Note : Il semblerait que je suis définitivement libérééééée, délivréééée ! Je suis finalement venue à bout de ce master (avec mention silvouplé !) et l'inspiration m'est revenue d'un coup. Alors voilà, ceci est pour vous. Merci à tous pour vos messages encourageants, et pour votre présence, si importante pour moi.
Akimichi et Neviy, je crois que je vous aime beaucoup trop pour mon propre bien.
Chapitre 20 – L'Échappée belle
Quand le mois de Février fit son apparition, timidement, entre deux nuages orageux, Teresa était toujours la seule au courant du caractère tout sauf platonique de leur relation. Ce n'était pas faute d'avoir essayé, et Thomas ne comptait plus les occasions manquées, mais il sentait que Newt n'était définitivement pas prêt. Alors, il attendait patiemment.
Il se contentait de ces regards brûlants qu'ils échangeaient parfois, au-dessus de leurs ordinateurs quand ils travaillaient en groupe dans la salle commune. De leurs doigts qui s'effleuraient quand ils marchaient côte à côte dans les couloirs, sur les pas du reste de la bande qui leur tournaient le dos. De ces soupirs qu'ils s'arrachaient mutuellement dans l'intimité de leur chambre, qu'ils avaient appris à verrouiller après l'irruption un soir de Winston et Gally qui souhaitaient leur demander de les départager au bras de fer.
Au détour d'une conversation, Thomas avait cru comprendre que cette peur de se dévoiler, cette angoisse sourde que ressentait Newt à chaque bruit suspect lorsqu'ils se retrouvaient, avait une autre origine que son séjour à l'hôpital, mais il n'avait jamais cherché à creuser. Il respectait trop Newt pour le forcer à lui parler.
Il savait pertinemment qu'à partir du moment où il avait embrassé Newt dans leur chambre close, lors de la soirée de rentrée, il avait accepté implicitement les conditions que Newt avait posé, et il était conscient de ne plus avoir les cartes en main. C'était au tour de Newt maintenant, c'était à lui de décider si leur histoire valait la peine d'être révélée, ou s'il préférait rester dans ce statut quo, dans cette relation aux allures de boudoir secret qui n'appartenait qu'à eux, et uniquement à eux.
C'était un triste constat, mais Thomas savait parfaitement qu'il n'avait plus son mot à dire, au risque de tout faire voler en éclats. Et s'il s'accommodait pour le moment de cette situation, trop heureux de ne plus avoir à brider les émotions violentes qui le traversaient, il se connaissait suffisamment pour savoir que cela ne durerait pas éternellement. Et il redoutait le moment où il lui faudrait mettre Newt au pied du mur, lassé de ce petit jeu.
Heureusement, ils n'y étaient pas encore.
Pour le moment, Thomas s'en tenait à ses bonnes résolutions de nouvelle année : il avait définitivement cessé de réfléchir sur tout ce qui touchait à Newt, laissant le blond les guider dans la conduite de leur relation, et cet arrangement semblait leur convenir à tous les deux.
Et tandis qu'ils jouaient aux cartes avec Minho dans la salle commune des sciences po, Thomas ne pouvait s'empêcher de sourire stupidement en sentant le genou de Newt contre le sien.
« Arrête de tricher Newt ! » hurla Minho, sortant brutalement Thomas de ses pensées.
Newt renvoya un regard innocent à leur ami, s'écartant imperceptiblement de Thomas, qui réalisa que le blond avait jusqu'à cet instant les yeux rivés sur son jeu. Le traître.
Il lui renvoya une œillade meurtrière, et s'écarta franchement, partagé entre son envie de s'éloigner de ce serpent fourbe, et la déception de ne plus sentir la chaleur de sa jambe collée à la sienne. Newt planta son regard dans le sien, et l'espace d'un instant, le cerveau de Thomas se déconnecta de la réalité, alors qu'il s'apprêtait à lui lancer une réplique bien sentie. Il était toujours impressionné par la capacité de Newt à le réduire au silence par la seule force de son regard, mission pratiquement impossible lorsqu'il était dans son état normal.
« Hey les tocards je suis encore là ! Vous êtes super lourds quand vous faites ça, vous êtes au courant ? »
Thomas reporta son attention sur Minho, tentant bravement de masquer sa gêne, tandis que Newt dissimulait ses joues rougies derrière son jeu de cartes.
« Quand on fait quoi ? »
La question était sortie toute seule, aussi facilement que s'il lui demandait l'heure, et Thomas regretta immédiatement de l'avoir posée, alors que le sourire de Minho devenait franchement moqueur. Pour quelqu'un qui souhaitait se lancer dans la diplomatie, Minho était un véritable livre ouvert, et tout dans son expression criait « Tu veux vraiment que je dise ce que je pense à voix haute, pauvre tache ? »
Heureusement pour Newt et lui, la porte s'ouvrit à la volée, les faisant tous à nouveau sursauter, et Teresa débarqua dans la salle commune comme une furie, marchant d'un pas rapide vers leur table. Elle lâcha son sac sans délicatesse sur le siège à côté de Thomas, et balança une copie au milieu de leur jeu.
« J'ai passé mon week-end entier sur cette dissert. »
Les trois garçons grimacèrent en avisant le 7 tracé au feutre rouge en haut de la feuille, qui trônait avec insolence au-dessus de l'écriture élégante de Teresa. Visiblement, si cette dernière appréciait le droit administratif, ce dernier ne lui rendait clairement pas la pareille.
Teresa croisa les bras sur sa poitrine, un air songeur sur le visage, et les trois autres restèrent silencieux, dans l'expectative de ce qui allait suivre.
« Venez, on se casse. »
Incertain d'avoir bien compris, Thomas demanda un peu stupidement : « Quoi, maintenant ? »
« Maintenant ça va être compliqué, mais ce week-end. Mes parents ont une maison en bord de mer. Ça vous tente ? » répondit Teresa en haussant les épaules.
Les trois garçons échangèrent un bref regard avant de hocher la tête en chœur.
« OK. »
Et ça avait été aussi simple que ça.
Teresa avait fait volte-face, sans même reprendre son sac, et les trois autres avaient continué leur partie de cartes comme si de rien n'était.
Newt était allé prévenir le Professeur de leur petite escapade, et aucune objection n'avait été soulevée – à leur grande surprise, il fallait l'avouer. Alors le vendredi après-midi, en sortant de cours, ils avaient loué une voiture et ils avaient pris la route, emportant chacun un sac à dos et quelques affaires, laissant le reste de l'Institut derrière eux.
Des quatre étudiants, seul Newt n'avait pas le permis, mais les deux autres garçons avaient gracieusement laissé le volant à Teresa qui trépignait à l'idée de conduire de nouveau.
Il fallait également préciser que la jeune femme était la seule à connaître le trajet, ce qui avait représenté un argument de taille lors du choix du conducteur.
Thomas et Newt s'étaient calés à l'arrière de l'énorme voiture que Minho et Teresa avaient sélectionné sur le site internet de l'agence de location, et Teresa avait démarré dans un vrombissement de moteur, un large sourire de satisfaction étalé sur le visage.
Si Minho et Newt n'avaient pas mis longtemps à s'endormir, Thomas sentait dans tout son corps l'excitation caractéristique des départs en vacances, et il n'avait cessé de questionner Teresa sur leur destination, la sommant de lui décrire les lieux dans les moindres détails.
Quand le sujet de la maison de vacances fut épuisé, ils décidèrent de faire des jeux, et ils en étaient à leur 27ème devinette chacun – Thomas comptait les points – quand Newt finit enfin par émerger.
« Je pense à quelque chose… de solide. » marmonnait Thomas, les yeux fixés vers l'extérieur.
« Un arbre. »
Il lança un regard amusé à Newt, qui venait de lui répondre d'une voix ensommeillée, et lui annonça qu'il venait de griller son tour.
Et le jeu reprit, tout aussi facilement que leur échappée belle en dehors de l'Institut. Parce que tout semblait si facile en cette journée fraîche et ensoleillée de mi-février.
Teresa avait mis la radio, et le son de la musique, qui augmentait au fil des kilomètres, finit par réveiller Minho également.
Il fallut plusieurs minutes à Thomas pour réaliser que quelque chose clochait, et il interrogea son ami du regard quand celui-ci tourna la tête vers lui, intrigué par son mutisme aussi soudain que surprenant.
« Faim. » grogna Minho en croisant les bras sur sa poitrine comme un petit garçon capricieux.
Un silence flotta dans la voiture, avant que les trois autres n'éclatent de rire.
Teresa s'arrêta à la première station-service qu'ils croisèrent, et tandis que Minho dévalisait le rayon confiserie, Newt et Teresa profitaient de la pause pour fumer leur première cigarette du voyage.
Jetant un œil dans la boutique, Thomas aperçut Minho le nez dans les étalages, et il attrapa Newt par la taille afin de lui voler un baiser. Newt se laissa faire avec plaisir, et Teresa détourna pudiquement le regard alors que les deux garçons s'enlaçaient tendrement.
Un raclement de gorge attira l'attention de Thomas, et il se détacha de Newt pour tomber sur une vieille dame qui les observait, le regard noir.
« Un problème madame ? » demanda poliment Thomas, tout en rattrapant Newt par la hanche pour l'empêcher de s'éloigner.
Son interlocutrice afficha immédiatement un air offusqué, avant de s'écarter de leur petit groupe comme s'ils avaient la gale.
« C'est bien ce que je pensais. » lâcha Thomas avec un sourire suffisant.
Minho les rejoignit quelques minutes plus tard, le regard fixé sur la vieille dame qui était maintenant dans la boutique.
« Vous lui avez fait quoi à la grand-mère ? Elle se plaint de vous auprès de chaque client qui a le malheur de croiser son chemin. »
Thomas ne répondit pas, trop occupé à foudroyer sa nouvelle ennemie numéro 1 du regard, et il était prêt à rentrer dans le magasin pour en découdre quand Teresa posa une main apaisante sur son avant-bras.
« Elle était gênée par la fumée de cigarette. » lança-t-elle à Minho, avant de se diriger vers la voiture.
Vu l'air dubitatif de leur ami, la mamie avait dû se montrer nettement plus bavarde sur autre chose que la fumée de cigarette, mais Thomas se sentait plus en colère que gêné d'avoir failli être découvert d'une manière aussi stupide.
Néanmoins, il se fit la réflexion qu'il devenait absolument nécessaire qu'ils en parlent à Minho, si possible d'ici la fin du séjour. Ils passaient beaucoup trop de temps ensemble pour continuer à lui cacher plus longtemps, même si Thomas comprenait à quel point il pouvait être difficile pour Newt de mettre à exécution ce qu'il avait affirmé dans ce couloir sombre. Mais si Newt avait besoin de plus de temps, la réalité commençait à les rattraper, doucement mais sûrement, et ils ne pouvaient plus continuer à faire comme si tout était normal. Et sûrement pas aux yeux d'un de leurs plus proches amis. Tant qu'à faire, autant maîtriser la manière dont il allait l'apprendre.
Ils reprirent la route dans un silence pesant, et Thomas ne put s'empêcher d'accrocher la main de Newt, tentant de se rapprocher de lui malgré l'énorme espace entre eux – foutue voiture aux dimensions démesurées.
« Les gens seront toujours cons tu sais… » souffla-t-il, profitant d'une discussion particulièrement mouvementée entre Minho et Teresa pour coller son nez dans le cou de Newt.
Il sentit le blond se tendre contre lui, mais Minho ne faisait absolument pas attention à eux, trop occupé à tenter de convaincre Teresa du bienfondé d'il ne savait quelle mesure, et il se détendit rapidement, serrant fortement la main de Thomas dans la sienne.
Thomas entreprit alors de se détacher discrètement afin de se rapprocher davantage de Newt, investissant la place du milieu et sa ceinture ventrale. Il avait l'impression de revenir au temps des vacances d'été en famille quand il était enfant, lorsque sa mère le plaçait systématiquement entre Beth et Chuck pour éviter qu'ils ne s'étripent.
Il se cala contre Newt, qui passa un bras dans son dos pour venir lui enserrer la taille. Ils n'étaient pas vraiment à l'aise, mais la simple sensation de Newt contre lui, son souffle dans ses cheveux, et son odeur qui envahissait chaque centimètre de son univers, suffisaient à convaincre Thomas de ne pas bouger d'un iota pendant tout le reste du trajet.
Il commençait à s'assoupir, écoutant distraitement la conversation badine qui avait maintenant pris place dans l'habitacle. Minho avait fini par se souvenir qu'ils étaient quatre dans cette voiture, et Thomas remercia le ciel que Newt se fut trouvé juste derrière leur ami, l'empêchant donc de voir ce qui se tramait derrière.
Le jour commençait à décliner quand Teresa se stoppa devant un large portail en fer forgé. Thomas émergea de son demi-sommeil, et son regard croisa celui moqueur de Newt, qui secouait son bras engourdi. Il s'était complètement laissé aller contre l'autre garçon, et il se sentit mourir de honte quand il réalisa qu'il avait également bavé sur son tee-shirt.
Sortant du véhicule, Thomas resta quelques instants en arrêt devant l'énorme maison en pierres qui se dressait devant eux. Bouche bée, il tourna la tête pour tomber sur un impressionnant coucher de soleil, qui faisait flamboyer la mer qui s'étalait sous leurs pieds, en bas de la corniche sur laquelle se trouvait la maison.
Il se rapprocha de Teresa, qui tentait de trouver la bonne clé sur son trousseau pour ouvrir le portail.
« Tu m'as dis que tes parents faisaient quoi dans la vie déjà ? »
Après quelques secondes, la clé pivota dans la serrure avec un déclic satisfaisant, et Teresa poussa d'un coup sec les battants du portail afin de rentrer la voiture dans l'imposant parc qui s'étendait à perte de vue le long de la propriété.
« Je ne te l'ai pas dit. » répondit-elle enfin avec un clin d'œil, avant de retourner reprendre sa place au volant.
S'écartant pour la laisser rentrer, Thomas capta le regard de Newt, qui lui renvoya une moue impressionnée. Puis, il suivit Minho qui se précipitait à la suite de la voiture, un air de gamin surexcité sur le visage.
On était bien loin de la « maison aux dimensions respectables » que lui avait décrit Teresa pendant le voyage.
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Si l'extérieur de la maison était splendide, Thomas ne trouvait pas les mots pour en décrire l'intérieur.
Partout se dressaient des meubles en bois blanc, tranchant radicalement avec la couleur sombre des poutres apparentes, et Thomas adora instantanément cette maison, tant par l'exiguïté des pièces qui lui donnait l'impression d'être dans un labyrinthe que par l'atmosphère étrange qui y régnait, le plongeant dans un roman du XIXème siècle.
Il se sentait comme un enfant, la bouche ouverte en découvrant l'enfilade de pièces dans laquelle les entraînait Teresa, leur désignant ici un salon de lecture, là une salle de billard.
Ils atteignirent enfin les escaliers, façonnés dans ce même bois qui parsemait toute la maison, et Teresa se tourna vers eux, un rictus sur le visage qui ne présageait rien de bon.
« Je propose qu'on commence direct par la distribution des chambres, histoire que ce soit réglé. » lança-t-elle tout en commençant à grimper les marches.
Quand ils attinrent le premier palier, Teresa désigna le couloir en continuant « Normalement, il y a quatre chambres, deux à chaque étage, mais l'une du premier étage est condamnée pour cause de travaux. Deux d'entre nous devront donc dormir ensemble... »
Elle lança un regard appuyé à Thomas, qui lui retourna une œillade assassine pour son manque de discrétion.
Sans même leur laisser de temps de répondre, elle se dirigea vers la pièce la plus proche en enchaînant d'un ton beaucoup trop joyeux : « Bon, Tom et Newt vous aurez cette chambre ! Ça ne vous dérange pas j'espère ? »
Thomas marmonna, avec malgré tout un demi-sourire sur le visage qui contredisait totalement ses propos : « Je le supporte déjà tous les jours à l'Institut, alors un peu plus un peu moins... »
Newt lui passa devant afin de rentrer dans la pièce tout en lui tendant son majeur.
« Qu'est-ce qu'il dit ? J'entends rien. »
Thomas ricana avant de lui emboîter le pas, tandis que Teresa entraînait Minho à sa suite pour lui montrer sa chambre.
Quand il rejoignit Newt, les deux garçons restèrent plantés sur le seuil de la porte, détaillant la pièce d'un air sceptique.
« La garce. » souffla Thomas en contemplant le lit superposé qui occupait un pan du mur.
Les deux garçons échangèrent un regard en avisant la taille ridiculement petite des matelas.
« Bon eh bien quand faut y aller... Je prends celui du haut ! » lâcha Newt avant de laisser tomber son sac de voyage à terre.
« Hep hep tocard, pas si vite ! » s'exclama Thomas en le rattrapant par le col de son teeshirt, alors que le blond s'apprêtait à grimper l'échelle.
Newt lui tomba littéralement dans les bras, tentant vainement de se débattre tandis que Thomas se ruait sur l'échelle à son tour, afin d'être le premier à l'atteindre.
Il se hissa sur le matelas, narguant Newt resté en bas, qui croisa les bras sur son torse en fronçant furieusement les sourcils.
Se rapprochant du bord du lit, Thomas se pencha vers Newt et lui susurra « De toute manière, quelle importance puisque tu sais très bien que ton lit est aussi mon lit. »
Le sous-entendu était on ne peut plus explicite, et Newt rougit jusqu'à la racine des cheveux, avant de se hisser également sur le lit. Les deux garçons se pelotonnèrent l'un contre l'autre, comme deux petits pingouins sur une banquise de coton, guettant les bruits de pas à l'étage.
Quand ils furent assurés que Teresa et Minho visitaient encore l'étage, Thomas attrapa le menton de Newt pour l'embrasser, et il se sentit frissonner des pieds à la tête alors que la langue de Newt lui caressait doucement les lèvres, qu'il s'empressa d'entrouvrir.
Chaque baiser échangé avec Newt lui faisait l'effet d'être le premier, tant les sensations étaient violentes et tant son cœur battait fort dans sa poitrine.
Au bout de longues minutes, ils se séparèrent à contre-cœur lorsqu'ils entendirent les marches de l'escalier grincer, signe que Minho et Teresa avaient enfin pris possession de leurs quartiers, et Thomas se fit la réflexion qu'ils étaient restés bien trop longtemps au deuxième étage pour que ce ne soit pas suspect.
Et en effet, lorsqu'ils sortirent de la chambre et que Minho leur demanda s'ils étaient bien installés, le regard éloquent de Teresa sur ses lèvres rougies et ses cheveux en bataille l'informa que son amie savait pertinemment qu'ils n'avaient absolument pas touchés à leurs sacs. Il faudrait qu'il pense à la remercier un de ces jours.
Ils descendirent en silence les escaliers, la fatigue du voyage leur tombant brutalement sur les épaules. Teresa les informa qu'il n'y avait strictement rien à manger dans la maison, et ils se lancèrent un regard entendu quand la jeune femme se saisit de la carte de pizzas en livraison qui se trouvait à côté du téléphone.
Thomas mourait littéralement de faim, et il finit par arracher la carte des mains de Minho, qui se disputait avec Newt pour savoir quelle pâte était la meilleure entre la fine et la moelleuse, et il composa d'autorité le numéro en fusillant ses amis du regard.
Un silence de mort régnait dans la cuisine quand il commanda les quatre pizzas, et il raccrocha brutalement le combiné, rendu agressif par la faim qui le tiraillait.
Minho et Newt échangèrent un regard penaud tandis que Teresa riait sous cape, et Thomas tourna les talons, dans l'optique de s'installer devant la télé en attendant les pizzas. Ses amis le suivirent, et il ouvrit d'un geste conquérant la porte qui menait, selon ses souvenirs, au grand salon dans lequel il avait aperçu une télévision.
Il grimaça quand il tomba nez-à-nez avec une imposante pile de manteaux, et il referma la porte, ignorant le regard moqueur de Teresa, et se dirigea vers une autre porte, comme s'il avait toujours su qu'il s'agissait là d'une penderie.
Newt toussota discrètement, et il tourna le regard vers lui, pour s'apercevoir que le blond lui désignait du doigt une troisième porte du couloir, un sourire identique à celui de Teresa sur le visage.
Il grogna avant de se diriger, pour de bon cette fois, vers le salon télé, suivi par les trois autres qui se marraient comme des bossus. Ils étaient vraiment insupportables ce soir.
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Une heure plus tard, leurs pizzas étaient enfin livrées, et Thomas avait fini par se dérider après avoir dévoré la sienne, sous les yeux effarés de Teresa qui se demandait où il pouvait bien cacher toute cette nourriture.
Minho et Thomas avaient ricané en entrechoquant leur dernière part de pizza, et Teresa avait soupiré en les traitant de goinfres. Cette scène était étrangement habituelle, et tous souriaient franchement en retrouvant leur quotidien à l'Institut dans un environnement étranger. De l'extérieur, ils ressemblaient à une petite famille, Minho et Thomas se chamaillant comme deux frères turbulents, Teresa et Newt qui les observaient en soupirant, probablement désespérés de constater à quel point leur marmaille était indisciplinée.
Après avoir mangé, Minho avait littéralement supplié les trois autres pour jouer à la console, trop heureux de constater que la collection de jeux vidéo de la maison comportait des titres inédits, qu'il voulait « ab-so-lu-ment » tester.
C'est pourquoi ils se retrouvaient tous devant ce jeu de guerre que Thomas détestait cordialement, et pour dire la vérité, seuls Newt et Minho s'amusaient réellement.
Thomas avait été extrêmement surpris de constater que non seulement Newt se débrouillait plutôt pas mal, mais qu'il semblait également prendre du plaisir à fusiller des personnages virtuels dans un contexte de guerre. C'était fortement déplaisant, mais d'un côté il découvrait une nouvelle facette de Newt, différente de la personne calme et flegmatique qu'il était au quotidien.
Néanmoins, quand le personnage de Newt se glissa derrière lui pour le tuer après l'avoir aveuglé avec une grenade lacrymogène, il ne put s'empêcher de bondir du canapé en criant :
« TU VIENS DE ME POIGNARDER DANS LE DOS ! MAIS T'ES UN PSYCHOPATHE ! »
Newt lui lança un sourire penaud depuis le canapé, où il était assis en tailleur depuis le début de la partie, et haussa les épaules l'air de dire « c'est l'jeu ma pauvre Lucette ».
« Déjà t'as tué un chien qui ne t'avait rien fait, et maintenant ça ! Je savais que tu étais juste un putain de taré en fait ! »
Il lança sa manette à Minho, résolument décidé à bouder jusqu'à ce que Newt se confonde en excuses pour s'être montré aussi traître.
Les trois autres échangèrent des regards moqueurs face à sa sortie dramatique, et Minho prit sa place dans le canapé pour affronter Newt en duel. Thomas soupira dramatiquement avant de se diriger vers la cuisine pour se servir à boire, suivi de Teresa, dont la tête commençait sérieusement à menacer d'exploser à cause des bruits répétitifs de coups de feu.
La voix de Newt s'éleva dans son dos, un brin ironique.
« Allez Thomas, fais pas la tronche, promis après on testera le nouvel Alexandra Ledermann, je sais que tu as toujours rêvé de t'initier aux concours hippiques. »
Thomas lui lança un regard hautain par-dessus son épaule, avant de continuer sa route comme si de rien n'était. Il savait qu'il n'aurait pas dû se montrer aussi intéressé quand Teresa leur avait montré le boîtier du jeu alors qu'ils faisaient leur sélection. Pas le droit à l'erreur dans ce groupe.
Teresa et lui se retrouvèrent rapidement dans la cuisine, et Thomas resta accoudé au plan de travail tandis que la jeune femme s'asseyait sur une chaise. Un silence s'installa, rapidement brisé par Teresa qui demanda : « Tu comptes lui dire ce week-end ? »
Thomas, qui ressassait encore sa ridicule défaite, répondit d'un ton froid : « Que c'est un psychopathe ? Je vais pas le lâcher avec ça, tu peux me croire. »
Avisant le froncement de sourcils de Teresa, il réalisa que son amie ne devait certainement pas parler de Newt qui tuait d'une balle dans la tête un berger allemand ou qui se glissait derrière lui pour le poignarder en traître.
« Quoi ? »
« Je parlais de Minho ! Pour… Tu sais quoi. » lâcha Teresa, en jetant un coup d'œil dans le couloir pour s'assurer que les deux autres n'avaient pas décidé de les rejoindre.
Le « ah ! » retentissant qui échappa à Thomas n'aurait pas fait rougir Denis Brogniart au plus haut de sa forme.
Il resta silencieux quelques instants, avant de répondre d'une voix morne : « Ça dépend pas uniquement de moi, et tu le sais. S'il n'y avait eu que moi, il aurait été au courant depuis des lustres. »
Teresa haussa un sourcil sarcastique, et il reprit : « Ouais OK, peut-être pas des lustres sachant qu'il va probablement nous charrier sur ça pendant des semaines… »
Il soupira avant de se retourner pour se servir un nouveau verre d'eau. Il entendait les éclats de voix des deux garçons lui parvenir du couloir, et il reporta son attention sur Teresa, qui le fixait, un air indéchiffrable sur le visage.
« Je vais attendre que Newt lui dise. Il m'a dit qu'il était d'accord pour le dire aux autres, je vais le laisser faire. »
« Et en attendant, tu profites c'est ça ? » rétorqua Teresa en haussant les sourcils d'un air moqueur.
« Tu ne crois pas si bien dire… » susurra-t-il d'un ton langoureux en se penchant vers elle, faisant éclater de rire la jeune femme, qui lui décocha une tape sur l'épaule.
Teresa se leva également, sur le point de retourner vers le salon, mais elle se stoppa sur le seuil de la porte avant de lancer : « Au fait, j'espère que votre chambre vous plait. »
Son sourire était angélique, et jamais le diable n'avait autant ressemblé au gardien du paradis.
« Tu es un vrai cafard tu le sais ? » grogna Thomas, perdant le sourire qui s'était affiché sur son visage suite à sa blague.
« Allez Tom, ne me fais pas croire que dormir dans un lit une place vous a déjà dérangé. Et peut-être que Minho aurait trouvé louche le fait que vous dormiez ensemble dans un lit deux places, mais c'est toi qui vois, je peux encore te donner ma chambre. »
Thomas commençait à réfléchir sincèrement à sa proposition, mais Teresa tourna les talons pour se diriger vers le salon en ricanant.
« Ne me dis pas que tu y as vraiment cru ! Dans tes rêves, tocard ! »
La garce.
Note : Pâte moelleuse, sans aucun doute.
