Bonne lecture !


Le ciel redevint brusquement calme après cette scène. Kôi avait suivi le vampire au-dehors et observait, les yeux vides, l'endroit où la porte de lumière s'était ouverte. Elle finit par s'effondrer à genoux, concluant qu'ils ne reviendraient pas avant longtemps. Après un moment, elle entendit des bruits de pas précipités.

Kôi déprimée et bonne nouvelle

Sakura se précipitait sur Friend, talonnée par son fiancé. La jeune carte ressemblait à un enfant égaré et semblait prête à se mettre à pleurer. Comprenant rapidement la situation, la maîtresse des cartes s'accroupit pour la prendre dans ses bras afin de la bercer. Kôi finit par éclater littéralement en sanglots.

- Allons Kôi, tenta-t-elle de la rassurer. Ce n'est rien. Où est Dasan ?

- Il... Il est parti avec eux... Pou... Pour libérer Yo... Yoyo-sa... Ma.

- Dans ce cas il va la ramener. Ne t'inquiètes pas autant. Viens. Tu ne vas quand même pas rester ici jusqu'à la rentrée.

Au moment où Sakura relevait Friend, des pas se firent entendre. Tous levèrent la tête vers la personne qui venait. Le jumeau de Subaru les regardait avec une expression surprise. Kôi se dégagea des bras de la maîtresse des cartes afin de se jeter dans ceux de Kamui, qui semblait comprendre de moins en moins ce qui se passait. Finalement, Shaolan décida de l'inviter à boire un thé chez lui pour lui donner des explications. Le vampire accepta, la jeune fille toujours dans ses bras et pleurant toutes les larmes de son corps.

Quelques instant plus tard, Kamui écoutait attentivement le récit de ce qui s'était déroulé plus tôt, assis sur le canapé. Kôi pleurait toujours dans ses bras. À côté d'eux, Sakura et Shaolan étaient assis côte à côte pendant que ce dernier racontait.

- Ce que vous êtes en train de me dire, comprit le vampire, c'est que Subaru est parti seul au paradis afin de sauver cette insignifiante petite carte ayant le pouvoir du désir ?

- C'est ça.

Le silence s'installa. La carte de l'amitié avait relevé la tête, surprise par la façon dont le garçon aux yeux violets avait traité sa meilleure amie. Pour elle, Yokkyû était loin d'être insignifiante. Il s'agissait d'une personne très sensible et très gentille. Le vampire ajouta :

- Quoique j'aurais dû me méfier plus. Je savais qu'elle ne ferait que nous apporter malheur. Surtout quand Subaru a déclaré qu'il ne chasserait plus avant de l'avoir. Il refusait d'avoir d'autres proies que cette fille. Il perdait complètement la tête et n'arrêtait pas me raconter ses plans pour la séduire. Le pire a été lors de l'épisode de l'église. Desire ne devait, sans doute, pas s'être rendue compte de la valeur de l'eau bénite mais j'ai bien vu que son coup de gueule n'avait pas laissé mon frère indifférent et que ça l'avait rendu jaloux. Mais j'ai continué à me dire que ça se terminerait quand il se déciderait à la tuer. Même quand je l'ai vu l'embrasser tendrement après le cinéma. J'ai eu tort. Elle l'a conduit dans la spirale de cet idiot de sentiment qu'est l'amour.

C'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase pour Kôi. Elle se leva en se mettant face à lui. Tous la regardaient. Les yeux emplis de larmes, elle gifla le vampire en le traitant de salaud avant de courir monter à l'étage, dans la chambre qui lui avait été assignée.

Kamui ne comprenait pas la réaction de cette fille. Ce qu'il disait était pourtant la vérité. Le seul point positif à ce sentiment était qu'il lui apportait à manger. C'était, en effet, souvent le sujet qui poussait ses victimes à lui donner leur sang. Il se tourna vers la maîtresse des cartes, qui semblait assez énervée. Son fiancé la retenait pour qu'elle n'imite pas Kôi. Elle émit tout de même :

- Un... Sentiment... Idiot ? Non mais... Tu sais au moins de quoi tu parles ?

- Bien sûr. Je parle d'une chose qui ne créée que du malheur. Le monde se porterait mieux sans...

Elle commença à s'agiter, coupant le vampire dans sa phrase. Shaolan mettait plus d'énergie pour l'empêcher d'aller l'étrangler. Elle hurlait des mots que Kamui ne comprenait pas. Pourquoi s'énervait-elle pour un sentiment aussi insignifiant ? Il avait dit quelque chose qui ne fallait pas ? Sakura finit par se calmer et argumenter en pleurant :

- Tu dis que le monde se porterait mieux sans l'amour mais c'est faux. Car, moi, j'ai déjà eu la vision d'un monde où personne ne s'aimait. C'était triste, vraiment triste. Tomoyo, par exemple, ne s'excitait plus devant moi. Elle ne faisait que me dire bonjour. Shaolan c'était pire. Il ne faisait absolument pas attention à ma présence. C'était horrible. De plus, la photo de ma mère avait disparue de sur la table de la salle à manger. Toya ne me charriait même plus. Le monde était plongé dans un état de tristesse infinie. Et ça me rendait morose. Alors ne dis plus jamais que l'amour ne sert à rien, car c'est ce qui fait que les gens sont vivants.

Ce beau discours laissa Kamui pantois. Elle, elle avait connu un monde sans amour ? Il avait du mal à y croire. Cette maîtresse des cartes avait sans doute trop fumée. Il se tourna vers le chinois, qui la regardait tristement. Le vampire s'attendait à ce qu'il dise quelque chose qui soutienne que l'amour n'était qu'une illusion inventée par les hommes. Mais ce qu'il prononça ne fut pas dans le sens des idées de l'immortel.

- Moi aussi je pensais que l'amour était inutile. Je pensais que ce n'était que des bêtises de petites filles. Mais il a fallu que je me rende à l'évidence quand je me suis rendu compte des sentiments que je portais à Sakura : j'avais tort. L'amour est bien réel et il fait un bien fou. J'ai été pris dans ses filets et je ne peux plus en sortir. J'ai le cœur qui bat en la présence de mon aimée et j'ai envie qu'elle soit heureuse pour le restant de ses jours. La nuit, je rêve à Sakura. Elle me hante jusque dans mes plus profonds désirs. Et surtout, je suis tellement bien avec elle.

- Ce n'est pas de l'amour ça, fit froidement Kamui.

- Que veux-tu dire ? s'étonna le jeune chinois.

- Ce ne peut pas être de l'amour puisque c'est ce que je ressens auprès de Friend.

Les fiancés se regardèrent, interloqués. Kamui fut étonné devant leur silence. Que se passait-il ? Il avait encore dit quelque chose qui ne fallait pas ? Il commença à s'apeurer en voyant Sakura esquisser un sourire et Shaolan faire de même. Brusquement, elle proposa :

- Ça te dirait de faire une petite promenade pour nous changer les idées mon amour ?

- Avec plaisir ma reine.

Sur ce ils se levèrent et ; les bras sens dessus dessous ; sortirent en recommandant à Kamui, qui avait l'air complètement perdu, de bien surveiller leur habitat. Comme la jeune japonaise s'y attendait, son fiancé avait pensé la même chose qu'elle.

Ils se dirigeaient vers le parc pingouin, quand ils finirent par croiser Meiling et Akuma, marchant main dans la main dans le sens inverse et sur le même trottoir que les deux fiancés. Ils se regardaient tendrement et ne remarquèrent le chinois et la japonaise que quand cette dernière appela la jeune fille en lui faisant signe.

- Sakura ? Shaolan ? Qu'est-ce que vous faites ici ? s'étonna Meiling.

- Je peux te poser la même question, répliqua son cousin.

- On se promenait, expliqua le démon en prenant sa petite amie par la taille pour la mettre contre lui. Le temps est superbe et on parlait de son prochain séjour dans les enfers afin de lui montrer un aperçu de ce qu'elle veut partager avec moi.

Hébété, Shaolan ouvrit la bouche afin de s'exclamer :

- Parce que tu veux aller en enfer ? Mais t'es dingue.

- Tu ferais pareil si Sakura avait été une démone.

Le jeune chinois ne savait que répondre à cela. Elle avait raison mais il avait tout de même du mal à se faire à l'idée qu'elle envisageait d'aller dans un endroit aussi horrible. Même s'il était vrai que l'on pouvait tout faire par amour. Il était bien placé pour comprendre. Finalement, il soupira. Sakura se mit brusquement contre lui. Il la regarda un instant avant qu'elle finisse par l'informer avec un petit sourire :

- Je viens de recevoir quelques gouttes d'eau. Je crois qu'il va pleuvoir.

Et en effet, Shaolan sentit lui-même de la pluie tomber sur lui. Il commença à courir vers le plus proche café, traînant Sakura derrière lui. Meiling voulut les suivre, mais Akuma l'en empêcha en lui rappelant qu'ils devaient aller dans un endroit tranquille afin de l'emmener en enfer. Elle hurla alors à la jeune japonaise qu'elle reviendrait pour son mariage, avant de se faire entraîner par son petit ami dans la direction opposée.

Le démon emmena sa belle chinoise dans une ruelle déserte et regarda autour de lui. Il voulait s'assurer que personne ne les verrait. Bizarrement il se sentait plus serein qu'avant. Sûrement grâce à la présence de Meiling. Pourtant il sentait au fond de lui que c'était autre chose. Akuma s'apprêtait à sortir ses ailes quand une voix féminine, moqueuse, l'interrompit en s'exclamant « Tiens tiens, mais n'est-ce pas le traître ? ». Ils se tournèrent tous deux vers l'entrée de la ruelle, où étaient prostrés Yuwakû et Susamaji. Elle continua, ironique :

- J'ai entendu dire que monsieur avait fait vœu de chasteté et de pureté.

- Mais de quoi tu parles ? s'étonna-t-il.

- Oh alors tu n'es pas au courant, fit-elle, narquoise. Dans ce cas, regarde bien tes ailes et tu comprendras.

Il ne se fit pas prier et les sortit. Meiling les observa et fut surprise. Akuma remarqua son air et l'interrogea du regard. Qu'est-ce qui lui prenait ? Elle avait la bouche entrouverte et les yeux écarquillés. Au bout d'un moment, elle se reprit et l'interrogea avec un petit sourire :

- Alors les ailes des démons sont aussi blanches que celles des anges ?

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Les ailes des démons sont profondément noires et plus petites.

Devant l'air incrédule de sa petite amie, il se décida à regarder ce que ses ailes avaient de particulier et écarquilla les yeux tandis que la démone se mettait à rire. Ses ailes étaient blanches et avaient grandies. Il n'y comprenait absolument rien. Que se passait-il ? Yuwakû lui annonça alors narquoisement:

- Et oui ! Dieu a décidé de te donner une seconde chance et de te transformer en ange. En clair, tu n'es plus un démon ce qui fait de toi un traître. Le bon côté c'est que notre mission sur terre est terminée.

Meiling toucha les plumes blanches afin de s'assurer qu'elles étaient bien réelles. L'eau, tombant de plus en plus fortement, semblait les éviter. Elle les tripota, doucement pour ne pas les abîmer, et finit par planter ses yeux dans ceux de son petit ami. Celui-ci lui sourit. Il la mit contre lui et créa une porte de lumière (il savait instinctivement comment faire). Au moment où ils allaient la passer, la démone leur demanda :

- Transmettez nos salutations à Yokkyû.

Ils se tournèrent de nouveau vers elle, le regard interrogatif. Son air narquois s'accentua en les informant :

- Je vois qu'ils ne vous ont pas tenus au courant. En fait Yokkyû a été enlevée par Tsadkiel. Je le sais parce que moi et Susamaji avons vu toute la scène sans que personne ne nous remarque. Et Subaru les a suivis ; pour la récupérer je suppose. Elle n'avait pas l'air très consentante.

Sur ce, les deux démons partirent. Meiling prit la main d'Akuma afin de passer la porte de lumière avec lui. Elle se referma sur eux.

Kamui versa le contenu de la bouilloire dans la théière. Bien entendu il n'était pas chez lui mais il n'en avait rien à faire. Elle ne lui avait pas interdit de toucher à quoi que ce soit alors, au bout d'un moment à se demander quoi faire, il avait prit la décision de se faire un petit thé. Celui-ci était aux fruits rouges. Il la prit dans ses mains avec la coupole et observa, dans la tasse blanche décorée de pétales de cerisiers, la couleur mauve rouge du liquide. Elle lui rappelait bizarrement Friend. Il repensa aux sourires qu'elle lui lançait, à la façon candide qu'elle avait de s'extasier telle une enfant, à son odeur d'où celle du sang était absente et à sa grâce féline.

Il secoua sa tête. Cette obsession le reprenait. Pourquoi ? Les deux fiancés ne pouvaient avoir raison. Il ne pouvait être tombé sous le charme de l'amie de cette fille insignifiante et dangereuse. Il n'était pas un faible comme son frère.

Le silence se fit dans la pièce, hormis les bruits de la pluie tapant sur les carreaux. Quelques instants plus tard, il finit par entendre, grâce à son ouïe développée, des sanglots venant très probablement de la carte de l'amitié. Il sentait comme de la gêne en lui. C'était la première fois que ce genre de sentiment le traversait et cela ne lui plaisait pas du tout.

Il retourna dans le salon, s'installa sur le canapé, droit comme un piquet et but une gorgée de son thé. Malheureusement, il entendait encore Friend pleurer. Au bout d'un moment, n'en pouvant plus, il reposa violemment la tasse sur la table basse et se leva afin de se diriger à l'étage.

Il suivit la provenance des sanglots qu'il entendait de plus en plus précisément. En arrivant devant la porte de ce qui semblerait être la chambre de la carte de l'amitié, il prit une grande inspiration avant d'ouvrir doucement la porte. Il ne voulait pas faire entendre sa présence. Le lit était droit devant lui, la tête à sa droite. Friend était allongée dessus, sur le ventre, le crâne à l'opposé de l'oreiller.

Kamui s'approcha d'elle et s'assit sur le bord du matelas afin d'observer la jeune carte aux cheveux mauves pleurer. Elle n'avait pas remarqué sa présence. Finalement, le vampire la souleva pour l'installer dans ses bras. Elle ouvrit les yeux et le regarda d'un air surpris. De plus en plus embarrassé et se demandant ce qui lui arrivait, il lui dit tendrement :

- Je suis désolé. Ne pleure pas. Je n'ai même pas compris la raison de tes sanglots.

Elle ne répondit rien. Elle ne savait pas si elle devait répondre. Cet homme était antipathique et n'aimait pas sa meilleure amie alors que c'était grâce à elle qu'elle vivait. Mais voilà, en même temps elle aimait cet homme, ce vampire froid et arrogant. Ce n'était pas son genre, ou en tout cas elle le croyait pas, mais elle en était tombée amoureuse. Kôi n'arrivait pas à lui en vouloir. Elle était prête à tout lui donner s'il le voulait. Finalement, au bout d'un long moment de silence, elle cracha le morceau.

- Tu as insulté Yoyo-sama. Alors que c'est elle qui m'a crée. Je lui serais à jamais reconnaissante pour ça et je ne supporte pas qu'on lui fasse du mal.

- Je vois.

- En plus elle vient de se faire enlever alors que j'avais promis à Clow de la protéger. J'avais promis d'être toujours là pour elle et maintenant je ne peux plus honorer cette promesse.

Il lui prit le menton afin de le lui relever. Il ignorait pourquoi son cœur venait de se serrer mais il savais qu'il ne supportait pas de la voir malheureuse. Se pourrait-il qu'il soit vraiment amoureux de Friend ? Il repensa aux paroles de Subaru : « Kamui, j'aime Desire. J'en suis fou. Quand je suis près d'elle je veux qu'elle soit heureuse pour le restant de ses jours. C'est autre chose qu'avec mes dernières victimes. Pour elle, je suis prêt à tout. Même à changer. Tu comprends ce que je veux dire ? » Oui, maintenant il comprenait. Mais avant, il voulait faire un test. Il approcha sa bouche du cou de la carte en sortant ses crocs. Mais il s'arrêta en plein élan avant de rebrousser chemin. Il ne pouvait pas faire ça. Il ne pouvait pas lui ôter la vie. Il était donc vraiment amoureux. Le vampire esquissa alors un petit sourire à cette conclusion, avant de la rassurer tout en approchant son visage du sien :

- Ne t'inquiètes pas. Mon frère est fort. Il la ramènera quelque soit le prix. Je te le promets.

Sur ces belles paroles, il l'embrassa fougueusement. Il n'arrivait plus à penser. Sa raison avait momentanément disparue. Tout ce qu'il savait à présent, était qu'il voulait cette fille sur le champ. Il voulait lui dire à quel point il l'aimait, à quel point elle venait de lui faire découvrir un sentiment qu'il croyait n'être qu'illusion. C'était indéfinissable.

Elle entoura ses bras autour du cou de Kamui. Elle ne savait plus ce qu'elle faisait. Et s'il se moquait d'elle ? Non, elle savait que ce n'était pas le cas. Elle avait une confiance totale envers lui. Dehors, la pluie commençait à s'arrêter.


À suivre ! Bon ok, il est plus court que les précédents. Mais je tenais à le terminer de cette manière. Qui aime ?