Les heures qui suivirent furent floues mais au moins ils n'eurent pas à lutter contre le trafic pour revenir à Londres. Mrs. Carlton avait été abandonné pour fermer la maison, faire leurs bagages et ramener Toby à la résidence. Molly et Mycroft se dirigèrent directement vers l'hôpital au nord de Londres, non loin de la maison de sa mère. Elle avait décidé qu'il valait mieux qu'ils passent la nuit dans l'ancienne maison de Molly car la résidence était trop loin de l'hôpital. Mycroft était occupé sur son portable et les détachements de sécurité étaient déjà en place à la maison et à l'hôpital. La maison avait été nettoyé par les gens de Mycroft et était propre. Molly était soulagée de voir qu'il s'occupait de tout avec tant d'efficacité pendant qu'elle s'asseyait, stupéfaite et immobile, alors que la voiture roulait vers Londres. Elle se sentait engourdie et n'avait pas versé une larme jusqu'à présent. Mycroft l'observait attentivement pendant que le voyage progressait et que la soirée commençait. Il s'inquiétait de son manque d'émotivité et du fait qu'elle ne communiquait pas. Pas du tout comme Molly et il s'inquiétait.
Il faudrait au moins une heure avant qu'ils n'arrivent et bien que Molly ait appelé l'hôpital, le médecin de sa mère ne l'avait pas encore rappelée. Molly avait passé en revue dans sa tête ce qu'elle savait des accidents vasculaires cérébraux et s'il avait vraiment été massif, il ne resterait peut-être pas beaucoup.
La difficulté d'être médecin, c'était qu'elle savait ce qui arrivait à sa mère et qu'elle avait vu de tels dommages de première main à la morgue. Elle respirait toute seule ce qui était bien, mais il y avait tellement de variables qu'il était inutile de spéculer. Molly n'aurait qu'à attendre de voir le médecin et de lire le dossier s'ils la laissaient faire. Mycroft lui assura que quoi qu'il arrive, sa mère aurait d'excellents soins. Une fois qu'elle serait assez stable pour bouger, ils la feraient transférer dans un hôpital privé ou une centre de soin proche de la résidence. Heureusement qu'il était avec elle car sa force tranquille, son efficacité et son indépendance lui permirent d'obtenir le genre de soutien dont elle avait besoin en ce moment. Sa vigilance silencieuse, qui l'aurait rendue folle chez une autre personne ne faisait que la rassurer.
Molly se sentait étrangement détachée comme si ce qui se passait ne lui arrivait pas vraiment à elle mais à quelqu'un d'autre. Elle ne savait pas comment se sentir quand elle et Mycroft arrivèrent et franchirent les portes de l'hôpital. Elle ne savait pas si elle était prête à faire face à la mort ou l'invalidité de sa mère. Les choses avaient enfin commencé à changer pour eux et sa mère semblait avoir hâte d'être grand-mère. Pourquoi cela ? Pourquoi maintenant ?
Après une brève vérification à la réception, ils prirent l'ascenseur jusqu'aux soins intensifs. Ils furent admis dans la chambre immédiatement et le médecin fut bipé. Molly s'approcha du lit et baissa les yeux sur sa mère. Elle vérifia automatiquement son pouls avant de prendre sa main. Il était faible mais stable. Jamais une grande femme, Helen Hooper semblait diminué et vieille. Elle avait toujours été tellement forte et féroce et maintenant elle avait l'air si impuissante. Molly l'étudia d'un œil de médecin et ne remarque aucun signe évident de chute ou de paralysie du visage. L'ampleur de l'impact sur les fonctions cérébrales ne serait pas connue tant qu'elle n'aurait pas repris connaissance.
Molly s'assit tranquillement avec Mycroft au chevet de sa mère pendant ce qui sembla être des heures quand le médecin entra, les présentations furent faites et ils se rendirent dans une petite pièce privée au bout du couloir. Son nom était Dr. Edwin Morgan et c'était un homme d'âge moyen avec un visage sérieux et un comportement aimable. Ils étaient tous assis, Mycroft tenant délicatement la main de Molly sans la regarder. Dr. Morgan remarquant la grossesse de Molly, parla doucement mais avec pragmatisme.
- Votre mère a eu un infarctus massif dans les zones du cerveau affectant la parole et la mémoire à long terme. Il n'est pas clair pour nous de quand elle a eu l'AVC et c'est une chance pour elle que sa voisine ne l'ait pas vue hier matin et soit allée vérifier. Nous l'avons mis sous anticoagulants, un thrombolytique pour prévenir la formation de caillots et un médicament pour la tension artérielle. Votre mère semble malheureusement avoir négligé sa santé et sa tension artérielle et son taux de cholestérol sont très élevés. Nous traiterons l'AVC et si elle se remet de cet incident nous pourrons discuter d'autres traitements pour contrôler ces taux.
Il regarda Molly comme s'il évaluait sa résilience.
- Nous ne connaitrons pas vraiment l'étendue des dommages avant son réveil mais je me sens obligé de vous dire qu'il s'agissait d'un événement grave et qu'il y a un risque élevé d'un autre AVC. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir, mais vous devez savoir que le résultat pourrait ne pas être bon. Nous espérons en savoir plus dans les prochaines 36 heures. Avez-vous d'autres questions ?
- Pas maintenant mais je suis sûre que j'en aurais. Je suis pathologiste à Bart's et je sais ce que vous dites et je comprends la gravité de l'état de ma mère.
Molly le regarda avec beaucoup d'attention.
- Merci de vous occuper de ma mère et tenez-nous au courant.
Le Dr. Morgan hocha la tête et leur tendit une carte.
- C'est mon numéro ainsi que celui de l'hôpital. Votre mère est stable et je vous recommande de rentrer chez vous et de vous reposer.
Il posa une main légère sur l'épaule de Molly, fit un signe de tête à Mycroft et partit.
Molly regarda Mycroft qui avait très peu parlé depuis son arrivée à l'hôpital.
- On devrait rentrer à la maison et se reposer. Il est tard t je suis épuisée et je suis sûr que tu ressens la même chose. Tu n'as pas besoin de rester avec moi chez maman si tu n'es pas à l'aise. Je peux appeler une voiture demain matin et tu me retrouveras plus tard à l'hôpital. Si tu pense que je ne devrais pas être seule tu peux toujours envoyer Mrs. Carlton. Elle avait l'air mal à l'aise. Je suis sûr que tu ne t'attendais pas à signer pour ce genre de chose dans le cadre de notre accord.
Mycroft l'étudia et essaya de lire ses émotions. Il ne savait pas quoi faire non plus et c'était frustrant pour quelqu'un qui avait l'habitude de contrôler la plupart des situations. Il était sur un nouveau terrain et n'était pas sûr de savoir comment diriger.
- Que veux-tu que je fasse, Molly ? Je me plierai à tes souhaits.
Elle le regarda et lui donna un fantôme de sourire.
- J'aimerais que tu restes si tu le peux. Ta présence est un grand réconfort pour moi et je préférerais que tu sois avec moi plus que n'importe qui d'autre en ce moment.
- C'est réglé alors. J'ai pris la liberté de faire livrer de la nourriture et je t'accompagnerai à la maison. Je ne veux pas que tu sois seule non plus.
Il se leva et lui tendit la main.
- On va te ramener à la maison, te nourrir et te border. La voiture est en route.
Elle se leva, s'avança et se pencha vers lui. Il était chaud et sentait bon et comme la maison.
- Je suis tellement fatiguée, chuchota-t-elle.
Il mit son bras autour d'elle et ensemble ils quittèrent l'hôpital juste au moment où il commençait à pleuvoir.
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Ils arrivèrent à la maison et il faisait presque sombre à l'exception d'une petite lumière allumé à une fenêtre. Il avait commencé à pleuvoir sérieusement et Molly fouilla son sac pour trouver ses clés. Le chauffeur récupéra leurs sacs de couchage dans le coffre et Mycroft vint sur le côté de la voiture, ouvrit son parapluie et ensemble se précipitèrent vers la porte d'entrée. Molly inséra la clé et ils entrèrent. Elle fut instantanément submerge par le parfum léger de sa mère, recouvert des odeurs réconfortantes et nostalgiques de la maison. Ses yeux se levèrent mais elle ravala avec force les émotions. Elle alluma la lampe dans le salon principal. Le chauffeur apporta leurs sacs à l'intérieur et regarda Mycroft qui le renvoya d'un petit signe de la tête.
- La cuisine est juste là et il y a une petite chambre à cet étage qui était la mienne. La chambre de ma mère et la salle de couture sont à l'étage.
Molly posa son sac et alla dans la cuisine.
Il y avait des sacs à emporter du restaurant chinois local sur la table. Pas de nourriture inspirée mais chargée de légume et assez douce pour ne pas lui faire mal à l'estomac. Sa nourriture thaïe adorée sentait divinement bon mais en rendait pas sa digestion heureuse. Elle mourrait d'envie de prendre un boisson forte mais elle n'aurait qu'à prendre sur elle et prendre du thé au jasmin à la place.
Elle s'arrêta un moment et faillit éclater en sanglot quand elle vit une seule tasse et un plat dans l'évier, attendant d'être lavés. Combien de fois avait-elle vu sa mère prendre sa dernière tasse de thé et sa petite collation après le souper, rincer la tasse et l'assiette et les laisser dans l'évier pour les laver avec les plats du petit-déjeuner ? Elle avait dû avoir l'attaque après le diner et avant de se coucher. Molly ne voulait pas penser à sa mère, seule sur le sol avec Dieu seul sait quoi en tête sans personne pour l'aider. Molly secoua la tête comme pour bannir les pensées négatives.
Elle s'agitait dans la cuisine familière, mettant la bouilloire en marche et mettant la table pendant que Mycroft la regardait silencieusement depuis l'embrasure de la porte. Elle le regarda d'un air interrogatif mais elle resta en mouvement jusqu'à ce que la nourriture soit chaude, que le thé soit prêt et que la table soit mise.
- C'est fini, pourquoi tu ne t'assois pas, on mangera et on s'arrangera pour les couchages. Tu as été silencieux à quoi tu penses ?
Mycroft s'assit et la regarda attentivement.
- Je me disais que si nous étions un couple marié normal ce schéma, toi t'agitant à la cuisine et moi m'asseyant pour diner, se répéterait encore et encore chaque jour pendant des années avec des variations. Il n'y aurait pas de chauffeurs, pas de personnel, pas de sécurité et pas de menaces, sauf celles qui mettent au défi les gens de payer leurs impôts et de composer avec le stress de la vie quotidienne. Il y a très, très longtemps que je n'ai même pas frôlé la normalité. Trop occupé à diriger le pays je suppose. Je ne peux m'empêcher de penser maintenant à ce que j'ai manqué toutes ces années.
Il s'arrêta et continua.
- Je suis désolée pour ta mère. Je sais que votre relation était troublée mais tu ne dois pas te blâmer pour ce qui lui est arrivé. Je t'ai vu te débattre avec toi-même pendant des heures. Laisse tomber Molly. Tu ne l'as pas causé et tu ne peux pas la guérir. Tout ce que tu peux faire est de faire du mieux que tu peux et accepter ce qui arrive. Je ne suis pas le plus attentionné des hommes, mais je tiens à toi et je ne te laisserai pas t'en vouloir.
Molly soupira.
- C'est si dur de penser à la perdre. Elle est difficile mais elle est le dernier membre de ma famille. Tout semblait être de ma faute quand j'étais jeune et bien qu'elle ne voulait pas me faire sentir comme ça, aucune de nous ne semblait pouvoir m'en empêcher. J'interviens toujours de façon compulsive et assume presque tout ce qui ne va pas, que ce soit au travail, dans mes relations amicales ou avec elle. Je sais intellectuellement que je ne suis pas à blâmer pour l'accident vasculaire mais tout ce à quoi je peux penser, c'est à elle gisant seule et blessée dans cette maison sombre pendant que je faisais l'idiote pendant ma lune de miel bidon. Triste, je sais, mais c'est dur pour moi de ne pas penser comme ça.
Mycroft contourna la table tendit la main au-dessus de la table et toucha sa main.
- Je n'ai jamais été du genre à offrir du faux réconfort. La vie peut-être très cruelle parfois et nos vies sont toutes limitées. Ta mère semblait heureuse pour toi à sa façon et je suis sûre qu'elle ne voudrait pas que tu t'en veuilles. C'est tout simplement de la malchance que nous étions dans le Surrey et que nous n'avons pas pu venir plus tôt. Mais ce n'est pas sûr que nous aurions su beaucoup plus tôt que nous l'avions fait puisque je sais que tu n'avais pas prévu de l'appeler avant notre retour de toute façon. Ça faisait partie de notre plan. Si elle connaissait la gravité de ta situation, penses-tu qu'elle t'en voudrait de ne pas avoir été là ? Je ne crois pas Molly. Bien qu'elle soit une femme difficile, elle aurait tout fait pour toi.
Molly sentit un rush de soulagement et commença à pleurer. Mycroft aussi fut soulagé, car les larmes étaient bien supérieures à son angoisse silencieuse.
- Viens, c'est l'heure d'aller au lit. Ça été une journée pitoyable et tu as besoin de dormir. L'hôpital a nos numéros de portable et il n'y a plus rien à faire ce soir.
Il se leva et la tira sur ses pieds. Sortant son mouchoir de sa poche, il sécha doucement les larmes de son visage. Elle se pencha de nouveau vers lui et respira son parfum réconfortant.
- Ça va aller, Mycroft et tu as raison, je devrais arrêter d'être stupide et aller me coucher. Je vais rincer la vaisselle et préparer les chambre.
Elle commença à débarrasser la table quand Mycroft l'arrêta.
- Je sais que tu crois que je n'ai jamais touché un plat sale de ma vie mais je peux t'assurer que ce n'est pas le cas. Je vais nettoyer ici. Pourquoi tu ne vas pas vérifier les chambres et te préparer à aller au lit. Je serai avec toi bientôt.
Molly eut une vision absurde de Mycroft en tablier et rit à travers ses larmes. Il leva les yeux à sa réaction.
- Tu vois, juste l'idée de moi faisant la vaisselle te fais rire et te fait sentir mieux. Maintenant file.
- Merci, Mycroft. Je suis contente que tu sois là.
Molly lui sourit faiblement et partit pour s'assurer que la salle de bain était propre et que les chambres étaient prêtes. Elle était prête à abandonner la vaisselle mais sa mère ne lui pardonnerait jamais si les draps n'étaient pas frais.
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Pour le meilleur comme pour le pire comme on dit... Et Mycroft semble tenir son rôle de mari très à cœur. Petit moment de remise en question... Il se voit vraiment arrêter d'être le gouvernement britannique? Mycroft en berger... ça y est j'ai l'image en tête.
Désolée pour le retard de ce soir (ou plutôt cette nuit!) je viens de finir mon mémoire mais du coup ça m'a pris beaucoup plus de temps que prévu! Heureusement maintenant je suis LIBEREE!
