C'est ainsi que Léonardo se retrouva dans une situation très similaire à celle qu'il avait de toutes ses forces tenté d'éviter.
Certes, il y avait des différences positives. Il n'avait plus à se cacher et roder la nuit de chambre en chambre. Ses frères lui laissent amplement le temps de reprendre des forces. Il était même maintenant maintenu dans l'excès contraire, Donnie lui prescrivant un repos forcé.
Étonnamment, malgré le fait qu'il ne ressentait qu'une douleur minime, le docteur de la famille continuait à lui mettre sous le nez des radiographies prouvant que ses os n'étaient pas entièrement ressoudés. À chaque fois, Donnie tenait de deux mains la feuille plastifiée noirâtre et la montrait à Léo comme un enfant tout fier montre un dessin à ses parents... Et Léo voyait bien que cela indiquait qu'il n'était pas guéri.
Allongé dans son lit, la tortue à la peau de jade n'avait rien d'autre à faire que de réfléchir avec quelle subtilité ses frères avaient réussi à le faire céder de nouveau.
Les premiers jours, Léo avait trouvé l'insistante de ses frères à s'occuper de lui un peu aliénante. Ils étaient tous le temps sur son dos, à lui demander ce qu'il voulait, ce qu'ils pouvaient faire pour lui, et c'était agaçant !
Puis, peu de temps après l'épisode de leur nuit à 4, leurs soins attentionnés avaient commencés à prendre une nouvelle teinte aux yeux de Léo. Il se sentait désormais plongé dans une bulle de béatitude... Ses frères avaient d'ailleurs cessés de réclamer du sexe, et pourtant ils continuaient à l'entourer d'une sollicitude tendre, comme pour lui prouver que même sans relations sexuelles, ils pouvaient être aimables et prévenants.
Léo soupira et ses yeux cherchèrent machinalement une horloge, mais comme d'habitude, il n'y en avait pas. Aucun moyen de savoir l'heure. Était-ce la nuit ou le jour ? Léo n'en avait aucune idée. Il savait qu'il avait dormi, peut-être deux ou trois heures ? Pas une nuit complète en tous cas. Enfin si c'était la nuit. Il chercha à se rendormir, mais fut perturbé par ce qui semblait être des éclats lointains d'une dispute. Les voix étaient trop éloignées pour arriver à les identifier, mais il comprit des brides ;
« ...Malade d'attendre... »
« ...Passer à la phase B... »
« ...Trop lent... »
« ….pas assez souvent... »
« ...plus de patience... »
Le reste n'était que chuchotis.
Léo voulut se lever pour déterminer ce qu'il se passait et s'assurer que cela n'était pas un rêve. Il repoussa les draps blancs et se redressa, mais presque aussitôt, la porte s'ouvrit et Donnie entra dans la pièce avec un sourire maternant.
-Tu n'as pas assez dormi Léo, pourquoi veux-tu te lever ? Laisse moi te border.
Léo fronça les sourcils, sentant confusément que quelque chose n'allait pas. Il se laissa recoucher trop perturbé pour réagir tout de suite, mais, alors que Don remontait les draps sur son corps, le regard azur s'attarda sur la télé juste en face de lui et là...
Léo comprit. La caméra dans sa chambre devait fonctionner à double sens. Il était surveillé.
Tout le temps.
Une fois de plus, Léo fronça les sourcils. Pourquoi était-il surveillé de si prés ? Il était blessé, mais eux tous l'avaient été beaucoup plus gravement dans le passé, sans susciter autant de précautions.
Donatello semblait avoir un sixième sens pour déterminer quand l'inquiétude prenait, chez Léo, le pas sur le ravissement d'être autant choyé. Il entamait aussitôt un processus de dédramatisation, en lui proposant une activité simple mais distrayante comme une partie d'un quelconque jeu de société.
Ni Raph, ni Mikey, ni Donnie n'avaient reparlé de leur moment d'intimité partagé. C'était comme si, analysa Léo, ceux-ci attendaient que lui-même ramène le sujet. Depuis le matin où il s'était éveillé enlacé par toute sa fratrie et couvert de sperme séché, Léonardo jouait la prudence et faisait comme si rien ne s'était passé. De toute évidence, certains de ses frères, il ne savait lequel ou lesquels précisément, commençaient à s'impatienter.
Si Léo ne parlait pas de sexe, alors personne n'en parlait, et la chose ne se reproduisait pas. Et la période de chasteté devenait, apparemment, trop longue.
Michelangelo fut le premier à décider de réagir, et il sortit l'artillerie lourde.
Le benjamin s'était mis à outrageusement gâter l'aîné de la fratrie, tout d'abord, en lui cuisinant tous ses plats favoris avec amour. Puis, un soir, les cadeaux étaient arrivés.
Au départ, ce n'était que des BD ou les chocolats préférés de Léo, puis se fut des objets nettement plus rares et dispendieux.
Pour commencer, Léo reçut une collection d'estampes érotiques japonaises, ce qui le plongea dans un grand embarras. Rouge comme une pivoine, il se souviendrait toute sa vie de la gêne qu'il ressentit quand son petit frère le plus innocent lui avait offert, tout sourire, un cadeau aussi érotisé.
Ensuite, des objets de jade, de porcelaine ou d'argent et même, à sa grande horreur des objets en carapaces de tortue, tous rarissimes et certainement hors de prix.
L'insistance de Mikey à lui rapporter des objets non désirés rappela étrangement à Léo celle d'un chat rapportant des souris mortes à son maître. Mikey ne comprenait pas le dégoût de Léo, qui provenait tout simplement de la nature des objets, quoique la plupart furent magnifiques, et de leur provenance, car nul doute que son benjamin volait les objets en question. Pour lui plaire. Sa chambre ressemblait de plus à plus à la caverne d'Ali-Baba et des quarante voleurs.
Il essaya plusieurs fois d'en parler doucement, puis fermement à Mikey, mais les mensonges coulaient intarissablement de la bouche de la tortue orange.
Finalement, il le confronta plus durement, le jour où Mikey lui offrit un antique ensemble à fumer de l'opium, sous prétexte que Léo, toujours trop stressé, devait s'y mettre.
Les poings serrés, le regard crispé, Léo tâchait tant bien que mal de prendre la voix du grand-frère et du leader qu'il avait jadis été :
-Je ne veux plus que tu me rapportes quoique ce soit. Je ne crois pas que tu trouves ces objets sur le pas de notre porte et je refuse tout autant que tu commettes des crimes et que tu risques ta vie en plus de ton intégrité dans le seul but de me rapporter des babioles dont je n'ai aucun besoin.
Les yeux de Mikey se remplirent d'eau. Sûrement des larmes de crocodiles, mais Léo ne put s'empêcher d'être touché. Son plus jeune frère lui reprocha amèrement le fait qu'il « ne l'aimait pas du tout comme lui l'aimait et même, l'aimait moins que leur deux autres frères ».
Le cœur de Léo se serra en entendant cela. Il n'avait pas voulus faire de la peine à son frère le plus innocent, et il ne put s'empêcher de le prendre dans ses bras et de l'embrasser pour sécher ses pleurs. Voir Mikey essayer désespérément de lui plaire était une chose, le voir triste en était une autre...
-S'il te plaît, calme toi...
-Comment veux-tu que je me calme, répliqua Mikey entre deux sanglots, quand ne me montre jamais que tu tiens à moi !
Léo tenait fermement Mikey dans ses bras et lui embrassa la tempe. Il contempla les yeux gorgés d'eau du plus jeune et ravala difficilement sa salive alors qu'une pensée dangereuse lui traversait l'esprit.
C'était juste du sexe. Si ça pouvait permettre à son frère d'aller mieux... Pourquoi pas ? Léo y prendrait son pied aussi et puis... Il pouvait toujours exiger quelque chose en contre partie.
-Si tu me promets de ne plus voler, je te prouverais que je t'aime, annonça-t-il avec lubricité.
Naturellement, dans le repaire, rien ne pouvait demeurer secret bien longtemps. Lorsque Raph et Donnie eurent vent que le benjamin avait couché avec l'aîné ils prirent un numéro.
Et Léo se retrouva dans la situation qu'il avait voulu à tous prix voulu éviter.
En plus, de la relative liberté d'accepter ou non les rapports sexuels, la nouveauté était aussi que Léo ne se trouva plus seulement passif sur le dos. Donnie se laissait prendre lorsqu'il le devinait lassé de cette position.
Léo avait aussi remarqué que ses frères frappaient à la porte avant d'entrer et lui demandaient s'il voulait de la compagnie et prenaient soin d'espacer leur visite.
Sa vie était réellement celle d'une odalisque : manger, se divertir, dormir, mariner dans un bain chaud et faire l'amour composaient toute sa journée.
Par contre, il avait les inconvénients d'une vie de harem. Il n'était pas libre. La dernière fois qu'il avait été à la surface (lors de sa capture) remontait à ce qui lui apparaissait plus de deux mois. De même, son entraînement, que Raphael supervisait, était très léger. D'ailleurs aucun de ses frères ne semblaient plus prendre l'entraînement à cœur, même la tortue rouge.
Pourtant, Léo aurait juré que la masse musculaire de Raph et Mikey avait augmentée de près de 40%. Raphael, qui avait toujours été d'une musculature affirmée, était désormais un mastodonte.
Léo comprit que quelque chose clochait vraiment quand il s'aperçut que son cadet immédiat était désormais plus grand que lui d'environ un décimètre. Pourtant, à leur âge, leur croissance devait être terminée, non ?
Il n'avait pas été à la surface depuis des lustres, et même, il n'avait même jamais quitté le triangle des Bermudes qu'étaient sa chambre, sa salle de bain et le Dojo, depuis la même occasion. En plus, ils ne semblaient plus recevoir aucune visite. Ni Casey, ni April ne s'étaient montré depuis la tentative de suicide de Raph.
Léo n'avait plus mal nulle part, et il se sentait relativement bien, à part pour des nausées et une hypersensibilité, pourtant Don persistait à le couver et le gaver de pilules. La tortue de jade continuait à ne pas toutes les prendre. Il en prenait au minimum une par jour, craignant que Don ne s'aperçoive de quelque chose.
L'inaction et le manque de liberté lui pesait, et ce malgré toute la passion de Raphael, l'admiration de Mikey et la tendresse de Donnie. Il se mit, entre les nuits torrides et les journées de câlineries, à chercher un moyen de briser ce cercle. Peut-être que c'était de la paranoïa dut à son long exercice du leadership, mais il ne pouvait s'empêcher de se dire que ses frères tramaient quelque chose. Seulement le verrou toujours à la porte aurait suffi pour mettre la puce à l'oreille à n'importe qui.
Comment, sans s'entraîner, Mikey et Raph prenaient-ils de la masse ?
Pourquoi Léo ne pouvait plus se promener dans le repaire même où pourtant il n'avait nul danger ?
Pourquoi ses frères persistaient-ils à le traiter en créature fragile ?
Et surtout : Combien de temps la situation allait-elle durer ?
Léo était malade de toutes les restrictions qu'on lui imposait, dissimulées sous un rideau de sollicitude et d'amour. Il se mit à essayer à reprendre pied dans la réalité, cherchant à retrouver des repères temporels afin de déterminer la routine de ses frères et ainsi, prévoir leurs allers-venus.
Un soir sur deux, deux de ses frères sortaient, laissant Léo sous la garde du troisième, respectant toujours un principe d'alternance. Il n'avait pas d'heure, les émissions d'actualités étant bannies des chaînes de sa télévision, mais, délaissant les films, il se mit à observer quelle émission passait lors du départ de ses frères et combien passaient avant leur retour. De même, il avait subtilement collectionné plus de 70 comprimes de peu importe ce que Donnie lui donnait. Il devinait qu'un de leur effet secondaire était la somnolence.
Il décida qu'en donner trois à Mikey serait suffisant pour le mettre KO, le temps qu'il fasse au moins le tour du repaire. Il ne voulait pas lui faire du mal, en lui en donnant trop.
Léo avait avait donc réussit à élaborer son plan. Bien que sa chambre fût sous surveillance, la salle de bain ne l'était pas. Il en était presque certain puisque, de un : il ne pouvait croire que ses frères respectent aussi peu son intimité et de deux : quand il se masturbait dans la salle de bain, aucun de ses frères n'arrivait comme « par hasard ».
Ainsi, droguer Mikey, faire semblant de prendre un bain et en réalité fouiller le repaire devait être réalisable.
Ce soir-là, Raph et Donnie mirent leur équipement. Léo se mit à penser encore combien la stature de la tortue aux saies était devenue imposante. Celui-ci se tourna vers lui, bouclant sa ceinture autour de ses hanches musclées.
-Tu veux quelque chose de spécial, Léo ? Demanda-t-il avec un ton très doux et un sourire bienveillant.
C'était habituel, aucun d'entre eux ne sortait sans demander à Léo si celui-ci avait un caprice qu'ils pourraient combler. Habituellement, il ne réclamait rien, mais ce soir c'était différent. Demander quelque chose cette fois-ci pourrait prolonger l'absence de ses frères et donc être profitable à sa propre expédition.
-En fait, oui, j'aimerais quelque chose...
Raphael hocha la tête et Léo demanda donc une liste de quelques objets, prenant soin de ne pas trop en ajouter, afin de ne pas élever la suspicion ; il réclama principalement de nouvelles variétés de thé et d'encens.
Raphael sembla satisfait de sa réclamation, comme si faire plaisir à Léo était devenu l'alpha et l'oméga de sa vie. Il sourit ardemment et termina de renouer son bandana rouge en annonçant :
-Tes désirs sont des ordres, Takara.
Léo laissa échapper un petit rictus. Depuis quelques temps, ses frères lui donnaient ce surnom, surtout Raphael, que Léo jugeait horripilant par sa consonance féminine. Il ne savait ce qu'il y avait de pire entre cette appellation et l'exagéré « Maitre ».
« Takara » signifiait « trésor » et malgré le fait qu'il sût que dans la bouche de la tortue rouge, l'intention était affectueuse et non injurieuse, Léo abhorrait ce surnom. Mais, ce n'était pas le moment de faire de l'attitude et il hocha simplement la tête.
Enfin, Donatello et Raph partirent et Léo se retourna vers Mikey dont l'expression dégoulinait d'adoration et de désir :
-Enfin seuls ! Soupira-t-il, tout sourire.
Léo acquiesça et demanda aussitôt :
-Mikey, ta soupe manque un peu de soya, non ? Tu veux bien aller m'en chercher ?
-Oh, mille pardons, Léo. Je croyais que tu suivais toujours cette diète légère en sodium.
Mikey se leva précipitamment, verrouilla la porte de Léo, comme ses frères et lui faisaient toujours, pour aller quérir l'ingrédient convoité.
Subtilement, se sachant filmé, Léo réussit à extirper les pilules de sous son matelas et à les glisser astucieusement dans la soupe de Mikey. Il ne savait pas si elles allaient de dissoudre ou non, malheureusement. Il ne pouvait que l'espérer en remuant la cuillère dans le bol pour fondre les cachets dans la nourriture.
Heureusement que Mikey était bruyant ! Léo put donc cesser de remuer la cuillère à temps, l'ayant entendu venir. Comblé d'avoir satisfait le désir de son frère aussi aisément, Mikey, n'ayant d'yeux que pour son aîné, lui tendit le condiment.
-Plus vite tu termines ta soupe, Mikey, plus vite on fera l'amour, le remercia le leader, un sourire coquin aux lèvres.
Naturellement, Mikey but sa soupe à même le bol en deux gorgées, pressé de recevoir sa gâterie.
Léo avait à peine commencé qu'il s'aperçut que Michelangelo ronflait bruyamment.
