Disclaimer : les personnages sont à JKR
Rating : M
Chapitre 21
Photo souvenir
POV Albus
Je me réveille dans cette chambre d'hôtel en sueur et la bouche sèche.
J'ai encore fait ce cauchemar. Celui que j'ai fait pendant des mois après ton départ. Il est revenu. Plusieurs fois dans la nuit. Je le connais par cœur, pourtant je n'arrive pas à m'en sortir.
Je regarde le papier peint fleuri, le soleil qui pointe entre les rideaux en velours jaune et j'attends que les battements de mon cœur s'apaisent. Dehors les oiseaux gazouillent et ça me surprend. A Paris je n'entends jamais les oiseaux le matin. Ce bruit me rappelle les vacances et …non. Pas ça.
Je me lève rapidement et je file sous la douche. La salle de bain rose me fait grimacer, mais au moins c'est propre. Le charme de la province. Dehors il fait beau et les prés sont d'un vert agressif.
L'eau chaude coule sur mon corps, comme une fontaine bienfaisante, et je vide le shampooing sur ma tête. J'aimerais qu'il fasse disparaître le halo gris de tes yeux, collé à mes cheveux.
Je ferme les paupières et les images du rêve me reviennent, précises, immuables.
Des bougies sur un gâteau d'anniversaire. Ma sœur t'embrasse, tu deviens pâle, ton père détourne la tête. Bizarrement le mien n'est pas là, pourtant nous sommes à Poudlard.
Nous enfourchons nos vélos et on s'élance vers la forêt. On pédale comme des fous, avec acharnement, en riant. Je sens le vent dans mes cheveux et je me sens libre, heureux.
Mais tu pédales plus vite que moi et tu t'éloignes, inexorablement, en riant toujours. Puis tu n'es plus là. Je t'appelle, en vain. Je hurle. Tu es parti. Trop loin. Sans me dire au revoir.
Je suis perdu dans cette forêt. Je pleure. Je ne retrouve jamais le chemin de Poudlard. J'erre sans but, avec mon vélo neuf. La nuit tombe. Les branches des arbres se penchent et s'accrochent à mes vêtements pour les déchirer, comme dans ce dessin animé qui m'avait épouvanté quand j'étais petit.
A Poudlard je me réveillais souvent en pleurs et les bras griffés.
Je m'ébroue sous la douche et je rouvre les yeux.
Ce n'est rien que le cauchemar idiot d'un gamin idiot.
Je me rase en évitant de trop m'observer. Pas bonne mine ce matin. Jamais vraiment bonne mine en fait. A Paris je me précipite dans le métro dès le lever du soleil et je n'en ressors que le soir. Qui s'en soucie ? Pas moi.
J'enfile un jean et une chemise blanche, et je passe rapidement ma main dans mes cheveux, pour dompter mes épis.
Je vérifie l'heure : 8h30. Le petit déjeuner est servi jusqu'à 9 heures.
J'imagine la salle du petit déjeuner : du papier peint fleuri, des tentures poussiéreuses, des tables rondes avec des napperons en dentelle. L'escalier craque sous mes pas tandis que je descends.
Je ne suis pas déçu : le décor est tel que je l'avais imaginé. Je m'installe à une table déserte. Il n'y a pas beaucoup de clients.
On est hors saison.
Une jolie fille me demande ce que je veux boire, avec bonhomie. Je réponds : du café, puis je rectifie : du thé. On n'est pas à Paris ici, et je suis anglais.
Je déguste ma brioche quand un jeune homme brun s'approche de ma table en souriant. Il se penche vers moi et me dit :
- On se connait, non ? Vous étiez au mariage, hier soir…
- Heu…Oui.
Un morceau de brioche reste coincé dans ma gorge tandis qu'il continue :
- Je peux m'installer avec vous ?
Je tousse mais hoche la tête affirmativement. Il s'assoit, semble attendre que je me remette. Il regarde par la fenêtre.
Si j'avais su, je me serais dépêché de partir.
Non. Si j'avais su, je ne serais jamais venu.
Je regarde ma montre. Il dit, contrarié :
- J'espère que Scorpius va se dépêcher. Je lui ai dit que le service n'était que jusqu'à 9 heures.
La jeune serveuse lui apporte son thé et il commence à déjeuner en silence. Ouf. Une famille se lève et quitte la salle.
- Vous étiez à Poudlard avec lui, n'est ce pas ?
- Oui.
- Mais pas dans la même Maison, d'après ce qu'il m'a dit.
Je retiens un sourire. Je savais que Scorpius ne dirait que ça. Ne retiendrait que ça.
- Effectivement.
- Vous êtes un proche du marié ou de la mariée ?
- Euh…du marié. A vrai dire, elle, je la connais très peu. J'habite en France depuis trois ans.
- Et vous êtes venu exprès pour le mariage ?
- Oui. James est de ma famille, vous savez.
- Non, je ne savais pas. Excusez-moi.
Il me sourit gentiment. C'est un bel homme. Son visage est viril et ses yeux d'un brun velouté. Il ne se moque même pas de moi. Il ne sait vraiment pas qui je suis.
En fait je ne suis personne.
J'essaie de boire mon thé rapidement mais il est brûlant. Des craquements dans l'escalier, derrière moi, me font sursauter. Ca commence comment, cette prière, déjà ? Mon Dieu, faites que…
- Ah te voilà !! Dépêche-toi, t'as vu l'heure ?
Je ferme les yeux et je déglutis difficilement.
Tu t'assois à côté de moi, maugréant un vague « bonjour ». J'en fais autant. Je vois ma main trembler et le thé frôle dangereusement le bord de la tasse.
Tu commandes un café d'une voix lasse et je ne reconnais pas ton odeur. Tu portes une eau de toilette distinguée, à présent.
Je ne lève pas la tête de ma soucoupe. Tu ne me regardes pas.
Pourtant tu es si proche de moi que je pourrais te toucher.
Rupert nous fait aimablement la conversation au sujet du beau temps, et tu regardes ta montre.
- Ca va Scorpius ? dit-il doucement.
- Oui, ça va, merci. Pourquoi ?
- Tu ne décroches pas un mot ce matin. Tu as mal dormi ?
- Oui. J'ai fait un cauchemar. Et tu as ronflé.
Je ne bronche pas. Rupert reprend :
- Vous étiez dans la même classe, à Poudlard ?
- Oui, réponds-tu sèchement en décortiquant ton croissant.
- Scorpius travaillait bien ? me demande-t-il d'un air intéressé.
- Oui. Très bien, je réponds un peu rapidement, en émiettant le reste de ma brioche.
- Vraiment ? Tu étais nul à Durmstrang, au début, Scorpius…
- Je ne parlais pas la langue je te rappelle…maugrées-tu.
- Ouais. Heureusement que j'étais là…Je t'ai souvent sauvé la mise. Il était bon dans quelle matière ? me demande-t-il.
- Toutes. Les potions, surtout, je crois.
- Ha ! ha ! La matière de papa…tout s'explique !!
Tu hausses les épaules, agacé, et je parviens presque au bout de mon thé. Il ne reste que des miettes de ton croissant, et pourtant, tu n'as rien mangé, j'en jurerais.
- Et vous, vous étiez bon en quoi ?
- En potions, je réponds en fixant obstinément une tache invisible sur la nappe.
Il nous regarde tour à tour, hilare, et lance :
- Aussi ? Et lequel des deux était le meilleur ? Le Serpentard ou le Gryffondor ?
Un silence plane et je lâche, avec un soupir :
- Scorpius. Il savait réaliser n'importe quelle potion. Même celles qui n'étaient pas au programme.
Ta tasse retombe avec fracas. Tu te lèves avec brusquerie et tu nous lances :
- Je crois que je n'ai pas très faim. J'ai oublié quelque chose là-haut. Excusez-moi…
Tu t'éloignes à grands pas. Rupert me regarde, étonné :
- Excusez-le. Il n'est pas comme ça d'habitude.
Je souris faiblement. Je m'apprête à partir quand j'entends une dégringolade dans l'escalier, et des rires. Bien sûr. Lily et son copain. Je leur tourne le dos mais je n'espère plus vraiment passer inaperçu. Vu le début de la matinée, ce serait trop beau.
- Coucou…me dit-elle en me collant un baiser sur la joue. Tu crois qu'on peut encore déjeuner dans ce boui…euh bel hôtel ?
- Je ne sais pas…C'est un peu tard, non ?
Lily s'installe à notre table, très à l'aise, et tend la main à mon vis-à-vis :
- Lily Potter. Enchantée. Et ça c'est mon fiancé, Allan.
- Rupert Miles. Enchanté. Je suis un ami de la famille Malfoy.
- Oh ! Vous connaissez Scorpius ?
- Oui. Très bien, répond-il. Je suis venu avec lui.
Elle se tourne vers moi, avec un petit sourire narquois :
- Alors, tu l'as vu, Albus ?
J'acquiesce, les oreilles en feu, et Rupert me fixe avec stupéfaction :
- Albus ?
Je hoche la tête, gêné.
Il semble abasourdi et je comprends que Scorpius a dû lui parler de moi. Il y a longtemps.
Il me dévisage avec tant d'insistance que je m'interroge pour savoir s'il ne va pas me demander un autographe. Ou me gifler, pour avoir été le premier. Je me lève, et il dit :
- Non, attendez…vous êtes vraiment Albus Potter ?
- Oui, c'est vraiment lui, répond Lily, agacée. Bon, je crois que c'est râpé pour avoir un petit déjeuner ici. Viens, chéri, on se tire…Mes amitiés à Scorpius, dit-elle à Rupert. Enfin, non, ne lui dites rien, c'est mieux. Ciao, Albus… bon retour en France.
- Vous habitez en France ?
- Oui. Je crois vous l'avoir dit tout à l'heure…
- C'est vrai, excusez-moi. Mais je suis tellement surpris de vous rencontrer. Pourquoi ne pas m'avoir dit qui vous étiez ?
- Je ne pensais pas que ça avait de l'importance. Mon père est connu, mais moi…je ne suis personne.
- Et vous faites quoi en France ?
Pourquoi ces questions ? Je regrette la maladresse de ma sœur, tout à l'heure. J'aurais voulu rester incognito.
Une vague connaissance.
Une ombre dans leur vie.
- Je finis mes études d'alchimie.
- Vraiment ? c'est très difficile comme matière.
- Oui. Excusez-moi, mais je dois reprendre le shuttle, tout à l'heure. J'ai été content de vous connaître.
- Moi aussi, dit-il d'un ton rêveur. Moi aussi…Au revoir, Albus…
Et je remonte dans ma chambre, vaguement nauséeux, pour préparer mes affaires. Et quitter l'Angleterre.
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Je fourre ma valise dans la voiture de location. Il y a un élégant coupé gris à côté de ma Fiat. Je ne cherche pas à savoir à qui il appartient, je démarre rapidement. J'avais un peu promis à mon père de passer le voir avant de partir, mais je n'en ai plus envie, maintenant. Ou plus le courage.
Les paysages verdoyants du Surrey défilent et m'apaisent. Tout a l'air tellement calme, ici. Comme au ralenti. Je mets la radio et je laisse mon esprit dériver.
La brève rencontre surréaliste de ce matin me laisse un goût amer dans la bouche. Pourquoi as-tu joué les mystérieux, alors que ton ami connaissait très bien mon existence ? Pourquoi ne pas lui avoir dit qui j'étais ?
As-tu eu honte en me voyant, hier, parce que je ne suis pas assez présentable ?
Je ne fais pas très sérieux, c'est sûr, même pour un premier amour. Pas très convenable.
Un cliché prétend qu'on n'oublie jamais son premier amour. Sans doute.
L'essentiel, c'est de passer au deuxième sans trop tarder. Je n'ai pas réussi. Toi si, visiblement. Et sans perdre trop de temps, j'imagine.
Je ne t'en veux pas, non, je suis au-delà de ça. Disons que je ne t'en veux plus. La vie continue, c'est bien normal.
Et il a l'air charmant, Rupert. Gentil, prévenant. Quelqu'un de bien, de toute évidence.
Toi, en revanche…tu es toujours sur la ligne de fuite, dirait-on. Désabusé, mais avec classe.
Je ne veux pas penser à ce que tu as vécu à Durmstrang. Pas me demander si tu as été plus ou moins malheureux que moi. La souffrance est absolue, de toute façon.
J'essaie de chasser ces pensées gênantes et de me concentrer sur la route. Il ne manquerait plus que je loupe l'autoroute. Dans un petit village, je suis sur le point d'emboutir la voiture devant moi qui s'arrête docilement à un passage piéton. Les gens ne conduisent pas comme ça à Paris et je me sens bizarre, décalé. Etranger dans mon propre pays.
Finalement je suis content de rentrer en France et de reprendre le boulot. Même si je ne m'y sens pas vraiment chez moi.
Je suis étranger partout, depuis que j'ai quitté Poudlard.
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J'avais tellement de fois imaginé nos retrouvailles, avant…Pas une seule fois pourtant je n'avais pensé que tu ferais comme si tu ne me connaissais pas.
Et que je ferais de même.
Je regarde ma montre. J'ai le temps encore mais je me sens pressé, stressé. Comme si je voulais échapper rapidement à ce week-end, cette escapade. Au passé ?
J'arrive à la gare et je range la Fiat parmi ses jumelles, sur le parking.
Je m'assois avec plaisir dans le train et je respire quand il démarre. Le sommeil me gagne rapidement en regardant le paysage défiler. Good bye, England.
Je me réveille lentement. En face de moi une jeune fille écrit une longue lettre sur du papier mauve et je repense à toutes les lettres que je t'ai écrites et jamais expédiées. Au début parce que c'était déconseillé par les médecins, comme pour toutes les personnes en désintox.
Après…parce que je n'osais pas. Parce que mon père m'avait conseillé d'attendre de tes nouvelles, de ne pas écrire le premier. Parce que tu ne m'as jamais donné de tes nouvelles.
Elles se sont accumulées dans mon tiroir, témoignage dérisoire de ma vie qui continuait sans toi. Quand même.
Et j'ai continué à écrire, tous les jours, avec régularité, parce qu'il fallait bien que je parle de ma vie à quelqu'un. Enfin, de ce qu'il en restait.
La vérité, je l'ai découverte par bribes, presque par erreur. Ton départ précipité, votre hospitalisation. Je t'ai attendu longtemps, ce matin-là, avant que James ne vienne me dire que tu étais à Sainte Mangouste.
C'était le lendemain du jour où toi et moi, pour la première fois…le lendemain du jour où tu m'as juré de m'aimer toute ta vie. Promesse de junkie ?
A partir de là, il y a eu beaucoup de rumeurs sur toi. Sur vous, plutôt.
On raconte que ton père vous aurait trouvés évanouis dans la salle sur Demande, une seringue dans le bras. Je sais bien que tu n'aurais jamais utilisé de seringue. Pas besoin de seringue avec tes potions.
D'aucuns prétendent qu'on vous aurait découverts complètement défoncés, dans les toilettes. Vous êtes entrés dans la légende de Poudlard, tous les deux. Par la petite porte.
Moi j'ai toujours cru à la version de mon père, même si elle était plus banale.
J'étais presque jaloux, au début. Pourquoi elle et pas moi ? Puis je me suis rappelé que tu m'avais offert un flacon, à Noël, mais que j'avais refusé. Trop peureux, peut être. Trop sage. Comme pour le reste.
Encore un chemin sur lequel je ne t'ai pas suivi. Lily, elle, était du genre à ne rien refuser. Il suffisait de lui dire « chiche » pour qu'elle se lance dans les pires aventures.
Je comprenais mieux tes absences, tes tremblements. Mais je ne comprenais pas pourquoi tu ne m'en avais pas parlé.
Je suis allé au Terrier pour passer les vacances de Noêl, puis toutes les autres vacances. Ma mère n'a plus jamais voulu qu'on aille au Manoir. Elle estimait que les Malfoy avaient une influence trop négative sur ses enfants.
Et puis il y a eu ce fameux jour où elle a laissé échapper que Lily s'en était bien sortie, finalement, et qu'elle n'aurait pas voulu élever un bâtard blond.
J'ai cru recevoir une gifle, ce jour-là. Tant de naïveté de ma part…
Avais-je été aveugle et sourd, ou juste idiot ?
J'ai couru dehors, enfourché mon vélo et pédalé comme si ma vie en dépendait, au hasard des chemins, les yeux brouillés par les larmes.
Le soir, je suis rentré tard, épuisé par ma course et mon chagrin. Ma mère a voulu me consoler mais je l'ai repoussée. Je n'étais plus un enfant, à 16 ans.
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Je sors de la gare et je m'engouffre dans le métro. Son odeur âcre me fait tousser, ma valise se coince dans le portique, les gens font la gueule.
Bienvenue à Paris. Je retrouve l'anonymat avec soulagement. Il est temps de refermer la parenthèse.
Mon studio est parfaitement ordonné et mes petites habitudes de célibataire me font du bien. Un repas rapide, une douche et je me couche.
Je me concentre sur ce vieil ouvrage de Nicolas Flamel, mais les mots dansent devant mes yeux et ma pensée s'échappe. Inutile d'insister, je ne comprends rien.
Je n'arrive pas à dormir. Je fixe la lueur des phares qui se déplace entre les persiennes, j'écoute le ronronnement de la circulation. J'imagine les gens dans leurs voitures, qui vont au restaurant, au cinéma, ou qui rentrent chez eux, retrouver ceux qu'ils aiment. J'invente leur vie et elle immanquablement plus belle que la mienne. Peut-être parce que je n'en ai pas ?
Je me tourne et je me retourne dans ce lit. Flûte. Impossible de dormir.
Je me lève et j'allume mon ordi, plus par habitude que par envie. Peut-être surfer sur la toile, ou écouter de la musique, regarder des films. Toute cette vie sur le net…
Une petite enveloppe clignote sur mon écran, et je clique dessus, un peu surpris.
C'est un e-mail de James, pour me remercier de ma venue. Je lis entre les lignes qu'il regrette mon départ précipité, qu'il me prend pour un sauvage. Je ne mords pas, pourtant. Je n'ai juste pas envie de faire semblant.
Il y a un fichier joint, ce sont des photos. Bien sûr. Je décide de ne pas les regarder. J'ai déjà suffisamment morflé.
Je clique pourtant sur l'icône et les photos apparaissent, comme par magie.
Mon cœur s'accélère.
James est magnifique au bras de sa femme. Leur bonheur irradie au travers des pixels et je lis tout l'amour du monde dans leurs yeux. J'y croirais presque. A l'amour.
Les photos défilent, sourires éclatants, baisers délicats, mousseline blanche, purs clichés d'un mariage réussi dans le Surrey.
La vie est belle sur les photos.
J'aperçois ma silhouette, ici ou là, jamais dans l'axe, jamais souriant. Déjà parti…
Ma mère et son mari, épanouis. Narcissa et son chignon rebelle. Lily et son fiancé, dans une pose torride. Elle a une réputation à défendre. Des enfants qui ramassent des pétales et du riz. Mon oncle Ron qui fait le pitre, tante Hermione qui lève son verre. Isadora qui discute avec ma mère…
Mon père et Draco qui se regardent, amoureux. Comment font-ils, après tout ce temps, toutes ces difficultés ? Ils sont la plus belle revanche de la vie sur l'ironie du sort. Même si la bataille a été longue, et les séquelles nombreuses…
Je clique de plus en plus rapidement, sans me demander pourquoi. Comme pour en finir plus vite. Tous ces gens, tout ce bonheur, les ai-je vraiment croisés, ce week end ? Ai-je goûté à ce gâteau ?
Je n'aime pas la meringue, de toute façon.
Et puis soudain, il y a toi.
Enfin, Rupert et toi.
Beaux, distingués, complices. Complices de quoi ?
Côte à côte, à table, vous levez vos verres et vous vous regardez en souriant. Il y a tant de douceur et de compréhension dans ce regard qu'il me transperce comme la pointe d'un diamant.
D'où te viennent ce sourire, cette tendresse ? Tu me les avais donnés. Tu me les as repris.
Ma main se crispe sur la souris pendant que je me dissous dans ton image, sur mon écran.
Dehors les voitures filent à toute allure, et moi je me change en statue.
Toutes ces années à éviter de penser à toi pour finir épinglé comme un papillon, devant mon écran.
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Une éternité plus tard, j'éteins mon ordi. Il pleut. Je vis à Paris.
Je me recouche, le cœur un peu plus lourd, et peu à peu le cliché qui s'obstine devant mes paupières closes est remplacé par une autre photo.
Nous avons 12 ans je crois.
On est en cours, l'un à côté de l'autre, et on partage le même sourire. On se regarde avec tant d'amour que je mords mon oreiller pour ne pas hurler, ce soir.
Cette photo, mon père te l'avait donnée à Noël.
Est-elle passée à la poubelle, avec tes promesses ? Avec notre amour ?
Qui t'embrasse et te caresse, ce soir ? A qui fais tu des serments ?
Je ferme les yeux, je soupire.
Un rêve blond s'offre à moi. Un rêve velouté comme ta peau que je n'ai pas frôlée, tiède comme ta bouche que je n'ai pas embrassée.
Un rêve dans lequel tu viendrais me rejoindre entre ces draps immaculés, sans un mot, sans un sourire, avec cet air absent sur le visage, comme ce matin, et cette nouvelle odeur que je découvrirais au creux de ton cou.
Un rêve paradoxal comme l'envie que j'ai de toi et le mépris que j'ai pour toi.
Nous n'aurions rien à nous dire. Pas de pardon, pas de toujours. Pas de promesse.
Juste l'amour à faire, encore et encore. A réinventer.
Alors peut- être que, dans le désert de nos cœurs ravagés, mes mains reconnaîtraient les tiennes, mon corps nu s'ouvrirait enfin au tien, et, dans un ultime abandon, au cœur de notre silence, tu me ferais crier de plaisir.
Et peut-être que, dans l'écho muet de ce cri, un sourire viendrait naître sur nos lèvres, inattendu comme un pardon.
A suivre…
« Photo souvenir » est une chanson de William Sheller
Merci à Alfa, pour le fond et pour la forme…
Merci pour votre lecture et vos commentaires….
