OS – En Transit

Couple : Edward et Bella
Rating : M
PDV : alterné


PDV Bella

Je détestais toujours autant voyager en avion. Je n'avais qu'à lire et à attendre, moi qui habituellement faisais tout pour ne pas lire et pour ne pas attendre. La masse de gens était impressionnante, j'avais failli annuler mon voyage à cause de cela. Les arguments de Renée avaient été bien choisis, elle me connaissait bien et sans doute avait-elle eu raison de me faire culpabiliser pour que je vienne chez elle passer Noel. J'avais passé trois jours à Jacksonville, sans rien à faire, sans personne à m'occuper. J'aurais dû être satisfaite, Phil avait repris mon rôle de catalyseur de ma mère, c'était lui qui gérait ses lubies et ses oublis depuis six ans maintenant.

L'aéroport de Chicago était immense, je n'y étais pas habituée et forcément le trafic était intense en cette période de l'année. Je me mis à arpenter les galeries commerçantes, je n'y trouvais aucun charme, mais cela m'occupa suffisamment pour ne patienter qu'un quart d'heure avant l'embarquement de mon vol vers Seattle.

Je laissais passer les plus pressés quand l'hôtesse annonça le début de l'embarquement. Les passagers présents dans mon premier vol avaient tous partagé une angoisse, la fermeture du trafic. Une tempête de neige était annoncée pour le soir même et effectivement la plupart des vols après dix-sept heures étaient affichés « annulé ». A une heure près, je me serais retrouvée coincée ici.

Le plus difficile était sans doute les souvenirs que j'avais tentés de repousser au fin fond de mes pensées. Je n'étais jamais venue à Chicago, mais quelqu'un y était né, quelqu'un qui avait fait de moi celle que j'étais dorénavant.

Quand je tendis mon billet d'embarquement, l'hôtesse perdit son sourire et me demanda de la suivre. Sa collègue prit le relais, quelques personnes râlèrent et certains me dévisagèrent méchamment.

« Mademoiselle, votre billet a été annulé il y a un quart d'heure. » m'annonça-t-elle d'un ton très calme.

« Je n'ai rien annulé. »

« Je suis désolée mais il l'a pourtant été. Je vais vous accompagner au guichet de votre compagnie, eux pourront résoudre ce problème. »

« Non ! Je dois prendre ce vol, je dois rentrer aujourd'hui chez moi. »

« Votre billet a été annulé et en partie remboursé. Vous n'aurez pas le temps de prendre ce vol-ci même en rachetant un autre billet. »

« C'est n'importe quoi. » grinçai-je.

Inutile d'argumenter avec elle, elle n'y était pour rien, par contre ces clowns d'US Airways allaient m'entendre. L'hôtesse me guida à travers des couloirs réservés normalement au personnel de l'aéroport puis au bout de quelques minutes, elle me désigna le guichet, me dit au revoir et s'en alla. Je me retournai pour l'observer une minute, avec le petit espoir qu'elle se retourne et me ramène à la salle d'embarquement.

Mon œil capta un mouvement sur ma droite, une couleur inhabituelle qui fit s'emballer mon cœur. D'un geste rageur, je plaquai mon sac contre ma poitrine et l'organe traître, qui ne se réveillait que pour me faire souffrir. Je partis en direction du guichet, décidée à réclamer justice.

« On m'a prévenu, commença un homme un peu maigre et aux cheveux roux. J'ai déjà sorti le mail d'annulation et de remboursement. »

Il me tendit une feuille mais je ne pris pas la peine de la saisir.

« Je veux savoir comment a été fait l'annulation. Il y a peut-être eu un problème informatique ou… »

« Non, ça a été fait par téléphone. » prétendit-il.

« Vous avez le numéro en question ? »

« Non, madame Black, je suis désolé mais votre billet est annulé. En raison des conditions météo des prochaines trente six heures, nous n'avons pas d'autres vols prévus. »

« Puis-je déjà acheter un autre billet pour le prochain départ ? »

Il parut ennuyé mais mon regard noir le motiva à effectuer la transaction.

« Je ne peux pas vous garantir que le vol partira. Il faudra téléphoner à ce numéro quatre heures avant pour avoir une confirmation. »

« Et mes bagages ? »

Il se pinça les lèvres et devait prier pour ne pas avoir à subir un scandale.

« Comme stipulé dans nos conditions générales de vente concernant l'annulation… »

« Où sont-ils ?! » le coupai-je, agacée.

« Dans l'avion. »

Je lui fis signe que j'en avais terminé et m'éloignai vers la sortie. La neige tombait à gros flocons et il n'y avait aucun taxi en vue puisque c'était la zone des départs. Alors que je me dirigeai vers le bout du terminal, une limousine vint se garer à côté de moi et le chauffeur m'apostropha.

« Madame Black ? »

« Oui ? »

Je le vis sortir de la voiture, il était grand et habillé d'un costume impeccable.

« J'ai pour mission de vous emmener à l'hôtel. »

Il m'ouvrit la portière arrière et je ne me posai plus de questions, il faisait froid et j'étais nerveusement épuisée. Quand il se gara vingt minutes plus tard, nous étions face à un hôtel de haut standard mais pas de luxe, ce qui me rassura.

« Si vous avez besoin de mes services, prévenez la réception. Bon séjour. » me lança le chauffeur après m'avoir escortée jusqu'à la réception.

Je dégainai enfin mon téléphone pour prévenir Jacob et lui raconter que mon billet avait été annulé.

« Allo ? »

« Jake, je ne pourrais pas rentrer aujourd'hui. »

« Je sais, je suis désolé que ton vol ait été annulé. Aux infos, ils disent que c'est la tempête du siècle, mais bon, ils disent tout le temps ça. »

« Jake, mon vol n'a pas été annulé, mais mon billet oui. » lui appris-je.

« Quoi ? »

« Quelqu'un annulé ma réservation par téléphone, un quart d'heure avant le décollage. »

« Bizarre. »

« Pourquoi ? Qui t'a dit que mon vol était annulé ? »

« Une femme d'US Airways, elle a dit que tu étais en transit quand ils ont eu l'info. Ils nous ont remboursés et prennent à leur charge l'hébergement. »

J'hésitai à répliquer, clairement on lui avait menti et on m'avait manipulée. La question était : qui était derrière tout ça ? Qui avait donc intérêt à ce que je reste à Chicago, bloquée par une tempête de neige ?

« Tu veux que j'appelle la femme que tu devais rencontrer demain ? » me proposa mon mari.

« Je vais le faire. Je te laisse, je suis arrivée à l'hôtel. »

« Ok, bon courage, ma chérie. »

« Au revoir, Jake. »

J'étais comme assommée par ce que je vivais, rien n'avait de sens. Il me semblait que je n'avais pas du tout le contrôle de la situation et ça ne me plaisait pas du tout. Je n'avais pas été très sympa avec Jacob, il ne le méritait pas. Mais inutile de revenir sur ce sujet, rien de bon n'en ressortirait.

A la réception, on me confirma qu'une chambre avait été réservée pour moi et déjà payée pour trois jours.

En pénétrant dans la chambre, je soufflai un bon coup et tentai de relativiser. Ça ne marcha pas car rien n'était logique, la seule possibilité aurait été qu'une personne cherche à m'éloigner de Forks. Une heure plus tard, j'en étais encore à tergiverser quand on frappa à la porte. Un garçon d'étage me demanda si j'étais bien madame Black puis il me tendit une flopée de sacs de shopping. Face à mon inertie, il entra dans la chambre et déposa tout près du lit, il me dit au revoir et ferma lui-même la porte.

Finalement, je m'approchai des sacs, tous venaient de Zara et H & M, un autre venait de Body Shop. A l'intérieur, j'avais de quoi me vêtir pendant au moins une semaine. Mon cœur commença à tambouriner dans ma poitrine, mon cerveau me hurlait un nom mais ma bouche ne voulut rien dire. Je vidai le contenu des sacs à terre, à la recherche d'un mot, quelque chose qui me renseignerait sur l'identité de mon bienfaiteur ou bienfaitrice, et il n'y avait rien. Je trouvais tout de même les tickets de caisse pour l'échange des vêtements. N'en pouvant plus, je me résolus à exprimer à voix haute mes hypothèses.

« Ça ne peut pas être Alice, elle aurait acheté des vêtements beaucoup plus luxueux et en plus grande quantité. Personne ne sait où je me trouve à part le chauffeur et celui qui l'a envoyé, mais qui l'a envoyé ? Grrr ! Je ne comprends pas ! »

Je me souvins que j'avais un appel important à passer. Mon entretien du lendemain était important et la recruteuse ne cacha pas son mécontentement quant à mon contretemps. Elle éluda lorsque je lui demandai si je pouvais venir la rencontrer à mon retour. Quand je raccrochai deux minutes plus tard, je dus ravaler mes larmes. Quelqu'un tentait de gâcher ma vie et ça semblait bien parti.

Vers vingt heures, la faim me força à sortir de ma chambre, le restaurant se trouvait au troisième étage. Dans une grande salle, une cinquantaine de personnes dînaient joyeusement, au centre de la pièce un immense sapin de Noel trônait. J'avais la furieuse envie de prendre mes jambes à mon cou.

Un serveur me demanda le numéro de ma chambre, cocha sur son registre puis fit signe à un collègue qui m'accompagna à une table. Je commandai rapidement une salade et un steak à point, ainsi qu'un verre de vin blanc. J'avais sérieusement besoin d'alléger mon humeur sinon je n'arriverais pas à dormir.

Après avoir dîné, je retournai à ma chambre puis envoyai lâchement un message à Jacob pour lui dire que tout allait bien et pour lui souhaiter bonne nuit. Il me rappela mais je ne répondis pas, je serrai les poings et attendis. Je me douchai et passai ensuite un long moment à décider quoi porter pour dormir. Il faisait bon dans la chambre et la couette était épaisse, je ne revêtis qu'un shorty et un débardeur.

Le sommeil se fit désirer, je me repassais en boucle ma journée, les au revoir avec ma mère et Phil, l'avion de Jacksonville à Chicago, ma promenade dans les galeries marchandes, l'embarquement raté, le chauffeur, l'hôtel… tout cela ne rimait à rien. .

Vers une heure du matin, ma gorge se noua et je ne pus me contenir davantage, mes larmes glissèrent le long de mon visage, cela m'épuisa suffisamment pour qu'enfin je m'endorme. Le bruit d'une porte me réveilla en sursaut, mes yeux crurent apercevoir une forme au pied de mon lit mais le temps que j'allume la lampe de chevet, la forme avait disparu et je préférai croire que j'avais tout imaginé. Mon cœur, cet infâme tortionnaire, me hurla que cette scène s'était déjà produite, six ans plus tôt environ.

Quand je me réveillai pour de bon, je ne pus croire qu'il était neuf heures. Dehors, le ciel était gris foncé, la neige continuait de tomber et la ville semblait endormie. Puis je sentis une odeur que j'avais pourtant oubliée, une odeur qui me rappela que je n'étais plus vraiment vivante. Je ne faisais que survivre, telle un automate, j'attendais la vie ou la mort et dans les deux cas, l'attente était insupportable.

Un coup discret me tira de ma réflexion, je ne répondis pas. Je n'étais pas habillée, je ne voulais parler à personne. La personne insista.

« Qui est-ce ? »

« Le service d'étage, votre petit-déjeuner. »

Je n'avais rien demandé, rien commandé, quelqu'un avait encore décidé pour moi. J'ouvris la porte en grand, mon regard lançait des éclairs et le serveur ne s'attarda pas sur ma tenue, il posa le plateau sur le bureau et s'enfuit.

J'étais tentée de téléphoner à la compagnie aérienne, avec un peu de chance, il y aurait des vols aujourd'hui, mais le décor extérieur ne me laissait pas d'espoir. J'allumai la télévision, ignorant toujours le petit-déjeuner copieux qui m'était destiné.

Je me sentais oppressée, rien n'allait, rien n'était sous mon contrôle et les rares fois où je m'étais sentie aussi mal, ça s'était conclu par un séjour à l'hôpital parce que je m'étais acharnée à détruire un mur, mon lit, ma camionnette, un ordinateur puis un autre.

Depuis trois ans, depuis que je m'étais mariée, j'avais remplacé la violence par une obsession pour l'ordre. Les premiers mois, j'avais rendu Jake dingue, puis il avait compris, mais pour cela il avait fallu lui montrer l'autre alternative. Je vivais selon des rituels ridicules qui ne servaient qu'à me prouver que j'avais le contrôle total sur ma vie.

Avant, je n'avais fait qu'obéir, céder et m'oublier, et ce depuis la fin de mon enfance. J'avais été bonne élève sous pression de mes parents, asociale pour ne pas devenir une délinquante, adulte pour aider ma mère, femme de ménage et cuisinière pour mon père, et après un long passage à vide, j'étais « tombée amoureuse » du bon garçon, celui qui plaisait à mon père, celui qui était loyal, celui qui voulait me guérir.

En voyant ce plateau de petit-déjeuner richement garni, je ne faisais que voir mon échec et je ne pus pas le supporter. Je laissai exploser ma rage, mon désespoir, ma douleur et ma peur. Le plateau s'écrasa contre un mur, le bureau fut renversé ainsi que la chaise. J'arrachai les câbles du téléphone, balançai les oreillers, brisai le grand miroir en face du lit, je jetai à terre la télévision. Cela me calma à peine, mon regard se porta alors vers la fenêtre et le calme revint peu à peu, la solution que j'avais pourtant promis d'oublier était là, face à moi. Huit étages de chute libre. Ressentirai-je la même poussée d'adrénaline que lorsque j'avais sauté d'une falaise de la Push ?

J'ouvris la porte fenêtre puis reculai pour prendre de l'élan. Il fallait que je décide simplement entre sauter par dessus le rebord du petit balcon et me laisser basculer. Je fermai les yeux et me mis à courir.

PDV Edward

Je sortis immédiatement de ma chambre et une seconde plus tard je la bloquai avant qu'elle ne parvienne jusqu'au balcon. Son corps tapa durement contre le mien et je dus la rattraper pour qu'elle ne tombe pas en arrière. Ses yeux restèrent fermés puis elle tenta de se balancer en avant. Quand elle comprit qu'elle avait un obstacle inattendu, son corps se révolta et elle se débattit.

« Bella ! Arrête ! » lui intimai-je.

Elle se figea aussitôt, ses yeux me transpercèrent. Que voulait-elle faire ? Pourquoi avait-elle saccagé la chambre ? Alice m'avait téléphoné une minute plus tôt pour me prévenir que Bella allait se mettre dans une colère noire mais je n'aurais jamais pu croire que cela atteindra un tel niveau de rage.

« Tu… tu es vraiment là ? » me demanda-t-elle, les yeux grand ouvert.

« On dirait bien. »

J'avais envie de lui dire plus, lui dire que si j'étais là c'était pour la voir sans qu'elle ne le sache. Bella n'osa plus me regarder, ses mains enserrèrent automatiquement son torse et elle respira par à-coup comme pour tenter de reprendre le contrôle de ses émotions.

« Qu'est-ce que tu fais là ? » voulut-elle savoir, sa voix rauque.

« Il fallait bien quelqu'un pour t'éviter de démolir entièrement cette chambre. » tentai-je de plaisanter.

« Tu as accompli ta mission, tu peux partir. »

Elle recula vers le lit puis regarda avec regrets la fenêtre encore ouverte. J'allais la fermer et tirai les doubles-rideaux.

« Pourquoi tu as saccagé cette chambre ? »

« J'avais besoin de distractions, tu sais ce que c'est. » ricana-t-elle méchamment.

Elle avait insisté sur le mot « distractions », mon humeur se gâta au souvenir des mots que je lui avais dits en la quittant.

J'entrepris de ramasser les meubles puis les morceaux de verre tandis que Bella alla s'enfermer dans la salle de bains. L'oreille tendue sur ses moindres gestes, je rangeai les vêtements dans la penderie et déposai tous les débris en tas près de la porte. Elle ne bougeait pas dans l'autre pièce mais au moins respirait-elle plus régulièrement, c'était bon signe. J'hésitai à rester et à l'attendre, clairement elle n'était pas ravie de me revoir. J'avais un millier de questions à lui poser, je crevais d'envie de la regarder enfin avec mes yeux, je brûlais de la toucher.

« Pourquoi tu es seule, pourquoi il n'est pas venu ? » lui demandai-je en m'adossant contre la porte de la salle de bains un quart d'heure plus tard.

« Beaucoup de travail, et puis il n'aime pas trop Noel. » répondit-elle en soupirant.

« Pourquoi ? »

« Pourquoi es-tu si curieux ? » me dit-elle agacée.

« Je le suis, c'est tout. »

« Sa mère est morte juste avant Noel quand il était gamin, ensuite son père a cessé de le fêter. »

« Et tu es mariée depuis quand ? »

« Trois ans. Laisse-moi maintenant. »

« Je suis dans la chambre à droite de la tienne. Si tu as besoin de - »

« Je t'ai dit de me laisser. » répéta-t-elle durement.

Je quittai la chambre et regagnai la mienne. Je contactai la réception pour les prévenir de ne pas s'inquiéter pour Bella et de ne pas la déranger. Puis je m'allongeai sur mon lit et me repassai en mémoire les dernières vingt-quatre heures.

C'était le hasard, la destinée, les Parques ou peut-être dieu qui avait voulu que Bella transite par Chicago. J'y étais pour renouveler l'héritage en ma faveur de la maison de mes parents, détail à régler tous les cinquante ans environ. Je n'étais retourné vivre avec ma famille que depuis un an mais dès que je devais me déplacer, Alice et donc Jasper me suivaient. Elle m'avait juré ne rien avoir vu plus tôt, Bella allait atterrir à Chicago et y rester trois heures avant de reprendre un vol en direction de Seattle. Je ne l'avais pas revue depuis près de cinq ans, et bêtement je m'étais cru suffisamment fort pour vouloir ne serait-ce que l'apercevoir.

Après l'avoir quittée pour son bien, j'avais traqué Victoria qui m'avait baladé quelques temps puis j'avais compris qu'elle était retournée à Forks. Alors tout en restant loin des guerriers Quileute, j'avais moi aussi tenté d'arrêter le vampire. Le jour de sa mort, Victoria avait été plus loin dans les terres Quileute, elle s'était enfuie et avait plongé dans l'océan. Elle ne m'avait pas repéré, moi-même dans l'eau, j'avais vu en même temps qu'elle quand Bella s'était jetée d'une falaise. Alors que je nageais à toute vitesse vers mon amour, un loup avait muté, Jacob avait plongé à son tour dans l'océan et avait ramené Bella sur la rive. J'avais entendu ses pensées, j'avais eu la preuve que Bella était vivante.

Victoria avait hésité trop longuement à attaquer Bella et Jacob, et je l'avais prise par surprise. Je lui avais arraché la tête puis transporté son cadavre plus au nord sur la cote et enfin l'avais brûlé. Je n'avais plus revu plus Bella ensuite.

Quand à l'aéroport, j'avais perçu son odeur avant même de la voir, j'avais compris que je ne pourrais pas me satisfaire de quelques heures l'observer. J'avais pris peur quand la porte d'embarquement pour son prochain vol s'était affichée. Mon plan s'était formé en un instant. J'avais téléphoné à la compagnie et annulé le vol, la femme qui avait traité ma demande avait eu du mal à trouver la réservation qui était en fait au nom de d'Isabella Black et non Isabelle Swan. Mon cœur mort s'était réveillé et j'avais accueilli la douleur avec amertume.

Après l'annulation, j'étais parti du terminal et avais ensuite commandé la voiture, il n'y avait que des limousines de disponibles, je savais que cela la gênerait mais je n'avais pas pu faire plus sobre. J'avais réservé nos deux chambres d'hôtel et y étais arrivé dix minutes avant elle. Deux billets de cent dollars m'avaient garanti la discrétion du responsable de la réception, Mme Black devait ignorer qui payait.

Je l'avais observée durant le dîner, à travers les pensées d'un homme d'affaires assis à deux tables d'elle. J'avais ensuite guetté son sommeil pour me glisser dans sa chambre et réveiller en moi la culpabilité de l'avoir trahie et quittée.

_oOo_

Vers midi, Bella sortit de sa chambre et se rendit au restaurant, là encore je l'observai depuis les pensées d'une tierce personne. Elle passa deux appels mais je ne pus en saisir la teneur. Elle revint moins d'une demi-heure plus tard, au lieu de se rendre dans sa chambre, elle entra dans la mienne sans frapper.

« Pourquoi tu as fait ça ? » dit-elle d'une voix blanche.

Je me relevai du lit et me plantai face à elle à toute vitesse.

« De quoi parles-tu ? Je suis resté toute la matinée ici. » me défendais-je lâchement.

« Je viens d'appeler la compagnie aérienne, ils ont fait des recherches et apparemment mon mari aurait annulé ma réservation. »

« Pourquoi Jacob a fait ça ? »

Ça n'était sans doute pas la meilleure tactique, la vérité était que je n'avais pas réfléchi à mon plan jusqu'au bout.

« Arrête de me prendre pour une imbécile ! »

« Bella, je suis désolé, je voulais juste avoir l'occasion de te voir et de savoir comment tu allais. »

« Tu avais promis ! »

« Je sais, pardonne-moi. »

« Aujourd'hui, j'avais un rendez-vous très important. Un job tellement plus intéressant que le mien, un job qui m'aurait permis de sortir de mon trou aux archives du comté. »

« Désolé. »

« Tu agis toujours ainsi, en fourbe, égoïstement, tu ne t'es même pas soucié des conséquences de ton petit jeu. » lâcha-t-elle en reculant vers la porte, tentant de ne pas pleurer.

Je la revoyais enfin telle que je l'avais connue et aimée : indépendante et fougueuse. Elle venait de laisser tomber son masque, j'avais vraiment cru qu'elle m'avait rayé de sa vie, mais non.

« Tu as raison. » avouai-je.

Je m'approchai d'elle et cette fois-ci elle ne recula. Elle ne repoussa pas ma main, et quand je pris en coupe son visage ses larmes coulèrent doucement.

« Edward, ne me fais pas de mal, je t'en supplie. »

Elle garda les yeux fermés, ses traits étaient détendus, elle ressemblait à un martyr jeté dans la fosse aux lions mais serein et fidèle à sa foi. A quoi pouvait-elle bien penser ?

« Jamais plus je ne te ferai de mal. » lui promis-je.

Je ne savais pas ce que je disais, je devais partir et ne plus la blesser, je devais rester et la protéger. Je ne savais plus mais mon corps, lui, décida pour moi.

Mon visage descendit vers le sien, mes lèvres attirées par les siennes, son souffle chaud et sucré annihila tous mes arguments. Tout ce que j'avais bâti en cinq ans, tout ce que j'avais voulu croire comme acquis, tout s'effondra pour laisser la place à ce sanctuaire d'amour que je lui avais dédié. Je n'avais jamais cessé de l'aimer, j'avais voulu me convaincre que la voir ne serait pas une mauvaise chose, qu'après je pourrais peut-être continuer ma vie sans souffrir autant.

Notre baiser me libéra et sonna le glas de mes mensonges, je ne pouvais pas rester muet plus longtemps. Tant pis si elle me repoussait, tant pis si elle en avait aimé un autre, tant pis si elle retournait vers lui. Je n'en pouvais plus de vivre en me posant cette éternelle question « Et si je ne l'avais pas quittée ce 16 septembre 2007 ? »

Bella entrouvrit sa bouche pour aspirer un peu d'air sans pour autant rompre notre baiser. Elle s'enhardit soudainement et passa ses mains autour de mon cou, elle n'aurait pas pu me forcer à me coller contre elle si je ne l'avais pas voulu, et dieu comme je le voulais. A cet instant je me sentais plus fort que jamais, capable de résister à son sang même dans le feu de la passion, capable de faire taire le monstre en moi.

« Dis-moi que tu me veux, Bella. » osai-je.

Elle ne répondit pas, à la place d'autres larmes coulèrent et je me fustigeai pour mon manque de tact.

« Je t'aime, Bella, je n'ai pas cessé de t'aimer. » lui jurai-je en collant mon front contre le sien.

Elle se brisa, ses pleurs redoublèrent, son corps entier n'était que souffrance et désespoir à cause de moi. Mais moi je m'abreuvais de l'eau salée, je me réchauffais au feu de ses joues.

« Je n'ai plus la force de rester loin de toi. » lui soufflai-je.

« Tu es parti, tu as choisi pour nous… » hoqueta-t-elle avant de pleurer de plus belle.

Je la guidai doucement pour nous asseoir sur le lit.

« Je sais, je suis désolé. J'ai cru bien faire, je voulais que tu aies cette chance de vivre une vie normale, d'avoir des enfants, d'être heureuse. »

« J'ai essayé… Je n'aime pas ma vie, je ne suis pas heureuse. Je t'aime encore. Toute ma vie j'ai fait ce que l'on attendait de moi… »

« Tu es la personne la plus forte que je connaisse. »

« Je n'en peux plus, Edward. Tue-moi ou fais-moi tienne. » me dit-elle avec force avant d'écraser sa bouche sur la mienne.

Je la laissai m'allonger sous elle, mes mains restèrent sagement sur ses hanches, je ne pouvais plus rien lui imposer.

Jamais nous n'avions partagé de baiser aussi sensuel, aussi urgent, aussi passionné. Son corps se moula contre le mien, je sentis l'odeur divine de son excitation et elle dut sentir mon érection contre son ventre.

« Efface-le de mon corps… » murmura-t-elle.

Je la regardai sans comprendre, puis ses mots s'inscrivirent dans mon cerveau : efface-le, lui, Jacob Black, celui qu'elle avait choisi pour me remplacer.

« Je n'ai pas le droit d'être jaloux. » gémis-je.

Bella m'enlaça, collant son corps mince et chaud au mien trop froid. Elle posa des baisers légers sur mon visage, rien n'aurait pu être plus doux. Je crus que son désir s'était mué en élan de tendresse, je me trompais, comme souvent avec elle.

« Sois jaloux, Edward, je te veux fou de rage car il a posé ses mains sur moi, il m'a déflorée, c'est lui qui a découvert mon corps nu avant toi. Sois jaloux, venge-toi de lui et de moi ! »

Ses ongles cherchèrent à briser la peau de mes mains tandis que Bella les guidait vers sa poitrine.

« Je veux que tu effaces jusqu'à son nom dans ma mémoire, Edward. Je veux oublier tout ce qui n'est pas toi. »

« Bella, mon amour, j'ai été si stupide. »

Elle rit amèrement et passa son pull par-dessus sa tête.

« Ne pense pas à ça, mets-toi en colère contre moi, je n'aurais pas dû douter, et j'aurais dû t'attendre ! »

« Je ne peux pas t'en vouloir, mon amour. » me révoltai-je.

Je ne faisais qu'attiser son agacement, de son côté elle s'obstinait à vouloir me faire réagir violemment. Son corps presque nu m'empêchait de réfléchir logiquement, de prendre du recul et d'analyser la situation.

« Edward ! Je veux que tu me possèdes, que tu le cries, que tu m'interdises de quitter tes bras. » exigea-t-elle encore.

Je la serrai contre moi puis l'embrassai fiévreusement, je la forçai à ouvrir ses lèvres et ma langue goûta la sienne. Son cœur battait à tout rompre, son souffle était court et son corps tendu me réclamait.

Jamais elle n'avait été aussi désirable, excitante, suppliante. Le monstre qui avait autrefois convoité son sang se focalisa sur ce corps souple et chaud. Mes mains malmenèrent quelque peu son ventre, ses bras, ses cuisses, ses fesses, emmêlèrent ses cheveux, agacèrent son centre humide.

« Quand as-tu joui pour la dernière fois ? » osai-je lui demander.

Je ne pouvais plus caché que oui, j'étais jaloux de l'autre, jaloux du plaisir qu'elle avait connu entre ses bras à lui, jaloux et j'en avais le droit, elle me l'avait dit.

« Une semaine avant ton départ. » répondit-elle, les yeux mi-clos.

Je mis quelques secondes à comprendre sa réponse.

« Il n'a pas su ? »

« Je n'ai pas pu… il n'y avait que toi… »

Elle se recula un peu, son regard noirci me sonda, et le monstre grogna aussitôt du manque de son corps.

« Une semaine avant ton départ, je t'ai demandé de venir plus tard ce soir-là, je t'ai dit que Charlie voulait passer du temps avec moi. »

« Je m'en souviens. »

Quand j'étais arrivé dans sa chambre, Bella avait tenté de m'embrasser sans restreindre sa fougue et je l'avais repoussée au bout de quelques minutes.

« C'était faux, j'avais besoin d'évacuer ma frustration, avoua-t-elle sans rougir. Je me suis allongée sur mon lit et je me suis caressée. J'ai dû faire ça si souvent à cause de toi, j'imaginais tes mains sur ma peau, tes mains impatientes qui m'auraient déshabillée puis explorée. J'imaginais ta langue froide se perdre entre mes cuisses. »

« Bella. » soupirai-je de frustration, comme avant, sauf qu'aujourd'hui elle ne se tut pas, elle ne voulait plus se cacher et mentir.

« J'imaginais ton corps nu, j'imaginais ton sexe contre mes cuisses, contre mes fesses et mes seins, dans ma bouche, en moi… j'ai brûlé de désir pour toi dès le début et je n'osais pas te le dire. »

« Moi aussi, si tu savais, moi aussi je t'ai voulue comme ça. »

« Je te veux toujours autant, maintenant. »

Elle descendit du lit et face à moi, elle ôta les derniers remparts sur son corps. Elle me laissa me repaître du spectacle que m'offraient ses seins dressés et son sexe luisant. Puis elle me tendit les mains et ce fut à genoux que je la rejoignis. Mes mains caressèrent son ventre puis écartèrent un peu ses cuisses avant de s'ancrer sur ses hanches. Ma bouche embrassa son nombril puis descendit lentement vers sa toison douce. Avec ma langue, le plus doucement possible pour moi, j'explorais son antre, je titillais son bouton de nerfs, je lapais le nectar qui s'écoulait de son sexe. Bella soupira et son corps tout entier se mit à trembler tandis qu'elle gémissait de plus en plus fort. Mes mains serrèrent plus fort ses hanches, je l'empêchais de tomber tandis que je m'acharnai à la lécher au plus intime de ses replis.

Son orgasme la laissa pantelante et sans voix, ses mains, elles, ne me permirent pas de m'éloigner.

« Fais-moi l'amour et mords-moi, je t'en supplie. »

« Et ta famille ? plaidai-je. Il faut réfléchir à une histoire, à… »

« Non ! »

« Ils vont te chercher, ils ne comprendront pas. Ils sauront que c'est moi qui aie annulé le vol ou… »

« Edward ! »

Elle prit mon visage entre ses mains et me regarda durement.

« J'ai dit non ! On s'en fiche des autres ! Je ne veux plus être humaine, je ne veux plus être Bella Black ou même Bella Swan. Je veux juste être à toi, sans nom et sans autre but que d'être entre tes bras. » me déclara-t-elle avec ferveur.

J'acquiesçai, trop ému pour formuler une réponse, j'étais émerveillé, impressionné, admiratif envers cette femme. Combien de fois l'avais-je sous-estimée, combien de fois lui avais-je menti ou avais-je juste omis la vérité ? Je pensais alors à ma petite humaine, elle était déjà une femme forte et elle avait en elle ce feu ardent que j'avais pris autrefois pour une étincelle.

« Peux-tu me mordre dans le cou ? Je veux la même cicatrice que toi, fais-le quand je jouirai. » me dit-elle en écartant ses jambes pour m'accueillir.

Je perdis la tête à l'instant où mon sexe s'enfonça dans le sien. Je n'aurais jamais pu croire cela possible, c'était trop bon, trop chaud, trop humide, trop… trop…

Je me plongeai dans le regard de Bella, tout aussi noir que le mien, et lus sur son visage le même plaisir que je ressentais. Nos bassins se rencontraient dans un claquement délicieux, je dosais la puissance de mes coups de rein, alors que le monstre me hurlait de plonger en elle plus fort. Je me souvins soudain d'une pensée anonyme et de l'image obscène associée Je soulevai une jambe de Bella et la posai sur mon épaule, elle gémit plus fort quand mon sexe buta encore plus profondément.

Je voulais vraiment prolonger ces instants, le monstre en décida autrement et je ne pus qu'être d'accord avec lui. Malgré moi, l'envie pour son sang revint en force après toutes ces années. J'avais hâte de la faire jouir et de pouvoir goûter son essence de vie, hâte aussi qu'elle devienne un vampire comme moi, hâte de passer mon éternité avec elle.

Son cœur me donna le signal ce qui ne fit qu'accroître mon propre plaisir. Bella était au bord de l'orgasme, son souffle était devenu erratique et ses mains empoignaient fortement mes bras. Je la pénétrais encore plus vite en elle tout en lui jurant que je l'aimais et que je l'aimerais toujours. Elle accusait mes coups en clamant qu'elle était à moi, pour moi, avec moi pour toujours.

La jouissance fut double pour moi, à peine Bella atteignit-elle le point culminant de son plaisir que je plantai mes dents dans la chair tendre de son cou, à l'orée de ses cheveux. Elle tomba ensuite inanimée, son visage grimaçant mais muet.

Durant les trois jours que durèrent sa transformation, cachés dans la même ferme où Carlisle m'avait emmené en 1918, je lui dis que je l'aimais.

FIN


J'espère que cet OS vous a plu, à bientôt.