Notes : Bonjour ! Je suis désolée si je n'ai pas répondu à toutes les reviews, mais le site m'empêche d'accéder à certaines fonctions. Merci en particulier à Chicka Del Sol. J'ai essayé mais je n'ai pas pu te répondre… Donc, pour ce chapitre, sans rien dévoiler, la légende dont je parle est un collage des recherches que j'ai faites. Quant à la signification du prénom, elle est exacte. Et maintenant…

Chapitre 21 : Enfant réfléchie, claire et pure

7 juin

La première chose que Sam entend en ouvrant la porte du cottage est le cri inarticulé d'une femme qui se prolonge indéfiniment. «Dean» murmure-t-il en laissant tomber sa mallette.

-Dean ! Crie-t-il en suivant la direction du hurlement en train de s'éteindre.

Il trouve son frère dans le salon, assis sur le divan devant son ordinateur portable. Un bol de pop corn intact repose près de lui. Les yeux démesurément grands, une main sur la bouche, l'autre posée de façon protectrice sur son ventre, Dean ne démontre aucun signe qu'il a entendu Sam arriver.

Merci mon Dieu, pense ce dernier en s'avançant, curieux de voir ce que son frère regarde.

Sam se fige derrière le divan devant l'image à l'écran. Une femme est installée sur lit d'hôpital, visiblement très enceinte. Ses cheveux sont plaqués contre son crâne, son visage rouge et couvert de sueur. Près d'elle, un homme visiblement dépassé par les événements lui tient faiblement la main. Une infirmière ajuste le débit d'un soluté, l'air sérieux. Le tout est filmé style documentaire, et la voix sérieuse d'un narrateur se fait entendre.

«…À ce stade, les contractions surviennent aux deux minutes, parfois un peu moins, parfois plus et durent de 70 à 90 secondes. Ce sont les plus douloureuses pour la future mère qui…»

-Dean. Qu'est-ce que tu fais ?

Sans détourner les yeux de l'écran, Dean presse une touche pour interrompre le film. Ensuite, seulement, il tourne la tête et sourit faiblement à Sam.

-Hé, Sam. Passé une bonne journée ?

-Mmm, répond Sam en venant le rejoindre sur le divan. Dean se tortille un peu pour se rapprocher de lui.

-Tu as les nouveaux jeans ?

-Dans l'Impala. Je les ai laissés dans l'Impala. Qu'est-ce que tu écoutes ?

-J'ai téléchargé ce documentaire de la BBC pour te faire une surprise, avoue Dean en se mordant comiquement la lèvre inférieure. Et après, j'ai vérifié le fichier et je n'ai pas pu m'empêcher de continuer sans t'attendre.

Dean a un air rêveur un peu inquiétant.

-Je ne pense pas que tu devrais regarder ça, dit Sam prudemment en posant sa main sur celle de son frère.

-Mmm…

-Il fait soleil dehors. Allez, viens, on va aller marcher un peu, ajoute Sam en se levant.

Il observe la façon dont Dean opère pour se relever : il se rapproche le plus possible du bord du sofa, pose une main sous son ventre et se propulse avec l'autre bras en s'inclinant vers l'avant. Il y a toujours ce bref instant ou son corps tente de trouver son nouveau centre d'équilibre : il oscille un peu sur ses jambes, utilise sa main libre comme stabilisateur en la mettant sur une de ses hanches. Puis, toujours un peu essoufflé, il écarte légèrement les pieds. Évidemment, ce serait plus facile de tendre la main à Sam –et il le fait, parfois, particulièrement le soir, quand il est fatigué ou trop somnolent pour se soucier de son orgueil. Dean a dépassé les 31 semaines de grossesse et sa mobilité s'en trouve affectée. C'est une étape difficile à gérer pour lui : il est lent et malhabile, hésitant, même. Son ventre le gêne lorsqu'il est assis trop droit, lorsqu'il dort, même couché en chien de fusil. Ses nuits sont agitées, ponctuées de réveils fréquents et de coups de pieds et/ou coudes vers Sam qui, prudemment, a commencé à migrer vers le bord du lit. Dean n'a pris que 6 kilos depuis le début de la grossesse, mais la façon dont il porte le bébé, vers l'avant, rend la répartition de son poids et de son équilibre beaucoup plus délicate.

-Super, une promenade, dit-il, sarcastique, mais son air rêveur s'atténue un peu.

-Je vais me changer, dit Sam. Attends-moi.

-Hé, ce n'est pas comme si je pouvais aller bien loin. Tu parles d'un chasseur, ajoute Dean tout bas quand Sam atteint le pied de l'escalier.

Ce dernier a un léger soupir. Depuis deux semaines, Dean a décidé de cesser de se montrer en public. Sam n'a pas protesté. C'était inévitable. Même s'il continue de croire que la silhouette particulière de son frère ne ferait pas automatiquement penser à un homme enceinte (ce n'est pas comme si c'était possible, après tout), il sait qu'au cours des dernières semaines, Dean est devenu de plus en plus mal à l'aise de s'exposer au regard des autres. Les jours précédant sa décision, il avait même l'air franchement malheureux. Sam s'est incliné de bonne grâce, prévoyant toute sortes de solutions pour tirer Dean de son isolation aussi souvent que possible et pour le garder actif, dans la mesure de ses capacités. D'où les promenades presque quotidiennes, du moins quand le temps le permet.

Dean l'attend sur le perron. La température est plus fraîche à l'extérieur et son frère a passé une chemise par-dessus son t-shirt, l'une des favorites de Sam avant qu'il ne se la fasse ravir, légère, en coton blanc. Elle ne ferme plus sur le devant et les pans moulent le ventre de Dean sous son chandail gris pâle. C'est étrange de le voir ainsi, départi des couleurs sombres qu'il a toujours préférées. Il a l'air moins dur, moins brusque ainsi. À ranger dans la boîte des choses dont on ne parle pas à voix haute, tout près du terrible «mot en V» qui a un coffre spécial rien que pour lui, verrouillé sous d'énormes chaînes.

-Aujourd'hui, j'ai terminé mon bricolage dans la remise, annonce Dean en descendant les trois marches, la main solidement accrochée à la rampe.

-Est-ce que je peux-

-Du calme, Sasquatch. Il y a juste un petit détail que je voudrais ajouter avant mon grand dévoilement.

-Quoi ?

-Son prénom.

Sam lève les yeux au ciel et glisse les mains dans ses poches. Au point où ils en sont, il ne serait pas surpris de voir leur fille s'appeler définitivement Papaye, ou Framboise, ou Manche à Balai. Les différences des deux frères semblent irréconciliables. Ils n'arrivent qu'à éliminer des prénoms. «Bon, dit-il en comptant sur ses doigts, pas de prénom des anciennes conquêtes de Dean, ni de personnages de vieilles séries télé, ni de noms de voiture-»

-Hé ! Je continue de dire que Mercedes, ça a de la classe.

Sam grimace.

-J'ai fait la lessive hier.

-Dean. Wow. Dit Sam en mettant une main sur son cœur.

-La ferme. Tu penses que c'est facile de me pencher ? réplique Dean en lui donnant un coup d'épaule.

-Excuse-moi.

-Alors en lavant tes pantalons, mon petit Sammy, j'ai trouvé une feuille de papier pliée avec plein de noms bizarres écrits dessus et de petites notes en pattes de mouche-

-Oh, dit Sam en pensant à cet après-midi au début de la semaine, à l'université, où il a –pour la dixième fois- parcouru Internet à la recherche de prénoms –de plus en plus rares- que lui et Dean n'avaient pas encore considéré.

-Pour la plupart, ils sont à chier… Ils sont encore plus louches que ceux que tu suggères d'habitude. Lux, Sam ?

-Il y avait un thème, Dean. Ce sont des noms censés avoir une signification, ou un pouvoir magique. Je n'ai pas eu le temps de tout vérifier pour savoir s'il y avait des bases solides sur lesquelles s'appuyer mais-

-Tu fais une lecture, encore.

-Écoute, on a passé la moitié des prénoms qu'on est capable de prononcer et il ne reste même pas deux mois avant que tu ac… que notre fille naisse. Je commence à être à court d'idées

Dean fouille dans sa poche, claudiquant soudainement alors qu'il tente de balancer son poids vers la gauche, et exhibe une feuille froissée.

-Tu l'as gardée ?

-J'aime bien celui-là, déclare Dean en passant la feuille à Sam.

L'un des prénoms a été encerclé plusieurs fois. Sumiko. Sam s'immobilise et regarde Dean de biais, en tentant de masquer sa surprise.

-Est-ce que tu l'aimes vraiment ou est-ce que tu te moques de moi ?

-C'est japonais.

-Hun-hun. Ça se prononce Sou-mi-ko.

-Et ça veut dire…

Dean se rapproche pour mieux lire. «Enfant réfléchie, claire et pure.»

Tout en discutant, ils sont arrivés sur le bord du lac. Sam y a descendu deux vieilles chaises de jardin quelques jours auparavant lorsque Dean lui a avoué, à la fois embarrassé et en colère, qu'il ne s'asseyait plus sur le quai parce qu'il lui était de plus en plus difficile de se relever. Sam attend qu'il s'asseoit le premier, les mains tendues, prêt à aider. Son frère s'incline vers la droite, pose une main sur l'appuie-bras tandis que l'autre vient supporter le poids de son ventre, et descend lentement sans jamais cesser de regarder derrière lui.

Ensuite, visiblement satisfait, Dean étend ses jambes et croise ses mains derrière sa nuque, les yeux fermés, son visage exposé au soleil. Un sourire tranquille se dessine sur ses lèvres. «J'ai fait quelques recherches…»

-Hein ?

-Oh, s'il te plait, n'ait pas l'air aussi surpris. Je ne suis pas illettré.

-Non, c'est juste que… tu as recherché tous les prénoms de la liste ?

-Quoi ? Réplique Dean dont le sourire devient franchement moqueur. Non, évidemment. Est-ce que j'ai l'air d'un intellectuel géant avec des cheveux de fille ?

-Ah. Ah.

-Sérieusement, Sam. J'ai vérifié ce prénom parce que je l'aimais bien, et on le mentionne dans quelques uns de tes bouquins, et sur certains sites Web aussi. Sumi, la partie «claire et pure» du mot, était utilisée pour des rituels de protection contre la magie noire au Japon, mais aussi en Chine et en Indes, sous des formes un peu différentes.

-Wow.

-Encore cet air surpris.

Dean a probablement raison. Sam rougit légèrement mais, à sa défense, son frère a cet air sérieux et paternel qu'il a rarement vu chez lui. Il se racle la gorge. «Et euh… comment est-ce qu'il était utilisé ?»

-Ça dépend, mais en gros, si on inscrivait le mot sur des objets, ou même des personnes, rien de mal ou de perverti, quoi que ça puisse vouloir dire, ne pouvait les toucher. Évidemment, le nom est mentionné comme une étape de rituels obscurs et complexes. Je ne sais pas. J'ai tendance à penser qu'il y a un fondement de vérité derrière tout ça. Remarque, je suis loin d'être un spécialiste en légendes surnaturelles asiatiques, mais quand on trouve autant d'indices qui ont laissé une marque écrite, habituellement, ça veut dire qu'on tient quelque chose, non ?

-Oui, répond Sam.

Dean lui lance un regard de biais. «Qu'est-ce que tu en penses ?»

-Du prénom ?

-Mmm.

-Je… si je l'ai écrit sur ma liste c'est parce que je l'aimais.

En fait, Sam n'est pas complètement sincère. Il a fait des tas de listes, avec des tas de prénoms, de plus en plus fantaisistes avec le temps, mais l'idée de protéger sa fille dès sa naissance, avec quelque chose dont on ne pourrait jamais la départir, lui a plu. Il tourne et retourne le prénom dans sa tête. Si Dean, malgré son air insouciant, a pris la peine de faire des recherches à son sujet, il doit l'aimer réellement. Ce n'est pas Sam qui fera éclater sa bulle. Sumiko…

-Ce qui est… ce qui est bien, c'est qu'on pourrait la surnommer Sue, tu sais, ça fait un peu plus américain, ajoute Dean d'une voix hésitante, incertaine.

-Okay.

-Okay ?

-Okay.

Dean tente de réprimer un sourire enthousiaste sans y parvenir. «Sumy et Sammy» dit-il.

-Quoi ?

-J'aime la ressemblance. Sumy et Sammy. Mes deux filles.

-Oh, la ferme, Dean.

Même s'il devrait se sentir insulté par la bonne vieille boutade, Sam n'y arrive pas. La façon dont son frère le lie ainsi avec leur fille lui serre la gorge, et il soit se concentrer sur sa respiration pour ne pas pleurer, lui, la fille géante.

-La légende, qu'est-ce qu'elle raconte ? demande Dean au bout d'un moment.

-Je l'ai parcourue rapidement. C'est une pauvre couturière qui fait sans le savoir un pacte avec une sorcière et qui s'aperçoit ensuite qu'elle devra lui donner sa première-née. Je simplifie, mais avec l'aide de sa nourrice, elle-même un peu sorcière, elle fabrique un tissu magique en y brodant le prénom Sumiko, et lorsque l'enfant vient au monde, elle la recouvre du tissu qui se soude à elle comme une seconde peau. La petite fille devient son prénom en quelques sortes. Quand la sorcière vient réclamer son dû, elle ne fait que toucher le bébé du doigt et se consume aussitôt jusqu'à n'être plus que des cendres. Ensuite, Sumiko mène une vie longue et prospère, et sa présence au village protège tous les habitants du mal.

-C'est une belle histoire. Hé, je meurs de faim : tu as prévu quelques chose pour le souper ?

Moment terminé, pense Sam.

))))((((

11 juin

Après deux heures entières passées à écouter Rania, à prendre frénétiquement des notes et à comprendre comment utiliser le matériel, Sam se sent épuisé, physiquement et mentalement. Quand la jeune femme lui suggère d'aller prendre un café en haut, dans la cuisine, il accepte avec reconnaissance de quitter l'environnement médical du sous-sol, la tête pleine de scénarios cauchemardesques.

Rania avait raison. Évidemment. Sam est trop impliqué personnellement. Cependant, ils n'ont pas eu le choix. Les recherches de Bobby n'ont rien donné, le terme de la grossesse se rapproche et Dean refuse catégoriquement que Lucas Murphy soit présent lorsqu'il donnera naissance à leur fille, d'une manière ou d'une autre. Mets-toi à ma place, Sam. Je ne veux pas qu'un chasseur que je connais à peine me voit comme ça. Je n'ai pas honte de… J'ai hâte de voir notre fille, et je ne veux pas avoir à me soucier de l'anormalité de ma situation, ou de ce dont je vais avoir l'air quand elle arrivera. C'est quelque chose que je veux vivre avec toi. Je suis conscient de ce que je te demande. Si tu ne peux pas le faire, il faut que tu me le dises. Je sonne horriblement mélo, hein ? Peut-être un peu, a répondu Sam en souriant. Mais il comprenait.

Rania lui sourit tranquillement pendant qu'il ajoute de la crème à son café. Il est nerveux. Ses mains tremblent légèrement.

-Alors, comment va ton frère ?

-Pas trop mal. Il a encore le rhume –je pense que c'est le cinquième en sept mois. Il n'était presque jamais malade avant.

-Et tout rentrera dans l'ordre après la naissance. S'il y a le moindre signe de complication, tu m'appelles, hein ?

Sam a un petit ricanement. «Ouais… Tu dois avoir hâte que toute cette histoire soit terminée. Il me semble qu'on est toujours en train d'appeler, ou d'arriver ici en panique.»

Rania secoue doucement la tête.

-Sam. Je suis contente de vous aider et d'être là pour vous deux.

-…et en plus on arrive ici avec nos exigences et nos secrets. Je comprends que ça te met beaucoup de pression.

-C'est vrai, concède Rania avec honnêteté. Mais dans cette situation, rien n'est idéal. Tu sais, je n'ai pas voulu t'inquiéter davantage tout à l'heure. Je préfère juste…

-Être prête à toute éventualité, complète Sam en souriant.

Rania hausse les épaules et baisse les yeux sur sa tasse un moment. Quand elle relève la tête, une légère rougeur colore ses joues et elle regarde Sam intensément en mordant sa lèvre inférieure.

-Depuis que j'ai été attaquée par un Djinn, depuis que je connais la chasse et ce qu'elle peut faire, j'ai vu des choses vraiment horribles. Je n'ai pas besoin d'élaborer, je crois. Tu comprends ce que je veux dire.

-Oui, répond Sam, incertain.

-C'est juste que… plus on en apprend sur le surnaturel, plus on comprend ce qu'est le mal, tu sais ? Le mal avec un M majuscule. Et ça met le reste des choses en perspective.

-Okay…

Rania soupire et tortille une boucle de cheveux autour de son doigt, un geste que sa fille fait aussi.

-Savoir qu'un démon peut posséder le corps d'un enfant, lui faire faire des choses horribles et l'user jusqu'à ce que personne ne puisse plus rien pour lui, c'est ça le Mal pour moi, Sam. Pas deux frères qui ont une relation plus que fraternelle.

Sam, qui allait prendre une gorgée de café, s'immobilise, le cœur battant fort dans sa poitrine. «Rania je…»

-Écoute c'est tellement évident. Pour moi, du moins.

-Tu n'as… tu n'as aucune idée de la vie qu'on a mené et que…

-Pas besoin de te justifier, Sam. Je le vois à chaque fois que tu le regardes. Je le vois dans la façon dont Dean réagit quand tu t'éloignes de lui. C'est…

-Est-ce que Lucas s'en est aperçu aussi ?

-Pas du tout. Je vous vois tous les deux dans un contexte intime bien différent des autres, et je pense aussi que ça a quelque chose à voir avec ce qu'on appelle l'intuition féminine.

-Dean… Ce que Dean a fait pour moi…

Encore cette fameuse boule d'émotions qui remonte dans la gorge de Sam. Ces derniers temps, elle n'est jamais loin.

-Je n'ai pas dit ça pour te bouleverser, Sam. C'est juste… vous n'avez pas besoin de faire semblant avec moi, okay ?

-Mmm…

-C'est ta fille aussi ?

-Oui c'est… c'est là où le sortilège de la sorcière n'a pas fonctionné… elle a voulu que j'empoisonne mon frère avec… et finalement elle n'a pas pu finir et…

Sam se tait avant de s'enfoncer davantage.

-Bien, répond Rania, prête à reprendre son masque professionnel. Il y a certains tests que j'aimerais vous faire passer, à Dean et toi. Des marqueurs génétiques.

-Quoi ?

-Vous partagez les mêmes gênes. S'il y avait une maladie génétique récessive présente dans votre famille, votre fille aurait de plus grandes chances d'en être atteinte.

-Mon Dieu, je n'avais pas pensé à ça, chuchote Sam en écarquillant les yeux.

-Hé, on se calme. La consanguinité est loin de ce qu'on veut faire croire dans les films. Pour avoir un véritable phénomène de dégénérescence dans un bassin de population, il faut que la reproduction entre parents se soit produite sur plusieurs générations.

-Mais alors pourquoi… ?

-Juste pour être sûre. Les risques sont plus élevés pour votre fille que pour un autre bébé, mais ils demeurent quand même très faibles. Dean et toi êtes en bonne santé, et je suppose que s'il y avait une maladie présente dans votre famille tu me l'aurais déjà dit.

Sam respire un peu plus librement. «J'aimerais mieux ne pas le dire à Dean, okay ? On peut faire ma prise de sang tout de suite et il n'aura pas besoin de savoir. À moins qu'il y ait quelque chose d'anormal.»

-Je suis d'accord. À une condition.

-Quoi ?

-Je t'interdis d'y penser. Tu as déjà assez de sources d'inquiétudes, Sam, sans t'en mettre davantage sur les épaules. Concentre-toi sur ce que tu peux faire, pas sur ce qui peut arriver.

Sam sait que le conseil vaut aussi pour le cours accéléré d'obstétrique qu'il vient de recevoir. Il sort son carnet de notes, soucieux, soudainement, de revoir certains détails, quand son cellulaire sonne. Il décroche rapidement. Il en est à un point où il déteste laisser Dean tout seul pour de longues périodes. Si Rania avait accepté, il l'aurait amené avec lui, quitte à le faire attendre à l'extérieur du bureau, mais la jeune femme a été catégorique. C'était quelque chose que Sam et elle avaient besoin de faire seuls.

-Dean ?

-Sab ? Tu peux rabener des mouchoirs ?

-Je viens juste d'acheter une b-

-Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Je suis une uside à borve ! Coupe Dean, impatient et hargneux.

-Okay… Mais je ne serai pas là avant une heure.

-Ouais ben, qu'est-ce que je peux faire d'autre à part t'attendre ici assis sur mon cul d'homme enceinde, hein ?

-Pas de problèmes, Dean. Est-ce que tu as-

Sam ne peut même pas terminer sa phrase que son frère a déjà raccroché. Il referme son téléphone et le considère d'un air pensif.

-Tout va bien ? demande Rania

-Oui. Je pense qu'il était un peu nerveux aujourd'hui, que je vienne ici pour qu'on parle de… tout ça. Il a peur, ajoute Sam, surpris de constater à quel point se confier à quelqu'un lui fait du bien.

-C'est normal. Toutes les femmes enceintes ressentent de la peur et de la crainte quand elles se rapprochent du terme. Alors imagine ton frère…

-Évidemment, s'il faisait juste le dire au lieu d'essayer de prétendre que tout va bien.

-S'il en a vraiment besoin, il parlera.

-Tu connais mal mon frère. Il préfère se rendre malade plutôt que d'avouer quelque chose du genre. Je ne pense pas… Dean est… Je crois que ce n'est pas l'accouchement le problème, même si c'est dur pour lui de se faire à l'idée –pour moi aussi, d'ailleurs. Non, ce qu'il y a avec mon frère c'est qu'il a toujours eu l'impression que tout repose sur ses épaules, à lui et à personne d'autre -on peut remercier mon père pour ça. Ce qui terrorise Dean, c'est de ne pas être à la hauteur, d'être incapable de mettre le bébé au monde correctement. Et si jamais quoi que ce soit devait arriver, même si c'est complètement hors de son contrôle, je sais qu'il va se blâmer.

))))((((

Sam arrive chez lui sous une pluie battante. Serrant le sac de la pharmacie entre ses bras, il court jusqu'au porche en frissonnant sous les gouttes glaciales. La maison est froide et humide. Il devrait allumer un feu, pense-t-il en retirant ses chaussures pleines de boues.

Il trouve Dean installé sur le divan, toujours en pyjama, au milieu d'un petit cimetière de mouchoirs usés. Son frère sauve le monde d'une invasion de zombies, l'œil morne et les joues rouges. Il renifle, déglutit, et Sam réprime une grimace. Il sort le paquet de mouchoirs de son sac et les lance près de son frère.

-Salut, murmure Dean sans détourner ses yeux de l'écran.

-Salut. Tu n'as pas froid ?

-Non, Sab, je n'ai plus jamais froid depuis que je me trimballe un bébé dans le ventre, bais berci de t'en inquiéter.

Hargneux, Dean dépose la manette de la console sur son ventre et déchire quasiment la boîte de mouchoirs en l'ouvrant. Quelques secondes plus tard, un nouveau mouchoirs froissé (et utilisé à pleine capacité) va rejoindre les autres.

-Est-ce que… est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ? S'enquit Sam prudemment.

Les yeux meurtriers de son frère parlent plus que tout ce qu'il pourrait dire. Sam soupire et passe une main dans ses cheveux, puis prend une décision soudaine.

-Allez viens, dit-il en tendant la main à Dean.

Ce dernier l'observe avec méfiance. «Où ?»

-D'abord dans la douche, parce que… tu en as besoin. Ensuite, dans l'Impala. Ça doit faire quoi… quatre jours que tu n'as pas quitté le cottage, sauf pour aller sur le quai.

-Il pleut des cordes…

-C'est un problème ?

Dean secoue lentement la tête. «Non.»

-On s'arrête à un service au volant, on s'achète des trucs graisseux qu'on mange sur le bord de la route. Qu'est-ce que t'en dis ?

Dean attrape la main de Sam et se relève lentement.

-C'est d'accord si je conduis, dit-il, encore un peu grognon.

-Il n'y a rien dans les règles qui l'interdise.

-Je sais que je suis désagréable aujourd'hui, murmure Dean en suivant Sam dans la salle de bains. Mais…

-Tu es enceinte de sept mois et demi ? Tu réussis à attraper un rhume quand tu n'as vu absolument personne sauf moi depuis deux semaines ? Tu n'as pas chassé, assommé, ni tué de monstre depuis la grand-mère goule ?

Dean observe Sam un instant, sourcils froncés, et le pousse doucement contre l'armoire à linge. «Est-ce que tu as pitié de moi, Sam Winchester ?» demande-t-il en essayant d'avoir l'air menaçant, tentative complètement détruite lorsqu'il doit se retenir après l'épaule de Sam pour éternuer sans perdre l'équilibre.

-J'avoue que tu es un peu pitoyable, dit Sam en réprimant un sourire.

-Continue comme ça et je me mouche dans ton chandail.

))))((((

En fin de compte, Sam et Dean passent une soirée agréable, l'Impala stationnée au couvert des arbres d'une route secondaire inondée par la pluie, à manger des hamburgers en riant pour rien. Ils ont échangé de place avant de commencer leur repas gastronomique, l'espace réduit entre le volant et le ventre de Dean ne lui permettant pas de s'installer à son aise. Sur le chemin du retour, Sam conduit tranquillement, content d'être où il est, dans la voiture qui a des relents de nostalgie, de longues journées sur la route où son univers se réduisait à la voix de son frère chantant volontairement faux juste pour lui taper sur les nerfs.

Dean, s'est endormi appuyé contre sa portière, ses bottes abandonnées sous le siège, ses pieds joints glissés sous la cuisse de Sam. En cet instant, ils n'ont besoin de rien d'autre.

À SUIVRE…

Notes : Je sais que vous êtes très probablement au courant, mais en anglais, «Sue», le diminutif du prénom Susan, se prononce «Sou» voilà pourquoi Dean suggère ce surnom phonétiquement semblable plus «américain.»