- Kurt ?
Kurt releva la tête pour indiquer qu'il l'écoutait.
- J'ai pas très envie de parler. J'ai pas envie qu'on se fasse du mal.
- Blaine, tu sais que toutes les discussions ne mènent pas à quelque chose d'horrible. Et il se peut que cette conversation nous fasse du bien.
- Je sais qu'elle nous fera du bien. Mais, j'ai quand même peur.
- Comme tout à l'heure avec le baiser.
Blaine rougit un peu et baissa la tête. C'était la première fois qu'ils reparlaient de ce qui s'était passé dans la chambre, avant d'aller prendre le petit-déjeuner. Blaine avait annoncé à Kurt qu'il allait l'embrasser, mais, il avait pris peur. Et il ne savait pas pourquoi. Alors, c'était Kurt qui était venu et qui avait embrassé Blaine. Et sans que l'un ou l'autre ne sache vraiment pourquoi, ils s'étaient retrouvés à s'embrasser comme des adolescents découvrant le plaisir qu'il y a de recevoir et de donner un bon baiser. Blaine était persuadé qu'il avait même fait vagabonder ses mains pendant cette session intense de baisers, mais son cerveau avait été déconnecté pendant quelque temps, et il n'avait que très peu de souvenirs de ce qu'il s'était passé. Ses seuls souvenirs étaient les sensations qu'il avait ressenties lorsque Kurt l'avait embrassé ou lorsque Kurt lui avait attrapé la base de la nuque pour l'embrasser encore plus ou lorsque Kurt avait…
Blaine essaya de cesser le flot de pensées qui le traversait. Ce n'était pas le temps d'y penser et certainement pas le lieu.
- Comme tout à l'heure avec le baiser. Exactement comme tout à l'heure, chuchota-t-il.
Ils finirent leur petit-déjeuner en silence. En osant à peine se regarder. Lorsqu'ils se regardaient, ils échangeaient un rire un peu gêné, comme si c'était la première fois qu'ils prenaient le petit-déjeuner ensemble.
Blaine insista pour aller se promener avant de parler. De la balade découla un déjeuner dans une auberge, puis une promenade un peu plus loin. Et lorsque les ombres commencèrent à s'allonger, ils décidèrent de rentrer. En chemin, ils s'arrêtèrent manger une glace. Parce que c'était ce que Kurt avait eu envie de faire le matin. Ils étaient assis dans un parc, un cône débordant de crème glacée – à la vanille pour Kurt, au citron pour Blaine.
- Tu crois qu'on va réussir à parler aujourd'hui ?, demanda Kurt alors que Blaine était silencieux.
- Tu sais quoi, dit brusquement Blaine après quelques secondes de silence, je vais commencer. J'ai réfléchi toute la journée à comment j'allais commencer. Parce que c'est ce qu'il nous manque. Une bonne introduction. Et je crois que j'ai trouvé.
Kurt lui passa la main dans les cheveux et lui embrassa doucement la joue pour lui donner le courage dont il avait besoin. Et pour lui assurer que cette conversation allait bien finir. Elle le devait.
- Tu ne m'interromps pas, d'accord ?, dit Blaine en tournant la tête vers Kurt.
Kurt acquiesça en hochant la tête.
- Okay.
Blaine prit une grande respiration. Il avait longuement réfléchi à ce qu'il aurait pu dire à Kurt lorsque la situation avait commencé à changer, il avait réfléchi à ce qu'il aurait voulu lui dire quand il avait reçu la lettre deux semaines plus tôt, il avait aussi réfléchi à ce qu'il voulait lui dire pour lui faire comprendre que Kurt lui avait fait du mal, et qu'il n'était pas forcément prêt à le pardonner. Il avait beaucoup réfléchi, mais il lui manquait toujours une impulsion, une bonne introduction. Mais, il venait de la trouver. Alors, il commença.
- Kurt, tu te souviens de ce matin. Quand j'ai voulu t'embrasser ?
- Bien sûr, dit Kurt avec un sourire.
- C'est exactement ce que je ressens. J'ai terriblement envie de toi, de revenir avec toi, de recommencer à t'aimer et de le crier sur les toits. Mais, j'ai peur. J'ai peur que tu me fasses du mal.
- Blaine…
- Kurt, tu ne te rends même pas compte. Est-ce que tu sais ce que j'ai ressenti quand j'ai reçu cette lettre ? Tu te rends compte que je pensais que c'était une lettre dans laquelle tu allais me dire que tu m'aimais et que tu avais hâte de me revoir. J'y ai vraiment cru. Et je sais que tu as tes raisons. Je sais que tu pensais ne plus avoir ta place et tout, mais Kurt, je ne sais pas si je vais pouvoir te faire confiance. En ce moment, j'ai mon cœur qui me crie de te dire que je t'aime, parce que tu n'as même pas conscience du degré d'amour que je te porte ; et j'ai mon cerveau qui me dit de faire attention parce que je ne sais pas si tu m'aimes, si tu es avec moi par habitude et parce que c'est commode ou si tu vas me jeter du jour au lendemain.
- Blaine…
- Attends, d'accord ?
- Arrête de pleurer, s'il te plaît.
Blaine s'essuya les yeux. Il n'avait pas réalisé qu'il pleurait.
- Kurt, tu m'as quitté sans me prévenir. Normalement, on le sent quand la relation commence à battre de l'aile. Et lorsque la rupture arrive, on se dit que c'était dans l'ordre naturel des choses. Sauf que tu ne m'as donné aucun signe. Tu m'as même donné de l'espoir. Je sais que ça n'allait pas tellement encore nous, mais tu m'as dit que si je partais, ça pouvait nous faire du bien. Et je t'ai cru. Je me suis dit que nous traversions qu'une mauvaise phase et que de nous éloigner nous ferait du bien. Mais, toi…
- Blaine…
- Tu sais, quand tu m'as quitté j'ai écrit une chanson. Je sais que tu l'as vue. Charlie te l'a envoyée. Quand je l'ai écrite, j'étais vraiment mal. Parce que je ne comprenais pas du tout pourquoi tu avais fait ça. Parce que je pensais vraiment que tu me demandais de partir avec Charlie pour qu'on puisse se retrouver quand je reviendrais. Parce que quand on se parlait sur Skype, tu n'avais pas l'air de m'en vouloir. Parce que rompre par lettre c'est horrible. Et parce que j'ai eu une impression de déjà-vu. Et parce que, Kurt, pour moi, toi et moi c'est du définitif. Toi et moi, c'est du « pour toujours ». Et j'ai l'impression que pour toi, c'est juste du « en attendant que… ». Et c'est aussi pour ça que j'ai du mal à te pardonner et c'est pour ça que je ne suis pas sûr que j'y arriverai. Et ça me tue. Parce que je t'aime tellement que ça me fait mal. Quand je pense à toi, je suis si heureux. Parce que j'aime la vie qu'on s'est créée ensemble. Parce que j'aime le couple qu'on était. Qu'on était quand Grant avait un an, avant qu'on arrête d'en être un. De couple, je veux dire. Et j'ai pas envie d'arrêter de t'aimer. Parce que je n'ai jamais arrêté de t'aimer. Et, parfois, j'ai l'impression d'être dans une relation à sens unique. Je t'aime de tout mon être et toi, tu m'aimes juste. J'ai pas envie que tu m'aimes « juste », je veux que tu m'aimes « plus que juste ». C'est sûrement naïf et candide, mais, j'ai envie de rentrer à la maison et de découvrir que les enfants sont chez Rachel et Finn et que tu as prévu une soirée que pour nous. J'ai envie de recevoir des cadeaux simplement parce que tu m'aimes. Et le problème Kurt, c'est que tout passe avant toi et moi. Les enfants passent avant nous. Et je le comprends, mais il y a aussi tes parents, mes parents, Rachel et Finn, nos amis, nos boulots. Et nous, on passe en dernier. Tu vois ce que je veux dire ? C'est notre couple qui est censé être le pilier de notre famille, mais en fait, on le considère comme un accessoire.
- Blaine…
- Laisse-moi, continuer. S'il te plait.
- Arrête de pleurer, alors.
- Je suis désolé. Mais, c'est comme si tout ce que je pensais te dire depuis deux ans sort d'un coup. Et j'ai pas mal eu envie de pleurer. Mais, voilà, en résumé, ce que je veux plus que tout c'est redevenir un couple. Je veux qu'on soit une famille avec nos enfants, mais je veux qu'on soit aussi que nous deux. Tu comprends ?
- Blaine…, dit Kurt en enlaçant Blaine. Je suis désolé.
- Je sais, Kurt, je sais que tu es désolé. Mais, je ne vois pas vraiment comment tu peux faire pour évoluer la situation.
- Peut-être que si je m'excusais et que je te disais que j'étais vraiment désolé, ça pourrait faire avancer les choses, pour commencer ?
Blaine sourit en tournant la tête vers Kurt.
- Kurt, tu ne t'excuses pas. C'est une de tes règles.
- Je pourrais faire une exception pour toi. Parce que tu es une sacrée jolie exception, Blaine.
Blaine pouffa. Il était gêné, c'était rare qu'il reçoive des compliments, surtout venant de Kurt. C'était lui qui les donnait les compliments. Il était tellement plus un destinateur qu'un destinataire.
- Blaine, regarde-moi, dit Kurt en lui prenant doucement le visage entre ses mains. Blaine, je suis désolé, dit-il en regardant Blaine dans les yeux. Je suis désolé. Je sais que c'est compliqué dans ta tête et dans ton cœur, et je sais que tu ne mérites que le meilleur. Et, je te jure, mon Blaine, je te le jure, que je vais tout faire pour regagner ta confiance. Je vais tout faire pour te prouver que je mérite ta confiance. Et surtout, je vais tout faire pour que tu saches que je t'aime. Et je ne t'aime pas « juste », je t'aime à la folie, je t'aime irraisonnablement, je t'aime–
- Kurt, pourquoi tu dis ça ?, demanda Blaine interloqué.
- Parce qu'il y a encore un mois, je n'en étais plus sûr, je pensais vraiment que je ne t'aimais plus, que tu n'étais qu'un copain pour moi. Et de ne pas avoir pu être avec toi m'a permis de comprendre que je t'aimais à la folie. Et, je ne sais pas si tu peux comprendre mon Blaine, parce que quand tu aimes, tu aimes pour toujours. Et quand je te dis que je vais tout faire pour regagner ta confiance et tout faire pour que tu m'aimes à nouveau, je vais vraiment le faire.
- Tu n'as pas besoin de tout faire pour que je t'aime à nouveau. Parce que, comme tu me l'as dit, quand j'aime, j'aime pour toujours.
- Blaine, je t'aime pour toujours.
- On dirait les enfants quand tu dis ça, sourit Blaine.
- Charlie et Grant ne disent pas « je t'aime pour toujours », ils disent « je t'aime après l'automne, l'hiver, le printemps et l'été » ou « jusqu'à la lune ».
- Grant dit surtout « je t'aime juste après mes dinos ».
- Papa, je t'aime juste après mes dinos, se moqua gentiment Kurt.
- Papou, je t'aime aussi gros que les maxi-gros dinos. Et c'est maxi-gros un dino, tu sais, répliqua Blaine en reprenant les intonations de Grant.
Il y eut un silence complaisant.
- On y va ?, demanda Blaine.
- Où ?, questionna Kurt.
- À l'hôtel…, dit Blaine en secouant la tête.
- C'est une proposition ?, interrogea Kurt en riant.
- Je … je pense que je préfère qu'on…, je ne sais pas. Qu'on aille doucement. Qu'on essaye de – fais attention, ça va être niais – reconnecter sur un plan émotionnel avant de reconnecter sur un plan physique.
- C'était une blague, Blaine.
Ils étaient rentrés à l'hôtel. Ils avaient dîné dans la chambre de Blaine, pour changer. Puis, ils avaient appelé leurs enfants, parce que même si Blaine voulait que lui et Kurt redeviennent un couple, il voulait surtout que sa famille redevienne une vraie famille. Avec de l'amour, des rires toute la journée, des câlins quand on revient d'une journée difficile, et des dîners un peu brûlés parce que c'était Grant le responsable de la cuisson.
Grant leur avait raconté des tas de choses. Charlie leur avait essentiellement parlé de Maxime. Parce qu'elle lui avait dit qu'elle l'aimait et qu'il lui avait aussi dit qu'il l'aimait. Et Grant s'était gentiment moqué d'elle. Blaine et Kurt s'étaient déconnectés lorsque leurs enfants avaient commencé à se battre.
- Arrête Grant, c'est pas cool ce que tu fais !
- Arrête Grant, c'est pas cool ce que tu fais, avait singé Grant.
- Okay, on se déconnecte les enfants, avait alors dit Blaine. On se téléphone, je vous aime !
- Je vous aime aussi, avait dit Kurt en écho.
- Papa ?
- Oui, mon Chat ?
- Je t'aime gros comme un dino ! Et c'est maxi-gros un dino, tu sais.
- Je t'aime gros comme un dino aussi, mon Grant. Et Charlie ?
- Yep ?
- Je t'aime aussi gros comme un dino, dit Blaine.
Il savait que cette phrase faisait rire sa fille.
- Je t'aime gros comme un dino aussi, Papa. Je t'aime aussi, mon Kurtsie.
- Tout pareil Charlie-Chérie. Et Grant ?
- Oui, Papou, dit Grant avec un sourire.
- Je t'aime gros comme un dino !
- Lequel Papou ?
Blaine et Charlie explosèrent de rire. Kurt détestait les dinosaures avec une passion infinie. Et Grant s'amusait souvent à tester ses connaissances. Il lui demandait la différence entre le vélociraptor et le tyrannosaure et le diplodocus. Et Kurt finissait toujours par lui dire qu'il n'aimait pas les dinosaures. Et Grant paraissait choqué. À chaque fois.
- Gros comme le plus gros des dinosaures !, dit Kurt en levant les sourcils.
- C'est lequel le plus gros des dinos, Papou ?
- Okay, on se déconnecte, dit Kurt. Bisous les enfants.
- Blaine, tu dors ?, demanda Kurt alors qu'ils étaient couchés depuis plus d'une heure.
- Oui.
- Je peux te parler ?
- Oui.
- Quand on sera à Lima, je t'inviterai tous les vendredis soirs. Parce qu'au début on s'était dit le mercredi c'était pour toi et Charlie et le vendredi c'était pour toi et moi. Au final, on arrive à faire nos mercredis. Mais, les vendredis sont rapidement passés à la trappe. Donc, quand on rentre à Lima, le vendredi c'est pour toi et moi. Surtout que Charlie sera contente de pouvoir garder Grant.
Blaine pouffa.
- Je pense qu'elle voudra un salaire…
- Je sais, rit Blaine.
- Et aussi, on pourra aller voir quelqu'un pour nous aider. Un psy ou quelqu'un comme ça. Blaine, quand j'ai dit que j'allais tout faire pour te reconquérir, je te jure que je vais tout faire. Tu ne vas plus en pouvoir de moi.
- Peu probable, dit Blaine.
- Tu sais que tous les jours tu deviens un peu plus ma personne préférée, Bébé B.
Relu par Mara :)
Merci pour vos messages !
Bon weekend !
