Après quelques coups de rasoir et une toilette de chat au lavabo, T-bag avait déjà meilleure mine. Demeuraient tout de même ses yeux secs, que le manque de sommeil avait injectés de sang. Il les cligna péniblement avant de sortir rejoindre ses sbires et son mignon qui, pour une fois, ne se fit pas prier pour regagner sa poche. Bagwell lui caressa les cheveux, attardant son doigt contre les raies taillées sur le côté gauche.
- Tu as eu peur, mon bonhomme ?
- Quand ? Avec Avocado ou l'aut' mec qui m'a attaqué ?
- Les deux, dit le meneur aryen en reprenant le chemin de la cour de sa démarche chaloupée.
- Avec le deuxième j'ai pas eu le temps d'avoir peur. Avec Avocado, ouaip', j'ai bien cru qu'j'allais y passer…
- Je t'avais dit que cette boule de suif ne te toucherait plus… déclara T-bag, triomphant.
- Ouais ben… c'est pas passé loin, maugréa Tweener.
- Je te serrerai de plus près désormais, c'est promis, se repentit sincèrement Theodore. Mais l'essentiel c'est que tu sois là, sain et sauf, hm ?
- J'imagine, soupira David.
Son maître fronça brièvement les sourcils.
- Ne dis pas de sottises. Je ne te ferai regretter d'être né que si tu m'en donnes des raisons.
Le jeune homme ne répondit pas. A peine arrivés aux gradins, ils furent accostés par Jesus.
- T'es d'retour dans la circulation, à ce que j'vois ? lança-t-il jovialement au chef suprématiste.
- Oui, tout frais des catacombes, mon cher Jesus !
- Qu'est-ce que tu dirais de fêter notre nouvel accord par une petite partie de cartes ? On a même pas eu l'occasion de se voir depuis !
- Tu souhaites entériner le bon travail de nos gars ? Ma foi, ça me paraît une bien belle idée, je te suis.
Les deux meneurs de clans se dirigèrent vers l'une des tables carrées de la cour. Aucun mot n'eut besoin d'être échangé pour en déloger la bleusaille qui jouait gentiment à la belote. Jesus s'installa et invita le sous-fifre à bandana à faire de même. T-bag saisit la main accrochée à sa poche et, d'un élégant mouvement, se retourna pour s'asseoir dos à la table sur le plot qui servait de siège. Il posa la menotte de Tweener sur son épaule et, après avoir fait signe à Georgie de prendre place, l'attira plus près par le pantalon pour caresser l'arrière de ses cuisses.
- J'ai la chair des épaules nouée comme un paquet de corde, dit-il. Tu veux bien m'attendrir un peu pendant que je joue ?
Les paumes de Bagwell étaient remontées à la naissance de ses fesses et malaxaient doucement le recoin tendre à la jointure. Tweener s'empressa d'acquiescer. L'Alabamien pivota sur son siège pour faire face à Jesus, qui battait les cartes.
- En l'honneur d'El Norte et de l'Alliance, déclara le latino en abattant le paquet sur la table afin que T-bag le coupe.
Les mains d'Apolskis avaient enfin trouvé une occupation qui les dispensaient de gesticuler en tous sens, songea le pédophile en sentant le massage hésitant qu'on commençait à lui prodiguer. C'était encore crispé, peu câlin voire scolaire, mais ses courbatures appréciaient tout de même le geste. Il badina plaisamment avec le leader latino, laissant libre cours à ses chatteries habituelles, et modéra les élans que lui soufflaient forcément ses aptitudes de génie pour la tricherie. Mieux valait les garder pour les véritables enjeux. De temps à autre, il se redressait lascivement de sa position avachie pour signaler à Tweener qu'il touchait un point à travailler ses attentions commençaient à le réconforter du mitard et concentraient en douceur sa concupiscence. Qu'il était bon d'être à la tête d'un clan, parfois…
Maël, de son côté, s'était rendu aux postes téléphoniques de la cour pour s'empresser de joindre sa famille. Il écouta la tonalité, anxieux. A l'autre bout du fil, quelqu'un décrocha.
- Allô ?
- Maman ?
- Samuel ! Dieu merci…
- Oui, c'est moi. Je vais bien, t'en fais pas.
La voix de sa mère était confuse mais s'exhortait à la retenue.
- On nous a dit que tu étais au mitard. Que s'est-il passé ? Est-ce que tu es en danger ?
- Non, maman, c'est fini. J'ai défendu un camarade. Le type est mort.
- … Bon. C'est bien, mon chéri. …Tu… tu es toujours bien entouré, alors ?
- Oui. Tout va bien. … Mais ça m'a fait de la peine de vous manquer.
Maël se mordit la lèvre en entendant ses propres mots.
- On va revenir te voir très vite, Samuel, sois-en sûr. Judith est là pour une dizaine de jours, encore. Elle a quelque chose à te dire, alors... alors nous reviendrons tout bientôt. On attendait de savoir quand on pourrait à nouveau t'entendre mais, bon, puisque te voilà sorti, que dirais-tu du prochain mercredi, la semaine prochaine ?
- Ca me ferait très plaisir. Judith va bien ?
- Oh, oui, très bien ! … Tu, tu pourras lui demander de ses nouvelles la prochaine fois !
- Parfait !
- … Ca va ? Ils vous donnent quand même à manger quand ils vous enferment là-dedans ?
- Oui, attends, c'est encore garanti par la Constitution, ça, Maman !
- Bon.
Krone crut bon d'ajouter :
- Eh puis, T-bag y était avec moi. Il a ses petites combines, tu sais, il a pu améliorer notre ordinaire… C'était tout à fait supportable, au bout du compte !
- Vous êtes à plusieurs dans ces maudits trous noirs ?
- Non-non, il y a deux… deux cellules, en quelque sorte.
- Bon, c'est bien.
Il y eut un silence, puis sa mère reprit :
- Tâche d'éviter les ennuis autant que possible, hein ?
- Je m'en sors pas trop mal, tu sais.
Maël ne prit pas la peine de lui détailler ses exploits diplomatiques encore moins la restitution de son couteau, dont personne ne savait qu'il avait fini entre les mains de T-bag.
- … Je vais peut-être te laisser ? On parlera mieux de vive voix.
- Oui, vas vite ! Et reste avec les autres. Fais bien attention à toi !
- C'est ce que je fais, promis.
- A très bientôt, mon Samuel.
- Embrasse tout le monde pour moi. Dis-leur que j'ai hâte de les voir.
- Compte sur moi. Je vais envoyer un texto collectif. Ils seront soulagés.
- D'accord. … Au revoir, Maman.
Krone regagna sa cellule il ouvrit le robinet et laissa l'eau remplir le lavabo en inox avec un petit bruissement régulier. Il commença par se passer de l'eau froide sur la figure, grimaçant légèrement en touchant la pommette que Fiorello avait cognée. Un moment de faiblesse le surprit alors qu'il rasait le duvet clair qu'il devait à ses quelques jours d'isolement. Il s'appuya sur le lavabo et contracta sa gorge pour se reprendre. Il palpa le surin logé contre son avant-bras et la sensation le fortifia quelque peu. Il acheva de se raser et s'ébroua vigoureusement une fois son visage rincé. Il n'allait pas s'amollir bêtement dans son lit alors qu'il serait déjà enfermé toute une partie de l'après-midi ! Il sortit reprendre un peu de soleil.
Après le déjeuner, T-bag s'affala sur sa maigre couchette avec délectation. Il avait une petite heure pour reprendre des forces avant le TP. Il exigea de Tweener qu'il se débarrasse de ses vêtements et vienne lui offrir un peu de douceur bien méritée. Rien de méchant, pour l'heure… du marivaudage, tout au plus. Un matelas, un oreiller, une couverture, et un garçon nu contre lui. « Il en faut peu pour être heureux, après tout… » songea-t-il béatement comme Tweener s'installait prudemment à-côté de lui. Bagwell le tourna sur le côté, dos à lui, et l'attira contre son corps pour profiter de sa chaleur. Il aurait tant aimé l'avoir à disposition au fond de ses oubliettes… Apolskis, lui, était encore tendu comme un arc et tremblotait légèrement. Alors T-bag se mit à le caresser doucement en chuintant tout bas dans son oreille.
- Il n'y a aucune raison d'avoir peur, mon bonhomme… chuchota-t-il. Tu as été très gentil, aujourd'hui. Je ne vois pas pourquoi je te ferais du mal.
Le petit gars cessa de grelotter mais ne se détendit pas pour autant sous la paume de Theodore, pleine de flegme propriétaire.
- Shhh… Tout doux… Pour l'heure, je veux une peluche, c'est tout. Alors apaise-toi, garçonnet.
La nouvelle décrispa considérablement Tweener. Il se formalisait déjà moins qu'avant des caresses le long de ses bras, sur sa nuque… Ce qui était nouveau, c'était l'aménité dont Bagwell n'avait plus fait preuve à son égard depuis qu'il l'avait en poche. Il faisait jouer délicatement ses doigts sur son tatouage, cajolait le creux de sa poitrine du dos de la main… Il faisait naturellement le tour de son domaine mais sans le piétiner, en un mot. La tendresse était souillée par son caractère intrusif. Elle était pire qu'une froideur purement pratique mais meilleure que de la violence. Il sentit les poumons de T-bag se gonfler dans son dos et ses narines lâchèrent un lourd soupir dans son cou. Il était bien…
- Voilà, c'est ça, Tweener… marmonna-t-il, ses mots encore plus pâteux que d'ordinaire. Je sais que tu as eu des petites frayeurs ces derniers temps mais… tu peux te laisser aller ici… personne ne viendra te faire des misères… et je ne te veux aucun mal, contrairement à ce que tu peux croire…
Theodore se sentait déjà assailli par le sommeil, comme si Morphée remplissait sa tête de bulles par petites vagues successives. Il finit par s'endormir en caressant doucement les fesses de son garçon.
- C'EST L'HEURE DU TP !
Le mugissement du Capitaine Bellick retentit juste à-côté d'eux en même temps que le déclic de la lourde grille. Tous deux furent réveillés en sursaut. T-bag avait la sensation qu'il venait à peine de partir au pays des rêves.
- Allez, Bagwell, sors ton cul de branleur de ce plumard et au boulot ! ordonna le maton.
Derrière lui se trouvait déjà le reste de l'équipe, qui habitait dans les étages. Certains regardaient sensiblement ailleurs, comme Abruzzi, tourné vers le reste du bloc. D'autres, comme Sucre, se permettaient une curiosité outrée. Scofield, lui, constatait sans fausse pudeur et suintait la désolation par tous les pores de sa jolie peau.
Le chef de l'Alliance sourit et rejeta sans plus de pudeur la couverture, de manière à offrir à qui voulait le voir le spectacle du jeune corps appétissant contre lequel il se prélassait. Tweener la rabattit à peine T-bag sorti du lit, mais avec plus d'agacement que de gêne. Il devenait lui aussi un détenu, progressivement…
- Tu restes exactement comme ça jusqu'à mon retour, hm ? lui glissa l'Alabamien avant de palper le cou qui dépassait encore et sur lequel saillait le tendon.
Plus l'après-midi avançait, plus Bagwell devenait guilleret. La progression de leur entreprise de forage y était pour quelque chose, sans nul doute c'était là une satisfaction collective qui s'alourdissait à mesure qu'elle grandissait, toujours suspendue à l'angoisse d'un naufrage. T-bag osait tout juste compter dessus, parfois, surtout lorsqu'il voyait l'engeance avec laquelle ce petit exploit était censé s'accomplir : un géronte perclus de rhumatismes, un négro qui ne pensait qu'à semer la merde entre la Beauté et les autres, un gorille victimaire qui n'avait certainement pas inventé le fil à couper le beurre… Il y avait de quoi être inquiet. Inquiet et exaspéré. Aussi les réjouissances à voir le plan progresser étaient-elles toujours chargées d'une appréhension supplémentaire. L'assurance d'être accueilli à son retour par un Tweener vraisemblablement plus raisonnable depuis son altercation presque fatale avec Avocado, ça… c'était un plaisir piquant, exclusif, sans le moindre enjeu funeste. Il en avait vraiment besoin.
Les coups d'œil de plus en plus fébriles que Theodore jetaient à la montre à quartz d'Abruzzi par-dessus son épaule n'échappaient pas à Michael. Comme s'il n'avait pas eu d'autres chats à fouetter…
- Arrête de papillonner derrière moi, finocchio ! J'aime pas t'avoir dans le dos ! finit par lui aboyer le mafioso, trônant sur sa chaise de superviseur.
- Fin-o-cchio ? Quel langage fleuri, John ! Ca a un rapport avec ce petit pantin qui bande du nez dans votre folklore ?
Abruzzi répondit sans lever les yeux de sa paperasse.
- Non. Il finocchio, c'est le fenouil. C'est ce qu'on jetait dans le feu pour couvrir l'odeur de pédé brûlé aux grands bûchers de l'Inquisition, dans notre folklore.
Une crispation gênée traversa l'ensemble des travailleurs, à l'exception de C-note qui se mit à rire de bon cœur.
- Tout ton fiel de bondieuseux ne suffira pas à entamer ma joie de vivre aujourd'hui, Johnny-boy, rétorqua dignement T-bag en faisant jouer son pied-de-biche derrière la couche de placoplâtre. Pas quand un petit biquet m'attend au bercail fesses-nues !
- La ferme, Bagwell, répliqua plus simplement Burrows.
Le meneur aryen se retourna.
- Si t'es pas content, je te suggère de déposer une réclamation auprès de ton frérot, l'Déluge. C'est lui qui l'a poussé dans mes bras, tu sais…
Lincoln laissa tomber son maillet et fit un mouvement en direction de Theodore.
- Tu fais encore ce genre de sous-entendu et je te broie le crâne de mes propres mains, tu m'entends ?
Le sudiste, de son côté, garda son pied-de-biche à la main pour s'avancer.
- Duraille, hein ? Non seulement il est resté sourd aux suppliques désespérées de feu Cerisette, ce pauvre petit, mais en plus il a lâchement utilisé Tweener pour sauver ton cul de fripouille du merdier où il s'est mis. C'est vrai qu'à ta place j'aurais du mal à me faire à l'idée…
Le regard franc et acéré que T-bag braquait sur son frère indiquait à Michael qu'il provoquait sciemment et était prêt à en assumer physiquement les conséquences. Et Lincoln, évidemment, offrit sans tarder tout le répondant envisagé. Gueule-d'Ange se jeta sur lui de tout son poids pour bloquer à temps son élan. Sucre, pour sa part, avait agrippé l'outil de Bagwell, par mesure de précaution.
- Oh ! s'exclama l'Italien, outré.
- CA SUFFIT ! cingla Scofield. Qu'est-ce que c'est que ce bazar ? Vous croyez pas que j'ai mieux à faire que de superviser vos combats de coqs ? Lincoln, arrête de lui rendre la tâche aussi facile ! Et toi…
Michael marcha droit sur T-bag et le poussa sans ménagement vers la porte.
- … tu viens avec moi, j'ai deux mots à te dire !
Le pédophile s'exécuta sans broncher, non sans laisser traîner sur Lincoln l'ombre d'un sourire narquois. C-note en profita pour lui faire un croche-pied.
Une fois dans l'entrée couverte de la salle des matons, l'ingénieur renvoya poliment Westmorland à l'intérieur. Les travaux illicites étaient finis pour la journée et il n'était plus nécessaire de monter la garde. Il comptait bien, cependant, mettre à profit les dix dernières minutes de TP pour régler un dernier problème. Il aurait dû s'en charger bien longtemps auparavant… Le vieux détenu avait à peine passé la porte que Scofield saisissait sans ménagement T-bag par l'entrejambe pour le manœuvrer brusquement contre le mur opposé, au grand effarement de l'intéressé.
- Oh la, oh la, OH LA, du calme, mon joli ! Si tu m'as entraîné ici pour qu'on se pelote comme des lycéens en faute, soit, mais maîtrise-toi un peu !
Le sociopathe avait trouvé la composition nécessaire pour rebondir mais Michael le sentait déconcerté et légèrement inquiet. Bien. Il n'avait pas l'habitude d'inspirer ce genre de réaction mais, en l'occurrence, il en était satisfait.
- C'est moi que tu veux, pas vrai ? demanda-t-il sans élever la voix.
Theodore le considéra avec méfiance, aculé qu'il était. Il semblait radicalement confus et fort peu à son aise.
- A quoi tu joues, mon joli ?
- Contente-toi de me répondre.
- Je dois dire que j'hésite, avec les bijoux de famille dans un mortier…
Scofield desserra sa prise.
- C'est mieux ? demanda-t-il avec une politesse forcée.
T-bag se décrispa mais continua à lorgner Michael, perplexe et soupçonneux.
- Tu sais que je te veux, mon joli. Depuis le premier jour où j'ai posé les yeux sur toi. Tu m'as rendu complètement marteau et je pense avoir joué cartes sur table à ce sujet. Depuis tout ce temps je joue les sigisbées et tu m'envoies sur les roses. Alors qu'est-ce que c'est que ce petit manège ? Ca ne te suffit plus de me mettre au supplice, il te faut des aveux, maintenant ?
- Oh, mon pauvre T-bag, tu es mis au supplice… compatit Gueule-d'Ange en fronçant les sourcils avec une moquerie dénuée d'humour. Je m'en voudrais de jouer les tortionnaires… Qu'est-ce que tu dirais que je revoie ma position ?
Il vit Theodore le scruter avec de grands yeux incrédules. Il avait soudainement l'air du gibier attendant d'être gracié ou abattu. Au bout de quelques instants, il finit par répondre :
- Ah. … J'aimerais bien savoir ce qui pourrait me valoir une chose pareille.
Scofield le fixa un moment.
- Quand tu rentreras dans ta cellule, Tweener, tu ne poseras pas un doigt sur lui. Je veux le voir habillé devant la grille dans la minute qui suit. Et plus de saleté de drap à l'entrée, je veux pouvoir voir ce que tu fais, de jour comme de nuit.
Bagwell soupira.
- Beauté, je te l'ai déjà expliqué : sans moi, notre cher Tweener est un homme mort. C'est lui qui est venu m'implorer de le prendre sous ma protection. Si tu l'éloignes de moi, il va finir en chair à saucisse.
- Aux dernières nouvelles, tu n'as pas besoin de le violer pour l'immuniser contre les agressions extérieures. Tu vas continuer à veiller sur lui. Je paye la note. Une seule égratignure, un accident malencontreux, et tu fais une croix sur notre arrangement.
T-bag détourna la tête, l'air ennuyé, voire vexé.
- C'est pas si simple, joli-cœur. Contrairement à ce que vous croyez, toi et ta bande de simplets, il ne s'agit pas que de sexe, dans cette histoire. Mon garçon, c'est ma petite ombre. Je l'abrite sous mon aile, je lui offre une famille sûre, je lui apprends les ficelles de la vie… Il adoucit mes nuits, absorbe la bile qui m'empêcherait d'y voir clair et d'agir sagement… C'est comme ça que ça marche. Et c'est efficace, parce qu'on sait ce qu'on se doit l'un à l'autre. Y a pas toujours beaucoup de tendresse dans l'affaire mais il y a toujours… une reconnaissance mutuelle. Et ça fait partie du fonctionnement global de la Famille. Tu peux pas démonter le principe en pièces détachées, Monsieur l'ingénieur en culottes courtes, ça a un sens, tout ça !
Michael lui pouffa au nez, avec un aplomb éhonté.
- Non mais tu t'entends bonimenter, avec tes mots ampoulés ? A mi-chemin entre le discours paternaliste esclavagiste et la pub pour produits laitiers ? Tu sais ce que je crois, moi ?
L'attention de Theodore se braqua à nouveau sur lui, plus effarée que jamais, comme sa poigne se relâchait et remontait en caresse. Gueule-d'Ange le sentit frémir. Un frémissement bref et incontrôlable qui, en soi, l'accusait presque de cruauté. Il ne s'attendrit pas, pourtant.
- Je crois que tout ça, ce n'est qu'un vaste ramassis de baratin. Ce que tu veux, c'est posséder toutes les proies qui te plaisent. Et comme il y a un petit quelque chose de mal réglé chez toi sur le plan émotionnel, t'inventes toute une mythologie autour de tes abus. Après tout, c'est bien connu : tout ce que veulent les brutes dans ton genre, c'est qu'on les aime, pas vrai ? déclara-t-il avec un début de sourire railleur.
Un spasme traversa les paupières de T-bag. Puis ses mains agrippèrent soudain les hanches de Scofield pour achever de clore la distance qui restait entre eux.
- Tu veux m'aimer, alors, mon joli ? susurra-t-il contre son visage.
Michael ne pensait pas qu'il avalerait la moquerie aussi vite. Néanmoins, ses yeux étaient toujours levés vers lui, rageurs, fiévreux, suspendus à son bon-vouloir. Il l'avait remis à sa place, ne serait-ce que temporairement. Il ne recula pas face à lui.
- Tout dépend. Est-ce que tu es prêt à abandonner la grande éthique de vie qui régit apparemment toute la dynamique de ta famille, pour ça ?
