Chapitre 20 : Diagnostic

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Une difficile semaine vient de s'écouler et semblable à la précédente. Tony est toujours dans le coma. Le Dr Thomson et un de ses collègues, neurochirurgien réputé, se sont activés auprès de lui pour lui faire passer toute une batterie de tests. Leurs conclusions sont en partie optimistes, les réflexes reviennent peu à peu. C'est le signe d'un prochain réveil.

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Gibbs, qui a passé la semaine au chevet de l'italien, soupire à l'annonce de cette nouvelle. Pour autant, personne ne peut prédire les conséquences possibles sur l'état de Tony, les séquelles qui peuvent découler de sa blessure à la tête.

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Après le passage des médecins, Gibbs profite d'un moment pour passer dans la salle de bains attenante à la chambre, une bonne douche chaude lui fait le plus grand bien, il s'attarde donc sous le jet bienfaisant pour se délasser un peu. La tension quitte un peu son corps et son esprit. Quelques instants plus tard, il rejoint son agent et remarque qu'une tasse de café a été déposée sur la table de chevet, certainement à son attention. Il s'en empare et déguste le breuvage fort et amer qui finit de le réconcilier un peu avec la situation.

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Un coup d'œil sur le lit où gît son homme le rassure, le respirateur lui a été retiré, le moniteur cardiaque est toujours branché et fait entendre ses bips incessants et monotones, les électrodes de l'encéphalogramme enregistrent également le tracé de l'activité cérébrale, un tracé presque plat mais rassurant car il indique que le cerveau travaille (même si c'est au ralenti, selon Ducky).

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Comme les jours précédents, il vient prendre place sur le fauteuil que les infirmières lui ont installé en lieu et place de la chaise de plastique inconfortable. Il s'installe pour continuer sa veille, infatigable et inlassablement. Les moniteurs rythment les heures qui passent. En début d'après-midi, Jethro sent le sommeil s'emparer de lui, il glisse doucement dans une douce torpeur quand…

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Un cri déchirant vient briser le silence de la pièce, Tony se dresse sur le lit en gesticulant dans tous les sens. Gibbs s'élance aussitôt vers lui pour le retenir tout en actionnant le bouton d'appel. Il maintient son agent de toutes ses forces pour l'empêcher à la fois de tomber et de se blesser. Mais Tony déploie une force incroyable et il a du mal à le maîtriser.

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Une infirmière pénètre dans la chambre et au vu du spectacle, appelle des renforts. Un aide soignant vient aussitôt à la rescousse. Gibbs et lui unissent leurs efforts pour calmer l'italien tandis que l'ancien marine lui parle doucement. Après quelques minutes de lutte, Tony, épuisé, laisse les deux hommes l'allonger sur le lit.

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Gibbs le voit essayer de parler mais aucun son ne sort de sa bouche et l'italien en paraît affolé. Il tente d'avaler sa salive pour reprendre sa tentative mais un doigt vient l'empêcher de la renouveler. Tony lève alors les yeux sur son patron et fronce les sourcils. Il n'a pas le temps de réaliser la situation que le Dr Thomson, appelé d'urgence, se rend au chevet de son patient. Avec l'aide de l'infirmière, il procède aux premières constatations sur l'état de Tony.

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Gibbs, que l'on a prié de sortir de la chambre de son agent durant l'examen, se ronge les sangs. Il veut retourner auprès de son homme. Il aurait bien appelé Ducky mais le jour se lève à peine. Une bonne heure s'écoule avant que l'infirmière ne sorte enfin de la chambre. Il s'avance immédiatement vers elle mais d'un geste de la main, elle prévient toutes questions.

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« Le Dr Thomson vous verra en sortant, Agent Gibbs. Je ne peux vous en dire plus moi-même, je n'y suis pas habilitée. »

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Finalement, c'est une bonne heure plus tard que le médecin sort enfin de la chambre. Le neurochirurgien qui s'est joint un peu plus tôt aux examens discute avec le docteur avant de quitter celui-ci. Puis le Dr Thomson fait signe à Gibbs et l'invite à le suivre dans son bureau situé au bout du couloir.

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« Agent Gibbs, je sais que vous désirez avoir des nouvelles de l'état de votre agent mais je ne suis pas autorisé à vous le dévoiler. Je dois en informer sa famille. Savez-vous comment la contacter ? »

« Docteur, Tony n'a pas de famille que nous connaissions comme nous vous l'avons déjà indiqué, ce fait n'a pas changé. J'ignore comment prendre contact avec son père, ni même où il se trouve. Cependant, je vais vous faciliter la tâche et vous permettre de me donner des précisions en vous révélant un fait sur Tony et moi. A vrai dire, c'est mon compagnon et je suis donc à même de connaître son état et de prendre des décisions qui s'imposent. »

« Je vois » répond lentement le médecin, légèrement estomaqué à cette nouvelle énoncée tranquillement. « Euh ! Je suppose alors que je pourrais vous mettre au courant avec l'accord de M. DiNozzo. Le problème majeur, c'est qu'il ne peut certainement pas le faire vu son état. »

« Précisez, Docteur. »

« Eh bien ! Il est incapable de parler, il présente une aphasie due à sa blessure, une perte de la parole » explique t-il en voyant Gibbs froncer les sourcils. « Le centre de la mémoire a été affecté de façon aléatoire par l'œdème qui s'était formé. Même s'il est désormais résorbé, il a occasionné des dégâts. Votre agent, euh… ami souffre d'une amnésie partielle mais qui se manifeste de façon tout à fait curieuse. »

« Ce qui veut dire… »

« Qu'il se souvient de son nom, de son métier, de quelques personnes mais qu'il a oublié les quelques semaines qui ont précédé son admission. Il ne connaît pas la raison de son séjour ici, ni les causes de son hospitalisation. Il sera nécessaire de lui faire passer un nouveau scanner. »

« A t-il d'autres problèmes ? »

« Les blessures physiques sont nettes, elles ne nécessitent que la surveillance habituelle pour éviter une infection toujours possible mais j'en doute. Par contre, son équilibre est précaire, il a du mal à tenir debout sans vaciller mais c'est normal et logique vu la blessure. Il est également sujet à des pertes de conscience qui peuvent varier en durée et en intensité, son attention est aussi touchée, elle ne dépasse pas quelques minutes avant qu'il ne décroche. »

« Dans combien de temps peut-il quitter l'hôpital, Docteur ? »

« A quoi songez-vous ? Un séjour dans une clinique spécialisée ? »

« Non, je compte le ramener à la maison, Tony a horreur des hôpitaux, il sera mieux chez nous. »

« Agent Gibbs, je crois que vous ne réalisez pas bien la situation. Il a oublié certains gestes de la vie courante, il redevient un jeune enfant à qui il faut réapprendre pas mal de choses. Il faudra de la patience et du courage pour l'aider à surmonter cette épreuve. Pensez-vous être à même de supporter ses états d'âme et son comportement ? »

« Je ferai tout ce qu'il faut pour que Tony redevienne l'homme qu'il était avant cette agression. »

« Il lui faut quelqu'un à plein temps à ses côtés. »

« Je vais me mettre en disponibilité pour assurer sa surveillance et le Dr Mallard pourra au besoin venir me seconder. A votre avis, combien de temps peut durer son état ? »

« Quelques jours, semaines ou mois, qui peut le dire, Agent Gibbs. Le cerveau est l'organe le plus complexe du corps humain et le plus mal connu. Tous les jours, nous découvrons quelque chose de nouveau mais nous sommes loin de connaître et de comprendre toutes ses fonctions.»

« Bien, vous m'avez décrit la situation et mis en garde. Je veux savoir maintenant quand Tony pourra sortir d'ici. »

« Accordez-nous une autre semaine pour voir l'évolution de son état et je vous donnerai alors une date de sortie. Je préfère que les pertes de conscience soient sous contrôle ici avant de le libérer sous votre garde. »

« Très bien, une semaine, Docteur. Peut-il recevoir des visites ? Ses collègues souhaitent le voir. »

« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée dans l'immédiat. »

« Docteur, même si elles sont de courte durée, elles feront du bien tant à Tony qu'à notre équipe. Et je désire savoir qui il est capable de reconnaître. »

« Très bien, je m'incline mais au moindre signe de fatigue évidente, je fais évacuer tout le monde. »

« Entendu, Docteur. Mais soyez sans crainte, ses amis ne veulent que son bien et ils respecteront vos consignes. »

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Le Dr Thomson met fin à l'entretien sur cette promesse et libère Gibbs qui repart illico dans la chambre de son homme. Celui-ci a les yeux ouverts et regarde dans le vague. Son expression serre le cœur de Jethro qui vient silencieusement prendre place dans le fauteuil. Un café déposé sur la table de nuit ne le tente même pas. Il prend la main de Tony posée sur le drap et la serre doucement.

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Ce simple geste fait réagir l'italien qui porte son regard étonné sur les deux mains enlacées puis sur son patron. Un fin sourire étire les lèvres du jeune homme avant qu'il ne glisse à nouveau dans le sommeil. Installé à sa place et rassuré, Jethro veille sur le repos de son homme, comme il l'a fait jusqu'à présent.

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La semaine suivante, la situation a bien changé. Les progrès de Tony sont certes lents mais suffisamment notables pour que le médecin décide de le laisser sous la garde de Gibbs. C'est en fauteuil roulant que Tony gagne le parking avant de prendre place dans la voiture de Gibbs. Une demi-heure de trajet pour parvenir au domicile de l'ancien marine et l'italien est installé directement dans la chambre de Jethro.

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Fatigué, Tony n'a fait aucune difficulté, ni exprimé d'étonnement de dormir dans la chambre de son patron. Jethro le regarde, remonte les couvertures sur le corps amaigri, passe sa main dans la chevelure brune et sur le visage émacié. Il se penche pour poser tendrement un baiser sur la joue, le dormeur s'agite un peu mais ne se réveille pas.

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Gibbs redescend lentement les escaliers, se fait un café et va s'installer dans le salon. Il doit encore passer un coup de fil important. Une fois son interlocuteur en ligne, il expose sa demande et argumente si bien sa cause qu'il obtient ce qu'il souhaite. Le voilà désormais libre de s'occuper de Tony sans remords.

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Morrow lui a accordé sa demande de mise en disponibilité pour une durée indéterminée, il n'a fait aucune difficulté pour agréer cette requête particulière. Il faut dire aussi que l'agent lui a posé comme un ultimatum : sa liberté de mouvement ou sa démission. Le choix était limité et de surcroît plutôt drastique pour le .

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Heureux, Jethro sourit. Il va avoir le temps nécessaire pour aider son homme à reprendre du poil de la bête, il sait qu'il n'y a que lui qui pourra le forcer à avancer sans pour autant que Tony ne regimbe à obéir à ses ordres. Il ne tentera pas de s'y soustraire parce qu'il a toujours obtempérer.

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A suivre…