Titre: Ce qu'on n'apprend pas dans l'Histoire de Poudlard
Auteur: Mimoo
Rating: T
Disclaimer: Personnages, monde, etc. tout est à J.K Rowling
Genre: Humour/Romance
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Re =)
Bon, alors de un on ne râle pas, je sais que je suis terriblement pas ponctuelle ces derniers temps mais je peux aussi vous jurer que vos menaces de mort ou de tapage n'y changeront rien. Si vous voulez des chapitres toutes les semaines, il faut vous en prendre à mon emmerdeur de patron qui refuse de me laisser quelques jours de congé. Et de deux : Mais naaaaaaaaaaaaan xD Pas de Théo/Hermione. Théo sera sans doute très proche de 'Mione, mais ça ne franchira pas la limite de l'amitié.
J'ai nommé ce chapitre, « le chapitre aux emmerdes ». Vous allez vite comprendre pourquoi. Je m'excuse d'ailleurs d'avance s'il vous paraît un peu décousu, je l'ai rédigé en trois mois (si si) parce que j'avais perdu un peu de motivation, que j'en étais presque arrivée à vouloir arrêter d'écrire. Rassurez-vous, j'irai jusqu'au bout, mais ce chapitre en pâti il me semble.
Pour finir, à l'attention de mes commentateurs anonymes : je vous ai répondu sur mon livejournal dont vous trouverez le lien sur mon profil. Et je remercie tout le monde pour toutes vos attentions ^^
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Chapitre 21 : Meilleurs ennemis
''Everybody's got to learn sometime'' – The Korgis
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Les mots « Théodore » « Pari » et « Zabini » s'imprimaient délicatement en lettres majuscules dans un coin de son cerveau, néanmoins Hermione avait du mal à saisir ce que ces mots impliquaient. Pour comprendre sa situation, il suffisait pourtant de remplir les trous, ce qu'elle tenta donc de faire alors que tout son corps restait paralysé ; Elle était en train d'embrasser Théodore à cause d'un Pari fait avec Zabini. Et c'était déjà plus clair. Pas plus compréhensible, mais plus clair, et la jeune fille se raidit entre les bras du serpentard avant d'amasser toute sa force et la déverser contre son assaillant.
En deux secondes Nott fut éjecté de son espace vital et Hermione, suffocante, demeura figée alors qu'elle retrouvait difficilement son souffle, les bras encore tendus d'avoir repoussé le brun. Elle recula comme elle avait voulu le faire depuis le début, son talon heurta une marche et elle tomba rapidement dans les escaliers, amortissant sa chute de ses mains. Bien qu'elle aurait aimé hurler et demander à Théo ce qui pouvait bien lui passer par la tête alors qu'il était sensé être le second meilleur élève de leur promotion -donc intelligent, normalement-, Hermione préféra d'abord s'assurer qu'elle n'avait rien de cassé -que ce soit sa langue qu'il avait mordue ou son coccyx-.
« Pari gagné », annonça Théodore dont les yeux reflétaient tout le vice de leur propriétaire.
La pauvre brune se releva difficilement. Elle secoua la tête pour se remettre les idées en place, et fusilla son camarade du regard, irritée au plus haut point.
« La prochaine fois que tu oses faire quelque chose de ce genre, je jure sur la tête de Dumbledore que tu trépasseras avant d'avoir eu le temps de dire Merlin, gronda-t-elle et étrangement, Théo parut un peu effrayé.
-Calme Granger, tout ça, c'est de la part de Zabini.
-Pour lui aussi, l'offre est valable si tu vois ce que je veux dire. Maintenant je vous interdis à tous les deux de m'approcher avant la fin du monde ! »
Sans attendre de réponse, furieuse, Hermione ramassa son sac et continua son ascension dans l'escalier de pierre. A son inverse, Théodore descendit les deux dernières marches et retourna en direction de la Grande Salle avec un petit sourire en coin que n'eut aucun mal à voir Blaise, tapi dans l'ombre depuis le départ. La paume du premier se tendit vers le second, et celui-ci grogna un juron avant d'y déposer cinq gallions. Pari gagné.
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Autre lieu, même temps, et surtout même stupéfaction sur le visage blême de Fred qui s'était reculé derrière le comptoir comme pour se protéger, tétanisé à présent alors qu'Alicia le fixait avec un sourire tremblant, prouvant ainsi qu'elle n'était pas plus à l'aise que lui. Au moins, elle, elle n'était pas surprise de sa propre venue. Et d'ailleurs que faisait-elle ici ? Les Dieux comptaient donc détruire Fred jusqu'à la fin de façon à ce qu'il ne puisse jamais se remettre de rien ? Il essayait de mettre ses sentiments au clair, de surmonter toutes ses craintes en les analysant une par une, et voilà qu'elle débarquait. C'était inconcevable et cruel. De sa part à elle s'entend.
« Que...
-Je suis venue te voir », coupa la brune toujours aussi autoritaire avant même qu'il n'ait réussi à articuler sa question.
C'était d'autant plus malsain.
Oui, c'était lui qui était venu la retrouver la dernière fois, oui, c'était lui qui s'était embourbé dans cette relation et s'était vu rejeter deux fois. Pourtant ça restait valable de sa part, parce que c'était justement lui qui l'aimait. Il avait décidé d'aller vers elle et n'avait pu que s'en prendre à lui-même. Mais là. Là c'était elle qui venait, et elle n'en avait pas le droit. Fred aurait juste aimé hurler le prénom de son frère pour être protégé ou fuir, seulement Alicia aurait raison de lui quelque soit sa réaction.
« Pourquoi ? »
Dingue ce qu'il pouvait répéter ce mot ces derniers temps.
Alicia rejeta une mèche de cheveux derrière son épaule, continua à sourire et s'approcha. Fred eut à nouveau un mouvement de recul qui lui fit un instant repenser à Hermione. Il se répétait, et les situations se répétaient. Et lui n'avait juste pas le même rôle, tour à tour proie et prédateur.
« Je vais pas te manger. »
Non. Juste le détruire.
« George n'est pas là ?, demanda-t-elle ensuite avec un regard légèrement inquiet vers les escaliers avoisinants.
-Qu'est-ce que tu veux ?, éluda fermement son ancien camarade qui dut secouer la tête pour se reprendre et retrouver toutes ses facultés primaires.
-Je... »
Il la vit prendre appui sur le comptoir, passer une main gracieuse dans sa nuque et finalement... baisser les yeux.
Fred comprit à cet instant précis que quelque chose n'allait pas pour elle et qu'elle n'était pas venue là pour le faire souffrir -même si elle le ferait quoiqu'il se passe inconsciemment comme lui ne pourrait s'empêcher de blesser Hermione à l'avenir-. Jamais encore Alicia n'avait courbé l'échine devant quelqu'un, ou devant des événements, des sentiments, ni quoique ce soit d'autre. Et même si elle avait dû le faire, elle ne l'aurait pas fait devant lui, surtout pas devant lui, par fierté et orgueil.
Pour cette raison Fred mit de côté ses propres peurs, se promit de réfléchir à Hermione et la bévue du message qu'il venait d'envoyer plus tard, et réduisit la distance entre la silhouette frissonnante de son... amie et lui. Alicia se laissa faire, deuxième preuve impliquant qu'elle n'allait pas bien du tout, et lorsque les bras du jeune homme se refermèrent sur elle, elle éclata en sanglots contre son épaule. Les yeux du propriétaire de cette même épaule s'écarquillèrent, il resserra sa prise sur elle et ne put que grimacer de douleur quand les petites mains d'Alicia s'accrochèrent de toute leur force à son pull, ses ongles le griffant à travers le tissu.
Plus que jamais il avait besoin de George, de comprendre et de ne surtout pas être seul. Les filles qui pleuraient n'étaient toujours pas son truc. Et le destin voulait qu'il s'agisse constamment de Hermione et Alicia visiblement.
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De: Fred
A: Hermione
Je t'aime aussi.
Que voulait-il dire par « aussi » ? Qu'il lui renvoyait les sentiments qu'elle ressentait pour lui ou juste qu'il l'aimait autant qu'il aimait Alicia ? Vu leur dernière conversation en date, le message était ambigu.
Hermione se recroquevilla sur son lit et s'enroula dans sa couverture, les yeux dardés sur son Coqtable posé à ses pieds, éteint depuis longtemps à présent. Elle n'avait plus besoin de voir le message reçu un peu plus tôt dans la mesure où elle le connaissait désormais par cœur. Les mots étaient là, bien là, pourtant il lui avait fallu plus d'une demie-heure pour réussir à en comprendre le sens. Son cerveau tambourinait aux quatre coins de sa boite crânienne, elle avait froid comme si elle était victime d'une mauvaise grippe et son cœur venait d'exploser. Tout ça était des plus ridicules, il était impossible que ce message soit de la main de Fred. Si Lavande lui avait encore fait une farce, ce n'était pas drôle.
Qu'avait-elle pu envoyer d'ailleurs, celle-là, pour que Fred en vienne à écrire ce genre de choses absurdes et dénuées du moindre sens ? Chantage, mensonge, moquerie, provocation, Lavande avait dit que Hermione la remercierait plus tard, qu'est-ce qu'elle avait dit à Fred ? Pourquoi ce revirement de situation ? Et qu'est-ce qui lui prenait à Fred, si c'était bien lui qui avait écrit ?
« 'Mione ? »
La porte s'ouvrit pour laisser entrer Ginny qui sourcilla avec inquiétude en voyant son amie prostrée, les mirettes dans le vague et l'air absent. Elle fit quelques pas dans le dortoir en prenant soin de vérifier que personne n'était présent, vint s'asseoir sur le bord du matelas qui s'affaissa et déposa une main douce sur la couette recouvrant Hermione, laquelle sortit peu à peu de sa transe.
« Lavande et Parvati m'ont dit que tu voulais rester seule... Quel est le problème ? »
Le problème ? Le problème c'était que le garçon dont elle était amoureuse se comportait de manière saugrenue et qu'il était en train de lui insuffler un espoir sans précédent. Le problème ? Le problème c'était qu'elle ne tarderait pas à recevoir un autre message annonçant qu'il était désolé, qu'il s'était trompé dans ses jugements. Le problème ? Le problème c'était qu'elle pouvait encore espérer même s'il ne l'aimait pas, mais s'il disait qu'il l'aimait, là elle ne surmonterait pas une nouvelle déception.
Hermione ouvrit la bouche, espérant savoir quoi dire pour expliquer ce qu'il se passait dans sa tête, son cœur, sa vie, et finit par fuir en éludant :
« Nott m'a embrassée. »
Ginny, atterrée, se figea un court instant avant de secouer la tête.
« Je savais qu'il avait un grain, je le savais... Les serpentards sont tous tarés..., chuchota-t-elle comme pour elle-même.
-C'était un pari en fait. Avec Zabini », acheva Hermione en se rappelant ce que lui avait dit Théo pour expliquer son geste.
Son amie l'observa attentivement, toujours incrédule mais aussi suspicieuse. Que Nott se montre plus stupide que jamais, soit, mais de là à s'enfermer dans son dortoir et demander à Lavande et Parvati de dégager le plancher pour réfléchir... Si en plus il s'agissait d'un pari, non, elle ne voyait pas le problème. Les serpentards étaient complètement stupides, l'avaient toujours été, et ça ne changeait en rien la vie d'une personne au point de la tourmenter. C'était un pari ! Pas une demande en mariage. Ginny ne voyait absolument pas ce qui pouvait bouleverser ainsi son aînée. A moins que...
« Me dis pas que tu es tombée amoureuse de lui ?, s'horrifia-t-elle en mettant des mots sur ses pensées embrouillées.
-Hé ? »
Hermione se débarrassa d'un pan de la couverture et faillit éclater de rire lorsqu'elle constata à quel point Ginny était sérieuse dans son interrogation.
« Non ! Bien sûr que non ! »
Amoureuse de Nott, mais évidemment. A vrai dire peut-être que tomber amoureuse de lui aurait été plus simple à gérer que d'être accro à un homme qui l'avait rejetée, puis qui s'était amusé à ses dépends, avait fini par révéler son côté totalement névrosé et qui, au final, lui envoyait un « je t'aime aussi » incertain et inapproprié. S'il s'était s'agit de Théodore, Hermione aurait pu y faire face, d'une autre manière. Mais non. Définitivement non. Le jour où elle éprouverait quelque chose pour lui n'était pas prêt d'arriver.
Afin d'appuyer sa réponse, puisque Ginny semblait toujours aussi circonspecte, la jeune femme hocha la tête avec vigueur jusqu'à ce que la petite rouquine soupire, rassurée sur ce point.
« Dans ce cas, qu'est-ce qu'il se passe ? »
Ce disant Ginny se recula un peu et ramena ses jambes sur le lit. Tout dans son comportement et ses regards certifiait qu'elle ne partirait pas sans explications, et Hermione devait bien s'avouer qu'elle finirait par cracher le morceau. Même si elle anticipait déjà la réaction de son amie, qui ne manquerait pas de piquant. Au pire Ginny hurlerait de bonheur en lui confirmant qu'elle avait le droit d'y croire cette fois, que tout irait bien désormais. Au mieux, elle se précipiterait à la volière et enverrait un message à Fred de félicitations. Ou bien elle lui piquerait son Coqtable pour le faire. Mais dans tous les cas il y aurait des cris. Ginny était son contraire, elle laissait voir ses sentiments.
Hermione aurait certes apprécié garder tout ça pour elle mais ne se faisait pas d'illusion, il faudrait qu'elle parle un jour ou l'autre. D'un geste quelque peu récalcitrant, elle s'empara donc de son téléphone magique, en extirpa le court mot de Fred dans les airs et le présenta à Ginny sans un mot. Il n'y avait rien à dire de toute manière, juste une Ginny à canaliser avant que tout Poudlard ne soit au courant que Granger avait reçu un message du type qu'elle convoitait. Un message surprenant surtout... Trop sans doute pour qu'elle puisse y voir quelque chose de bien. Après tout Merlin avait fait en sorte d'ouvrir l'enfer sous ses pieds cette année, pourquoi s'arrêterait-il en si bon chemin ?
Ginny, après sa lecture, garda un visage étrangement fermé avant de toucher le parchemin qui s'évapora. Elle reposa le Coqtable sur les draps, se leva en inspirant et Hermione haussa un sourcil en la voyant se diriger d'un pas leste vers la salle de bain. La porte venait tout juste de se fermer sur le dos de la rouquine quand un hurlement attendu résonna dans tout le dortoir.
« JE VAIS LE TUER ! »
Et Hermione de rester complètement paralysée et passablement surprise de cette réplique.
Ginny était sensée être heureuse ou bien suspecte -et prendre contact avec Fred pour avoir des réponses-, et pas promettre la mort à son frère. C'était normalement le rôle de Ron. Abasourdie donc, Hermione attendit patiemment un autre hurlement, ou un bruit qui témoignerait de la colère de la jeune fille puisqu'elle avait l'air d'être furieuse. Au lieu de quoi Ginny ressortit bientôt de la salle de bain, tirant sur sa chemise d'uniforme comme pour la lisser, le visage à nouveau fermé. Elle revint froidement jusqu'à son amie, s'assit sur le bord du lit et secoua la tête, sourcils froncés.
Silence.
Hermione se débarrassa d'un bout de sa couverture, elle avait soudain trop chaud, et elle toussota dans l'espoir que la rouquine sorte de ses pensées ou mieux, lui en fasse part. Ginny dut comprendre l'appréhension de sa camarade puisqu'elle fit un effort incommensurable pour se reprendre et la regarder. Ses yeux reflétaient exactement tout ce qui tourmentait Hermione : l'incompréhension la plus totale.
« 'Mione..., commença prudemment la plus jeune. Je ne sais pas quoi dire... J'aimerais te dire que tu peux croire à ce qu'il a marqué mais... C'est trop rapide. J'ai l'impression, excuse-moi, de te revoir avec Krum. J'ai l'impression que Fred vient d'agir par instinct et sur un coup de tête, comme ça. Je... Je ne sais pas s'il est sérieux... »
Elle s'y était attendue, pourtant son cœur se reçut un véritable coup de poignard et Hermione sentit ses yeux s'embuer à la perspective que Fred se soit effectivement trompé, qu'il ait agi sur une impulsion, comme tant de fois auparavant. Ginny ouvrit ses bras et se rapprocha rapidement d'elle pour la prendre contre elle, réconfortante.
« Ça va aller 'Mione », promit-elle d'une voix enraillée.
Mais pour que tout rentre en ordre, il allait falloir attendre. Tout reposait entre les mains de Fred maintenant et Hermione ne devait pas s'en mêler. Elle ne devait surtout pas répondre à ce message, patienter jusqu'à ce que le jeune homme la recontacte et mette les choses au clair. Et ce temps qui allait s'écouler, il allait falloir l'affronter de la même manière que Hermione avait dû affronter la destruction brutale de tous ses premiers espoirs la première fois. Ginny se sentit si impuissante qu'elle rêva un instant d'avoir rêvé cette conversation, ce message. Elle apposa son menton sur l'épaule de son amie qui tremblait en même temps que ses sanglots silencieux, ferma les yeux en se raidissant et pour sans doute l'unique fois de sa vie, regretta d'être la soeur de quelqu'un comme Fred.
Il l'avait déjà déçue. Elle l'avait parfois méprisé. Mais aujourd'hui elle le détestait de faire subir ça à une amie. S'être fait détruire par quelqu'un ne lui donnait pas le droit d'en briser un autre. Et s'il était vraiment sérieux, comme elle l'espérait de la même façon que Hermione, s'il l'était alors il était d'autant plus cruel d'envoyer un message alors qu'il aurait dû venir directement. Il le devait à Hermione. Il le lui devait. C'était son seul droit sur elle d'ailleurs.
Lorsqu'elle avait appris que Fred avait donné rendez-vous à Hermione quelques jours plus tôt, elle avait été heureuse et avait compris que quelque chose de déterminant allait se dérouler. C'était la seule raison pour laquelle elle avait laissé Hermione s'y rendre et avait obligé leurs amis à laisser faire les choses. Pour autant elle avait espéré que Fred comprenne qu'il ressentait un minimum de sentiments pour la brune. Qu'il le comprenne si c'était le cas. Pas qu'il le dévoile sans en être certain... Et encore moins à la principale intéressée.
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George,
Tu as jusqu'à demain pour m'expliquer le comportement de Fred. Tu as également jusqu'à demain pour savoir si oui ou non je dois déjà préparer la protection rapprochée de Hermione au cas où elle veuille mettre un terme à ses jours... Et j'aimerais plaisanter mais vu l'état de 'Mione... Je t'en supplie, dis-moi que Fred n'a pas encore fait une erreur de jugement due à son imbécillité et ses pulsions.
S'il ne pense pas le « je t'aime » qu'il vient de lui envoyer, je ne pourrais jamais le lui pardonner.
Gin'
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A ses yeux, il n'y avait eu qu'une histoire sans conséquence ni attache. A ses yeux Fred était le premier à l'avoir touchée, un très bon ami, un ancien confident et quelqu'un qu'elle appréciait plus que les autres, en qui elle avait un minimum de respect. En sortant avec lui, Alicia avait été heureuse parce qu'elle se sentait à l'aise. Elle s'était toujours sentie à l'aise avec les jumeaux. Alors que ses parents la poussaient toujours plus haut, toujours plus loin, la gâtaient pour qu'elle leur obéisse et lui faisaient miroiter un sentiment de supériorité qui n'avait pas lieu d'être, Fred avait été un exutoire et une bouffée d'oxygène. Pour autant il n'était qu'un plus.
Elle, elle n'avait pas vu le mal à mettre un terme à leur relation. Sa carrière avant tout. Ses parents ne lui auraient jamais pardonné de privilégier un truc de passage qu'elle oublierait d'ici quelques années à une réussite sociale. Là où son père avait échoué, elle devait exceller. Études, formation, travail. Et pour elle ce n'était qu'une histoire sans attache, sans conséquence, sans devoirs ni obligations. Juste un plus. Même si entre temps elle s'était rendue compte que Fred ne voyait pas les choses ainsi, lui, elle n'avait pas pu se défaire de sa vision des choses. Elle avait voulu la lui imposer et avait cru perdre ce plus en claquant la porte derrière elle. Cependant, Fred était revenu. Après un certain temps mais il était revenu.
A nouveau, pendant que son emploi lui imposait la discipline et la rigueur qu'elle avait toujours adopté, il était devenu son exutoire et son plus. A nouveau il avait tout brisé. Elle l'avait cru plus détaché, elle avait cru qu'il avait compris qui elle était. Fred avait dit les mots tabous et elle avait su qu'il attendrait toujours d'elle quelque chose de plus fort qu'une simple relation servant d'exutoire. Encore une fois, elle avait claqué la porte sans se retourner après lui avoir fait face et lui avoir fait comprendre qu'il n'était pas en droit d'attendre plus d'elle.
Elle était retournée à sa carrière et ses ambitions, la tête froide et les idées claires. Désormais il n'y aurait plus que son travail et elle. Les brunchs chez ses parents le dimanche aussi, auxquels s'ajoutaient quelques visites de la part d'anciens camarades de Poudlard comme Angelina et Lee. Même après le court mais intense échange épistolaire d'avec George, Alicia était restée campée sur ses positions. Le travail, sa famille, et elle. Il n'y avait de place pour personne d'autre. De toute manière, bien qu'elle soit venue aujourd'hui dans cette boutique à la recherche d'un secours quelconque, elle n'avait jamais rien ressenti de plus qu'une profonde affection pour Fred.
Néanmoins pour une fois celui-ci avait compris et ne s'imaginait rien, sans qu'elle n'ait eu besoin de dire quoique ce soit. Chose qui l'avait passablement étonnée alors que Fred la berçait contre lui tout en sifflotant presque gaiement.
Pourquoi était-il si guilleret ? Et pourquoi elle ne parvenait pas à croire qu'il ait pu tirer un trait sur elle alors qu'il était presque prêt à pleurer la dernière fois qu'elle l'avait quitté ? Une voix dans sa tête lui indiquait qu'elle était mécontente de ce soudain détachement perceptible dans les faits et gestes du rouquin l'étreignant encore malgré l'heure matinale. Ils s'étaient endormis ainsi, couchés sur le lit de Fred après qu'il l'y ait conduite sans explications à George qu'elle avait brièvement croisé. Alicia revoyait encore le regard glacial de son ancien ami sur elle. Pire même, elle en avait peur. Son père avait raison, elle était trop faible.
La jeune femme, les yeux grands ouverts depuis quelques minutes déjà, sourcilla et frissonna en se pelotonnant d'avantage contre le corps chaud lui faisant office de couverture. Fred grogna dans son sommeil sans se réveiller et elle se tourna tout doucement jusqu'à lui faire face. Ses iris papillonnèrent sur le visage apaisé, descendirent sur les lèvres entrouvertes et Alicia eut encore envie de pleurer. A présent elle était jalouse de lui. Elle avait toujours été son adversaire mais toujours supérieure à lui, aujourd'hui elle était plus faible que lui et elle n'arrivait pas à le supporter. Il était injuste de voir qu'il était parvenu à s'endurcir alors qu'elle venait de faire dix pas en arrière.
« Si tu me détestes, je vois pas pourquoi tu es là... »
Alicia tressauta, surprise de voir que Fred était aussi réveillé qu'elle, et elle le fusilla du regard lorsque les paupières pâles battirent pour laisser apparaître deux perles vertes.
« Comment tu sais que je te déteste ?, chuchota-t-elle sans préambule et dans l'espoir de reprendre l'avantage sur lui.
-Venir chialer chez moi, c'est me prouver que tu n'es qu'une pleurnicheuse. Maintenant que tu t'en rends compte, que tu vois à quel point je suis plus fort que toi en ce moment, et puisque je te connais, je devine que tu me détestes », analysa tranquillement Fred avec un sourire moqueur.
Il avait fait exprès d'utiliser des termes suffisamment péjoratifs pour la provoquer. Alicia se redressa violemment et se dégagea de sa prise. Fred resta allongé, se tourna sur le dos en baillant et croisa ses mains sous sa nuque, vainqueur pour cette manche. La brune fut tentée de le frapper, de le gifler ou de récupérer sa baguette -posée sur la table de chevet- et lui lancer un sort qui le défigurerait. Elle s'en sentait capable, elle l'était.
« Chacun son tour », claqua-t-elle sèchement à la place.
Fred ricana assez méchamment, ultime rempart de défense contre elle, et secoua la tête pour la détromper. Lui aussi avait pleuré, lui aussi avait été l'être inférieur, mais...
« Moi je ne t'ai jamais détesté. Et c'est toute la différence entre toi et moi.
-Tu as quand même perdu, persifla Alicia qui serra ses poings sur les draps.
-Perdu ? Parce que j'étais amoureux de toi ? »
L'expression surprise qu'il arbora alors était uniquement due au fait qu'il ait enfin réussi à employer un mot qu'il croyait banni de son répertoire, mais Alicia n'y vit qu'un étonnement feint. Un sarcasme physique à son encontre. Fred mit de côté la sensation étrange qu'il ressentit à l'idée de parler d'amour et se concentra sur ce qu'il allait dire pour lui faire ravaler toute sa fierté. Une fierté déjà fissurée car elle avait fait l'erreur de venir lui demander de l'aide. Il repensa à Hermione, il repensa à son joli visage et sa détermination de la nuit dans la Salle sur Demande, et brusquement son cerveau se montra plus productif que jamais.
« J'ai gagné, au contraire... »
Alicia resta interdite mais garda son aura de colère.
« Moi je suis capable d'aimer quelqu'un. Toi, qu'est-ce que tu sais faire au juste ? Tu sais détruire les gens. C'est ce qui te rend forte peut-être ? Au contraire. Tu seras toujours toute seule. Et faible. »
Et à mesure qu'il parlait, il comprenait enfin tout ce que George avait pu lui dire ou essayer de lui faire comprendre. Il faudrait aussi qu'il dise à Hermione qu'il avait assimilé un concept tout nouveau concernant les sentiments.
« Alors j'ai gagné », acheva-t-il avec un immense sourire.
Alicia rouvrit et referma ses poings, prête à le frapper pour de bon. Fred prit appui sur ses coudes, la toisa franchement et fut loin d'être déconcerté lorsque la jeune femme se précipita sur lui, s'empara de ses poignets et le cloua au matelas, assise sur son bassin. Il nota que son corps ne réagissait aucunement à cette proximité et la laissa se débattre contre elle-même sans cesser de sourire, narquois. Quoique puisse faire Alicia, l'étrangler, lui cracher son venin à la figure, ça n'aurait aucun impact sur lui.
« Les sentiments, c'est pour les faibles. »
Le jeune homme allait lui répondre mais la porte de sa chambre s'ouvrit à la volée et George fit deux pas à l'intérieur, bras croisés et regard dur.
Il avisa la position de son jumeau et d'Alicia, réprima à grand mal une grimace de dégoût à l'égard de son frère qu'il n'aurait jamais pensé aussi débile au point d'être cruel et occulta royalement et consciemment la présence de la brune pour s'adresser audit frère.
« Skeeter arrive dans dix minutes. Prépare-toi. »
Fred voulu se débarrasser du fardeau qui l'empêchait de bouger pour dire à George que ce n'était pas ce qu'il croyait, qu'il ne s'était pas refait piéger par Alicia, mais son double était déjà reparti quand il parvint à repousser la jeune femme sur le côté. De plus il avait complètement oublié l'interview de Rita Skeeter et George allait lui passer un savon, à moins qu'il ne l'ignore ou ne lui jette à nouveau un regard aussi réfrigérant que celui auquel il avait eu droit deux secondes plus tôt.
Sans un mot de plus pour Alicia qui venait de toute façon de se glisser sous les couvertures en boudant, Fred se leva et s'empara à la hâte de vêtements propres avant de sortir, fermer la porte de sa chambre et filer dans la salle de bain. Il croisa Verity sur son chemin, laquelle semblait si déçue qu'il hésita un instant quant à prendre une douche tout de suite. Peut-être qu'il devrait d'abord s'expliquer avec George et leur assistante ? Non. Le temps pressait et pour toutes les prises de tête qu'ils avaient eu à cause de lui, il devait bien une interview en bonne et due forme à son frère. Une interview parfaite pour George, et un autre message à l'égard de Hermione avant que la situation n'empire. Il s'expliquerait avec Alicia, il parviendrait à en finir une bonne fois pour toute avec un peu de chance. Et avec cette même chance, Alicia repartirait aussi vite qu'elle n'était apparue.
Tout en se faufilant sous le jet d'eau chaude, le jeune homme se remémora la conversation nocturne de la Salle sur Demande et ses sourcils se rejoignirent dans un plissement d'incompréhension. Pour l'instant Alicia le détestait et il réussissait à la mépriser, ou plutôt à la prendre en pitié. Mais quelques jours plus tôt il se faisait confirmer par Hermione qu'il aimait encore Alicia... Alors était-ce une montée d'adrénaline qui lui donnait des ailes ? Ou bien le fait d'avoir mis à découvert quelques miettes de ses sentiments pour Hermione ? Il ne se comprenait plus.
George l'attendait à la sortie de la salle d'eau, assis à la table de la cuisine en compagnie de l'irritante sorcière réengagée à la Gazette du Sorcier et de sa plume à papote suspendue au-dessus d'un bout de parchemin. Fred se racla la gorge sitôt dans la même pièce que son jumeau et la journaliste. Tous deux se tournèrent vers lui et après un regard échangé avec George, le jeune homme comprit qu'il devait faire semblant d'être le plus heureux des sorciers jusqu'à ce que Rita lève le camp.
« Bonjour ! », claironna-t-il donc en conséquence.
George profita du fait que Rita se mette à rayonner et se lève afin de serrer la main de son autre pour calmer son souffle saccadé et énervé. D'un geste discret il déposa la lettre qu'il avait reçu de Ginny au beau milieu de la nuit sur la chaise qu'allait prendre Fred et il s'efforça de sourire lorsque l'attention de Skeeter retomba sur lui.
« Alors dites-moi, je voudrais commencer mon article par une petite présentation personnelle ! »
Fred récupéra le feuillet, s'assit sans montrer sa confusion et lut rapidement les mots griffonnés par sa soeur. Son cœur battit tristement la mesure lorsqu'il en arriva au sous-entendu de Ginny concernant l'état de Hermione. Il aurait aimé assurer à Ginny qu'il n'avait pas agi sur un coup de tête... mais il ne le pouvait pas. Rien n'était encore assez clair dans ses pensées.
« Vous êtes donc jumeaux, vous allez sur vos dix-neuf ans et vous avez derrière vous une sacrée réputation de trublions, résuma Rita de son côté, sous le charme de George qui lui avait fait un clin d'œil séducteur.
-Exact !
-Et fiers », renchérit Fred en s'y obligeant et en évitant l'œillade de l'autre rouquin.
La plume à papote inscrivit quelques mots que ni l'un ni l'autre ne purent voir de leurs places. Harry et Ron les avait mis en garde mais ils n'avaient pas peur de l'intruse ni de ce qu'elle pourrait raconter à leur égard. Et quand bien même elle pourrait les déstabiliser, il suffirait d'un sourire de George, d'un contact physique de Fred, pour que Rita glousse comme une adolescente et finisse par dépeindre un joli tableau d'eux.
« J'ai toujours voulu interroger des jumeaux !, s'enthousiasma la quadragénaire dont les yeux pétillaient véritablement. Dites m'en plus sur vos relations. Êtes-vous plutôt fusionnels ? Ou au contraire avec des tempéraments totalement différents ?
-Fusionnels...
-... et différents », compléta George.
Rita acquiesça vivement, la plume à papote passa d'un bout à l'autre du parchemin, puis les observa tour à tour avec concentration.
« Qui est le dominant et qui est le dominé ? »
Fred et George restèrent silencieux, avant que Fred ne soupire et George ait un rictus goguenard.
« Fred fonce toujours...
-Et George assure nos arrières, maugréa ledit Fred.
-Mais je reste l'aîné.
-Et moi le cadet. »
Le fait qu'ils parlent à deux pour une seule tirade arracha un petit rire amusé à la journaliste dont les yeux se plissèrent. Pourtant cette tirade n'avait rien de naturelle. Elle était forcée, Fred le sentait, en comprenait plus de choses que le commun des mortels ne le pourrait. Et même si les réponses avaient été automatiques, le fait que George se pose en dominant de façon si implacable l'avait meurtri. Personne n'aime s'entendre dire qu'il est dominé, que ce soit par sa famille, ses amis, sa petite-amie ou son jumeau. Leur relation lui avait toujours paru être égalitaire à tous points de vue. Oui, George était l'aîné. Oui, lui était une tête-brûlée qui avait besoin qu'on le retienne avant qu'il ne fonce dans le mur. Oui, il dépendait des autres alors que George était un tantinet plus autonome.
Mais depuis quand avaient-ils un jumelage dominant/dominé ?
« D'après ce qu'on a pu me dire sur vous, je devine une très grande complicité, mais vous arrive-t-il de vous disputer ? »
L'ironie voulait que la dispute se profile à l'horizon pourtant ni Fred ni George ne donnèrent satisfaction à Rita et ils secouèrent la tête dans un ensemble parfait, leurs grands sourires toujours en équilibre précaire sur les lèvres identiques.
« C'est très rare, assura George dans un petit rire aérien.
-Et même si différents, avez-vous les mêmes goûts ? »
Fred avait bien du mal à se dire que la journaliste était venue pour vanter les mérites de leur magasin... Il savait qu'ils avaient toujours éveillé la curiosité des gens qui les entourait, mais de là à faire tout un article sur « les jumeaux Weasley ».
« Ça dépend de quels goûts vous parlez.
-Oh, eh bien la nourriture par exemple ? », s'enjoua la blondinette et par-dessus son épaule, Fred vit Verity traverser la pièce sur la pointe des pieds.
Il était tellement pris dans ses pensées, à savoir se demander ce que pouvait faire Alicia en ce moment dans sa chambre ?, qu'il laissa George répondre à nouveau. L'image de son Coqtable posé en évidence sur son bureau le fit frissonner et Fred déglutit difficilement en suppliant Merlin d'empêcher Alicia de visiter sa chambre dans les moindres recoins. Elle le détestait, elle serait bien capable de tout casser, ou de fouiller dans ses affaires. Il venait de gagner une bataille contre elle mais si elle tombait sur les messages de Hermione qui la nommaient à plusieurs reprises, Alicia reprendrait l'avantage. Sans compter qu'elle découvrirait sa pseudo relation avec la jeune fille.
« Et vous ? »
George leva les yeux au ciel et donna un coup de pied dans les jambes de son frère. Ce dernier se reprit, redoubla de sourire pour Rita et essaya de deviner ce qu'elle pouvait lui demander cette fois.
« Fred n'a pas de petite-amie attitrée, s'empressa donc de dire George en voyant que le rouquin était ailleurs. Il aime bien s'amuser. Disons qu'il n'est pas fait pour les relations à long terme. Ou les relations tout court. »
Voilà qui était fait, et clair. Fred s'empourpra, de colère et d'un douloureux malaise. Son rictus perdit de son éclat à la plus grande joie visible de Skeeter.
« Ouais, je suis le vilain petit canard de la famille, feignit-il de s'amuser et il cacha ses mains moites sous la table qui se posèrent sur la lettre de Ginny coincée entre ses genoux.
-Vous avez bien raison d'en profiter, fit remarquer la chroniqueuse, ravie. Vous êtes jeune !
-C'est ce que j'essaie de faire comprendre à mon frère. Mais à côté de ça, une relation sérieuse ne me dérangerait pas.
-Encore faudrait-il que tu saches choisir la bonne fille ! »
George voulait le blesser ? C'était fait. Il voulait le tourner en ridicule ? C'était en bonne voie. Il voulait lui signifier qu'il n'aimait pas son attitude ? Fred avait compris. Dans un simple coup d'œil légèrement embué parce qu'il se sentait atrocement mal, incompris et trahi, Fred montra à son jumeau que pour l'instant, ça suffisait. Que s'il voulait vraiment se disputer avec lui, alors il allait devoir attendre. Et alors que George répondait à une énième question, le soupirant de Hermione ravala son amertume et la sensation d'être détesté par sa moitié en même temps que sa salive.
Depuis sa chambre, Alicia referma la porte qu'elle avait entrebâillée pour écouter l'interview et se rassit sur le bord du lit, sourcils froncés. Elle donna un grand coup de pelle sur la tête de sa petite voix lui ordonnant de reposer ce truc étrange ressemblant à un hibou, prit un certain temps avant d'en comprendre le fonctionnement et finalement eut un sourire qui tenait plus de la grimace alors qu'elle tapotait quelques touches avec précaution. Jamais encore elle ne s'était montrée si pitoyable, son père aurait encore plus honte d'elle s'il la voyait espionner un garçon qui n'était qu'un plus dans sa vie. Mais Fred était plus fort qu'elle, c'était la seule chose à laquelle elle pouvait penser, et il était hors de question qu'il arrive à se reconstruire alors qu'elle sombrait.
De toute façon, Granger n'était pas une fille pour lui. Elle ne lui répondrait jamais, s'aplatirait, en quelque sorte Alicia lui rendait service. Fred finirait par se lasser de cette gamine, lui il avait besoin de jouer, de s'amuser comme disait George. Il avait besoin qu'on lui tienne tête. Hermione Granger n'était pas faite pour lui. Et sa conscience lui glissa, perfide, que la vérité n'était pas l'absurdité d'une relation entre Hermione et Fred, mais plutôt qu'elle ne supporterait pas de se faire évincer par cette fille plus faible qu'elle.
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Elle l'avait enfin à sa portée ! Pour une fois un sourire s'immisça sur ses lèvres et Hermione répondit au regard doux du professeur Dumbledore assit en face d'elle.
En réalité ce n'était pas elle qui était parvenue à ses fins, c'était le hasard qui avait bien fait les choses et avait décidé de la soulager d'un fardeau lourd à porter -la responsabilité-. Un hibou avait fait irruption dans la classe de métamorphose des sixième années et après avoir consulté le feuillet, le professeur McGonagall avait ordonné à Hermione de se rendre dans le bureau du directeur immédiatement. La brunette avait pris ses affaires, le cœur battant à la fois d'inquiétude et aussi de soulagement, et avait marché jusqu'au deuxième étage. Elle n'avait pas de mot de passe mais la gargouille de l'entrée s'était automatiquement effacée à son arrivée. Dumbledore l'attendait à l'entrée de son bureau.
D'un regard il l'invita à prendre place sur un fauteuil qu'il sembla avoir conjuré à l'instant et Hermione s'exécuta non sans extirper de son sac l'enveloppe de Théodore, passablement froissée à cause de tous ses voyages. Une fois l'homme d'autorité assis en face d'elle, le menton posé sur ses mains liées, la jeune fille fit glisser la lettre jusqu'à lui et se mordilla un bout de lèvre, navrée.
« J'aurai dû vous donner ceci bien plus tôt... Excusez-moi, déclara-t-elle d'une voix timide.
-Et je pense que j'aurai dû depuis longtemps vous donner l'occasion de venir me voir. »
Il lui adressa un nouveau sourire, un regard par-dessus ses lunettes en demi-lune et s'empara de la missive qu'il rangea dans un tiroir d'un geste vif. Hermione, un peu déçue, demeura dans le silence le plus complet en attente d'une explication quant à sa présence ici. Un jour elle comprendrait le rôle de Nott et Zabini dans toute cette histoire, mais un autre jour.
« A cause de certaines choses à régler, je n'ai passé que peu de temps à Poudlard, commença-t-il d'un ton chaleureux. La fois dernière je crois me souvenir que Minerva vous a destituée de vos fonctions n'est-ce pas ? »
A ce souvenir Hermione se rembrunit et elle opina alors que ses épaules s'affaissaient.
« Filius et Minerva m'ont rapporté hier soir que votre... appelons-la baisse de motivation... a également pris fin et que vous aviez rattrapé votre retard dans toutes les matières. J'aimerais donc connaître votre avis : pensez-vous pouvoir reprendre ceci ? »
Ce disant il lui montra son insigne de préfète qui étincela à la lumière du jour. Hermione ouvrit de grands yeux, avisa ce qui avait autrefois fait sa fierté et son sourire se raviva. Il fallait qu'elle récupère son poste. Sa vie prenait un tournant pathétiquement tragique à cause de Fred et de la guerre qui se profilait. Elle pouvait compter sur le soutien de ses amis, elle retrouvait peu à peu l'envie d'apprendre, il fallait maintenant qu'elle trouve les bons mots, qu'elle se relève et obtienne ses anciens droits.
« Je pense que je le peux, affirma-t-elle donc d'un éclat déterminé. Je le peux et je le veux, et c'est sans doute ce qui prouve ma capacité à reprendre mon poste. J'ai déjà assuré au professeur McGonagall que cet incident de... baisse de motivation... ne se reproduirait plus.
-Bien. »
Dumbledore observa consciencieusement l'insigne, comme s'il tentait d'en découvrir un secret inconnu pour un autre que lui. Hermione le laissa faire, avide de savoir si elle ressortirait de cette pièce avec sa fierté retrouvée ou si Ron et Seamus allaient devoir redoubler de pitreries pour lui arracher des sourires. L'insigne fut brusquement avancée sur le bureau jusqu'à elle et Hermione comprit dans un immense soulagement qu'elle allait redevenir elle-même. Préfète, première de la classe, miss-je-sais-tout peut-être, responsable et respectée par ses mentors.
« Minerva sera heureuse de retrouver votre soutien et j'ose croire qu'un tel incident ne se reproduira plus. »
La brune secoua la tête, confirmant de toutes ses forces qu'elle était de nouveau prête à faire régner l'ordre dans le château. Enfin... Elle parmi d'autres évidemment.
« Je voudrais par ailleurs vous remercier de votre collaboration concernant ce trafic de messages, continua Dumbledore en désignant distraitement le tiroir où était désormais renfermée la lettre de Théodore.
-Oh, c'était... C'était tout naturel... Professeur. »
Par gêne et plaisir de se voir autant gratifier, Hermione sentit ses joues se réchauffer et elle cilla légèrement lorsque le directeur recommença à la fixer avec cette attention qui savait si bien rendre les gens mal à l'aise.
« Avez-vous des questions à ce propos ? »
Elle haussa un sourcil, prise au dépourvue. Des questions, elle en avait beaucoup trop pour être en paix avec elle-même. Son cerveau croulait sous les interrogations suscitées par le rôle de Nott et Zabini dans la guerre. Cependant, si elle demandait quelque chose aurait-elle vraiment une réponse ? En temps normal et ce depuis son arrivée à Poudlard, c'était Harry le grand confident de Dumbledore. Le jeune homme était la seule personne à sa connaissance à avoir l'autorisation de poser des questions, se mettre en colère contre leur directeur ou encore lui faire part de ses suggestions. Ron et elle n'étaient que les amis qui avaient tacitement promis de toujours se tenir à ses côtés et de l'aider à vaincre le mal.
« Je me demandais... »
Dumbledore resta silencieux et Hermione gigota, nerveuse.
« Vous faites réellement confiance à Théodore Nott ? »
Ce qui était quelque peu impertinent, elle en avait conscience. Lui demander si il avait confiance en ce crétin c'était revenir à douter de ses décisions. Un peu comme l'éternel questionnement au sujet de Rogue que tout le monde prenait pour un traître ou un espion. Elle aurait bien entendu pu demander autre chose, par exemple en quoi consistait la mission de Théo au juste, pourtant elle n'avait plus envie de le savoir. Il se passerait ce qui devait se passer et elle n'avait de toute façon pas de rôle dans cette histoire. La seule chose qui la poussait à se méfier était la sincérité du jeune serpentard. Surtout après le coup du pari...
Très bien, elle n'était pas objective parce qu'elle lui en voulait et elle en arrivait à remettre en doute les décisions d'Albus Dumbledore. Et alors ?
« Monsieur Nott a toute ma confiance.
-Je vois, baragouina Hermione avec une certaine honte.
-Navré de vous décevoir », rajouta le vieil homme avec un grand sourire.
La jeune fille atteint des sommets de rougeur, gênée. Dumbledore savait toujours tout ce qu'il se passait à Poudlard, presque tout du moins, aurait-il donc pu être au courant du pari stupide de ses élèves ? Comprendre que la brune était remontée contre Théodore et doutait simplement de lui à cause de ses agissements immatures ? Si tel était le cas elle crèverait de honte, pour la seconde fois. De honte et de désespoir évidemment.
« Miss Granger, je suis inquiet vous concernant. »
Hermione sentit sa cage thoracique s'affaisser sur elle-même lorsque ses poumons se vidèrent de toute leur oxygène. Un tremblement s'empara de ses mains et elle s'accrocha au regard du directeur comme à une bouée de secours. Que voulait-il dire par inquiet ? Il n'allait quand même pas... revenir sur ses paroles ? Lui retirer son insigne, encore ? Dumbledore plissa les yeux, la brune ferma les siens pour essayer de retrouver son souffle, et sa voix reprit, implacable :
« Vous n'avez pas, pour ainsi dire, eu une scolarité des plus banales depuis votre arrivée à Poudlard. Les choses que vous avez été contrainte de faire, de voir... J'ai bien peur que toutes ces situations n'aient brisé cette adolescence que vous auriez dû avoir. Vous êtes intelligente, miss Granger. Vous êtes intelligente et bien trop adulte pour votre âge. Je regrette ceci. La mort, la guerre, tout ceci n'auraient jamais dû vous être si familier. »
Et le fait qu'il énonce tout ceci à voix haute la bouleversa plus qu'elle ne put le comprendre, et qu'elle ne voulut le comprendre.
La mort. Sirius. La guerre. Voldemort. Ses yeux s'embuèrent, mais il n'y avait pas que la seule tristesse dans les larmes qui menaçaient de la faire céder aujourd'hui encore. Il y avait également une grande culpabilité et un nouvel éclat de honte, et son cœur se serrait alors qu'elle repensait à tout ce qu'ils avaient vécu, Harry, Ron et elle, et tous les autres. L'étrange arrivée de Théodore Nott dans les affaires de l'Ordre du Phœnix lui avait bien rappelé une triste réalité, néanmoins elle ne s'en était jamais autant ré-approchée qu'à ce moment précis. Comment avait-elle pu mettre tout ça de côté, le reléguer, au profit d'une bête amourette à sens unique ? Et tout ce qu'elle avait fait... ce qui était à l'origine de ce qu'ils appelaient une baisse de motivation.
Non. Non elle n'était pas une adulte avant l'heure. Elle avait reculé dans le cycle de la vie. Elle n'avait jamais été plus adolescente.
« Vous... Vous vous trompez... »
Albus haussa un sourcil, l'air de lui demander à quel instant son jugement s'était fait erroné. Hermione se figea, guindée.
« Je n'ai jamais été plus... plus stupidement gamine et étrangère au conflit... que maintenant, termina-t-elle dans un trémolos grotesque et en s'efforçant de conserver un minimum de calme.
-Si tel est le cas, alors j'en suis soulagé et heureux. Miss ? »
A l'énième appel, Hermione frissonna et batailla pour ne pas partir se réfugier dans son dortoir.
« Vous ne devriez pas vous sentir coupable si certaines choses vous sont apparues plus importantes que d'autres alors qu'aux yeux d'un tierce elles ne le seraient pas. Je ne peux vous encourager dans cette voie, mais je suis ravi que mes étudiants vivent une vie au plus près de la normalité malgré la période de troubles que nous traversons. Je vous suggère de prendre un peu de repos avant de retourner en classe, et aussi de regarder dans votre poche. »
Hermione battit des paupières sans comprendre et Dumbledore désigna d'un sourire sa robe de sorcière. Avec un mélange de stupeur, d'horreur et de cette honte persistante, la jeune fille se rendit compte que son Coqtable vibrait depuis un petit moment déjà. Recevoir un message de Fred n'était franchement pas la meilleure chose qui ait pu lui arriver à cette minute précise. Elle se saisit toutefois du petit hibou en plastique parce que le regard de son mentor restait posé sur elle et le pressa contre sa cuisse, dents serrées.
« Allez donc faire un petit tour. Je préviendrai Filius d'un possible retard de notre nouvelle préfète de Gryffondor. »
Incapable de répondre, la brunette se leva d'un bond et fila sans demander son reste, son insigne dans une paume, son Coqtable dans l'autre. Elle dévala les escaliers, tempêta intérieurement contre la gargouille qui mettait un temps atrocement long à s'ouvrir et se précipita dans les couloirs sans trop savoir ce qu'elle cherchait à fuir ou courser. Dumbledore et sa perspicacité qui venaient de l'achever ? Fred qui allait lui donner une réponse capitale à toutes ses questions ? Ou bien elle, tout simplement, ses agissements puérils, son aveuglement des derniers mois, sa bêtise. Toujours fut-il que cette course incompréhensible la conduisit à l'extérieur du château sous quelques regards curieux d'étudiants sortant de cours.
A cause d'une de ses dernières pensées concernant le décès de Sirius, Hermione prit naturellement le chemin du saule cogneur et elle s'agenouilla en plein milieu de l'étendue de verdure, à quelques mètres de l'arbre qui s'agitait avec véhémence en permanence. Ses mains accrochèrent distraitement l'insigne de préfète sur sa poitrine, se saisirent ensuite du faux téléphone et laissèrent s'afficher le message qui avait clos son entretien avec le directeur. Son cœur battit la mesure, puis s'arrêta.
« Hermione ? »
Mais tout s'était arrêté. Un vrai film de comédie dramatique qui fait subitement un arrêt sur image, ou au moins un ralenti fastidieux pour le téléspectateur comme pour les acteurs. Tout s'était arrêté et lorsque deux bras s'enroulèrent autour de ses épaules, qu'elle tomba sur les fesses et fut compressée contre un corps chaud et amical, Hermione ne le vécut qu'en une sorte d'univers parallèle qu'elle observerait d'un point de vue externe. La seconde d'avant son corps n'était qu'une immense tempête qu'elle n'arrivait pas à braver, désormais l'océan de ses pensées et de ses sentiments s'était brusquement assoupi et comme si elle s'était retrouvée dans l'œil d'un cyclone, le silence se faisait pesant, assourdissant. Ses propres paupières se refermèrent, et il n'y eut aucune larme ce coup-ci.
Pourquoi pleurer quand tout était fini ? Elle ne voyait aucune raison de le faire.
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De : Fred
A : Hermione
Désolé, je ne pensais pas ce que j'ai écrit.
Il serait préférable que tu m'oublies à l'avenir, ça m'arrangerait. Merci d'avance.
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La porte se refermait à peine que George se tournait brutalement pour faire face à son jumeau. Celui-ci, le souffle court d'avoir fait semblant d'être heureux ces deux dernières heures, était resté assis à la table. George remarqua qu'il tenait le mot de Ginny dans son poing serré mais pour le coup ne chercha pas à comprendre pourquoi Fred paraissait si défait et au bord du rouleau. Il avait été fatigué de toute cette histoire, avait cru à un dénouement peut-être pas aussi merveilleux que dans les contes d'enfants mais du moins aussi léger qu'eux autrefois, aujourd'hui il l'était plus que jamais. Fatigué, éreinté. Rien ne le concernait, il ne voulait plus s'en mêler.
Et pour la première fois de sa vie, il prenait le parti d'un autre qu'eux.
« Skeeter tient un bon article, en tout cas il sera en notre faveur », lâcha-t-il d'un ton morne et Fred releva un peu la tête, amer.
George se détacha de l'entrée, s'assura que Verity était toujours dans sa chambre avant de jeter un regard à l'autre chambre fermée de l'appartement.
« Alicia doit t'attendre.
-Je me fous d'Alicia, marmonna le second rouquin qui déchira la note de Ginny d'un geste sec.
-Comme tu te fous de 'Mione et du reste. Ouais, j'ai bien compris. Passe une bonne journée. »
Fred sourcilla mais ne trouva pas la force de s'offusquer ou de hausser le ton pour avoir cette dispute qu'il attendait depuis que George était venu le chercher. Il put à peine se remettre de ce qu'il venait d'entendre alors que son frère s'éloignait d'un pas vif et colérique. Avoir une jouxte verbale aurait pu les soustraire de ce qui était en train de se passer, chose sur laquelle il ne pouvait pas mettre de nom car il n'avait jamais dû y faire face. A la place le silence s'était installé et les questions avaient été évincées. George ne voulait plus rien savoir, pire, ne voulait plus en entendre de sa part, et c'était sans doute ça plus que tout le reste qui le poussa à se taire et le regarder partir sans rien dire.
L'image de Hermione s'imposa à son esprit, s'y superposa celle de Ginny, finalement celle de George et de Verity à côté de la salle de bain, et le jeune homme se reçut une violente gifle en pleine figure. Sa dépendance aux gens venait de se retourner contre lui, et cette fois c'était de manière cruellement définitive. Sauf qu'à défaut d'être détesté ou méprisé, il avait déçu des personnes à qui il tenait. Décevoir... Sur du long terme. Rien ne s'arrangerait aussi vite que toutes les situations merdiques qu'il avait pu subir auparavant.
« Je crois... »
Fred suffoqua, laissa les cheveux d'Alicia dégringoler dans son cou et ne fit pas un geste alors que la brune déposait un baiser acide sur sa tempe. Il la sentait sourire, il la sentait supérieure de nouveau, et à cet instant il comprit réellement que tout était vraiment fini avec elle. Il ne savait pas encore comment ni pourquoi mais Hermione l'avait délogée de son cœur et s'y était imposée à sa place avec une force insoupçonnable. Pourtant un sixième sens dont il ne se pensait pas être doté lui indiqua avec tout autant de puissance que si les choses s'étaient finies concernant Alicia, elles venaient de se terminer pour ce qui était de Hermione également, tout comme son jumelage avec George qui s'était violemment fissuré.
Comme pour confirmer sa pensée, Alicia déposa le Coqtable sur la table, un message s'éleva et Fred écarquilla les yeux en voyant ce qu'elle avait osé envoyer à Hermione. Une main doucereuse lui caressa la joue, ébouriffa ses cheveux, et un rire malsain atteignit ses tympans.
« Je crois que désormais, tes beaux sentiments et toi avaient perdu pour de bon, susurra la voix capricieuse quelque part au-dessus de son oreille.
-Pourquoi tu as fait ça ? »
Comment parvenait-il à garder son calme ? Il venait de tout perdre bon sang. Il venait de tout perdre et pourtant son ton était plat, dépourvu d'une quelconque émotion.
« Parce que je te déteste. »
Le cœur battant, Fred opina à la réponse, l'esprit en déroute.
« C'est ce que font les meilleurs ennemis l'un pour l'autre, non ? Je ne pourrais jamais être faible, Weasley. Tu devras t'y faire, je l'emporterai toujours. »
Là encore le raisonnement était juste, et ne l'étonnait véritablement pas. A quoi aurait-il pu s'attendre de toute manière d'une personne comme elle ? Non, ce qui lui crevait le cœur à cet instant c'était d'imaginer la douleur de Hermione face à de tels mots. Des mots qu'il aurait pu penser, sept mois plus tôt, des mots qui auraient pu souffler les espoirs de la brune dès le départ mais qu'il n'avait pas prononcé parce qu'à ce moment déjà il commençait à l'aimer, et des mots qu'il n'aurait encore moins pu énoncer aujourd'hui. Mais ça, ça Hermione ne pouvait pas le savoir. Elle le connaissait bien à l'heure actuelle, seulement n'aurait aucune difficulté à croire à ce message.
A la limite il aurait pu écrire la première phrase, vraie la veille, à présent fausse, mais pas la seconde. Pas un « oublie-moi » froid et sans possibilité d'avenir.
Il avait soudain besoin d'oxygène, besoin des boucles et non des mèches lisses. Il avait besoin des yeux plein d'exaspération, d'amusement et d'affection. Ce qu'il n'aurait pas. Plus ? Il n'y avait pas pensé... Est-ce qu'il aurait seulement le droit de la revoir après ça ? Il avait perdu George et Ginny, les deux seules personnes qui auraient pu lui venir en aide, qu'il aurait voulu appeler en renfort. Ginny et George n'étaient plus disposés à lui pardonner ses bêtises et ses bourdes phénoménales, ils ne le laisseraient jamais plus approcher Hermione. Le pire était qu'ils aient envisagé de le faire disparaître. George pourrait si facilement lui ordonner de se trouver un autre boulot, un autre appart'. Ginny serait prête à tout pour protéger Hermione.
Et Fred, sa seule alliée était justement l'élément qui venait de tout casser. Oui, Alicia restait son amie. Son ennemie. Les deux à la fois.
« Tu te rends compte que tu te mets dans un état lamentable à cause d'une fille comme Granger ? »
Alicia se détacha de lui dans un grognement de dégoût et s'éloigna rapidement. Elle aurait pu s'être brûlée ou être tombée sur un insecte répugnant qu'elle n'aurait pas eu meilleur réaction explicite sur ce qu'elle pensait. Fred eut un rictus ressemblant terriblement à ce genre de sourires qui montrent toute la détresse du monde. Oh oui, Alicia était dégoûtée. Elle ne voulait pas de cette chose en face d'elle pour meilleur ennemi. Elle n'aurait pas supporté qu'il continue à s'affirmer plus fort qu'elle, mais envisager qu'elle ait pu perdre quelques miettes de son précieux temps avec quelqu'un qui était près d'être la personne la plus faible qu'elle connaisse, cela lui était impensable.
« Elle n'est pas faite pour toi. Ce genre de pauvre cruche n'est pas pour toi.
-Mh. Puis-je te demander pourquoi ? »
Ceci dit le rouquin sembla se rependre et il occulta ses soucis avec George pour se concentrer sur ceux engendrés par Alicia à propos de Hermione. Alicia le vit croiser les bras sur la table, repoussant par la même le Coqtable sur le côté, et il consentit après quoi à relever la tête pour se confronter à son regard dédaigneux.
« Après tout je suis un être inférieur, hein 'Licia. Alors pourquoi Hermione ne pourrait pas être une fille pour moi ?, claqua Fred avec une bonne dose de sarcasme employée pour user du surnom autrefois affectueux que leurs amis avaient pour désigner Alicia.
-Peut-être, Freddie, parce que tu es incapable d'aimer. Tu es comme moi et tu le sais très bien. Tu prétends pouvoir avoir des sentiments pour quelqu'un, je sais que c'est faux, attaqua d'un ton néanmoins paisible la brune en prenant place sur l'ancienne chaise occupée par George.
-J'étais amoureux de toi, et maintenant j'aime Hermione », affirma le jeune homme.
Il dut réprimer un profond malaise pour ce qu'il venait de dire, fit un effort incommensurable pour ne pas vomir de sa propre mièvrerie qui les aurait fait rire quelques années plus tôt et se répéta ses mots mentalement afin de ne pas se trahir et se persuader qu'il était capable de ces choses. Capable de vraiment aimer Hermione. Sans devoir se transformer en romantique à deux noises, sans devoir faire des promesses sans queue ni tête, sans devoir changer qui il était et en respectant l'autre. George lui avait dit qu'il n'était pas comme Alicia, il refusait d'être comme elle.
« Ne me fais pas rire. J'ai eu tout le temps de bien réfléchir à notre petite discussion de ce matin, et je t'assure que tu es incapable d'aimer réellement quelqu'un. Encore moins Granger. Tu n'as jamais été amoureux de qui que ce soit. Nous, c'était un jeu. Et elle, c'est un défi que tu as voulu t'imposer. »
Alicia leva les yeux au ciel, Fred figea les siens sur son profil, transpercé par un sentiment qui ressemblait à de la peur.
Un... jeu... ? Oui, une relation pleine de jouxtes, de blanc contre noir, une relation d'opposition puisqu'ils étaient ainsi tous les deux. Mais le jeu, le jeu lui rappelait celui qu'il avait joué avec Hermione. Tout était toujours parti d'un jeu à la base, seulement après il y avait eu cette douleur constante, cette crainte de perdre quelque chose. Alors on ne pouvait plus évoquer d'amusement à ce stade-ci n'est-ce pas ? Et Hermione n'avait jamais été un défi.
« Ne la laisse pas te faire ça maintenant. »
« Si tu le dis », soupira Fred muni de son sempiternel sourire en coin.
Peut-être que c'était niais, voué à l'échec encore une fois. Il aimait quand même Hermione. C'était comme ça, et ça l'avait été pour Alicia aussi à une autre époque. Cette dernière essayait de le déstabiliser, de le faire douter. Pourquoi ? Il n'en avait foutrement aucune idée, mais ça ne devait pas marcher. Pas alors qu'il était en train de se relever pour de bon malgré la déception qu'il venait d'occasionner à George, Ginny et les autres. Rien ne s'arrangerait avec facilité, il en était toujours aussi conscient, cependant ça s'arrangerait.
Il avait joué, d'accord. Il s'était pris une immense veste à la fois en tombant amoureux pour la première fois de sa vie et en devenant allergique aux sentiments. Il s'était noyé, avait cru ne plus pouvoir refaire surface, et Hermione était venue le sauver. Alicia avait peut-être eu cette fameuse autorisation de le briser, à l'heure actuelle elle n'avait plus aucun droit sur lui. Hermione en avait, et il les lui accordait bien volontiers si ça pouvait racheter toutes les conneries qu'il avait pu faire. Alicia ne viendrait pas mettre d'ombre à son tableau une énième fois. George et Ginny ne seraient plus jamais déçus, Fred promettait sur sa propre tête de ne plus décevoir personne. Et ils seraient fiers de lui.
« Ça te fait peur de voir que tu me ressembles plus que tu ne le voudrais, moi qui suis si horrible ?, cingla Alicia dans une moue contrariée.
-Si tu le dis, répéta simplement le jeune homme.
-Je le dis. Tu n'es pas quelqu'un capable d'aimer. Ne te prends pas pour plus faible que tu ne l'es.
-Je continue à considérer ça comme une force. »
Alicia comprima ses mains sur son jean, commençant à perdre ses moyens. Fred aurait dû depuis longtemps cesser de babiller comme un gamin qu'il n'était pas. Il devenait brutalement si peu intéressant que ça lui en faisait mal au cœur et savoir qu'une autre fille, d'autant plus une fille comme Hermione, ait pu être à l'origine de ce changement chez son partenaire semblait détonner en une provocation à ses oreilles.
« Je te connais. Tu dis ça pour l'instant, mais quand plus rien n'ira bien entre vous... De toute manière tu vas la blesser. Elle n'est pas comme toi, pas comme nous. Elle ne pourra jamais t'aimer sans en être dégoûtée. Elle ne te connaît pas. »
Fred se redressa, se leva totalement et baissa des yeux glacés sur la silhouette menue devant lui.
« Je l'ai déjà blessée, par ta faute. Peu importe... Ce que tu ne veux pas comprendre, c'est que Hermione me connaît réellement, même plus que toi ou moi. Elle n'a pas eu besoin d'un jeu pour le faire et commencer à m'aimer pour ce que j'étais. Et malgré tout ce que j'ai pu lui faire de mal, elle a continué à m'aimer. Je ne sais pas si elle continuera à le faire après ton message, je pense même qu'elle va me détester finalement, seulement moi je ne vais pas renoncer aussi facilement. Tu doutes sérieusement d'une différence entre toi et moi ? Mais par Mordred, Alicia ! Ouvre les yeux ! Toi tu resteras faible toute ta vie, incapable d'aimer, incapable de supporter qu'on puisse t'aimer. Moi j'ai réussi à changer, je suis capable d'aimer, et je suis capable d'accepter l'amour des autres. Moi je ne les considère pas comme des sous-hommes alors que je ne vaux rien. »
Et plantant là son ancienne amante, Fred pesta silencieusement contre lui-même alors qu'il partait s'enfermer dans sa chambre, prêt à utiliser la magie pour faire apparaître une bassine au plus vite.
Trop de mots tabous en une seule tirade. Il allait vraiment vomir...
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Après-coup, Hermione n'avait toujours aucune une explication à donner du fait qu'elle ait réussi la prouesse de retourner en cours, les suivre docilement, ait discuté quelques instants avec le professeur McGonagall concernant son nouveau-ancien-rôle de préfète et soit parvenue à revenir à la salle commune sans cesser de sourire et de rire aux commentaires de Ron, aux paroles de Harry ou même aux jurons de Ginny qui pourtant étaient tous dirigés vers Fred. Le tout alors qu'elle était purement et simplement détruite. Elle revoyait bien le visage incrédule et angoissé de Seamus au-dessus d'elle, le garçon la soutenant contre lui près du saule en lui demandant de parler, de faire quelque chose qui prouverait qu'elle ne venait pas de mourir les yeux ouverts. Puis il n'y avait plus rien.
Il n'y avait rien. C'était comme creux et vide, toujours cet œil du cyclone qui la baignait dans un silence intérieur pesant et chaud. Son corps était en pilote automatique tel que l'aurait dit en riant son père, elle ne contrôlait plus ce qu'elle disait ou faisait, c'était une sorte de seconde Hermione qui évoluait sous ses yeux voilés et blessés. Son Coqtable avait été récupéré par Seamus et l'ancienne Hermione, avant de disparaître entièrement, lui avait demandé de ne rien dire jusqu'à ce soir sur ce qu'il s'était passé et sur le message qu'il avait lu par-dessus son épaule pendant qu'il la consolait. Bien que l'irlandais se soit montré bizarrement trop protecteur, personne n'avait semblé remarquer quoique ce soit.
Ginny en était toujours au « je t'aime aussi », en avait d'ailleurs fait part à Ron et Harry qui s'étaient époumonés de rage -avant de s'étrangler chacun leur tour avec leurs beuglements-. Neville et Parvati avaient peut-être eu un doute au dîner, lorsque Seamus l'avait longuement fixée en sourcillant pendant qu'elle riait gaiement avec Lavande. Toutefois les arrivées respectives de Luna puis Dean les avaient détournés de leurs réflexions. Hermione avait par conséquent regagné la salle commune avec ses amis et la mine la plus détendue qu'ils n'auraient jamais pu lui voir.
Mais maintenant...
« Il... P-pourquoi tu n'as rien dit ? 'Mione ? »
Harry paraissait atterré derrière ses lunettes rondes, Ginny était secouée, déboussolée. Hermione soupira en récupérant son petit engin sous le regard soucieux de Seamus qui n'avait pas pu tenir sa langue plus longtemps. Comment lui en vouloir ? Elle s'apprêtait à aller se coucher sur un bonne nuit guilleret qui n'avait rien de naturel dans pareille situation. A sa place elle aurait même fait en sorte de le pousser dans les retranchements de la colère s'il l'avait fallu pour qu'il cesse ce jeu d'acteur stupide.
« Je comptais le faire, murmura la brune en baissant la tête. Seulement... »
Elle se força à sourire -et cette fois fut obligée de se forcer, la Hermione d'aujourd'hui et celle d'avant se réunifiant mentalement- et releva un peu les yeux pour tenter de rassurer Ginny assise en face d'elle. Harry et elle étaient encore trop choqués pour réagir et l'absence de Ron empêchait un quelconque et nouveau débordement.
« C'est pas grave vous savez. Enfin, je veux dire, c'est pas comme si c'était si surprenant que ça.
-Ça l'est, contra Seamus d'une voix grave derrière elle et en apposant une main douce sur son épaule. On pensait tous que Fred avait...
-Changé ?, suggéra Hermione avant de se mordiller la lèvre. Il a changé. Vraiment. Et je n'essaie pas de le défendre ou quoique ce soit. Gin', il a vraiment changé. Ou plutôt il est redevenu... comme tu disais. »
Ginny sembla comprendre qu'elle parlait de leur conversation dans le Poudlard Express alors qu'elles se rendaient à Londres. Elle opina en se serrant contre Harry, craignant peut-être que la détresse de son amie soit contagieuse ou désireuse de trouver un brin d'affection et de tendresse au milieu de ce chaos sentimental qui n'était pas le sien, et laissa à Hermione le droit de poursuivre bien que celle-ci vit clairement que la rouquine restait dubitative.
« Je peux au moins me gausser de l'avoir aidé à se remettre de tout ça. Mais Fred reste Fred, et je suis Hermione. Nous deux c'était incompatible de toute manière. Je crois qu'il a essayé de m'aimer, mais que ça n'a pas marché. D'où ses deux derniers messages.
-Ça n'excuse pas ce qu'il te fait subir, vociféra Harry qui se réveillait doucement.
-S'il n'était pas sûr de lui il aurait mieux fait de la fermer dès le départ », renchérit Seamus avec conviction.
Hermione prit une courte inspiration, cilla pour s'accorder une petite contemplation du ciel obscur par la fenêtre voisine et sourit, véritablement, pour de bon, avec une tristesse qui provoqua un grognement de Harry, un rapprochement physique de Seamus qui se retrouva pour la deuxième fois de la journée à la prendre contre lui, et un sourire similaire de Ginny en écho.
« Franchement, je suis heureuse qu'il m'ait déjà accordé toute cette attention. Et je n'ai pas envie d'avoir de regrets ou de lui en vouloir. S'il va mieux, ça me suffit. Et l'amour n'est pas ce qu'il y a de plus important dans la vie. Pas en ce moment du moins, rajouta Hermione un ton plus bas en repensant à son entrevue chez le directeur.
-De quoi vous parlez ? »
Les quatre gryffondors se tournèrent d'un même corps en direction du portrait de la Grosse Dame où se tenait un Ron en train de grignoter une pomme bien rouge.
« De la fatalité... De la bonté de Hermione que j'hésite à apparenter à la naïveté ou la stupidité », répondit Harry dans un dernier élan de mauvaise humeur.
Ginny et Seamus s'esclaffèrent alors que la brune se mettait à bafouiller des insultes à l'encontre de son meilleur ami. Ron s'installait près d'eux, interrogateur, quand Hermione se mit à déclarer qu'elle était loin d'être stupide mais bien plus instruite et sage que tous leurs camarades réunis. La jeune fille feignit d'être vexée, prit une pose boudeuse mais du coin de l'œil jaugea les expressions faciales de ses amis et leurs sourires grandissants. Elle ne mit ainsi pas longtemps à s'éloigner dans ses pensées et même si son cœur lui assura qu'il avait beaucoup plus mal qu'elle ne voulait bien l'avouer, Hermione se réprimanda en son for intérieur pour oser être malheureuse alors qu'il lui était désormais possible de tourner la page.
Après des mois d'espérance, d'indécision, elle avait enfin des réponses et des directives concrètes. Elle n'avait pas à se plaindre. Un jour elle reverrait Fred et quand ce jour arriverait, elle serait en mesure de le remercier pour lui avoir offert quelques souvenirs qu'elle comptait conserver avec attention et qu'elle chérirait jusqu'à ce qu'elle se tourne vers quelqu'un d'autre. Non elle n'était pas stupide. Personne n'était amoureux d'un seul individu toute sa vie. Viendrait un temps où elle offrirait son cœur à quelqu'un d'autre. Ce serait le retour des espoirs, qui ne seraient peut-être pas vains ce coup-ci, le retour à la fois au paradis et en enfer. Elle pleurerait pour un autre, rirait pour un autre, vivrait pour un autre.
C'était comme ça. Ce serait comme ça. Et Parvati avait eu raison dès le début, le jour où elle avait écrit la lettre scellant une certaine relation avec Fred. Le tout en amour, c'était d'être fixé. Oui, ou non. Pas de peut-être, pas de jeu. Oui, ou non. Après tous ces mois, Fred disait non, Hermione était fixée, et elle comprenait pourquoi elle ne se sentait pas aussi triste que toutes ces fois précédentes où elle avait eu le cœur brisé. Cette fois-ci elle savait, libre à elle de se lamenter ou de passer à autre chose. Elle n'était pas à Gryffondor pour rien, elle allait le prouver encore et encore, elle avancerait et tournerait cette fichue page.
« Ah non ! »
Les rires s'étaient mués en silence, Hermione secoua la tête pour se sortir de ses réflexions et arqua un sourcil un peu interdit. Ginny était livide, Harry ouvrait de grands yeux et Seamus venait de se précipiter vers la fenêtre qu'il ouvrit prestement. Ron, aussi étonné qu'elle des agissements des trois autres, lança une œillade circonspecte au hibou qui venait de s'engouffrer dans la salle commune et Hermione comprit enfin ce qui se passait quand une enveloppe tomba sur ses genoux.
« Me dis pas que c'est Fred, parce que là c'est ridicule et ça va trop loin ! », brama Ginny et la seconde suivante elle avait bondi sur le tapis, prête à tuer.
Perplexe, la brune décacheta le parchemin alors que la chouette de Verity planait tranquillement au-dessus d'eux en hululant joyeusement, et elle examina la signature du court feuillet avant de laisser sa mâchoire se décrocher. Au sens métaphorique du terme évidemment, bien qu'une mouche ait pu, à cet instant, pénétrer sans aucun problème dans sa bouche bien ouverte.
« C'est George », baragouina-t-elle sans en comprendre d'avantage.
Seamus s'accroupit près d'elle, Ginny se rua sur eux, rapidement rejointe par Harry qui entraîna Ron avec lui de force -le rouquin n'ayant pas encore tout à fait saisi la gravité de la chose-.
Hermione,
Quoiqu'il se passe cette nuit, tu restes dans ton dortoir.
Ginny,
Alerte rouge-orange-verte-bleu-violette-et toutes les couleurs de l'arc en ciel, j'espère que tu comprendras ce que ça veut dire.
George
« Certes, certes... C'est moi ou le deuxième jumeau est devenu aussi timbré que le premier ? »
Ron et Harry restèrent stupéfaits, n'accordant aucune réponse à Seamus qui relisait le message sans rien y voir de précis. En revanche Ginny venait de passer du blanc au rouge et elle arracha la missive des mains de la brune. Cette dernière sursauta et quémanda des réponses dans une question muette à son amie. La jeune Weasley était visiblement la seule à savoir de quoi pouvait bien parler George.
« Pourquoi je dois rester dans mon dortoir ?, finit par ânonner Hermione après un léger flottement.
-Aucune idée mais restes-y, mentit Ginny qui évita sciemment son coup d'œil.
-Je ne peux pas, je dois faire une ronde ce soir, et le professeur McGonagall va me surveiller de près. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ? C'est quoi cette alerte de couleur ? Il y a un problème ?
-Vous-Savez-Qui ? », paniqua instinctivement Seamus et dans un éclat qui fit taire les conversations alentours.
Ginny se massa l'arrête du nez, se doutant qu'elle ne pouvait décemment pas annoncer que Fred était peut-être à Poudlard en ce moment mais qu'elle ne pouvait pas non plus laisser ses acolytes se préparer au pire -ce n'était que Fred, pas de quoi en réveiller tout le château pour combattre...-.
« Nan, ronchonna-t-elle donc en cherchant ses mots. Ça n'a rien à voir avec ça. Juste un code entre nous.
-Un code entre vous ?, siffla aussitôt Ron avec un fort accent de jalousie dans la voix.
-Ouais. Fred et George continuent à faire... des... farces à Poudlard quelques fois. Et pour pas qu'on en profite, George me prévient c'est tout. Comme je lui ai dis que 'Mione avait retrouvé ses fonctions de préfète, je suppose qu'il voudrait qu'elle reste en-dehors de ça. »
Hermione n'en crut pas un mot, Harry non plus à la vue de ses sourcils haussés de façon septique. Ron était néanmoins renfrogné dans un élan de convoitise -pourquoi ses frères et sa soeur ne le mettaient jamais dans la confidence?- et Seamus paraissait juste plus désorienté qu'avant, mais dupe tout de même. Ginny se balança très discrètement d'un pied sur l'autre, jetant d'étranges regards qui allaient du portrait qui empêchait l'accès à la salle commune à son amie, et Hermione n'eut besoin que de quelques nanosecondes pour tout comprendre. Instinct féminin ou logique infaillible.
Fred était ici.
Curieux comme ce qu'elle avait pu penser, à propos de remerciements à faire à son égard et tout le reste le concernant, pouvait disparaître telles de futiles résolutions que l'on prend au nouvel an mais qu'on ne se souvient plus devoir respecter au réveil... Pourquoi Fred devait-il toujours détruire ses belles déterminations nom d'un pitiponk avarié ?
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Alicia devait déjà être repartie d'où elle était venue -le royaume des enfers à n'en point douter-, George et Verity étaient lovés sur le canapé quand il avait quitté l'appartement et devaient avoir regagné leur chambre depuis le temps, pourtant Fred ne voulait pas rentrer. Pas si cela impliquait un vide immense et l'amertume de ne pas avoir pu s'être expliqué, d'avoir pu réparer les pots cassés et s'être racheté comme il le désirait tant. Pour le moment il ne pouvait supporter que le vide sous ses pieds et un sourire ornait ses lèvres alors qu'il revoyait Hermione sur ce même muret. Le temps s'était écoulé entre l'instant où il avait trouvé la jeune fille suspendue entre la vie et la mort dans une vision angélique et maintenant.
Un temps si long et si court à la fois. Quelques heures ? Quelques jours ? Des semaines ? Des mois ? Des années ? Non, juste quelques jours, deux semaines, mais il s'était passé tellement de choses dans sa vie et dans sa tête en si peu de temps qu'il avait l'impression d'avoir vieilli d'une dizaine d'années. Seulement... Seulement non, il n'avait même pas encore vingt ans. Si c'était pas du beau gâchis tout ça.
Le jeune homme passa une main dans sa nuque, nerveux, et ses jambes battirent dans l'air alors qu'il se raccrochait de son autre paume à la pierre grisâtre. Lui non plus n'était pas venu ici pour en finir, en réalité il ne savait même pas ce qu'il faisait là, la seule chose qui lui venait en tête c'était les propos de Dumbledore un jour, qui avait assuré que les anciens élèves seraient toujours les bienvenus ici. Le Terrier était son enfance, la boutique du Chemin de Traverse était le début de sa vie d'adulte, mais Poudlard était sa véritable maison. Quitter le Terrier ne lui avait rien fait, emménager en toute indépendance ne l'avait pas franchement ému plus que ça, mais entrer à l'école de sorcellerie avait été magique, la quitter avait été une tuerie.
Il avait eu des hauts le cœur, avait chouiné. A présent qu'avec tous ses souvenirs des bancs scolaires se juxtaposait l'image persistante de Hermione et son sourire un peu partout dans le château, Fred ressentait le besoin inconditionnel de venir s'échouer ici. Il était apaisé par les ondes de magie qui traversaient l'air, par les petits bruits provenant de la forêt interdite, par ceux qu'il entendait parfois venant des couloirs et des escaliers alentours. S'il y avait bien un endroit où il se sentait chez lui, c'était ici. Plus encore quand il savait que Hermione dormait quelque part là-dedans, près de lui. Oui, il était chez lui. Et s'il devait choisir le lieu de sa mort, il désignait Poudlard.
… Ou pas. Non, il ne voulait pas mourir ici. Il ne voulait pas mourir du tout en fait. Et son rire clair et mutin éclata dans la nuit toujours aussi noire.
« Rire tout seul est un des premiers symptômes de folie. Tu le savais ?»
Fred avala de travers, fit un bond en avant qui le propulsa dans le vide et les doigts qui le retenaient au muret glissèrent avec lui.
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A suivre...
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Ooooh le gros cliché du type qui est au bord de la mort et de l'auteure qui achève son chapitre sur une situation extrême xD Ben ouais, même moi j'y échappe pas, aux clichés, pis si vous m'en voulez, vous n'avez qu'à vous en prendre à … Aha ! Qui est le mystérieux complice de ce suicide-non-programmé ? Oh allez, un peu d'imagination, vous devriez trouver !
En attendant...
Prochain chapitre : Un imbécile peut en cacher un autre ; L'infirmerie après les cours ; & le cyclone se déchaîne sur Poudlard . (On pourrait croire qu'il s'agit d'un chapitre court, mais c'est loin d'être le cas).
