A Tarahiriel: Bien sûr qu'il est "gentil" mon lemon, c'était pas non plus mon objectif de faire une fic PG-17! Et Mulder s'est rien cassé, il me semble (ou tout du moins pas encore...) ;-)

A Maélis: Comment veux-tu que je continue à bouder si tu postes des reviews pareilles?! C'est pas du jeu, à ce stade c'est moi qui vais en faire une crise cardiaque, pas Ichabod! Bon, en résumé, je suis très contente de ce que tu m'as dit à propos du style, vu que je sais que j'ai tendance à être lourdingue si je fais pas attention (tu me rassures au moins sur ce point, parce que je sais jamais si j'en fais trop ou pas assez). Et Mulder à un humour que je trouve trop génial pour passer à côté. ;-) J'ajoute que pour le principe "c'est Mulder qui voit les trucs surnaturels évidents", c'est déjà le cas (rageant) de 98% des épisodes de la série. Quand à Icky, c'est vrai qu'il en encaisse pas mal, mais c'est pas fini (malheureusement pour lui)...


Chapitre 21 :

« Vas-y Charon, va chercher ! C'est bien mon chien ! »

Le cocker bondit sans effort par-dessus le buisson rabougri qui lui barrait la route et s'approcha précautionneusement du morceau de bois qui venait d'atterrir entre deux racines. Cette horreur sans nom devait être le seul bâton de la forêt qui était pourri plutôt que sec. Le chien grogna de dépit. Je ne vais quand même pas ENCORE mordre là-dedans ?!

« Allez, ramène-le maintenant ! clama la voix de Joseph. Ramène-le ici ! »

Telck fronça le museau avec répugnance. Il détestait ce statut de chien, trop servile, trop lié à l'homme. Il rêvait de son corps de loup, de ses muscles puissants et de ses crocs faits pour déchirer. Mais il ne pouvait qu'y rêver. Telck soupira et se résolut à attraper le bâton du bout des dents. Je hais ce corps ! Et je hais cet abruti de Van Tassel ! Chercher le morceau de bois avait été drôle la première fois, lassant dès la troisième, exaspérant à partir de la cinquième et absolument haïssable à partir de la huitième.

Mulder remarqua que le chien traînait un peu les pattes en revenant vers le groupe de cavaliers. Pauvre bête. Joseph se baissa pour reprendre le bâton et le lancer une nouvelle fois. Mulder vit distinctement Charon soupirer avant de courir derrière la proie improvisée.

« Tu le rattacheras correctement lorsqu'il reviendra, dit Joseph à Sonigbé. Je ne tiens pas à l'épuiser.

- Comme si ce n'était pas déjà fait, se moqua Marshall. Vous en demandez trop à votre chien, Joseph.

- Charon est d'une endurance à toute épreuve, s'indigna l'autre. Je l'économise seulement par précaution.

- Mais bien sûr, répliqua Marshall d'un air goguenard. Avez-vous tellement peur que notre gibier l'épuise, demain ?

- Nos proies sont des coureurs, dit Joseph avec un clin d'œil, mais nous les aurons.

- Sans vouloir vous froisser, je n'ai pas vu l'ombre d'un être vivant depuis que nous sommes entrés dans cette forêt, intervint Taylor.

- C'est parce qu'il faut les débusquer. Je mettrai mes esclaves à contribution dès demain matin et nous aurons largement de quoi vider nos chargeurs, messieurs. A propos, savez-vous tirer, monsieur Mulder ? »

Fox sursauta, tiré brusquement de sa rêverie.

« Hein de quoi ?

- Je vous demandais si vous saviez vous servir d'une arme.

- Oh, ne vous inquiétez pas pour ça, j'arriverai bien à toucher une ou deux bêtes, même si je ne pense pas arriver à votre niveau. »

Joseph se rengorgea et Mulder repensa fugitivement au pistolet qu'il avait dissimulé sous son matelas. Deux mois auparavant, il était arrivé deuxième au concours de tir du FBI (hors tireurs d'élite), mais il se serait bien gardé de révéler son savoir-faire devant Joseph et (surtout) Marshall.

Le jeune Masbath fermait la marche. Il fit ralentir son cheval pour se laisser distancer par les autres et Mulder en fit autant lorsqu'il remarqua l'air pensif du garçon. Enfin, Mulder se débrouilla tant bien que mal pour faire stopper et redémarrer Cannelle, qui se plia à ce petit exercice avec sa bonhomie habituelle.

« Des problèmes avec votre jument, monsieur ? demanda Masbath sans méchanceté.

- Euh, non, non, je me débrouille. Je voulais juste… Doucement Cannelle ! Je voulais juste m'assurer que tu te sentais bien.

- Ne tirez donc pas sur son mord en permanence. Vous lui faites mal, c'est normal qu'elle réagisse violemment.

- Oh, pardon. »

Mulder relâcha les rênes et Cannelle hennit de contentement, ce qui lui valut un coup d'œil amusé de Marshall. Fox haussa les épaules puis se tourna à nouveau vers Masbath :

« Alors ?

- Alors quoi ? éluda l'adolescent.

- Est-ce que tu te sens bien, et si non, pourquoi ? »

Masbath le regarda dans les yeux. Mulder lui sourit gentiment. Il avait de l'affection pour ce garçon, même s'il trouvait étrange de rencontrer quelqu'un dont on a lu le nom dans un rapport de police daté de deux siècles.

« Je suis inquiet, monsieur, avoua Masbath.

- Et je peux savoir pourquoi, ou ce ne sont pas mes oignons ? »

L'adolescent le fixa de travers et Mulder rectifia :

« Est-ce que cela ne me regarde pas ?

- Pas vraiment, mais… Puis-je avoir confiance en vous ? »

Fox fut tellement surpris par sa question qu'il tira une nouvelle fois sur les rênes et que Cannelle pila « sans qu'on le lui eût demand ». Masbath arrêta son propre cheval et attendit, observant Mulder de ses grands yeux où on ne lisait qu'une simple interrogation. Fox en fut bizarrement remué. Masbath avait cette particularité qu'ont certains jeunes adolescents, à savoir qu'ils peuvent être tantôt d'une candeur de petit enfant, tantôt d'une maturité qui pouvait rivaliser avec celle des adultes. Le mélange n'était pas effrayant, mais il était troublant.

« Je ne sais pas si tu m'estimes digne de confiance, finit par dire Mulder, mais j'espère que je le suis. »

La réponse était un peu hasardeuse, mais Masbath en sembla pleinement satisfait. Il fit repartir sa monture et Mulder en fit autant avec Cannelle (merci ma fille, continue comme ça s'il te plaît).

« Vous l'êtes, dit le garçon d'un ton catégorique.

- J'en suis flatté, sourit Mulder.

- Ne le soyez pas, assura Masbath. C'est plutôt moi qui devrait vous dire merci. Depuis que je suis revenu à Sleepy Hollow, je… je ne sais plus à qui parler.

- Pourquoi pas à l'inspecteur Crane, ou à Katrina ?

- Oh ils sont très gentils avec moi, bien sûr, mais je ne veux pas les inquiéter davantage.

- Les inquiéter ? »

Alors Masbath lui résuma tout ce qui c'était passé depuis qu'Ichabod, Katrina et lui-même étaient arrivés à Sleepy Hollow. Il lui parla des deux nuits où l'inspecteur avait disparu dans la forêt, comment on l'en avait ramené la première fois au bord du coma et la deuxième pratiquement guéri. Masbath apprit aussi à Mulder l'existence de cette femme qu'Ichabod appelait Proxima, et Fox tressaillit en entendant ce nom.

« Avait-elle un tatouage sur le front ? interrogea-t-il.

- Pas que je sache, dit Masbath d'un air surpris. Je ne l'ai jamais vue de mes yeux, vous savez, je ne la connais que parce que l'inspecteur m'en a parlé.

- Ah… autre chose ?

- Non… ah si, l'autre soir, pendant que vous étiez au petit salon…

- Lorsque j'ai discuté avec Joseph et Marshall ?

- Oui, c'est ça. Katrina et l'inspecteur vous ont rejoints, vous vous rappelez ? Eh bien, un peu plus tôt dans la soirée, Katrina et moi avions surpris quelqu'un dans la chambre de l'inspecteur Crane. Et ce… quelqu'un a sauté par la fenêtre lorsque nous avons voulu l'arrêter.

- Pourquoi as-tu hésité sur le mot « quelqu'un » ? insista Mulder, poussé par un pressentiment qu'il connaissait bien.

- Parce que… j'ai dit « quelqu'un », mais j'aurais préféré dire « quelque chose ». Je ne sais pas ce que c'était, mais ça m'a fait peur, monsieur Mulder. »

Masbath marqua une pause avant de continuer un ton en dessous :

« J'ai eu peur comme lorsque que j'ai vu le Cavalier Sans Tête. Cette chose m'a fait le même effet.

- Dis-moi, enchaîna Mulder dont le pressentiment se précisait, cette « chose » en question, à quoi ressemblait-elle ? »

L'adolescent parut surpris.

« A un… Non, vous allez vous moquez de moi.

- David, je peux te jurer sur ce que tu veux que je serai vraiment le dernier à me moquer de toi si tu as vu quelque chose d'étrange. »

Le garçon eut un grand sourire ravi : Mulder était tellement sincère qu'il était absolument impossible de mettre sa parole en doute. Puis Masbath repensa à la créature dont il parlait l'instant d'avant et son sourire s'évanouit comme il était apparu.

« Cette chose, monsieur Mulder… On aurait dit quelqu'un fait de fumée, vous voyez ? Avec des yeux qui vous transpercent lorsqu'ils vous regardent. »

Son cauchemar lui revint fugitivement à l'esprit et Masbath se retourna avec la soudaine impression d'être observé. Ce fut ce geste qui provoqua le déclic dans l'esprit de Mulder :

« Est-ce qu'elle a parlé ?

- Pardonnez-moi, je n'ai pas entendu.

- Est-ce que la chose a parlé ?

- Oui, dit Masbath. Je n'osait pas trop vous le dire, mais sa voix m'a fait penser

- A une porte qui grince ? »

Le garçon prit un air stupéfait.

« Vous la connaissez ? »

« Aide-le et je te tue. » Ce fut au tour de Mulder de se retourner brusquement. Mais le chemin était désert. Aucune silhouette brumeuse ne le traversa.

« Je crois l'avoir déjà croisée, oui. »

Masbath resta un instant pensif, puis il dit de l'air de celui qui vient d'avoir une idée qui lui semble totalement idiote :

« Vous savez, j'ai presque eu l'impression de connaître le regard de cette chose.

- Comment ça ?

- Oh c'est sans doute stupide, mais ces yeux me rappellent vaguement… »

Il fut interrompu par un coup de feu tiré par Joseph. La détonation résonna longtemps dans la forêt déserte, roulant et grondant comme le tonnerre. Cannelle se mit à piaffer avec nervosité, entraînant les autres chevaux avec elle. Personne n'osa souffler mot, jusqu'à ce que les échos du vacarme laissent place à un silence proprement étouffant. Mulder calma sa jument d'une caresse maladroite.

« Etes-vous devenu fou Joseph ? s'exclama Taylor en exprimant la pensée générale. Pourquoi avoir tir ?! Auriez-vous une de ces proies dont vous nous chantez les mérites depuis le début de la semaine ?

- Euh… bégaya Joseph en fixant les arbres. Oui, c'est ça. Je suis désolé, j'ai cru voir quelque chose bouger. Je me suis trompé. »

Mulder et Marshall le fixèrent d'un même regard : ils ne le croyaient pas. Joseph sondait nerveusement la forêt du regard et Charon se blottit dans les pattes du cheval de Sonigbé, la queue sous le ventre. Même l'esclave semblait nerveux. A cet instant, Masbath sursauta une nouvelle fois et pivota sur sa selle. Sauf que cette fois-ci, il réussit à surprendre une ombre entre les troncs décharnés des bois du Ponant. Il cligna des yeux et ne vit plus rien. Peut-être avait-il rêvé. Mais dans ce cas, c'était un très mauvais rêve.


« Katrina ?

- Mmmh ?

- Il va falloir se lever, tu sais.

- Déjà ?

- Déjà, déjà… Il ne doit pas être loin de cinq heures du soir, les autres ne vont pas tarder à rentrer.

- Dis-moi Ichabod, aurais-tu peur qu'ils te trouvent dans mon lit ? »

Il sourit sans qu'elle le voie et resserra ses bras autour d'elle. Il colla sa poitrine contre le dos de Katrina et déposa un léger baiser sur sa gorge. Ils étaient peut-être un peu à l'étroit dans le lit individuel de la jeune femme, mais pour une raison mystérieuse aucun des deux ne s'en plaignait. Un rayon de lumière entrait par la fenêtre et baignait la chambre dans une douce lueur claire. Ils n'avaient pas trouvé le courage de se lever pour raviver le feu et il ne restait plus que quelques braises rougeoyantes dans le foyer, mais ils étaient si proches l'un de l'autre qu'aucune sorte de froid ne semblait pouvoir les atteindre.

« Pardonne-moi d'insister, dit Ichabod, mais je dois vraiment me lever.

- Je ne vois pas en quoi ce serait grave s'ils revenaient plus tôt que prévu, répondit Katrina en continuant à caresser la main qu'il avait passée autour de ses épaules.

- Ma chérie, sois un peu sérieuse s'il te plaît. Je t'aime et j'adorerais rester ici, mais que nous le voulions ou pas, nous ne sommes pas encore mariés. Ce qui n'a aucune importance à mes yeux, ajouta-t-il en voyant que sa fiancée tournait la tête pour lui adresser un regard de reproche. Enfin, bien sûr que si c'est important pour moi de t'épouser, mais… Bref, ce que je voulais dire, c'est que Joseph risque d'apprécier moyennement que… »

Katrina pivota sur elle-même et lui coupa la parole d'un baiser. Il attendit quelques secondes avant de s'obliger à s'écarter.

« Tu sais que j'ai horreur que tu m'interrompes de cette manière, murmura-t-il.

- C'est ça, plains-toi, pauvre martyr, dit Katrina. Je me trouve bien gentille de t'offrir ce genre de douceur alors que tu oses prononcer le nom de Joseph pendant que tu me tiens dans tes bras.

- C'est tout de même notre hôte, fit remarquer Ichabod, et j'ai bien peur qu'il nous jette à la porte s'il apprend la petite avance que nous avons prise sur notre nuit de noces.

- Mais cela te tracasse donc à ce point, cette histoire de mariage ? demanda Katrina en se redressant sur un coude. Tu m'étonnes, toi qui n'arrête pas de répéter que tu crois en peu de choses et surtout pas aux règles de l'Eglise. »

Ichabod ne répondit pas tout de suite. Au contraire, il semblait ne plus trop savoir où fixer son regard. Katrina s'aperçut avec amusement que c'était parce que le drap avait glissé de ses épaules pour révéler sa poitrine nue. Elle se pencha sur son fiancé et lui caressa les cheveux.

« Je te trouve bien anxieux, lui dit-elle sans rire. Tu étais plus détendu tout à l'heure. Est-ce que cela te rendrait nerveux de rester couché avec moi ?

- Mais non ! s'étrangla Ichabod. C'est juste que… que… »

Il renonça à protester lorsqu'il sentit qu'il ne pourrait rien faire d'autre que bégayer. Katrina lui sourit et s'assit dans le lit. Elle attrapa une barrette sur sa table de chevet et entreprit de rassembler ses cheveux dénoués.

« J'espère que tu ne me m'en veux pas, lui dit-elle sur le ton de la confidence.

- Mais pourquoi t'en voudrais-je ?

- Parce que c'est moi qui t'ai demandé de… »

Elle laissa sa phrase en suspens et détourna la tête pour dissimuler son sourire, teinté d'une joie qu'elle savait interdite. Ichabod la regarda sans comprendre. Elle change si vite d'attitude…

« Ecoute Katrina, dit-il en s'asseyant à son tour. Si l'un de nous deux doit s'excuser, c'est moi.

- Et pourquoi ?

- Eh bien… hésita Ichabod. Parce que c'est moi qui suis censé prendre soin de toi et que j'aurais peut-être pu me retenir... parce que ton père voulait… mais il est vrai que ton père n'aurait certainement pas été d'accord pour que je te demande en mariage, même si… Mais pourquoi me regardes-tu comme cela, à la fin ? »

Elle le considérait en silence, toujours ce même sourire aux lèvres. Puis elle l'enlaça sans prévenir, d'un geste doux mais vif. Pris au dépourvu, Ichabod partit en arrière et aurait certainement culbuté sur le parquet si le mur ne l'avait pas arrêté dans sa chute. La jeune femme posa sa joue contre son coeur et dit avec douceur :

« Je propose que nous considérions simplement que nous étions tous les deux d'accord, que nous n'avons rien fait de mal et que tu vas le regretter si tu insinues encore une fois que tu aurais dû me priver de ce que tu m'as offert cet après-midi. »

Ichabod prit une expression légèrement flattée, mais il se sentait gêné, d'une toute autre manière que Katrina. Elle a parfaitement raison, mais alors pourquoi ai-je justement l'impression que j'ai fait quelque chose… de mal ? Non, ce n'est pas le bon mot… Quelque chose de néfaste. Il vit alors avec surprise que Katrina avait fermé les yeux et que son visage exprimait un immense soulagement.

« Qu'y a-t-il ?

- Tu m'as fait tellement peur hier, lâcha-t-elle comme si ces mots lui brûlaient les lèvres depuis des heures.

- Tu me l'as déjà dit lorsque tu m'as giflé, répliqua gentiment Ichabod.

- Mais je ne crois pas que tu t'es rendu compte à quel point j'étais inquiète, répondit Katrina en s'écartant de lui afin de pouvoir le regarder dans les yeux. Jamais de ma vie je n'ai eu aussi peur pour quelqu'un, Ichabod. »

Le jeune homme se redressa et la considéra d'un air surpris.

« Parce que j'étais malade ? Mais ce n'était pas la première fois, pourtant. Par exemple, tu te rappelles lorsque j'ai attrapé cette pneumonie après ma garde de la saint Sylvestre ? Je suis resté au lit pendant deux semaines, c'était autrement plus long que les dernières vingt-quatre heures. »

Katrina secoua la tête. Il ne comprend rien.

« Tu n'as pas l'air conscient de l'état dans lequel tu étais lorsque nous t'avons trouvé dans les bois, après la mort d'Alihoué. Tu n'étais pas malade, Ichabod, tu étais mourant. »

Il émit un petit rire tout ce qu'il y a de plus coincé.

« Il ne faut tout de même pas exagérer…

- Je n'exagère pas, répliqua Katrina. Tu étais tellement brûlant que nous avons eu du mal à te porter jusqu'à ton lit, mais tu tremblais comme si tu étais en plein blizzard. La seule personne que j'ai vu avoir une fièvre pareille était ma mère, et tu sais aussi bien que moi qu'elle en est morte.»

Ichabod déglutit et fit un geste pour l'interrompre, mais elle secoua vivement la tête. Elle avait pâlit tout en parlant, mais ne semblait pas décider à s'arrêter.

« J'ai eu peur toute la matinée que tu ne te réveilles jamais. Et puis quelqu'un a trouvé le moyen de t'empoisonner, ce qui n'a rien arrangé.

- De quoi ? fit Ichabod.

- De t'empoisonner, oui. Un mélange de champignons hallucinogènes et de quelques autres ingrédients dont il vaut mieux que je te taise le nom. Ne me dis pas que tu n'en as pas ressentit les effets. »

Ichabod ouvrit la bouche pour protester, mais l'image d'une charmante petite fille gambadant dans les bois avec un rire glacé l'arrêta. Qu'il l'apprécie ou pas, l'explication de Katrina avait au moins le mérite de l'éclairer sur cette illusion.

« Et si tu n'avais pas croisé celle que tu penses être Lydia, si elle ne t'avait pas guéri…

- Je n'ai pas dit qu'elle m'avait guéri, objecta Ichabod. Elle m'a certainement un peu soigné, c'est vrai, mais pas guéri.

- Alors justifie-moi le parfait état de ton épaule. »

Katrina avait cet air déterminé qui avait le don de mettre Ichabod mal à l'aise. Il baissa les yeux sur les quelques cicatrices blanches qui barraient sa clavicule, derniers vestiges d'une fracture qui aurait pourtant dû le priver de son bras droit. Il remarqua alors que son autre épaule portait encore les traces du coup d'épée qui avait failli le tuer l'année précédente, sous le pont couvert. Etrange… les cicatrices de ma fracture datent d'à peine vingt-quatre heures, et pourtant elles ont le même aspect que celle qui est vieille d'un an.

« Je ne sais pas, soupira finalement Ichabod. Je n'ai pas la moindre idée de ce qui s'est passé.

- Dis plutôt que tu ne peux pas l'expliquer, rectifia judicieusement Katrina.

- Non, c'est vrai, je ne peux pas l'expliquer, répliqua l'inspecteur d'une voix où l'exaspération commençait à se faire sentir. Mais si tu as une bonne idée sur ce qui m'est arrivé, fais-moi signe.

- Ce n'est pas la peine de devenir agressif.

- Je ne suis pas agressif.

- Si, tu l'es !

- Non ! »

Katrina plissa les paupières et ils s'affrontèrent un instant du regard, tout près de se disputer. Puis Ichabod baissa la tête avec un soupir et il glissa précautionneusement au bord du lit pour se lever.

« Pardonne-moi. Je ne sais pas pourquoi je t'ai parlé sur ce ton.

- Ce n'est rien, se radoucit Katrina.

- Si, je n'ai pas à te traiter comme ça, dit Ichabod en ramassant le tas informe que formaient ses vêtements. Je ne veux pas devenir méchant ou violent avec toi. »

Pourquoi, on ne veut pas suivre les traces de son papa, mmmh ? Ichabod prit soudain conscience du froid qui régnait dans la pièce et il frissonna en enfilant son pantalon. Katrina se leva à son tour, revêtit sa robe de chambre et vint se serrer contre le dos de son fiancé.

« Partons d'ici, Ichabod. Rentrons à la maison, je t'en prie.

- N'est-ce pas ici, ta maison ?

- Je ne m'y sens plus chez moi. Tu n'es pas à ta place ici, alors je ne le suis pas non plus. »

Ichabod se retourna et caressa la joue de Katrina du bout des doigts. Est-ce vrai que je ne suis pas à ma place à Sleepy Hollow ? A une certaine période, il en aurait mis sa main (ou sa tête) à couper. Mais là, il commençait à en douter.

« Je dois rester, dit-il à contrecoeur. Mais rien ne t'empêche de…

- Je ne partirai pas sans toi, je te l'ai déjà dit, répliqua Katrina. Retournons à New York. Tu diras à tes supérieurs que Mélodie Griffith a été tuée par un détraqué qui n'a rien à voir avec le Hessois, ou quelque chose dans ce genre.

- Je ne peux pas m'en aller maintenant, dit Ichabod avec douceur. Je crois avoir retrouvé Lydia, tu comprends ? Je voudrais… »

Il s'arrêta, pétrifié par l'image qui venait de lui revenir en mémoire.

« Mais bien sûr, sur le front, murmura-t-il.

- Pardon ?

- Le tatouage d'Alihoué, enchaîna Ichabod en se parlant davantage à lui-même qu'à Katrina. Lydia avait le même sur le front. Il devait avoir un lien entre elles, dans ce cas. Et si ça se trouve, Mélodie… si ça se trouve, elle a aussi un tatouage ! »

Ichabod s'écarta de Katrina et acheva de se rhabiller avec une rapidité et une précision stupéfiante. Son regard étincelait de contentement : il avait enfin une piste digne de ce nom.

« Il faudra que je demande de l'aide à Masbath, continua l'inspecteur. Un adulte, également. Hors de question de demander à Marshall. Peut-être Mulder.

- Ichabod…

- Oui, Mulder devrait accepter je pense. Ce soir, si c'est possible. Ensuite, je m'arrangerai pour…

- Ichabod !

- Quoi ? s'étonna-t-il.

- Que comptes-tu faire ? demanda Katrina d'une voix tendue. Tu veux exhumer Mélodie Griffith, n'est-ce pas ? »

Ichabod ralentit ses mouvements et la dévisagea.

« Est-ce que cela te semble odieux ?

- Pas si c'est nécessaire, mais ce n'est que mon point de vue, expliqua la jeune femme. Si les villageois apprennent que tu as profané une autre tombe…

- Je n'ai pas profané de tombe ! s'exclama Ichabod.

- A leurs yeux, si ! dit Katrina. Ne te rappelles-tu pas leur réaction, l'année dernière ?

- L'année dernière, Steenwyck était là pour les exciter contre moi, marmonna-t-il. Il est mort maintenant. »

La jeune femme mit un temps avant d'accepter ce qu'Ichabod venait de dire.

« Tu n'es tout de même pas satisfait de sa mort, j'espère ?!

- Mais non, voyons, soupira l'inspecteur. J'ai dit cela parce que c'était Steenwyck qui m'en voulait, plus que quiconque. Sans lui, les villageois…

- Ne crois pas qu'ils ont oublié ce que tu as fait, Ichabod, l'interrompit Katrina. Même moi, à l'époque, j'avais trouvé que tu allais trop loin. S'ils te surprennent en train de déterrer un autre cadavre, tu vas te faire lyncher ! »

« Les accusations de sorcelleries courent vite dans cette vallée… » Katrina tenta de chasser la voix de Marshall de son esprit, mais c'était perdu d'avance, tout simplement parce que le journaliste avait raison.

« Je serai prudent, ne t'inquiète pas, lui assura Ichabod. J'ai besoin de savoir, Katrina, j'ai besoin d'être certain de ce qui se passe. Fais-moi confiance. »

Il l'embrassa sur le front et lui adressa un sourire qui se voulait confiant. Il n'insista pas en voyant que Katrina restait de marbre et se dirigea vers la porte. La jeune femme décida de faire une dernière tentative :

« Etes-vous toujours aussi sûr de tout, inspecteur ? »

Ichabod se figea sur le seuil, une main sur le bois noueux du chambranle. Quelques secondes s'écoulèrent. Puis il repartit en fermant doucement la porte derrière-lui, sans se retourner. La chambre parut soudainement bien vide à Katrina.


Joseph tendit le bras et désigna une petite combe au groupe de cavaliers. C'était un creux entre deux talus, dans lequel passait le chemin. Les bords du sentiers étaient couverts d'arbres qui tenaient du saule pleureur tant leurs branches squelettiques se tordaient et rampaient vers le sol, au lieu de partir vaillamment à l'assaut du ciel. L'ensemble formait un passage étroit, fermé de part et d'autre par l'enchevêtrement des arbres morts. Une main humaine avait disposé un taillis semblable sur le chemin même, au-delà du creux.

« Ce sont mes esclaves qui ont préparé ceci, expliqua Joseph. Repérez bien l'endroit, messieurs, car c'est ici que nous finirons par acculer nos proies, demain. »

Mulder se raidit inconsciemment et Cannelle fit écho à son inquiétude en piaffant.

« Comment voulez-vous diriger une meute de chiens vers cet endroit ? demanda Fox. Personne ne peut contrôler aussi précisément une bande d'animaux.

- Même s'il s'agit d'une chasse à courre, nous ne nous servirons d'aucune meute monsieur Mulder, simplement de mon Charon, dit Joseph. Ne vous inquiétez donc pas, nous aurons nos trophées : j'ai prévu un plan bien précis avec mes serviteurs pour que le rabattage soit si efficace que nous pourrons nous passer d'autres chiens. Ne vous préoccupez de rien. »

Alors ça, tu peux toujours rêver. Mulder fit tourner bride à Cannelle (il commençait à bien connaître les habitudes de la jument) et dit assez fort pour que tous l'entendent :

« Je vous suggère de rentrer à Sleepy Hollow, il se fait tard. »

Ouh, la, la, comment est-ce que je me mets à parler moi ? Mais c'est qu'ils sont contagieux avec leur langage préhistorique !

« J'approuve monsieur Mulder, enchaîna Masbath avec un empressement révélateur. La nuit ne va pas tarder à tomber. »

Joseph eut l'air déçu mais résigné d'un enfant à qui on a montré son cadeau de Noël tout en lui assurant qu'il n'avait pas le droit de l'ouvrir avant minuit.

« Oui, je suppose que c'est plus raisonnable. Mais nous ne sommes pas très loin du manoir, vous savez, nous avons décrit une grande boucle dans les bois. Nous reprendrons certainement un trajet semblable lorsque nous…

- Joseph ! le coupa Marshall. Vous nous raconterez cela plus tard. Venez, nous n'avons que trop traîner ici. »

Mulder observa le journaliste à la dérobée. Tiens, tiens, monsieur Nerfs d'Acier semble nerveux. Ce qui était aussi inquiétant qu'étonnant, car Marshall avait certainement une très bonne raison d'être sur ses gardes. Raison qu'il fournit d'ailleurs spontanément à Mulder :

« Nous avons effectivement tourné en rond, au point de nous rapprocher plus que nécessaire de l'Arbre des Morts. »

Taylor partit d'un gros rire. Il fut le seul. Sonigbé resta de marbre, tout comme Joseph. Mulder et Masbath échangèrent un regard avant de prendre la direction de Sleepy Hollow d'un même mouvement. Une fois n'est pas coutume, je suis d'accord avec Marshall. N'empêche, je me demande pourquoi il craint l'Arbre à ce point.

L'adolescent accéléra la cadence et Cannelle le suivit. Mulder était trop plongé dans ses pensées pour la retenir. Il mit un certain temps avant de se rendre compte que Masbath guettait un signe d'attention de sa part et qu'ils avaient pris une nette avance sur les autres cavaliers. Lorsqu'il fut certain que l'agent l'écoutait, Masbath demanda :

« Croyez-vous que l'inspecteur Crane m'en veut d'être venu avec vous ? »

Mulder ne chercha pas à cacher sa surprise :

« Non, bien sûr que non. Il a lui-même insisté pour que tu nous accompagnes, alors franchement, t'en vouloir… Ne dis pas n'importe quoi. »

Masbath se mit à rire comme si Mulder venait de lui raconter la blague la plus drôle de l'Histoire.

« J'aime beaucoup votre manière de parler, monsieur ! Oh, sans vouloir vous offenser !

- Laisse, je suis très content que tu me dises ça. Je t'assure que ça me fait vraiment plaisir. Explique-moi plutôt pourquoi tu m'as posé cette question à propos de l'inspecteur, tu veux bien ?

- Oh, vous allez trouvez cela ridicule, sourit Masbath, mais je n'aime pas être mis à l'écart, surtout par lui. A chaque fois qu'il a tenu à m'éloigner, il lui est arrivé quelque chose, alors je ne suis pas tranquille lorsque je le laisse seul. »

Mulder parut amusé. On dirait un père qui parle de son gosse.

« Tu n'es pas responsable de tout ce qui lui arrive, David. Et puis, tu peux toujours te dire qu'il a Katrina pour le surveiller. »

L'adolescent le regarda d'un air un peu mélancolique et Fox fronça les sourcils :

« Quoi ?

- Vous êtes gentil, dit Masbath avant de se souvenir que ce n'était pas le genre de commentaire que faisait « un homme, un vrai ». Je veux dire, j'aime bien discuter avec vous. Si vous avez un fils, il a beaucoup de chance.

- Je n'ai pas d'enfant. »

Masbath en fut tellement abasourdi qu'il en oublia les principes d'adultes qu'il s'efforçait d'adopter :

« Vous n'êtes pas encore père ?

- Euh, non, répondit Mulder. Pourquoi est-ce que ça t'étonne ?

- Eh bien, la manière dont vous me parliez… Enfin, j'ai pensé que vous aviez l'habitude.

- L'habitude de discuter avec des jeunes de ton âge ? Ce n'est pas vraiment une « habitude », expliqua Mulder, disons plutôt que c'est instinctif. J'aime bien parler avec les gens. J'ai une très bonne amie qui a quelques difficultés pour ça. »

Il fut encore une fois surpris par ses propres paroles, plus particulièrement par la manière dont il avait parlé de Scully.

« En fait, ce n'est pas exactement une amie, rectifia-t-il, c'est plus…

- Votre promise ? »

Mulder faillit en tomber de son cheval.

« Non, non, non ! C'est simplement… une personne à qui je tiens beaucoup.

- En effet, approuva Masbath avec simplicité, elle doit être bien chère à votre cœur pour que son image fasse partie des quelques souvenirs qui vous restent. »

Mince, j'ai oublié mon « amnésie » ! Mais le garçon ne semblait pas troublé outre mesure par ce que Mulder venait de lui dire. Il fit simplement passer sa monture au petit trot d'une gentille talonnade. Cannelle tira sur son mord pour suivre le cheval et Mulder la retint avec une efficacité dont on il se sentit assez fier, mais sans vraiment y prêter attention.

« Elle doit être bien chère à votre cœur… » Masbath avait prononcé ces mots avec nonchalance, comme s'il énonçait une vérité indiscutable. Ouais, c'est ça, la Terre est ronde et moi j'aime beaucoup Scully. Mais Mulder avait beau railler, il ne se sentait pas vraiment bien. Il avait du mal à comprendre pourquoi il ne pouvait pas s'empêcher d'intégrer « beaucoup » dans la phrase dès qu'il pensait à son affection pour Dana. Je ne suis pas amoureux d'elle. De toute façon, c'est impossible : elle est ma coéquipière et le règlement interdit à deux partenaires d'entretenir une « relation amoureuse », comme disent ces messieurs du conseil d'administration.

Il regarda autour de lui. Des arbres morts et du brouillard à perte de vue, la vague silhouette d'un clocher qui se profilait dans la maigre trouée laissée par le sentier. Sleepy Hollow. Octobre 1800. Elle est au même endroit que moi, mais deux siècles plus tard. Si le temps s'écoule de la même manière pour nous deux, j'ai disparu depuis assez longtemps pour qu'elle commence à s'en faire pour moi.

Il avait beau aimer parler avec les gens, il avait toujours vécu sans rien demander aux autres et sans rien en attendre. Jusqu'à sa rencontre avec Scully. A ce moment-là, les choses avaient changé, pas énormément mais de manière subtile. De nouvelles habitudes, de nouvelles émotions. L'envie de défendre son point de vue, l'envie d'écouter celui de l'autre. Cette sensation à la fois triste et rassurante que quelqu'un s'inquiète pour vous. La première fois qu'il avait été gravement blessé pendant leur partenariat (une balle dans le col du fémur), il s'était réveillé à l'hôpital, avec elle à ses côtés. Aussi étrange que cela puisse paraître, il ne s'y attendait pas du tout, et cela lui avait fait bien plus plaisir que prévu. Mulder avait beau maintenir que Scully était simplement « une très bonne amie », il n'avait pas réussi à oublier la manière dont elle lui avait pris la main ce jour-là, à l'hôpital. Ce n'était pas exactement ce qu'on pouvait appeler l'étreinte d'une « très bonne amie ».

J'espère sincèrement qu'elle va bien.