Résumé du précédent chapitre: dans le silence du mois d'Avril, une seule bonne nouvelle permet encore à Neville et Hermione d'avancer: la guérison possible de Ginny. Et tandis que Harry courre toujours après son but, que Narcissa Malefoy mène l'enquiête et que Lucius Malefoy prend des leçons particulières sur la vie humaine, Hermione se relève petit à petit de la terrible épreuve qu'elle a dû traverser le mois dernier, grâce à la vaillance et la constance de son ami. Mais c'était sans compter qu'un malheur ne vient jamais seul…
Parole de l'auteur: j'ai pensé qu'une petite revue dans l'esprit de deux mères que nous connaissons bien ne ferait pas de mal à cette histoire. Car la peste ne se contente pas de tuer ceux qui la touchent, elle sème également le malheur et le désespoir dans les familles des victimes.
Un peu comme une guerre, quand on y réfléchit bien!
Remerciements à:
Laryssa: Coucou, merci pour ta gentille review. Voui, Drago est un lâche, un vrai. Mais bon s'il ne l'était pas, ce ne serait plus le personnage de JKR. En tous cas, je suis contente que tu aies aimé ma fic. Je te souhaite une bonne lecture. Bisous.
Opus: Et comment que je suis contente! Trois review d'un coup! Mais c'est mon deuxième Noël! ;) Tiens au fait, moi c'est pas métro boulot dodo, mais c'est: bus campus terminus crétinus, euh… non, celui-là c'est moi qui l'ai inventé. XD
Sinon, je ne peux que te dire que tu as très bien fait pour le chocolat et les mouchoirs!
Chap 19: ah ce cher Drago, c'est vrai que je l'aime bien aussi quand il est présenté comme un demi-dieu invincible et magnifique, éperdument amoureux de la simple petite mortelle, Hermione. Mais bon, de temps en temps, c'est bien de revenir sur terre et de le rendre méprisable; car après, on a d'autant plus de plaisir à relire les fics où il est une homme « bien ».
Hermione et Neville ensemble? C'est là toute la question qui va se poser tout au long de cette deuxième partie. J'espère que tu as aimé Neville, cela faisait un moment que j'avais envie de lui donner un rôle important qui fasse rejaillir sa personnalité. Personnellement, c'est un personnage que j'aime plutôt bien dans l'ensemble.
Chap 20: effectivement, c'est une drôle de coïncidence d'écouter la belle et la bête en lisant ce chapitre. Je n'ai jamais entendu parler de cette comédie musicale, je vais essayer d'écouter. Sinon, je suis du même avis que toi: de tous les dysney que j'ai vus, la Belle et la Bête est de loin le meilleur de tous, c'est mon préféré. J'essaierai de trouver le texte original de Mme de Villeneuve, j'ai déjà beaucoup apprécié la version de Mme Leprince de Beaumont.
Et si tu aimes Narcissa en tant que mère énergique, tu vas l'adorer encore plus par la suite! :)
Voilà, merci encore pour cette triple-review, je te souhaite une bonne lecture. Bisous!
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Deuxième partie: Neville Longdubat
Chapitre 21: Mai ou les tourments d'une mère
Mère: «Étrange chose que d'être mère! Ils ont beau nous faire du mal, nous n'avons pas de haine pour nos enfants.» Sophocle
«…Pardonne-moi, maman…Je dois absolument connaître son nom…Tu n'es plus le bienvenu dans cette maison…Son nom Drago!…»
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«Albanie,
Château du Lord
Le 3 mai 19…
Ma chère Cissy,
J'ai été ravie d'avoir de tes nouvelles, comme on ne peut plus se voir très souvent, j'avoue que tu me manques beaucoup.
Mais je dois dire quand même que j'ai été surprise de ce que tu m'as demandé, Lucius ne t'a donc pas mise au courant? C'est un peu déconcertant mais bon, connaissant l'homme, je suppose que je ne dois pas trop m'étonner; à ce propos, tu n'aurais pas pu tomber sur un époux plus stupide que celui-là!
Donc, pour répondre à ta question, oui Severus a bien participé à la mission de sauvetage de ton fils: c'est lui qui nous a informé le premier de ce qui se tramait entre lui et la Sang-de-Bourbe, et c'est lui aussi qui nous tenait informés de tout ce qui se passait dans le château jusqu'à ce qu'il meure.
Mais bon, aujourd'hui sa mort n'est plus une grande perte puisque Harry Potter et ses amis ont tous été anéantis. Tôt ou tard, je pense que le Lord se serait débarrassé de son espion inutile.
À propos, sais-tu qu'une attaque est prévue au ministère? Le Maître a l'intention de clamer haut et fort le trépas de Harry Potter. Quel triomphe ce sera! Je te préviendrai à l'avance pour tu puisses t'y rendre et assister à cela.
Malheureusement, l'événement n'aura pas lieu avant juin, Il tient à s'organiser pour que tout soit parfait. La prise du pouvoir ne peut pas se faire du jour au lendemain, cela exige au contraire une longue préparation afin que le nouveau régime puisse s'installer durablement.
Bon, je te laisse, j'ai une mission sur le feu.
Je t'embrasse ma petite sœur,
Bellatrix.»
Narcissa reposa la lettre sur la table et réfléchit. Voici donc le fameux lien qui unissait Drago et feu Severus Rogue, restait à savoir pourquoi exactement son fils en voulait si fort au défunt professeur des potions.
Mais en son cœur, la jeune femme se doutait déjà de la nature de la réponse.
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Hermione et Neville épluchaient un manuel de potion de quatrième année. La Griffondor avait finalement décidé de revoir tout le programme en entier avec lui, et les résultats étaient payants: le jeune homme faisait des progrès fulgurants, comprenait tout assez vite. Grâce à elle, il en avait davantage appris en l'espace de quinze jours, que pendant les cours de Rogue en six ans. Il fallait préciser que son attachement envers son «professeur» était un facteur déterminant dans son apprentissage.
«…donc au moment où la potion diminue de moitié de volume, tu ajoutes de l'ellébore pilée, ça va jusque là?
-Très bien, merci. Et toi? La taquina-t-il.
-Non, ce n'est pas ce que je voulais dire.
-Je sais ce que tu as voulu dire: oui, ça va, je comprends très bien, c'est un miracle.
-Non, c'est de la magie», rectifia-t-elle d'une voix douce.
Elle sourit faiblement. Son ami la regardait avec une tendresse non dissimulée. Gênée, elle détourna le regard et reprit la leçon mais le garçon ne l'écoutait plus, trop occupé à la contempler. Merlin soit loué, elle avait repris un peu de poids et le sourire en prime. Désormais, la principale obsession de Neville était de savoir comment il allait la faire rire chaque jour. Jusque là, il était déjà très content lorsqu'il réussissait à lui arracher un sourire.
Sentant que son élève se déconcentrait, Hermione le rappela, un peu amusée:
«Neville! Houhou…tu m'écoutes?
-Pardon, s'excusa-t-il en rougissant, j'étais distrait.
Elle lui fit une petite tape derrière la tête et le réprimanda d'un ton faussement sévère:
-Et bien tâche de te reconcentrer, et que cela ne se reproduise plus!
-Oui maman», répondit-il en levant les yeux au ciel.
Elle s'apprêtait à répondre quelque chose de pas très gentil lorsque soudain, ses yeux s'écarquillèrent et elle pâlit d'un seul coup. Portant brusquement une main devant sa bouche, elle fonça dans les toilettes avant que Neville n'eût pu comprendre quoi que ce soit. Inquiet, il se releva et la suivit dans la salle-de-bains.
Il découvrit finalement accroupie devant la cuvette des toilettes, vomissant et s'agrippant férocement au siège, au point que ses jointures en étaient blanches. Perturbé, il s'approcha, s'agenouilla à côté d'elle et passa une main sur son front pour la soutenir. Tournant machinalement le regard, il faillit s'étrangler avec sa salive en voyant d'un seul coup ce qui n'allait pas.
Hermione avait fermé les yeux et hoquetaient encore un peu, mais à présent, le pire était passé, elle reprenait tout doucement son souffle. Elle n'avait pas encore remarqué l'anomalie, encore qu'elle avait sur la langue un goût étrange.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux et vit ce qu'il y avait dans la cuvette, elle eut l'impression qu'un grand froid s'abattait sur elle, crut halluciner…mais non! C'était bien du…
«Hermione, ça va? Demanda Neville d'une voix qui trahissait son anxiété.
-Je…franchement je…je ne sais pas.
-Écoute, dit-il hâtivement, tu vas te reposer maintenant, ça va aller. Je suis sûr que ce n'est pas grave.
-Pas grave? Répéta-t-elle d'une voix blanche. J'ai vomi du sang Neville, tu crois vraiment que c'est normal?
-Peut-être que tu es restée trop longtemps au-dessus d'un chaudron ces derniers jours. Ce sont des réactions qui peuvent se produire dans ton organisme si tu restes exposée aux vapeurs des potions pendant plusieurs heures. Mais je suis sûr qu'avec un peu de repos, tout finira par s'arranger.
-J'espère, fit-elle d'une voix affaiblie.
-Je vais m'occuper de toi, allez viens. De toutes façons, tu es très fatiguée et très affaiblie aussi par toute cette perte de sang donc tu as besoin de te restaurer. On arrête là pour aujourd'hui, voilà tout.
Et sans lui laisser le temps de protester, il lui passa un bras autour de la taille, la souleva comme si elle n'était qu'une poupée de chiffon et repartit ainsi en la portant dans ses bras. Agacée, elle protesta avec peu de conviction:
-Tu sais que je peux encore marcher?
-Tu plaisantes? Ricana-t-il. Tu ne t'es regardée ma pauvre, mais tu es positivement affreuse.
-Merci Neville, grinça-t-elle, je suis très touchée par ta délicatesse et surtout par ton tact inimitable.
-Excuse-moi Hermione, mais quand on est dans un état comme le tien, on ne marche pas, c'est le minimum du bon sens.
-Gna gna gna», grimaça-t-elle.
Il éclata de rire. Toutefois, ne pouvant se dégager, vaincue et dépitée, elle bouda en gardant obstinément les yeux baissés sur ses genoux. Neville secoua la tête devant son attitude puérile, mais tout à fait adorable venant d'elle.
Durant le trajet, Hermione se tortilla un peu pour être un peu plus à l'aise et put se rendre compte, un peu troublée, que son ami avait bien forci ses dernières années…et qu'on était bien dans ses bras. Mais presque aussitôt après, l'image d'un autre garçon s'imposa devant ses yeux et elle eut alors un bref rictus de souffrance.
De son côté, Neville n'avait pas remarqué le malaise furtif de son amie. Malgré la vague angoisse qu'il avait éprouvée, le jeune homme se sentait euphorique. Le simple fait de pouvoir tenir la jeune fille dans ses bras suffisait pour l'instant à son bonheur.
Comment aurait-il pu deviner que ce bonheur devrait se payer d'un lourd tribut dans un avenir proche?
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Le Petit Prince, chapitre huit:
Le petit prince, malgré la bonne volonté de son amour, avait vite douté d'elle. Il avait pris au sérieux des mots sans importance, et était devenu très malheureux.
«J'aurais dû ne pas l'écouter, me confia-t-il un jour, il ne faut jamais écouter les fleurs. Il faut les regarder et les respirer. La mienne embaumait ma planète, mais je ne savais pas m'en réjouir. Cette histoire de griffes, qui m'avait tellement agacé, eût dû m'attendrir…»
Il me confia encore:
«Je n'ai alors rien su comprendre! J'aurais dû la juger sur les actes et non sur les mots. Elle m'embaumait et m'éclairait. Je n'aurais jamais dû m'enfuir! J'aurais dû deviner sa tendresse derrière ses pauvres ruses. Les fleurs sont si contradictoires! Mais j'étais trop jeune pour savoir l'aimer.»
Drago reposa le livre à côté de lui et passa une main sur son visage. Il ne vit pas sa mère qui l'observait à travers la faible ouverture de la porte, profondément intriguée. Qu'est-ce que son fils avait bien pu lire qui le bouleversât autant? Et surtout, quelles incroyables transformations avaient pu s'opérer en lui pour lui arracher ces larmes furtives?
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Frigorifié, Harry soufflait sur ses doigts dans l'espoir de leur insuffler un peu de chaleur. Après s'être occupé de Shköder, puis de Koplik, il avait pénétré dans le territoire voisin de l'Albanie: le Monténégro, et s'était rendu dans la ville la plus proche qui constituait sa quatrième étape, c'est-à-dire Tuzi.
Comme d'habitude, il avait effectué les opérations du rituel: choisir un petit objet discret pour l'opération, verser le sang du sacrifié dessus (c'est-à-dire le sien propre) et enfin cacher sa nouvelle borne toute prête dans un endroit invisible (de préférence sous des kilomètres de terre quand celle-ci n'était pas trop gelée).
L'avantage d'être dans ces régions-là, loin de l'Angleterre, c'est que très peu savaient qui était Harry Potter, ce qui lui permettait généralement de circuler en toute impunité. Bien entendu, à l'approche de grandes agglomérations, il préférait tout de même rester cacher, juste au cas où.
Le garçon avait également pensé à la magie des elfes qui pouvaient aisément transplaner où ils voulaient, et avaient finalement trouvé la solution à ce dernier problème: il s'agissait encore d'un procédé de magie noire, appelé communément «sortilège du miroir», ou bien de façon plus réaliste, «rituel de bannissement».
L'opération en elle-même était assez simple: par-dessus son enceinte anti-transplannage, il devait en créer une autre spéciale par-dessus.
Pour cela, il avait prélevé un peu de sang de Dobby dans une fiole qu'il conservait soigneusement dans son sac-à-dos, et à laquelle il avait jeté un sort de duplication perpétuelle. À Poudlard, il avait déjà ajouté les herbes et les ingrédients dont il avait besoin, puis lancé l'incantation qu'il fallait; à présent, tout ce qu'il lui restait à faire, était de répandre la potion, là où il le souhaitait.
Les effets seraient immédiats et efficaces: tout elfe qui tenterait de franchir la limite de la zone de bannissement, serait implacablement renvoyés à leur point de départ, sans aucune chance de pouvoir entrer.
Les mangemorts seraient bels et bien pris au piège, sans aucune chance de pouvoir sortir.
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Deux jour plus tard, Hermione et Neville se rendirent à l'infirmerie. Ils avaient reçu des nouvelles extraordinaires des soignants là-bas à propos de Ginny. Avides d'en savoir plus, les deux Griffondor avaient décidé d'y aller, trop heureux d'entendre enfin les premières bonnes nouvelles en l'espace de presque huit mois.
Lorsqu'ils arrivèrent là-bas, un jeune garçon les attendait déjà, Hermione nota avec tristesse que c'était encore un nouveau, il fallait dire que l'espérance de vie des soignants étaient évidemment diminuées de moitié. Quand ils les aperçut, il se dirigea automatiquement vers eux et leur demanda à la cantonade:
«C'est vous Granger et Longdubat?
-C'est nous, confirma Neville.
-Bon, je vais aller à l'essentiel, Ginny Weasley est quasiment guérie.
-Quasiment? Répéta Hermione.
-Ouais, fit-il l'air embarrassé. Enfin, dans quelques jours à tout casser, son corps devrait s'être purgé complètement de la saloperie…je veux dire, de la peste.
-Oui de la saloperie, quoi! Murmura Hermione.
Le jeune homme parut alors enchanté: il était satisfait de constater que Hermione et lui étaient tous deux sur la même longueur d'onde. Enfin, il posa la dernière question:
-Alors c'est d'accord, on la laisse comme ça dans le bureau de Pomfresh?
-Oui, opina Neville. Si vous voulez bien.
-Pas de souci, les rassura-t-il avec bonhommie. Ça marche! Bon, je dois vous laisser. Je vous préviendrai quand j'aurais du nouveau. À plus!»
Et il retourna d'un pas tranquille dans le lieu mortuaire. Infiniment soulagés tous les deux, Hermione et Neville échangèrent un sourire rayonnant. Enfin une victoire! Une raison d'espérer! Sans même s'en rendre compte, ils se dirigèrent tout naturellement dans les cachots. En chemin, le garçon questionna son amie.
Il voulait savoir si elle avait l'intention de donner un coup de pouce au «destin» en administrant leur nouveau remède. Mais Hermione hésitait, pour la bonne raison que son remède étant encore en phase de préparation, elle ne savait si cela allait vraiment aider Ginny.
«Mais le mélange qu'on a préparé détruit les microbes de la peste, argumenta-t-il.
-Oui, mais on ne sait pas encore s'il contient des substances qui pourraient être nocives à un être humain. Et Ginny est déjà tellement affaiblie que la moindre erreur risque de lui être fatale, et cela, je ne le veux aucun prix tu comprends? Elle est tout ce qu'il me reste désormais.
-Et ben! C'est sympa pour les autres, dis donc! Répliqua-t-il d'un ton acide. Et moi je suis quoi pour toi? Un animal de compagnie sans doute! Mais je me montre peut-être trop optimiste.
-Neville! M-mais qu'est-ce que tu…
-Tais-toi Hermione, ordonna-t-il sèchement. S'il-te-plaît, juste… tais-toi!
-Non! Gémit-elle. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, et tu le sais!
-Tais-toi! Aboya-t-il hors de lui. J'en ai plus qu'assez Hermione. Je me suis occupée de toi pendant presque une semaine, je t'ai sauvée alors que tu n'avais plus personne autour de toi! Ensuite, quand tu m'as avoué à demi-mots que tu voulais m'exploiter comme un vulgaire outil, j'ai accepté encore une fois en fermant les yeux. Et aujourd'hui, j'apprends que je ne suis rien à tes yeux? C'en est trop Hermione, je suis fatigué d'être ton jouet!
-Mais qu'est-ce que tu me chantes à la fin? S'énerva-t-elle à son tour. Et de quel droit me couvres-tu d'ordures comme tu le fais? Que je sache, je ne t'ai jamais obligé à travailler avec moi sur la conception d'un remède! Si c'était trop pour ton orgueil, pourquoi as-tu accepté? De plus, je t'ai instruit pendant quinze jours en t'expliquant tout le programme de biologie et de potion depuis les bases, alors que RIEN ne m'y obligeait! Que te faut-il de plus?
-Rien, riposta-t-il d'un ton glacial. C'est fini! Je n'attends plus rien de toi, là au moins je ne serai plus déçu.
Alors qu'il s'attendait à ce qu'elle répliquât vertement, à sa grande surprise, Hermione parut soudain épuisée. Ses épaules s'affaissèrent et elle soupira d'une voix éteinte:
-Écoute, je ne sais même pas pourquoi tu me fais une scène pareille alors que tu sais très que je tiens énormément à toi.»
Elle avait l'air si déprimée que Neville se sentit d'un coup monstrueusement coupable. Il se morigéna intérieurement. Hermione avait dû traverser des épreuves innommables depuis le début de l'année et aujourd'hui se retrouvait, pour ainsi complètement seule, abandonnée par tout le monde; et lui, tout ce qu'il trouvait à faire, c'était la harceler encore et encore, pour quelques paroles en l'air. Une brute! Voilà ce qu'il était.
D'un ton désespéré et suppliant, la jeune fille plaida, inconsciente des pensées du garçon:
«S'il-te-plaît Neville, je t'en prie. Je ne veux pas me disputer avec toi, je ne veux pas te perdre…au même titre que Ginny! Je ne le supporterai pas.»
Neville s'aperçut soudain avec horreur que des larmes silencieuses coulaient sur les joues de son amie. Toutefois, elle ne semblait pas s'en être rendue compte, et ne sanglotait pas. Enfin, les yeux brillants, elle releva la tête et essuya ses joues du revers de sa manche. À cet instant, le Griffondor la trouvait plus émouvante que jamais. Comment aurait-il pu lui en vouloir plus longtemps. Elle lui demanda en le regardant bien en face:
«Alors maintenant, plus de faux-semblants Neville: si tu veux vraiment continuer de travailler sur la conception d'un remède, suis-moi. Sinon, va-t-en.
Sans la quitter des yeux, il s'approcha d'elle presque jusqu'à la toucher, puis lui répondit de toute sa sincérité:
-Je ne te laisserai pas tomber Hermione. Je te suis.
-Très bien», répondit-elle sans sourire.
Puis elle se retourna et repartit en direction des cachots. Après lui avoir jeté un regard plein de tristesse, il finit par lui emboîter le pas.
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Au douze square Grimmaurd, l'Ordre du Phénix, ou ce qu'il en restait, était en état d'alerte rouge. Ce matin-là, des petits groupes de Mangemorts s'en étaient pris à plusieurs écoles primaires chez les moldus. Malheureusement, n'ayant laissé aucune trace de leur passage derrière eux, il était impossible de prouver qu'il s'agissait d'eux, d'autant plus que ces meurtres avaient été commis de «manière moldue»: des bombes, des gaz toxiques, des incendies, ou encore d'autres accidents douteux.
Le pire dans tout cela, c'est que les membres de l'Ordre n'avaient rien pu faire. Sans espion, leur tâche était devenue quasiment impossible, d'autant plus que le Seigneur des Ténèbres n'avait revendiqué aucun de ces attentats. En fait, seul ce silence plus que suspect semblait le désigner tout particulièrement mais sinon, il ne subsistait pas l'ombre d'une preuve tangible de leur identité dans ce carnage.
Ces actes de barbarie en avaient d'ailleurs choqué plus d'un dans la population sorcière. Depuis le retour de Lord Voldemort, beaucoup suivaient les actualités chez les moldus car ils étaient malheureusement les premiers touchés par la folie meurtrière des Mangemort.
Sauf qu'à présent, du fait qu'on ne possédait absolument rien qui pût accuser clairement les Mangemort, force était d'admettre la réalité des explications très rationnelles à ces crimes, puis de conclure l'atroce explication, la seule qui apparaissait à l'esprit des sorciers: les moldus étaient à ce point sauvages et stupides, qu'ils allaient jusqu'à massacrer leur propre progéniture.
Et c'était exactement le but recherché par Voldemort en lançant ces attaques rapides et efficaces.
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Quelque part en Angleterre, dans la vaste campagne reculée, un jeune homme roux sentait son cœur accélérer sous l'effet de l'anxiété. C'était encore le matin, le soleil n'était pas tout à fait levé et l'herbe scintillait à peine sous l'effet de la rosée matinale. Au loin, on pouvait voir une maison quelque peu délabrée et tenant miraculeusement debout malgré sa tournure asymétrique. Devant l'étrange bâtisse, un panneau en bois blair indiquait en toute simplicité: Le Terrier.
Il y avait même quelques gnomes barbus qui gambadaient dans le jardins. En s'approchant de la maison, son foyer, le garçon sentit alors une délicieuse odeur de tarte à la mélasse lui flatter les narines. Malgré son stress, il trouva la force de sourire à ce parfum évocateur: c'était le parfum de l'enfance, de l'insouciance et du bonheur inimitable des choses simples.
Ce matin-là, comme elle en avait pris l'habitude depuis que ses enfants étaient petits, Molly Weasley s'était levée avant le soleil pour préparer le petit déjeuner. Quelque part, rester rigoureusement fidèle à son emploi du temps lui apportait un certain réconfort.
En s'occupant ainsi, elle pouvait oublier pendant quelques heures son chagrin et sa souffrance, la mort de ses enfants.
Là-haut, ses grands garçons et son mari dormaient encore. Elle eut un sourire indulgent et songea, vaguement amusée, que par le passé, avec Arthur, il lui arrivait parfois de ressentir l'impression d'avoir huit enfants, au lieu de sept. Puis quand Harry était arrivé, cela avait fait neuf enfants, et beaucoup d'animation à la maison!
Mais aujourd'hui, il n'y avait plus d'enfants, seulement des adultes rongés par le chagrin. Même les jumeaux avaient renoncé à leurs blague en apprenant l'agression de Ginny.
Malgré le déchirement que cela causait, toute la famille (ou presque toute) commençait à parler de funérailles posthumes. Bien qu'en elle-même, cette idée lui faisait horreur, Molly reconnaissait qu'il allait bientôt falloir s'y résoudre. Il n'empêchait qu'elle redoutait ce moment, le haïssant même par avance, où elle devrait porter en terre ses propres enfants.
Aucune mère ne devrait avoir à enterrer ses enfants.
Plongée dans sa préparation du petit déjeuner, elle ne vit pas le garçon s'introduire dans la cuisine alors qu'elle tournait le dos à la porte. Déglutissant péniblement, l'intrus s'éclaircit la gorge et s'annonça d'un ton absolument pas assuré:
«Bonjour Maman.
Mrs Weasley sursauta brusquement. Cette voix…Elle se retourna, abasourdie, persuadée que son imagination lui jouait des tours. Mais non! C'était bien lui!
-Percy? S'exclama-t-elle incrédule.
-Oui c'est moi, dit-il en rougissant. Pardon de t'avoir fait peur.
Et il baissa la tête, incapable de réprimer la honte qui s'infiltrait sournoisement en lui comme un poison. Complètement dépassée, Molly ne sut que répondre:
-Toi, ici?»
Le plus sérieux des garçons Weasley avait déjà préparé son petit discours dans sa tête. Il se l'était répété en boucle dans sa tête jusqu'à ce qu'il soit capable de le réciter même à l'envers. Mais lorsqu'il voulut le réciter devant sa mère qui le fixait de ses grands yeux interdits, sa tête se vida en moins de temps qu'il ne fallait pour dire «Quidditch». Finalement, il ne put que balbutier très vite, de façon plus ou moins cohérente:
«Je…je suis venu m'excuser pour…pour ce que j'ai fait.
-T'excuser? Répéta Molly comme s'il venait de lui annoncer le départ imminent des populations de Ronflaks Cornus sur la Lune.
-Oui, c'est cela. M'excuser pour…l'année dernière et…pour ces derniers temps.
-Attends un peu, dit-elle d'un ton coupant, tu te moques de qui, là? Tu t'en vas pendant un an sans même prendre la peine de donner de tes nouvelles de temps en temps. Tu traites de haut ton propre père au travail, chaque jour que Merlin fait. À Noël, tu nous ignore comme des moins-que-rien et tu renvoies le cadeau que je t'ai envoyé sans daigner laisser le moindre mot…
Mrs Weasley suffoquait d'indignation à la fin de sa tirade. Toute la rancœur et la colère qu'elle éprouvait contre ce fils ingrat, tout le chagrin et toutes les larmes qu'il lui avait causées ressortaient à présent sans qu'elle ne pût les contenir.
-…ensuite, lorsque ton frère est mort, non content de persister dans ton refus cynique et imbécile de nous revoir, tu aggraves ton cas en nous envoyant un torchon en guise de soutien et de bonne volonté.
-Ma carte? Ne put-il s'empêcher de reprendre d'un ton horrifié.
-Oui, ce torchon: ta carte! Cracha-t-elle ce dernier mot comme une insulte. Et bien si tu veux tout savoir, je l'ai jetée ta carte. Dans la benne à ordures, voilà où était sa place!
-Maman! S'étrangla-t-il l'air profondément blessé.
-Quoi Maman? Le singea-t-elle. Et donc après tout ce que tu nous as fait subir, tu as le culot débarquer ici comme une fleur presque quatre mois plus tard et débiter tes excuses sans plus de consistance qu'un glaçage de gâteau! Et maintenant, tu oses encore prendre cet air offusqué comme si c'était à toi de réclamer des comptes?
-S'il-te-plaît, tenta-t-il. Écoute…
-Non, je n'écoute pas! J'aurais pu te pardonner des tas de choses Percy. J'aurais pu te pardonner de toutes tes bêtises de l'an passé parce que ce n'étaient après tout que des erreurs de jugement. J'aurais même pu passer l'éponge sur ton arrogance qui n'est qu'un péché de jeunesse. Mais RIEN, tu entends, rien ne peut justifier l'attitude inqualifiable que tu as eu à l'égard de la mort de tes frère et sœur!
Une voix ensommeillée surgit soudain du premier étage:
-Molly? Qu'est-ce qui se passe?
-Rien, il ne se passe rien, répondit-elle en s'adressant au dessus. Tu peux te rendormir, il est encore tôt.
-J'ai entendu des voix, insista Arthur.
-Ce n'est rien, répéta-t-elle. Ne te lève pas, ça n'en vaut franchement pas la peine.
Il y eut un silence, puis l'homme bougonna:
-Ne bouge pas, j'arrive.»
Et avant que Molly ne put protester, on entendit des bruits feutrés à l'étage, des déplacements, puis des pas lourds dans l'escalier. Enfin, Arthur Weasley apparut à son tour dans la cuisine, engoncé dans une robe de chambre couleur chocolat. Bâillant à s'en décrocher la mâchoire, il se dirigea vers sa femme, sans remarquer la présence de Percy dans la pièce.
«À qui tu parlais? Demanda-t-il en lui déposant un léger baiser sur la joue.
-À P…» commença-t-elle mais n'alla pas plus loin.
Mr Weasley venait soudain de lever les yeux et avait aperçu son troisième fils. Il se figea brusquement et le toisa pendant quelques secondes, comme si un cauchemar épouvantable et répugnant venait de se réaliser juste sous ses yeux. Puis ses traits se durcirent et il s'adressa directement à Molly, ignorant délibérément le garçon qui se tenait juste devant lui:
«Qu'est-ce qu'il fait là, lui?
-Laisse Arthur, tranche-t-elle d'un ton autoritaire. Remonte te coucher, je m'en occupe.
Sans un regard pour son jeune fils qui, éberlué, avait assisté à la scène sans oser intervenir une seule fois, le père tourna les talons et remonta. Tout avait dit en l'espace de quelques secondes. Enfin, d'un ton neutre, la dame conseilla:
-Tu ferais mieux de partir Percy.
-Maman s'il-te-plaît, donne-moi une chance, supplia-t-il.
-C'est trop tard, coupa-t-elle en détournant la tête pour qu'il ne vît pas ses yeux s'embuer.
-Je suis désolé! Désolé! Pleura-t-il presque. Je vous demande pardon…à tous. Je…j'ai fait une énorme erreur! Et je regrette, sincèrement! M-mais j'ai compris maintenant: je sais désormais que ce qui est le plus important, ce n'est pas l'ambition, ni l'argent, ni le pouvoir, mais la famille.
Les yeux gonflés de larmes qu'elle ne s'autorisa pas à verser, Molly Weasley répliqua d'un ton amer:
-Dommage qu'il t'ait fallu la mort de ta sœur et de ton petit frère pour t'en rendre compte seulement maintenant.
Percy accusa très mal le coup. Sentant qu'elle n'était plus très loin de craquer, la mère voulut abréger leur calvaire à tous les deux:
-Finissons-en Percy. Si c'était tout ce que tu avais à me dire, tu peux t'en aller.
-Laisse-moi m'excuser auprès des autres, implora-t-il.
-Tu as entendu ton père, lui rappela-t-elle. Tu n'es plus le bienvenu dans cette maison Percy. Personne ne te pardonnera ta conduite infecte de ces derniers mois. Nous ne le pouvons pas, et ne le voulons pas. Au passage, je te déconseille d'attendre la venue de tes frères car eux, n'hésiteront pas à te jeter dehors à grand renfort de maléfices.
-Mais…
-Non, tais-toi. C'est fini, je ne veux plus rien entendre! Il n'y a plus rien à dire. Tu as eu ta chance de te faire pardonner des milliers de fois, et tu l'as gâchée irrémédiablement avec ton inhumanité. À présent, nous savons tous ce que tu vaux réellement et n'avons plus rien à voir avec toi.»
Et avant qu'il ne pût protester, elle le prit par le bras comme lorsqu'il était petit enfant et le flanqua à la porte qu'elle referma d'un collaporta bien senti. Enfin, elle pu se retourner et se laissa tomber contre le battant en pleurant toutes les larmes de son corps. Elle souffrait de devoir rejeter son fils mais le recevoir, ce serait infliger un malaise inutile à sa famille dont il avait si peu respecté le deuil, et ce serait insulter la mémoire de ses deux plus jeunes enfants dont il avait traité la mort avec un mépris choquant, intolérable!
Et cela, elle ne pouvait s'y résoudre.
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Une semaine après la nouvelle merveilleuse de la guérison quasi-certaine de Ginny, Hermione se décida enfin à agir.
Avec Neville, ils avaient beaucoup progressé; le jeune homme commençait même à manipuler quelques plaquettes mais il réclamait toujours la présence d'Hermione auprès de lui, soi-disant pour le surveiller et l'empêcher de faire des bêtises. La jeune fille ne disait rien et se pliait à cette exigence, généralement avec le sourire. Un simple sourire qui n'exprimait rien de particulier.
Impossible donc de savoir ce qu'elle pensait.
Impossible donc pour Neville de savoir si elle était dupe ou pas de son petit manège.
Néanmoins la stratégie avait porté ses fruits: les deux jeunes gens s'étaient ainsi beaucoup rapprochés et le Griffondor ne perdait pas espoir de voir ses rêves se réaliser dans un futur proche. Mais malgré son optimisme, un nouveau sujet d'inquiétude commençait à se profiler pour eux deux: le mal étrange qui semblait s'être abattu sur Hermione.
La jeune fille en effet, souffrait régulièrement de saignements de nez et de vomissements, tour à tour «normaux» et sanguinolents. Bien qu'il le lui conseillât sans relâche, elle refusait de se faire consulter ou de prendre plus de repos. Sa réponse devenue fétiche, était: «il y a encore trop travail à faire». Alors Neville insistait jusqu'à ce qu'excédée, Hermione lui tournât carrément le dos et se replongeât dans ses occupations.
Pourtant, après une ixième «crise» à son lever (elle avait tout juste eu le temps d'atteindre la bassine à côté de son lit, qu'elle avait spécialement préparée pour ses réveils «difficiles»), où elle avait vomi de la bile, elle dût se résoudre à faire un dépistage.
Vêtue de ses seuls sous-vêtements, plantée devant le miroir de la salle-de-bains, Hermione se reconnaissait à peine: qui était cette malheureuse au visage émacié, au teint cireux et aux cheveux morts? Le plus effrayant résidait dans son regard: terne et froid, il avait été le premier à subir les conséquences de sa dépression, le premier à mourir en elle.
Détournant les yeux de son reflet pour ne pas se déprimer davantage, la jeune fille se concentra et recensa tous les symptômes étranges qu'elle ressentait depuis quelques temps: vomissements et saignements de nez, fatigues passagères et maux de tête plus ou moins carabinés. Peu de choses en fin de compte.
Au moins, Hermione avait acquis une certitude rassurante: elle n'était pas enceinte. Même sans l'explication des protections de Poudlard, elle avait acquis il y a quelques jours la preuve incontestable qu'elle n'attendait pas d'enfant. C'était déjà une inquiétude en moins.
Sauf qu'elle n'était pas plus avancée dans son problème.
Sortant sa baguette, elle marmonna quelques sorts très basiques de diagnostique qu'elle avait trouvés dans quelques bouquins de médicomagie…en vain!
D'un côté, cela la rassurait car cela pouvait dire qu'elle n'avait rien; mais d'un autre côté, cela pouvait aussi dire qu'elle couvait quelque chose d'assez louche pour qu'un simple sort de détection virale ne pouvait révéler…et donc qu'elle devait creuser ailleurs.
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Ce n'était pas dans les habitudes de la délicate Narcissa Malefoy d'utiliser des moyens si méprisables, mais elle n'avait plus le choix. Chaque fois qu'elle abordait avec Drago le sujet visiblement épineux de son sauvetage le mois dernier, par toutes sortes de ruses différentes, quelle que soit la façon dont elle s'y prenait, celui-ci finissait immanquablement par se refermer comme une huître et elle ne pouvait plus rien en tirer.
Voilà pourquoi elle se retrouvait aujourd'hui réduite à fouiller dans les affaires de son fils, en quête d'indices qui auraient pu l'aider à comprendre. Elle aurait certes pu déléguer la tâche à un elfe en lui servant une excuse quelconque, mais elle n'était pas sûre que le serviteur comprit ce qu'il fallait chercher concrètement.
Bien qu'elle ne s'attendît évidemment pas à trouver une orgie de preuves, après une heure d'investigation, Narcissa se sentait déçue de n'avoir rien trouvé. Elle avait passé toute la chambre au peigne fin, fouillant l'armoire, regardant sous le lit, examinant chaque livre de la bibliothèque, ouvrant tous les tiroirs du bureaux, allant même jusqu'à retourner l'imposant tapis…peine perdue!
Bien entendu, la jeune mère prenait soin de tout ranger derrière elle, inutile d'éveiller les soupçons de Drago. Elle ne tenait pas à se retrouver obligée de faire porter ses repas dans sa chambre jusqu'à sa majorité parce qu'il refuserait catégoriquement d'en sortir.
Alors que le découragement la gagnait, son regard se posa machinalement sur le lit impeccablement fait. Une idée lumineuse germa alors dans son esprit. Mais oui! C'était tellement évident, pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt. Sortant sa baguette, elle murmura:
«Wingardium leviosa.»
Le matelas frémit, puis se souleva silencieusement. Comme elle l'avait prévu, un petit objet se tenait dessous, coincé sous le drap housse d'après le renflement qui s'y trouvait. Sans lâcher le sortilège, elle glissa la main sous l'élastique et y extirpa un simple petit livre.
Pour ce qu'elle connaissait en peinture, Narcissa devina que l'illustration de la couverture avait été faite avec de l'aquarelle. Le titre, lui, était plutôt banal: Le Petit Prince. Puis d'un seul coup, elle comprit intuitivement qu'il s'agissait du même livre qui avait fait pleurer son fils l'autre jour. Ouvrant le livre au hasard vers le milieu, elle lut:
(Le Petit Prince, chapitre onze)
« XXI
C'est alors qu'apparut le renard:
-Bonjour, dit le renard.
-Bonjour, répondit poliment le petit prince, qui se retourna mais ne vit rien.
-Je suis là, dit la voix sous le pommier…
-Qui es-tu? Dit le petit prince. Tu es bien joli…
-Je suis un renard, dit le renard.
-Viens jouer avec moi, proposa le petit prince. Je suis tellement triste…
-Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.
-Ah ! Pardon, fit le petit prince.
Mais après réflexion, il ajouta:
-Que signifie « apprivoiser »?
-Tu n'es pas d'ici, dit le renard, que cherches-tu?
-Je cherche les hommes, dit le petit prince. Qu'est-ce que signifie « apprivoiser »?
-Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et il chassent. C'est bien gênant ! Ils élèvent aussi des poules. C'est leur seul intérêt. Tu cherches des poules?
-Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu'est-ce que signifie « apprivoiser »?
-C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens… »
-Créer des liens?
-Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent milles petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent milles renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…
-Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur… je crois qu'elle m'a apprivoisé… »
À ce moment de sa lecture, Narcissa remarqua quelque chose d'étrange sur la page: des traces d'humidité correspondant à des légères cavités ovales, comme si des doigts s'étaient crispés sur le livre à ce passage-là. Rangeant soigneusement ce détail dans un coin de son esprit, la jeune femme poursuivit sa lecture un peu plus loin:
« Mais le renard revint à son idée :
-Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m'ennuie un peu. Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde! Tu vois, là-bas, les champs de blé? Je ne mange pas de blé. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'aura apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé…
Le renard se tut et regarda longuement le petit prince:
-S'il-te-plaît, apprivoise-moi! Dit-il.
-Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.
-On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi! »
« Mais qui a bien pu donner un livre pareil à Drago? » se demanda Narcissa éberluée. Elle était quasiment certaine qu'il s'agissait d'une œuvre moldue. Jamais un sorcier n'aurait pu écrire toutes ces choses-là! Captivée malgré tout elle aussi par la magie du Petit Prince, elle reprit sa lecture encore plus loin:
« Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l'heure du départ fut proche :
-Ah! Dit le renard… je pleurerai.
-C'est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise…
-Bien sûr, dit le renard.
-Mais tu vas pleurer ! Dit le petit prince.
-Bien sûr, dit le renard.
-Alors tu n'y gagnes rien !
-J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.
Et il ajouta:
-Va revoir… »
«Tu fouilles dans ma chambre maintenant?»
Réprimant habilement sa surprise et son embarras, Narcissa réussit à s'empêcher de sursauter à l'entente de cette voix glaciale qui la tirait brutalement de cet univers un peu étrange et philosophique dans lequel elle était plongée. S'exhortant au calme, elle se retourna avec une lenteur agaçante pour faire face à son fils.
Ce dernier se tenait appuyé contre l'embrasure, les bras croisés et, comme elle s'y attendait, l'air absolument fou de rage. Malgré sa position inconfortable, Narcissa eut l'esprit de songer avec un certain soulagement que pour la première fois depuis son retour, Drago exprimait enfin des sentiments humains. Humains et agressifs.
«Sors d'ici! Aboya-t-il sèchement.
-Mais qui t'a permis de me parler sur ce ton? Siffla-t-elle d'une voix menaçante.
-Qui t'a permis de fouiner dans mes affaires? Riposta-t-il de la même façon..
-Personne, admit-elle de bonne foi. Mais j'avais de bonnes raisons pour le faire…
-Tout comme moi j'en ai de bonnes pour te demander de dégager d'ici sans te faire prier.
Préférant ignorer sa dernière remarque, elle attaqua directement le sujet qui la préoccupait en cet instant avant qu'il ne s'énervât complètement. Elle agita le petit volume sous le nez de Drago et lui demanda:
-Qui t'a offert ce livre?
-En quoi ceci te regarde?
Il se mordit aussitôt les lèvres, comprenant trop tard son erreur stratégique. En effet, Narcissa fronça les sourcils et renchérit:
-La réponse est-elle donc à ce point gênante pour que tu te braques de cette façon?
-La seule chose qui me braque, c'est votre curiosité mal placée, mère, grommela Drago.
Sans tenir compte encore une fois de cette attaque sournoise, Mrs Malefoy poursuivit d'un ton plus fort:
-En même temps, cela ne me surprend pas outre mesure. Ce livre semble provoquer d'étranges réactions chez toi, par l'exemple l'autre jour, où je t'ai vu pleurer…
-Que… quoi? S'étrangla-t-il au bord de l'apoplexie. Mais je rêve tout haut! D'abord Rogue… et maintenant vous! Jusqu'ici… jusque dans ma propre chambre, on me suit, on me surveille, on m'espionne! J'en ai MARRE à la fin! Vociféra-t-il soudain. Mais quand! Quand va-t-on enfin me laisser en paix?
-Drago…commença-t-elle d'un ton hésitant.
-Non! Rugit-il. Ça suffit comme ça, allez-vous en! Allez-vous en! Je ne veux plus vous voir.»
Comprenant que c'était inutile d'insister pour l'instant, Narcissa obtempéra et le laissa tranquille pour aujourd'hui, après tout elle venait de découvrir plusieurs informations intéressantes en une seule après-midi.
Premièrement, le livre mystérieux qu'elle venait de trouver semblait jouer un grand rôle dans le mal-être de Drago (elle se promit d'ailleurs d'aller faire des recherches pour en savoir plus sur cet ouvrage).
Deuxièmement, il semblerait que ce dernier en voulait férocement à Rogue de l'avoir espionné puis dénoncé à Voldemort.
Troisièmement, si le jeune homme maudissait son cher professeur des potions de lui avoir fourni la possibilité (ou l'obligation) de s'enfuir de Poudlard, cela voulait dire qu'il n'avait jamais eu au départ, l'intention de s'enfuir.
Et donc quatrièmement, si le garçon n'avait manifestement pas voulu partir, c'était qu'il se trouvait bien là où il était…en l'occurrence avec la Sang-de-Bourbe qu'il avait soi-disant «utilisée».
«Je dois absolument connaître son nom», pensa soudain Narcissa le regard légèrement fiévreux.
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Enfin une petite lueur d'espoir dans les ténèbres: le cas de Drago est peut-être moins désespéré qu'on ne le pensait: il n'est pas tout à fait irrécupérable! P'têt même que ça va s'arranger par la suite…ou pas! Niark! Niark!
Sinon, au cas où vous vous poseriez question: non, je n'ai jamais pu voir Percy Weasley en peinture. Sa trahison à partir du cinquième tome nous montre bien son avidité et son âme fourbe, capable de renier sa propre famille pour ses propres ambitions et sa soif du pouvoir.
Bon, maintenant que je vous ai apporté un peu de consolation à vos peine, j'ai droit à une récompense? (grand sourire angélique qui ne sert qu'à aggraver davantage le sadisme qu'on devine caché derrière)
Allez, bon week-end à tous!
