Hey ! Oui, je poste ce chapitre en avance, mais vu que je pars de chez moi demain matin et que je ne reviens pas avant lundi après-midi, je ne voulais pas le poster en retard, donc bon. Le voilà ! Je suis en train d'écrire le chapitre 33, j'espère que je l'aurais finis aujourd'hui, et pour l'instant je suis assez fière de ce que je produis en ce moment.
Du coup... Je crois que je n'ai rien à dire, donc à la semaine prochaine, et bonne lecture ! Bye~
Réponses aux reviews :
Chocomy : Eeeeeh oui !
Loulyss : je n'ai pas la fin de ta review... Mais j'ai la question principale, je crois, donc je vais y répondre ! Honnêtement, je me suis longuement posé la question, même avant que tu ne poses la question, et... Je ne sais pas encore. C'est possible qu'Allistor le revoit, oui, mais pas Arthur, normalement. Ou l'inverse. En tout cas, si l'un le revoit, l'autre non. Sauf si je change tout entre temps, mais bon... Enfin voilà, j'ai déjà fournis des réponses plus précises, mais j'espère que ça te convient quand même ! Merci de continuer à me lire !
Il n'avait pas le droit d'être là. Il le savait. Il n'avait même pas le droit de descendre au rez-de-chaussée, en fait, alors sortir du foyer… Si Kate le chopait, ou pire, Elizabeta, il ne donnait pas cher de sa peau. Pourtant il continuait, arpentant la pelouse détrempée, à peine protégé par une parka bleu foncé. Il faisait froid. Un long frisson le secoua, et il secoua la tête pour chasser quelques gouttes qui s'étaient nichées dans ses cheveux. C'était une super idée de ne pas avoir mis sa capuche, vraiment… Il ne savait même pas ce qu'il attendait, ni vers où aller. Par quoi commencer. Mais il ne pouvait pas rester dans sa chambre plus longtemps. Il avait essayé de dormir, mais alors que l'horloge du hall sonnait trois heures, il avait finalement renoncé. Il fallait qu'il bouge. Qu'il fasse quelque chose.
Il jaugea quelques secondes l'épais bois qui s'étendait devant lui, et finit par y pénétrer. Il savait que d'autres étaient déjà venu fouiller ici, mais après tout, ils avaient pu passer à côté de quelque chose… Il devait en être sûr. On lui avait interdit de se mêler de ça, on lui avait dit de laisser faire les personnes compétentes, mais il avait trop peu connu de personnes compétentes dans sa vie pour vraiment croire qu'ils allaient arranger la situation.
Un brouillard épais léchait la terre, entourant les troncs d'arbres comme une grosse écharpe. L'écorce était presque noire à cause de toute l'eau qui lui était tombé dessus durant les dernières semaines, et la lumière de la lune ne traversait pas le feuillage encore dense à cette période de l'année. Il trébucha à plusieurs reprises contre des racines qui sortaient comme de gros serpents inanimés du sol, et manqua de se tordre la cheville dans divers trous et dénivelés. Si il se pétait une jambe, il aurait l'air fin... Difficile de faire croire qu'il s'était blessé en tombant du lit. Kate ne goberait jamais ça. Déjà, elle allait certainement se douter de quelque chose quand il allait rentrer… Il avait beau tout faire pour ne laisser aucune trace derrière lui, la vieille femme avec comme un sixième sens qui lui permettait de détecter ce genre de chose. Peut-être un instinct maternel, ou un truc du genre, après réflexion…
Il ne savait pas depuis combien de temps il était là, encore moins combien de temps il mettrait pour rentrer. Il savait déjà d'où il venait, c'était le plus important. Il balaya du regard la clairière devant lui, éclairé par la lumière de la lune. Une petite marre s'était formée avec le surplus d'eau de pluie, et le sol était terriblement boueux et glissant. Un instant, il hésita à faire demi-tour. Puis il se ravisa. Le soleil n'était certainement pas près de se lever, il avait encore du temps, et il ne voulait pas continuer de ruminer dans son lit. Quelque part, il n'était même pas sûr de vouloir rentrer avant d'avoir trouvé ce qu'il voulait, peu importait le temps que cela prendrait. Même s'il savait qu'il y avait de forte chance pour qu'il ne trouve rien du tout.
Il dérapa, se rattrapa de justesse à un buisson, s'éraflant toute la main au passage. Une flopée de juron brisa le silence de la nuit, et il s'efforça de conserver son équilibre le temps de traverser ce qui ressemblait plus à un marais qu'à une marre, après réflexion. La végétation était encore plus dense après, et frustré, il serra les poings. Vraisemblablement, il allait devoir s'arrêter ici. Après la frustration vint la fureur. Fureur de ne rien avoir trouvé, de ne pas avoir été foutu de faire mieux que les flics. Non, il refusait de s'arrêter sans rien avoir trouvé.
Il longea la clairière, en fit le tour, et finit par trouver un semblant de chemin. Il s'y engagea sans hésiter, ne se souciant plus du tout d'être rentré avant le lever du soleil. Peut-être était-ce la fatigue qui l'empêchait de réfléchir. Peut-être était-ce elle qui jouait avec ses nerfs et l'empêchait de relativiser sur la situation, qui le forçait à toujours avancé comme un toxico en manque à la recherche d'une douille à couler. Il tremblait désormais, il n'était pas sûr de savoir si c'était à cause du froid ou à cause de la fébrilité. Il allait trouver. Il devait trouver. Il fallait juste qu'il…
Il se figea, une main encore accroché à une branche basse qu'il venait de passer. Il avait entendu quelque chose. Il en était sûr. Tous les sens en alerte, il tourna la tête, espérant repérer quelque chose, mais tout ce qu'il voyait était le brouillard qui serpentait paresseusement entre les arbres, et tout ce qu'il entendait était le brouhaha que provoquait la pluie en se fracassant contre les feuilles. Il haletait. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il était à bout de souffle avant de s'arrêter. Depuis combien de temps marchait-il, au juste ? Il allait repartir, un peu déçu, quand il l'entendit à nouveau. C'était ténu, presque inaudible, mais il avait passé tellement de temps sans aucun autre bruit que la pluie que le moindre son inhabituel lui parvenait avec une certaine netteté. Il ne savait pas exactement ce que c'était : un animal, un courant d'air dans un tronc creux… Mais le bruit résonna à nouveau, plus fort, et il en eu la certitude : ce n'était rien de tout ça.
Un gémissement. Humain, certainement. Il n'attendit pas une seconde de plus et se précipita vers la source de bruit, sans être parfaitement sûr d'aller dans la bonne direction. Il se prit les pieds dans une racine, tomba à quatre pattes, et repartit immédiatement après s'être relevé. Il ne pensa même pas à parler, à appeler. Il était uniquement concentré sur sa progression entre les fourrés chargés d'épines et les branches basses qui fouettaient son visage.
-Y'a… Y'a quelqu'un… ?
Le murmure lui refila des frissons. Il avait trouvé. Il traversa un buisson et déboucha sur un terrier de blaireau. Il eut tout juste le temps de prendre une inspiration qu'il se mangeait de plein fouet un coup de bâton dans la mâchoire. Une douleur violente lui arracha un juron, et il chopa à pleine main l'arme improvisée.
-Putain de merde ! gronda-t-il. C'est quoi ton putain de problème ?!
-A… Allistor… ?
Le rouquin lâcha le bout de bois et porta une main à sa joue douloureuse, avant de se figer.
-C'est quoi ce merdier… ?
Gilbert tenta un vague sourire, et se laissa retomber sur les feuilles mortes qui jonchaient l'entrée du terrier. Il était encore plus pâle qu'à l'accoutumé, ce qui n'était pas peu dire, et un large cocard bleuit s'étalait autour de son œil droit.
-Je peux tout expliquer ? tenta-t-il.
-Y'a plutôt intérêt ! Tu sais depuis combien de temps on te cherche ? Merde, Kate a fait venir les flics, Elizabeta a été faire tous les putains d'hôpitaux pour voir si tu y étais, Franny dort presque plus, et toi tu…
-J'ai dit que je pouvais tout expliquer, ça sert à rien de me gueuler dessus !
-Bah accouche, merde !
L'albinos ferma simplement les yeux et marmonna un truc entre ses dents. Allistor était furieux. Furieux et en même temps tellement soulagé que s'il n'avait pas été aussi têtu et fier, il aurait pleuré.
-Aide-moi à me redresser d'abord…
-Tu te fous de ma gueule… ?!
Cette fois, Gilbert semblait vraiment en colère. Il darda sur l'Ecossais son regard rubis brillant de fureur.
-Si je pouvais le faire, je serais pas ici, connard ! cingla-t-il.
Ne rien laisser paraitre. Mais Allistor avait un peu de mal à conserver son expression colérique et ne rien laisser transparaitre de son inquiétude. L'albinos était blessé autre part ? En même temps, il voyait très mal comment il avait pu se faire un cocard tout seul, alors peut-être qu'il s'était battu, et qu'il avait pris un mauvais coup, ou quelque chose comme ça… Alors il s'approcha, essayant de paraitre détaché sans être sûr qu'il soit vraiment convaincant. Lorsque qu'il fut agenouillé et qu'il eut posé une main sur l'épaule du jeune adulte, il fronça les sourcils en le sentant se tendre.
-Il t'es arrivé quoi ?
-Un peu compliqué… Mais je suis awesome, alors on va dire que je m'en tire pas trop… Aouch !
Allistor marmonna un truc à mi-chemin entre l'injure et l'excuse, et termina de redresser l'albinos. Ce dernier avait les yeux fermement clos, et semblait batailler pour retenir cri de douleur et larmes qui allaient avec.
-J'ai le bras pété, abruti ! Appuie pas dessus ! se plaignit-il finalement.
Pour le coup, le rouquin ne put rester impassible. Une expression de pure incompréhension s'afficha sur son visage ruisselant de flotte, et il ouvrit la bouche pour poser une question. Avant de s'arrêter, et de poser une main sur le front du jeune homme, qui grelottait violemment.
-T'es là depuis quatre jours… ? marmonna-t-il après avoir vaguement pris sa température.
-Faut croire… articula faiblement l'albinos. J'ai la dalle… Et super soif…
-Ca, je veux bien te croire…
Allistor posa à peine le bout de ses doigts sur le cocard, qui prenait une immonde teinte noirâtre par endroit.
-C'est moche, hein ? souffla Gilbert avec un rire sans joie. Pas awesome du tout…
-Ouais… confirma Allistor. T'as déjà eu une meilleure gueule.
L'Ecossais s'attaqua ensuite à son bras gauche, qui était effectivement immobile contre le flanc du Prussien. Au moins, ce n'était pas une fracture ouverte…
-Je vais te ramener au foyer.
-T'es awesome, je te l'ai déjà dit ?
Levant les yeux au ciel, Allistor s'accroupit dos à lui et attrapa précautionneusement le bras abimé de Gilbert, qui glapit de douleur.
-Il faut que je te porte, crétin…
-Ca fait mal !
-Bah serre les dents !
Malgré tout, il essaya de rester doux, et fit très attention en reculant de façon à ce que le bras blessé se retrouve à pendre mollement contre son torse.
-Allez, grimpe, Et accroche toi bien.
-Si tu me lâches…
-Ferme ta grande gueule et active-toi.
Gilbert ne se fit pas plus attendre et s'accrocha de sa main valide à l'épaule du rouquin, avant d'enserrer sa taille avec ses jambes. Un long frisson secoua Allistor, et pendant un bref instant, il faillit lui envoyer un violent coup de coude dans les côtes, avant de lui tordre son bras brisé. Le contact contre le bas de son dos ramenait des souvenirs et des sensations beaucoup trop vivaces pour son propre bien, et il dû faire un gros effort pour ne pas esquinter un peu plus le Prussien.
-Scotty… ?
-Ta gueule.
L'effort pour se remettre debout fut un peu plus conséquent que ce qu'avait imaginé Allistor. Il s'était dit que de toute façon, l'albinos n'était pas bien épais, et qu'il n'aurait donc aucun mal à se lever avec lui sur son dos. Mais lorsqu'il prit son élan pour se rétablir sur ses jambes, il lâcha un long râle et dû forcer un peu plus que ce qu'il avait cru, manquant par la même occasion de retomber sur les fesses.
-Putain de merde…
-Je suis pas si lourd que ça… marmonna Gilbert, un peu vexé.
-Plus que ce que j'aurais cru, en tout cas…
Il se stabilisa, fit remonter un peu Gilbert en passant un bras sous ses cuisses, et il entreprit de rejoindre le foyer.
-Pas trop mal au bras ?
-Un peu… Mais ça devrait aller… Je suis awesome, tu te rappelles ?
Allistor leva les yeux au ciel, et insulta copieusement les buissons qui l'empêchaient de progresser comme il voulait. En plus de ça, le brouillard était de plus en plus dense à l'approche de l'aube, et il ne voyait qu'à la dernière minutes les racines qui sortaient du sol. Fort heureusement, il reconnaissait pas mal de chose sur le chemin, lui confirmant qu'il n'était pas en train de les perdre encore plus.
-Alors ? Qu'est-ce que tu foutais dans cette putain de forêt ?
-Hum… C'est un peu compliqué, en fait…
-Ouais, merci, ça j'avais compris, abruti…
Gilbert soupira lourdement et posa son menton sur l'épaule du rouquin, se tenant à lui d'une seule main.
-Je devais voir quelqu'un.
-Bah voyons, en plein milieu d'une forêt…
-C'est vrai ! protesta l'albinos. Il y a un vieil entrepôt pas loin, et la limite du terrain donne sur ce bois…
Sceptique, Allistor le laissa tout de même continuer. Ce que le Prussien mis beaucoup de temps à faire. Est-ce qu'il avait honte ? Ou peur ? Ou peut-être qu'il ne savait juste pas comment expliquer ce qui s'était passé…
-T'as pas essayé de te foutre en l'air, au moins ? finit par grogner le rouquin.
-Quoi ?! Bien sûr que non ! Quelqu'un d'aussi awesome que moi ne peut pas faire un truc pareil !
-Francis avait pas l'air convaincu de ça, railla simplement l'Ecossais.
-Je prend très mal ce manque de confiance…
-M'en fous.
Allistor ne lui confia pas que lui aussi avait cru pendant tout le week-end que lorsqu'on retrouverait l'albinos, ce serait très certainement mort dans une rivière ou sous une bagnole. Il n'allait pas donner à cet imbécile une raison de se foutre de sa gueule… Cependant, il ne pouvait pas s'empêcher de ressentir un soulagement et une satisfaction immenses. Il refusait toujours d'admettre qu'il soit aussi attaché au Prussien, mais il ne pouvait pas non plus dire que s'il avait perdu Gilbert, ça ne lui aurait rien fait.
-Et pourquoi tu devais voir quelqu'un ? En plein milieu de la nuit et dans une putain de forêt ?
-Hum… Tu te rappelles quand j'ai dit que c'était compliqué… ?
-Tu veux que je te laisse crever ici ? gronda Allistor.
-Okay, okay… Disons que je… Devais voir un mec pour qu'il me donne un truc.
-Quel mec et quel truc ?
Gilbert soupira lourdement, et laissa le silence perdurer un petit moment. Bien qu'il crève d'envie de savoir, Allistor attendit simplement, enjambant les racines et contournant branches basses et buissons. Il voyait la clairière presque inondée, à quelques mètres d'eux.
-Un gars que j'ai rencontré à la soirée de l'autre fois…
-Celle où t'a fini complétement déchiré ?
-On n'en a pas fait beaucoup d'autre… grommela Gilbert.
-Et donc ? Il devait te donner quoi ?
L'albinos se tendit et grommela quelques trucs. Le rouquin sentait sa main valide presser fermement son épaule, et il commença à craindre ce qu'il allait lui dire.
-Gilbert ? gronda-t-il. Qu'est-ce qu'il devait te donner ?
-Promet… Que tu vas pas me laisser ici quand je te l'aurais dit…
-Dit.
-Promet d'abord.
-Putain de merde, si tu ne me réponds pas maintenant, je vais vraiment te laisser moisir ici !
-De… De la drogue… admit finalement l'albinos si bas qu'Allistor n'était pas sûr d'avoir bien entendu. Pas un truc super fort, hein. Mais…
L'Ecossais manqua de le lâcher, et il se prit les pieds dans une racine.
-Putain !
Gilbert pigna de douleur, mais ne se plaignit pas. Heureusement. Allistor n'était pas sûr qu'il aurait été capable de lui parler calmement. Il y avait trop de pensées qui tournaient dans sa tête, et beaucoup trop envie de frapper quelque chose. De la drogue. De la putain de drogue. Que le Prussien se bourre la gueule de temps à autres, il s'en foutait pas mal, il était le premier à le faire. Mais de la drogue, c'était autre chose, même si ce n'était pas « super fort ». Et c'était quoi d'abord, « pas super fort » ?! Furieux, il hésita à vraiment le laisser là, pour qu'il réfléchisse un peu à ses conneries. Mais en même temps il s'était donné tellement de mal pour le retrouver… Ca le ferait un peu chier d'avoir fait tout ça pour rien. Surtout que maintenant qu'il avait retrouvé cet abruti, il allait être obligé de dire à Kate qu'il était sorti en pleine nuit. Et il allait très certainement se faire engueuler.
-S… Scotty… ? appela timidement Gilbert.
-Ferme ta gueule…
L'albinos obéit, pour une fois, et ils arrivèrent à la clairière. Le niveau de l'eau semblait avoir encore augmenté, mais il était toujours possible de traverser sans trop d'encombre normalement.
-C'était juste… Pour essayer et… Parce que je voulais…
-Je t'ai dit de fermer ta gueule. Tu raconteras ta merde à Kate et Elizabeta.
-T'es pas le dernier à faire ce genre de connerie ! explosa soudain Gilbert. Toi aussi tu fais des trucs cons ! Et pourtant je ne te traite pas comme de la merde !
-J'ai jamais touché à de la drogue !
-Non, et tu remarqueras que j'ai jamais cogné mon frère non plus ! Toi tu te poses pas la question quand tu lui colles une gifle !
-T'as presque pas connu ton frère !
Allistor su qu'il était allé trop loin au moment même où les mots quittèrent sa bouche, mais il était trop tard pour les retenir. Un profond sentiment de culpabilité l'envahit, mais pas assez puissant pour qu'il se résigne à s'excuser. Ce n'était pas son genre, il détestait avoir à le faire, et pourtant, c'était peut-être le seul moyen de ne pas perdre son seul ami. Mais il n'y arrivait pas, et une part de lui-même lui murmurait qu'après tout c'était de la faute de Gilbert, c'était lui qui avait fait une connerie, et c'était lui qui avait commencé à crier. Il n'avait qu'à pas parler d'Arthur, aussi… Le rouquin détestait qu'on parle de son frère, détestait encore plus qu'on lui reproche le comportement qu'il avait envers lui… Pourquoi est-ce qu'il n'y en avait toujours que pour le blond ?
Un lourd silence s'installa, Gilbert tremblait violemment sur son dos, et l'Ecossais commençait à reconnaître le chemin qui menait au foyer. Ils ne devaient plus être très loin. Est-ce que Kate serait déjà levée ?
-J'ai froid… finit par marmonner l'albinos.
Surprit, Allistor ne répondit rien dans un premier temps. Il s'était plutôt attendu à ce qu'il ne lui parle plus, voire même à ce qu'il le déteste, mais vraisemblablement ce n'était pas le cas.
-On y est presque, finit-il par marmonner. T'auras qu'à… Prendre une douche et manger. Faudra que tu vois Pierce avant, pour ton bras.
-Trop bien…
-Comment tu t'aies fait le cocard, au fait ?
-J'avais… Pas prévu assez de fric. Pas prévu de payer, en fait, je pensais qu'en négociant un peu, j'arriverais à avoir de la came gratos, mais le type était moins cool que ce que je croyais, et voila…
-Donc tu t'es fait casser la gueule.
-C'est l'idée, ouais…
Un minuscule silence s'installa, avant que Allistor ne soupire bruyamment.
-T'es un peu con, aussi…
-La ferme !
Ils étaient presque arrivés, l'Ecossais voyait déjà se dessiner les contours incertains de la bâtisse à travers le feuillage. Il était trempé, gelé jusqu'aux os, mais il ne sentait presque plus rien de toute façon. Tout ce dont il avait conscience, c'était que Gilbert était là, sur son dos, complètement esquinté et avec un bras pété, mais bien en vie, et c'était le plus important. Il ne parvenait pas non plus à ravaler cette espère d'orgueil mal placé qui se manifestait sous la forme d'une petite voix dans sa tête.
Tu l'as retrouvé alors que les autres non.
Toi, alors que personne ne t'en croyait capable.
-Sérieux… murmura faiblement Gilbert alors qu'il glissait presque du dos d'Allistor. Je me les caille.
-Je t'ai dit qu'on était presque arrivé, alors met là un peu en veilleuse et tiens-toi mieux. Je te ramasse pas si tu te casses la gueule.
-Trop aimable…
Malgré tout, Allistor essaya d'accélérer un peu. Gilbert était en règle générale trop awesome pour avoir froid, aussi l'Ecossais ne doutait pas qu'il ne plaisantait pas en disant qu'il était gelé. Quel heure était-il ? Est-ce qu'Arthur était réveillé ? Ou Francis ? Et plus important, Pierce ? L'albinos avait sérieusement besoin de soin, son bras devant être terriblement douloureux, et Allistor avait besoin d'une douche brûlante et de dormir. Kate allait lui passer le savon de sa vie, il le pressentait.
-Pierce va me tuer… grommela alors Gilbert. Et Elizabeta… Je jure que si je me prends un coup de poêle en arrivant, je me relève pas…
-Je vais me faire défoncer par Kate pour être venu te chercher, alors ne te plains pas.
-Kate ne te frappera pas avec une putain de poêle à frire !
-T'avais qu'à pas faire le con ! C'est pas moi qui t'ai dit d'aller demander de la putain de came !
-Oh ça va ! Tu veux pas que je t'appelle « maman » pendant qu'on y est ?!
Allistor se tendit si brusquement qu'il serra sans faire exprès le bras brisé du jeune adulte, qui cria littéralement de douleur. La simple mention d'une présence maternelle lui mettait toujours les nerfs en pelote, ramenant les souvenirs de sa propre mère, allongée sur un lit défoncé, les draps blancs couverts de sang, les cheveux blonds humides de sueurs, les yeux vitreux, et les jambes écartées, pâles comme la mort mais tâchées de sang. La scène devenait parfois tellement nette qu'Allistor était persuadé d'entendre les hurlements d'Arthur, enroulé maladroitement dans une couverture sale, non loin du corps désormais sans vie de leur mère.
-Désolé… souffla Gilbert. Je voulais pas dire ça comme ça… Enfin t'as compris l'idée. Je voulais juste dire que ça sert à rien de me faire la morale, je sais que j'ai merdé. Avoir un bras explosé, c'est suffisant comme punition, tu ne trouves pas ?
Le rouquin essaya de se calmer, et haussa les épaules. Pour détourner son attention du souvenir désormais bien présent, il se concentra sur la pluie qui ne semblait pas se calmer, sur le vent qui soufflait de temps à autres, et sur le brouillard épais comme du coton qui commençait à se disperser à l'approche de la lisière de la forêt. Tout ça était finit. Jamais il ne reverrait sa mère, ni cette baraque, et Arthur n'était plus un bébé braillard.
-Elle ressemblait à quoi, ta mère ? demanda timidement Gilbert.
Sa voix encore plus rauque que d'habitude témoignait de son état de fatigue avancé, et il semblait peiner à garder les yeux ouverts. Il ne cessait d'avoir de légers sursauts, en plus de ses tremblements, et il s'efforçait de s'accrocher à la parka détrempée d'Allistor. Ce dernier ne sut d'abord pas s'il allait répondre. Mais la fatigue, qui le rendait pourtant habituellement plus hargneux qu'à l'accoutumé, sembla avoir l'effet tout à fait inverse. Il n'avait plus la force de résister, et quelque part, il jugea que Gilbert était suffisamment au bout du rouleau. Pas besoin de lui gueuler encore plus dessus.
-Blonde. Comme Arthur. Elle lui ressemblait pas mal. Elle était… Super jolie. Vraiment.
-Et… Ton père… ?
-Un connard, cingla tout net Allistor.
-Ouais, ça je sais, mais… Physiquement ? Tu lui ressembles ?
-Nan, répondit catégoriquement l'Ecossais. Pas les mêmes cheveux, ni les mêmes yeux, et je suis plus grand qu'il ne l'était.
-Okay…
Gilbert n'insista pas plus, et profita du peu de temps qu'il restait pour se reposer un peu sur l'épaule de l'autre adulte. Bientôt, ils furent dans le hall, et le Prussien laissa échapper un genre de gémissement de satisfaction. Il n'y avait personne, pas de lumière dans l'espèce de salon, juste un peu de bruits en provenance des cuisines. Décidant de tenter sa chance quand même, Allistor se dirigea vers l'infirmerie. Pierce vivait sur place, de toute façon, mais quittes à choisir, il préférait encore ne pas avoir à réveiller cette vieille chouette aigrie.
Il toqua maladroitement, déstabilisé par le poids de Gilbert sur son dos, et essaya de supporter encore un peu le corps immobile. Ses jambes tremblaient tellement qu'il aurait pu s'effondrer là, albinos sur le dos ou pas. Mais la porte s'ouvrit sur le visage presque squelettique et creusés par les rides de Pierce, et à la tête qu'elle tira, Allistor jugea que ce n'était pas le moment de craquer.
-Qu'est-ce que… commença-t-elle à siffler entre ses dents.
-Peux tout expliquer… la coupa Allistor, encore à bout de souffle après sa longue escapade.
-Il y a plutôt intérêt ! cingla-t-elle. Kate est au courant ?
-Pas encore… Il a le… Bras cassé…
Etonné que Gilbert ne prenne pas la parole pour inventer un scénario tout à fait absurde et se défendre, le rouquin tourna la tête vers lui pour se rendre compte que l'idiot s'était endormi comme une masse, et menaçait de glisser à n'importe quel moment.
-Entrez. Posez-le sur le lit.
Les lèvres pincés, Allistor s'exécuta tout de même, non sans fusiller la vieille infirmière du regard. Pour une raison ou une autre, il n'avait jamais pu s'entendre avec elle. Trop hautaine. Et elle donnait trop d'ordre. Lui-même détestait obéir comme un gentil chien, ce qui était peut-être la raison principale de leur mésentente. Ca et le fait qu'à ses yeux, Allistor ne devait être qu'un petit con qui ne ferait jamais rien de sa vie.
Il déposa aussi doucement qu'il le pu Gilbert sur le matelas, craignant de le réveiller à cause de son bras, mais il garda les yeux clos.
-Kate saura que vous êtes sorti sans autorisation pour le chercher.
-Sans blague… marmonna le rouquin.
-Ce n'est pas une blague. Vous devriez être un peu plus respectueux de la générosité dont elle fait preuve. Vous êtes majeur, vous ne devriez même plus être ici.
Vraiment pas d'humeur à en supporter davantage, Allistor quitta simplement l'infirmerie, se retenant de justesse de claquer la porte. Gilbert dormait, le pauvre aurait été réveillé. En silence, l'Ecossais grimpa les escaliers, presque surprit par le silence de mort qui régnait à l'étage. Les chambres des filles étaient juste au-dessus, mais il ne semblait pas y avoir beaucoup plus d'agitation de leur côté. Il se demanda alors quelle heure il était, tout en regagnant sa chambre. Aucune lumière ne filtrait sous la porte, l'amenant à penser qu'Arthur dormait toujours. Et effectivement, lorsqu'il ouvrit le battant, il tomba sur le corps inconscient du blond. Mais il ne s'attendait pas vraiment à ce que le garçon marmonne, s'agitant comme un dément sous les draps, à deux doigts de tomber du lit.
Il s'approcha, les sourcils froncés, sa parka dégoulinante d'eau toujours sur lui. Machinalement, il la retira et l'éjecta dans un coin de la chambre, avant de s'arrêter devant le lit de son frère. D'aussi près, il pouvait voir qu'il pleurait, et que sa respiration était beaucoup plus hachée que ce qu'il avait d'abord cru. Il devait être en train de faire un cauchemar. Allistor hésita à le laisser là, après tout ce n'était qu'un mauvais rêve, et il se détourna pour se coucher tout habillé et encore partiellement mouillé. Cependant…
-P… Papa…
Stupeur. Fureur. Terreur. Autant d'émotions qui traversèrent Allistor si rapidement qu'il eut un moment d'étourdissement. Il se retourna brusquement vers son jeune frère, littéralement à court d'air, sanglotant comme il ne l'avait plus fait depuis un bon moment. Il hésita à peine un bref instant. Sa main s'était déjà tendue d'elle-même, et il secoua doucement l'épaule du blond, s'asseyant en même temps sur le lit de son cadet.
-Arthur…
Il le secoua plus fort, et il le regarda ouvrir ses yeux verts qui lui faisaient tant penser à sa mère. Il regarda autour de lui, encore perdu entre son rêve et le monde réel, pas vraiment conscient de ce qui l'entourait.
-A… Allistor… ?
Ce dernier le dévisagea sans rien dire, l'observant juste essuyer ses joues couvertes de larmes et tenter de reprendre son souffle. Il se redressa maladroitement, et tâtonna pour allumer sa lampe de chevet. De joli reflet orangés furent aussitôt projeté sur les murs, la fenêtre et les cheveux blonds terriblement en désordre d'Arthur.
-J'ai… Fais un cauchemars… marmonna le blond en se frottant les yeux.
-J'ai cru voir… grommela Allistor en se relevant.
Un bref coup d'œil à son réveil lui appris qu'il était cinq heures et demi, et il soupira de lassitude. Il ne pensait pas avoir mis autant de temps, et il ne demandait qu'à dormir désormais. Il retira d'un vague coup de pied ses chaussures, avant de s'affaler comme une masse sur son matelas.
-Pourquoi tu es habillé ? Et trempé ?
-Ramené Gilbert… marmonna le rouquin contre son oreiller. Maintenant ferme ta gueule, je suis crevé…
Il ne se préoccupa absolument pas de la réaction de son frère, et ne mis pas une minute à s'endormir, malgré la lampe de chevet toujours allumée.
