pense qu'il n'y a rien dans le dortoir, ils doivent cacher leurs affaires ailleurs, je dis pour écourter la visite.

- Non, ils veulent sûrement tout garder près d'eux. Et même s'ils ont une autre cachette, il y a forcément des indices qui traînent.

Je hausse un sourcil sceptique : les armoires, même pas fermées, ne montrent qu'un amoncèlement de vêtements d'une odeur douteuse, presqu'animale, et ce ne sont pas les posters des Pies de Montrose qui vont nous parler de leurs activités : ils sont animés, mais muets.

- A moins que tu ne croies qu'il y ait un code dans les croix du calendrier de Celestina Moldubec, je pense qu'on va faire chou blanc.

Lily abandonne la pile de chaussettes qu'elle fouillait du pied et vient voir ce que je lui montre. Elle tourne quelques pages du calendrier mural.

- Tiens, c'est bizarre, il y a une croix par mois. Qu'est-ce que ça peut-être ?

J'aurai une idée précise si l'on était dans un dortoir de filles, mais ce n'est pas le cas.

- A moins que l'un des garçons cache un lourd secret du genre « je me travestis depuis mes dix ans », je pense que c'est juste leur « soirée entre mecs » mensuelle, tu sais.

- Ca ne peut pas être si important qu'ils la marquent en rouge. A moins qu'ils concoctent une potion qui doit être vérifiée à chaque ple…

Des éclats de voix parviennent du couloir, de voix que je ne connais que trop bien. Lily s'interrompt, pâlit, et je lâche subitement le calendrier. Il nous faut une cachette, et vite. Sans réfléchir, je plonge sous le lit de Peter, tandis que mon amie se fraye un chemin sous celui Sirius. Juste à temps, car la porte pivote et je vois quatre paires de pieds entrer dans la pièce.

- Foutu Rusard ! grogne Sirius.

Il semble contrarié, pour ne pas dire passablement énervé. Pour une fois que ce n'est pas contre moi.

- Il faut qu'on aille la récupérer, répond aussitôt James – et je vois le lit à côté du mien ployer sous son poids. Ca ne doit pas être bien difficile, on est entré dans ce bureau un million de fois. Avec la cape, ce sera de la rigolade.

- Impossible (C'est la voix de Remus), avec la carte, il va nous voir arriver.

- Il faudrait d'abord qu'il comprenne comment elle fonctionne, fait remarquer Peter.

- Je suis sûr qu'il va passer la nuit dessus. On a eu de la chance de ne pas être pris en flagrant délit, il n'a rien pu nous faire. On s'en serait moins bien sortis, sinon…

Je jette un œil à ma camarade cambrioleuse, qui, au vu de son air « je te l'avais bien dit » a compris la même chose que moi : nos charmants garçons se sont fait prendre juste avant de commettre un acte regrettable, et on perdu quelque chose dans l'affaire.

- On ne va quand même pas jeter l'éponge comme ça ! Cinq ans de travail, tout de même !

L'affirmation de Sirius lance la mécanique d'enquête dans mon cerveau. Ils préparent quelque chose depuis leur deuxième année ? Ils sont aussi patients que ça ? Et qu'est-ce que ça peut bien être ? Leurs farces de cette époque étaient souvent de mauvais goût… Alors un truc aussi énorme ? Même si j'ignore de quoi il s'agit, je félicite Rusard d'être intervenu.

- Bah, ça ne nous aurai plus servi à rien dans quelque mois, tempère Peter, que je trouve étrangement philosophe. Je sens une hésitation lorsqu'il ajoute, timide : si on a une occasion, on ira la reprendre.

- Ca me va.

La voix de Remus m'a semblé étrangement forte, comme s'il voulait mettre fin à la conversation.

- On devrait redescendre voir les filles, ajoute-t-il. Autant finir la soirée tranquillement.

- Tranquillement, tu parles. C'est Lily qui va me faire ma fête, maugrée James en se levant. Elle dira qu'elle me l'avait bien dit et que c'est tant pis pour moi, gnagnagna…

Je me mords les joues pour ne pas rire, et redouble d'efforts quand je croise le regard indigné de Lily.

- James a raison, ça ne sert à rien de descendre, renchérit Sirius.

- Oh, vous êtes de vrais gamins !

Je peux presque voir Remus lever les yeux au ciel.

- Luth et toi, précise-t-il ensuite.

J'arrête de rire, qu'est-ce que je viens faire là-dedans ?!

- A vous faire la tête en refusant de faire le premier pas. Y'en a pas un pour rattraper l'autre, vous allez aller loin, comme ça.

Non mais, de quoi se mêle-t-il ?! Mes neurones s'insurgent autant que moi, et ça ne se calme pas quand je vois que c'est à Lily d'arborer une moue moqueuse. Je lui tire la langue, regrettant de ne pas pouvoir parler.

- C'est bon, t'as fini de faire la morale, Sainte Helga ? demande Sirius qui, pour une fois, semble être d'accord avec moi.

Dommage qu'il ne le sache pas.

- Tu sais, il n'a pas tort, dit James d'un ton moqueur.

- Quand on se pâme et qu'on se traine littéralement de peur devant sa copine, on se tait !

James pousse un juron indigné et j'entends un bruit de lutte, assortis de grincement de lits. Oh, j'espère qu'ils ne vont pas tomber par terre…

- Bon, les enfants, ça suffit, couine la voix fluette de Peter. Vous avez tous les deux des problèmes de couple aussi ridicules, ça vous va ? On peut descendre, maintenant ?

Je le bénis lorsqu'après quelques palabres et vannes (notamment pour rassurer Sirius sur le fait qu'ils ne nous ont pas vue dans la salle commune), les garçons se rangent à son avis et que la porte du dortoir se referme. Lily et moi restons un moment avant d'oser bouger, attendant que leurs voix s'éloignent, puis nous poussons un même soupir de soulagement.

- C'était moins une, dis-je sans bouger de ma cachette.

- C'est rien de le dire.

Etant donné que nous en avons chacune pris pour notre grade, nous évitons de ricaner d'un accord tacite. Ca ressortira bien un jour, mais pas ce soir.

oOoOo

Le lendemain, je m'assieds à ma table d'Etude des Runes en pestant après mon imbécile de petit-ami qui ne sait pas sur quel pied danser. Il s'affiche ouvertement avec Mandy mais semble hésiter à la lâcher et à venir me parler dès qu'il me voit. Je ne comprends pas non plus pourquoi Mandy, qui jubile dès qu'il lui témoigne de l'intérêt en temps normal, ne rayonne pas de bonheur. Il a recommencé son manège au repas de midi, et je n'étais vraiment pas d'humeur. Notre descente dans le dortoir des garçons a été aussi amusante que vexante, et a donné lieu à une grande conversation entre Lily et moi jusqu'à tard dans la nuit. Nous avons parlé un peu de tout, ouvert des vannes. J'ai découvert toute la complexité de sa relation avec Rogue (chose dont, je crois, je me serai bien passée). Le problème, c'est que le réveil a été difficile et que je suis encore plus irritable.

- Se fiche de moi, je grogne rageusement en sortant mes plumes. Peut pas savoir ce qu'il veut ?

- Vous en êtes encore à vous chamailler ? dit une voix qui me fait sursauter.

Je n'avais pas entendu Remus s'asseoir près de moi. Je me demande pourquoi il est aussi en avance. J'ai fait exprès de fuir le groupe, mais lui n'a pas de raison valable.

- Tu m'as fait peur ! je râle, un peu agressive.

Mais ça n'a pas l'air de l'embêter.

- Tu sais, vous êtes aussi malheureux l'un que l'autre, dit Remus d'une voix douce. Tu ne crois pas qu'il serait temps que vous mettiez les choses à plat ?

Je hausse un sourcil, à la fois contrariée, surprise et gênée. Contrariée qu'il se permette de me donner des conseils alors qu'il n'est pas doué pour approcher la moindre fille. Surprise, car si me suis toujours bien entendue avec Remus, nous n'avions jamais abordé ce genre de sujet. Nous ne sommes pas si proches. Et gênée, parce que parler de Sirius avec Remus quand on connaît mon passif avec celui-ci, est passablement… eh bien, gênant, voilà. Mais la contrariété l'emporte sur la prudence.

- Ce n'est quand même pas de ma faute s'il fait une crise de jalousie complètement déplacée !

- Complètement déplacée, mmh ?

Je me tourne vers lui, estomaquée. « Qu'est-ce qu'il insinue ? » s'insurge le neurone de la commère en furie. Pour une fois, je trouve qu'il a des pensées tout à fait pertinentes.

- Qu'est-ce que tu insinues ?

- Rien. Je te fais simplement remarquer qu'il y a certaines conversations qu'Ann et toi auriez mieux fait de ne pas avoir dans les couloirs.

J'ouvre de grands yeux, ne comprenant pas à quoi il fait référence. Il semble parfaitement détendu, mais je perçois une once de gêne dans son expression. J'ai beau n'avoir absolument aucune idée de la conversation dont il parle, il faudrait être bête pour n'avoir aucune idée du sujet. Le neurone de la groupie se réveille et s'affole alors qu'il additionne toutes les données de la conversation. C'est mince, très incertain, mais ça suffit à déclencher chez moi une réaction paranoïaque.

- Je… tu veux dire que Sirius… sait à propos de…

Incapable de finir ma phrase, je le pointe très impoliment du doigt. Il acquiesce avec un sourire moqueur, mais je vois bien qu'il est incapable de me regarder. Ca tombe bien, moi aussi. « Je veux mourir ! » hurle le neurone de la groupie en furie. J'enfouis mon visage entre mes mains avec un gémissement d'agonie. Il vient de confirmer mes pires craintes. « Il sait que tu as été amoureuse de lui ! » Il semble furieux. « Le gueux ! Il savait et il t'a laissé mariner pendant des mois et deviner toute seule que tu préférais Sirius ! Traître ! Ami indigne ! Sirius aurait du le scalper ! » « Il l'a probablement fait » répond le neurone de la commère en furie. Mais leur conversation ne m'atteint pas, j'ai des problèmes plus immédiats. Comme, par exemple, comment vais-je faire pour le regarder dans les yeux, maintenant ?

- Maaaais… je fais finalement en relevant la tête.

J'ai décidé d'être courageuse mais je ne sais absolument pas quoi dire. Remus semble très amusé par la situation mais ne me regarde toujours pas. Super, il a réussi à nous mettre mal à l'aise tous les deux.

- Euh… Ce n'est plus le cas… aujourd'hui, je marmonne.

- Je sais bien. Je voulais juste euh… t'expliquer pourquoi Sirius réagissait comme ça.

- Tu n'as réussi qu'à me faire mourir de honte.

Il a un franc sourire.

- Il ne faut pas ! C'était très flatteur de ta part. Même si… hum, je dois avouer que toi et Sirius faites un bien meilleur couple.

- Comment suis-je censée prendre ça ?

Je me sens encore plus mortifiée, et Remus se rend sans doute compte qu'il n'a pas été très délicat, car il baisse la tête.

- Désolé, je ne voulais pas… C'est juste que je suis content pour vous deux et…

- C'est bon, je dis immédiatement pour mettre fin à ce moment de gêne si intense que même les neurones ne savent plus quoi dire. Ca m'apprendra. On peut oublier ça ? Je préférai largement lorsqu'on était juste amis sans… que tu ne sois au courant de… Bref.

Finalement, monsieur daigne enfin tourner la tête vers moi.

- Moi aussi. J'aime bien parler avec toi, ça me donne l'impression de ne pas être la seule personne de Gryffondor à avoir un cerveau.

« Le Maraudeur ressurgit à une allure impressionnante » s'étonne le neurone de la commère, un peu soulagé par la tournure de la conversation. Je sais bien qu'il y aura encore un long moment de gêne après ces révélations entre Remus et moi, mais le fait qu'il arrive à être naturel aussi vite me rassérène aussi. Parce que j'aime encore plus Remus depuis que je suis amoureuse de Sirius. Le professeur choisit ce moment-là pour faire son entrée et je glisse rapidement :

- Ravie du compliment. Tu as ma parole qu'à partir de maintenant je vais m'en servir pour des cours de discrétion.

Il pouffe.

- Il y a du travail, je crois. Tu n'es pas plus discrète lorsque tu es avec Lily que lorsque tu es avec Ann.

Et sur ces paroles énigmatiques, il lève la main pour répondre à la question du professeur. Qu'est-ce qu'il a bien pu entendre de compromettant encore ? Son air me dit qu'il ne dira rien. Je le déteste.

oOoOo

Une attaque, encore. Je me rends à mon cours de Runes, la Gazette à la main, sans même la lire. Le titre m'a suffit, la liste des victimes également. Je ne connais personne. Ce devrait être une bonne nouvelle, mais l'indifférence qui s'est emparée de moi aussitôt la lecture terminée me fait peur. Depuis quand suis-je devenue froide au point de ne même pas me soucier des morts que je ne connais pas ? J'ai toujours été soulagée de ne jamais voir de noms que je ne connaissais pas dans la liste noire, mais le sentiment de malheur ne m'avait pourtant jamais quitté. Jusqu'à aujourd'hui. J'ai parcouru les noms, soupiré de soulagement, et je suis passée à autre chose, jusqu'à ce que je réalise mon comportement.

Je marche nerveusement, un peu effrayée par ma réaction, lorsqu'une voix m'interpelle. C'est Williamson. Je ne peux pas faire mine de l'ignorer. Je l'appréciais au début, mais ces derniers temps, il a multiplié les remarques énigmatiques, me conseillant par exemple de prendre de la distance avec les Maraudeurs. Ann pense qu'il a simplement un béguin pour moi et qu'il est jaloux de Sirius, mais ce n'est pas l'impression que j'ai.

- Salut David. Ca va ?

- Bien, mais toi ça n'a pas l'air.

Je hausse les épaules en montrant la Gazette que je tiens encore.

- Ah oui, j'ai vu.

Il dit ça sur un ton badin, comme si ça n'avait pas d'importance. Je hausse un sourcil. J'ai réagi pareil sur le coup, mais pas avec tant de désinvolture.

- Ca n'a pas l'air de te faire grand-chose.

- Je ne peux pas porter le deuil de tous ceux qui choisissent mal leur camp, lâche-t-il.

- Pardon ?!

Est-il en train de me dire qu'il supporte Voldemort et ses sbires ? Je ne peux pas y croire. Pour ce que j'en sais, c'est un sang mêlé de modeste naissance, doué en sortilège, discret et pas belliqueux pour un sou. Il n'a absolument pas le profil d'un Mangemort. Il soupire à mes mots, lève les yeux au ciel.

- Je ne dis pas que ce que fait Tu-Sais-Qui est bien, Luth. Mais ce qui compte dans une guerre, c'est d'être dans le camp des gagnants. Et je n'en vois qu'un.

A l'entente de cette réponse, ma seule envie – outre le jeter de la tour d'astronomie – est de m'éloigner de lui. J'arbore un air méprisant.

- Si tu penses de cette façon, nous n'avons rien à nous dire.

- Les gens réagissent toujours comme ça, il répond. J'essaye juste d'expliquer les réactions de certains, pas les miennes. Le fait est qu'à un moment donné, on en est réduit à vouloir survivre, et qu'on ferait n'importe quoi pour ne pas mourir…

Je me détourne sans un mot de plus et m'éloigne, tremblante.

- Luth ! Luth, attend, s'il te plait !

Mais je ne réagis pas. Je n'arrive pas à croire ce que je viens d'entendre. Il a bien tenté de se défendre à la fin, de démentir les conclusions auxquelles je suis arrivée mentalement, mais je n'en crois pas un mot. Je ne détecte aucune peur chez lui, pas la moindre inquiétude pour sa vie. Non, s'il soutient vraiment Vous-Savez-Qui, ça n'a rien à voir. C'est par… par ambition ? Si c'est le cas, le Choixpeau s'est sacrément trompé dans sa répartition.

oOoOo

Je passe l'heure suivante à décortiquer ses paroles dans tous les sens, espérant m'être trompée. La conversation a été brève, j'étais préoccupée, je ne lui ai pas laissé le temps de s'expliquer… Peut-être qu'il voulait seulement dire qu'il ne ferait rien qui puisse dresser l'un des camps contre lui ? Après tout, il a voulu me rattraper, il semblait gêné. Mais je n'y crois pas. Je tente de m'en convaincre et regrette le temps où j'étais capable de me mentir à moi-même.

En sortant du cours, je sens que Remus se retient de me demander ce qui ne va pas, mais je ne l'encourage pas. Mon stress est retombé, mais je ne me sens pas encore prête à en parler. Comme c'est l'heure du repas, nous rejoignons les autres sur le chemin de la grande salle. Tout le monde est là, sauf Mary. Je me réfugie auprès d'Ann, tentant d'ignorer les ricanements de Mandy et Sirius, sans succès. Me focaliser sur eux a au moins l'effet bénéfique d'oublier ma préoccupation première.

- L'heure a été longue, me confie Ann sur le chemin. Je ne savais pas que Lily pouvait littéralement roucouler.

Nous tournons à l'angle d'un couloir.

- Si tu savais le nombre de choses…

Je m'interromps en découvrant une scène qui m'horrifie. La première chose que je vois, c'est Mary. Mary toute seule, appuyée contre un mur, qui a les larmes aux yeux, une expression douloureuse inscrite sur le visage et qui se tient le ventre. Elle fait face à un groupe de Serpentards que je ne connais que trop bien : Bellatrix, Mulciber, la fille Carrow, Rogue et Evan. Les trois premiers ont leurs baguettes sorties et affichent un air mauvais, tandis que les deux autres – les plus lucides, peut-être – se tiennent en retrait mais ne perdent pas une miette du spectacle.

Je reste muette de stupeur dans l'instant qu'il faut à mon cerveau pour donner un sens à la scène, puis un cri de colère jaillit de mes lèvres. Baguette tirée, je me précipite vers Mary.

- Bande de lâches ! crie une voix masculine derrière moi, et un jet lumineux me frôle pour aller frapper Alecto.

Cela sonne le début du chaos qui envahit le couloir. Nos ennemis réagissent à leur tour, et les incantations fusent dans l'étroit espace. Pour ma part, je ne songe pas à venger mon amie ni à repousser ses assaillants, bien consciente que d'autres le feront pour moi. Je me protège tant bien que mal des maléfices que je reçois pour rejoindre Mary, car c'est là que me pousse mon instinct. J'arrive enfin auprès d'elle. Lorsqu'elle me voit aussi proche, ses forces semblent l'abandonner et elle se laisse glisser au sol avec une grimace de douleur. Je tombe à genoux et l'étend correctement, cherchant ce qu'ils ont bien pu lui faire. Je connais déjà quelques sorts médicaux, et lance un Venecium Revelio sur son corps. Une fumée violette jailli de son ventre et me laisse désemparée. Je ne connais pas sa signification, mais je sais qu'il est heureux qu'elle ne soit pas noire. Ce qui l'a touchée n'était pas un sortilège de pure magie noire, mais la couleur reste trop foncée pour me rassurer.

- Mary, ouvre les yeux, je lance assez fort pour couvrir les cris ambiants.

Ma requête ne l'atteint pas et je me dépêche de lancer un Aguamenti sur son visage, espérant la ramener à la conscience. Ca fonctionne, car elle gémit. Je vais lui demander de m'expliquer ce qu'on lui a fait quand un éclair jaune frappe le mur juste au dessus de ma tête, m'arrachant un sursaut de peur et de surprise. Je me relève instinctivement, me plaçant devant mon amie blessée et cherchant mon agresseur. Rosier, évidemment.

La colère qui m'a envahie après l'attaque de ma mère revient en force et je meure d'envie d'en découdre avec lui. J'ai déjà un sortilège sur le bout des lèvres lorsqu'une ombre s'interpose et que la voix de Remus me lance fermement :

- Occupe-toi de Mary ! Je te couvre.

J'hésite une fraction de seconde, mais le chaos des sorts qui fusent, les cris et les mouvements du combat ne me permettent pas le luxe de l'hésitation. Tout semble aller trop vite et j'écoute mes réflexes : je retourne auprès de mon amie. J'ai le réflexe, cette fois, de me glisser entre le mur et Mary afin de voir ce qu'il se passe vers nous et d'intervenir le cas échéant. J'essaie de la rassurer et tente de comprendre ses murmures douloureux, mais il y a trop de bruit. Tandis que je m'affaire, inutile, auprès d'elle, je prie pour que les professeurs interviennent rapidement. Un tel grabuge ne peut passer inaperçu très longtemps.

Je jette un œil aux alentours, désespérée de voir une aide arriver, mais le corps de Remus, aux prises avec Rosier pour nous protéger, Mary et moi, me masque une partie de la scène. Mon regard accroche Ann, au premier rang d'un attroupement qui s'est formé. Je crois que je lui crie de faire quelque chose, mais elle ne m'entend pas, figée par l'horreur et l'incompréhension. La colère et la détresse montent en moi lorsque je vois les autres, les curieux, qui ne font pas le moindre mouvement pour nous aider. Ils laissent, seuls, en première ligne, Sirius, James et Mandy contre Bellatrix, Alecto et Mulciber. Ce dernier et Sirius en sont venus aux mains, leurs baguettes gisant inutilement sur le sol. Je fixe mon petit-ami, glacée, espérant qu'il aura le dessus.

- Cesser ce vacarme immédiatement ! tonne une voix bien connue qui me soulage instantanément.

Peter, essoufflé mais livide, se tient aux côtés de notre directrice de maison. La scène se fige brusquement, jusqu'à ce que nos baguettes nous soient arrachées et s'envolent en direction du professeur McGonagall. J'ai le réflexe de la rattraper, sans effets. Je me sens exposée malgré la présence rassurante d'un adulte. Pourtant, je peux sentir la tension retomber d'un coup, devenir moins oppressante, l'inquiétude gagner tout le monde. Sirius et Mulciber s'éloignent, les combattants perdent leur posture agressive pour en adopter une, plus défensive, méfiante, et toujours aussi haineuse.

Seules deux personnes ne semblent pas avoir conscience que la situation a changé. L'absence de leurs baguettes n'a rien interrompu entre Lily et Rogue. Ils se défient du regard, le corps tendu à l'extrême. Le visage du Serpentard est livide et il semble réticent à lever un poing défensif. On voit qu'il redoute l'affrontement. Mais ce qui me peine le plus, c'est l'expression de Lily. Une sourde colère pulse dans ses yeux, son visage est fermé, froid, mais je vois le bout de sa main qui tremble – de tristesse, de peur, de regrets, de rage ? Elle me paraît être une bombe sur le point d'exploser, une fille qui a un million de choses à dire à celui qui lui fait face mais qui ne décrochera pas un mot. C'est un nouveau visage de Lily que je vois, celui d'une jeune femme profondément blessée, écœurée.

Ils attirent tous les regards jusqu'à ce que McGonagall reprenne la parole d'une voix blanche de rage. Alors, tout s'évanouit, mais c'est trop tard. Le temps s'est figé l'instant d'une seconde, juste assez longtemps pour que je comprenne ce que je suis en train de contempler – de vivre. La guerre.


Luth est figée et furieuse, et vous demande de mettre une raclée à ces enflures.

Quant à Caprice, elle vous donne rendez-vous lundi prochain pour le chapitre "The day we died" et offre un neurone de la groupie pour chaque review... quant à celui de la commère, il est réservé à ceux qui devineront l'origine du titre de ce chapitre à venir. Elle voudrait bien atteindre les 150 reviews d'ici l'épilogue, parce que ça sonne bien, vous ne trouvez pas? En attendant, à la semaine prochaine !