Chapitre 21 : Quelques jours d'insousciance
Emergeant de l'écoutille en clignant des yeux, Stephen goûta à la douce chaleur du soleil sur son visage. Une légère brise lui rappelait les journées d'été de son enfance, et la température ne tarderait pas à monter. L'Achéron se détachait à contre jour dans les rayons matinaux, projetant une ombre magistrale sur le pont du Surprise. Des bruits sourds dus aux réparations résonnaient ci et là, masquant à peine le vacarme crée par l'agitation de l'équipage. Le navire serait bientôt apte à reprendre la mer, et le Surprise l'escorterait à Valparaiso. Constatant que Jack n'était pas en vue, Stephen de dirigea vers le bastingage dans l'espoir d'apercevoir la personne qu'il cherchait. Alors qu'il s'approchait de l'océan, un son de voix caractéristique résonna sur la surface bleutée. Le rythme étrange ne rappelait aucun chant de l'époque, et Stephen du se concentrer pour distinguer la signification des paroles à cause du bruit ambiant.
I kissed a girl and I liked it
The taste of her cherry fresh skin
I kissed a girl just to try it
Hope my boyfriend don't mind it
Ooops….
Alors qu'elle remontait l'échelle de corde après son bain matinal en chantant à tue tête, Frances se trouva nez à nez avec son catholique de mari. Son expression choquée ne lui échappa pas, et elle se rendit soudain compte de la chanson qui lui était venue à l'esprit. Souriant d'un air contrit, la jeune femme gravit les dernières marches qui la séparaient du pont, et vint se placer devant lui, un air de défi sur son visage. Ses cheveux dégoulinaient d'eau salée dans son dos, et les vêtements de coton moulaient ses formes plus que de raison. Provocante au possible, elle contempla avec amusement les sentiments contradictoires qui traversaient l'esprit du docteur. Avant qu'il ne puisse émettre une opinion quelconque, elle reprit doucement :
It felt so wrong
It felt so right
Don't think I'm in love tonight
Avancant vers l'homme qui la dominait d'une bonne tête en chantonnant le couplet, Frances plongea ses yeux dans les siens pour le déstabiliser.
- This is highly improper… lui souffla Stephen
- My dear doctor, everyhting that is not meant to be is not disgusting…
- But…
Frances apposa un doigt dégoulinant sur les lèvres du docteur.
- I should get dressed, the look on the Acheron's faces tells me that this wet cloth shows more than it should
Réalisant qu'il retenait sa femme sur le pont plus que de raison, le docteur rougit, et offrit le bras à sa compagne. L'équipage du Surprise était habitué à ses bains matinaux, d'autant plus que Jack la rejoignait parfois. Leur loyauté pour l'amie du capitaine et la femme de leur bien aimé chirurgien permetttait à Frances de ne pas trop écoper de regards déplacés. Certes Frances était une jolie femme, musclée plus que de raison et dotée d'une poitrine généreuse pour quelqu'un de sa constitution, mais cela ne justifiait rien.
Alors qu'elle se désabillait gracieusement dans l'étroitesse de leur cabine, Stephen s'approcha de la fée des eaux, et commenca à embrasser la peau salée de ses épaules. Puis il entreprit de brosser doucement les cheveux roux de son épouse, jusqu'à ce qu'ils soient parfaitement lisses. Les caresses qu'ils lui prodiguaient étaient féériques, et la jeune femme se laisse aller dans les bras de son amant. C'est ainsi que d'une provocation puérile naquit une étreinte passionée qui s'invita entre son bain et l'élaboration d'une tresse. Les deux amants firent l'amour comme si cela devait être la dernière fois, comme à chaque fois qu'ils partageaient ce doux moment d'intimité.
Le Surprise s'était remis en marche vers le Chili sur ordre du capitaine Aubrey, et Frances avait regagné son perchoir préféré pour profiter de l'air frais. La cabine de Maturin était minuscule et l'enfermement l'oppressait. Même après le rangement radical qu'elle avat effectué, l'espace restait presque impraticable à deux. Aussi fort qu'elle aimât son mari et ses livres, Frances était un être libre et nécessitait de l'espace. Souvent, Stephen montait avec des livres et les deux époux discutaient les théories à l'infini, assis côte à côte sur le banc de poupe. Parfois, Bonden se joignait à deux, parfois c'était le capitaine. Les amis devisaient ainsi pendant des heures sur des sujets variés alliant la science à l'art de la guerre en milieu maritime. Aubrey régaliat parfois la jeune femme de quelques anecdotes de son passé qui incluaient son barreur pour la plupart. Ces moments priviliégiés resteraient à jamais gravés dans m'esprit de la jeune femme.
Souvent, Maturin contemplait la jeune femme danser sur la vergue. La grâce avec laquelle elle évoluait rameneait souvent l'image de la fée dans son esprit, et il avait parfois du mal à se rendre compte qu'elle était à présent sa femme. La plupart du temps, le docteur se sentait transporté par les mouvements hamrmonieux qui émanaient de la danse qui se déroulait au dessus de lui. Parfois cependant, il ressentait une vague de tristesse à l'idée d'être ainsi exclu de cet univers particulier que Frances semblait créer au sein de la structure du navire. Cet après midi là, les ombres que projetaient la danseuse dans le soleil couchant lui donnèrent plus que jamais l'envie de communier avec les élements et de se joindre à elle. Surmontant sa peur des hauteurs et sa maladroitesse habituelles, Stephen décida qu'il tenait à partager ce moment avec son épouse. Alors que les vagues berçaient doucement le navire sur l'océan doré par les rayons rasants, le docteur s'approcha du mât de misaine et se saisit de la corde rêche qui le mènerait sur la plate forme dans un premier temps, puis à la rencontre de sa femme. Accomodant tant bien que mal le roulis, le docteur évolua doucement le long de l'échelle, et se trouva bientôt sur le parquet rassurant de la première plateforme. Du coin de l'œil, Frances avait remarqué la silhouette hésitante qui ballotait le long de l'échelle, et elle surveillait la progression de son amant tout en effectuant quelques allers et retours sur la vergue. Alors que Stephen s'asseyait quelques instants sur la plateforme, la jeune femme se laissa glisser le long d'un corde et le rejoignit, atterissant souplement à ses côtés.
Le visage baigné de lumière orangée, le docteur sourit à la jeune femme, et elle le trouva plus beau que jamais.
- I will never be able to surprise you my dear, will I? dit-il de bon cœur
- Only Jack manages, but the Surprise obeys him so I suspect that they league themselves against me… sourit-elle en retour
Les cheveux roux du docteur flamboyaient dans le soleil couchant, et Frances passa maladroitement une main dans la tignasse désordonnée. Dans les yeux clairs de Stephen se lisaient une multitude d'émotions liées, et l'une d'entre elle emplissait la jeune femme de joie. L'affection qu'il lui portait se lisait littéralement sur son visage, et elle contempla ses traits gracieux alors qu'elle caressait ses cheveux.
- Your hair is fantastic with this light, souffla-t-elle à son amant
- I never wished for such a color, but I cannot deny I look Irish after all…
- I love it so much, it is a part of you, so different…
- You are a red-head too… répliqua-t-il, songeant à quel point elle sortait de l'ordinaire
Frances rougit, mais les rayons du soleil eurent la bonté d'occulter le changement de couleur de ses joues.
- I have to admit that I cheated…
Les sourcils de Stephen se relevèrent de surprise, et il lui adressa un regard incrédule.
- What would you mean by this my dear wife?
- This is color is not exactly the one I was born with… glissa-t-elle un peu honteuse
- Really ? How … ? interrogea le docteur en remarquant pour la première fois la discordance entre ses sourcils et ses cheveux flamboyants
- I was born with white hair, and kept it for at least ten years… then it became a bit darker, changing with years and seasons, sometimes dark blond, sometimes brown…
- That is not unsual for kids to change color. But what with the red color then? It suits you so well…
- I had some rusty reflections, a bit of a red colour by istelf, so I used some henné to accentuate it
- Oh, it that the herbal leaves they use in India and Nort Africa?
- Yes, exactly! s'exclama Frances, impressionnée de la culture du docteur
- Well, commença Stephen en caresssant une mèche rebelle, I love it like this. This colour suits your character, you are like fire and it only seems fair that your appearance matches this…
- Thank you my husband, fit Frances en se redressant, I am glad you do not think ill of me for changing my appearance. Will you join me ? ajouta-t-elle en tendant la main à son amant
- Sure I will, répondit-il en se saisissant des doigts de la jeune femme, surpris qu'elle ait deviné son intention
Pour la première fois et non sans mal, Stephen monta sur la vergue pour partager la magie du soleil couchant sur l'océan. S'installant à la jonction du mât et de la poutre, le docteur réalisa que l'on pouvait s'installer confortablement et respirer l'air de la liberté à plein poumons. Alors que la jeune femme posait sa tête au creux de son épaule pour contempler les derniers rayons rougeoyants du soleil, le docteur osa détacher l'un de ses bras du mât, et serra son épouse contre lui. Le souffle de Frances caressant doucement la peau de son cou, Stephen se sentit entier, conscient de l'immensité qui les protégeait de la séparation, et pleinement heureux.
Bonden leva les yeux vers la vergue de Fran, comme très souvent depuis qu'elle avait choisi ce perchoir. Les deux époux contemplaient le soleil couchant côte à côte sur la poutre, et le barreur en poussa presque un cri d'émerveillement de voir le docteur là haut. Une voix grave vint le tirer de sa contemplation, et Barett salua son capitaine.
- This is something we do not see every day, don't you think Bonden? demanda Jack d'une voix rieuse
- Aye sir, I would have never thought to see the doctor up there and looking so happy, répondit-il en levant de nouveau les yeux sur le couple. I thought only magic could achieve this…
- Maybe she's really a faerie then, répondit Aubrey avant de disparaître dans l'ombre des voiles
Autour des amants flamboyait leur couronne de cheveux liés par la proximité de leurs corps, et Jack songeait qu'il ne saurait jamais qui était la jeune femme. Alors qu'il regagnait sa cabine et jetait un dernier coup d'œil aux deux amants, il se rendit compte qu'il s'en fichait.
Lorsque les derniers rayons eurent disparus, Stephen se pencha vers sa femme pour caresser ses lèvres des siennes, oublieux des mètres de vide qui le séparaient du pont. Frances goûta à ce baiser avec bonheur, et lorsqu'il lui demanda de danser pour lui à la lueur des lampes et du crépuscule, cette dernière accepta avec joie.
