J'ai particulièrement apprécié la rédaction de ce chapitre, j'aborde une partie vraiment intéressante selon moi. Bon, je ne pouvais pas ne pas respecter la tradition de Mass Effect. Qui veut qu'avant chaque mission finale, on ait le droit à une petite visite de notre romance dans la cabine de Shepard. Du coup, un peu de Shenko dans ce chapitre, je suis plutôt contente du résultat final. J'en ai profité pour faire pas mal de clins d'œil au passé. J'espère que vous aimerez!


Chapitre 20 :

-C'est ouvert !

La silhouette bien familière apparaissait soudain dans son paysage, droite et face à son aquarium, elle semblait effectuer quelques réglages sur le distributeur à nourriture des poissons. Son visage se détourna des mouvements fluets de l'eau, pour que ses yeux se posent enfin sur lui. Elle esquissa alors un bref sourire surpris et amusé, avant de reporter son attention sur les animaux aquatiques.

-C'est curieux, vous n'avez pas pour habitude de toquer avant d'entrer. Je m'attendais donc à voir Liara, c'est bien la seule à prendre cette peine. Dit-elle, sur un ton moqueur. Je plaisante, qu'est-ce qui vous amène ici ?

Shepard quitta enfin la place qu'elle tenait jusque-là, pour se rapprocher de quelques mètres, allant se poster près de son bureau. Le dos courbé, elle fouillait à présent dans une pile de papiers. Il mit un instant avant de se décider à bouger, mais ce ne fut que pour effectuer quelques pas.

-C'est en rapport avec la mission ?

-Non, enfin pas vraiment…

Kaidan plaqua une main à l'arrière de sa nuque, à court de mots et peut-être légèrement gêné.

-Je venais juste m'assurer que tout allait bien, Cortez vous avait trouvée plutôt anxieuse tout à l'heure. Il paraît que vous avez remué toute l'armurerie et qu'elle était sans dessus dessous.

-Ha… Ça, c'est vrai, j'ai un peu tout chamboulé, je ne faisais pas vraiment un inventaire. Disons que je cherchais à me constituer l'armure la plus légère qui soit, mais avec tout de même une capacité et une protection minimum, pour la prochaine mission. Une course contre le temps, je vais devoir être rapide et courir. Alors je ne préfère pas être fatiguée trop prématurément et inutilement, par une armure trop lourde. Ma barrière biotique est assez puissante, je ne m'inquiète pas plus, mais je ne veux pas non plus que le temps de recharge de mes pouvoirs soit trop long aussi. Bref, c'était tout un calcul et je ne parvenais pas à me faire une idée sans toucher et peser les différents ensembles par moi-même. Du coup, j'ai tout sorti et c'était un sacré bazar. Je comprends qu'il ait pu me prendre pour une folle, mais vous, vous comprenez que la préparation est une chose essentielle.

-Oh que oui…

Shepard le gratifia d'un sourire, une main tira sa chaise plus en arrière, puis elle prit place sur celle-ci. Entre-temps, le major était venu s'appuyer contre l'un des angles de sa cabine.

-Il y a autre chose ? S'enquit-elle.

-Parce que maintenant il faut une raison particulière, pour venir vous voir ?

-Non pas du tout, mais en général vous ne faites jamais le déplacement pour rien. Et à vous regarder, j'ai comme qui dirait l'impression que quelque chose vous chiffonne. Vous avez envi de me dire quelque chose, mais vous pesez le pour et le contre, vous hésitez. Vous ne savez pas qu'elle sera ma réaction, ce qui vous perturbe légèrement.

-Quelle perspicacité, comment vous faites ?

-Je vous connais, c'est tout. Aller Kaidan, parlez, on dirait que vous allez exploser. Et le petit nuage que vous avez au-dessus de la tête, m'inquiète un peu.

-J'aimerais que l'on reparle de ce qui s'est passé la dernière fois…

-Kaidan…

-Shepard ! Je suis désolé, mais nous ne pouvons pas fuir ce sujet éternellement. Pour moi, trouver quelqu'un dans un pareil état, n'a rien de normal ! Vous avez fait une crise de panique, Shepard, et ce n'était pas sans raison. Vous êtes sûre que vous allez bien ?

-Tout va bien, je vous l'ai déjà dit, major.

-Pourtant, j'ai vraiment du mal à vous croire cette fois.

-Vous dites ça parce que j'ai amoché votre beau profil gauche, pas vrai ? Glissa-t-elle, l'air taquin.

-Je n'ai pas envi de plaisanter avec ça, Shepard… C'est du sérieux ! Je m'inquiète pour vous, pour votre santé. Pourquoi ne voulez-vous jamais me parler ?

-Ce n'est pas ce que l'on est en train de faire.

-Ce n'est pas ce que je voulais dire. Ne jouez pas à ce petit jeu avec moi. Vous dites que vous allez bien, mais cette crise de panique montre tout à fait le contraire. Vous savez ce que c'est ?

Shepard soupira tout bas, le fixant droit dans les yeux.

-Je sais ce qu'est qu'une crise de panique, je vous remercie. C'était un passage à vide, que voulez-vous que je vous dise de plus, ce n'était pas comme si c'était la première fois que cela m'arrivait. Beaucoup de choses me sont tombées dessus dernièrement, et j'ai craqué, point final.

-Comment ça, pas la première ?

-Il m'arrive parfois d'être prise par ce genre de crises, mais elles ne sont que passagère. Il suffit de s'isoler, dans mon cas l'eau froide m'aide à me calmer. C'est pour cela que vous m'avez retrouvée sous la douche. J'étais angoissée et fatiguée, ma crise a été accentuée par cette sensation d'étouffement. Vous savez que depuis ma "première mort", j'ai tendance à m'affoler quand je ne parviens plus à respirer normalement, c'est un traumatisme du passé auquel je ne peux rien.

Alenko soupira, s'adoucissant légèrement, il plaqua une main sur le sommet de son crâne, avant de faire quelques pas. Shepard le regardait sans rien dire, elle semblait totalement posée et détendue. Alors que lui était gagné par la stupéfaction.

-Depuis quand ?

-Je ne sais pas, cela a dû m'arriver deux à trois fois tout au plus. Souvent au réveil, en pleine nuit, quand vous êtes impuissant face à vos propres songes.

-C'est pour ça que vous redoutez autant le fait de dormir ?

-On peut dire ça comme ça. Écoutez Kaidan, je sais combien cela peut paraître impressionnant dit et vu comme ça, mais je vous assure que ce n'est rien. Vous me connaissez, vous savez que si je n'étais plus en état de bosser, je m'arrêterais immédiatement. Regardez-moi, est-ce que j'ai vraiment l'air d'être à l'article de la mort ? Non, je vais bien, en tout cas beaucoup mieux depuis que je sais que je vais enfin pouvoir botter le cul de ses emmerdeurs.

-Si jamais vous sentez que…

-Oui, j'irais immédiatement vous en parler. Le coupa-t-elle. Si vous n'avez rien à ajouter, j'ai du travail devant moi.

-Shepard, vous avez besoin de faire une pause.

-Et demain, j'ai aussi une mission.

-Je me disais que l'on pourrait peut-être prendre un petit verre.

-Major… Je sais parfaitement ce que "boire un verre", implique avec vous.


-Vous savez Shepard, s'il y avait quelque chose en jeu, je serai certainement bien plus motivé pour jouer !

-Alors c'est ça, vous n'êtes prêt à participer sérieusement, que si vous avez quelque chose à y gagner. Je crois bien que Javik, vous qualifierait surement de primitif ou de primate. Une partie de cartes est bien plus constructive qu'un verre d'alcool.

-Pas quand vous êtes en face du commandant Shepard, et que vous êtes presque certain de vous faire battre à plate couture. Le verre serre à moins déprimer derrière. Et si j'avais une source de motivation, peut-être que mes chances pourraient éventuellement augmenter.

-Qu'est-ce que vous êtes en train de me raconter ! Dit-elle, riant derrière sa main. Bon, admettons, que met-on en jeu, alors ? Je vous le dis tout de suite, je ne cèderai pas la moindre de mes affaires, pas même mon hamster.

-Je n'arrive d'ailleurs toujours pas à croire qu'il soit en vie, celui-ci. Disons que si je gagne, je reste ici cette nuit, si c'est vous, bien je reste aussi ici cette nuit, et plus si affinités.

-"Et plus si affinités ? " Il n'y a pas comme un petit problème ?

Shepard plissa les yeux, amusée, il n'était pas bien difficile d'y voir clair dans son jeu. Tout comme le jour, où il s'était présenté face à elle, prétendant simplement vouloir prendre un petit verre. Ses intentions étaient en vérité toutes autres.

-Vous ne resterez pas ici ce soir, Kaidan. Trancha-t-elle. Vous me forcez la main, et vous devriez savoir que ce genre de choses me rebute.

-Shepard, vous ne savez plus ce que c'est que dormir dans un dortoir. Sérieusement, Vega est en train de me rendre fou, avec ses cochonneries, ses surnoms ! Vous saviez qu'il ronflait?

-A vrai dire, jusqu'à aujourd'hui j'avais un peu tendance à me moquer de ce genre de détails, major. C'est votre faute après tout, c'est bien vous qui avez cédée votre cabine à Liara.

-Je n'ai pas vraiment eu le choix, vous savez comme elle peut-être.

-C'est vrai que quand elle est à bout de nerfs… Heu, non rien… Vous n'aviez qu'à venir m'en parler, j'aurais trouvée une solution. Je ne peux plus rien pour vous. Et là, ça fait près de cinq minutes que c'est à vous de jouer.

Kaidan posa les yeux sur son jeu, avant de se décider à poser une carte sur le bureau de Shepard, qui leur servait alors de table. À son tour, le commandant éplucha son petit paquet, à la recherche de la bonne carte à jouer.

-Ca faisait un bon moment, que l'on n'avait pas pris un peu de temps pour nous deux… Déclara soudain le second spectre humain, Shepard releva la tête.

-C'est vrai, croyez-moi je suis désolée pour ça. Mais actuellement, j'ai l'impression que l'on n'a plus le temps pour rien. Une fois que tout ça sera terminé, je prendrai une longue, une très longue permission.

-Vous en avez besoin, la dernière remonte à noël, autant dire que ça date. Vous avez déjà des projets arrêtés ?

-Je ne sais pas, c'est en fonction de mon commandant en second, vous savez. Si je n'ai pas de nouvelles, il est très probable qu'il me retrouve un matin devant chez lui, à Vancouver. Ou bien alors, je l'engagerai comme cuisinier dans mes quartiers de la Citadelle. Quoique l'idée ne soit pas forcément bonne, ce serait du steak pour tous les repas.

-Ça c'était dur, Shepard !

-Mais pas totalement faux, n'est-ce pas ?

Ils rirent tous deux et presque simultanément.

-Je sais que l'on avait dit que l'on ne reparlerait plus jamais de cette période, mais… J'ai une question qui me trotte dans la tête.

-Je vous écoute. Répondit Kaidan, sans vraiment avoir saisi ce qu'elle venait de dire.

-Vous-vous souvenez de ce message que vous m'aviez envoyé, après Horizon ?

-Shepard, s'il vous plaît… C'est vraiment nécessaire ?

-J'ai besoin de savoir certaines choses, vous me devez bien ça. Cette doctoresse dont vous aviez parlé à l'époque. Rassurez-moi, il ne s'agissait pas de Rahna ? Non, parce que je me suis aperçue que, elle aussi était un docteur.

-Shepard, bien sûr que non, je ne l'avais pas revue depuis plus de quinze ans. Ce n'était pas elle, pas du tout !

-Et avec cette femme, ça ne collait vraiment pas du tout ? Je veux dire, aucun atome crochu, vous en êtes resté à un seul repas ?

La conversation commençait vraiment à devenir gênante pour l'un, alors que Shepard ne semblait nullement être perturbée ou en colère.

-J'espérais ne jamais avoir à en parler. Je vous avais déjà dit le principal dans ce fichu message, et lors de ma convalescence à la Citadelle. Vous étiez morte, j'essayais de me reconstruire, d'avancer. C'était vraiment une période noire, je ne faisais plus rien, je me concentrais sur l'Alliance, je ne voyais plus grand monde, personne à vrai dire. Je m'en veux encore, à cause de moi ma mère s'est fait beaucoup de mouron. Elle n'avait pas besoin de ça. Des amis ont voulu me faire sortir pour changer, passer à autre chose. Alors on m'a organisé ce rendez-vous avec cette doctoresse, après quoi je l'ai vue deux à trois fois. C'était quelqu'un de bien, respectable, gentille, en somme une personne normale. Mais elle n'était pas vous, chaque fois que j'essayais de me concentrer sur son visage, c'était vous que je voyais, c'était plus fort que moi. Il n'y a jamais eu que vous. Un jour il y a eu cette rumeur qui a commencé à se répandre, celle de votre retour. Je peinais vraiment à y croire, à vrai dire je pensais juste que ce n'était que des racontars. Puis les rapports ont continué à se succéder à votre sujet. Je vous ai croisée sur Horizon, ce qui a tout bouleversé. Shepard, cette fille n'était vraiment rien à côté de vous, si j'avais su pour vous je n'aurais pas…

-Eh, ne vous inquiétez pas. Dit-elle, posant sa main sur la sienne. Contrairement à ce que vous pourriez penser, je ne vous en veux pas. Je ne dis pas que sur le moment ça ne m'a rien fait, mais… Comme vous l'avez dit, j'étais morte depuis deux ans, vous aviez parfaitement le droit de refaire votre vie. C'était plus que normale, si jamais je disparaissais, je ne voudrai pas que vous restiez seul. Ce serait vraiment injuste.

-Ne dites pas de choses comme ça, Shepard. Il n'y a pas de raison pour que vous disparaissiez une nouvelle fois.

-Peut-être mais, si jamais cela arrivait quand même. J'aimerais que vous me promettiez, que quoi qu'il arrive, vous ne passerez pas votre vie à m'attendre.

-Shepard…

-Je vous verrais bien avec une petite femme, pas forcément très futée, mais gentille. Avec laquelle vous auriez une maison sur Terre, face à la baie des Anglais. Et qui pourrait vous donner des enfants, vous vieilliriez avec elle, en restant dans l'Alliance. Et…

-Shepard, arrêtez ça s'il vous plaît ? Lança-t-il brusquement et froidement. On dirait que vous êtes en train de vous enterrer ! Qu'est-ce qu'il vous arrive, vous envisagez de mourir ? D'abord vous insistez pour tenir ce rôle suicidaire dans la prochaine mission, puis maintenant ça. À quoi vous pensez, bon-sang ? Vous êtes obligée d'être à ce point égoïste ? Pourquoi vous ne voulez pas comprendre que les gens ont aussi besoin de vous ? J'ai besoin de vous… On passe toujours tout notre temps à vous attendre, à nous inquiéter de ne pas vous revoir revenir. Alors, essayez au moins de ne pas…

-Je ne voulais pas vous froisser. Je cherchais juste à communiquer… Je ne serai peut-être pas toujours là, que je le veuille ou non.

-Ouha, à vous entendre, on dirait presque que vous êtes déjà six pieds sous terre. Arrêtez d'être morbide, Shepard. La seule chose dont j'ai besoin est devant moi, si je veux passer ma vie tout entière à vous attendre, ça ne regarde que moi. Vous pensez peut-être avoir tout compris, mais vous en êtes bien loin ! Grâce à vous j'ai passé la plus belle période de ma vie à vos côtés, et à cause de vous j'ai aussi eu les deux pires années de mon existence. Vous m'avez déjà lâché une fois, Shepard, je vous interdis de recommencer. Je sais parfaitement que vous n'étiez pas la responsable. Vous vouliez sauver Joker, alors vous êtes partie en me laissant derrière. Vous adorez ça, filer comme ça pour jouer avec le feu. Cela ne vous pose pas de problème à vous, mais aux autres si, ceux qui attendent que vous reveniez. Vous m'avez fait deux fois ce coup-là, Shepard, la première vous êtes morte, et la seconde j'ai bien cru ne plus jamais vous revoir. Quand est-ce que vous allez arrêter de penser que vous ne valez rien, que vous n'avez pas votre place ici ?! Qu'est-ce qu'il faut faire, pour que vous cessiez de culpabiliser pour ceux qui ne sont plus là ? Je n'ai aucune envie de redevenir ce zombi que j'ai été, je ne veux pas devoir essayer de vous oublier, ça me serait impossible.. Vous voulez que j'aille bien ? Alors prenez soin de vous, non d'un chien ! Je ne ferai pas votre fichue promesse, Shepard.

-Et je crois que c'est à moi de jouer.

Shepard fixait obstinément son jeu, un profond malaise régnait à présent entre eux. Il était rare que le major perde à ce point ses moyens, ce qui arrivait lorsqu'il atteignait ses limites.

-Excusez-moi, je ne voulais pas élever la voix.

-Ça va, comme je le dis toujours, sur mon vaisseau tout le monde est en droit de s'exprimer librement.

-Shepard…

-Je vous dis que ça va ! Vous savez, je n'en suis pas à mon premier savon, j'ai déjà reçu ma dose de critiques. Une fois, Joker m'a reproché d'être trop renfermée, parce que le scan métabolique de mon armure, indiquait que je n'avais pas été aussi stressée depuis le raid Skyllien. Il m'avait dit qu'Anderson lui avait demandé de me surveiller, parce qu'il s'inquiétait pour moi. Lui qui était le leader de la résistance, coincé sur Terre à essayer de survivre, se souciait d'un officier bien au chaud sur son vaisseau. Ça paraissait complètement ahurissant. À une autre occasion, ma mère m'avait enguirlandée dans un message, parce que je ne donnais plus de nouvelles, peu de temps après ma résurrection. Sur Horizon, vous-même aviez manifesté votre mécontentement parce que je ne vous avais pas informé de mon retour, seulement là je n'y pouvais rien. En définitif, on a souvent tendance à me reprocher mon insouciance vis-à-vis de ce genre de choses. J'en conclus que ça doit être vrai, mais on ne peut pas être parfait.

Shepard plaçait une nouvelle carte sur la table, visiblement satisfaite de sa propre manœuvre, ce qui n'augurait rien de bon pour Kaidan. Elle avait cette expression enfantine, qu'elle prenait parfois, rarement et uniquement à ses côtés. Une pointe de fausse innocence, de moquerie et un peu de maladresse, elle ne semblait vraiment pas lui en tenir rigueur. Non, le froid monologue qu'il venait de lui tenir, était déjà loin dans son esprit.

-Après tout de ce que j'en sais, vous n'êtes pas doué pour flirter, moi je ne suis pas adroite avec mes proches. Un point partout, je crois bien.

-Ouach, Shepard, ça c'était encore plus méchant. Vous savez très bien que j'ai dit que quand j'aurai plus de temps, je pourrai m'entraîner.

-Justement, ça fait quatre ans que vous me répétez ça. Et rien n'a changé dans ce domaine.

-C'est parce que vous ne m'êtes pas d'une grande aide.

-Comment ça, moi ? Vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous, je considère que je vous ai offert plus d'une occasion pour vous entrainer.

-C'est ce que j'ai essayé de faire, sans succès, puisque vous finissez toujours par me demander si je suis en train de flirter.

-La prochaine fois, je ferai mine de ne rien avoir remarqué.

-Vous êtes aussi bonne actrice que bonne danseuse, alors s'il vous plaît, abstenez-vous.

-C'était très méchant, ça aussi ! Qu'est-ce que vous avez tous, contre ma façon de danser, sérieusement ?

-Disons que vous avez tendance à être très…. Enjouée !

-C'est ça, moquez-vous de moi. D'accord, je suis une mauvaise danseuse, une piètre actrice et maladroite avec les formalités relationnelles. Mais vous, vous êtes une tête de mule, un biotique particulièrement arrogant par moments, et un très mauvais tombeur. Franchement à l'époque, si je n'avais pas fait le premier pas, on n'en serait pas là aujourd'hui !

-Parce que c'est vous qui aviez fait le premier pas ? Vous rigolez, Shepard !

-Bien sûr que non, à chaque fois que je croisais votre route, ou que je vous adressais la parole, j'avais l'impression de parler toute seule. Vous étiez figé, et vous me regardiez comme si j'étais une apparition surnaturelle, un fantôme, ou je ne sais quoi. J'étais vraiment mal à l'aise, je croyais que ma présence vous perturbait.

-Vous n'imaginez même pas à quel point au premier abord, vous pouvez être quelqu'un d'impressionnant. Vous en imposez Shepard, par votre présence, votre passé ! Vous étiez le commandant Shepard, le héros du raid Skyllien, vous ne pouvez pas comprendre.

-C'est pour ça que vous n'arriviez pas à aligner deux mots devant moi ? Ou qu'à chaque fois que j'avais le malheur de me présenter là où vous étiez, vous ne souffliez alors plus un mot ?

-La première fois que je vous ai vue, j'étais en train de parler à Anderson. Et vous avez débarqué comme ça, les yeux fixés sur un datapad, pour lui poser je ne sais plus quelle question. Vous n'avez même pas remarqué que j'étais là, l'amiral a fait les présentations et vous m'avez serrée la main, sans même décoller votre regard de cette tablette. Puis au bout d'une minute, vous avez enfin daigné lever les yeux sur moi et vous m'avez dit « lieutenant » ! Après m'avoir longuement dévisagé, vous avez finalement filé, sans ne rien ajouter.

-Bah quoi, lieutenant ? Vous étiez bien un lieutenant à l'époque, non ? Que vouliez-vous que je dise, « Eh lieutenant, allons prendre un verre histoire de mieux se connaitre ! » ? Je ne vous connaissais pas.

-Vous m'avez à peine considéré, Shepard ! Et après vous m'avez fixé, comme si vous me jugiez ou je sais quoi d'autre. C'était franchement bizarre, je crois que même Anderson n'a pas compris ce qui se passait sur le coup.

- Je n'avais pas souvent l'occasion de croiser un autre biotique. Je me souviens de cette poignée de main. J'ai senti un crépitement, j'ai tout de suite compris qui vous étiez. Je ne m'y attendais pas vraiment, alors j'ai instantanément relevé la tête, comme une sorte de sursaut. Après quoi, Chakwas m'a confirmé ça, en m'apprenant que vous étiez un L2. Il ne fallait pas prendre cela pour du mépris, j'étais juste surprise. Ce n'était peut-être pas non plus le moment le plus propice à une présentation, je venais de rejoindre l'équipage d'Anderson et…

-Eh ! C'est bon, on dirait que vous cherchez à vous justifier quatre ans après. C'est du passé, Shepard, je ne me suis pas vraiment senti blessé, loin de là. Maintenant, c'est un bon souvenir. Bref, tout ça pour dire que vous étiez impressionnante.

-Super, donc en gros je vous faisais peur

-J'ai dit "impressionnante", Shepard.

-En tout cas, vous voyez bien que c'était grâce à moi ! J'ai brisé la glace en m'obstinant à venir vous parler.

-Vous y étiez un peu obligé, on travaillait ensemble et sur le terrain ! Puis vous aussi, vous étiez franchement étrange avec moi, avec vos sous-entendus bizarres !

-Comment ça, mes sous-entendus bizarres ? C'était un crime de m'intéresser à vous, mieux connaître les gens avec qui vous bosser, c'est important vous savez ! J'essayais aussi de comprendre pourquoi j'avais un mur en face de moi. Vous étiez différent des autres, en général, soit j'avais affaire à des lèche-bottes, soit à des gens qui n'en avaient rien à cirer de ma renommée, ce que je préférais bien entendu. Vous, vous étiez l'exception à la règle, toujours à part, j'avais l'impression que je pouvais vous parler normalement, que vous étiez un peu comme moi…

-Parce que j'étais aussi un biotique ?

-Non, enfin je veux dire, ce n'était qu'un détail. Vous aviez l'air d'avoir un bagage assez lourd sur les épaules, comme moi à cette époque. Je ne sais pas, c'est dur à expliquer. Ce n'était pas de la curiosité, ou quoi que ce soit de ce genre, peut-être de l'intérêt. Vous n'avez jamais ressenti ce besoin, vous êtes attiré par une personne avec cette envie irrépressible d'aller lui parler ?

-La personne pour qui ça a été le cas, est juste devant moi.

-C'est fou ce que s'est surprenant ! Dit-elle un demi-sourire sur les lèvres. Finalement, je crois que nous sommes à égalité pour ce qui est de ce fameux premier pas. Si tenté qu'il y en est vraiment eut un. Qu'est-ce que vous en dites ?

-J'en dis qu'en tout cas à l'époque, il y avait une personne bien décidée à nous empêcher à passer le cap.

-Joker !

-Je crois que je ne l'ai jamais autant détesté, que le jour où il nous a interrompus avec son message dans l'intercom.

-C'était surtout un pur hasard, il faisait son job quand nous, nous enfreignions les règles !

-Dit comme ça ! Ha et je crois que j'ai perdu la partie.

Shepard leva un poing en signe de victoire, devant l'air dépité du major qui ne faisait que goûter à son énième défaite. D'une extrême injustice selon lui-même, qui donc pouvait parvenir à terrasser l'asse du poker Shepard ? Personne n'avait encore trouvé son pareil, chaque partie se terminait toujours de la même façon, le commandant empochait tous les crédits, quand tous les autres pleuraient sur leur bourse vide. Si bien qu'à présent, la plupart se refusaient catégoriquement à rejouer contre elle, ou à la seule condition qu'aucune somme ne soit mise en jeu. Ravalant sa salive, Kaidan poussa sa chaise en arrière, debout sur ses deux pieds.

-La prochaine fois, je vous laisserai gagner ! Promit-elle, occupée à fourrer le tapi de carte dans son tiroir, histoire de s'en débarrasser.

-Je vais essayer de vous croire sur parole ! Bon ce n'est pas tout, mais j'ai perdu donc je vais mettre les voiles.

Le major lui tourna le dos, déjà quelques pas plus loin. Shepard retombait à son tour sur ses deux jambes, après avoir refermé le tiroir à la hâte et avec fracas. Sa main droite l'intercepta en plein vol, pour se resserrer autour de son poignet gauche. Alenko pivota la tête, interloqué, alors qu'elle prenait bien soin de détourner le regard.

-Vous n'aviez pas dit, que si c'était moi qui gagnais, vous restiez aussi ici cette nuit ?

-Oui mais…

-Puisque je vous le dis. Et plus si affinités, n'est-ce pas ?

Il ne lui en fallait pas plus, Kaidan l'encadrait déjà de ses bras pour finalement la soulever, leurs lèvres jointes. À l'extérieur, le voyant de la porte alors vert jusqu'alors, prit une teinte orangée.


-Normandy à Shepard, vous me recevez ?

« -Cinq sur cinq, on est en place de notre côté, en approche de la station. Et vous ? »

-La navette de Cortez est déjà partie, et on attend plus que votre signal pour lâcher Liara et James sur le terrain. Faites vite d'ailleurs, parce que je crois bien que le lieutenant est impatient. Il est littéralement en train de lacérer le cuire de mon siège avec ses ongles !

« -J'en conclus que Liara et James sont avec vous ! »

-Affirmatif, on effectuera le largage par la passerelle. Bien plus pratique que de passer par la baie d'amarrage, d'ouvrir la grande porte et je vous épargne le reste du récit !

-Eh, Shepard ! C'est inadmissible !

« -Quoi encore, James ? »

- Le discours, vous ne nous avez pas fait votre discours ! D'habitude, on a toujours le trois à un petit speech ! Déclara le lieutenant Vega, penché au-dessus du siège du timonier.

« -Je vous en ai déjà fait un, vous savez, lors de la dernière réunion ! Vous n'allez pas mourir pour ça ! »

-Et ça c'est votre job de commandant, booster les troupes !

« -Demandez-donc à Liara de vous réciter quelques vers asari, je suis certaine qu'elle trouvera quelque chose de très subtile ! »

-Je vous entends, Shepard !

« -Détendez-vous, Liara, je plaisantais. James, si on en ressort sans trop de bobos, je vous paye une tournée ! »

-Je prends note !

-J'espère que cette invitation incluait tout le monde !

« -À votre avis, Joker, est-ce que je suis connue pour faire du favoritisme ? »

-Super, vous avez tous bien entendu, Shepard nous a promis une fête !

« Eh ! Je n'ai jamais dit ça ! » Elle a déclaré, une certaine indignation perceptible dans sa voix, faussement offusquée. À quelques kilomètres de là où se situait le Normandy, se trouvait Shepard, aux commandes d'une navette de l'Alliance. Alors que plus en arrière, le turien et l'humain se tenaient assis sur les banquettes parallèles les unes aux autres, l'un fixant le sol et l'autre vérifiant le bon fonctionnement de son fusil de précision. La communication avec le Normandy activée, et qui émettait d'ailleurs un léger grésillement, à chaque fois que le timonier ou le lieutenant prenait la parole à l'autre bout de cette connexion.

« -Qui est aux commandes la navette ? » Demanda-t-on, sur le moment bien trop concentrée sur le panneau de contrôle, Shepard fut incapable de placer un nom sur cette voix.

-C'est moi ! Déclara-t-elle rapidement. La dernière fois que j'ai laissé le volant au major, le véhicule était entré en collision avec un arbre !

-Shepard… Vous aviez promis d'enterrer cette histoire.

C'était Kaidan lui-même qui avait parlé, dans un bref soupir, voilà qu'il se téléportait à présent au côté de Shepard. De l'intercom sortaient à présent quelques rires en provenance du Normandy, alors que le commandant esquissait un large sourire.

« -Vous n'allez pas vous froisser pour si peu, Kaidan, si ? » Plaisanta Joker, sur des intonations légères.

Le trentenaire ne souffla pas un mot, à quoi bon répondre, il se contenta alors de gagner le second siège présent dans le cockpit. Une sonnerie stridente retentit soudain, attirant immédiatement l'attention de Shepard, qui s'empressa de diriger son regard sur la source du problème, ses doigts actifs. « Merde ! » Marmonna-t-elle, Kaidan penché en avant et un bras tendu, afin de garder un tant soi peu d'équilibre, tentait d'y voir plus clair au dessus de son épaule. Tandis que Garrus se précipitait déjà au poste de commandes.

-Un problème ?

Devant leurs yeux s'affichait à présent une carte de la zone, sous forme de schéma, au point le plus opposé à la navette, l'on pouvait apercevoir la station, où clignotait d'imposants points rouges. Et qui n'étaient pas là auparavant, de moins c'est bien ce que pensait alors Alenko. Ce n'était pas tout, d'autres points semblaient à présent se mouvoir, se déplaçant dans leur direction. Ce qui ne signifiait rien de bon, ils avaient été repérés, avant même d'être arrivés sur place. Shepard ne pu retenir un certain mécontentement, son pied partit se heurter contre l'un des murs métallique de la navette, dans un bruit sourd. Cependant, elle tâcha de rapidement se ressaisir.

-Les gars, c'est foutu pour l'effet de surprise ! Se contenta-t-elle de dire.

-Oh ! Si ce n'est que ça, je n'ai jamais compté sur la discrétion, ce n'est pas mon fort ! Renchérit Garrus, pour détendre l'atmosphère.

-Que fait-on, commandant ? On rebrousse le chemin ?

-Vous rigolez, major ? Au point où on en est, on y va ! On va juste botter des culs un peu plus tôt que prévu !

Les yeux brillants, Shepard lâcha un léger rire alors que selon ses instructions, la navette prenait davantage de vitesse.

-On fonce dans le tas, donc ! Dit Garrus.

-Je vous conseille de vous accrocher ! A-t-elle ajouté, le visage fendu d'un large sourire, alors que quelques minutes auparavant elle semblait au comble du désespoir.

-Normandy ? Activez les systèmes furtifs, on a été repérés, tâche de ne pas en fait autant et de passer avec discrétion. Changement de programme, prévenez Cortez et dites-lui que Rayto et Javik passeront à l'action avant le lieutenant et Liara. L'équipe trois devient l'équipe deux. Joker, vous déposerez donc votre unité, après que nous autres soyons tous à terre. Afin que la plus grosse partie de leur force de frappe, soit concentrée sur nous, vous passerez donc avec moins de difficulté !

« -Reçu, commandant ! »

-Autrement dit, on va tout prendre dans la gueule !

-Vous avez bien compris, Kaidan. Répondit Garrus.

Ses deux camarades concentrés sur la carte holographique, Shepard, elle, s'activait aux commandes de la navette. Celle-ci partit d'ailleurs dans une première secousse, le turien eut tout juste le temps de se raccrocher à un mur, tandis que Kaidan se cramponnait sur son siège. Sur le plan, les points rouges semblaient à présent dangereusement proches d'eux.

-Des aéronefs ! Souffla Shepard.

Une nouvelle fois, la navette fut parcourue d'une nouvelle secousse, sous le rire carillonnant du commandant. Qui semblait prendre plus de plaisir que ses coéquipiers, à cette espèce de course poursuite. Elle tentait d'éviter au mieux les tires adverses, ce qui n'était pas une tâche facile. Premièrement, elle n'était pas un pilote né, deuxièmement, il était près de quatre contre un, la navette étant largement moins souple que les engins ennemis. Shepard tenta une nouvelle manœuvre, la machine repartit alors de plus belle, frôlant dangereusement l'un des aéronefs, sa trajectoire dessina alors une sorte de boucle.

-Shepard, qu'est-ce que vous foutez ! Beugla le major à son côté. On est en plein dans leur ligne de mire.

En effet, quelques secondes plus tard, l'aéronef passait à l'attaque, lançant une déferlante de balles sur la navette. Celles-ci ne firent que se frotter au bouclier cinétique de l'engin aux couleurs de l'alliance. Pour finalement ricocher sur l'adversaire. Quelques secondes plus tard, l'aéronef prenait feu et partait en chute libre. Cette proximité était voulue et calculée par Shepard elle-même, qui avait trouvé un moyen de piéger l'ennemi.

-Après autant d'années, je pensais que vous me faisiez confiance ! Dit-elle, sans perdre le sourire.

« Shepard ? » Demanda-t-on de l'autre côté.

-Je suis légèrement occupé là !

-Tout va bien ?!

-Silence radio ! Ordonna-t-elle, d'un ton sec, il n'y avait pas besoin de le redire trois fois.

Un second aéronef leur collait au train, sans vouloir les lâcher d'une semelle. Le regard à présent dur, le commandant était plus que concentré. Dans une énième manœuvre, elle parvint à faire remonter la navette, de manière à survoler l'ennemi, tout en prenant un peu plus de distance. C'est alors qu'elle commença enfin à tirer. Bientôt, cette deuxième cible ne devenait plus qu'un mauvais souvenir. Sur les quatre aéronefs présents au départ, il n'en restait plus que deux, mais des renforts étaient en route. Elle devenait nerveuse, à en juger par le léger filet de sueur qui glissait tout le long de son visage.

-Qu'est-ce qu'ils foutent ? Dit-elle, ne comprenant pas ce que l'ennemie était en train d'entreprendre. Pourquoi personne ne bouge?

Ce n'est qu'après quelques secondes qu'elle comprit enfin, lorsque les silhouettes des deux aéronefs se dessinèrent derrière elle.

-Bordel ! Cracha-t-elle. Cap, manœuvre évasive !

La navette pivota violemment sur le côté, ébranlée de tout son long, une fois de plus il fallut s'accrocher. Les tires ennemies reprirent de plus belle, et pour la première fois l'un d'eux atteint son objectif. Et chacun fut capable de ressentir l'impact dans la carlingue de l'appareil. Shepard se mordit les lèvres. Trois autres aéronefs étaient à présent de la partie.

-J'espère qu'il n'y a pas de tourelle là-bas !

-C'est très probable, Shepard !

-Cortez, vous me recevez, filez tout de suite sur cette station ! Vous devenez la première équipe, qu'au moins quelqu'un puisse passer dans ce fichu merdier !

« -Commandant ? »

-On vous a largement dégagée la voie, lieutenant ! Maintenant allez-y, avant qu'ils se rebattent sur vous !

La navette vira à droite, le bouclier avait cédé, il était à cinq contre un. Il lui semblait que sa bouche était sèche, pourtant elle n'avait pas soif, mais elle n'avait plus de salive. Shepard se fraya un chemin près de l'un des aéronefs, elle put sentir la tension que renvoyaient ses deux autres coéquipiers plus en arrière. Un second aéronef cru bon de profiter de cette proximité avec l'un de ses collègues, pour pouvoir se rapprocher de Shepard, là était l'erreur. Le commandant profita du second engin en mouvement, pour effectuer une nouvelle manœuvre brusque, déportant la navette vers le bas d'un coup sec. L'ennemi n'eut pas le temps de s'arrêter et les deux machines adverses rentrèrent en collision.

-Deux de moins ! Compta Garrus.

D'après la carte, il n'était à présent plus très loin de la station, seuls quelques mètres les en séparaient encore. Alors Shepard appuya une nouvelle fois sur l'accélérateur, gagnant en vitesse, elle ne cherchait pas à semer ses adversaires, ce qui était presque une chose impossible. Elle voulait seulement pouvoir poser un fichu pied sur ce complexe, le reste importait peu.

-Accrochez vos ceintures !

Ils avaient déjà compris, Garrus filait gagner un siège près du sas, fermant sa ceinture de sécurité d'un coup sec, tout comme Kaidan. C'était du pur suicide, elle ne savait absolument pas si la navette résisterait à l'impact au sol. Elle n'avait vu cela qu'une seule fois par le passé, avec James. La navette fonçait droit sur cette surface plane de la station dont-elle avait parlé, pour effectuer un atterrissage en urgence. Elle régla encore un dernier angle de trajectoire, avant d'échanger un regard avec le major, celui-ci referma sa main autour de la sienne. « Si je meurs aujourd'hui, je vous jure que je vous… » Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, la navette secouée de toute part, celle-ci toucha le sol dans un violent impact et un crissement particulièrement désagréable. L'enfin effectua un dérapage sur plusieurs mètres, en quelques secondes qui semblèrent durer des heures. Le bruit était telle, que chacun nourrissait cette impression que la navette était tout simplement en trait de se décomposer. Un son sourd retentit encore lors de la dernière collision, une tête heurta un mur. Et Kaidan fut incapable de savoir si c'était lui ou Shepard, qui venait ainsi de se cogner. Après ce large déménagement, ce bruit infernal, le calme prit place, brusquement et comme ça, un silence lourd. Mais ils n'étaient pas naïfs, ils savaient très bien qu'il fallait sortir de là et tout de suite, car la navette serait la première cible de l'ennemie.

Sonné, le major fut le premier à réagir, il se leva, sa vision particulièrement troublée, il crut qu'il allait tout simplement s'effondrer à terre. Il parvint néanmoins à se rattraper, le cockpit n'était plus que faiblement éclairé, il cherchait à présent Shepard du regard.

-Garrus ! Cria-t-il à l'autre bout.

Le turien encore assommé, le rejoint aussi rapidement que possible, trouvant le major agenouillé à hauteur d'une Shepard affalée sur son siège et semi-consciente.

-Je crois que sa tête a dû heurter quelque chose… Aidez-moi à la sortir de là ! Beugla-t-il une nouvelle fois, décontenancé.

Garrus s'activa alors avec lui, la ceinture semblait vouloir leur opposer une certaine résistance, refusant de céder. Finalement, ils parvinrent enfin à la rabattre, Kaidan prit alors soin de soulever Shepard aussi doucement que possible. Tandis que Garrus se débattait avec le sas, afin de l'ouvrir. C'est quelques mètres plus loin qu'ils trouvèrent refuge, dissimulés par un large muret, contre lequel ils vinrent appuyer Shepard. Le commandant toussota légèrement, une main plaquée sur sa tête, étourdie, le sang coulait le long de sa joue.

-Shepard, vous m'entendez ?

Kaidan passa une main devant les yeux du commandant, ceux-ci clignèrent légèrement. Le major lui tapota alors les joues, à la recherche d'une réaction, ou pour l'aider à reprendre pleinement conscience. Shepard lâcha quelques jurons, une main plaquée sur sa nuque.

-Merde et qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Demanda Garrus, fixant le major. On lâche l'affaire ?

-Je n'en n'ai strictement rien à cirer de cette mission. Regardez Shepard, vous croyez vraiment qu'elle est en état de continuer ? On fout le camp, essayez de joindre Joker.

À l'entente de cette discussion, les cheveux de Shepard se hérissèrent brusquement, le trouble passé. Elle se contenta de se coller une dose de médigel et leva un regard dur dans leur direction.

-Écoutez-moi vous deux, j'ai dédié six mois de ma vie à ce merdier, ce n'est pas pour abandonner maintenant pour une légère coupure. Si je repars maintenant et sans rien pour prouver mon innocence, et bien justement il vaut mieux que je reste crever ici ! Je ne détalerai pas, sachant que des milliers de vies dépendent de nous ! Je ne pourrai pas vivre avec cette idée, que je ne serai pas allé jusqu'au bout. D'accord, on a eu quelques emmerdes pour venir jusqu'ici, mais on a vu pire. Vous saviez dans quoi vous mettiez les pieds, je vous avais prévenu. Et maintenant vous y êtes, vous n'avez pas le droit de renoncer. Et si jamais c'était le cas, bien foutez le camp, mais moi je reste ici.

-Shepard…

Le commandant essuya la trace de sang de son front, esquissant un léger sourire, sa main vint à la rencontre de la crosse de l'une de ses armes, dont-elle se saisit. Elle se leva alors, pour s'épousseter. Emportée par un vertige, elle vacilla légèrement, avant de retrouver un peu d'équilibre.

-Cortez, vous me recevez ? Vous êtes arrivés ?

« -Oui, commandant ! Et non pas encore, mais nous ne sommes plus très loin. Dites donc, on dirait qu'il y a eu du grabuge de votre côté. Mon capteur indique que vous avez descendu quatre aéronefs à vous seule, mais que vous avez aussi atterri. »

-C'était un sacré bordel, on en est sorti vivant avec deux ou trois bobos… Finalement, on reprend le plan d'origine, enfin le second, pas le dernier et merde je m'emmêle. Garrus, Kaidan et moi allons une nouvelle fois attirer les feux adverses sur nous, pendant ce temps Javik et Rayto se faufilent de leur côté. Et nous, nous-nous séparerons ! C'est bien compris ?

« Oui, chef ! »

-Parfait, Shepard terminé !

Le premier spectre humain se retourna en direction du turien et du major, pour s'apercevoir que les deux hommes se tenaient prêts. Armes en mains, le regard déterminé et en position, Shepard leur offrit alors un dernier sourire. Avant de pivoter une nouvelle fois en avant, les yeux fixés sur l'une de ses tours un peu plus loin.

-Allons-y !