RAR Zone

Ayuki : Un Balrog rose ? Diable ! Si tu aimes les scènes graphiques, il y en aura encore une dans un ou deux chapitres. Ce sera la dernière. Histoire de rattraper le désastre de la première. J'espère que l'action éclair de Bilbo te plaira =) Bisous, et merci.

Chupa14 : Je dois t'avouer que j'ai décroché pendant longtemps et j'ai eu du mal avec Matt Smith (il a une tête de monstre, ce type O.O) mais bon, il est agréable quand même. OUAIS BOMBUR EST UN CANNIBALE !T'AS VU ! Et puis, pédophile, pédophile... Oui bon, d'accord, Dwalïn est un peu pédophile sur les bords, comme Thorïn. Et non, j'ai pris le parti de les mettre à deux par cellule. Donc, Fili et Kili sont seuls dans la leur. ME PARLE PAS DE GAME OF THRONE J'AI PAS LA SAISON 3 ! ... Greyjoy se fait torturer ? *happy*. J'espère que cette suite te plaira sucette. Bisous.

Idylle76 : Balïn est grand. Graaaand. C'est le meilleur de la bande, si on regarde bien. T'es prête ? ON S'EVAAAAADE ! Et Tauriel morfle un peu.

EvenIF : Ah oui, c'est une surprise ? XD Bon, pas vraiment de petites allusions au Dwalïn/Ori, aujourd'hui. Me rattraperai à Laketown =) Bisous, chouchou.

Soop : Chérie ? Je t'emmerde ! IL L'EMBRASSE OU JE VEUX D'ABORD ! Bon, là, pas de quoi te briser le cœur. Enfin, pas trop. Enfin si, un peu. Bref, tu verras. J'espère que ca te plaira quand même, dis :$ Merci, et puis j'espère que ta journée de taf s'est bien passée ! Ah, et puis bisous aussi.

Gokash : Tu es partie, trésor, très loin de moi mais je vais quand même te laisser un petit mot ici en espérant qu'il vole, vole, vole jusqu'à toi et te parvienne (que c'est poétique...). Dwalïn et Ori vont trop bien ensemble pour qu'on ne les mette pas ensemble ! ... C'est méchant pour Bofur, ca. Cela veut-il dire que Bombur à ta bénédiction pour se muer en cannibale ? Ce que je réserve à Fili et Kili, et bien... Hin hin hin hin... JE DIRAI RIEEEEN ! Bisous, chouchou.


Nouveau chapitre, que je poste enfin à une heure décente (il est 16h53).

Bon, à la base, ce chapitre devait se terminer juste après que Daenerys laisse Tauriel. Mais ca aurait fait TRES court, alors je vous en ai mis deux d'un coup.

Ce qui fait que je n'ai plus que deux chapitres d'avance. Ouch, ca fait mal. Faut que je me bouge les fesses.

Au menu, une évasion, des tonneaux, un serpent et des frayeurs. Et, bien sûr, la revanche de Daenerys sur Tauriel.

Je vous embrasse, mes très chères, et vous souhaite une bonne lecture.

En espérant, toujours, que cela vous plaise.


Chapitre 21 : Evasion


Bilbo descendit les degrés de pierre, se mouvant sans bruit. Il parvint rapidement aux cellules de ses amis. Dans la première, il vit Fili et Kili, débraillés, blottis l'un contre l'autre. L'aîné avait l'air malade, sa peau halée devenue pâle à cause de cet enfermement prolongé, et le cadet semblait avoir maigri. Le Hobbit sentit son coeur se serrer devant cette vision, se remémorant sans soucis les jeunes Nains à leur arrivée à Bag-End. Bilbo sortit les clés du garde et déverrouilla la porte barrée de la cellule, réveillant les deux jeunes hommes, qui se redressèrent immédiatement, apeurés. Se rappelant qu'il était aussi invisible pour eux, il ôta son anneau et le fourra dans sa poche. Aussitôt, le soulagement se peignit sur leurs traits et ils se levèrent, tendant leurs bras vers lui. Bilbo leur rendit leur étreinte, satisfait de les sentir encore forts et vigoureux malgré leur faiblesse apparente. Leur expliquant rapidement le plan qu'il avait mis au point, il les libéra de leurs chaînes et leur demanda de patienter dans leur cellule jusqu'à ce qu'il aie libéré tous les autres, au cas où un Elfe descendrait inopinément. Fili et kili hochèrent la tête avec une synchronisation parfaite, ce qui fit sourire leur cambrioleur.


Le Hobbit libéra rapidement le reste de ses compagnons avant de se diriger vers la dernière cellule, où attendaient Thorïn et Daenerys. Ils semblaient très calmes. Assis contre le mur, les yeux fermés, le roi déchu d'Erebor tenait dans ses bras la jeune Naine, assise entre ses jambes et la tête appuyée contre son torse. L'image même d'un couple amoureux et unis. Si seulement les yeux de Daenerys n'étaient pas si noirs, si seulement l'esprit de Thorïn n'était pas obnubilé par son trésor, ils auraient pu l'être. Bilbo frissonna, n'aimant du tout le spectacle qu'il avait sous les yeux sans vraiment savoir pourquoi.

- Cela faisait longtemps, Bilbo, murmura la jeune femme en vrillant son regard noir dans celui de son ami.

Le Hobbit s'excusa d'avoir mis tant de temps, expliquant qu'il avait passé la majorité de son temps à découvrir le palais dans ses moindres recoins afin de tracer un itinéraire sûr et rapide pour les sortir de là. Daenerys ne semblait plus l'écouter. Thorïn ouvrit les yeux et regarda le cambrioleur sans le reconnaître, pendant quelques instants qui firent dresser les cheveux sur la tête de Bilbo. Enfin, il sembla revenir à lui et eut un sourire qui, cependant, n'atteignit jamais ses yeux bleus.


Bilbo passa la tête par l'entrebâillement de la porte. Pas le moindre garde en vue, il devait encore batifoler avec sa servante. Le Hobbit fit signe à ses compagnons, qui le rejoignirent immédiatement avant de refermer la porte derrière eux. Dans un coffre, près de la porte, attendaient les armes des Nains. Ouvrant la marche, le petit cambrioleur les guida dans les couloirs labyrinthiques du palais de Thranduil. Il avait passé tant de temps en ce lieu qu'il avait l'impression de le connaître aussi bien que Bag-End. Ca lui avait prit des semaines, autant que la détention de ses camarades, mais il était maintenant sûr de pouvoir les tirer de là sans dommages. Il avait un plan. Assez farfelu, il en convenait, mais convenable. Et puis, de toute façon, ils n'avaient pas beaucoup de choix. La seule sortie, outre celle qu'il comptait bien utiliser, c'était celle par laquelle l'Elfe Tauriel les avait amenés là. Et elle était rudement bien gardée. Trop, même. A croire que Thranduil et son fils craignaient une attaque. Et, s'il fallait en croire les rumeurs, ils avaient raison de craindre. Bilbo avait entendu des serviteurs et des soldats parler de la forteresse noire, au sud de la forêt. Une attaque devait avoir lieu, ou avait eu lieu, il l'ignorait. Quoi qu'il en soit, Thranduil devait attaquer cette forteresse, et chasser le mal qui y régnait pour ramener la lumière dans son royaume. Bilbo ignorait s'il avait réussi ou s'il était mort en essayant, et à dire vrai il s'en fichait un peu. Son absence arrangeait bien ses affaires.

Ils avaient avalés la moitié de la distance qui les séparait de la liberté quand les ennuis leur tombèrent dessus en la personne de Tauriel.


Le Capitaine de la Garde, pour une fois, n'avait pas l'air dans son assiette. Le Roi avait refusé qu'elle l'accompagne à Dol Guldur, c'est pourquoi elle était si maussade. Elle craignait pour sa vie. Non pas qu'elle le jugeât incapable de se défendre contre le mal qui rôdait dans la forêt, bien sûr que non. Mais elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour lui. Il était plus distant, toujours plongé dans ses pensées. Oh, elle pouvait parfaitement dire à quel moment le caractère de son roi avait changé. C'était précisément quand ses yeux étaient tombés sur le Nain aux cheveux noirs, celui qui était Roi sous sa montagne. Tauriel le haïssait. Son unique présence avait suffit pour éloigner Thranduil d'elle. Elle aurait dû le tuer quand elle en avait eu l'occasion. Thranduil lui avait interdit de les toucher, ces sales Nains, après sa discussion privée. Elle se demanda un instant ce que Oakenshield avait bien pu promettre ou donner pour que Thranduil lui redonne sa liberté. Parce que, dès le lendemain, ils seraient libres. Tous. Ca lui donnait envie de vomir.

Cela dit, elle devait avouer qu'elle aurait bien gardé le petit brun pour elle. Le plus jeune, un des neveux de Thorïn. Il était appétissant, elle ne pouvait pas le nier. Et il avait bon goût. Elle ne se serait pas lassée de lui aussi vite qu'elle voulait bien le dire, elle le savait, ce qui l'énervait encore davantage. Oui, le petit Kili était vraiment très sensuel et adorable, pour un Nain, mais il était aussi obtus et stupide que son oncle. Il avait refusé de lui appartenir. Pourtant, elle l'aurait rendu heureux. Puis, quand elle aurait été lassée de lui, elle l'aurait renvoyé auprès des siens, dans les Halls d'Aulë - cela, elle ne le lui avait pas dit, bien sûr. Mais il avait refusé. Ce sale petit rat l'avait mordue avant de lui cracher au visage. Alors elle l'avait puni, parce qu'il devait apprendre l'obéissance. C'était avant que Thranduil ne lui interdise de les toucher. Parfois, son Roi pouvait être un véritable monstre de cruauté.

L'Elfe aux cheveux roux ouvrit une porte et s'engagea dans un autre couloir. Au croisement d'un autre corridor, elle tomba nez à nez avec un tout petit homme aux cheveux blond foncé qu'elle n'avait jamais vu de sa vie. Un Hobbit, lui semblait-il. Et derrière lui, les Nains. Avec un sourire, elle dégaina son épée.


Qu'est-ce qu'elle faisait ici, celle-là ? Ne devait-elle pas surveiller le banquet et veiller sur le Prince Legolas ? Ils étaient vraiment dans de sales draps, maintenant, et Bilbo réfléchissait à toute vitesse sans parvenir à trouver une solution.

- Vous allez sagement retourner dans vos cellules, vous autres.

Sûrement pas. Bilbo n'avait pas fait tout ça pour qu'elle saccage tout. Dans un élan de courage, le Hobbit dégaina sa courte épée.

- Tu risques de te blesser, petite créature insignifiante.

Bilbo engagea le combat en attaquant de front. Tauriel para aisément la manoeuvre et, d'un coup de pied, envoya le Hobbit rouler au sol. C'était absolument ridicule. Elle posa la pointe de son épée sur la gorge de son agresseur, souriant toujours. Alors qu'elle allait la transpercer, elle vit, du coin de l'oeil, un éclair blanc fondre sur elle. Les attaques, toutes en puissance, l'obligèrent à reculer, libérant le passage.

- Continuez, Bilbo, je vous rejoindrai.

- Vous n'irez nulle part ! rugit l'Elfe en attaquant à son tour.

Le couloir s'emplit bientôt des sons grinçants de lames ennemies qui se heurtaient. Bilbo n'osait plus bouger et ne savait pas quoi faire. Thorïn dégaina légèrement Orcrist et s'entailla la paume de la main, laissant quelques gouttes de sang tomber au sol. Il rengaine sa lame et avança vers le cambrioleur pour le pousser légèrement. La voix grave du Roi déchu parvint aux oreilles du Hobbit, malgré le fracas des armes, et ils reprirent leur marche, laissant Daenerys derrière eux.


Les Elfes étaient des créatures gracieuses, évanescentes. Même lorsqu'ils se battaient. Ils avaient besoin d'espace et de liberté. Au contraire, les Nains détestait les grands espaces. Ils avaient l'habitude des passages exiguës. Comme ce couloir, où Tauriel était clairement handicapée. Tandis qu'elle-même avait l'avantage. Les voix de son esprit riaient à gorges déployées. Enfin, l'heure de la vengeance avait sonnée...

Pas besoin de combattre à la loyale face à une femme qui n'avait aucun honneur et n'hésitait pas à user de toutes les bassesses pour vaincre. Une femme comme Tauriel. Une femme comme elle. Le sourire de Daenerys s'élargit.

D'abord, la désarmer. Quelques passes suffirent pour faire voler l'épée de Tauriel loin derrière l'Elfe. La lame se planta dans une aspérité du sol et ne bougea plus. La femme aux cheveux roux s'élanca vers son arme, misant sur sa rapidité. Daenerys courut derrière elle et, au dernier moment, bondit sur le mur, dont elle se servit comme tremplin pour rebondir et atterrir devant Tauriel, bloquant le passage vers sa lame courbée. L'Elfe ne se démonta pas et entreprit d'attaquer à mains nues.

Ensuite, l'empêcher de se mouvoir. Rien de plus facile. Daenerys se jeta entre les interminables jambes nues de son adversaire et se redressa derrière elle, ses lames noires déchirant les tendons des chevilles fines. Tauriel s'effondra immédiatement et, profitant de sa faiblesse passagère, la Naine lui brisa un genou d'un bon coup de pommeau. Il y eut un cri bref. Usant de sa masse, Daenerys brisa le tibia de l'autre jambe.

Puis, bloquer les membres supérieurs. Ou les abîmer suffisamment pour qu'ils soient inutilisables. Là encore, rien de plus facile. Daenerys retourna l'Elfe aux cheveux roux, ignorant ses insultes et ses cris de Banshee. Elle s'assit sur son ventre et arrêta le poing qui fusait vers son visage. Décidément, Tauriel lui facilitait la tâche. La Naine bloqua le poignet sous son aisselle et, d'un coup sec, brisa la clavicule, récoltant un nouveau cri. Elle fit la même manoeuvre avec l'autre bras et, satisfaite, se redressa.


Enfin, s'amuser un peu. Bon, elle n'avait pas beaucoup de temps devant elle. Elle estimait à moins de cinq minutes le temps de réaction des gardes et leur arrivée. C'était largement suffisant pour ce qu'elle avait prévu. Daenerys sortit un dague, qui émit un son chuintant des plus délicieux, et la posa délicatement sur la gorge de l'Elfe.

- Savez-vous sourire, vous les Elfes ? demanda-t-elle sur un ton badin.

Tauriel lui hurla des insultes qui auraient fait frissonner Ohgren, ce qui ne fit qu'accentuer le sourire de la Naine. La femme aux cheveux blancs pressa un peu plus sa lame contre la gorge pâle en se pencha sur sa victime. Leurs nez s'effleuraient presque tant leurs visages étaient près l'un de l'autre.

- Je vous ai demandé si vous saviez sourire. Dois-je en conclure que non ?

La lame quitta la gorge blanche et vint caresser les lèvres roses de Tauriel, qui cessa ses imprécations, ses pupilles se dilatant sous l'effet de la peur.

- Il faut sourire, vous savez. Vous êtes beaucoup trop rigides, vous les Elfes. Regardez, nous les Nains, malgré tout ce que nous avons vécu, malgré tout ce que nous vivons encore, souvent à cause de vous les Elfes, d'ailleurs, nous savons rire et profiter de la vie. Mais vous...

La pointe de la lame s'enfonca légèrement dans la lèvre inférieure, l'entaillant par le milieu. Tauriel tourna la tête pour échapper à ce traitement qui, elle le savait, n'était qu'un prélude à son véritable châtiment. Son visage prit un masque d'impassibilité qui ne convint pas du tout à la Naine.

- Pourquoi cet air si sérieux ?

La voix glacée de la Naine terrifia Tauriel plus sûrement que toutes les créatures démoniaques sorties de Dol Guldur. La main pâle de Daenerys se referma sur le menton fin de l'Elfe et ramena son visage droit, la forçant à ouvrir la bouche. La lame de la dague glissa entre les lèvres roses et les dents contractées et remonta jusqu'à la commissure de la bouche. La chair se fendit sous la pression et Tauriel hurla. La lame remonta jusqu'au creux de la joue et ressortit dans une gerbe de sang. L'Elfe se débattit furieusement, ravivant les douleurs de ses clavicules brisées. Cela n'empêcha pas la dague de s'enfoncer une nouvelle fois dans sa bouche, entaillant un peu plus les lèvres, avant de tracer le même sillon rouge sur l'autre joue. Des larmes acides coulaient sans discontinuer des yeux mordorés de Tauriel, le sel qu'elles contenaient démultipliant les souffrances atroces causées par cet hideux sourire ensanglanté.

Daenerys était fière d'elle. Mais ce n'était pas encore suffisant.

Elle se recula légèrement et s'assit sur les hanches fines de l'Elfe pour remonter la tunique de soie verte, exposant le ventre plat.

- Je m'appelle Daenerys. Et je vais m'assurer que tu n'oublies jamais le nom de celle qui t'a vaincu, Elfe.

La pointe de la lame s'enfonça dans la chair tendre de l'abdomen, juste sous la poitrine parfaite de l'elfe, qui criait, criait, criait, agrandissant un peu plus son nouveau sourire. Les cordes vocales lâchèrent et bientôt, elle ne put émettre que des gémissements douloureux, bien loin des hurlements qu'elle aurait voulu lancer. Elle pleurait encore, encore, encore. Mais ne cessait plus de sourire, grâce aux bons soins de la Naine qui la torturait savamment. Enfin, la lame ressortit de son ventre, juste au-dessus du pubis. Daenerys se redressa et admira son travail. Nul doute, c'était son chef-d'oeuvre. Mais elle n'avait plus de temps à perdre. Elle claqua un baiser sur le front trempé de sueur de l'Elfe et s'en fut, l'abandonnant là pour que ses gardes la trouvent facilement et comprennent le message, eux aussi.

Au croisement du couloir où elle avait engagé le combat, quelques gouttes de sang isolées. La jeune Naine s'immobilisa, sachant parfaitement quoi faire pour retrouver ses compagnons mais répugnant encore à le faire maintenant que sa vengeance était assouvie. Malgré tout, puisque c'était le sang de Thorïn, elle n'avait aucun doute là-dessus, et que cela semblait s'apparenter fortement à un ordre direct, elle se pencha et les recueillit du bout des doigts pour les goûter. Aussitôt, le voile rouge familier, qui ne la quittait plus depuis qu'elle était revenue à elle dans sa cellule, mais s'était tout de même légèrement évaporé avec les cris de Tauriel, s'épaissit davantage. Ce sang sentait délicieusement bon. Il était délicieusement bon. C'était comme si un chemin de lumière écarlate s'ouvrait devant elle. Et au bout de ce chemin, battant sourdement, l'attendait le coeur de Thorïn.

Guidée par le sang de son amant, elle se mit en chasse.


Les gardes arrivèrent quelques minutes plus tard. Quelques minutes trop tard. Ils trouvèrent leur Capitaine étendue au sol, les membres brisés. Elle pleurait. Non plus de terreur, mais de soulagement. Un sourire d'ange défigurait son beau visage et, sur son ventre, étaient gravé en lettres de sang le nom de Daenerys.


Il y avait deux gardes en stationnement. Dwalïn et Thorïn s'en débarrassèrent aisément, avec une discrétion que le petit Hobbit ignorait qu'ils possédaient. Une fois la voie dégagée, il courut jusqu'à un ingénieux système de poulie qui permettait d'ouvrir une large trappe, au sol, sous lequel passait un fleuve. Aidé de Dori et Bombur, Bilbo parvint à ouvrir les panneaux de bois qui la fermaient et attacha la corde à un anneau de métal fixé au sol, puis il frotta ses mains sales sur son par-dessus jaune.

- Et maintenant, c'est quoi le plan ? s'enquit Nori en regardant le vide.

- Et bien on saute, pardi !

Thorïn s'approcha du bord et lanca une chope, qui traînait sur une table, dans le fleuve. Il évalua la chute à plusieurs dizaines de mètres. Sûrement pas plus de cinquante mètres (du moins l'espérait-il) mais pas moins de trente. C'était trop.

- Sauter. Là-dedans. Hors de question, trancha-t-il.

- Ecoutez, il n'y a pas d'autre issue. Vous voulez retourner dans votre cage ?

Les Nains frissonnèrent et secouèrent tous la tête d'un même mouvement, dans une synchronisation parfaite. Bilbo se retint de sourire et désigna les larges tonneaux vides qui attendaient d'être lâchés dans le fleuve.

- On va utiliser ces trucs-là, expliqua-t-il. Il y en a largement assez pour vous tous. Alors vous vous glissez là-dedans et...

- Hola, attendez. Vous voulez nous enfermer dans des tonneaux ? demanda Balïn en fixant le petit Hobbit, les yeux plissés.

- Mais oui, acquiesça le cambrioleur après un court silence.

Les Nains ouvrirent des grands yeux, stupéfaits, sauf Thorïn qui continuait à fixer les eaux tumultueuses du fleuve, loin en contrebas.

- Etes-vous tombés sur la tête, monsieur Bilbo ? s'inquiéta le gentil Ori.

Le Hobbit secoua ses boucles claires et retint une exclamation agacée. Ce n'était vraiment pas le moment de discuter, les gardes pouvaient rappliquer d'un instant à l'autre. Et Daenerys, qui ne les rejoignait pas, malgré les gouttes de sang de Thorïn qui balisaient leur trajet... La panique, qui s'était jusqu'alors tenue à distance, commença à s'étendre sur l'esprit de Bilbo. Il n'osait même pas imaginer ce que serait son châtiment pour avoir tenté une évasion. Sûrement, il serait envoyé dans cette horrible salle des tortures qu'il avait aperçu près des cachots.

- Nous n'avons pas le choix, de toute façon... marmonna Thorïn en se tournant vers son cambrioleur. Montrez-nous, Bilbo.

S'il s'étonnait d'obtenir ainsi la bénédiction du Roi déchu, le Hobbit n'en montra rien. Il se contenta de hocher la tête et de desceller les tonneaux, indiquant à ses compagnons de se fourrer dedans et de ne plus faire le moindre bruit.


Elle croisa des gardes. Trois gardes, qui se dressaient sur son chemin. Armés jusqu'aux dents, visiblement en plein branle-bas de combat. Elle dégaina ses lames noires qui, comme d'habitude, ne produisirent aucun bruit, et se glissa dans le dos des Elfes, plus silencieuse que le Fantôme qu'elle avait été. Autrefois.

Elle poursuivit son chemin, quelques instants plus tard, apercevant au sol quelques gouttes de sang isolées. Mais à dire vrai, elle n'avait pas besoin de les voir. Leur goût riche et puissant sur sa langue et leur odeur tentatrice la guidait plus sûrement qu'un phare vers son amant. Vers son Roi.

Elles laissa derrière elle trois gardes morts, proprement égorgés.


Bilbo émit un cri aigu assez peu viril quand il entendit une porte claquer. Des pas se rapprochaient rapidement de leur position et lui n'aurait pas le temps de dégainer Dard. Les Nains étaient, pour la plupart, déjà enfermés dans leur tonneau. Ne restaient plus que Thorïn, Dwalïn et Gloïn. Il lâcha la plaque ronde qui fermait le tonneau de Bifur quand la porte s'ouvrit sans bruit. En un éclair, le nouvel arrivant fut plaqué au sol, la lame d'Orcrist posée contre la gorge.

- Si j'avais sû quel accueil tu me réservais, je me serais pressée un peu plus pour te rejoindre...

Thorïn se permit un sourire devant la mine aguicheuse de Daenerys. C'était dans ces moments-là qu'il se rappelait à quel point elle était jeune, et à quel point il l'aimait. Pendant un bref, très bref, instant, l'éclat de l'Arkenstone cessa de l'aveugler, libérant son esprit de son emprise néfaste.

- Que les Valar soient remerciés, c'est vous, soupira Bilbo en portant une main à son pauvre coeur, qui palpitait à tout rompre. Bon, Daenerys, j'ai ici un tonneau qui n'attend plus que vous !

La jeune Naine rejeta la tête en arrière pour regarder le Hobbit à l'envers, toujours étendue au sol et n'ayant, de toute évidence, aucune envie de se lever. De toute façon, Thorïn était toujours accroupi sur elle et n'avait pas bougé d'un pouce.

- Un tonneau, répéta-t-elle d'un air blasé. C'est une plaisanterie.

Bilbo ferma les yeux et pressa deux doigts sur ses tempes douloureuses.

- Non, malheureusement, répondit Thorïn à sa place en se redressant.

Il la releva d'une traction et la fit pivoter sur elle-même avant de la pousser vers le pauvre Hobbit au bord de la crise d'angoisse.

- Tu n'as pas ton mot à dire, bien évidemment, reprit le roi Nain avant que sa compagne ne puisse parler. Allez, grimpe là-dedans.

Obéissante, Daenerys se hissa sur le rebord de l'énorme tonneau et se laissa tomber dedans. Elle n'était pas particulièrement claustrophobe. Comme tous les membres de sa race, et plus encore de part son appartenance à la Légion, elle avait l'habitude des endroits très exigus. Mais là, tout de même, elle pressentait que ce serait difficile. D'autant qu'elle ne savait pas du tout combien de temps durerait le trajet, et n'aurait aucun moyen de se repérer, géographiquement et temporellement. De plus, une puissante odeur de vin émanait de ce tonneau. Elle se rendit soudainement compte que seule sa tête dépassait du rebord de bois cerclés de métal. Ce qui l'agaça prodigieusement. Se hissant sur la pointe des pieds, elle redressa la tête avec fierté.

- Je tiens à dire que vous me traitez d'une honteuse manière, monsieur, dit-elle à Thorïn en imitant la voix hautaine de la princesse qu'elle devrait être. Et que ca se paiera, vous pouvez en être sûr.

- Je n'en doute pas, répondit-il en se penchant pour l'embrasser rapidement.

Elle marmonna dans sa barbe (qui commencait à repousser, d'ailleurs) et se roula en boule entre les parois de bois de son tonneau tandis que Thorïn le refermait soigneusement. Elle entendit vaguement la voix grave de Dwalïn, très étouffée à cause du bois, dire au Roi déchu de se mettre à l'abri et celle de Bilbo approuver. Quelques instants plus tard, elle devina à ses ronchonnements étouffés qu'il était lui aussi enfermé dans une prison de bois.

Attendez une seconde. Et Bilbo ?


Le Hobbit se tourna vers le tonneau fermé de la jeune Naine. Des grattements insistants se faisaient entendre, comme si elle essayait de soulever la plaque de bois sans y parvenir. Bilbo se hissa sur la pointe des pieds et parvint à rouvrir le tonneau. Pour se heurter à un regard vert cerclé d'écarlate mi-inquiet mi-furibond.

- Euh... Il y a un problème ? demanda-t-il à voix basse pour ne pas alerter les autres Nains.

- Comment allez-vous faire ?

- Faire quoi ? s'étonna le cambrioleur en haussant les sourcils.

- Pour sortir d'ici, comment vous allez faire ?

Bilbo ouvrit la bouche pour répondre qu'il utiliserait son anneau, bien entendu. Puis il se rendit compte que ledit anneau, aussi magique soit-il, ne faisait que le rendre invisible. Il ne le sauverait pas de la noyade, qui l'attendait aussi sûrement que Lobelia était la voleuse de ses chères cuillères en argent. Il était donc dans une impasse, s'en rendit compte et referma la bouche sans avoir prononcé un mot.

- C'est bien ce que je me disais, marmonna la Naine en secouant la tête.

D'une poussée, elle se hissa sur le rebord du tonneau et observa les environs. Evidemment, tous les tonneaux étaient pris. Il n'en restait aucun pour le pauvre cambrioleur qui les avait sorti de là. Puis son regard tomba sur un renfoncement, dans le mur. Là, au fond, il y avait des tonneaux plus larges. Plus grands aussi. Largement assez pour contenir deux personnes. D'un bond, elle rejoignit Bilbo, qui ne savait plus quoi faire. Elle lui prit le poignet et le tira derrière elle.

- Venez, j'ai une idée.


C'était d'ailleurs une idée proprement géniale. Sauf qu'à deux - ou plutôt un et demi, songea-t-elle narquoisement - il était plutôt difficile de rouler un tonneau aussi gros que celui qu'elle avait repéré. Surtout qu'il était plein (mais pas de liquide, d'après le bruit) et qu'ils n'avaient plus beaucoup de temps, selon le Hobbit effrayé. Daenerys, elle, ne paniquait pas. Elle se disait que, vu l'état dans lequel elle avait laissé Tauriel, on préférerait sauvegarder sa vie vacillante.

Ils immobilisèrent le gros tonneau face à la trappe ouverte et la Naine essaya d'enlever une des plaques de bois qui le fermaient.

- Qu'est-ce que vous faites ?

Daenerys et Bilbo se tournèrent vers Kili, qui les regardait avec des yeux ronds depuis son tonneau. Pourquoi cet imbécile avait-il éprouvé le besoin de sortir ?

- Je m'échine à sauver la peau de notre Hobbit. Cache toi, tu veux ?

La plaque céda enfin et Daenerys, sous le coup, tomba en arrière avec un cri de surprise. La Naine aurait basculé dans le vide si Kili, rapide comme l'éclair, n'avait pas bondi pour la rattraper.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda la voix étouffée de Fili.

- Rien ! Dors, toi !

Maugréant contre la jeune femme, le prince héritier ne décrocha plus un mot. Elle secoua la tête et adressa un remerciement à l'archer avant de lui demander de retourner dans son tonneau. Quitte à ce qu'ils se fassent avoir, autant limiter les dégâts. Il hocha la tête en regardant Bilbo vider le tonneau de ses pommes et retourna se mettre à l'abri.

Inspirant à fond, la jeune femme plongea dans les fruits bien rouges.


Rapidement, Bilbo rouvrit les tonneaux pour donner deux pomme à chacun des Nains. Au cas où, argua-t-il d'un air très sérieux. Daenerys se retint de lui dire qu'une pauvre pomme ne les sauverait pas, et qu'ils mourraient de soif avant que la faim ne les emporte, si ce voyage durait plus longtemps qu'ils ne l'escomptaient. Elle regarda vaguement les fruits dévaler le fleuve, loin sous ses pieds, avant que Bilbo ne referme la trappe et l'aide à faire rouler le tonneau vide avec les autres.

- Après vous, indiqua-t-elle au Hobbit.

- Tenez, prenez vos pommes.

La Naine leva les yeux au ciel et prit ses deux fruits sensés la sauver de la famine avant de suivre son compagnon dans le tonneau. A eux deux, ils parvinrent à replacer la plaque et attendirent. Ils attendirent de longues minutes, qui leur semblèrent une éternité. Puis, enfin, leur parvinrent des voix, qui parlaient entre elle dans une langue chantante et fluide. Ils ne comprenaient rien à ce qui se disait, mais ils entendirent distinctement le bruit des cottes de mailles et des épées cliquetantes contre les armures d'écailles que portaient les garde. Les Elfes fouillèrent la salle et firent mine de s'intéresser aux tonneaux. Une voix masculine claqua sèchement et les pas s'éloignèrent sensiblement. Il y eut encore quelques disputes, puis les Nains entendirent la trappe s'ouvrir une nouvelle fois. Le tumulte du fleuve leur parvint avec une acuité décuplée par la peur. Puis, on les fit rouler. Il y eut d'autres éclats de voix, un nouvel ordre sec.


Et ils tombèrent.


La chute fut à la fois effroyablement longue et étonnamment courte. Les tonneaux heurtèrent la surface du fleuve dans un fracas infernal. Les Nains crurent, durant un angoissant instant, qu'ils allaient céder à la pression des eaux et de la chute cumulées et éclater en morceaux. Heureusement ce ne fut pas le cas.

Les tonneaux se frappaient entre eux ou cognaient des débris végétaux. Parfois, ils s'enfoncaient au fond du fleuve, et les Nains voyaient avec horreur quelques bribes d'eau pénétrer leur prison de bois. Puis, n'y tenant plus, Daenerys décida qu'ils étaient assez loin pour sortir à l'air libre. Ignorant les cris terrifiés de Bilbo, elle retira la plaque de bois qui les tenait enfermés et jeta un coup d'oeil à l'extérieur.

La première chose qu'elle constata, c'est qu'elle n'était pas la seule à avoir eu cette idée. Fili et Kili, paniqués, hurlaient à plein poumons, ballotés dans tous les sens par les flots rageurs. Non loin d'elle, il y eut un horrible craquement et des échardes de bois volèrent en tout sens, juste avant qu'un lourd marteau de guerre n'apparaisse, immédiatement suivi par Dwalïn. Il y eut un cri strident et tous levèrent les yeux pour voir Nori être éjecté de son tonneau et plongé dans le fleuve. Dans un sursaut de courage, le petit Bilbo bondit à sa suite, retenu uniquement par la main de Daenerys, qui s'était refermée sur sa cheville au dernier moment.

Par un miracle incroyable, Bilbo parvint à agripper le pickpocket, qui se débattait en hurlant, et à le tracter jusqu'à lui, aidé d'une Naine terrifiée qui ne cessait plus de cracher des jurons bien sentis. Nori s'accrocha désespérément au rebord de leur tonneau, qui tangua dangereusement.


Fili et Kili avaient réussis, on ne savait comment, à s'agripper l'un à l'autre, et l'aîné tentait tant bien que mal de rassurer le cadet alors qu'il ne pouvait pas empêcher sa voix de partir dans les aigus sous le coup de la panique.

Dwalïn, usant de sa voix de stentor pour couvrir les rugissements du fleuve, appelait son frère Balïn, appelait Ori, appelait Thorïn. Seul le dernier répondit.

Une autre plaque de bois vola en éclat et le Roi déchu parvint enfin à sortir de son tonneau. Voir ses neveux sains et saufs le rassura. Voir la situation précaire de Daenerys, Bilbo et Nori glaça son sang dans ses veines.

La Naine se rejeta en arrière, usant de tout son poids, pour éviter que le tonneau ne bascule définitivement dans l'eau. Mais malgré sa masse, les deux hommes réunis pesaient plus lourd qu'elle. Elle croisa un regard bleu et une idée germa dans son esprit. Ce tonneau était assez large pour accueillir deux personnes (enfin, une et demi) mais pas trois. Et puis Nori allait finir par se noyer, à ce rythme, et Bilbo avec lui. Il n'y avait pas beaucoup de solutions. Daenerys attrapa la main de Nori et tira de toutes ses forces, le faisant entrer de force dans le tonneau, qui commenca à s'enfoncer dangereusement dans le fleuve. Prenant appui sur la tête du Nain roulé en boule, elle se hissa sur le rebord du tonneau et repéra rapidement celui, vide, du pickpocket.

Thorïn aurait bien voulu crier, si sa voix ne s'était pas bloquée dans sa gorge devant la manoeuvre. Fili, lui, n'hésita pas une seconde à hurler de toutes ses forces. Ce qui, avec les rugissements du torrent, n'eut bien sûr aucun effet sur la Naine.


Le tonneau était trop loin, et il filait plus vite que les autres car plus léger. Elle pouvait éventuellement prendre appui sur la tête de Dwalïn (qui ne manquerait certainement pas de l'écharper s'ils survivaient). Mais il resterait encore trop loin. Et elle n'avait plus de temps devant elle pour réfléchir. Bilbo poussa un hurlement de terreur pure quand l'eau commença à affluer dans leur grand tonneau.

Daenerys cessa de penser, ignora la lame de peur qui s'enfonça dans son âme et refusa de regarder en direction de Thorïn.

Elle plongea dans le fleuve.


Immédiatement, la puissance du torrent la submergea. Il balaya ses jambes et la propulsa contre le lit de la rivière, s'infiltrant dans sa gorge pour la noyer. Le monde était noir, tous les sons étouffés. Elle ne percevait même plus les voix de ses compagnons. Ni les rugissements furieux des flots. Perdue dans ce monde de silence et de ténèbres, elle se dit que c'était une belle façon de mourir. Seule, légère, sans clameur de bataille, apaisée. Mais elle n'avait aucune envie de mourir là. Syrio et Ohgren avaient dit qu'elle avait encore des choses à faire. Alors, elle devait remonter, n'est-ce pas ?

Mais elle nageait réellement comme une enclume et l'air commençait déjà à manquer. Si son environnement immédiat était d'une douceur trompeuse, elle distinguait des formes qui se mouvaient autour d'elle. Au-dessous d'elle. Entre ses jambes. Elle sentit distinctement quelque chose la frôler. Quelque chose de froid et de visqueux, long de plus d'un mètre et gros comme sa cuisse. Un éclat d'argent perça le noir, une trille claire explosa à ses oreilles et des yeux dorés s'ouvrirent pour la fixer.

Ce truc-là ressemblait vaguement aux serpents des profondeurs. Elle avait déjà vu quelques unes de ces créatures lors de ses voyages dans les Tréfonds du monde. Il s'agissait de serpents énormes aux écailles blanches et, bien entendu, parfaitement aveugle. Mais, et Daenerys ignorait tout à fait comment c'était possible, ils n'avaient aucun mal à se repérer dans les eaux noires des lacs souterrains, et pouvaient sentir leurs victimes sur plusieurs kilomètres. Ils étaient dôtés de deux crocs longs et acérés distillant un poison paralysant qui pouvait s'avérer mortel s'il n'était pas contré par un antidote. La victime blessée commençait alors à se noyer, et regardait la créature la dévorer vive sans pouvoir réagir. Pas de douleur, juste l'angoisse et la vision effroyable d'un animal monstrueux arrachant des lambeaux de votre propre chair pour s'en repaître.

Et ce machin-là ressemblait à ces serpents. En plus petit. En le voyant de près, elle considéra qu'il faisait sûrement un peu plus d'un mètre. Et qu'il n'était pas aveugle. Et qu'il semblait décider à faire d'elle son repas. La Naine poussa une exclamation en se propulsant en arrière. L'eau glacée du fleuve s'engouffra dans sa gorge et la fit s'étrangler. Ses mouvements désordonnés, loin de la ramener à la surface, la firent couler un peu plus. C'étaient ses armes et son armure qui l'empêchaient de remonter, mais elle n'avait aucune envie de s'en séparer. Même pour sauver sa vie.

La créature nageait vers elle sans se presser, sûrement persuadée d'avoir affaire à une proie facile. Ces animaux étaient cruels et aimaient à traquer leurs victimes avant de les tuer. Daenerys aussi aimait traquer ses victimes. Autrefois. Et elle n'avait pas du tout le profil d'une proie. Elle cessa de bouger et laissa le monstre s'enrouler autour d'elle et resserrer ses anneaux d'argent. Puis elle dégaina son épée et la colla contre elle. Au dernier moment, la créature referma sa prise violemment, sûrement dans le but de lui briser les os et de l'immobiliser le temps de lui croquer la tête. La lame noire s'enfonça légèrement dans le plastron de cuir de la jeune Naine et ne bougea plus. La créature poussa une sorte de glapissement strident et déroula ses anneaux tandis qu'un filet de sang s'échappait de ses blessures. Furieux, le serpent se rua en avant et la percuta par le côté, l'envoyant au fond du fleuve. Des éclairs noirs commencèrent à apparaître à la périphérie de la vision de Daenerys tandis que ses poumons cherchaient désespérément de l'air.

Juste à temps, elle écarta les jambes et la créature fila entre elles. Voyant là une issue possible à sa périlleuse situation, la Naine referma ses cuisses et se cramponna à la bête, qui rua férocement avant de filer à toute vitesse. Au-dessus d'elle, Daenerys voyait le fond des tonneaux de ses compagnons. La surface se rapprochait. Les écailles argentées n'offraient aucune prise, si bien que la Légionnaire se sentait glisser à chaque mouvement du puissant corps qui ruait sous le sien. Alors, dégainant sa deuxième lame, elle planta ses deux épées entre deux écailles, s'arrimant fortement à la créature. Le serpent rua encore plus et bondit soudain hors de l'eau. Elle eut à peine le temps d'avaler une grande goulée d'air qu'il retombait dans l'eau dans une éclaboussure.

Daenerys planta un peu plus ses épées dans la chair du serpent, qui tentait désespérément de la désarçonner, sans succès. Plusieurs fois, il fit de beaux looping à l'air libre avant de retourner au fin fond du fleuve, lui permettant de se ressourcer en oxygène. Mais finalement, après plusieurs minutes d'un combat acharné, la créature finit par se calmer. La Naine inclina légèrement ses lames vers la gauche et la créature se dirigea vers la gauche. Elle fit de même vers la droite et s'émerveilla de voir le serpent suivre le mouvement. Enfin, elle amena ses épées vers elle, légèrement, et sa monture la ramena à la surface.


La première chose qu'elle fit fut de respirer un grand coup. La deuxième, de rire. Elle ramena ses cheveux dégoulinant d'eau sur une épaule et les essora rapidement, le temps que les tonneaux, qu'elle avait distancés, la rattrapent.

- Hey Fili ! T'as vu ca ? J'ai dompté un serpent ! Tu as vu ? cria-t-elle quand elle aperçut son ami.

Fili, plus blanc qu'un linceul, la regardait avec horreur. Kili, toujours accroché au tonneau de son frère pour rester près de lui, lui caressa les cheveux d'un geste apaisant, tout en fusillant la Naine du regard pour la crise d'angoisse qu'elle avait provoqué chez le Prince héritier. L'insouciance de Daenerys quant à sa propre sécurité avait le don de lui taper sévèrement sur le système.

- Espèce d'idiote, siffla-t-il à son encontre, réalises-tu seulement que tu as failli mourir ? Sous nos yeux, qui plus est ? Où n'en as-tu absolument rien à faire ?

La jeune femme regarda l'archer avec des yeux ronds, ne comprenant pas les raisons de sa soudaine colère. Elle ouvrit la bouche pour lui dire de lui parler sur un autre ton s'il ne voulait pas s'en prendre une quand Fili revint à lui.

- IMBECILE ! hurla-t-il de toute la puissance de sa voix. TU N'ES QU'UNE FOUTUE DEBILE, UNE PUTAIN DE TAREE ! NE REFAIS JAMAIS CA !

Daenerys ne savait plus que dire, surtout quand Bilbo se mit à lui hurler dessus en parfaite synchronisation avec le prince blond. Un rapide coup d'oeil autour d'elle lui permit de constater que tous ses compagnons étaient livides. L'idée qu'ils aient eu peur pour elle lui fit chaud au coeur, mais elle se garda bien de le dire à voix haute. Seul Nori ne criait pas. Il se contenta de tendre les mains, quand le tonneau qu'il partageait avec Bilbo passa près d'elle et de son serpent, pour prendre les siennes et la remercia avec tant de gratitude et de reconnaissance dans la voix que la pauvre jeune femme ne savait plus où se mettre. Elle lui fit un sourire, ignorant quoi faire d'autre.

Puis elle se retrouva face à Thorïn.


"Moi, je serais toi, je l'étranglerais une bonne fois pour toutes."

Frerin n'avait pas tort. Son coeur s'était arrêté et il avait réellement cru mourir de peur quand elle avait plongé. Il savait, rationnellement, qu'elle ne pouvait pas avoir passé plus de quelques minutes sous l'eau. Néanmoins, il avait eu l'impression qu'elle y avait passé des heures. Quand elle avait basculé dans le vide sous les coups du Roi Gobelin, il avait cru que son monde s'écroulait. La brusquerie de sa disparition ne l'avait frappé que plus tard, une fois l'adrénaline retombée. Là, il avait eu tout son temps pour assimiler l'idée. Il avait regardé ses cheveux blancs disparaître progressivement. Il avait vu l'eau bouillonner, des filaments de sang remonter à la surface et il avait cru, au plus profond de son âme, qu'elle était morte. Définitivement, cette fois. Pour de bon. Son coeur n'avait pas eu le temps de se briser. Etait-il encore capable de se briser, seulement ? Elle avait jailli du fleuve, juchée sur une créature terrifiante, dont les mâchoires auraient pu la briser comme fétu de paille. Ses épées noires planter dans le corps serpentin, son visage arborait une telle exaltation qu'il avait considéré ses inquiétudes comme dérisoires. Futiles. Inutiles. Puis il s'était dit que ce n'était pas ses inquiétudes à lui qui étaient stupides. Elles étaient normales, pour un homme, surtout lorsqu'il était aussi amoureux d'une femme que lui l'était de Daenerys. C'était son comportement à elle qui n'était pas normal. C'était son attitude qui frisait la folie. Une question ne cessait plus de tourner dans sa tête, depuis qu'elle l'avait vu dompter son monstre. Pourquoi faisait-elle ça, pourquoi se mettait-elle toujours en danger, alors qu'elle savait pertinemment les souffrances que sa mort lui causerait ? Pourquoi ?

"Parce qu'elle est folle, mon frère. Tu as réussi le coup de maître de t'enticher d'une véritable tarée, comme dit Fili. Amuse toi bien."

Si sa folie l'amusait, autrefois, ce n'était plus le cas. La vie n'était pas un jeu, elle était précieuse. Infiniment précieuse. Surtout celle de Daenerys, dont dépendait la sienne. Qu'elle en fasse si peu de cas lui retournait l'estomac. N'avait-elle donc que faire de mourir ? Bien sûr, les expériences qu'elle avait vécues en tant que Légionnaire l'avait endurcie et lui avait sûrement appris à ne pas craindre la Mort, à courir à sa rencontre comme une femme heureuse de revoir son amant longtemps parti. Mais lui voyait ca comme une aberration. Après avoir vu, de ses yeux, le feu de Smaug ravager son peuple et son royaume, après avoir vu sa femme brûler vive, après avoir vu son petit frère être brisé en deux comme une vulgaire poupée de porcelaine, il avait appris à respecter la vie comme un trésor, à la chérir et la protéger. Leurs visions de l'existence étaient si différentes qu'elles lui semblaient parfaitement incompatibles. Alors quand il la vit rire, réellement rire, comme si elle n'avait pas frôlé la Mort de près, encore une fois, comme si la peur sans nom qui l'avait envahi, lui, ne valait rien, quand il la vit rire, il se prit à la haïr de toutes ses forces. Plus que Thranduil, qu'il comprenait malgré le goût amer que sa trahison avait laissé. Plus que Smaug, qui avait saccagé sa vie. Plus qu'Azog, qui lui avait pris son grand-père, son père et surtout, surtout, son cher petit frère. Il la haïssait au point de vouloir la tuer de ses propres mains, pour qu'elle cesse de lui faire si peur, pour qu'elle cesse de lui faire tant de mal.

"Si seulement je vivais encore, si seulement je pouvais être près de toi, mon frère, je l'empêcherais de te faire souffrir..."

Mais elle continuerait. Elle n'écoutait jamais personne, pas même Fili, pas même lui. Il la voyait déjà, s'ils parvenaient à rejoindre Erebor, combattre Smaug, tout en sachant qu'elle ne pouvait pas gagner. Pas cette fois. Il voyait déjà les flammes l'engloutir et la consumer, comme la petite fille de son rêve. Et pour cela, il la haïssait encore plus, car son coeur saignait déjà de la savoir perdue. Et elle continuait à rire, fière d'elle. Les reproches de Kili ne semblaient pas l'atteindre, tout comme les cris conjugués de Fili et Bilbo. Elle était trop fière de son exploit, trop fière d'avoir dompté un serpent monstrueux, trop fière d'avoir une nouvelle fois dansé avec la Mort et d'avoir esquivé son baiser glacé. Trop fière. La haine et la colère flambèrent dans le coeur de Thorïn comme la ville de Dale quand le feu de Smaug s'était abattu du ciel.

Il voulait qu'elle cesse de rire, une bonne fois pour toutes.

Ecoutant les paroles douces de Frerin, Thorïn sortit lentement Orcrist de son fourreau.


Du coin de l'oeil, elle vit briller la lame d'Orcrist et esquiva l'attaque en forcant son serpent à dévier de sa trajectoire initiale. La vision des yeux bleus de Thorïn, vides de toute émotion, figea son sang dans ses veines. Merde, qu'est-ce qu'il se passait, là ? La lame revint dans un revers dévastateur, et elle dut plonger dans le fleuve pour éviter l'attaque qui l'aurait bien décapitée. Kili, qui regardait la scène avec des yeux effarés, en lâcha le tonneau de son frère.

- Thorïn, qu'est-ce que tu fous ? s'écria-t-il.

Son oncle ne lui répondit pas. Son visage avait l'immobilité d'une statue et ses yeux vagues, la fixité du regard d'un mort.

- Par Durïn, qu'est-ce qui te prend ? hurla la jeune femme en revenant à la surface, dans l'angle mort du roi déchu pour ne pas risquer un nouveau coup.

Le serpent nagea jusqu'au tonneau et elle lâcha ses épées pour prendre entre ses mains le visage de Thorïn. Il ne la reocnnaissait pas. Il ne reconnaissait personne. Il n'était même plus là. Le désespoir la submergea. Elle l'appela, plusieurs fois, sa voix montant dans les aigus tandis que la peur tordait ses entrailles.

Le regard de Thorïn s'illumina et il revint à lui. La voix de Frerin, dans sa tête, s'estompa progressivement. Elle crut que tout était redevenu normal. A tort.

- Espèce d'inconsciente, cracha-t-il d'une voix sourde, les dents serrées. Tu mériterais que je t'arrache le coeur pour m'avoir fait une peur pareille !

Daenerys s'écarta, soulagée de comprendre que c'était simplement la peur qui avait dicté ces attaques. Mais une petite voix lui sussura que c'était faux, que ce n'était pas la colère rétrospective de son plongeon qui lui avait valu une telle fureur de la part de son amant. Son regard, son visage et la volonté meurtrière qu'il avait mis dans chacun de ses coups témoignaient d'autre chose. Ce n'était plus Thorïn. Néanmoins, elle choisit de faire semblant. De faire comme si tout allait bien. Elle redressa donc la tête avec arrogance et se tint droite, telle une reine sur un trône, et s'éloigna de lui.

- Si c'est comme ça, je m'en vais. Adieu, messieurs !

Et elle disparut sous l'eau, accompagnée du rire incrédule d'Ori. Pour réapparaître quelques secondes plus tard, loin devant eux, son serpent nageant à toute vitesse.


La nuit tomba, fila et, vers minuit, ils laissèrent la Forêt Noire derrière eux. Le ciel noir s'éclaircit et laissa la place au jour. La matinée était déjà bien avancée quand ils arrivèrent sur une berge de sable clair. Toujours sur le dos de son serpent, Daenerys tira les quelques tonneaux qui ne s'étaient pas échoués sur la rive pour qu'ils ne continuent pas leur course vers on ne savait où.

Elle se laissa tomber dans l'eau, qui lui atteignit la taille, et arracha ses épées. Le serpent s'en fut aussitôt sans demander son reste, retrouvant sa liberté.

Certains Nains, comme Dori et Balïn, étaient restés enfermés dans leur tonneau durant tout le trajet, et étaient réellement mal en point. Les mieux portants, comme les deux Princes, les aidèrent à s'extirper de leur barrique et les allongèrent sur le sable pour qu'ils respirent et se reposent de cet éprouvant voyage.

Du côté de Thorïn, la peur et la colère avaient fini par cesser de le tourmenter. Il avait retrouvé son calme et seule la culpabilité d'avoir réagit aussi violemment tournait dans son esprit. Alors quand il la vit nettoyer ses lames noires, de l'eau jusqu'au genoux, il refusa d'écouter la voix de Frerin et la rejoignit.

Elle le sentit approcher plus qu'elle ne l'entendit. Tous ses muscles se tendirent, craignant tout autant les remontrances glacées qu'il ne manquerait pas de lui cracher au visage que le coup d'épée qui mettrait fin à ses jours. Elle ferma les yeux et attendit, parfaitement immobile, son coeur cognant fortement entre ses côtes.

- J'ai cru mourir de peur, murmura-t-il tout bas.

Elle pivota et rencontra un regard bleu parfaitement limpide, inquiet et coupable. Elle se détendit enfin. Une main se glissa dans ses cheveux blancs pour rejeter sa tête en arrière, un bras entoura sa taille et la hissa sur la pointe des pieds. Il l'embrassa avec un désespoir tellement palpable qu'elle sentit des larmes lui monter aux yeux. Elle ne pensait pas qu'il aurait si peur pour elle. Elle n'avait pas réfléchi. Elle n'avait songé qu'à sauver Nori de la noyade, quitte à la risquer à sa place. Elle avait tant de foi dans les paroles de Syrio et Ohgren, qui lui avaient assuré que son heure n'était pas encore venue, qu'elle ne s'inquiétait plus de sa sécurité. Elle n'imaginait pas que Thorïn, lui, souffrirait de son inconscience calculée. Alors la culpabilité serra son coeur avec force et elle passa ses bras autour de sa nuque pour lui rendre son baiser, tentant d'y faire passer tout son amour et ses regrets.


Voilà. Il faut que je me remette à écrire, je n'ai que deux chapitres d'avance. Ca va mal.

J'espère que ca vous a plu !

Je vous embrasse, et à la revoyure !

Aschen ( capo de Dona Corleone, Maîtresse des Araignées et Fléau des Elfes (at your service)