Bonjour à tous les lecteurs (du moins, ceux qui ne sont pas entrain de bronzer quelque part) ! Après deux semaines de vacances au vert, je reprends la publication ; alors bonne lecture à tous, et n'oubliez pas de partager vos impressions avec les auteurs, ça peut nous aider à améliorer la suite.


Chapitre 21 : la Tâche Inattendue

- Eh bien, mon pauvre garçon, j'ai bien peur que vous deviez garder cette forme pendant encore un moment.
- QU… euh, comment ? Ce n'est pas…
- Les contre-sorts simples n'ont aucun effet et comme je ne connais pas ce sort spécifique, je vais devoir procéder à des recherches.
- Des recherches ? Vous ne pouvez pas me retransformer directement en… moi-même ?
- Hélas jeune homme, si je faisais cela, vous vous retrouveriez dans un état très instable. En gros, vous risqueriez de vous retransformer en fille à tout moment. Et naturellement, il y a des chances pour que ce moment soit le pire possible.
- Mais… Ces recherches… Combien…
- Je dois avouer que je n'en ai aucune idée précise. Si je dois placer une borne, ce sera sans doute deux mois grand maximum pour retrouver le sort, mais s'il ne possède pas de contre-sort, il me faudra en créer un.
- Mais les fêtes de Noël... Ma famille…
- Je regrette, Mr Malefoy, je suis professeur de métamorphose, non pas faiseuse de miracles. Je fais mon possible pour vous aider…

Dépité, Malefoy ne trouva rien à répondre. Il prit congé en saluant à peine ses professeurs, laissant Rogue seul avec le professeur McGonagall.

- Minerva ? Qu'est-ce donc que cette histoire d'instabilité ? Vous êtes l'une des rares personnes au monde à être suffisamment douée pour détruire et recréer le jeune Malefoy d'un coup de baguette… Vous pourriez le métamorphoser sans problème !
- En effet. En fait, j'ai occulté cette possibilité pour trois raisons. La première, c'est que cela m'amuse de le voir ainsi, et je sais que vous aussi…
- Voyons, Minerva…
- La seconde, c'est que je suis moi-même une femme, et que j'espère qu'il en tirera une bonne leçon.
- Vous êtes surtout optimiste. Et votre troisième raison… ?
- C'est une question d'amour-propre, Severus. Mr Potter a forcément utilisé un sortilège existant. Un sort que j'aurais connaître, en tant que professeur de métamorphose. C'est un signe qu'il est temps que je reprenne le travail, au lieu de rester bêtement à déblatérer mes cours.
- Je vois. Puisque vous allez vous lancer dans un nouveau « projet », acceptez-vous un pari ?

- Zabini, faites-moi le plaisir de ranger ces notes. Elles n'ont rien à faire à mon cours.

Rougissant jusqu'aux oreilles, Blaise fit rapidement disparaître les projets qu'il griffonnait sur un bout de parchemin, avant que Rogue ne s'en serve comme combustible sous son chaudron. Depuis quelques jours la coopération de Zabini avec les jumeaux Weasley s'était accélérée et il leur donnait des idées ou du matériel quand ils en avaient besoin. Leurs baguettes farceuses avaient déjà envahi l'école, se transformant ici en lapin, là en clef à molette... au grand désespoir des professeurs.
Harry se retint de rire. Blaise profitait sans honte des connaissances paternelles pour faire avancer ses essais. Si jamais Rogue mettait le nez dans ses notes... Il se dépêcha de finir sa potion, résistant à la tentation de regarder trop souvent en direction de Drago. Le résultat du sortilège de variante féminine était à mourir de rire. Drago en fille ne semblait pas plus attirant que sa version masculine. Il avait fallu le déménager dans le dortoir des demoiselles, ce qui avait provoqué de nombreuses protestations, d'un côté comme de l'autre. Hélas, il avait été capable de s'y rendre, c'est donc là qu'il devait dormir. Harry n'avait pas tout compris à ce raisonnement…
A la fin du cours, Rogue fit signe aux étudiants Serpentard de rester.

- Une bonne nouvelle pour tous les fêtards de cette classe, et je sais qu'il y en a : le directeur a décidé, étant donné la présence en nos murs d'étudiants invités, de rétablir, au moins pour cette fois, le bal qui se tenait à Noël. La tradition s'était un peu perdue, dernièrement. Il est ouvert à tous les élèves à partir de la quatrième année, mais il est possible d'inviter des étudiants plus jeunes si vous le désirez. Des questions ?

Pas une main ne se leva. Harry comprenait mieux le pourquoi des robes de soirée, à présent. Et il savait très bien à qui il demanderait de l'accompagner, à condition de faire vite. Sarah avait l'air intéressé.

- Je vous conseille chaudement de vous tenir correctement à cette occasion. Nous avons une réputation à maintenir. La fête commencer à huit le 24 décembre, et extinction des feux à minuit. Le même jour, cela va de soi, ajouta Rogue en voyant des élèves qui commençaient à se frotter les mains.

Des murmures déçus s'élevèrent dans la classe, puis l'excitation reprit le dessus et les apprentis sorciers sortirent en bavardant avec animation.

- Potter, restez ici, j'ai encore deux mots à vous dire.

Harry se demanda quelle boulette il avait pu faire.

- Non, je n'ai pas l'intention de vous parler de Mr Malefoy, dit Rogue avec l'ombre d'un sourire, bien que les questions ne manquent pas. Remarquez, le problème est tout aussi épineux. Les champions sont tenus d'ouvrir le bal.
- Ah... C'est que...
- Le professeur McGonagall a décidé de donner quelques cours de rattrapage en valse et autres danses, si ça vous intéresse. Je vous préviens charitablement que si jamais vous vous rendez ridicule...

Dans ces conditions, Rogue n'avait jamais besoin de finir ses phrases. La suite était implicite et tacitement acceptée.

- Vous savez qui inviter ?
- Ça oui, par contre.
- Tant mieux. Et pas d'impair ! Ce n'est pas parce que Mr Malefoy est... indisponible qu'il faut venir avec Miss Parkinson.

Harry le regarda un instant avant d'éclater de rire. Il sortit dans le couloir en essayant de retenir les accès d'hilarité qui le gagnaient, avec moins plutôt que plus de succès.

Les jours qui suivirent furent assez bizarres. Les filles semblaient plus présentes que jamais dans tous les couloirs, les salles, les escaliers... Hedwige avait son idée sur la cavalière de son maître et passa ostensiblement beaucoup de temps perchée sur le bras d'Élise, mais Harry la récupéra à chaque fois sans faire de commentaire. Finalement, la chouette, vexée, retourna dans la volière pour y bouder un peu.
Le nombre des élèves désireux de rester pour Noël était monté en flèche. Malefoy restait contraint et forcé, car il n'avait sans doute pas envie de se présenter dans son état devant ses parents. Le plus gros problèmes durant cette période fut d'arriver à trouver une fille isolée pour lui parler. Elles se déplaçaient par groupes de copines et Harry se trouva très ennuyé pour parvenir jusqu'à sa future cavalière. Mais pour une fois, le professeur McGonagall lui fut d'un grand secours.

- McGo donne son premier cours de danse aujourd'hui ! annonça Théodore. On y va ?
- Ça pourrait être intéressant. Bonne idée !

Harry et ses comparses parcoururent rapidement les couloirs jusqu'à la classe où McGonagall donnait les leçons. Nombre d'élèves, filles et garçons, attendaient leur tour. En plus de la co-directrice, Telensk participait, étant entendu qu'elle se chargeait des garçons, et lui des filles. Sarah s'esquiva dès qu'elle aperçut le Russe.
McGonagall fit signe à sa première victime, qui se révéla être Ron Weasley. Harry vit les jumeaux se dresser sur la pointe des pieds pour ne rien perdre du spectacle (qui ne fut pas si pitoyable qu'on aurait pu le craindre).

- J'écrirai ça en détail tout à l'heure, dit Théodore. Je refuse d'oublier un truc pareil.

A la surprise générale, McGonagall dansait remarquablement bien, avec une élégance inattendue. Suivant les pas de l'enseignante, les élèves se jetèrent à l'eau. Harry parvint non sans peine à se dégager de quelques « admiratrices » de très fraîche date et attrapa la main de Ginny Weasley.

- Un petit entraînement ?

Ils se mirent à valser avec lenteur d'abord, puis un peu plus vite. Du coin de l'œil, Harry vit Telensk tournoyant gracieusement en compagnie d'Angelina Johnson, qui ne croyait pas encore à sa chance.

- Ginny, je profite de ce que tes frères sont trop occupés pour te demander un truc.
- C'est quoi ? demanda Ginny, sa curiosité piquée.
- Tu veux venir au bal avec moi ?
- Même pas la peine de demander ! Évidemment que je viens ! Je refuse de laisser passer une pareille occasion ! Et puis... à quoi servirait cette belle robe, sinon ?

Ils reprirent leur valse avec une énergie qui faisait plaisir à voir.
En sortant, Harry eut la joie non dissimulée de refuser plusieurs invitations de filles fort peu désintéressées.

- Je suis navré, j'ai déjà une cavalière, répondait-il invariablement.

De leur côté, Théodore et Blaise se démenaient pareillement pour arriver à inviter la demoiselle de leurs rêves.

- Puisque tu sembles décidé à prêcher l'union des maisons, nous allons suivre ton exemple, décréta Blaise.
- Qu'est-ce que vous avez derrière la tête, tous les deux ? demanda Harry, intrigué.
- Tu vas le savoir tout de suite, en ce qui me concerne ! lança Blaise avant de foncer dans un couloir, vers une élève exceptionnellement solitaire.

Au grand amusement des deux autres, Blaise se cassa en deux dans une révérence un peu exagérée avant de présenter sa requête. Peut-être la jeune fille était-elle trop stupéfaite pour y réfléchir à deux fois, mais Blaise revint l'air triomphant.

- Et voilà ! Pas plus dur que ça...
- Qui est-ce ?
- Padma Patil, naturellement. Son apparence étant aussi belle que son intelligence, je me devais d'essayer.

Il repartit vers les quartiers de Serpentard sur un petit nuage. Restait donc Théodore, qui nota avec application tous les cours en commun avec Poufsouffle. Harry commençait à se douter de ce que son camarade mijotait. Mais il ne posa pas de questions.
Les autres furent moins discrets. Tout le monde voulait savoir avec qui Harry se rendrait à la fête. On disait déjà que Diggory emmènerait Cho Chang.

- Beau couple bien assorti ! ironisa Sarah.

A présent, même si les plaisanteries lui chauffaient parfois les oreilles, Harry subissait moins la colère des supporters de Diggory. Les badges fleurissaient moins sur son passage. Naturellement, quelques irréductibles continuaient à le harceler, mais c'était sans importance. Le mieux, c'était que Rita Skeeter faisait silence... pour le moment.

- Ben non, les créatures magiques ne l'intéressent pas du tout, déplora Hagrid quand les Serpentard lui en parlèrent. Elle voulait plein de détails sur Harry et vous autres, des choses méchantes à raconter.
- Évidemment, commenta Harry. Si je suis un bon élève, en plus de leur fichu Survivant, ses ventes vont diminuer, ce n'est pas très passionnant.
- Elle voudrait pouvoir dire que tu abuses de ton statut, sans doute, remarqua judicieusement Sarah. Heureusement que tu es plus malin que ça, hein ?

Sa bonne humeur était encore une feinte. Harry n'avait toujours pas réussi à lui faire dire ce qui s'était vraiment passé avant qu'elle n'arrive aux cuisines. Salazar était plus disert et Harry apprit ainsi que le problème venait de Telensk, qui avait a priori un gros contentieux à régler avec la famille Cobbyte, et ce depuis quelques siècles.

- Salazar, tu me dis qu'il est âgé de combien ?
- Deux mille ans facile. Je ne sais pas à quelle espèce il appartient, mais il en a encore pour un bon millénaire, je dirais.
- Espèce de quoi ?
- De dragon, niquedouille ! Je parierais sur une espèce montagnarde, quant à moi.
- Ce type est un... dragon ?
- Certains dragons orientaux peuvent prendre une forme humaine, petit. A mon avis, il est originaire des montagnes d'Asie centrale, celui-là.

Les derniers jours avant le bal furent remarquablement agités, à tel point que Harry n'eut même pas de temps à consacrer à son œuf. Il avait déjà essayé de l'écouter en le fourrant sous ses oreillers, mais visiblement - auditivement, plutôt - ce n'était pas encore ça.
Flitwick avait renoncé à suivre le programme normal et montrait à ses étudiants comment faire des guirlandes de glace. Chourave leur faisait voir des plantes décoratives et/ou chantantes. Quant à Sinistra, elle avait abandonné les étoiles pour les légendes qui leur avaient donné leurs noms.
En revanche, ni Rogue ni McGonagall ne cessèrent leur activité. Autant demander à la lune de danser la salsa dans le ciel d'Écosse. Rogue leur annonça entre autres un examen sur les antidotes le dernier jour avant les vacances, au grand scandale des élèves.

- Il abuse un peu, se plaignit Blaise. Je veux dire, il sait très bien que nous aurons tous la tête un peu ailleurs. Sauf Granger, bien sûr. Impossible qu'une fille de ce genre se passionne pour quelque chose d'aussi frivole qu'un bal !
- Sans doute, admit Harry. Moi, j'aimerais bien y voir plus clair avec cet œuf de malheur, figure-toi.
- T'auras tout le temps d'y penser après le bal. Amuse-toi un peu, bon sang !

Harry eut de bonnes occasions de rire quand Ginny et les jumeaux lui rapportèrent les déboires de leur frère avec 1) sa tenue de soirée, 2) les filles, 3) Fred et George eux-mêmes, qui l'avaient élu comme cobaye attitré pour leurs expériences. Les deux farceurs semblaient un peu plus tendus, ces derniers temps, et envoyaient lettre sur lettre à un destinataire inconnu. Harry raya l'hypothèse de la petite amie, car ils n'auraient pas eu l'air si sombre.
Ils avaient réussi à inviter Angelina Johnson et Alicia Spinnet, tandis que Lee Jordan sortirait avec Katie Bell. Quant à Ron, il était prêt à y aller avec n'importe quelle fille pas trop moche, même si c'était une garce, pour ne pas faire tapisserie. En fin de compte, il trouva son affaire avec une Poufsouffle de cinquième année assez discrète, mais pas peste pour deux sous.

Les dernières quarante-huit heures passèrent à un rythme effréné. Les professeurs se dépêchaient de mettre la touche ultime aux décorations de Noël qui ornaient tout le château, girouettes comprises.
Les Britanniques avaient visiblement l'intention de mettre le paquet, à en juger par les magnifiques pendeloques de glace qui cliquetaient doucement au-dessus des portes et sur les chandeliers, les guirlandes de houx qui serpentaient le long des rambardes d'escalier, les armures chantantes (mais où était passé Lupin, qu'il élargisse un peu leur répertoire ?), les hiboux factices qui hululaient et agitaient leurs plumes aux reflets métalliques, les paroles de chansons qui voletaient dans les couloirs pour permettre aux élèves de suivre la musique et les sapins qui plantaient leurs manteaux d'aiguilles vertes sur tous les paliers et dans la grande salle. Peeves répondit de façon satisfaisante aux vœux des étudiants les plus âgés en se glissant dans les armures et en balançant force chansons cochonnes aux moments les plus incongrus.
Harry fit un nouvel essai avec son œuf, mais le placer dans le feu ne le rendait pas plus intelligible, bien au contraire. Découragé, Harry le laissa dans sa malle en attendant que l'effervescence se fût un peu calmée. Il ignorait encore avec qui Théodore envisageait de danser et Sarah n'était guère disserte non plus. A sa grande satisfaction, Crabbe et Goyle étaient toujours bredouilles, mais Pansy avait hélas trouvé un sauveur en la personne de Bastian Moon. Quant à Mlle Drago... la tapisserie se rapprochait de jour en jour. Via Ginny, Harry se tenait au courant des couples de la maison Gryffondor. Par exemple, sous les yeux ahuris de ses camarades, Neville Londubat avait demandé et obtenu que Parvati Patil vienne avec lui. Il se débrouillait mieux qu'on aurait pu l'imaginer... Par contre, Ginny n'avait pas été en mesure de déterminer qui allait sortir avec Granger. Car celle-ci avait bel et bien trouvé un cavalier.

- C'est forcément un étranger, décréta Ginny. Eux, ils ne connaissent pas son mauvais caractère.
- Mouais. Tu nous diras si ton frère réussit à dénicher quelqu'un, hein ? Si je sais compter, il ne reste plus que Lavande Brown qui soit encore libre chez vous.
- Même pas ! Elle y va avec Seamus Finnigan, pouffa Ginny.
- En tout cas, je crois que Ron n'est pas trop mal barré, s'amusa Harry. La seule chose que j'espère, c'est qu'il ne voudra pas me jeter un impardonnable quand il nous verra ensemble...
- Je ne lui conseille pas d'essayer, répliqua Ginny en tapotant sa baguette d'un air entendu.

Harry se demanda alors comment Ron avait pu survivre tout ce temps entre ses cinq frères que ses parents considéraient tous comme supérieurs et sa sœur...

La veille du bal, le calme revint dans les couloirs, mais les dortoirs bourdonnaient d'une agitation sans fin. Ici l'on déplissait son costume, là on révisait ses pas de danse... Harry tenait encore compagnie à son œuf, mais sans arriver à en percer le secret. Le feu ne marchait pas, le vent et les coussins non plus... Après le bal, il le mettrait en terre, et ensuite, sous l'eau. Si ça ne marchait pas, il rendrait les armes.