Bonjour,
Voici le 21ème chapitre. Et le titre parle de lui même mais je n'en dirais pas plus.
Merci à toutes les personnes qui m'écrivent et me lisent. Et merci à Pawi qui a accepté de lire ma prochaine fic pour me donner ses précieux conseils !
Je tiens également à remercier ici toutes les personnes qui me laissent des messages et à qui je ne peux pas répondre par mp parce qu'elles ne sont pas enegistrées sur le site. Je ne vous oublie pas !
Bonne lecture et à lundi !
Sydney8201
Musique du chapitre :
No surprises de Radiohead
Chapitre 21 : Retrouvailles
« La vie c'est des étapes … la plus douce, c'est l'amour … la plus dure, c'est la séparation … la plus pénible, c'est les adieux … la plus belle, c'est les retrouvailles »
Anonyme
Dire que Castiel était perturbé était un doux euphémisme. Le baiser qu'il avait partagé avec Dean avait été incroyable. Il en avait plaisanté avec le jeune homme. Avait tenté de faire comme si ce simple contact ne l'avait pas poussé à tout remettre en cause. Mais la vérité était qu'il avait eu, par ce baiser, la confirmation de tous ses doutes. Il ressentait quelque chose pour Dean. Quelque chose qui allait au delà d'une belle amitié. Qui allait au delà du contrat qu'ils avaient passé ensemble.
Castiel n'était pas sûr qu'il s'agissait d'amour. Il doutait de toute façon de pouvoir ressentir quoi que ce soit d'aussi fort dans son état. Il était encore en convalescence et il avait un long chemin à parcourir avant de pouvoir s'estimer guéri. Mais il était évident que ses sentiments étaient là et qu'il devrait s'y confronter tôt ou tard.
Il avait toutefois opté pour « plus tard ». Il ne voulait pas en discuter avec Dean. Il était convaincu que le jeune homme ne les partageait pas. Qu'il avait vu ce baiser comme la réponse à un désir éphémère. Comme un défi de plus dans une vie où il s'en imposait un nouveau chaque jour. Cela ne voulait rien dire.
Et peu importait en fin de compte qu'en quelques secondes, Castiel avait vu toutes ses certitudes s'envoler. Que tout son corps avait semblé s'embraser quand la langue de Dean avait caressé la sienne. Qu'il ne voyait plus rien du même œil. Qu'il avait un désir profond d'aller plus loin qu'un baiser. De connaître le goût de la peau de son ami. Les bruits qu'il ferait si toutefois ils allaient plus loin.
Il était convaincu qu'il devait ranger tout ceci dans un coin de son esprit et attendre. Attendre encore et toujours que les choses aillent mieux. Qu'il soit de taille à se poser les bonnes questions. A trouver les réponses adéquates.
Le retour à New York n'avait pas été désagréable pour autant. Castiel s'était senti à l'aise avec son ami. Ils avaient parlé de tout et de rien. Plaisanté de leur baiser et de sujets moins profonds. Il avait fait ce que deux amis font dans de telles circonstances.
Et Castiel était heureux de voir qu'il était capable de mettre ses doutes de côté pour profiter des moments partagés avec le jeune homme. Il avait toutefois su assez vite que ses questions reviendraient l'assaillir dès qu'il serait seul à nouveau.
Il ne s'était pas trompé. Au moment où il descendait de la voiture et après que Dean lui ait répété qu'il tiendrait sa promesse et l'emmènerait bientôt visiter d'autres endroits ridicules, il ne put s'empêcher de repenser à leur baiser. Et les doutes refirent surface. Il regarda la voiture s'éloigner et se passa la langue sur les lèvres. Il pouvait presque sentir encore le goût de celles du jeune homme. C'était une sensation fantôme. Une illusion. Mais il ne pouvait pas la nier pour autant.
Il entra dans son immeuble avec le cœur un peu trop lourd. Il ne regrettait rien de ce qu'il avait fait durant ce week-end. Il ne regrettait même pas vraiment ce qu'il ressentait. Peu importait qu'il n'obtienne pas ce qu'il désirait. Souffrir était une émotion. Et le fait qu'il puisse l'expérimenter prouvait qu'il était toujours vivant. Il avait passé des années à se penser mort à l'intérieur. Incapable de ressentir la moindre émotion. Positive ou négative. Dean venait de lui prouver le contraire. Et c'était un pas de plus vers la guérison. Il le savait. Il voulait voir le verre à moitié plein.
Il monta les marches pour rejoindre son étage en réfléchissant à ce qu'il venait de vivre. A la façon dont cela l'avait perturbé et paradoxalement rassuré sur lui même.
Il ne leva la tête que lorsqu'il fut dans le couloir. Et ce qu'il vit alors effaça brusquement tout le reste. Chassa Dean de son esprit. Car Gabriel était là sur le seuil de sa porte, assis par terre, le dos appuyé contre le mur derrière lui. Il était devant chez lui et semblait l'attendre.
Castiel fit un pas en arrière sans réellement s'en rendre compte. Il ne comprenait pas ce que son frère faisait là. Pourquoi il avait jugé bon de venir à New York sans le prévenir. Il n'était pas prêt à le voir. Pas prêt à lui parler en face à face. Il n'était pas suffisamment fort pour l'affronter seul. Il avait besoin de Dean. Il avait besoin que son ami soit là pour le soutenir.
Il recula à nouveau. Mais alors qu'il hésitait encore à prendre la fuite, Gabriel leva la tête et l'aperçut enfin. Ils ne s'étaient plus vus depuis de longues années. La dernière fois où Gabriel avait posé les yeux sur lui, il était encore un enfant. Il avait changé. Mais il sembla le reconnaître immédiatement.
Castiel recula à nouveau. Il était terrifié et paniqué. Il avait envie de courir loin de son frère, loin de cette confrontation qu'il ne se sentait pas de taille à aborder. Mais Gabriel se levait et ses jambes refusaient de fonctionner. Il était brusquement statufié.
- Cassie ?
Castiel hocha la tête sans le vouloir. Pendant de longues secondes – une éternité pour Castiel – Gabriel ne dit rien de plus. Ne bougea pas non plus. Le temps sembla suspendre son cours. Castiel n'entendait plus que son cœur qui battait dans ses oreilles. Son souffle court et saccadé. Il avait les mains qui tremblaient.
Gabriel dut sentir sa panique puisque son visage se tendit. Mais, comme au ralenti, il fit un premier pas en direction de son frère. Un second ensuite. Et Castiel réalisa alors qu'il avait rêvé de ce moment des centaines de fois durant son absence. Il avait désiré le vivre plus que n'importe quoi au monde. Il ne pouvait pas fuir. Il n'avait pas le droit de le faire.
Sans réellement s'en rendre compte à nouveau, il s'élança en direction de son frère. Il eut la sensation de courir pendant des heures entières alors qu'il n'y avait que quelques mètres entre eux. Mais quand il put enfin se jeter dans les bras de Gabriel, il eut l'impression qu'il avait parcouru des kilomètres. Il était essoufflé et épuisé. Mais il ne s'était pas senti aussi vivant depuis une éternité.
Il explosa en sanglots avant d'avoir le temps de dire quoi que ce soit. Ce n'était pas grave. Il n'en avait pas honte. Ce n'était pas la première fois qu'il pleurait dans les bras de Gabriel. Sans doute pas la dernière. Son frère était la seule personne – avec Dean – qui ne le jugerait pas. Jamais. Castiel ferma les yeux en refermant ses bras dans le dos de son frère. Les sanglots l'étouffaient. Il ne parvenait pas à respirer. Et il entendait la voix de Gabriel dans son oreille. Des mots qu'il ne comprenait pas mais qu'il savait empreints d'un soulagement évident et d'une affection qu'il croyait avoir imaginé. Cette voix qu'il connaissait mais qui semblait pourtant si différente de la dernière fois où il l'avait entendue autrement qu'à travers son téléphone.
Il ne retint pas ses larmes. Il ne chercha pas à retrouver son calme non plus. Il se contenta de pleurer. Pour le temps qu'ils avaient perdu loin l'un de l'autre. Pour toutes les choses qu'ils avaient manquées. Et pour les conséquences que cela avait eues sur Castiel. Il lui sembla que Gabriel pleurait aussi mais il n'aurait pas pu le jurer.
Ils restèrent immobiles au milieu du couloir durant de longues minutes. Castiel avait peur qu'en laissant son frère s'écarter, il réaliserait que tout ceci n'était qu'un rêve ou une hallucination. Il avait passé des années à tenter d'effacer Gabriel de sa mémoire. Mais le revoir avait réveillé ses souvenirs. Il avait besoin de le serrer contre lui pour ne pas oublier. Et son frère semblait ressentir la même chose puisqu'il ne le lâchait pas non plus.
Ce ne fut que lorsque les sanglots cessèrent que Castiel trouva la force de reculer. Il baissa les yeux – Gabriel était plus petit que lui à présent, lui qui lui avait toujours semblé immense quand il était enfant – et les posa sur le visage de son frère. De sa seule véritable famille.
- Tu es là, constata t-il un peu bêtement.
Comme il l'avait deviné, Gabriel pleurait lui aussi. En silence mais son visage était baigné de larmes.
- Je suis là, confirma t-il.
Ils se regardèrent ensuite en silence durant de nouvelles longues minutes. Castiel cataloguait tous les changements opérés chez son frère. Il était presque sûr que ce dernier en faisait de même. Puis le jeune homme réalisa que le couloir de son immeuble n'était définitivement pas l'endroit idéal pour des retrouvailles et il finit par mettre de la distance entre Gabriel et lui. Il prit ensuite le chemin de son appartement et ouvrit aussitôt la porte. Son frère était derrière lui. Il ne semblait pas douter qu'il était invité à entrer. Castiel referma la porte derrière eux quand ils furent à l'intérieur. Il jeta ensuite ses clefs sur le meuble à l'entrée puis prit la direction de la cuisine. Il ne savait pas vraiment quoi dire. Maintenant que le choc des retrouvailles était passé, il n'avait aucune idée de la façon dont il devait aborder la situation.
- Je sais que tu ne voulais pas que je vienne mais … j'avais besoin de te voir. Je voulais … je ne sais pas vraiment à quoi je m'attendais mais … tu as tellement changé. Tu es un adulte à présent et tu ressembles tellement à Papa que … je crois qu'une petite partie de moi s'attendait à retrouver un adolescent et non pas un homme.
Dix sept années s'étaient écoulées depuis le départ de Gabriel. Castiel savait qu'il avait changé. Physiquement et émotionnellement. Rien ne pourrait jamais leur rendre les années qu'ils avaient perdues. Mais rien n'était de la faute de Castiel. Il ne devait surtout pas l'oublier.
- J'ai trente ans, déclara t-il sans regarder son frère.
Gabriel était capable de faire le calcul par lui même mais Castiel avait ressenti le besoin de lui rappeler tout le temps écoulé depuis son départ. Toutes ces années où il avait eu besoin de son frère mais avait été désespérément seul. Il ne voulait pas être en colère. Il refusait de perdre plus de temps à culpabiliser son frère. Mais il ne voulait pas l'oublier non plus. Ne pouvait pas l'oublier.
- Je sais et je sais aussi que tout est de ma faute. Crois moi, je m'en veux de t'avoir abandonné. J'ai pensé … bêtement, j'ai pensé que ce serait mieux pour toi. Que les parents seraient plus à même de t'offrir la vie à laquelle tu avais le droit d'aspirer si je disparaissais.
- Ils ne m'ont rien offert du tout et je ne leur ai rien demandé. Ils ne pourraient pas m'accepter de toute façon. Et je n'ai pas envie de … je n'ai pas besoin de leur approbation. J'avais en revanche besoin de la tienne.
- Tu l'as Cassie … bien sûr que tu l'as.
Castiel fit alors volte face et observa Gabriel. Il avait vieilli. Avait trente cinq ans aujourd'hui. Mais son regard était toujours le même. Il était voilé par la tristesse et la culpabilité mais il était comme dans son souvenir.
- Elle arrive un peu tard, constata t-il toutefois.
Gabriel hocha la tête. Il semblait prêt à accepter ses reproches. Castiel ne comptait pas lui en faire trop. Pas éternellement. Il voulait juste rappeler à son frère qu'il ne pourrait pas rattraper le temps perdu.
- Tu me détestes ? Demanda alors Gabriel.
Castiel se passa une main sur le visage. C'était une question stupide et la réponse était évidente. Mais il comprenait que son frère ait ressenti le besoin de la poser. Il devait savoir s'il était le bienvenue. Devait savoir s'il existait une chance que les choses s'arrangent entre eux.
- Non, répondit il finalement le plus sincèrement du monde. Non je ne te déteste pas. Je ne veux pas et je ne peux pas parce que je t'aime toujours et … parce que tu m'as manqué. Mais je suis en colère. J'estime en avoir le droit.
Gabriel hocha la tête à nouveau. Castiel soupira alors longuement. Il ne pouvait pas rester plus longtemps immobile. Il savait qu'il craquerait à nouveau s'il se contentait de regarder son frère. Il devait s'occuper. Il tourna donc le dos à Gabriel et sortit deux tasses de son placard.
- Café ? Demanda t-il en allumant sa machine.
- Oui merci.
Castiel ne dit rien pendant qu'il préparait le filtre et le café. Il avait besoin de quelques minutes pour remettre un peu d'ordre dans ses idées. Il avait vécu des choses cruciales aujourd'hui et son cerveau avait un peu de mal à faire le point. Il n'en revenait toujours pas que son frère soit là. Dans sa cuisine. Dans son appartement. Là où il aurait cru ne jamais le voir un jour. Pas même après lui avoir reparlé au téléphone. C'était sans doute trop tôt. Mais c'était tout de même une bonne chose. Il avait l'impression que deux mondes s'entrechoquaient brutalement. Que deux univers qu'il avait fait en sorte de garder séparés venaient d'entrer en collision. Et il n'avait aucune idée de ce qui en ressortirait.
- J'ai l'impression de rêver tu sais … j'ai imaginé ce moment des milliers de fois et dans chacun de mes scénarios, tu me mettais à la porte sans me laisser la moindre chance de m'expliquer. Je ne pensais pas que … je ne croyais pas que tu accepterais de m'écouter.
Castiel s'essuya les mains sur un torchon avant de les appuyer sur le comptoir. Il n'avait pas la force de se retourner et de faire face à son frère.
- J'ai essayé de t'oublier, confia t-il finalement d'une voix plus rauque encore que d'ordinaire.
Il prit ensuite une grande inspiration et ferma les yeux. Il avait presque réussi à ne plus penser à lui parfois. Il avait rangé ses souvenirs dans un coin de son esprit. Et ils avaient fini par devenir un peu moins douloureux. Un peu moins présents aussi. Mais ils étaient toujours là. Ils avaient creusé un trou dans le cœur de Castiel. Et rien ne pouvait le combler. Pas même Dean et son sourire. Ses plaisanteries et leur baiser. Rien ne pouvait remplacer Gabriel.
- J'ai presque réussi … parfois, il m'arrivait de me dire que je t'avais imaginé. Que tu étais un ami que je m'étais inventé pour ne pas être seul. Les parents ne parlaient jamais de toi et … tu étais devenu une sorte de fantôme de mon passé. C'était plus facile comme ça. C'était moins … moins douloureux.
- Cassie, si tu savais à quel point je m'en veux. Je sais que je me répète mais j'ai besoin que tu le comprennes.
- Je le comprends. Et je te crois.
Castiel rouvrit les yeux quand la machine bipa. Il remplit alors les deux tasses de café puis les posa sur sa table au centre de la cuisine. Il s'assit ensuite sur une chaise toujours sans regarder son frère.
- Et peut être qu'une toute petite partie de moi comprend que tu aies choisi de ne pas reprendre contact. Je sais que ça n'a pas du être simple pour toi. Mais ça a été l'enfer pour moi. Grandir avec eux … les voir te rayer de leur existence était incroyablement difficile. Ca a été pire encore quand je me suis retrouvé seul. Quand j'ai commencé à réaliser que j'étais différent … que je ne pourrais jamais remplir leurs exigences. J'avais besoin de ton soutien et je n'avais personne.
Il leva alors les yeux et vit que Gabriel s'était assis sur la chaise en face de lui. Ils ne dirent rien pendant quelques secondes. Puis son frère se racla la gorge et reprit la parole.
- Si j'avais su … et j'aurais du savoir … j'aurais du deviner … j'aurais tout fait pour te retrouver.
- Oui et bien … ce qui est fait est fait non ?
Gabriel hocha la tête. Castiel en fit de même puis but une gorgée de son café. Il était brûlant et il grimaça quand il coula dans sa gorge.
- Je ne sais pas si j'ai le droit de te poser cette question et je ne t'en voudrais pas de refuser de répondre mais si je suis venu c'est avant tout pour … pour savoir comment tu vas. Ce que tu as fait de ta vie … les gens qui en font partis et … toutes les choses que j'ai manqué durant ces dix sept années loin de toi.
Castiel avait tellement à dire qu'il ne savait même pas par quoi commencer. Il refusait toujours de confier à son frère les moments les plus difficiles de sa vie. Ils avaient grandi ensemble et s'étaient tout confié. Mais ils étaient comme deux étrangers à présent. Ils allaient avoir besoin de se faire à nouveau confiance avant de s'ouvrir totalement l'un à l'autre.
- Il y a tellement de choses que tu as manquées et je ne suis pas sûr d'être prêt à tout te dire. Je … je sais bien qu'on était proches enfants mais … le temps qui s'est écoulé a changé la donne. Et je ne peux pas … ce serait comme me confier à un étranger. Tu ne peux pas me demander de tout te dire.
- Je prendrais ce que tu me donneras. Rien de plus. Je ne suis pas en position d'exiger quoi que ce soit de toi et je le sais. Je veux juste renouer le lien. Et tu peux me poser toutes les questions que tu souhaites.
Castiel but une nouvelle gorgée de son café. Brûlante à nouveau et douloureuse. Mais il avait besoin de s'occuper.
- Je ne sais même pas par quoi commencer.
- Commence par ton travail, suggéra Gabriel d'une voix douce.
Castiel ne put alors pas s'empêcher de rire. Son frère n'avait pas cherché à plaisanter bien sûr. Il ne pouvait pas savoir à quel point le sujet était délicat pour lui. Qu'il était une des raisons pour lesquelles Castiel allait aussi mal. Quand ils étaient enfants, Gabriel lisait en lui comme dans un livre ouvert. Il devinait ce qu'il pensait sans que Castiel ait besoin de parler. Mais ce temps là était révolu à présent. Ils allaient devoir réapprendre à se connaître.
- Je déteste mon travail. Je ne le garde que parce qu'il me permet de payer le loyer. Il n'a rien d'intéressant et rien d'enrichissant. Je réponds au téléphone toute la journée. Il n'y a rien à dire là dessus. Parle moi plutôt du tien.
Gabriel semblait triste de l'apprendre mais Castiel avait préféré être honnête. Il ne voulait pas mentir à son frère. Il n'était pas prêt à être totalement honnête. Mais sur ce point au moins, il ne ressentait pas le besoin de cacher quoi que ce soit.
- J'ai ouvert une pâtisserie comme tu l'as compris. Ce n'est pas immense mais on a un peu de succès et ça me permet de faire ce que j'aime. Ça m'a aussi permis de rencontrer Kali. Je suis sûr que les parents seront fous furieux en l'apprenant.
Castiel supposait que c'était le cas. Mais une nouvelle fois, ils ne seraient pas surpris. Castiel, quant à lui, était fier de voir que son frère avait réussi. Il était heureux de constater qu'il n'avait pas abandonné ses rêves. Il était envieux aussi. Parce que lui n'avait pas eu la courage de poursuivre ses rêves. Il n'écrivait pas. Il n'écrivait plus. Il avait échoué là où Gabriel avait réussi haut la main. Il avait peur que son frère soit déçu de ses choix.
- Elle et toi c'est sérieux alors, déclara t-il.
Il n'avait jamais imaginé son frère en couple. Les rares fois où il s'autorisait à penser à lui, il le voyait comme un aventurier qui voyageait de villes en villes et n'avait aucune attache. Il ne l'imaginait pas comme un adulte responsable et casé. Il se souvenait de son instabilité quand il était adolescent. Il avait cru qu'il ne changerait pas. Mais dix sept années plus tard, Gabriel avait réussi à le surprendre.
- Sérieux oui. Je veux faire ma vie avec elle … l'épouser et avoir des enfants. Elle est la seule à savoir me remettre à ma place et … je suis tellement amoureux d'elle que j'ai parfois du mal à y croire.
- Je suis content pour toi, assura Castiel.
C'était vrai. Il avait beau en vouloir encore à son frère, il lui souhaitait réellement d'être heureux. Jamais il n'avait pensé le contraire. Peu importait sa colère. Même durant son absence, il n'avait jamais espéré qu'il soit malheureux.
- Et toi tu es … tu es seul. Pas d'homme dans ta vie.
Pendant une courte seconde, Castiel pensa à Dean. Ils n'étaient pas en couple. N'avaient échangé qu'un baiser sans importance. Mais il avait tout de même envie de parler de lui à son frère. Il n'était pas vraiment sûr de savoir comment définir la place que le jeune homme tenait dans sa vie. Il savait toutefois qu'elle était d'une importance capitale.
- Pas de petit ami non mais … je ne suis pas seul pour autant. J'ai Dean.
Il avait déjà évoqué Dean avec son frère. Mais il ne s'était pas vraiment étendu sur le sujet. Il avait de plus la sensation que les choses avaient évolué depuis la dernière conversation qu'il avait eue avec Gabriel. Il n'avait pas vraiment les mots adéquats pour décrire le jeune homme. Il en avait toutefois envie. Car Dean était une partie importante de sa vie. La personne qui avait réussi à le remettre à flots. Il ne voulait surtout pas éviter le sujet avec son frère.
- Dean oui … tu m'en as parlé au téléphone. C'est un ami c'est ça ?
Castiel savait très bien ce que son frère cherchait à lui faire dire. Que Dean était peut être plus qu'un ami pour lui. Ce n'était pas totalement faux. Mais pas dans le sens où Gabriel l'entendait. Dean représentait tout pour lui à l'heure actuelle. Il était son sauveur. Son guide. La seule personne capable de l'aider à surmonter ses problèmes. Dean était sa bouffée d'oxygène. Il était son salut.
- Mon seul ami à vrai dire, confia t-il alors. Il est … je ne saurais même pas comment le définir. Il m'a apporté tellement de choses qu'il est difficile de savoir par quoi commencer.
- Dis moi juste quel genre de personne il est.
Castiel but une gorgée de café puis ferma les yeux une seconde. Il repensa à Dean. Visualisa son ami. La perfection de son visage. Les tatouages qui recouvraient son corps. Ses piercings. Il repensa ensuite à son sens de l'humour, la musique qu'il aimait, son travail et la manière dont il menait sa vie. Dean était un être complexe. Quelqu'un qu'on devait apprendre à connaître pour pouvoir l'apprécier. Quelqu'un, enfin, qui se cachait derrière une façade savamment élaborée pour faire fuir ceux qui n'étaient intéressés que par son physique.
- Il est génial. Je sais que ce n'est pas vraiment ce que tu veux savoir mais il est … oui extraordinaire. Il est tout ce que je ne suis pas. Il est drôle et complètement fou. Il n'a peur de rien et se fiche totalement de ce que les gens peuvent penser de lui. Il vit sa vie au jour le jour sans se poser de questions. Cela lui a valu quelques problèmes par le passé mais il reste convaincu que c'est la meilleure manière d'être heureux. Il est intelligent aussi. Et … il est un ami génial.
Castiel posa ensuite ses yeux sur son frère. Gabriel souriait faiblement, visiblement ravi par ce qu'il entendait.
- Tu sais, quand tu me parles de lui, c'est comme … je ne veux surtout pas que tu le prennes mal mais … cela me rappelle la façon dont je parlais de Kali avant qu'on ne soit ensemble. C'est le discours d'un homme amoureux.
Castiel éclata alors de rire sans pouvoir s'en empêcher. Il ne se moquait pas de ce que Gabriel venait de dire. Il pensait effectivement que sa façon de décrire Dean en disait long sur ce qu'il ressentait pour lui. Et après ce qu'ils avaient vécu quelques heures plus tôt, c'était sans doute plus vrai encore. Mais ce n'était pas ce qui comptait. Peu importait la nature réelle de ses sentiments pour le jeune homme. Il ne pouvait pas s'en soucier pour le moment.
- Quoi ? Demanda finalement Gabriel, visiblement déstabilisé par sa réaction.
Castiel prit quelques secondes pour retrouver un semblant de calme avant de s'expliquer.
- Je ne me moque pas. C'est juste que je … je serais incapable de te dire exactement ce que je ressens pour lui. Il a pris une place tellement importante dans mon existence que je ne parviens plus à m'imaginer sans lui à mes côtés. Mais je ne pense pas être capable de … je ne crois pas vouloir d'une relation amoureuse. Je ne suis pas suffisamment fort pour l'assumer. Je … je sais juste que Dean est toute ma vie en ce moment. Tout ce qu'il y a de positif et de joyeux dans mon existence. Je lui dois tout.
Gabriel hocha la tête. Il voulait en savoir plus. C'était évident. Mais il ne poserait pas plus de questions. Parce qu'il avait compris que Castiel n'était pas encore prêt à tout lui révéler. Parce qu'il avait accepté de se contenter de ce qu'il lui donnerait jusqu'à ce qu'il soit capable d'en dire plus.
- Tu sais … je vais me répéter mais … je crois que je lui dois des remerciements. Il a été là pour mon petit frère quand moi j'ai été suffisamment stupide pour l'abandonner à son sort. C'est un peu mon héros et je peux te garantir que je le lui dirais.
- Je pense que vous vous entendrez bien. Par certains aspects, vous vous ressemblez beaucoup. C'est peut être pour ça aussi qu'il a pris une telle importance.
Castiel ne l'avait pas réalisé jusque là mais cela lui semblait évident à présent. Dean partageait des points communs avec Gabriel. Ils étaient tous les deux drôles et insouciants. Ils voulaient tous les deux vivre leur vie comme bon leur semblait même si cela déplaisait. Ils étaient libres. Libres comme Castiel ne s'était jamais autorisé à l'être.
- Qu'est-ce qu'il fait comme métier ?
- Il est tatoueur … perceur aussi parfois.
Gabriel sembla surpris par la réponse de Castiel. Il avait toutes les raisons de l'être. Le jeune homme lui même continuait d'être étonné d'avoir pu tisser des liens aussi forts avec un homme qui était totalement différent de lui.
- Il est … tu peux me le décrire ? Physiquement je veux dire ?
Castiel ne voyait pas bien pourquoi Gabriel posait une telle question. Mais il était content d'en avoir fini avec le sujet de ses sentiments pour le jeune homme. Et il aimait parler de lui.
- Il est plus grand que moi. Plus jeune aussi. Il a vingt cinq ans et … il a les cheveux châtains clairs coupés court … les yeux verts. Et des tâches de rousseur. Il les déteste mais il en a sur le visage et sur les épaules. Il est aussi couvert de tatouages. Il a plusieurs piercings … sur la langue, la lèvre, l'oreille et … d'autres disons plus … intimes.
Gabriel rit à son tour. Castiel hocha la tête et baissa les yeux sur la tasse qu'il tenait toujours entre ses mains. Parler de Dean le rassurait. Le faisait se sentir bien. C'était une des forces du jeune homme. Il parvenait à lui apporter une forme de paix qu'il n'avait jamais connue avant. Même quand il n'était pas là. C'était dire l'importance qu'il avait pris dans sa vie.
- Comment ça intimes ? Demanda finalement Gabriel.
Castiel sentit ses joues rougir. Il ne savait pas bien pourquoi cela le gênait autant d'en parler. Dean n'avait aucune difficulté à en discuter avec des inconnus. Il les lui avait décrits le jour de leur rencontre. Il n'en avait pas honte. Mais Castiel continuait d'être mal à l'aise quand il devait aborder ce type de sujets.
- Les tétons et .. le périnée, finit il par répondre.
- Oh et … comment … enfin … tu les as vus ?
Castiel secoua la tête aussitôt avant de réaliser que ce n'était pas entièrement vrai. Il se racla la gorge puis se passa une main sur le visage.
- Je n'ai pas … juste les tétons et uniquement parce qu'on s'est baigné ensemble. L'autre … je … c'est lui qui m'en a parlé.
- J'ai entendu dire que ce type de piercing pouvait apporter des sensations très agréables quand on fait l'amour.
- C'est ce que Dean m'a dit oui.
Gabriel souriait toujours et Castiel était content de voir qu'il n'y avait plus vraiment de tension entre eux. Les dix sept années écoulées n'étaient pas effacées. Mais ils reconstruisaient leur relation peu à peu. Et le fait qu'ils puissent discuter sans que Castiel soit submergé par son ressentiment était une bonne chose. Un énorme pas en avant. Cela lui donnait de l'espoir.
- En tout cas, je suis content qu'il fasse parti de ta vie. Et content qu'il t'apporte autant de choses au quotidien.
Castiel hocha la tête parce qu'il ne savait pas quoi dire de plus. Il repensa une seconde au baiser partagé avec son ami avant de décider de le ranger dans un coin de son esprit et de ne plus y songer constamment. Il refusait de le faire avec son frère présent.
- Les parents l'auraient détesté … ils n'auraient pas pris le temps de le connaître. Ils s'en seraient tenus à son apparence et à ses tatouages. Ils auraient considéré aussitôt qu'il ne pouvait être qu'une mauvaise influence pour moi.
- Les parents sont des imbéciles Cassie. Ils ne sont pas capables de voir au delà des apparences et quand on ne rentre pas dans leur moule, on est aussitôt mis de côté. Tu le sais aussi bien que moi.
Castiel n'en doutait effectivement pas. Il savait parfaitement qu'ils auraient été incapables de l'accepter s'ils avaient su pour son homosexualité. C'était en partie pour cela qu'il ne le leur en avait jamais parlé. Il n'était pas proche d'eux. Il n'était même pas sûr de réellement les aimer. Mais après le départ de Gabriel, ils étaient la seule famille qu'il avait. Et peu importait en fin de compte qu'ils ne le connaissent pas vraiment. Il refusait de couper entièrement les ponts avec eux. Il aurait alors été vraiment seul.
- C'est peut être aussi un peu pour ça que j'ai donné une chance à Dean. Lors de notre première rencontre, je dois reconnaître que j'ai été … déstabilisé par lui. Il me semblait tellement différent de moi … un peu dangereux et … il fumait un joint devant moi … il discutait de ses tatouages et de ses piercings tout en se fichant totalement de ce que je pouvais en penser. On n'avait strictement rien en commun et … et pourtant, j'ai tenu à le revoir. Je savais que ça rendrait les parents fous de rage. Je suis presque sûr que c'est en partie ce qui m'a poussé à lui donner une chance. Je ne le regrette pas et j'ai compris mon erreur aujourd'hui mais … parfois j'aimerais voir leur tête si je leur en parlais. Parfois j'ai envie de tout leur dire juste pour leur faire du mal. Pour ce qu'ils t'ont fait.
Gabriel posa alors sa main sur celle de son frère et Castiel hésita une seconde à se soustraire à ce contact. Mais il lui rappelait toutes les fois où, enfant, il s'était blotti contre son frère pour trouver un peu de réconfort. Il choisit finalement de ne pas bouger.
- Tu ne dois pas avoir honte de ce que tu es Cassie … de qui tu es et tu ne dois pas avoir honte non plus de ceux que tu choisis de fréquenter. En ce qui me concerne, ça n'a aucune importance du moment que tu es heureux.
- Je ne le suis pas … heureux je veux dire, répliqua aussitôt Castiel.
Il allait mieux. Il était évident qu'il commençait doucement à entrevoir la lumière au bout du tunnel. Et depuis qu'il avait rencontré Dean, il avait connu quelques moments de joie. Des moments où il oubliait tout de ses problèmes. Il ne pouvait pas pour autant dire qu'il était heureux.
- Je ne dis pas que je suis … malheureux en permanence. Il y a des jours où tout va bien … des jours où je souris et où je ris. Principalement quand je suis avec Dean d'ailleurs mais … ma vie n'est pas … elle n'est pas ce que j'aurais voulu qu'elle soit. Je n'ai rien accompli des rêves que j'avais étant enfant. Je déteste mon travail et parfois, je déteste même mon appartement. Je sais que je ne suis pas le seul dans cette situation. Je sais que d'autres vivent sans doute pire au quotidien. Mais je ne pense pas pouvoir dire que je suis heureux.
- Et tu penses que … que ça pourrait changer ? Parce que … et une nouvelle fois, je sais bien que je suis sans doute la dernière personne à avoir le droit de te dire ça … mais ton discours est un peu … inquiétant. Il ressemble à celui d'une personne qui envisage d'en finir … ou a déjà envisagé d'en finir en tout cas.
Castiel pouvait choisir de mentir. De dire à son frère qu'il n'avait jamais pensé au suicide. Qu'il n'allait pas bien mais qu'il n'était pas désespéré. Il n'avait pas envie de débattre de tout ça avec son frère. Mais il refusait également de lui mentir. Gabriel méritait de connaître la vérité. Il n'aurait pas abordé le sujet de lui même mais puisque son frère avait posé la question, il lui donnerait une réponse honnête.
- Je ne vais pas me suicider. Pas ce soir et pas dans un avenir proche si c'est ce qui t'inquiète. J'ai promis à Dean … j'ai passé un pacte avec lui. Il m'a assuré que si je lui laissais une année pour me faire vivre de nouvelles expériences, je n'aurais plus jamais envie d'en finir. Mais je ne vais pas te mentir Gabriel … j'ai failli le faire une fois. C'est même ce soir là que j'ai rencontré Dean.
- Cassie tu … commença son frère mais Castiel refusait de le laisser parler.
- Je voulais sauter. Je me tenais sur le toit d'un immeuble, prêt à en finir. Et Dean est arrivé. Il n'a pas tenté de me retenir … il n'a pas tenté non plus d'appeler les secours. Il s'est contenté de me parler. De me faire cette proposition. Et je sais que s'il existe une personne au monde capable de me convaincre que la vie vaut la peine d'être vécue, c'est lui. Aujourd'hui, je vais mieux. J'avance. Rien n'est parfait mais le suicide ne me semble plus être la solution à mes problèmes.
Gabriel serra alors sa main dans la sienne et Castiel ferma les yeux. Il savait bien que ce qu'il venait de dire avait terrifié son frère. Il pouvait le comprendre. Si les rôles étaient inversés, il serait probablement dans tous ses états. Mais il se sentait mieux maintenant qu'il s'était montré honnête. Il avait eu tort de penser qu'il était préférable de cacher la vérité à son frère. Il devait avant tout assumer ce qu'il avait fait. Il ne cherchait pas à s'en excuser. Estimait ne pas avoir à le faire. Mais il ne devait pas non plus oublier.
- Cassie, je … je ne sais pas quoi dire. Je ne pensais pas … je n'ai jamais imaginé que tu puisses … et j'ai la sensation que tout est de ma faute. J'ai l'impression que j'aurais pu t'aider si seulement j'avais été là. Mon Dieu … si tu avais … si Dean n'avait pas été là, je t'aurais perdu et … une nouvelle fois, tout aurait été de ma faute.
Castiel devait reconnaître que l'absence de Gabriel était une des raisons pour lesquelles il avait songé à en finir. Mais ce n'était pas la seule. Et il était important que son frère le comprenne.
- Je ne vais pas te mentir … je pense effectivement que si tu avais été là, les choses se seraient passées différemment mais … tout n'est pas entièrement de ta faute. Il y a beaucoup d'autres choses qui m'ont poussé dans cette voie. La solitude oui … mais … je crois que j'ai toujours eu … j'ai toujours eu le sentiment de passer à côté de ma vie. De ne pas compter. D'être inutile. Alors oui, quand tu étais là, je l'oubliais parce que je savais que tu tenais à moi et que cela me donnait la sensation d'exister. Je suis toutefois convaincu que ça n'aurait pas forcément tout changé si tu n'étais pas parti. Ça aurait seulement retardé l'échéance. Parce que la solution à mes problèmes, ce n'est pas toi … ce n'est pas Dean non plus. C'est un travail que je dois faire sur moi même. Je dois apprendre à m'accepter. Je dois trouver ma place dans ce monde. Et ça, personne ne peut le faire pour moi.
Gabriel hocha alors à nouveau la tête. Il semblait toujours triste et inquiet. Mais il semblait avoir compris ce que Castiel tentait de lui dire. Il avait besoin de lui. Besoin de Dean aussi bien évidemment. Mais la solution résidait en lui et pas chez les autres. Il comptait seulement sur eux pour lui montrer le chemin à suivre.
- Je suis là pour toi maintenant si tu le veux bien. Et je ne vais pas te laisser tomber. Je ne t'abandonnerais plus jamais. Je peux te promettre que je ferais en sorte de te soutenir et de t'aider. Je vais réparer mes erreurs et me comporter enfin en grand frère responsable.
- Je sais que tu le feras.
Castiel étouffa ensuite un bâillement derrière sa main. Il avait vécu une journée riche en émotions. Il commençait à être vraiment fatigué. Il n'avait plus vraiment envie de parler. Il ne voulait pas mettre Gabriel à la porte mais il avait besoin d'un peu de repos. Il espérait que son frère n'en serait pas vexé.
- Je vais te laisser, déclara ce dernier après quelques secondes.
Castiel leva alors les yeux sur lui, surpris de voir qu'il avait une nouvelle fois deviné ce qui se passait dans sa tête sans qu'il ait besoin de le lui dire.
- J'ai pris une chambre dans un hôtel non loin de là. Je pensais rester quelques jours.
- Tu ne dois pas travailler demain ?
- J'ai des employés de confiance et Kali est parfaitement capable de gérer le magasin à ma place. C'est elle qui a insisté pour que je reste quelques jours.
Castiel était content de savoir que son frère ne repartirait pas dès le lendemain. Il avait envie de le revoir et de discuter encore un peu avec lui. Mais pas ce soir. Il était à bout de forces et il avait avant tout besoin de dormir.
Il se leva alors de sa chaise puis attendit que Gabriel en fasse de même. Il le raccompagna ensuite à la porte et l'ouvrit.
- Je peux t'appeler demain ? Demanda Gabriel en sortant de l'appartement.
Castiel hocha la tête. Il n'avait rien de prévu pour les jours qui suivaient. Il pouvait accorder un peu de temps à son frère. Il allait toutefois devoir parler de son retour à Dean. Il avait besoin des conseils de son ami sur la façon de renouer les liens avec son frère.
- Tu peux oui.
- Ok, alors … bonne nuit je suppose et … à demain.
- A demain Gaby.
L'emploi de son surnom fit sourire Gabriel. Castiel réalisa alors qu'il ne l'avait pas employé une seule fois depuis qu'il avait trouvé son frère sur le seuil de sa porte. Mais il l'avait fait naturellement. C'était une preuve de plus que les choses commençaient à s'arranger entre eux. Même s'ils avaient encore beaucoup de problèmes à régler.
- A demain Cassie.
Sur ces mots, Gabriel s'éloigna dans le couloir. Castiel le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'angle avant de refermer la porte de son appartement. Il appuya ensuite son front contre et ferma les yeux. Il n'avait pas imaginé une seconde que les choses se dérouleraient ainsi au moment où il était parti avec Dean pour ce week-end. Il y avait eu tellement de changements en deux jours qu'il avait encore du mal à réaliser l'impact que cela aurait sur lui. Il prendrait le temps de l'analyser quand il serait reposé. Pour le moment, il voulait juste apprécier le fait qu'il avait retrouvé son frère. Qu'il n'était plus seul et ne le serait probablement plus jamais. Il n'était pas sûr que cela suffirait à tout changer. Que cela lui permettrait de guérir pour de bon. Mais c'était un signe clairement positif. Un signe qu'il n'allait pas prendre à la légère.
Pour la première fois depuis longtemps, Castiel avait vraiment la sensation que le vent tournait. Que la vie ne s'acharnait plus sur lui. Que le destin était clément avec lui. Il avait cru pendant des années qu'il ne pourrait jamais rien lui arriver de positif. Qu'il était condamné à souffrir. A tout perdre. A ne pas être heureux. Il avait aujourd'hui la preuve qu'il s'était trompé. Et le simple fait qu'il soit capable de s'en rendre compte sans qu'on le lui dise était une nouvelle preuve de son évolution. Il devait s'appuyer sur toutes ces choses pour continuer sa marche en avant. Un pas après l'autre. C'était ce qu'il se répétait souvent ces derniers temps. Un pas après l'autre et ensuite il aviserait. Il avait encore des mois entiers pour décider si c'était suffisant ou non.
