A/N : Comme promis, on est lundi, nouveau chapitre. Bonne lecture et comme d'habitude, merci infiniment à ceux qui m'ont laissé des petits mots !
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Chapitre 21 : Cicatrices
Brennan sauta dans un taxi et indiqua rapidement au chauffeur son adresse de destination. Il avait raison. Booth avait raison. Elle ne pourrait pas aller de l'avant si elle n'en parlait pas. Jamais. Elle devait le faire. Maintenant. Même s'il était tard, qu'il faisait noir et si froid dehors. Parce qu'elle savait parfaitement que si elle ne s'en débarrassait pas tout de suite, elle ne retrouverait jamais plus le courage de le faire.
Alors que les rues défilaient devant ses yeux, elle se sentit soudain enfant de nouveau. Les visages flous des passants enveloppés dans leurs chauds manteaux, les trainées lumineuses des enseignes de magasins colorées et des phares des voitures… Pendant quelques instants, elle pensa qu'elle avait dix ans, que son père, assis derrière le volant, était en train de bavarder avec sa mère, et que son frère se tenait à côté d'elle. C'était comme si, d'aussi longtemps que ses yeux ne quittaient pas la fenêtre, rien ne pouvait réveiller son esprit et faire disparaître ces images.
Mais un rêve ne dure jamais éternellement, et elle détourna le regard. Le siège à côté d'elle était vide, et l'homme qui conduisait n'était pas son père.
« Laissez-moi là, s'il vous plait », ordonna-t-elle lorsqu'ils atteignirent le début de la rue.
Le chauffeur obéit et s'arrêta. Elle lui tendit un billet de vingt dollars et lui dit de garder la monnaie avant de descendre de la voiture.
La rue était calme et paisible. La plupart des fenêtres étaient sombres, à cette heure tardive. Elle se dirigea vers sa maison, prenant son temps, comme pour essayer de repousser autant que possible un moment qui la terrifiait. Mais ce moment était nécessaire, inévitable.
Lorsqu'elle se retrouva devant sa porte, elle leva la main pour sonner, mais retint son geste. Elle posa la main à plat sur la froide surface de bois. Le gel la mordait, traversant facilement les vêtements fins qu'elle portait. Pourtant, elle demeura immobile durant de longues secondes, des minutes peut-être, fixant la porte sans réellement la voir, car elle avait besoin d'un moment pour rassembler son courage à deux mains et sonner.
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Lorsqu'il la vit là, se tenant dans la nuit glaciale avec seulement un chemisier et une paire de jeans sur elle, la première pensée qui traversa son esprit fut combien elle était magnifique naturellement. Le vent faisait frémir les quelques mèches de cheveux tombées sur sa joue et la lumière de la lune se reflétait dans ses yeux. Lorsque leur regards se croisèrent, il remarqua quelque chose de nouveau dans le sien ; un mélange de peur et de détermination.
« Bones… »
« Salut… »
Le tremblement de sa voix et ses dents qui claquaient lui firent prendre conscience qu'elle ne portait pas de manteau.
« Bones, wow, tu es folle ou quoi ? Tu veux attraper une pneumonie ? » la gronda-t-il gentiment avant de faire un pas de côté pour la laisser entrer.
« En réalité, il est impossible d'attraper une pneumonie en… »
Elle s'interrompit d'elle-même et fit quelques pas à l'intérieur, se sentant stupide d'avoir comme trop souvent répondu à une question qui n'attendait pas de réponse.
« Viens, je vais te trouver quelque chose à te mettre dessus. Il ne fait pas plus de deux degrés là-dehors. Même les enfants savent qu'ils devraient porter un blouson », taquina-t-il.
Elle s'installa sur le canapé, le regardant disparaître dans le hall. Alors qu'elle l'attendait, elle se rendit compte que les manches légèrement remontées de son chemiser laissaient entrevoir les cicatrices sur ses avant-bras. Elle avait toujours pris soin de bien les dissimuler depuis qu'elle avait enlevé ses bandages. Ses doigts suivirent lentement les marques, essayant de s'habituer à leur présence. D'une certaine façon, c'était comme s'ils représentaient sa connexion au tueur, comme s'il pouvait toujours contrôler une partie d'elle-même.
Lorsque Booth revint, quelques minutes plus tard, le bruit de ses pas la fit sursauter et elle pressa rapidement ses avant-bras contre son corps. Il prit place à côté d'elle, lui tendant l'un de ses pulls les plus chauds.
« Passe ça, d'accord ? Je ne voudrais pas que tu attrapes mal, même s'il est sûrement déjà trop tard », dit-il avec un regard inquiet.
Elle prit le vêtement et s'apprêtait à l'enfiler lorsqu'elle sentit les mains chaudes de son partenaire se poser sur ses bras. Et alors, elle réalisa qu'il pouvait les voir. Ses cicatrices. Et c'était comme si son esprit et ses émotions étaient exposées devant lui. Comme si elle se tenait complètement nue devant lui. En pire.
Il savait combien elle se sentirait humiliée s'il examinait curieusement ses poignets, c'est pourquoi il ne la quitta pas du regard. Il su qu'elle était mal à l'aise lorsqu'elle détourna les yeux, mais elle finit par les laisser rencontrer de nouveau ceux de son partenaire, lui indiquant ainsi implicitement qu'elle s'en rendait à lui. Il lui prit les mains et les tira doucement vers lui avant de laisser ses doigts suivre les marques.
« Qu'est-ce que tu fais ? » semblèrent demander ses prunelles claires, mais sa résistance disparut alors qu'une sensation inattendue l'emplit. C'était comme si le contact apaisant des doigts de son partenaire avait le pouvoir de chasser ce qu'avaient laissé sur elle les mains du tueur. Un léger soupir s'échappa de ses lèvres ; elle ne l'avait pas retenu. Elle était tellement lasse de retenir.
Lorsqu'il dirigea lentement son regard vers ses avant-bras, elle ne fit rien pour l'en empêcher. Elle était à l'aise, cette fois. Détendue. Et lorsqu'il s'en rendit compte, il libéra ses bras.
« Qu'est-ce que tu as fait ? » chuchota-t-elle en frottant pensivement ses poignets.
« A toi de me le dire », répondit-il avec un sourire.
Elle tourna de nouveau le regard vers lui et le fixa un moment, avant de répondre sincèrement.
« Tu m'as sauvée. »
Alors qu'un silence gêné commençait à s'installer, elle passa finalement le pull avec un sourire reconnaissant.
La douceur du vêtement la réchauffa immédiatement.
« Merci, Booth. »
Il avait son odeur. Une odeur profonde, apaisante, rassurante.
« Tu veux que je nous fasse du café ? »
« Non merci, je… Ca va… »
Tout ce qu'elle voulait, c'était qu'il reste là, assis près d'elle. Et qu'il l'écoute.
« Quand j'ai senti…", commença-t-elle avant de prendre une profonde inspiration qui lui donna le courage de continuer. « Quand j'ai senti l'aiguille dans mon cou, j'ai essayé de me retourner et de me débattre, tu sais. Mais je ne sais pas, je… Je suis tombée… et j'ai compris que c'était terminé. Je ne pouvais rien faire. La drogue était déjà dans mon sang. Il m'a traînée à travers l'appartement, et je savais parfaitement ce qui allait se passer ensuite. Je ne sais pas ce qui était pire, savoir ou ne pas savoir… »
Sa voix était basse et tremblait légèrement, et pourtant son ton était égal, comme si elle essayait de bannir toute émotion. Il put voir que ses yeux étaient secs, mais elle avait le regard perdu dans le vide, quelque part derrière lui.
« Je me souviens du bruit de l'eau qui coulais. Je redoutais le moment où ça s'arrêterait, parce que… » Elle lui lança un regard bref lorsqu'elle sentit sa main recouvrir la sienne. « Parce que je savais ce que ça voulait dire. »
Elle fit une pause, évitant son regard.
« Ensuite il m'a déshabillée. Il l'a fait très lentement, en me parlant beaucoup, comme s'il essayait de me rassurer, ce qui était totalement absurde. Et puis le bruit s'est arrêté. Il m'a portée. Je pouvais sentir ses bras trembler à cause de l'effort, il n'était pas très fort. Je l'aurais mis à terre facilement s'il ne m'avait pas paralysée… En tout cas, il a fait en sorte de ne pas me faire mal en me déposant dans la baignoire. L'eau n'était ni trop chaude, ni trop froide. C'était… dans un certain sens, c'était parfait. »
Elle frissonna, se souvenant de la voix de l'homme. Elle baissa le regard sur ses genoux, se sentant gênée de lui raconter tout ça en le regardant dans les yeux. Il caressait désormais sa main avec son pouce, pour l'encourager à continuer.
« Et ensuite… Ensuite, tu as appelé. Et ça l'a paniqué. Il m'a laissée seule dans la salle de bains. J'ai entendu la première partie de ton message. Tu pensais que j'étais en colère contre toi, mais notre dispute semblait tellement stupide alors. »
Elle s'interrompit, cherchant ses mots.
« Je… J'ai glissé sous l'eau. Et je n'ai pas pu entendre la fin du message. Jusqu'alors, j'espérais en quelque sorte que tu viennes et que tu me tires de ce… de cet enfer… comme tu le fais toujours… Mais je savais que cette fois il était trop tard. Tu avais autant de contrôle que moi sur cette situation. Aucune. Il n'y avait rien qui puisse t'inciter à venir, rien qui aurait pu te faire penser que j'avais besoin de toi. »
Elle déglutit. Pourquoi était-il si difficile de dire la suite ? Peut-être parce qu'elle ne voulait pas qu'il sache qu'elle avait abandonné.
« Alors je… je n'ai pas résisté, parce que plus rien n'importait. Tout ce que je voulais c'était… c'était en finir. »
Booth déglutit lentement, une boule dans la gorge. Décidément, elle était encore plus forte qu'il ne l'avait imaginé. Et lui, aurait-il eu ce courage ? Honnêtement, il ne savait pas. Il réprima l'envie de la prendre dans ses bras, car il était important qu'il la laisse continuer.
« Quand j'ai senti ses mains m'attraper, j'ai pensé que c'était toi… »
Elle étouffa un sanglot et une larme coula le long de sa joue, dont elle stoppa la course de son doigt.
« … même si j'étais consciente que c'était impossible. J'ai recommencé à respirer. Mais c'était encore sa voix, et son horrible haleine mentholée… »
Elle sentit ses doigts serrer sa main d'une manière rassurante.
« Quand il m'a entaillé les poignets, c'était très douloureux, vraiment. Mais ça n'était rien comparé au moment où il m'a laissée dans le silence et dans le noir. Honnêtement, je ne sais pas combien de temps je suis restée là. Je crois que je ne suis jamais sentie aussi seule de ma vie. Et puis tout est devenu flou et vague. Je me souviens de ta voix… »
Elle renifla et chassa les larmes qui commençaient à brouiller son regard.
« … même si à ce moment-là, j'ai pensé que mon esprit me jouait des tours. Quand je me suis réveillée à l'hôpital, j'ai pensé que j'étais probablement encore en train de rêver, que ça n'était pas la réalité, que ça ne pouvait pas être vrai. Et encore, quand je m'endors et que j'ouvre les yeux le matin, je… parfois je me demande si je ne suis pas encore en train d'imaginer la réalité… Que je ne suis pas vraiment dans mon lit… »
Sa voix se brisa. Une nouvelle larme glissa le long de sa joue et vint s'écraser sur la main de Booth. Il se pencha vers elle et de sa main libre, essuya d'un geste doux la joue de sa partenaire.
« Merci, Temperance », murmura-t-il. « Je sais combien ça a dû être difficile. »
Il guida sa tête contre lui et lui caressa les cheveux. Elle accueilli le réconfort de bon gré, se pelotonnant contre lui, essayant de se faire aussi petite que possible pour que ses bras l'entourent totalement. Puis il commença à parler, et elle entendit l'émotion cachée derrière ses mots à travers sa poitrine.
« Tu sais, j'ai décidé de me rendre chez toi parce que je ne pouvais plus supporter ça… De te svoir fâchée contre moi, de ne pas se parler. Quand j'ai trouvé ta porte ouverte, j'ai sentit que quelque chose n'allait pas. Et quand j'ai remarqué les vêtements pliés sur ton canapé, j'ai su où je devais aller et… et ce que j'allais y trouver. Quand je t'ai vue, j'ai cru que tu étais morte. Que c'était fini. Ton sang était partout et ton visage était tellement pâle… Tes yeux étaient fermés. Quand je t'ai sortie de l'eau, tu étais si froide. C'était un peu comme si ça n'était pas toi. Comme si ce corps n'était plus le tien. J'ai vraiment cru… que tu étais partie. »
Il fit une pause mais sans cesser de caresser ses cheveux d'une manière rassurante, comme si c'était plus dur pour elle que pour lui. Pendant un moment, il savoura la sensation de sa présence et soupira de soulagement. Non, elle n'était pas partie. Elle était là, juste là. Il inclina la tête, laissant ainsi reposer sa joue sur sa tête. De cette façon, il pouvait sentir ses cheveux. Son souffle, le plus léger de ses mouvements, son odeur… c'était vraiment elle.
« A l'hôpital, quand j'attendais qu'on me dise si tu allais t'en sortir, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que j'avais conduit trop lentement en allant chez toi, que j'avais trop hésité à la porte, que je n'avais pas agit assez vite, que je n'avais pas fait ce qu'il fallait pour te sauver… »
Il s'arrêta quelques secondes pour s'humecter les lèvres.
« J'ai pensé à tous les bons moments que nous avons eus. A la chance que j'ai d'être ton partenaire et ami. Combien nos querelles sont stupides. Et cette dispute-là, en particulier. J'ai pensé à tout ce que je n'aurai jamais plus la chance de te dire."
Il déglutit et elle le regarda dans les yeux avec sincérité, comprenant enfin combien tout cela avait pu être atroce pour lui, aussi. Si les choses s'étaient passées autrement, elle savait que la culpabilité l'aurait rongé.
« J'ai pensé à ce que je ferais si tu ne revenais pas. Et maintenant… »
Il plaça ses mains de chaque côté de son visage, replaçant ses cheveux derrière ses oreilles, et laissa reposer son front contre le sien. Brennan ferma les yeux, retenant inconsciemment son souffle.
« Maintenant, je ne peux pas ignorer ce que j'ai pensé à ce moment-là, ce qui serait resté non dit, inachevé. »
Il leva les sourcils, ses lèvres se courbant en un léger sourire.
« Je sais ce que je risque pour ça, mais… »
Mais lorsqu'elle sentit ses lèvres effleurer les siennes, elle pensa à tout autre chose que de lui botter les fesses. Elle enroula ses bras autour de son cou, ses doigts caressant sa nuque. Les mains qui glissaient le long de son dos la faisaient frissonner, et pourtant elle n'avait plus froid.
Dans ce baiser, ils mirent tout le déni, les sentiments réprimés, tout ce par quoi ils étaient passés ensemble. Le trouble, l'embarras n'étaient plus. Les hésitations, envolées. Il n'y avait plus de questions, plus de doutes. Seule une certitude: c'était probablement insensé, mais certainement pas une erreur.
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A/N : Il reste encore deux derniers chapitres à traduire. Il se peut que je vous fasse patienter jusqu'à la fin de la semaine… Il faut que j'écrive un chapitre de mon nouveau multichapter (que je traduirai certainement dès que j'en aurai fini avec cette trad-là) et j'ai un déplacement demain, plus pas mal de choses à faire. Mais je fais au plus vite, promis ! Encore merci de m'avoir lue !
