21.

- C'était le commandant Waldenheim que j'étais venu voir !

- Il n'est pas disponible.

- Très drôle, ironisa Rim Pesgold. Vous allez m'annoncer dans la foulée qu'il est sorti faire un petit tour pour prendre l'air ? !

- Il lui arrive de prendre un des jets pour évoluer hors du cuirassé. Là, il est juste… pas joignable !

- Dites-lui de venir me voir, et au trot ! Je me fiche éperdument des raisons qui font que vous m'interdisez sa porte, lieutenant Oxymonth !

Au soulagement du second du Pharaon, Rim n'insista pas et se retira.

Gander eut un profond soupir de soulagement.

« Reviens vite, Algie ! ».


Le Sanctuaire sur lequel était tombé le Pharaon ressemblait à un énorme cristal.

- Est-ce que c'est ton Sanctuaire, l'Unique ? Celui que m'a prédit Pouchy ? jeta Alguérande à la cantonade.

- Si seulement tu étais mort, Algie, toute notre famille serait tant en parfaite sécurité ! jeta le jeune homme avec violence. Oui, si seulement tu étais mort, tout serait si sauf !

- Oui, j'ai entendu cela, moi aussi. Il est très sensible, ce Pouchy, pour ses dix-huit ans. Mais il demeure un gamin, que ses émotions peuvent emporter.

- Colonel Pesgold, comment avez-vous pu arriver ici ! ? s'étrangla le jeune homme.

- Peut-être pour la seule et bonne raison que je suis celui que tu attends ! ricana-t-il.

Alguérande sursauta violemment.

- Mais, vous êtes Humain avant tout ! protesta-t-il encore. Vous ne pouvez pas être l'Unique.

Rim Pesgold rit franchement.

- En fait, « le multiple » me décrirait mieux. Je prends la forme que je veux, quand je veux.

- Et vous êtes le frère de mon général ?

- Disons que je n'ai fait que prendre le contrôle de son corps, le temps nécessaire. C'était jouissif au possible de t'observer au quotidien, t'asticoter pour te pousser dans tes derniers retranchements, je peux te l'assurer.

- Je m'en doute, rétorqua Alguérande. Alors, à toi, qu'ai-je fait comme tort en demeurant en vie ?

L'Unique rugit, prenant une autre forme, celle d'un dragon écarlate.

- Te voilà en terrain familier, pas vrai ? Tu as des ailes de dragon à ce que je me suis laissé dire ?

- Mais je n'ai aucune raison de me mesurer à toi !

- Si tu te laisses dégommer sans réagir, ça me va ! ricana encore l'Unique.

- Je n'ai jamais cherché les affrontements. Je ne te veux aucun mal, je ne te menace pas ! Pourquoi faudrait-il mesurer nos forces ?

- Tu te dresseras contre moi, un jour l'autre, c'est inévitable, nous sommes ennemis par nature, remarqua avec pertinence le dragon.

- Il n'empêche que ce combat est aussi stérile qu'inutile, fit Alguérande.

- Tu te dégonfles ? aboya l'Unique.

- Non, mais j'ai connu bien assez de tourments que pour vouloir d'un combat qui n'a aucune justification ! siffla le jeune homme.

- Je te préviens que si tu refuses toujours de te mesurer à moi, je retourne sur le Pharaon et j'en fais une épave sans plus une vie à bord. Ce cuirassé compte tant pour toi ! Ensuite je m'en prendrai aux cargos de croisière de tes parents et de ton couple d'amis. Ça va, tu as assez de justifications là pour m'empêcher de mettre mes projets à exécution ? Ou dois-je massacrer encore d'autres personnes à Heiligenstadt, puis je m'occuperai également de Terra IV !

- Hors de question ! glapit Alguérande, sa chevelure virant entièrement au noir. Je ne voulais pas te faire du mal mais je ne te permettrai pas d'anéantir ma famille. Elle est tout pour moi ! Mon père m'a tout donné, je ne te laisserai pas tout me reprendre !

Le dragon gloussa de plaisir, respirant précipitamment.

- Ah voilà, nous y sommes finalement arrivés ! se réjouit-il. Nous allons pouvoir faire en sorte de régler nos différends avant même qu'ils ne soient arrivés. Intéressant comme tactique, je pense la réutiliser afin d'agrandir mon territoire !

- Ca n'arrivera pas !

Déployant ses ailes, Alguérande prit son élan et se précipita droit sur l'Unique.

FIN