Hey !

Bon bah finalement j'ai décidé de reprendre un vieux texte que j'avais écrit, comme ça, pour m'occuper, et parce que ce pairing m'inspire toujours pour du drame. Bon, je suis un peu sceptique pour la fin, je suis un peu partie en freestyle… En espérant que ça vous plaise tout de même !


Informations :

Titre : Vent

Genre : OS, drama, romance, spirituel, texte à citation, et décidément je suis nulle pour mettre des genres à mes textes

Rating : K+

Contexte : Plutôt pré-Bataille du Sanctuaire

Personnages : Camus, Milo

Pairing : Milo x Camus (mais rien d'érotique, n'ayez crainte, en mettant K+ je n'ai pas fait de faute de frappe !)

Bonne lecture !


« Dans une maison où il y a un cœur dur, n'y a-t-il pas toujours un vent glacé ? »

- Oscar Wilde

La glace conserve les sentiments, les fige dans l'ère du temps. Les emprisonne dans un écrin indestructible, tel un diamant dans le coffre à bijoux du passé. Mais ils sont toujours là. Inchangés, purs comme l'eau limpide d'une cascade, précieux trésors de la vie vécue.

Un jeune homme accueillait dans le creux de ses mains quelques doux flocons de neige. Lisses, symétriques, complexes, bons élèves des lois de la nature. Parfaits. Il leva la tête vers le ciel grisâtre, et il se jura de devenir comme les pétales d'eau qui fondaient et disparaissaient sur sa peau. Il se laisserait guider par le vent du destin, et il accomplirait sa tâche, sans erreurs, sans écarts. Il serait froid. Net. Intransigeant. Inaccessible comme l'eau que l'on tente désespérément de garder dans ses mains, mais qui finit toujours par s'échapper. Sur ces pensées, il disparut à l'intérieur de son temple, tournant ainsi le dos à l'hiver grec naissant pour faire face… À un ouragan grec naissant, disons.

Il devait avoir un cœur de glace. Il devait incarner l'élément qu'il maîtrisait, ainsi son âme ne connaîtrait plus la douleur, et sa mission de Chevalier d'Or ne serait jamais plus mise en doute. Il n'y avait que cela à faire, de toute façon.

Ses cheveux vert d'eau volèrent au gré du vent qu'il fit lever afin de baisser la température ambiante de la maison du Verseau. C'est alors qu'il entendit un éclat de voix, tranchant comme le verre que l'ouragan disperse sur son fugace mais pas moins terrible passage.

- Arrête, tu veux.

Celui à qui on parlait se tourna vers la provenance de cette voix, et il le vit. Lui. Celui qui contrecarrait tous ses plans, aussi complexes fussent-ils, et qui l'interrompait systématiquement dans ses moments de réflexion. L'incarnation même de ce qu'il désirait rejeter : la passion ardente, l'imprévu, la sanglante folie, l'exubérance poussée à son paroxysme. La sourire en toutes circonstances, là où Camus se contentait d'une moue neutre. Mais bizarrement, ce jour-là, il ne souriait pas, lui non plus.

- Je ne te dirai rien d'autre, répondit simplement Camus, de son timbre grave et atonal habituel.

Son turbulent interlocuteur, sans gêne, s'approcha lentement de lui dans un mouvement qui relevait presque du félin et plongea son regard saphir dans les prunelles voilées du chevalier des glaces. Ce que vit ce dernier dans les orbes qui le toisaient manquèrent de le faire frémir.

- Oh si, tu le feras. Tu vas tout de suite cesser d'éviter ma question.

Un demi-sourire étira les lèvres gercées de l'invité surprise, tadis que l'air glacé balayait sa chevelure bleu outremer, ondulés comme les vagues agitées de la mer qui les embrasse au-dehors. Camus soutint son regard avec dédain, le sommant silencieusement de garder ses pensées tordues pour lui, d'autant plus que le moment était très mal choisi.

- Milo, ce n'est pas le moment. Je dois me rendre chez le Grand Pope.

- C'est jamais le moment avec toi. Quand est-ce que tu vas répondre ? Oh, et puis nan, ne dis rien, t'as raison. Toi et moi on connaît la réponse. Seulement, tu veux te payer le luxe de me faire mijoter, de faire ton frigide énigmatique, pour mieux tout détruire sur ton passage !

- Tais-toi. C'est inutile d'en reparler. Si tu n'as rien d'autre à faire ici, rentre chez toi.

Froid. Net. Intransigeant. Comme la main tannée qui étreignait désormais son cou dans un étau si puissant qu'il pouvait à peine trouver de l'oxygène.

- C'est ça… Joue les durs ! Avec moi ça ne marchera pas, tu entends ? Ça ne marchera jamais ! Garde ton numéro de ténébreux pour qui tu veux mais avec moi ça ne servira à rien ! Ne crois pas pouvoir te débarrasser de moi aussi facilement ! Plus tu retarderas l'échéance, plus vite je te courrai après. Tu piges, espèce de lâche ? Tant que la vérité n'aura pas éclaté, je te trouverai où que tu soies. Tu me connais, depuis le temps. Alors arrête de te jouer de moi, tu veux.

Le silence vint danser avec la bise hivernale, qui s'engouffrait entre les colonnes de la onzième maison comme si elle y vivait. Tout mouvement de la part des deux hommes avait cessé, on pouvait presque croire à un zéro absolu transcrit à l'échelle humaine. La voix chaude du huitième gardien du Sanctuaire osa s'élever à nouveau et aller à l'encontre de ce qu'avait dicté la nature pour eux – et à l'encontre même de certains de ses dires précédents.

- Je vais te poser la question, encore une fois … commença le chevalier du Scorpion sans desserrer son emprise sur lui. M'aimes-tu toujours, oui ou non ?

Cette question avait sonné faux aux oreilles du magicien de l'eau et de la glace, qui sentait par ailleurs sa respiration se raccourcir, et peiner de plus en plus à attraper le mince filet d'air qu'il lui était permis d'inspirer et d'expirer. Comment pouvait-on parler d'amour alors que le maître des lieux faisait tout pour nettoyer cette infection et rendre son air le plus pur et aseptisé possible ? Les flammes écarlates de la passion ne devaient plus atteindre le onzième chevalier, quand bien même il s'était laissé faire par le passé. Il avait enfoui ses tendres souvenirs avec l'arachnide au plus profond de son cœur, et il ne souhaitait en aucun cas les faire ressurgir.

Camus avait aimé Milo, ça oui. Comme un damné. Il s'était d'abord caché dans son indifférence naturelle, mais son attirance pour ce curieux chevalier lui étant diamétralement opposé avait eu raison de sa distance. Il voulait que cette fureur, cette impulsivité, cette passion brûlante lui fût destinée, à lui, Camus du Verseau, et rien qu'à lui. Il était follement jaloux de l'émotivité de son confrère, car elle révélait ce dernier aux autres, et les autres n'étaient pas seulement lui. Le français voulait s'emparer du rubis envoûtant qu'était Milo, et le garder précieusement avec lui. Il voulait ressentir sa chaleur quand il avait besoin d'affection. Avoir quelqu'un à qui se confier. Être le destinataire de ses sourires, tous ses sourires, ces fameux sourires en toutes circonstances. Il voulait être toutes les circonstances. Sa seule raison de sourire. C'en était devenu une obsession, terrible, aux limites du malsain. Quand il s'était avéré que cela était aussi à la limite du blasphème, Camus s'était enfin rendu à l'évidence. Désormais, il préférait laisser son joyau fuir, le laisser vivre une vie à son image : palpitante, tumultueuse, amusante. Camus avait bien plus important à faire que de s'attacher à un humain qui méritait mieux que lui. Sa voie était de protéger l'humanité, et il était bien plus doué pour cela.

Milo fut d'abord agacé par la nouvelle absence de réponse de la part de son frère d'armes. Il n'avait même pas le droit à un « non » aussi net et glacial que les autres paroles qu'il avait prononcé. Mais il lui fallait une réponse, coûte que coûte ! Ses mains devenaient moites et un rictus nerveux tordait son visage. Mais il était hors de question de lui montrer ses faiblesses, alors que lui se fermait à son amant comme une coquille sortie de la mer pour se préserver d'une lente agonie.

- Je ne peux pas te répondre.

- Réponds ou je te tue !

Un courant d'air étrangement puissant investit les lieux. Milo avait davantage resserré son étreinte sur le cou de Camus. Ce dernier se heurta alors à un cosmos tourmenté, brûlant de haine, exact contraire de cet amour qu'il croyait être la raison de leur rencontre, prêt à lui bondir dessus. Pourquoi une colère tant exagérée ? Cela ne lui ressemblait pas vraiment. Le grec avait certes une tendance à l'extraversion, mais celle-ci était en réalité plutôt limitée. La réponse à sa question était-elle si importante que cela, au point qu'il lui fut envisagé de mettre en péril la vie de son frère d'armes ? Allons, tant de menaces pour si peu de choses… Après tout, ce n'était qu'une phrase avec le mot « amour » qu'il attendait. Milo s'attachait certes à des détails futiles, mais tout de même… Le maître des glaces soupira.

- Je ne peux pas te répondre car moi-même je ne détiens pas de réponse claire à cette question. Voilà. Je peux y aller, maintenant ?

L'homme à la longue chevelure d'un vert d'eau brillant comme la glace figée sentit la pression sur sa peau disparaître peu à peu. N'osant pas affronter le regard de son camarade, il se libéra pour se mettre sur le chemin de la sortie du temple. Il alla comme une brise glacée. Sans mots, sans regards pour quoi que ce fût. Dans un seul mouvement il emportait tous ses secrets, toutes ses questions, tout ce qu'il devait mettre dehors au plus vite. Milo avait tort quand il disait qu'il était un lâche. Car il faut être bien brave pour renoncer à tout ce qui fait vivre pour une cause qui porte le même nom que celle que vous balayez hors de votre cœur, en même temps que vous vous balayez vous-même hors de votre temple pour vous soustraire à la vue de ce qui peut être encore considéré comme votre seule faiblesse – cette langue chaude et humide qui faisait fondre les flocons, ces cheveux bleu Klein qui dansaient si bien avec le vent...

L'amour d'un homme disparaissait sous le vent glacé, au nom de l'amour qu'Athéna prodiguait aux hommes.

Mais alors, pourquoi Camus n'avait-il pas réussi à répondre non à la question de Milo ? Pourquoi cherchait-il encore des réponses alors qu'il pensait en avoir trouvé une évidente ?

Dans une maison où il y a un cœur dur, n'y a-t-il toujours pas un vent glacé qui souffle pour tenter de ramener ce cœur à la raison ? N'y a-t-il toujours pas un vent, que vous croyez là pour vous refroidir, qui tente désespérément de vous murmurer tout ce qu'il sait à votre oreille ?

Milo le connaissait, ce vent-là. Alors qu'il était désormais seul, ce vent l'entourait, tentait de le réconforter, de faire sécher ses larmes. Mais ce que Milo ne savait pas, c'est que c'était Camus qui envoyait cette brise, depuis le début de leur altercation. Comme pour le supplier, derrière ses mots durs et froids, derrière ses apparences frigides et ses mouvements secs, derrière ses « je ne sais pas », « plus tard », « lâche-moi », de le sauver de lui-même, de lui rendre cet amour qui transcendait même l'amour des dieux. De briser la glace qu'il produisait lui-même et qui l'enfermait peu à peu dans son propre cercueil.

Rattrape-moi car je marche vers la mort, et je préfère être tué de tes mains pour ne pas répondre à une question stupide que d'être tué au nom d'une cause que j'ai trahi, d'abord sans le vouloir, puis délibérément.

Rattrape-moi avant que je ne tombe vers ma fin, et que je préfère me jeter dans les bras d'une faucheuse qui dérobe les âmes avec un sceptre d'or.

Il est impossible d'arrêter le vent qui souffle, et pire encore lorsqu'il est glacé en hiver. Mais Camus aurait beau essayer de se le persuader, jamais il ne pourrait être que vent froid. Vent de la destinée humaine est vent qui sort d'une bouche que l'on peut clore – un baiser suffit.