Euark. Beurk. Berk. Eurk.

Je manque de vocabulaire pour décrire le dégoût que m'inspire le spectacle qui se joue à vingt mètres de moi.

Vraiment vraiment vraiment vraiment dégoûtant.

Galadriel cherche à attraper les frites que Lena vient d'avaler.

On dirait que tu vas vomir, me lance une Lily assise en face de moi (et j'ai plutôt bien géré, James est juste à ma droite. Je crois qu'ils ont réussi à avoir une conversation civilisée)

S'ils continuent, ça ne va pas tarder à arriver, je réplique en grimaçant davantage.

Et ce que Galadriel ferait bien de penser, c'est qu'il ne peut dorénavant plus compter sur moi. Si j'ai commencé par faire quelques efforts pour lui faire plaisir – après tout, il était mon meilleur ami – Lena n'a pas compris que la politesse devait être réciproque.

J'ai abandonné toute idée d'être cordiale lorsqu'elle a enflammé mes cheveux hier. Certes, je n'ai pas riposté – du moins pas encore – mais le semblant d'entente que je cherchais à construire est tombé en ruines.

- Regarde ailleurs.

Sirius Black ou la voix de la sagesse.

Hum…il n'était pas censé être de l'autre côté de James ? Super, je suis prise en sandwich entre deux garçons qui ont un grand besoin de déodorant. Quoique je trouve enfin un intérêt à ma brusque baisse d'odorat. Au moins je peux supporter leur présence sans douleur aucune.

Et zut. Mon dos recommence à saigner. Ça commence à bien faire. Les marques de mes omoplates se sont bien creusées depuis ma réconciliation avec mon frère. J'espère qu'il n'y a aucun lien avec le fait que je passe la majeure partie de mon temps entourée des Maraudeurs.

Les entailles m'arrivent à présent jusqu'au milieu du dos, et au dessus de mon bassin se dessine déjà la chose que je vais haïr le plus au monde. J'en ai déjà parlé, vous savez de quoi il en retourne. Si cette marque apparaît, je peux dire adieu à mes ambitions de voyage solitaire.

Enfin, je me plains, mais Gal n'est pas en reste. S'il ne se trompe pas, lui-même devra bientôt arriver à la fin du processus. Il n'a plus besoin de moi, de toute façon. Lena lui suffira…

Lena…zut. Je n'avais pas pensé à ça. Hors de question de faire confiance à une Serpentarde. Maël et Carena n'ont rien dit, parce que ce serait les vendre eux-mêmes. Mais si Gal a terminé son chemin ici…il n'aura plus aucune raison de se cacher, et Lena lui aura implanté trop de bêtises dans le crâne pour qu'il songe à moi.

Je devrais apparaître au grand jour, moi aussi. Ça va saigner !

Ah, apparemment Galadriel a trouvé ce qu'il cherchait. Lena roucoule de plaisir. Tous d'eux cherchent à croiser mon regard, l'un en quête d'approbation, et l'autre comme défi.

Je ne vais tout de même pas m'abaisser à leur donner satisfaction.

- Tu lui en veux ?

Sirius Black, le retour. Heureusement qu'il me parle, ça me distrait. Il me sauve la vie, bien que ce soit sans le vouloir. Je ne crois pas qu'il aurait été très discret de faire éclater tous les pichets de la salle.

- Pas à lui, je grogne en tordant ma fourchette. Lena est encore pire que Carena.

C'est, à mes yeux, l'insulte suprême. Galadriel le sait, bien évidement. C'est sans doute pour cette raison qu'il me considère maintenant comme étant l'ennemi public numéro un : je sais pertinemment qu'il m'a entendue.

Je crois avoir mis le feu aux poudres.

Et triple mince, le voilà qui se dirige vers moi vitesse grand V. Ça va être ma fête. Il y a un moyen de désactiver cette triple horreur de machin truc bidule que j'ai sur la main ? Oh, ce n'est pas que ça fait mal, non, c'est juste une vraie torture.

- Tu as dit quoi ? demande-t-il avec les yeux brillants de colère. Je n'ai pas rêvé ?

Il se penche vers moi, et je peux sentir à travers lui l'odeur de Lena. Cette crétine de premier ordre. Hum, il a pris le pli, apparemment. Je ne connais presque rien d'elle, mais déjà je peux voir en celui qui fut mon ami le même pli hautain qui barre le front de sa compagne de bave. Il a adopté son mépris…tss, quand je pense que le Choixpeau l'a envoyé à Gryffondor…sacré gâchis, tout de même.

J'adorerais être à des centaines de miles d'ici. Me disputer avec Gal est loin d'être mon sport préféré. Mais je n'y peux rien. Il a choisi, et n'a aucune raison de revenir sur sa décision. Je regrette juste de devoir lui faire tant de mal. Il veut une joute ? Je vais lui donner satisfaction. C'est si simple de se mettre à la portée des serpents…je comprends pourquoi cette maison détient le record de la plus grosse concentration d'imbéciles de tous les temps.

Bon, ce n'est pas tout, mais j'ai une bataille à livrer. Je suis en désavantage, Galadriel est debout et moi assise. Une table nous sépare, ce serait ridicule que je me mette à sa hauteur. Mais qu'à cela ne tienne, je vais me battre avec les armes qui sont à ma disposition.

Je plante mon regard dans le sien. A nous deux mon pote ! Qui va gagner ? Les paris sont ouverts !

- Mon pauvre Gal, je réplique si bas que personne n'entend mis à part lui, tu n'es vraiment pas dans ton état normal…aucune personne sensée n'accepterait de sortir avec le mépris personnifié.

- Lena n'a jamais méprisé personne ! Au contraire, elle m'a bien dit que c'est toi qui t'es montrée injuste envers elle !

- La parole d'une visqueuse n'est pas de celles à qui on peut faire confiance, je croyais que tu le savais. Mais manifestement, tu es tombé sur la tête.

J'esquive de justesse une gifle qui atterrit sur la joue de Ruby venue au spectacle, et me lève. Il veut passer aux poings ? Merlin, j'espère que Galadriel n'est pas assez bête pour déchaîner sa puissance dans la Grande Salle. En ce cas, je me ferais fort de répliquer en bonne et due forme. Ce serait dommage pour moi, je n'aimerais pas être découverte, mais aussi pour lui. Je suis la meilleure de la promotion en ces matières.

Heu…il a conscience qu'il est ridicule à grimper comme ça sur la table ? Je n'ai pas la moindre intention de m'abaisser à grimper moi aussi.

Admirez le brillant effet de ces deux mots contraires. Je deviens littéraire.

- Ne redis plus jamais ça ! gronde-t-il en détachant chaque mot.

- Redire quoi ? Qu'on ne peut pas faire confiance à Lena ? Mais c'est le cas ! Tu es trop aveugle pour l'avoir vu, mais je ne la classerais jamais dans les gens sur qui compter. Elle me hait, et je lui rends la politesse. Point barre.

Nouvelle esquive. Qu'il est lent ! Quel éléphant ! Enfin, il est descendu de la table, c'est déjà une chose. Nous sommes au même niveau, maintenant.

Je peux voir autour de nous toute une flopée de témoins. Sirius retient vaguement James. Lily caresse sa baguette. Ruby frotte un splendide cocard. Rita Skeeter prend des notes.

Maël et Carena nous observent, une expression indéchiffrable sur le visage. Je les comprends un peu. D'un côté, leur sympathie – s'ils sont capables d'en éprouver – va vers Galadriel et Lena mais d'un autre, ils doivent tenir compte du fait que la chute de notre couverture garantirait la fin de la leur, et que leur mission est de garantir la Paix.

Lena ronronne du plaisir de se voir ainsi défendue. J'hésite…je lui rends Gal en cinq morceaux ou en dix ?

- Je ne te croyais pas si vile.

- Et moi je ne savais pas que tu pouvais être aussi imbécile, je réplique en démontrant une nouvelle fois la grandeur de mon nouveau talent poétique. Je ne cherche pas à te faire renoncer à tes choix, mais sache que ton avis n'est pas le mien. Je t'aimais bien, Gal, jusqu'à ce que cette pouffe rentre dans ta vie. Tu as choisi, c'est parfait. Mais ne me demande pas d'approuver ce que j'abhorre. Ne compte même plus sur mon soutien. Désormais, pour toi, je ne suis rien. Une ombre, un nom, une image du passé. Je ne ferais plus appel à toi, jamais plus. Je te souhaite une bonne journée, Madlock.

Bon, je l'avoue, j'ai un peu tout fait pour l'énerver. Galadriel déteste qu'on lui dise la vérité en face, et je sais être tombée juste. Je suppose lui avoir fait du mal, mais je préfère que tout soit clair entre lui et moi. Je ne supporte pas Lena. Point. Elle me hait. Tant qu'elle continuera sa crise de jalousie à mon égard, je n'accepterais pas d'adresser la parole à l'un ou à l'autre.

Je tente de faire volte-face, mais Galadriel, mû par une étrange et inquiétante force, me retient le poignet. Le tatouage nous liant doit je pense être hors d'usage, alors il utilise la première des armes magiques à sa disposition.

Son Feu est l'opposé de mon Eau.

Je sens une chaleur brûlante remonter le long de mon bras. Je brûle de l'intérieur, et Gal me tient d'une poigne de fer. Son but est de me faire mal. J'ignore ce que Lena a soufflé à mon sujet, mais ce doit être un bien gros mensonge pour qu'il veuille ainsi me faire payer.

Je le sais, il ne s'arrêtera que si on l'y force. Or, Maël et Carena ne paraissent pas juger que le secret soit en risque d'être dévoilé, et me laissent donc mijoter.

Oh non, j'espère que Gal ne s'abaisse pas à cela, tout de même.

Je crois…je crois qu'inconsciemment, il veut que ce soit moi qui hurle au grand jour. Il veut que je montre à tous ma monstruosité. J'ignore s'il me laisserait assassiner qui que ce soit, mais il veut ma perte. C'est certain. En me faisant brûler, il risque de déclencher en moi une réaction phénoménale, bien pire que celle de la forêt.

Quel mensonge Lena a bien pu inventer, nom d'un chien ?

Bon, je m'en occuperai plus tard. L'important est que je me dégage.

Mes sens sont déjà exacerbés, et j'ai du mal à réfléchir : je dois lutter contre mes instincts. Les premières brûlures s'emparent de moi. Un feu me prend les yeux. Je n'ai plus que quelques secondes avant de devenir incontrôlable.

Certains peuvent croire qu'il me serait facile de me débarrasser de lui par un coup bien placé. Rien n'est plus faux. Je dois agir judicieusement, ou sinon Gal augmentera mes souffrances.

Trouvé.

Je me concentre un moment, puis redresse la tête, que j'avais renversée en arrière. Mon regard croise à nouveau le sien. Je n'y lis nulle haine, mais plutôt une colère féroce, une soif de vengeance. Ça ne lui plaît pas plus qu'à moi de faire cela, mais il estime qu'il en est de son devoir, pour Lena.

Amis de l'hygiène, s'abstenir.

Je crache l'équivalent d'une bouteille d'eau. La plupart du courant l'atteint, le reste se répand sur ses épaules. Ce n'est pas très élégant, je vous l'accorde, pas très hygiénique, mais c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour ne pas trop en faire. Certains se poseront des questions, évidement, mais je ne crois pas que le secret des élèves de Brocéliande soit en danger.

Gal me lâche immédiatement, et la douleur s'estompe. Mes sens recouvrent leur acuité habituelle, mais je me connais assez pour savoir que je dois m'isoler pour quelques heures.

Personne ne me suit tandis que je quitte la salle d'un pas théâtral.