J'ai du retard, je le sais et je m'en excuse ; n'étant pas là ce week end, je n'ai pas eu l'occasion d'écrire ailleurs que sur du papier. Et avec un rendez-vous important ce matin, avec des cours lundi, je n'ai pu le temps de tout retaper sur le pc. Vous n'aurez sans doute pas de chapitre samedi, plutôt lundi prochain, si tout va bien, mais je ne m'avance pas trop sur le sujet, des fois que.
Ce chapitre est plus court que les précédents. Pourquoi? Je dirais qu'il ferme une sorte de cycle sous-jacent dans la fic. Une période qui s'éteint et une autre qui redémarre au prochain chapitre. J'ai d'affreux soucis de connexion en ce moment, j'espère sincèrement que ce chapitre ne sera pas à reposter trois fois...
Bonne lecture à vous et on se retrouve en bas de page.
_ Kan-
_ Descendez.
Oh. Au lieu de les tuer, il allait les abandonner là, formidable. Mais c'était un sort plus enviable que celui d'être un cadavre au fin fond d'une ruelle. Face au manque d'activité des adolescents, plus ou moins figés sur place par une peur viscérale autant qu'irrationnelle, le vampire poussa un énorme soupir de frustration et se tourna vers eux, pointant l'extérieur du doigt.
_ Oh bon dieu… je ne vais pas vous bouffer, c'est bon ! Descendez, c'est tout, les places sont trop petites pour ouvrir entièrement les portières et je ne tiens pas à voir la moindre éraflure sur ma voiture. Alors dehors.
Ils s'exécutèrent, non sans se lancer des regards légèrement inquiets. Kanda se gara et sortit par le coffre, maugréant contre on ne savait trop qui ou quoi avant de les rejoindre, les cheveux battus par le vent.
_ Magnez-vous, lança-t-il en poussant Allen dans le dos, les entrainant à sa suite.
' Aaaah, pourquoi je sens que je vais en entendre parler un moment de ça… ? Trop gentil '
Un hurlement de joie pure lui vrilla presque automatiquement les oreilles alors qu'il poussait la porte du petit restaurant familial aux couleurs lumineuses qui faisait l'angle de la rue, grimaçant sous l'agression de décibels.
_ KANDAAAA-CHOUUUUU !
' Putain, je le savais. Finalement, je crois que je vais aller me pendre maintenant.'
Les trois adolescents à ses côtés tressaillirent, se resserrant naturellement autour de lui. Les réflexes humains étaient parfois sidérants autant que désespérants : le seul être véritablement dangereux en ce moment, c'était lui. Avaient-ils à ce point perdu de leurs instincts de survie pour ne plus réussir à détecter un prédateur dans leurs environs proches ? Le vampire reporta son attention sur l'homme qui venait de l'interpeler depuis le comptoir, surprenant les clients qui occupaient les lieux. Suite à son cri sortant véritablement du cœur, il avait fait le tour du meuble et s'était précipité sur eux pour serrer le plus âgé contre lui, cherchant à l'écraser dans une étreinte digne d'un ours. Allen ouvrit la bouche sous le choc et se recroquevilla par réflexe en pensant à l'explosion imminente de son colocataire brun. Quiconque osait toucher Kanda devenait automatiquement de la charpie.
_ Jerry, si tu ne me lâches pas immédiatement, on pourra repeindre sans problème la porte avec ton sang.
L'homme éclata de rire en se reculant, saisissant les joues de Kanda pour les lui tirer comme avec un enfant. Par réflexe, le vampire faillit le mordre mais se retint à temps tout en se dégageant. Si les regards pouvaient tuer…
_ Ah, mon cher Kanda, ça faisait tellement longtemps qu'on ne t'avait pas vuuu ! Tu sais que je n'ai jamais pu retrouver un serveur aussi doué que toi, se lamenta le dénommé Jerry sous les regards sceptiques des étudiants, une main sur la joue et une moue boudeuse aux traits.
Le vampire serra les poings, se retenant visiblement de les coller dans la face larmoyante du barman aux cheveux tressés, d'un rose criard des plus étonnants, et souffla un coup par le nez. Rester calme, ne pas faire de scandale, ne pas attirer l'attention plus que nécessaire. Il était déjà bien peu aisé de se fondre dans la masse avec un patron de bar hystérique et trois adolescents tétanisés sur place…
_ M'faudrait une table, marmonna-t-il entre ses dents. Pour quatre.
Jerry haussa un sourcil étonné puis sembla finalement prendre conscience que Kanda était accompagné. Un sourire éblouissant illumina ses traits et il se précipita sur les étudiants, de nouvelles larmes de joie aux yeux.
_ Ooooh, Kanda-chouuu ! Tu es venu avec des amis ! N'est-ce pas formidable ? Mais entrez, entrez donc mes chéris ! Qu'est-ce qui vous ferez plaisir ? Puisque vous êtes avec Kanda, c'est la maison qui offre ! Installez-vous, venez !
L'homme en attrapa deux par le bras, les forçant à entrer complètement dans le restaurant tandis que le brun soupirait de désespoir. Jerry n'avait pas changé d'un pouce, toujours aussi survolté et émotif. Du temps où il bossait effectivement « Chez tonton Jerry », le gérant n'avait eu cesse de le harceler pour tout et n'importe quoi, imposant sa bonne humeur continuelle et son extravagance à ses employés qui l'adoraient. Jerry était un patron relativement souple et permissif, il ne s'était jamais plaint des horaires parfois un peu particuliers de son fidèle serveur et avait été plus qu'attristé quand le jeune homme avait finalement changé d'emploi pour se rapprocher de l'appartement, lui évitant de longs déplacements parfois problématiques.
Kanda ne pouvait pas nier, alors qu'il s'installait dans un coin de la salle avec les trois autres, totalement dépassés par les évènements, qu'il avait aimé travailler ici. L'ambiance était conviviale, ses anciens collègues, sympathiques bien qu'un peu envahissants et leurs pizzas étaient sans doute les meilleures choses qu'il avait eu l'occasion de gouter, après les soba. Rien ne pourrait détrôner les soba aux yeux du japonais mais Jerry savait sincèrement y faire en matière de nourriture. Et pour remplir la panse infernale de son colocataire, il fallait au moins ça. Jerry ne savait pas où il avait mis les pieds en leur proposant de prendre ce qu'ils voulaient. Bien que la proposition arrangeât sérieusement son compte en banque.
On leur donna les menus mais Allen, se glissant souplement aux côtés de Kanda alors que les deux autres étreignaient amoureusement leurs mains comme si jamais leurs doigts ne devaient être séparés, n'en n'avait cure, observant autour de lui avec un mélange de ravissement et d'incrédulité. La salle était petite, certes, mais chaleureuse et agréable, décorée dans un gout très simple et des tons chauds qui tranchaient vivement avec la froidure du dehors. Pour plus d'intimité, les tables avaient été séparées par des petits paravents arrivant à hauteur d'épaules, couverts de motifs colorés et gracieux, tout en arabesques qui rappelaient immanquablement un style oriental. Jerry leur avait choisi une table près de la fenêtre, encadrée par des rideaux à carreaux, leur permettant de voir la rue illuminée par les décorations et la neige tourbillonnant dans le vent. L'albinos se tourna vers Kanda qui regardait par la vitre, un pli au milieu du front.
Le vampire avait très sérieusement hésité à les emmener ici ; sachant que Jerry ne le lâcherait pas d'une semelle par la suite et n'ayant pas vraiment envie d'affronter son humeur un peu trop au beau fixe. Mais gérer un début de déprime de la part des adolescents et passer le réveillon en leur compagnie et celle du grand ahuri qui avait voulu lui bousiller sa voiture était peut être pire encore. Et comme il était plus que certain que l'albinos ne lui aurait pas permis de vider les lieux et les laisser se débrouiller chez les Lee… Kanda sortit de ses pensées plus ou moins moroses quand Allen, le poussa discrètement du coude. Ses yeux pétillants voltaient d'un bout à l'autre de la salle avec une joie enfantine attendrissante et ses gestes tremblaient d'une fébrilité amusante ; on aurait dit un enfant la veille de Noël. Oh. Oui, évidemment, vu sous cet angle…
Yû se permit un demi-sourire en coin qui passa totalement inaperçu.
_ Je ne savais pas que tu avais travaillé ici, souffla le littéraire à l'adresse de son colocataire tandis que ses deux amis, maintenant revigorés, s'amusaient à prononcer les noms des plats en hindi.
_ Ça date de trois ou quatre ans maintenant, lui apprit le vampire en haussant les épaules. Mais ici, on n'a rien à craindre.
L'étudiant haussa un sourcil puis balaya la salle bondée du regard, se demandant vaguement ce que son colocataire entendait par là. Avait-il remarqué encore un nocturne au précédent restaurant ? Allen frissonna en repensant à Tyki puis se concentra sur son menu, ne tardant pas à saliver.
_ C'est un endroit très agréable, remarqua Lenalee après qu'ils eurent passé commande, la petite serveuse rousse repartant en cuisine avec une moue interloquée face à la liste que lui avait donné Walker. Merci beaucoup de nous avoir amenés ici, Kanda.
_ Hum.
L'intéressé croisa les bras, gardant les yeux fixés sur la rue alors que la jeune fille tentait de lui faire passer ses plus sincères remerciements. Allen sourit discrètement, sachant que derrière son masque grognon et indifférent, Yû était gêné de l'attention qu'on lui portait. Pour un être ayant pris l'habitude de se cacher des humains et de ne pas s'en faire remarquer, il ne lui était pas coutumier de recevoir autant de gratitude de la part de ses proies. Il n'aimait pas vraiment ça, pour tout dire. Etre gentil, prévenant, cela ne lui ressemblait pas.
' Tu me revaudras ça, saleté de moyashi. '
Le repas se déroula dans une ambiance bon-enfant qu'il n'avait plus connue depuis ce qui lui semblait être des lustres. Le vampire s'était habitué à voir son colocataire souriant ou tout bêtement enjoué. Mais à ce point heureux, ouvert et rieur, c'était concrètement une première. Pas désagréable en soi, les sourires sincères lui allaient bien.
Kanda se fustigea mentalement, se retenant de se planter la fourchette dans la main pour se punir d'avoir de telles pensées. A ce rythme, il ne tarderait pas à se transformer en grosse boule de guimauve dégoulinante de bons sentiments. Ce gamin avait vraiment une mauvaise influence sur lui !
Jerry vint les égailler au cours de la soirée de ses histoires abracadabrantes, comme toujours, faisant rire l'assemblée autour de lui. Au regard noir que lui jeta le japonais cependant, il jugea plus sage de ne pas relater les premiers jours de service du jeune homme —qui avaient été suffisamment épiques et impressionnantes pour entrer dans les annales du restaurant— et enchaina sur une toute autre anecdote concernant un de ses fidèles cuistots. Déjà que Kanda estimait passer pour le bourru asocial au grand cœur en leur faisant plaisir à tous, il était hors de question d'en rajouter une couche avec les commérages du patron ! Il avait un minimum de dignité qu'il tenait à conserver envers et contre tous.
Le brun soupira, se prenant la tête dans la main en contemplant son assiette vide. Il avait passé la moitié de son plat à son voisin de table qui avait dévoré plus que de raison pour le plus grand plaisir du cuisiner, ravi que son travail ait autant de succès —et se promettant mentalement de ne plus lui offrir le repas, par la même occasion, ce n'était véritablement pas rentable— mais avait encore faim. Tout comme en été, les températures extrêmes forçaient Kanda à dépenser bien plus d'énergie que d'ordinaire, lui intimant ainsi le besoin de se nourrir plus régulièrement. Il avait pris un mug avant de partir, pressé par un Allen des plus enthousiastes, mais cela ne suffisait pas le moins du monde.
Oh, bien entendu, il saurait se maitriser, mais son humeur risquait de se détériorer encore plus et il ignorait fondamentalement vers quelle heure ils rentreraient et combien de temps il mettrait à trouver une proie.
Quoique…
_ Kanda ?
Allen se tourna légèrement vers son voisin de table qui venait soudainement de se redresser alors que Lavi les régalait d'une histoire de jeunesse amusante, fixant un point perdu dans le noir de la nuit. Tout autre personne que l'albinos n'y aurait pas le moins du monde prêté attention. Seulement, le littéraire le fit et nota rapidement les narines frémissantes de son colocataire, les légers tremblements qui agitaient ses mains à la manière de spasmes et ses pupilles quelque peu dilatées. Il se figea, sentant une sueur glacée dégouliner le long de son dos.
Ah. Mauvais, ça.
Essayant de ne pas avertir Lenalee, qui riait un peu bruyamment, par un comportement louche, Allen se décala très légèrement pour tenter d'apercevoir la cible de son voisin de table.
_ Vous m'excusez une minute.
Ce n'était même pas une question ; Kanda se leva et fila hors de la vue en un battement de cœur, tirant des regards surpris aux adolescents.
_ Quelque chose ne va pas ? S'enquit Lavi avec une pointe de méfiance, scrutant la foule du restaurant en espérant apercevoir le brun. Allen grinça des dents, tout se déroulait pourtant si bien…
_ Aha, ah, ah ! Il fourragea joyeusement dans sa tignasse blanche, gêné et nerveux. Merde, cet idiot n'aurait-il pas pu se retenir encore un peu, non ?! Non, non, tout va bien. J'imagine qu'il a eu… une envie pressante…
' Et vous n'imaginez pas à quel point. '
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Link resserra son écharpe de laine autour de son cou, ramenant le vêtement haut devant son nez ; autant pour se protéger du froid mordant qui avait décidé de le réduire en lambeaux, que pour dissimuler à la vue de l'éventuel flâneur les volutes blanches que faisait danser l'hiver devant sa bouche.
Les périodes glacées et les célébrations qui les accompagnaient ; il aurait été mentir que de dire qu'Howard les appréciait. Si le commun des mortels aimait à voir tomber la neige dans leurs rues et se couvrir de givre le paysage ; le blond exécrait par-dessus tout les flocons qui lui obstruaient la vue et dissimulaient aux regards les moindres traces.
Moins de chaleur mais paradoxalement ; plus de monde au dehors. Un camouflage mouvant et idéal pour les nocturnes en vadrouille qui pouvaient presque sortir sans souci de couvrir ou non leurs arrières. Un calvaire pour les Chasseurs, qui se voyaient bien souvent obligés de passer les fêtes de fin d'année en déploiement sur toute la ville, à l'affut d'une activité un peu trop suspecte pour être totalement humaine. Rondes régulières, fouilles de domiciles surprises, quelques traques, de temps à autres, lorsqu'un individu paraissait trop louche à leurs yeux ; toutes ces précautions étaient pourtant loin d'être suffisantes pour prévenir des crimes vampiriques. La pêche aux nuisibles était souvent bien moins fructueuse que durant l'été et ses hommes ne récoltaient ni gloire ni trophées, se contentant souvent d'un rhume ou d'une grippe.
Leur dernier spécimen, d'ailleurs, datait déjà de plusieurs semaines et avait réussi à leur filer entre les pattes. Un travailleur de nuit dans des entrepôts de stockage près de la baie ; l'équipe était intervenue trop tard et le nocturne en avait profité pour se carapater le plus loin possible. Blessé cependant, Link espérait en silence qu'ils remettraient rapidement la main dessus. Le labo réclamait de nouveaux sujets d'expérience ; le dernier cobaye avait finalement cassé sa pipe peu de temps auparavant alors que les chercheurs testaient à l'extrême ses formidables capacités de régénération.
Analyser pour comprendre. Comprendre pour mieux lutter ; capturer des nocturnes était moins aisé que de les tuer mais les résultats s'en faisaient clairement ressentir. En une dizaine d'années, aidées par les techniques modernes, leurs études avaient fait de lourdes avancées et les Hunters n'avaient jamais été aussi dangereux pour les vampires. Loin étaient les temps où l'on chassait sans trop savoir à quoi s'attendre. Désormais, chaque Hunter avait un attirail parfaitement adapté à la traque et une fois pris dans leurs filets, peu de vampires parvenaient à s'échapper indemnes.
Link grommela contre la laine qui masquait ses lèvres, se frottant machinalement les doigts dans le cuir épais de ses gants. Tanguant d'un pied sur l'autre, il s'efforçait de ne pas laisser ses jambes s'engourdir. De nouvelles obligations l'avaient jeté dehors un soir de Noël.
Outre la nécessité de rapporter au bercail un nouveau rat de laboratoire, Howard avait cru qu'arpenter les rues lui permettrait peut-être d'avancer sur son enquête piétinante, que si le seigneur était avec lui —à défaut d'être occupé à célébrer la naissance de son fils— il aurait pu lui accorder un signe. Quelque chose, n'importe quoi, qui lui aurait fait croiser par miracle la route de ses nuisibles.
Mais rien, hélas, pas même en cette nuit de Noël. Depuis des mois qu'il planchait sur ce dossier, cette affaire en virait presque à l'obsession tant il était déterminé à la clore une bonne fois pour toutes. Depuis le couple éventré dans la ruelle, il avait trouvé presque une dizaine de cadavres portant une trace de dents similaires —bien que moins bâclée— mais pas le moindre vampire à la clé.
Au fil des jours, bien évidemment, la piste s'amenuisait, disparaissant lentement dans la neige et le froid. La fille —étudiante, si ses souvenirs étaient bons ; il avait oublié son visage et son nom dès lorsqu'elle avait passé les portes du commissariat après leur entrevue, trop insignifiante et sans valeur pour qu'il lui accorde la moindre attention supplémentaire— n'avait été d'aucune utilité. Elle s'était bêtement contentée de tomber sur les corps au détour d'une promenade nocturne et les avait appelés dans la foulée. On avait bien rapporté les échos d'un grabuge parmi les témoins indirects qui passaient par là au même moment mais personne n'était en mesure de donner une description détaillée du tueur hypothétique.
Quant à la scène de crime en elle-même, il était bien inutile d'essayer d'en tirer quelque chose. Qui que cela puisse être et qu'elles que fussent ses motivations ; quelqu'un était venu avant eux et la fille pour nettoyer —et avait fort bien fait son travail— les lieux, ne laissant que le couple mutilé en place, comme un énième pied de nez à l'Organisation.
Link en revenait au point de départ, se résumant à un simple et terrible mot : rien.
Et c'était ce rien qui l'avait conduit à faire le planton dans ces ruelles froides et obscures à attendre sa cible potentielle. Quelques heures auparavant, un coup de fil l'avait prévenu d'une activité soi-disant suspecte dans le coin et si rien ne venait corroborer cette hypothèse, l'inspecteur n'avait pas hésité une seule seconde à se mettre sur le coup. S'il faisait ne serait-ce qu'encore une fois le tour de son bureau en ruminant ses pensées noires, il allait finir chèvre.
Une brusque et déplaisante vibration le tira de sa torpeur, lui faisant vivement baisser la tête alors que ses doigts gantés se refermaient convulsivement sur la coque de son appareil, profondément enfoncé dans sa poche.
Dieu avait peut être fini par prendre ses appels et ne plus le lancer sur le répondeur automatique.
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Divertissant.
Sans doute était-ce le mot le plus exact qui pouvait ainsi qualifier le jeune blond sous ses yeux. Divertissant.
L'on aurait pu croire qu'il s'amuserait de choses plus complexes, des jeux de pouvoir ou d'argent, de sombres machinations qu'il se serait délecté à construire pour finalement voir les humains s'entre-déchirés sans même avoir recours à son aide. Il lui était arrivé de prendre part à ces jeux extravagants mais il s'en était toujours très vite lassé, éprouvant constamment l'impérieux besoin de changer d'air, de cible, de contexte.
De se trouver un nouveau jouet un peu plus robuste que les autres et prendre un plaisir malsain à le voir se briser entre ses doigts.
Et au-delà des apparences, Tyki raffolait des petits plaisirs simples que lui offrait la nuit. Voir courir ce jeune homme en tous sens était particulièrement jouissif ; on aurait dit une petite fourmi affolée qui tente en vain de regagner le trou de terre dont elle avait jaillit, quelques secondes plus tôt. Certes, l'homme qu'il épiait avec intérêt depuis un toit proche était bien loin de la panique, mais son énervement croissant et cette faculté qu'il avait de s'acharner comme un chien le ferait sur son os, c'était proprement fascinant.
Et divertissant.
Tyki se ramassa sur lui-même, penché en avant tant et si bien qu'il n'aurait fallu qu'un souffle de vent, une rafale dans le dos pour qu'il plonge en avant et dégringole sans cérémonie du parapet où il s'était perché. Mais de cette position d'acrobate, il n'en n'avait peu conscience, concentré sur sa proie, plissant les yeux derrière les flocons qui lui cachaient parfois la vue.
Un simple coup de fil et voilà que le blond bondissait sur ses pieds, fébrile, rappliquant sans demander son reste sous la promesse d'attraper un nocturne. Et un autre, pour attirer ledit nocturne. Tyki ne s'était guère attaché aux humains, ces dernières années, contrairement à Road qui avait eu l'extrême obligeance de lui fournir quelques matières premières pour agrémenter sa partie de ce soir. Il sourit en songeant à cette gamine qui ne l'était plus depuis bien longtemps.
Une excellente partenaire de jeu, pour tout dire, assez pour mêler son ennui au sien et tirer dans l'ombre les bonnes ficelles pour espérer ne pas s'y engluer. Elle avait su mettre en place un plateau suffisamment intéressant aux ramifications complexes, étendant son domaine sur grande partie de la ville, avançant ses pions avec un plaisir certain sur cet échiquier improbable.
Et il aimait avancer les siens.
D'une main habile, il tira son téléphone portable de la poche arrière de son jeans, laissant l'air glacé de la nuit glisser sur ses bras nus, faisant volter le col de sa chemise entrouverte, insensible au froid ambiant. Il pianota rapidement sur les touches, un mince sourire étirant ses lèvres en un rictus satisfait lorsqu'il aperçut le blond en contrebas retirer son appareil des replis de son manteau et en consulter rapidement l'écran.
_ Cher Inspecteur, dépêchez-vous donc ; j'ai comme l'impression que notre ami commun est déjà parti chasser…
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Kanda respira un bref instant l'air glacé du dehors, plissant les yeux dans le vent qui charriait les flocons dans son champ de vision. Il avait laissé sa veste à l'intérieur, parti trop rapidement pour s'en soucier, une envie pressante grondant au fond de ses entrailles. Levant le nez, il huma l'air autour de lui, une pensée à la voix moqueuse —et ressemblant à s'y méprendre à celle du moyashi— lui faisant remarquer qu'il avait l'air parfaitement ridicule.
Kanda grinça des dents, jeta un rapide coup d'œil à la baie vitrée de Chez tonton Jerry, s'assurant que les adolescents ne le suivaient pas pour savoir ce qu'il avait l'intention de faire. Il distinguait l'albinos qui se passait une main dans les cheveux, sans doute embarrassé. Il allait devoir faire vite s'il ne voulait pas éveiller les soupçons…
Et faire en sorte que sa proie ne lui échappe pas, par la même occasion.
Kanda ne perdit pas une minute et se mit à courir en foulée légère sur la fine couche de poudreuse qui recouvrait les trottoirs. Ses baskets mordaient l'asphalte en un bruit étouffé, le vent s'infiltrant dans ses vêtements trop légers. Qu'importe, encore deux rues et il allait pouvoir efficacement se réchauffer.
Le vampire ralentit le pas, ses oreilles captant le battement de cœur précipité du dealer alors que ce dernier s'engageait dans une petite venelle sombre, jetant de fréquents coups d'œil par-dessus son épaule. Il aurait beau être sur le qui-vive, Kanda ne le laisserait pas passer.
Le gamin se figea au bout de sa ruelle, les épaules raidies, suintant la peur et la nervosité alors que la silhouette sombre du vampire se découpait nettement à la lumière grésillante d'un lampadaire. L'odeur du métal et de la poudre gagna les narines du japonais, le canon d'un automatique pointé dans sa direction. La peur montait à lui comme une vague chaleureuse et familière.
_ Qui est là ?!
' Ta déchéance. ' [1]
L'instant suivant, la tête du gamin percutait le bitume, la main de Kanda étouffait son hurlement naissant en se planquant vivement sur sa bouche. Il sourit dans le noir, ses crocs proéminents brillant d'un éclat sinistre. La terreur dans les yeux du gamin, le battement de son cœur affolé, son sang contre son pal—
Kanda se raidit, les sens brusquement en alerte. Il se redressa lentement, retenant son presque cadavre par le col de son sweet, gémissant pathétiquement. Inconscient, tout juste en vie.
Poudre, acier, cuir, argent, sang contaminé, sel, ail.
Danger.
_ Merde…
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Tyki gloussa. Il gloussa ; un claquement sec et répétitif aux airs de folie qui grinça dans l'air de décembre alors qu'il se redressait, faisant craquer son dos dans le mouvement. D'un bond leste et proprement inhumain, il sauta sur le toit le plus proche, se réceptionnant lourdement et pliant les genoux pour se stabiliser. D'une nouvelle détente, il gagna un autre bâtiment, suivant sans relâche le petit blond qui pressait le pas en s'engageant sans hésiter dans le labyrinthe de la ville.
Ses narines ne tardèrent pas à capter la délicate fragrance du sang et celle, plus fade et nauséabonde de son collègue. Ah… enfin, son Cavalier avançait allègrement pour tenter de prendre la Reine.
Il serait le Fou qui dévorerait le Roi. [2]
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Link tapa du pied, à l'image de ces enfants boudeurs qu'une situation contrarie. Contrarié, il l'était ; son timing avait rarement été aussi mauvais. Du bout de son soulier, il fit légèrement pivoter la tête du macchabée qui gisait sur le sol, le haut de son sweat tâché d'un sang encore frais. La morsure était propre et nette, soigneuse et si le vampire ne s'était pas précipitamment interrompu pour fuir cette nouvelle scène de crime ; pas une goutte d'hémoglobine n'aurait perlé à son cou.
Soufflant rageusement, l'inspecteur serra les doigts autour de son téléphone, l'amenant à son oreille pour faire venir une équipe sur place. Puisque le nocturne n'avait pas eu le temps de maquiller son forfait, peut-être cette fois-ci pourraient-ils en tirer quelque chose d'intéressant. Et il lui faudrait penser à demander au labo de plancher sur l'odorat des suceurs de sang : il était clair que l'autre l'avait senti venir. A quel point ces monstres étaient développés… ?
Link s'accroupit, étudiant le cadavre d'un œil circonspect, notant les ongles rongés de la victime et les quelques grammes de coke qu'il avait maladroitement dissimulés dans les poches amples de son veston. La chaleur le quittait à peine et s'il n'était pas mort directement de la morsure, l'hémorragie qui en avait résulté avait fini par l'achever, le froid venant parfaire l'œuvre de la mort. Il n'aurait fallu que quelques secondes d'avance à Howard pour espérer le sauver. Non pas que venir en aide à ce genre de racaille qui gangrenait les rues de sa ville fut véritablement sa priorité mais il y avait eu fort à parier que le jeune homme, aussi défoncé soit-il ait vu le visage de son agresseur. Il avait été à deux doigts d'avoir une piste sérieuse pour une nouvelle traque… A deux malheureux doigts.
Se redressant sur ses pieds et prenant son mal en patience pour attendre l'équipe de nettoyage ; il se demanda distraitement si le sang d'un camé faisait également planer les vampires.
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_ Encore merci pour la soirée, Allen ! On remet ça l'année prochaine, n'est-ce pas ?
Allen opina vivement au sourire resplendissant de Lenalee, accoudée à la portière, qui les saluait une dernière fois avant de rentrer chez elle. Son frère attendait son retour depuis un moment déjà, les épiant à la fenêtre. Kanda avait levé les yeux au ciel et c'était demandé si faire un geste déplacé à son encontre serait mal perçu, avant de se raviser. Pour la prochaine fois.
_ Bien sûr, renchérit le plus jeune en agitant la main qui disparaissait derrière sa nouvelle paire de gants en cuir, généreux cadeau de la part de Lavi.
Ses amis avaient fait dans l'assortiment cette année, bien évidemment. Nul doute que les courses s'étaient faites en couple et en plus des gants, Lenalee lui avait trouvé une écharpe de bonne facture et une paire d'épaisses chaussettes en laine, lui qui se plaignait continuellement d'avoir les pieds froids. Ce n'était pas tant les cadeaux qui avaient plu à Allen, de toute façon, mais plutôt le simple fait que ses amis soient avec lui pour les partager.
Evidemment, il aurait été trop demandé à Kanda de lui offrir lui aussi quelque chose, mais le brun avait déjà fait l'effort de venir —et de sauver en grande partie la soirée— c'était inespéré de sa part. Allen n'en demandait pas plus et se contentait plus qu'amplement de cela.
Lenalee sourit encore, s'inclina une dernière fois vers Kanda qui grogna en guise de réponse puis s'en fut jusqu'à son pavillon. Il aurait été mentir que de dire que la jeune fille rentrait au bercail avec joie ; elle aurait adoré passer encore une heure ou deux en compagnie de ses amis. Essentiellement de Lavi, auprès duquel elle était restée collée durant une grande partie de la soirée, profitant de ce petit répit sans l'ombre de son frère sur le dos. Evidemment, la situation avait fini par devenir parfois un tantinet gênante pour les deux colocataires, particulièrement lorsque les inséparables se nourrissaient mutuellement avec une niaiserie à vomir. Mais Allen comme Kanda s'en était accommodé, faisant fît de ces quelques détails pour profiter simplement de la soirée.
Laissant les garçons reprendre la route, Lenalee agita une dernière fois la main à leur adresse avant de s'engouffrer dans la délicieuse chaleur de son domicile. Yû débraya dans la seconde qui suivit sa disparition derrière la porte et s'engagea sur la route en retenant un soupir de contentement.
Le trajet se fit dans le calme, serein et apaisant. La voiture baignait dans une chaleur réconfortante, la radio murmurant légèrement en bruit de fond. Ajouté à cela le bruit ronronnant du moteur et son estomac comblé, Allen se serait volontiers endormi.
Kanda restait silencieux, les yeux fixés sur la route, cherchant les plaques de verglas à éviter sous la légère couche de neige qui couvrait l'asphalte. Il devait l'avouer, il avait passé une bonne soirée, ce qui était proprement exceptionnel. Depuis des années, il avait renoncé à fêter Noël, principalement pour éviter que des mauvais souvenirs ne refassent surface mais il devait admettre que cela lui avait presque manqué. Si idiote soit la raison, la chaleur humaine, la convivialité et les rires au milieu des discussions animées… il avait le sentiment de redécouvrir une part du monde extérieur qu'il avait mis de côté pendant des lustres.
Mais plutôt mourir que de l'avouer à Allen qui souriait comme un demeuré en triturant le cuir de ses gants. Le rouquin avait du gout, il devait le reconnaitre, les vêtements lui allaient parfaitement.
_ Merci.
Yû jeta un rapide coup d'œil à son voisin avant d'hausser les épaules.
_ Hum. Je n'avais aucune envie de les ramener à l'appartement et leur préparer le repas. On n'avait rien dans le frigo, pour changer.
L'étudiant eut un petit rire amusé, se renfonçant dans le siège de la Deauville pour mieux se caler et piquer un petit somme. Dix minutes encore avant de pouvoir s'étendre sur son lit et dormir comme un bien heureux, il pouvait bien commencer maintenant.
_ Sincèrement, reprit-il. Je suis vraiment content. Que tu sois venu avec nous, que tu nous aies emmenés chez Jerry. On y retournera ?
_ Moi, vivant, c'est hors de question.
Allen éclata volontiers de rire face à la mine renfrognée de son camarade.
_ J'ai passé une excellente soirée, en tout cas.
_ Tu veux pas non plus que je te réponde « moi aussi » avant de t'embrasser langoureusement en te jurant un amour éternel ?
Le plus jeune ricana à nouveau en secoua la tête.
_ A tenir de tels propos, tu vas finir par ressembler à Lavi et Lenalee ! M'est avis qu'il faut sérieusement que tu arrêtes avec tes séries télévisées, Bakanda, ça te pourri le cerveau.
_ Dis celui qui regarde avec moi et qui planque toute une collection de bouquins à l'eau de rose dans son armoire.
_ C'est complètement faux ! Rosit automatiquement Allen en se redressant dans son siège. Kanda eut un sourire carnassier.
_ Oh ? Vraiment ? Alors serait-ce un tout autre type de lecture particulièrement plaisant ? Je te trouvais bien absorbé la dernière fois, maintenant je ne m'étonnerais plus.
_ Que-quoi ?! L'étudiant s'étouffa littéralement au sous-entendu à peine voilé de la part de son colocataire, piquant un nouveau fard encore plus prononcé que le premier. N'importe quoi ! Je déteste quand tu fais ça !
Kanda éclata de rire, poussant une série de bruits qui faisaient toujours songer à Allen à des aboiements de chien, devant la mine courroucée et rouge tomate du plus jeune. Ils rentrèrent en se chamaillant gentiment, Yû se montrant impitoyable alors que l'albinos tentait désespérément de se sortir de ce pétrin où il s'était lui-même fourré. Une fois à l'appartement et débarrassés de leurs manteaux et autres vêtements lourds de froid et de neige fondue, ils s'installèrent, qui au comptoir, qui dans le fauteuil près de la bibliothèque.
Allen jeta un coup d'œil à Kanda, qui se servait une tasse d'hémoglobine, replissant le mug presque à ras bord.
_ Ça ne t'a pas suffi tout à l'heure ?
Il faisait bien évidemment allusion au départ quelque peu précipité du vampire au beau milieu de leur repas qu'il avait eu grand peine à justifier. Fort heureusement, son absence n'avait pas été très longue, ce qui avait étonné l'étudiant, sur le coup, avant qu'il n'oublie totalement ce détail insignifiant, ayant d'autres choses à penser. Le plat que Jerry venait de lui poser devant le nez, par exemple.
Lorsque Kanda était revenu, les pommettes rougies par les basses températures et de sa course, il s'était glissé si silencieusement à ses côtés qu'il aurait presque pu ne pas le remarquer. Allen ne l'avait pas entendu approcher et avait sursauté, manquant de s'éborgner avec sa fourchette trop vide à son goût. Lenalee lui avait demandé si tout allait bien, s'était vue répondre par un grognement et l'albinos avait scruté son camarade un moment, comme pour s'assurer de la véracité de son propos. Il avait tressaillit lorsqu'il avait aperçu les traces de sang sur le col relevé de sa chemise. L'étudiant s'était alors empressé de rabattre le tissu froissé, lissant les plis sous les regards surpris de ses amis et celui, limite choqué, de Kanda. Lavi avait ouvert la bouche pour une remarque mais Lenalee l'en avait efficacement empêché d'un coup de pied dans le tibia.
Le vampire balança la poche de transfusion dans la corbeille prévue à cet effet. Il prenait grand soin de se débarrasser de ses déchets à part, ne les mélangeant jamais avec ceux de l'appartement. Inutile de prendre des risques de manière aussi stupide que celle-ci : le vide-ordures sur le palier avait la fâcheuse tendance à se bloquer pour un rien.
Il porta la tasse à ses lèvres, buvant une gorgée avant de répondre.
_ J'aurais adoré m'attarder dans cette ruelle vois-tu, mais le délicat fumet de chasseur qui m'est parvenu aux narines m'a un tantinet freiné.
_ Il y avait un Hunter dans le coin ? S'alarma immédiatement Allen en se redressant, la mine inquiète. Kanda attrapa le journal qui trainait sur le comptoir et le stylo coincé dans à la page des mots croisés, balayant rapidement la grille vide des yeux. Il haussa les épaules, peu concerné par le ton alarmé de son colocataire trop émotif.
_ Hum. Les fêtes nationales sont leurs périodes de pointe ; trop d'humains à surveiller, ils savent parfaitement que les nocturnes ont moins de risques de se faire prendre qu'en temps normal.
_ Et il t'a vu ?
Le vampire souffla par le nez, lui lançant une œillade agacée. Etait-il stupide ou le faisait-il définitivement exprès ?
_Bien évidemment que non, andouille. Tu crois que je serais tranquillement là à lire mon journal si ça avait été le cas ?
Et cela avait failli l'être, pour être parfaitement franc. Si Kanda avait rapidement repéré le chasseur et avait fait demi-tour sans demander son reste, il l'avait également clairement senti se lancer à sa poursuite. Yû n'avait pas eu trop de mal à le semer, se terrant quelques minutes dans le renfoncement d'un porche plongé dans l'obscurité, scrutant la nuit et les effluves que lui portait le vent. Le Hunter s'en était retourné sur ses pas au bout de quelques minutes, sachant pertinemment qu'il ne parviendrait pas à remettre la main sur son fuyard et sans doute s'était-il lancé dans une étude approfondie du cadavre que Kanda n'avait pas eu le temps de planquer.
Maudits soient ces chiens… Il lui faudrait désormais redoubler de prudence ; cette fois avait été bien trop proche pour qu'il ne s'inquiète pas un minimum. Ce Hunter… il avait paru surgir de nulle part, invisible quelques secondes auparavant, les rafales de décembre charriant finalement son odeur détestable l'instant suivant. Et sa trajectoire. Kanda ne se targuait pas d'être un expert en pistage cependant, il était certain que le chasseur savait parfaitement où il devait se rendre à ce moment-là. Avait-il été prévenu ? Comment diable aurait-il pu savoir qu'il se trouverait au restaurant à cette heure-ci ? Qu'il trouverait une proie presque par mégarde et qu'il sortirait à sa suite pour se sustenter ?
_ Il va falloir se montrer prudent, tout de même…
Le murmure d'Allen tira le vampire de ses pensées, un étroit rictus maquillant ses lèvres blafardes. Eh bien, finalement, peut-être existait-il bien un mécanisme de transmission de pensées. Yû avala une nouvelle gorgée, ajoutant un mot sur sa grille dans le même mouvement.
_ Figure-toi que depuis le temps, je commence à m'y habituer.
_ D'ailleurs, quel âge as-tu, Kanda ?
Le vampire leva les yeux vers l'albinos qui le regardait d'un air profondément curieux. Il s'étonnait de ne pas lui avoir demandé avant et le nocturne lui-même lui avait dit avoir 23 ans, lorsqu'ils s'étaient rencontrés. Il était bien évident qu'il avait menti, ses connaissances en matière de buveurs de sang n'étaient peut-être pas des plus explicites —il avait fini par comprendre que Twilight n'était en aucun cas une référence en la matière— mais il savait que ces créatures, à défaut d'être véritablement immortelles, vieillissaient extrêmement lentement. Et Kanda semblait bien souvent présenter un savoir-faire et une culture générale sans commune mesure avec son âge physique ; même Lavi ne pouvait rivaliser avec lui, c'était pour dire.
Le brun le dévisagea un moment, puis un sourire ironique étira ses lèvres, se délectant d'avance de la tête qu'allait tirer le Moyashi. Si d'ordinaire, Yû n'attachait pas la moindre importance à ce genre de détail trivial, l'occasion était bien trop belle pour qu'il la manque.
_En comptant ma vie humaine, j'ai eu mes 87 ans cet été.
[1] Les puristes et adeptes reconnaitront sans trop de mal une des célèbres répliques de ce cher Bob Lennon, testeur du net de son état. Je ne pouvais pas m'en empêcher sur ce coup là, dans ma tête, ça sonnait tellement bien.
[2] La rapide métaphore de l'échiquier, je la fais en vite fait pour ceux qui ne seraient pas familiers avec ce jeu (ça m'étonnerait mais sait-on jamais). Si ici, Kanda est la "Reine", ce n'est pas parce que je suis une fangirl en puissance et que Yû en cosplay féminin, ça me fait rêver. Loin de là, même. C'est juste qu'aux échecs, la reine est l'une des pièces les plus importantes et elle est celle qui protège le Roi, la pièce la plus faible du jeu. Quoi de mieux pour faire les parallèles entre lui et Allen?
Je réponds aux reviews des Anonymes et pour ceux que je n'ai pas eu le temps de faire en mp, je m'y mets tout de suite après, je vous le promet.
Black : Avec du café, je peux tout surmonter, y compris des nuits quasiment blanches. D'ailleurs, je suis plus éveillée quand je n'ai pas dormis que quand je dors normalement, payez moi ce super paradoxe. Je suis vraiment une vampire, en fait. Courageuse, ça dépend, je peux me montrer très flemmarde aussi quand l'envie m'en prend (et quelques uns pourraient même en témoigner, tiens) Mais c'est vrai que je me sens un peu coupable de vous promettre des délais sans parvenir à les tenir. Alors bon, je me rattrape comme je peux.
Bah, ne t'en fais pas, toutes mes nuits sont sacrifiées sur l'autel d'internet, de toute façon. Fanfiction est un fléau qui détruit mon sommeil depuis que j'ai un pc portable.
Visiblement, ce chapitre a bien plu, je suis contente que vous l'aimiez, j'espère qu'il en sera de même pour celui ci, bien que fondamentalement parlant, il se passe peu de choses. Hum, Reever qui passe un savon à Kanda, dans le manga, je suis persuadée que c'est possible. Après tout, il sait donner de la voix lui aussi quand il le faut. Mais je pense que Yû a tout de même un minimum de respect pour Reever, c'est ce qui fait qu'ils ne se frittent pas trop entre eux. Ou bien il a pitié de lui parce qu'il doit ramasser les bourdes de Komui.
Ah, non, le vampire hippie, je le préciserais sans doute dans Chroniques Nocturnes, mais ce n'est pas Tiedoll. ^^ Ce cher artiste ne devrait d'ailleurs pas trop tarder à pointer le bout de son nez, il est difficile de parler de Yû sans évoquer Froi.
Les grand-mères sont les pires. On se méfie pas assez des vieux, même dans la vie courante mais faut pas oublier qu'ils ont de la bouteille et encore de la malice à revendre. Et puis, bon, Hev est quand même coincée à l'hosto, il lui faut bien un peu de distraction, pas vrai? Pour une vieille succube, on ne peut pas renier ses origines. ^^
Ils sont en couples, au final, ils ne le savent pas encore, voilà tout. ^^ Et c'est ça que j'adore. Bah, Lavi et Lenalee, que veux tu? Ils agissent comme des adolescents bourrés d'hormones (oh, wait. C'est ce qu'ils sont) mais j'aime bien les rendre clichés à souhait, ça me fait rire et ça me permet de me défouler allègrement sur ces couples qui m'énervent et qui agissent de la sorte. T'es pas obligé de dévorer la tête de ta copine quand tu l'embrasses, hein...
Sautes d'humeur, tout de suite. Il est un peu versatile, c'est tout. Et puis, c'est Komui en face, peut-on blâmer Kanda pour avoir réagit ainsi? Allen lui fait encore confiance, disons que maintenant, il se méfie et réfléchit un peu, avant d'agir. Quoique, la douche est un parfait exemple de non-réflexion.
Dark : Oh, allons, ils ne sont pas si méchants que ça, à l'asile. Maintenant que j'ai pris le contrôle entier de l'hôpital psychiatrique dans lequel j'étais, que j'ai tué tout le personnel soignant, barricadé les entrées et sorties et ai les patients à ma botte, c'est devenu très vivable, je t'assure. On se croirait presque en vacances.
Aha, mais non, voyons je ne prendrais pas la grosse tête, et ça me fera très beaucoup plaisir ça, mademoiselle. ^^ Et je suis persuadée qu'un jour, l'attaque trempette marchera. Si, j'en suis persuadée.
Non, en société, Kanda sait se maitriser un minimum. ^^ Hev n'est pas bizarre, c'est une succube à la retraite et pas une vampire, c'est tout. C'est dans sa nature de vouloir "attraper" tout ce qui bouge.
Ah, non, j'ai mis rating T, alors ça restera sage et innocent. ^^ Quoique, le rating T exclus seulement les descriptions plus qu'explicites, pas vrai? Alors quelques sous entendus, par ci, par là... ^^ Et puis bon, quitte à faire dans le pervers total, je préfère encore écrire sur Allen et Yû plutôt que Lavi et Lenalee.
Oui, c'est ce que je disais à Black ; ce couple là est un peu tout ce dont je me moque dans les couples que je croise dans la vie de tous les jours. C'est un bon défouloir, de leur faire prendre une forme aussi niaise que celle ci. Mais bon, faut se dire que ça ne dure pas toujours, ce bonheur parfait. Et qu'une fois descendue du nuage rose sur lequel elle est perchée, Lenalee risque fort de reprendre les choses en main. Mais les faire virer au cliché total, ça me permet de bien me marrer et de faire réagir Allen par rapport à ça. S'en parler de Kanda.
C'est exactement ça ; le sang des vampires est en dégradation constante, les cellules neuves sont immédiatement "pourries" par leur sang défectueux, ce pourquoi ils ont besoin de boire régulièrement pour remettre à neuf leur système vasculaire. Avec le temps, les molécules de globines deviennent plus longues à se dégrader et ils n'ont pas besoin de boire aussi souvent qu'avant. J'expliquerais tout ça bien à fond dans le bonus à la fin de la fic, de toute façon.
Moi j'aime bien, cette review, et je te remercie du soutien!
O.O.O
Voilà, un nouveau chapitre de bouclé. Pour vous donner une idée, il m'en reste encore une dizaine avant de finalement terminer tranquillement cette petite fic ma foi, fort sympathique. J'ai écrit ce chapitre avec la Bo de The Walking Dead en fond, c'est fou comme les ending sont classes et motivent bien.
Sur ce, jeunes gens, à lundi prochain (on croise les doigts...)
