Chapitre 20 :
Immortelle
Cela faisait plusieurs mois que j'étais devenue une immortelle, et je commençais doucement à sortir de la période de nouveau-née. Carlisle m'avait prévenue que j'allais être très impulsive, qu'il faudrait souvent me nourrir et que, bien sûr, pour l'instant, côtoyer des humains était exclu. Même si, malgré mes instincts qui me criaient que leur odeur devait être mille fois plus alléchante que celle d'un animal, m'imaginer tuer un humain me répugnait.
Je comprenais aussi, au fur à mesure, les conditions de ma nouvelle existence. Plus de rêves, plus de larmes, plus de cœur qui bat la chamade, pas d'enfants,... Quand j'avais compris, cela avait été très dur à accepter. Certes, j'avais Carlisle, le seul homme que j'avais jamais aimé, à mes cotés, et pour l'éternité, mais plus jamais je ne pourrais ressentir ce que j'avais ressenti en apprenant que j'allais donner la vie. Jamais je ne pourrais savoir ce que cela faisait de donner soi-même la vie à une partie de soi-même. Je n'avais rien confié de tout cela à Carlisle, il s'en voulait déjà tellement de m'avoir imposé cette vie sans rien m'avoir demandé. Je ne lui avais que très peu parlé de ma vie, après son départ. Je comprenais désormais que son abandon était une preuve d'amour ultime, et je ne voulais pas qu'il se torture davantage.
Je terminais un nouveau livre quand j'entendis Edward jouer du piano en bas. Je décidai de le rejoindre. Carlisle l'avait créé quelques années avant moi, et il le considérait aujourd'hui comme son fils. Je m'approchai de lui. J'aimais tellement l'entendre jouer, cela calmait toujours mon esprit tourmenté. Même si, en présence d'Edward, je m'efforçais toujours de penser à des choses neutres et heureuses. Il finit son morceau et je restai un moment les yeux clos, les dernières notes résonant encore dans mon esprit.
-J'aime tellement t'entendre jouer Edward.
-Merci. Ma mère aussi aimait m'entendre jouer. Cela l'apaisait aussi, même si à l'époque je ne jouais pas de manière aussi fluide.
Comme chaque fois qu'il évoquait sa mère, le visage d'Edward semblait peiné.
-Comment était-elle ?
Son visage sembla se décontracter et il eut même un léger sourire.
-A vrai dire, vous lui ressemblez beaucoup, que ce soit votre visage, ou votre âme. J'ai parfois l'impression de la voir en vous. Elle était comme vous pleine de compassion envers les autres. Elle ne voulait que le bonheur des personnes qui lui étaient chères, et surtout de moi. J'étais son unique fils et à l'époque, elle me couvait tellement que j'en étais parfois las. Pourtant, aujourd'hui, je me rends compte à quel point cela me manque aussi.
-Je suis sûre qu'elle devait être une femme exceptionnelle.
Il m'offrit un léger sourire, qui réchauffa mon cœur froid et je compris que certes je n'aurais jamais d'enfants, mais il y avait Edward. Carlisle le considérait comme son fils et Edward comme son père... Me verrait-il un jour un peu de cette manière aussi ? Il semblait tant attaché à sa mère et je ne voulais en aucun cas qu'il pense que je souhaitais m'imposer à lui de cette manière. Je me rendis compte qu'il entendait toutes mes pensé tard, car il me regardait, le visage soudain peiné.
-Je la vois tellement en vous, et je suis sûr qu'elle vous aurait beaucoup aimé. Je n'ai pas de doutes quand à notre relation : je sais que vous serez une mère exemplaire.
Je souris. Je n'aurais jamais d'enfants qui fussent ma chair et mon sang, mais une mère n'était pas que cela, cela allait bien plus loin. Je m'approchai alors d'Edward et le serrai contre moi. Il venait, sûrement sans le savoir, de m'emplir d'une joie nouvelle.
Apres cela, Edward et moi continuâmes à discuter un moment puis je finis par me rendre compte que moi aussi, j'avais une mère à qui je tenais beaucoup. Une mère qui devait mourir de me savoir disparue. Carlisle m'avait bien dit qu'il me fallait aussi faire le deuil de ma famille, mais pour cela, il me fallait faire une dernière chose.
Plus tard dans la journée, je me rendis donc dans le bureau de Carlisle et pris le papier et ma plume.
« Mère,
Vous allez sûrement être plus que surprise de recevoir cette lettre et pardonnez-moi aussi, mais elle sera la seule et unique.
Vous devez sûrement savoir que je ne suis jamais allée au manoir et l'on a du vous rapporter ma disparition. Mais croyez-moi, je vais bien, je vais même très bien.
Je suis heureuse, et là où je suis, je le serais pour toujours. Surtout, ne vous sentez coupable de rien, tous mes choix m'ont mené ici et je vous supplie de me croire. C'est ici qu'est ma place. Votre tante avait raison. La vie nous pose des difficultés, il ne tient qu'à nous de les dépasser pour en comprendre le sens, et j'ai compris le sens des miennes, d'une certaine façon. Aujourd'hui, je suis en paix.
Sachez que vous serez éternellement dans mon cœur, vous, père, Anne, et que je penserais à vous. Malheureusement, nous ne pourrons nous revoir. Mais imaginez-moi heureuse. Imaginez l'Esmée que vous avez toujours connu avant ces dernières années. Imaginez-moi ainsi car c'est de cette façon que je vis dorénavant. Je suis à nouveau moi-même et je suis comblée.
Embrassez pour moi mon père et Anne, et dites-leur que je les aime. Bien sûr, je vous embrasse aussi, ma chère mère, et sachez que je vous aime et vous aimerais toujours.
A jamais votre Esmée. »
Une fois ma lettre finie, je sentis ma gorge se serrer. Si j'avais pu pleurer, en cet instant, mes yeux auraient été inondés de larmes. Je disais adieu à ma mère dans cette lettre et j'espérais que recevoir ma missive la rassurerait. J'entendis les pas de Carlisle dans les escaliers. Il ouvrit la porte et vint poser ses mains sur mes épaules.
-Tu es sûre de vouloir leur envoyer cette lettre ?
-Oui, mais le puis-je ?
-Bien sûr, mon Amour.
Il se pencha et déposa un baiser au creux de mon cou. Comme à chaque fois, une vague de chaleur m'assaillit. Je n'avais jamais connu le vrai désir mais lui, mon ange, je le désirais tellement. Mais je n'avais connu que William, et je m'étais sentie si souvent souillée que j'avais peur de me laisser aller avec mon Apollon. Je me relevai pour lui faire face et m'agrippai à son cou pour lui faire comprendre ce que je désirais. Il m'embrassa alors avec amour, passion, envie. Je savais qu'il me désirait, mais il ne se faisait en aucun cas pressant avec moi.
Alors que nous échangions un baiser brûlant, je sentis au fond de moi que j'étais prête à m'abandonner totalement à lui.
Je le lui fis alors comprendre en me laissant totalement aller à mes envies. Je l'attirai encore plus vers moi, pour le sentir tout entier contre moi. Il dût comprendre mon changement car il agrippa mes hanches et me souleva du sol. Je m'agrippai à lui, et je le sentis se diriger vers le bureau. Il m'y déposa, continuant ses baisers, et il laissa sa bouche descendre vers le creux de ma gorge, puis jusqu'à la naissance de ma poitrine, ce qui me fit échapper un léger gémissement. Il s'arrêta alors quelques instants et planta son regard dans le mien.
-Esmée, si l'on continue, je ne pourrais plus m'arrêter, es-tu sûre que c'est ce que tu veux ?
-Carlisle, je te veux toi, tout entier. Et je veux être tienne, entièrement.
Il n'en fallut pas plus pour le convaincre. Il prit de nouveau d'assaut mes lèvres, et je le sentis nous transporter jusqu'à notre lit. Il m'y déposa légèrement. J'étais totalement fébrile. Je ressentais de nouvelles sensations, dont je me délectais tellement elles étaient savoureuses. Je passai le reste de la nuit à m'abandonner totalement à celui que j'avais toujours aimé et que j'aimerais pour l'éternité.
